Les vérités de Quatremer

Lu ce 1er septembre sur le site du Vif/L’Express :

Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, ne ménage pas notre pays. Pour lui, la Belgique ne fonctionne plus, il n’y a plus de Belges et les flamingants ont gagné la partie.

Il est le poil à gratter que l’on salue ou que l’on conspue. Jean Quatremer, correspondant du quotidien français Libération au coeur de la capitale de l’Europe depuis vingt-cinq ans, ne cesse d’éreinter la Belgique. Il a dénoncé la saleté de Bruxelles, la ville immobile où les tunnels s’effondrent, l’Etat défaillant. « Depuis une dizaine d’années, le fossé se creuse entre les citoyens et la classe politico-médiatique, lance-t-il. Les gens ont une conscience assez grande du fait que le pays est en crise, qu’il est profondément dysfonctionnel. »

Quand on demande à ce « regard » extérieur ce qu’est, selon lui, être Belge en 2016, il ne peut dès lors s’empêcher de pouffer. « Franchement, je ne vois pas ce que ce pourrait être. Il y a bien une expression de chauvinisme quand les Diables Rouges gagnent un match. Mais pour le reste, il me semble évident que les flamingants ont gagné la partie. La Belgique, en tant qu’entité culturelle et politique, ne fonctionne plus. La Wallonie et la Flandre sont deux démocraties qui s’ignorent complètement, avec pour seul point de rencontre un gouvernement fédéral qui a tendance à s’amenuiser. Nous sommes entrés de plain-pied dans l’ère de la post-Belgique. »

S’il avoue ne pas parler néerlandais, et si tout l’éloigne du discours des nationalistes flamands, Jean Quatremer n’en assène pas moins des réalités qui font mal pour le sud du pays. « L’effondrement et l’éclatement annoncé du pays ne sont pas que le fait des Flamands. Les francophones sont coresponsables de la situation actuelle. Dès lors que les socialistes francophones ne sont plus au pouvoir fédéral, cela les détache de la fédération, on le sent. Et plus la Wallonie se gauchisera, plus le pays ira vers l’explosion. Il y a une fuite en avant francophone effrayante à se jeter dans les bras des syndicats, du PS, du PTB. Voter pour des staliniens, en 2016, il faut être marteau ! S’il y avait une conscience nationale belge, elle devrait se manifester par un vote MR. » Une façon de dire que le choix posé par le Premier ministre, Charles Michel, est une façon de donner un avenir au pays. Fût-ce à court terme.

« Un déni fascinant »

Ce qui « fascine » en Belgique francophone le correspondant de Libé, c’est le déni, le refus de voir ce qui ne va pas. Là encore, il n’hésite pas à jouer la carte de la provocation : « Quand tu vas à Molenbeek, tu as un choc culturel et physique. On me rétorque qu’en France, nous avons les banlieues. C’est vrai, mais ici, c’est au centre de la capitale. A deux cent mètres de la Grand-Place, tu es en Arabie saoudite. Il y a un truc qui ne va pas. Jamais je n’ai vu autant de femmes voilées dans d’autres villes européennes. Il a fallu que ça pète dans le métro pour qu’on puisse enfin le dire. Avant, si tu osais en parler, on te rétorquait tout de suite que tu n’aimais pas la Belgique. » Un autre exemple ? Le voici servi tout chaud, tout frais : « Quand tous les Rwandais sont arrivés ici après le génocide, dans les années 1990, on ne s’est même pas demandé comment on allait les intégrer, si l’extrême violence vécue là-bas ne les amènerait pas à se comporter de la même façon ici. Tout le monde se foutait de savoir s’il fallait ou non des structures d’accueil… »

Les Belges n’auraient plus de capacité d’indignation face aux dérives du système institutionnel. Anesthésiés par tant d’années de déliquescence programmée. « La justice belge s’effondre sous nos yeux, appuie Quatremer. Votre pays est en queue de classement de l’OCDE en ce qui concerne les investissements. Ça devrait faire la une des journaux tous les jours ! Mais non… Et je mets ma main à couper que lors de la prochaine réforme de l’Etat, on parlera de la régionalisation de la justice, y compris de son budget. Mais enfin, francophones, réveillez-vous ! »

Le journaliste se réfère à la célèbre interview d’Yves Leterme qu’il avait réalisée durant l’été 2006, dans laquelle le futur Premier ministre d’alors avait affirmé que les francophones n’étaient pas « en état intellectuel d’apprendre le néerlandais ». « Il m’avait dit qu’il ne restait, comme ciment de la Belgique, que le roi, l’équipe de foot, les bières et l’armée. Aujourd’hui, l’armée est flamande ! Les grands perdants de la Belgique actuelle, ce sont les francophones et ils ne veulent surtout pas s’en rendre compte. Il y a vraiment une pression sociale pour que l’on mette le couvercle sur les problèmes. Notre métier à nous, journalistes, c’est de dénoncer le fait que la Belgique d’aujourd’hui, c’est la Flandre ! »

« Il existe de vrais dangers »

Notre pays est-il condamné à s’effondrer en silence ? « Depuis que la N-VA est au pouvoir, elle dit des choses monstrueuses, mais c’est une sacrée rupture par rapport à la période où les socialistes tenaient des propos anesthésiants, analyse Jean Quatremer. La période Di Rupo restera un grand moment de l’histoire belge : « tout va bien, puisqu’on vous le dit »… « 

Le nouveau PS en construction, qui opte pour une régionalisation responsable ? « La Wallonie commence enfin à se dire qu’elle doit construire elle-même. Le ministre-président, Paul Magnette, semble déterminé à le faire, mais il est grand temps. A force de tout attendre de l’Etat fédéral, la Wallonie est en train de mourir. Or, la Flandre ne s’en préoccupe pas, De Wever l’a dit clairement. On peut penser ce que l’on veut de ce type, mais il est d’une honnêteté absolue… »

De quoi être optimiste ? Pas vraiment. Pour clôturer son tour d’horizon décapant, Jean Quatremer met en garde : « Heureusement, la Belgique n’est pas un pays violent. Et qui n’est pas dans une situation où les extrémistes peuvent prendre le pouvoir. Mais je ne parierais pas sur le fait que ça dure éternellement. Les peuples changent vite. Et il existe chez vous de vrais dangers avec la ghettoïsation, la fragmentation en communautés. »

Cet article, publié dans le magazine Le Vif/L’Express du 2 septembre 2016, fait partie d’un dossier réalisé par le journaliste Olivier Mouton sur le thème « Être belge en 2016 ».

Mélenchon et le triangle rouge

Lu ce 31 août dans le journal La Meuse :

C’est le magazine Marianne qui nous raconte cette anecdote au sujet de Jean-Luc Mélenchon, leader charismatique du Parti de gauche en France.

Lors de ses interventions, de nombreux internautes relèvent le petit insigne arboré sur sa chemise ou sur sa veste, posant la question : pourquoi porte-t-il un triangle rouge ? Marianne apporte la réponse. Elle trouve son origine… à Liège !

Ceux qui se souviennent le mieux de leurs cours d’histoire auront reconnu là le symbole, de triste mémoire, que les nazis avaient adopté durant la Seconde Guerre mondiale pour marquer dans les camps leurs déportés politiques : résistants, communistes, objecteurs de conscience…

Interrogé sur ce symbole, le leader du Parti de gauche s’en était expliqué. « J’étais ulcéré qu’on m’ait comparé un jour au Front national, j’étais outré. Et je me suis dit : Qu’est-ce que je pourrais mettre ? Et quelqu’un m’a dit, un camarade belge (N.D.L.R. : liégeois): Moi je te donne le mien, c’est l’insigne des déportés communistes dans les camps de concentration nazis. Donc depuis, je le mets et je ne l’enlève plus, jusqu’à ce que soit ravalé dans la gorge ce qu’ils ont dit sur moi : vous voyez pourquoi on n’est pas pareils (avec le FN) ?! »

Si l’idée lui est venue d’un camarade liégeois, c’est n’est pas tout à fait un hasard. Chez nous, le triangle rouge a en effet été repris après la guerre comme symbole de résistance au développement des idées d’extrême droite. « Porté sous forme d’un pin’s, il permet à chacun de rappeler discrètement que la plupart des citoyens refusent de céder aux idées haineuses, racistes, sexistes ou liberticides », explique le site « Triangle rouge », initiative de l’association liégeoise « Les Territoires de la Mémoire ».

Précision de l’AWF : Jean-Luc Mélenchon continue à porter le fameux pin’s mais l’explication ne date pas d’hier, comme en témoigne une vidéo mise en ligne… le 3 mars 2011.

Mais que veut Di Rupo ?

« Elio Di Rupo a expliqué que le cours de l’histoire allait vers le sens d’une réduction du temps de travail avec maintien du salaire », pouvait-on lire hier dans la presse et cela donnait l’impression que le PS promettait une réduction généralisée de 20 % du temps de travail sans aucune perte de revenu. Presqu’aussi bien que le PTB qui, en avril 2015, réclamait la semaine de 30 heures pour tous avec maintien du salaire. Et voilà que ce matin, Laurette Onkelinx confirmait sur la Première que le partage du temps de travail était le nouveau cheval de bataille du PS.

Le cdH, qui gère la région Wallonie avec le PS, a aussitôt pris ses distances avec une proposition qui lui fait l’effet d’une « illusion ». Un parti au pouvoir devrait se méfier des effets d’annonce, il faut être en mesure de joindre le geste à la parole. En l’occurrence, on demande à voir ce que le PS fera concrètement pour mieux partager le temps de travail en préservant le pouvoir d’achat des travailleurs. Reste que le thème est forcément dans l’air.

En avril, Ecolo a déjà proposé « de rendre possible, pour les entreprises qui le souhaitent, le passage à la semaine des 4 jours/32h, avec embauche compensatoire, maintien du salaire pour les salaires bas et moyens et une aide financière aux entreprises pour prendre en charge les surcoûts liés à ce passage aux 32 heures ». En janvier, Didier Gossuin, Ministre bruxellois en charge de l’Emploi et de l’Économie, figure bien connue du parti Défi, annonçait son intention d’expérimenter la semaine de quatre jours pour des emplois non qualifiés. Comme le site du PTB, il faisait référence aux réflexions de l’économiste français Pierre Larrouturou qui, avec Michel Rocard, a signé en 2013 un livre intitulé La gauche n’a plus droit à l’erreur.

Le constat ne souffre aucune discussion : « Alors qu’il a fallu 140 ans pour que la productivité soit multipliée par deux entre 1820 et 1960, elle a depuis été́ multipliée par cinq ». En soi, ce n’est pas un problème, sauf que l’évolution de la technologie risque de rendre « inutilisable » et même « inutile » une partie de plus en plus grande de la population. Il appartient certainement aux pouvoirs publics de se préoccuper de cette question, l’Etat pouvant contribuer à la redistribution du travail autant qu’à la redistribution des revenus.

On peut néanmoins avoir un doute quand Elio Di Rupo avance que « le cours de l’histoire va vers le sens d’une réduction du temps de travail avec maintien du salaire ».

Il n’est pas du tout certain qu’un tel « sens de l’histoire » soit compatible avec un monde ouvert régi, presqu’exclusivement, par les lois de la concurrence. Or, la tendance est au libre-échange. On doit s’attendre à ce que la démocratie soit de plus en plus identifiée à l’économie de marché, ce qui renverrait à la marge la moindre action des pouvoirs publics. Le rapide avènement d’un marché global libéré par l’internet nous ferait penser qu’au XXIe siècle, les frontières, les états-nations, et même les états tout court, sont devenus proprement insupportables. Si le PS n’est pas d’accord avec cette évolution qui, à bien des points de vue, le condamne, il doit le faire savoir et agir en conséquence.

Ce qui est certain, c’est que, sur cette question, comme sur d’autres, la Flandre est très éloignée des positions affichées par le PS. Elio Di Rupo, qui manifeste volontiers son amour de la Belgique, et qui ne s’est jamais senti aussi bien qu’au 16 rue de la Loi, devrait avoir l’honnêteté de le reconnaître : on ne peut maintenir la Belgique qu’en s’alignant sur les positions flamandes. Or, le discours politique, en Wallonie, est davantage inspiré par la France, et c’est en France qu’il pourrait le mieux s’exprimer. Cherchez l’erreur.

On l’a constaté avec le rejet actuel du TTIP et même du CETA par les autorités wallonnes : une telle attitude est de nature à faire hurler la Flandre. Heureusement pour tous ceux qui n’ont pas épargné leurs critiques à l’égard de ces traités de libre-échange encore en discussion, la France garde un certain poids politique et sa façon de voir n’est pas éloignée de celle qui domine en Wallonie. (G.R.)

Voici une présentation critique du TTIP  :

Souriez, vous êtes Français !

Souriez, vous êtes Français !
Parution :
04/05/2016
Pages : 144
Format :130 x 205 mm
Prix : 15.00 €
Prix du livre numérique: 10.99 €
EAN : 9782246861102

Souriez, vous êtes Français !

en coédition avec France Inter
« Bonjour à tous, bonjour chers assistés, bonjour les patrons qui prennent des risques et bonjour les rentiers, les planqués, les gens de l’arrière, les salariés, ceux qui ignorent la compétition !
Et si la France était un pays d’assistés ?
« Ce magnifique pays d’assistés », c’est ainsi que nous voit The Guardian de Londres. Pays de fonctionnaires, de retraités, de profiteurs de l’État-providence. Certes, The Guardian reconnaît que grâce au système de Sécurité sociale il y a moins d’écart entre les riches et les pauvres en France qu’au Royaume-Uni ; mais  ce système de providence étatique diminue notre esprit de conquête. Il faut redonner l’esprit d’audace à notre pays dit Jacques de Chateauvieux, un grand patron français du sucre et du pétrole. Refus du risque égale rente, égale peur ? Bureaucratie égal inefficacité ?
Vraies ou fausses questions ? Elles sont au cœur des reproches des patrons, qui ne cessent de râler contre les formulaires qu’on leur demande sans cesse de remplir et contre cette bureaucratie… qui ne se laisse pas faire. »

B. M.

Ce mélange unique d’histoire économique, de liberté pamphlétaire, de traditions bousculées, de foucades, de bagarres utiles ou de mécontentements joyeux : c’est la parole de Bernard Maris ; et son regard incomparable. Mais oui, souriez, vous êtes Français ! Traversez notre beau et bizarre pays, comprenez-le, aimez-le, changez-le…

L’ombre portée de nos erreurs

Pierre Hazette, l'avenirPar PIERRE HAZETTE

Sénateur honoraire et ancien ministre

Cet article d’opinion a été publié ce 23 août dans le journal L’Echo.

Les terroristes qui ont frappé Paris, puis Bruxelles étaient, pour la plupart dans notre enseignement secondaire lorsque j’en avais la responsabilité ministérielle.

L’observation suscite évidemment la réflexion.

Un proche de Philippe Moureaux me prend à part lors d’une visite de son établissement: «Il faut que je vous dise: lorsque des gamins deviennent insupportables et que l’exclusion devient inévitable, ils disparaissent tout à coup. Ils sont pris en charge par «des grands frères». On les revoit des semaines, voire des mois plus tard. Les pères les ramènent, fiers de l’autorité qu’ils ont retrouvée. Les jeunes ont été pris en charge et pas en Belgique… On n’entend plus parler d’eux».

Dans un cas pareil, il faut alerter les services d’aide à la jeunesse. Ce fut fait. La page fut tournée. Ce fut une erreur.

Lors d’une réunion de préfètes et préfets de la région bruxelloise, j’apprends que chaque année, des adolescentes marocaines viennent en pleurs dire adieu à la direction de l’école. Elles s’en vont rejoindre un fiancé qui les attend au Maroc et qu’elles ne connaissent pas. Le mariage forcé est une violation de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Comment poursuivre? Qui prouvera les faits? La page fut tournée. Ce fut une erreur.

Ce fut une erreur…

Un inspecteur de la ville de Bruxelles, sur qui je n’ai pas autorité, m’informe qu’il a saisi un manuel utilisé par le professeur de religion islamique. Le livre s’intitule «Les dangers de la mixité sur les lieux du travail». Il est écrit que la femme par nature est destinée aux travaux du ménage; qu’elle est non pas l’égale de l’homme, qu’elle lui est complémentaire. J’interroge l’Exécutif des musulmans, lequel botte en touche en qualifiant le document «d’inspiration salafiste», c’est-à-dire d’une vision passéiste de l’islam. Le livre fut retiré. Il fallait faire plus, aller plus loin. On ne l’a pas fait. Ce fut une erreur.

L’inspection de l’enseignement primaire me signale que lors du ramadan, des enfants crachent parce qu’il leur est interdit d’avaler quoi que ce soit, y compris leur salive. Je réagis dans le sens qu’on imagine. Je n’ai pas dénoncé l’abus de pouvoirs sur personnes faibles, ni la maltraitance évidente. Ce fut une erreur.

L’Exécutif des musulmans doit me présenter trois inspecteurs de religion islamique. Parmi les trois, figure un homme bien connu des médias auprès desquels il sert de référence, mais le candidat s’en est pris à moi, dénonçant mon islamophobie. Je suis alerté. Je consulte la Sûreté de l’État et j’apprends qu’il fréquente les mosquées radicales et est Frère musulman. Je refuse de le nommer. Ce refus suscite une interpellation. Je suis critiqué parce que j’ai fait un screening des candidats. Était-ce une erreur?

Écoles de caïds

Un inspecteur général, ancien membre de cabinet socialiste, constate que la délinquance scolaire prend des formes inquiétantes. Il réclame un dispositif adapté. C’était avant mon arrivée au ministère. Je suis convaincu qu’il a raison et que les exclusions d’élèves jettent à la rue des gamins qui y sont accueillis par les bandes organisées. Je me bats, comme un beau diable, pour que nous créions des centres de resocialisation et de rescolarisation. On les baptise «Écoles de caïds». Le projet de décret passe tout juste avant la fin de la législature. Le gouvernement suivant obtint du Parlement qu’il fût abrogé. Ce fut une erreur.

J’entends parler aujourd’hui de stages de déradicalisation. N’aurait-on pas, par hasard, perdu dix années quelque part?

Les erreurs accumulées ont accrédité les discours contestataires tenus dans les mosquées dont les imams s’inspirent de l’islam salafiste.

Puisque nous n’arrivons pas à faire aimer l’école à des enfants issus de l’immigration, les imams s’arrogent le droit de remettre dans le sillage d’Allah ceux qui se singularisent par l’indiscipline.

Tolérance aveugle

Puisque nous n’avons pas la force d’imposer le respect des droits de l’homme, qui sont notre charte fondamentale, nous invitons ceux qui les récusent, à en faire litière: les mariages forcés continuent, le conditionnement des enfants à la haine de l’infidèle et au meurtre d’inspiration religieuse est couvert par notre tolérance aveugle.

Il en va de même pour l’égalité entre l’homme et la femme. Nous en avons fait un article de notre Constitution, mais nous tolérons qu’on enseigne, à frais publics, que cette égalité n’existe pas.

Le Vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, le disait l’année dernière: «Les mosquées wahhabites sont financées dans le monde entier par l’Arabie saoudite. En Allemagne, beaucoup de dangereux islamistes proviennent de ces congrégations.»

S’agissant du wahhabisme, version quiétiste du salafisme, Nahida Naka écrit: «Difficile de dire avec certitude si les quiétistes sont non-violents par conviction profonde ou s’ils attendent le moment propice pour passer au djihad armé.»

Dormez en paix, bonnes gens!

Les mots pour le dire

Hier, le journal Le Soir a eu la bonne idée de publier un article d’opinion de Natacha Polony. Ce texte, revenant sur les « tensions communautaires » en Corse, était paru deux jours plus tôt dans le Figaro.

Rappelons ici que la République française se définit comme un pays de citoyens. La pratique d’une religion, quelle qu’elle soit, y est subordonnée au contrat social qui fixe les droits et les devoirs de chacun : les mêmes droits, les mêmes devoirs, la loi étant bien entendu la même pour tous. Le libéralisme anglo-saxon, lui, ne fait guère obstacle au communautarisme et, plus sensible aux relations commerciales, se prêtant davantage à une vision impériale, il s’inscrit naturellement dans le contexte de la mondialisation.

On sait que les pays anglo-saxons voudraient que la France adopte leur modèle. On sait aussi qu’il est malaisé de limiter la liberté quand on met cette valeur au-dessus des autres. Au nom de quoi devrait-on continuer à imposer telle ou telle culture à des jeunes qui sont nés en Wallonie, à Bruxelles ou en France ?

Le relativisme ambiant pourrait nous entraîner loin des principes enseignés dans nos écoles.

Soyons clairs : nous restons fidèles à l’esprit de Condorcet, Rousseau, Diderot…

En soi, la polémique autour du burkini a de quoi laisser dubitatif, mais ce qui est de nature à crisper les esprits, c’est qu’ici et là, des représentants de l’islam radical dénoncent la laïcité à la française comme étant foncièrement islamophobe. Adoptant une posture victimaire, invoquant la légitime défense et le droit à la résistance, ils justifient ainsi les attentats dont la France a été la cible. Il n’est pas question, dans leur esprit, d’adapter la pratique religieuse aux conditions de la société française. Leur projet politique est incompatible avec les valeurs de la République. On peut appeler ça une guerre idéologique. Celle-ci se livre également sur le terrain du langage, de la rhétorique. Assumer l’héritage des Lumières au XXIe siècle, cela demande un effort de lucidité.

Savoir nommer les choses, ce n’est pas une coquetterie littéraire.

L’école a pour ambition de fortifier la pensée. Il me revient d’avoir étudié Thucydide et sa guerre du Péloponnèse. Il y a près de 2500 ans, décrivant des cités grecques en proie à la guerre civile, ce parangon de la science historique expliquait comment les mots changeaient de sens au gré des passions politiques. En ce temps-là, dans la démocratique Athènes, les sophistes enseignaient le pouvoir du langage. A leurs yeux, la réalité n’était jamais que l’idée qu’on pouvait en avoir. Ils réduisaient le vrai, le beau, le bon à des perceptions forcément subjectives. A la suite de Socrate et Platon, on les a mis à l’index car, experts en communication, ils se faisaient forts de piéger l’opinion dans un discours, se moquaient des certitudes, ramenaient le débat politique à une lutte pour le pouvoir et l’argent. Mais leurs réflexions n’ont rien perdu de leur pertinence.

Les mots ne sont pas neutres, ils rendent la pensée captive. L’idéologie est partout. L’intérêt n’est jamais très loin.

La manipulation par le langage est bien entendu au cœur du Nineteen Eighty-Four de George Orwell, écrit au début de la guerre froide. On doit aux pays anglo-saxons d’avoir mis fin aux terribles expériences totalitaires qui ont marqué l’histoire du XXe siècle, mais faut-il pour autant considérer que le libéralisme anglo-saxon détient le monopole de la vérité démocratique ? On gagne à méditer la fameuse devise que George Orwell associe au régime de Big Brother : « War is peace – Freedom is slavery – Ignorance is strength ».

Alors que la réalité est de plus en plus complexe et mouvante, et sujette à de nombreuses interprétations, l’honnêteté commande de s’interroger sur les mots dont on se sert pour la décrire, et sur les représentations qui leur sont associées. Il faut pouvoir relever le défi d’une société multiculturelle. Dans une démocratie, il est normal et même indispensable d’avoir une multiplicité de points de vue, mais la confusion dans les esprits, cela ouvre un boulevard aux adeptes de la pensée unique, pétris de certitudes – aux partisans d’un islam totalitaire.

Rendre compte de ce qui se passe, c’est notamment le travail des journalistes. A eux d’interroger leur pratique quotidienne et leur responsabilité. Le 22 juillet 2014, Luc Peillon publiait dans le journal Libération un article intitulé Les dangers d’une dérive sémantique. Son texte commençait comme ceci :

« Tous les journalistes – l’auteur de ces lignes compris – cèdent, ou ont cédé, à la facilité sémantique. Par manque de temps, d’inspiration, ou encore par lassitude, dans le cadre d’un métier qui nous oblige parfois à écrire un papier par jour, et sous la pression d’un compte à rebours de plus en plus resserré, à mesure que les journaux – pour des raisons d’économies – abaissent l’heure de leur bouclage. Mais il est aussi des facilités qui ne répondent plus à ces contraintes, mais à une incapacité intellectuelle et journalistique à décrire une réalité complexe. Un raccourci sémantique répété en boucle qui conduit non plus à esquiver cette difficulté mais à décrire à tort, et donc finalement à transformer la réalité elle-même. Et en ces temps de résurgence des violences au Proche-Orient, la palme de cette facilité revient au terme ‘communauté’. ‘Communauté musulmane’ d’un côté, ‘communauté juive’ de l’autre, les tensions ‘intercommunautaires’ farcissent, jusqu’à la nausée, les articles et sujets audiovisuels relatant les répercussions de ce conflit en France. Un terme à la fois erroné, journalistiquement, mais aussi lourd de sous-entendus. »

L’usage abusif du mot « communauté », voilà aussi ce qui pose problème à Natacha Polony quand il s’applique aux citoyens français de religion musulmane, mais aussi aux Corses ou à d’autres. Nous reprenons ici son article d’opinion qui a été publié dans le Figaro et dans le Soir. C’est une pièce à verser dans un débat qui va très au-delà de la polémique actuelle autour du burkini. (G.R.)

Le mot « communauté » envahit la parole médiatique jusqu’à l’absurde. C’est contre cela que se sont élevés des Corses, sans doute moins complexés que les Français de métropole…

Le voile s’est posé sur nos mots, bien avant que de s’inviter sur nos plages. L’altercation qui, depuis une petite crique de Corse, est venue mêler ses remous à ceux d’un été déjà tempétueux est plus intéressante encore par les mots employés pour la relater. Ainsi, la très grande majorité des commentateurs, reprenant tout simplement une dépêche de l’Agence France Presse, a d’abord parlé de « tensions en Corse après une rixe entre communautés corse et maghrébine ».

N’importe quel jeune journaliste sait – ou devrait savoir – ceci : les faits n’existent pas. Il n’existe que le récit de ces faits, et les mots pour le dire valent en eux-mêmes interprétation. Encore faut-il percevoir les nuances du vocabulaire français et comprendre qu’elles sont parfois porteuses d’idéologie. Mais non. Aucun commentateur n’a semblé gêné par cette phrase reprise comme une évidence. Si ladite rixe avait eu lieu à Saint-Raphaël ou au Lavandou, aurait-on parlé de heurts entre « communautés provençale et maghrébine »; à La Baule ou à Paimpol, de heurts entre « communautés bretonne et maghrébine » ?

Le mot « communauté » envahit la parole médiatique

Ce mot de « communauté » employé le plus souvent comme une facilité de langage, pour s’épargner une phrase plus précise, envahit la parole médiatique jusqu’à l’absurde. Et, ce faisant, s’impose ce que justement l’Islam politique cherchait à nous faire accepter : l’idée que la France serait composée d’entités diverses pouvant faire valoir leur égale légitimité à suivre leurs coutumes propres et à revendiquer des droits. Il n’y a plus de citoyens de confession musulmane, mais une « communauté musulmane » (forcément solidaire ?). Il n’y a plus de citoyens de confession catholique, mais une « communauté catholique ». Plus de Maghrébins ou de Français d’origine maghrébine mais une « communauté maghrébine ». Plus de peuple corse, partie intégrante du peuple Français, mais une « communauté corse ». Et bientôt plus de peuple français mais une « communauté française ». Toutes, donc, à égalité sur un territoire neutre régi par le droit réduit à la seule expression des libertés individuelles.

C’est précisément contre cela que se sont élevés des Corses sans doute moins complexés que les Français de métropole, parce que moins oublieux de ce qu’ils sont. Déjà, l’hiver dernier, des habitants d’Ajaccio avaient manifesté dans le quartier d’origine de jeunes gens ayant monté un guet-apens contre des pompiers. Parce qu’en Corse, on ne tolère pas que les pompiers, qui risquent leur vie pour autrui, se fassent caillasser (comme cela arrive très régulièrement dans toute la France, dans l’indifférence du pouvoir et l’impuissance des citoyens). Pas plus qu’on ne tolère que des petits caïds prétendent interdire l’accès d’une plage pour que leurs femmes puissent se baigner sans risquer le regard forcément concupiscent d’un « infidèle » extérieur à la tribu.

Et c’est d’ailleurs bien le sens de cette privatisation, comme du fameux burkini, comme de ces longues abayas noires ou brunes qui fleurissent dans certains quartiers : les femmes appartiennent au clan, et le regard des autres hommes les salit parce qu’il ne saurait y avoir de mélange. Et plus ces signes visibles seront nombreux et banalisés, plus l’espace public appartiendra à la « communauté ». Curieux que cela ne choque pas les habituels adeptes du « métissage » et du « mélange ». On en a même vu, comme Edwy Plenel, proclamer le droit au burkini en ressortant les photos des baigneuses des années 1910, comme si tout à coup, le contrôle patriarcal du corps des femmes façon Léon Daudet leur semblait un modèle.

Les mots sont politiques

Certes, il y eut parmi les manifestants corses quelques excités adeptes des vociférations racistes, et quelle belle occasion pour certains de prétendre que cette manifestation dans son ensemble était de caractère « islamophobe » et de poser la question d’un « racisme corse » quasi congénital (puisque dans ce sens-là, tous les amalgames sont permis). On est moins pressé de s’interroger sur ce qui pousse des délinquants d’origine Nord-Africaine à cibler systématiquement des victimes d’origine chinoise pour les agresser et les voler, et dernièrement tuer, à Paris et dans sa proche banlieue. Les victimes et les coupables, cette fois, n’ont pas le bon profil.

Oui, les mots sont politiques, et de ne plus connaître leur sens, on impose sans même y penser un modèle politique. Ainsi de la Une du Monde daté du 19 août, où l’on peut lire ce titre : « Burkini : les musulmanes doivent-elles devenir invisibles ? » Un titre qui induit – et l’on craint que ce ne soit parfaitement volontaire – que « les musulmanes » dans leur ensemble ont besoin d’un burkini ou de la version de ville, le hidjab, pour être « visibles ». Une « visibilité » qui apparaît dès lors comme légitime en elle-même, puisque c’est la supposée invisibilité qui doit être débattue. En un titre, c’est la logique même de l’Islam politique et de sa conquête de l’espace public par l’instrumentalisation des droits individuels si chers au libéralisme anglo-saxon qui est avalisée sans le moindre recul.

Les villageois corses qui ont affirmé devant les médias leur refus de voir s’installer dans leur île des comportements qu’ils jugent inacceptables ont usé de mots simples, sans tourner autour du pot. Les mots qui viennent quand on est sûr de soi, de son histoire, de son identité. Les mots de ceux qui refusent d’être réduits au silence. Que cela plaise ou non, cette réaction relève de la citoyenneté. Gageons qu’elle soit largement partagée par le peuple français.

Mais où sont donc les citoyens wallons ?

Le Wallon apathique ? Qui s’en étonnera ? Les médias et les décideurs de tout poil nous servent leur belgitude à longueur de journées dans tous les domaines. Qui s’étonnera dès lors que le Wallon soit demandeur de Belgique, nostalgique d’un pays dont la Flandre ne veut plus depuis longtemps. Bien des Wallons rêvent de refédéraliser des compétences accordées aux Régions et aux Communautés, d’un retour à la Belgique de grand-papa.

Pouvez-vous me citer une compétence, une seule, qui de la Région ou de la Communauté, soit retombée dans l’escarcelle du Fédéral lors des différentes réformes de l’Etat. Ne cherchez pas trop longtemps : cela n’existe pas. Et pourquoi ? Parce qu’une grande majorité de Flamands n’en veut pas. Leur projet est ailleurs.

Flandre, Wallonie et Bruxelles n’ont plus de projet de société commun. La Flandre a un projet cohérent pour elle-même. La question que les Flamands, hommes politiques, responsables sociétaux et médias se posent est : comment faire pour conserver notre niveau de vie, notre prospérité, nos emplois face à la mondialisation ? Leur réponse est : effectuons des réformes fiscales, sociales et économiques et emparons-nous de tous les leviers de commande importants qui restent du domaine de l’ Etat fédéral belge.

Autonomie, fédéralisme, indépendance, confédéralisme, le vocabulaire n’est jamais très clair chez les Flamands, mais quel que soit le mot utilisé, les mesures, les réformes successives ont pour objectif la paralysie du pouvoir fédéral pour aboutir à la naissance d’un état flamand.

En face, les décideurs politiques wallons ont les mêmes outils dévolus aux régions lors des réformes de l’état central. Ils s’en servent pour gérer la Région au jour le jour. Certes les différents plans Marshall ont établi des stratégies pour le moyen terme, mais ils n’ont pu accorder que de maigres milliards d’euros là où il aurait fallu des montants quatre à cinq fois plus importants. D’autre part, l’argent venant du fédéral pour assumer les nouvelles compétences ne tient pas ses promesses.

Il ne faut pas être grand argentier pour appréhender les difficultés que va connaître la Wallonie après la 7ème réforme de l’état. Celle-ci touchera le cœur de la sécurité sociale et mettra petit à petit fin aux transferts nord-sud.

Tant que les Wallons n’auront pas fait le deuil d’une Belgique fédérale dont les Flamands ont constaté l’échec depuis longtemps (officiellement depuis 1999 par leur parlement), il ne faut pas s’attendre à les voir accorder leur confiance au gouvernement wallon. L’article ci-dessous illustre assez bien l’ état d’esprit du citoyen wallon. Pour que celui-ci change, il faudrait que médias et responsables sociétaux cessent d’occulter la vérité belge au peuple wallon. Il faudrait aussi que leur soit proposé des projets de société qui les concernent. Il appartiendrait alors au citoyen de choisir un projet qui assure à la Wallonie un véritable avenir.

Notre mouvement citoyen propose un projet solidement étayé (voir sur ce site) : l’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République française.

Paul D.

Le Wallon snobe son parlement

Source: Le Vif/l’express du 29 juillet 2016

Le parlement de Wallonie se frotte douloureusement à la démocratie interactive. Pétition électronique, consultations en ligne du travail parlementaire : la main tendue au citoyen est très rarement saisie.

Wallonnes, Wallons, à vos souris ! Bien en vue sur la page d’accueil du site du parlement de Wallonie, le slogan en perpétuel mouvement accroche le regard : « Il n’y a pas que le jour des élections que votre voix est importante. » Interdit de rire : l’onglet « Votre avis » incite le visiteur à mettre son grain de sel dans la cuisine parlementaire et à prendre ainsi conscience qu’il est aussi (quasi) chez lui au parlement.

Que le citoyen lève le doigt et parle : il sera entendu. Point besoin de patienter jusqu’à la future consultation populaire à l’échelle régionale pour qu’il ait l’occasion de s’en convaincre. Libre à lui de déjà goûter aux délices de la démocratie digitale à la wallonne. Bienvenue dans l’ère de la pétition par voie électronique pour relayer un combat, et de la consultation publique en ligne pour commenter et nourrir le travail législatif des députés. Avec même, pour les plus mordus et les moins farfelus, la possibilité d’être entendu en séance…

Lire l’intégralité de l’article du Vif/L’Express.

Le français, langue ardente

1 000 professeurs du monde entier réunis pour défendre le français

Toujours soucieux du rayonnement de notre langue française, c’est avec un immense plaisir que nous répondons au petit mot que nous envoie Adrien Lhomme. Notons que trois de nos administrateurs (Paul Mélot, Jean-René Dheur et Louis Nisse) étaient présents au Congrès de Liège pour représenter notre Alliance. Ils ont distribué un mot d’accueil aux participants pour les informer qu’un mouvement citoyen ayant pour but l’intégration-autonomie de la Wallonie au sein de la République française existait en Wallonie. (Paul D.)

Lu dans le Figaro :

La semaine dernière, un congrès mondial s’est tenu à Liège pour promouvoir notre langue. Il manquera, d’ici à 2020, 180 000 enseignants de français, notamment en Afrique.

ÉDUCATION

Ils sont environ un million à enseigner le français aux quatre coins de la planète. Dans tous ces pays où « l’on naît et l’on vit en français » – de la France à l’Afrique, en passant par le Québec et le Liban -, mais aussi au Mexique, en Inde, en Chine, aux États-Unis, où l’on apprend le « français langue étrangère », ces professeurs sont les porte-drapeaux de la langue de Molière et de la culture qu’elle véhicule.

C’est à Liège, en terre francophone, que s’est tenu le XIVe Congrès mondial des professeurs de français, la semaine dernière. Plus de 1 000 enseignants avaient fait le déplacement pour parler du métier, du rayonnement de la langue, de son enseignement, de sa difficile grammaire et de sa sacro-sainte orthographe. L’espace de quelques jours, l’université de Liège s’est transformée en une tour de Babel, ayant pour langage commun le français. Et non l’anglais…

« Que font nos décideurs politiques pour promouvoir l’enseignement du français dans le monde ? Ils semblent s’être totalement dessaisis de la question », déplore Jean-Pierre Cuq, président de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), présente dans 140 pays. « Les Anglo-Saxons, eux, ont compris qu’il y avait là des enjeux économiques », ajoute le linguiste, professeur à l’université de Nice. Si l’on en croit les projections de l’Unesco, il manquera, d’ici à 2020, 180 000 professeurs de français dans le monde, essentiellement en Afrique.

Quant aux conditions d’exercice du métier, elles sont parfois très problématiques. « Dans beaucoup de pays d’Afrique, il n’est pas rare de voir les enseignants cumuler un autre job, comme taxi. Un salaire de 100 à 150 euros, c’est insuffisant », résume le président de la fédération.

Développer l’apprentissage du français et promouvoir la langue dans le monde comme une alternative à l’uniformisation. Tels sont les objectifs des organisateurs du Congrès, qui veulent aussi en découdre avec les représentations associées au français. Celle d’une langue de culture et non des affaires. Celle aussi d’une langue difficile, réservée à une élite.

Parmi ses résolutions, le Congrès en appelle ainsi à « une nouvelle réforme cohérente et ambitieuse de l’orthographe », après celle de 1990. Pourtant, le français se porte plutôt bien. Et son avenir est prometteur. Cinquième langue du monde par le nombre de locuteurs, troisième langue des affaires après l’anglais et le chinois, c’est aussi la deuxième langue étrangère enseignée dans le monde. Entre 2010 et 2014, le nombre de personnes qui l’étudient a progressé de 6 % en moyenne, selon le rapport 2014 de l’Observatoire de la langue française (OLF). Une progression portée par l’Afrique subsaharienne qui, à elle seule, enregistre une croissance de 44 %. « C’est là-bas que la langue française se déploie le plus rapidement et le plus dynamiquement. Et que tout va se jouer », observe Alexandre Wolff, le responsable de l’OLF. (Caroline Beyer, journaliste au Figaro)

Dans le même bateau

21 juillet 2016. La Belgique existe encore. On ne sait pas combien de temps cela va durer. L’évolution de nos sociétés démocratiques pose des questions trop graves pour s’en tenir ici aux habituelles considérations sur le nationalisme flamand.

Les bouleversements que le capitalisme impose aujourd’hui s’inscrivent dans la continuité de la révolution française et tant mieux si le pouvoir de l’argent nourrit la culture de la liberté, de l’innovation, de l’universalisme, mais la souveraineté nationale et, avec elle, l’implication du citoyen, ses moyens de contrôle, le cadre dans lequel s’exerce l’action politique, tout cela donne l’impression d’une obsolescence programmée.

Au nom de la liberté et de la fraternité universelle, on est peut-être en train de marginaliser l’action politique, citoyenne, au profit des multinationales et des grands détenteurs de capitaux, mais aussi des religions prêtes à s’engouffrer dans un monde ouvert, l’islam en tête, avec sa frange la plus radicale, porté par une dynamique qui, aux premiers temps de son histoire, lui a permis de s’étendre à une vitesse folle.

Certes, il faut raison garder, sans verser dans le catastrophisme, le délire apocalyptique ou la peur obsessionnelle du changement, mais la raison suppose aussi l’esprit critique. Le questionnement. Le doute. On aurait tort de se laisser abuser par un discours trop conforme à l’intérêt des milieux d’affaires. A priori, la poursuite effrénée du plus grand profit n’a pas grand chose à voir avec la morale. Une économie sans frontière, organisant la concurrence à l’échelle mondiale,  ce n’est pas sans avantages, mais on voit combien la cohésion sociale est malmenée aujourd’hui.

Le fameux « vivre ensemble », dont on a fait un leitmotiv, ne reposant que sur la bonne volonté des uns et des autres, il faudrait au moins que cet universalisme à la française, ou sa variante anglo-saxonne, avant tout respectueux de la liberté individuelle, fasse à peu près l’unanimité partout dans le monde, et d’abord dans les sociétés démocratiques elles-mêmes.

On est loin du compte, apparemment. La répétition des attentats, suite aux appels lancés par les assassins de l’Etat islamique, crée une angoisse nouvelle en révélant combien nos sociétés sont fragmentées, à quel point les représentations peuvent être inconciliables. Au cœur de nos démocraties, il arrive que les droits de l’homme soient rejetés comme une expression de l’impérialisme occidental. Impossible, évidemment, de ne pas entendre les manifestations de haine envers cet Occident chargé de tous les crimes et tous les péchés. Impossible de ne pas voir que la logique de marché ne craint pas d’alimenter les guerres et le terrorisme.

Bien sûr, nous sommes tous des citoyens du monde, il y a des enjeux qui réclament une collaboration internationale, il faut promouvoir le dialogue et la paix, mais on peut légitimement se demander si la dilution des peuples et la disparition des Etats-nations rendraient le monde meilleur. Ce que nous vivons actuellement n’est pas de nature à nous rendre optimistes. Le rapport de forces, la volonté de puissance : voilà ce qui détermine habituellement les relations entre les hommes.

Ce qui s’annonce au XXIe siècle nous impose un effort particulier de lucidité, de responsabilité. Les défis ne manqueront pas. La France et la Belgique sont assurément logées à même enseigne. Nous sommes dans le même bateau. (G.R.)

Voir aussi notre réaction aux attentats du 22 mars 2016 : La nation pour mieux vivre ensemble.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde