Présidence des départements, où sont les femmes ?

Je dédie cet article à celles et ceux qui aiment affirmer que la France est un pays incapable de se réformer et je dis : « vive les binômes ». La parité est une réalité dans les assemblées départementales. Il appartient maintenant aux élues de prendre la place qui doit être la leur.

Paul D.

Lu sur le site de l’Obs

Publié le 03-04-2015 à 09h50

Avatar de Julia Mouzon

Par 
« Femme et Pouvoir »

LE PLUS. Pour voir autant de femmes que d’hommes présider les conseils départementaux, il faudra encore attendre. Si ces assemblées sont désormais paritaires, seules dix représentantes de la gente féminine ont été élues à la tête de ces assemblées, sur 101, jeudi 2 avril. Pourquoi un tel blocage ? Éclairage de Julia Mouzon, fondatrice de « Femme et Pouvoir ».

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NathalieSarrabezolles a été élue présidente du conseil départemental du Finistère, le 2 avril 2015 (F.TANNEAU/AFP).

Pour la première fois de l’histoire mondiale, les élections départementales françaises des 22 et 29 mars ont imposé l’élection d’un binôme de candidats de sexe opposé. Cette loi controversée lors de son vote du 17 mai 2013 a été appliquée avec succès.

Quelles en sont les conséquences ? 4 points clés à retenir :

1. Des femmes présentes mais encore effacées

Pendant les campagnes, les candidats masculins ont systématiquement été mis en avant : par les médias, par leur entourage et par leur famille politique.

À côté d’hommes souvent très expérimentés en politique, les femmes ont peiné à faire entendre leur voix et à prendre toute leur place – à de notoires exceptions près. Dans la majorité des cas, c’est à l’homme que revenaient les questions ainsi que le titre de « candidat n°1 ».

Et quand le binôme n’est pas élu, les partisans reçoivent un mail les remerciant d’avoir suivi un duo, un mail au nom des élus mais signé…par le représentant masculin.

2. Des assemblées qui changent : la photo se féminise

Grâce à cette loi, pas d’arrangements comme aux élections sénatoriales où l’on a vu des hommes du même parti constituer plusieurs listes pour avoir plus de chances d’être élus : à l’inverse, la photo de tous les conseils généraux a changé depuis lundi et certains conseils généraux où ne siégeaient aucune femmes sont désormais paritaire.

Le bénéfice majeur de ce changement est que les femmes sont désormais pleinement aux commandes de la décision publique, et ce dans toutes les assemblées locales. La loi contraint en effet les conseils municipaux, régionaux, et départementaux à être pleinement paritaires.

3. Cette loi change la politique politicienne

En faisant appel à des femmes qui étaient pour la plupart déjà élues, mais qui restaient parfois discrètes, la loi a contraint à un renouvellement bienvenu de nos assemblées départementales.

Terminées, les campagnes où seul le statut de dinosaure et de mastodonte de la politique prévaut : les conseils généraux sont plus jeunes (hommes et femmes y ont également contribué, avec des moyennes d’âges respectives de 55 ans pour les hommes et 52 ans pour les femmes, alors que la précédente moyenne d’âge étaient de 61 ans et 10 mois pour des hémicycles remplis à 81 % par les hommes).

En lieu et place de règles politiques qui privilégient l’ancienneté, l’assise, et la capacité à communiquer, on a désormais affaire à un duo de tête recruté sur un impératif de renouvellement salutaire pour notre démocratie, et certainement plus compétent puisque plus issu de la cooptation dans des réseaux de pouvoir fermés !

 4. Le plafond de verre politique résiste au choc

Sur les 101 départements qui ont vu leurs conseillers généraux renouvelés dimanche dernier, seuls 10 seront dirigés par une femme pour les 6 prochaines années. Un plafond de verre politique qui perdure malgré une base désormais paritaire.

Comment expliquer cette très faible pénétration des femmes à la tête des exécutifs ? D’une part, par le maintien d’une tradition masculine malgré un taux de renouvellement assez fort : par exemple, M. Baylet, ex-président du Tarn et Garonne, vient d’être remplacé par Christian Astruc, un agriculteur apolitique de 66 ans.

Et surtout, les femmes restent largement moins présentes à la tête des fédérations locales des grands partis politiques. En résumé, et comme il est usuel, les élus implantés depuis toujours sont favorisés au détriment de figures moins connues, mais peut-être prometteuses.

Une étape décisive

Finalement, la loi sur le scrutin binominal a porté des fruits avec un renouvellement très large de l’ensemble des conseillers généraux. Grande première électorale, ce test grandeur nature va permettre dans les prochaines années un changement culturel important en implantant des femmes au sein de ces exécutifs incontournables et sur une élection binominale, et non de liste.

Le plafond de verre résiste encore et toujours à l’envahisseur, l’envahisseuse en l’occurrence ; mais ce n’est que partie remise pour les femmes politiques françaises qui ont marqué là une étape décisive.

 

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