Les GLORIEUSES françaises

Pourquoi les Françaises sont appelées à cesser le travail aujourd’hui à 16h34
Un collectif féministe appelle à une grève à cette date et à cette heure pour dénoncer l’écart de salaire entre les femmes et les hommes.
Un collectif féministe appelle à une grève à 16h34, le 7 novembre 2016, pour dénoncer l\'écart de salaire entre les femmes et les hommes.
Un collectif féministe appelle à une grève à 16h34, le 7 novembre 2016, pour dénoncer l’écart de salaire entre les femmes et les hommes. (GARO / PHANIE / AFP)
franceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le 07/11/2016 | 08:07
publié le 03/11/2016 | 19:09

« Si les femmes étaient payées autant que les hommes, elles pourraient s’arrêter de travailler le 7 novembre à 16h34. » C’est le constat choc signé par la newsletter féministe Les Glorieuses, qui milite pour l’égalité salariale entre les sexes. Pour dénoncer cet état de fait, le collectif a donc lancé l’initiative suivante : appeler les Françaises à quitter le travail à cette heure précise ce lundi 7 novembre. Leur appel, relayé sur Facebook, a été signé par plus de 5 000 personnes. Relayant cet appel, l’association féministe Les Effrontées donne rendez-vous aux salariées françaises pour un rassemblement à Paris, place de la République. Pourquoi ce type d’initiative ? Existe-t-il un précédent ? Que risquez-vous si vous quittez votre poste lundi à 16h34 ? Franceinfo répond à ces trois interrogations si vous voulez suivre le mouvement.

Commentaire de l’ AWF : ce serait chouette que leurs collègues masculins montrent leur solidarité dans ce juste combat. Ce serait chouette aussi que les femmes wallonnes adoptent la même attitude que leurs amies de France.

Le CETA décrypté

« Publicité, sauvegarde du peuple », est-il écrit sur le fronton de l’hôtel de ville de Verviers. Ce n’est pas de publicité commerciale qu’il est ici question, mais de la publicité donnée au débat politique et de la volonté de rompre avec l’opacité du pouvoir. Ce principe affirmé voici près de deux cents ans, quand la démocratie n’était qu’un idéal, semble aujourd’hui d’une autre époque, en dépit de tous les radotages sur l’éducation à une citoyenneté responsable, et alors même que l’internet peut donner l’impression de transformer le monde en une tour de verre. On cède à la facilité. L’information devient plus superficielle. On obéit à des impératifs économiques.

Certes, il y a un devoir pour les médias d’informer le citoyen. Ce lundi 31 octobre, le Monde et le site allemand Correctiv ont décrypté l’accord entre l’Europe et le Canada. Des journalistes se sont plongés, enfin, dans la lecture du CETA pour en expliquer les enjeux. Heureuse initiative, assurément, mais qui survient après la signature du traité, après la polémique soulevée par les autorités wallonnes. Jusque-là, la position du journal Le Monde était tout sauf critique à l’égard du CETA. Le discours dominant, presqu’anesthésiant, voulait que la signature allait de soi, car seuls des extrémistes pouvaient avoir l’idée de s’y opposer.

Si les opposants au CETA n’étaient pas des démocrates, alors, bien sûr, le respect de la démocratie exigeait de signer sans se donner la peine de comprendre, ni même de lire, et puis zut on se passera de votre accord… La démocratie a-t-elle encore le même sens pour tout le monde ? Au vu de ce qu’on peut lire à présent dans le Monde, on doit bien convenir qu’il y a, dans cet accord commercial, de réelles menaces pour la démocratie. On a le droit d’y être attentif. Force est de constater qu’un journal dit « de référence » était loin de vouloir attirer l’attention de ses lecteurs sur ce qui pouvait, légitimement, faire débat.

Les décideurs n’avaient manifestement pas l’intention d’ouvrir le débat. La résistance de la Wallonie, qui n’avait pourtant rien de révolutionnaire, a été traitée avec une certaine arrogance. La Commission européenne devrait en tirer des leçons; on ne doute pas qu’elle le fera mais, à voir les réactions des uns et des autres, il est à craindre que ce ne soit pas dans le sens d’une plus grande légitimité démocratique.

Voici le lien vers le dossier du Monde : Au cœur du CETA.

Lire aussi : Je suis patron et contre le CETA (« Walter Feltrin, administrateur délégué ABM-TECNA est opposé au traité. Pour lui, les promesses et bénéfices juteux pour les PME ne sont que poudre aux yeux » : cette carte blanche a été publiée sur le site du journal Le Soir le 25 octobre passé.)

Nicolas Hulot à Liège

On n’a pas oublié son film documentaire intitulé « Le Syndrome du Titanic ». On n’a pas oublié sa volonté de se lancer dans l’arène politique en 2011. Les deux fois, ses attentes ont été cruellement déçues, mais Nicolas Hulot reste une personnalité qui compte dans le paysage médiatique français. Beaucoup regrettent sa décision de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2017, alors qu’au printemps, sa popularité était supérieure à celle de Macron, à celle de Juppé. Lui, il a cessé de croire en sa capacité de réenchanter la politique. Il ne se sent pas taillé pour les petits meurtres entre amis. Sa candidature aurait fait grincer des dents.

Ce jeudi 3 novembre, Nicolas Hulot sera l’invité de l’Université de Liège.  Lui qui, il y a quelques jours, déclarait que « refuser le Ceta, c’est donner une chance à l’Europe », il se sentira peut-être un peu chez lui, en Wallonie. Il donnera une conférence au Théâtre de Liège à 18h30. L’événement, prévu depuis longtemps, est lié à « la création de l’Observatoire HUGO de l’Université de Liège, première structure de recherche spécifiquement dédiée à l’étude des migrations environnementales ».

La conférence est gratuite mais toutes les places ont déjà été réservées.

A chacun ses a priori

Un accord a été trouvé sur le CETA. Mais le débat n’est pas clos. Les autorités wallonnes ont usé de leur pouvoir pour dénoncer les dérives du libre-échange. On peut leur reprocher d’en avoir trop fait, ou pas assez, mais chacun aura eu l’occasion de mieux s’informer sur les enjeux de ce traité, en attendant ceux qui vont suivre. On a eu droit aux arguments des uns et des autres, et pas seulement à des invectives. A ce propos, nous nous faisons un devoir de signaler le texte à charge que Jules Gheude a publié hier sur le site de la RTBF.

En voici le lien : Paul Magnette et le CETA, un incroyable gâchis.

Ceta : le débat est lancé

Vous le savez, mais il est bon de le rappeler, l’AWF est un mouvement citoyen pluraliste. Aussi est-ce avec plaisir que nous publions ci-dessous un article d’opinion que nous envoie Pierre Hazette. Cet article se trouve sur le site du journal Le Soir. Que le débat continue sans tomber dans la précipitation… (Paul D.)

Puisqu’ils sont désormais mieux éclairés sur le contenu d’un traité dont ils demandaient par une résolution du 25 avril 2016 qu’il devienne « mixte » – ce qu’il est devenu –, les parlementaires wallons pourraient vouloir tenir compte des quelques éléments suivants en toute dernière minute :

1. Nous en sommes à la signature du traité, c’est-à-dire à la fin des négociations, pas à son approbation sur le fond ni à son entrée en vigueur définitive. Tous les parlements seront encore appelés à approuver le Ceta. On verra alors si les peuples d’Europe, à travers leurs élus, le soutiennent ou pas.

2. Certes, parce qu’il est devenu « mixte », ce traité est appelé à entrer en vigueur provisoirement. C’est une pratique constante de l’Union européenne et cela n’a rien de définitif ; ainsi que la Cour constitutionnelle allemande l’a rappelé récemment, chaque Etat pourra mettre fin à cette application provisoire s’il ne le ratifie pas. La Wallonie ne doit pas physiquement signer le traité elle-même : elle pourrait seulement, à ce stade, ne pas refuser que la Belgique le fasse.

3. Toutes les annexes, déclarations et notes de bas de page au Ceta en font partie intégrante (art. 30.1) et ont donc la même force juridique en droit international que le traité lui-même. Une déclaration interprétative n’a pas la valeur d’un prospectus de vacances, contrairement à ce que l’on a très sottement soutenu.

4. Les niveaux de protection de nos législations dans toutes les matières sensibles telles que la santé, la sécurité alimentaire, l’environnement ne sont pas mis en danger par le Ceta. Notre droit de conserver un niveau élevé de protection, de réguler, est assuré et ne changera pas aussi longtemps que nous ne voulons pas le changer. La crainte du bœuf aux hormones, des poulets chlorés et des OGM ne tient pas.

5. Le Ceta est un traité de commerce et d’investissement. Si les règles protectrices des investissements (qui sont précises et resserrées par rapport aux abus actuels) sont interprétées différemment de part et d’autre de l’Atlantique par les juges nationaux, les multinationales en profiteront et les flux financiers changeront au gré des interprétations divergentes. Seule une juridiction internationale peut assurer qu’il n’y a pas de concurrence dans la protection des investissements. Par ailleurs, les règles du Ceta ne peuvent pas être appliquées par les juges nationaux (art. 30.6), ce qui préserve l’autonomie législative des Etats et de l’Union : devant les juridictions nationales, un exportateur ou un investisseur ne peut pas attaquer en nullité une loi en se prévalant du Ceta. Veut-on changer cela ?

6. Le Ceta change profondément le système actuel des tribunaux « privés » d’investissement. On a comparé des pommes et des poires. Ce n’est pas sérieux. Le Ceta prévoit un tribunal des investissements à la compétence limitée, ne pouvant connaître que de certains litiges selon des règles bien plus précises qu’aujourd’hui. Il y aura un mécanisme d’appel et tous les juges seront sélectionnés, nommés et payés par les Etats. Ils ne pourront pas, pendant qu’ils sont juges, s’occuper de différends d’investissement. De la même manière qu’il vaut mieux que les juges nationaux aient une certaine expérience du contentieux avant de devenir juges, il est préférable de nommer des juges internationaux expérimentés : expérience et indépendance ne sont pas incompatibles.

7. Devant le tribunal international des investissements Ceta, les PME wallonnes ayant investi au Canada pourront être défendues par leurs avocats. Si elles gagnent, leurs frais et débours sont mis à charge du Canada. Devant les juridictions canadiennes, elles devraient être représentées par des conseils canadiens et soumises à la procédure canadienne.

8. Comment demander aux autres Etats du monde qu’ils acceptent un tribunal des investissements parce que l’on se méfie de leurs juridictions nationales si nous n’en avons pas avec un Etat aussi proche que le Canada ? On nous répondra : deux poids deux mesures et nos investisseurs devront se défendre devant des juridictions nationales dont l’indépendance peut vraiment être mise en doute. Le Ceta est un modèle à cet égard et le tribunal des investissements pourra devenir multilatéral au fur et à mesure des traités conclus.

9. Le « non » wallon renforce tous les eurosceptiques et réjouit certainement les Brexiters  : le Royaume-Uni va sortir de l’Union, il obtiendra sans doute un accès pas trop défavorable au marché intérieur et conclura ensuite des traités de libre-échange avec ses si proches alliés que sont le Canada et les Etats-Unis. En conséquence, les investisseurs nord-américains s’installeront au Royaume-Uni plutôt que sur le continent et les biens produits en Angleterre grâce à des capitaux américains et canadiens envahiront le marché de l’Union, à notre détriment. Il en sera d’autant plus ainsi qu’après quelques années difficiles post-Brexit, la livre sterling sera faible et concurrentielle face à l’euro. Le chômage diminuera au Royaume-Uni, il augmentera sur le continent. Bonne chance ensuite pour résister aux torpilles que lanceront Mme Le Pen et consorts. L’Union sera encore plus décrédibilisée dans l’opinion publique. Il n’est pas certain que ce scénario se produira, mais le refus wallon le rend possible. C’est une énorme responsabilité.

10. Pendant des années, on s’est plaint que l’Union européenne n’avançait pas parce que les gouvernements britanniques successifs rejetaient systématiquement la faute sur les institutions européennes. On fait désormais exactement la même chose : on dit ainsi que la Commission s’est comportée comme un « délinquant politique ». Peut-on arrêter de nourrir la théorie du complot ?

11. Le monde est complexe. On ne le change pas tout seul dans son coin et un traité international ne se conclut pas tout seul. Il est toujours le résultat d’un compromis et, s’il faut bien entendu être extrêmement vigilant, il faut le juger dans son ensemble pour ce qu’il est. Ce pays a une longue tradition de compromis et d’ouverture internationale par le droit. Le dommage fait à la réputation de la Wallonie comme terre d’accueil aux investissements étrangers (et pas seulement canadiens) est énorme. Belle publicité gratuite pour la Flandre. On espère voir autant d’énergie mise à reconstruire notre réputation qu’à la détruire.

12. La démocratie et la complexité ne sont pas antinomiques, même s’il est parfois difficile pour l’opinion publique de ressentir une allégeance pour des institutions perçues comme complexes et lointaines. Une grande partie de l’opinion publique soutient, en Wallonie et au-delà, le gouvernement wallon. Les groupes de pression altermondialistes et anticapitalistes, qui ont poussé à demander la mixité du traité afin de le bloquer, ont extrêmement bien préparé les esprits. Pourtant, on n’améliore pas le monde et la démocratie en répandant des rumeurs sur le contenu de textes et en adoptant un discours qui oppose le peuple aux soi-disant élites. Quand un politicien fait cela, il est applaudi par le peuple, il augmente son propre pouvoir, il règne par la suspicion et non la raison. On a osé dire sur un plateau télé qu’il « ne fallait pas avoir lu le Ceta pour le comprendre » : n’est-on pas tombé bien bas et ne mérite-t-on pas un débat public d’une autre tenue ?

La Wallonie soulève les passions

La Wallonie qui empêche la Belgique de signer l’accord sur le CETA, c’est une « honte », selon Geert Bourgeois. Mais l’Open Vld, lui,  ne se contente pas d’invectiver, il veut passer outre et signer quand même. Comme il n’est pas suivi par le gouvernement belge, il peut désormais compter sur son leader historique, devenu un des ténors du Parlement européen : Guy Verhofstadt propose en effet de requalifier le traité pour le faire dépendre de la compétence exclusive de la Commission européenne. Aux yeux de l’ancien « baby Thatcher », ce serait même une heureuse avancée de l’intégration européenne.

Daniel Cohn-Bendit, avec lequel Guy Verhofstadt a signé un Manifeste pour une révolution postnationale en Europe, est néanmoins d’un avis très différent concernant l’opposition de la Wallonie au CETA. Pour sa part, « la Fondation Nicolas Hulot salue le courage de la Wallonie qui s’est faite le porte voix d’une grande partie de la société civile européenne ». Dans un texte publié par le Figaro puis repris par le Soir, Natacha Polony demande aux Wallons de prêter Paul Magnette aux Français pour l’élection présidentielle de 2017. Mais ce qui ressemble le plus à un panégyrique à la gloire de Paul Magnette, c’est le long portrait qu’en dresse Gaël Brustier, un politologue français, aussi dans le Figaro.

Par ailleurs, dans le journal Libération, Jean Quatremer affirme que, contrairement à ce que voudraient faire croire les défenseurs du traité, un échec du CETA ne marginalise pas l’Union européenne.

Quant à l’hebdomadaire « Marianne », il a une position assez claire sur le sujet. Voici ce qu’on pouvait y lire ce lundi 24 octobre :

CETA : l’honneur de l’Europe défendu par les Wallons

 Grâce au « non » de la Wallonie, la Belgique permet de bloquer la signature du Ceta. Le vrai scandale n’est pas que 3,5 millions d’individus défendent le bonheur et l’honneur de 496,5 millions contre les représentants de cette majorité, mais que 27 nations aient accepté le déshonneur ou le risque du déshonneur.

Notre civilisation s’illustre chaque jour davantage dans le syndrome du « roi est nu » d’Andersen, où il revient à une petite fille de faire acte de lucidité dans une foule béate d’admiration devant un souverain à poil. Ainsi donc, le projet de Ceta, de son vrai nom « Canada-Eu Trade Agrement » dans sa langue dominante (traduisez Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne), avait été approuvé par 27,5 des 28 états de l’Union. Par chance, au vu du malaise suscité par le Tafta et par le Brexit, le gouvernement français avait demandé que le traité soit mixte, à savoir coopté par la Commission européenne et par les 28 exécutifs, à la grande déception du très barrosien Jean-Claude Junker qui souhaitait que la Commission puisse décider seule d’un accord qui implique l’avenir des peuples. Il s’est donc trouvé par miracle un territoire peuplé d’irréductibles Européens pour dire non à un compromis reniant les valeurs fondatrices de l’Europe. La moitié francophone de la Belgique, dite Wallonie, a eu l’outrecuidance de pointer des articles constituant une menace directe sur le fonctionnement de l’économie et de la société. Le Ceta entend rompre toutes les barrières, au nom du libre échange globalisé euro-canadien, en contournant ou annulant des normes qualitatives protégeant le producteur et le consommateur.

Cette éthique économique et commerciale, exprimée à travers des réglementations mises en place au nom de la sécurité et de la transparence, mais aussi des appellations et des labels garantissant l’origine et l’authenticité des produits, est évidemment une odieuse entrave au libre-échange. Le marché-roi autour duquel se recompose l’économie mondiale ne veut plus d’entraves morales. Les grandes multinationales ont besoin de museler les Etats si elles veulent financiariser une fois pour toutes la consommation globalisée.

Les Wallons ont dit « non » à l’une des plus odieuses forfaitures politiques de ce siècle

Alors que de Athènes à La Haye et de Lisbonne à Helsinki, en passant par Berlin, Rome et Paris, les dirigeants européens avaient fermé les yeux, au nom d’une omelette que l’on ne fait pas sans casser les œufs, sur des renoncements incompatibles avec l’idée même d’une Europe libre et souveraine (ou alors tout est faux), il est une vieille cité, d’une vieille province, où siège le vrai parlement d’un vrai peuple, qui a dit non à l’une des plus odieuses forfaitures politiques de ce siècle. Frappés de bon sens, de clairvoyance et d’un courage certain, les Wallons, ces « Français d’outre Meuse », ainsi que nombre d’entre eux se revendiquent, ont, à travers leur ministre président, le très européen et socialiste Paul Magnette, refusé d’entériner un traité dont ils considèrent, en toute légitimité, qu’il remet en cause leur sécurité, leur société, leur économie et leur souveraineté nationale.

Nous n’énumérerons pas ici tous les points d’achoppements provoquant le refus wallon, sinon le plus emblématique de tous, celui qui prévoit que des tribunaux spéciaux pourront recevoir la plainte de firmes étrangères attaquant en justice un Etat dont le changement de réglementation pourrait constituer un préjudice pour leurs intérêts financiers. « T’as vu jouer ça où ? », serait-on tenté de lancer au concepteur de cette sinistre plaisanterie. Vous imaginez Nutella traînant la France devant le tribunal parce qu’une taxe anti-huile de palme entamerait ses bénéfices ? Vous imaginez Coca Cola portant plainte contre Berlin si le Bundestag décidait une réduction de la dose d’aspartam dans les sodas lights ? Vous imaginez Mac Do faisant condamner l’Italie au titre que le parlement de Rome souhaiterait limiter le taux de matière grasse dans un hamburger ?

Cela, 27 états européens plus la Flandre en avait accepté le principe. Le vrai scandale n’est donc pas que 3,5 millions d’individus défendent le bonheur et l’honneur de 496,5 millions contre les représentants de cette majorité, mais que 27 nations aient accepté le déshonneur ou le risque du déshonneur. Ce « Non » wallon est donc un « Oui » à une Europe des citoyens et des nations dont la communauté de destin s’appuie sur une économie porteuse de concurrence libre et non faussée. Gageons que d’autres voix et d’autres consciences s’y joindront. Ici Namur !

Périco Légasse

L’automne d’un pays…

Un billet de Jean-Luc Lefèvre

Avec le retour de l’automne, on ne peut que s’émerveiller des couleurs d’un attelage toujours belge en droit, mais toujours plus déplumé comme son premier ministre en titre.

Jour après jour en effet, comme nos forêts wallonnes, la bell(g)e se dénude toujours un peu plus.

La mortelle incursion des F16 pour les civils syriens dénoncée par la Russie ? Un vulgaire montage en 3D dénoncé par la RTB toujours Francophone, mais exclusivement  dans la langue de Vondel par trois hauts responsables des forces armées : le patron de la composante aérienne, le responsable du contrôle aérien (basé à Glons en région liégeoise) et le ministre fédéral ! La Belgique, un état fédéral confisqué !

Ministre de la Défense, mais aussi de la Fonction Publique, et toujours nationaliste flamand (le cumul simplifie toujours les choses !), il annonce dans le même temps la prochaine évaluation linguistique des hauts fonctionnaires de l’état dit « fédéral ». Mais en excluant des légitimes compétences exigées, la langue allemande reconnue par la Constitution ! Comment ne pas être plus clair quant aux réels enjeux de l’affrontement français – néerlandais ?

Les vrais enjeux ne sont pas linguistiques. Ils résident aussi dans le respect de la loi et de l’état de droit.

Le chef de l’état est en visite au Japon à la tête d’une mission économique, et donc une visite officielle ? Son irresponsabilité politique exige qu’il soit accompagné d’un ministre pour apporter son contre-seing. Ni Reynders (retenu à Bruxelles), ni le Secrétaire d’état au Commerce extérieur (en formation aux States) ne sont présents, Philippe sera donc seul, comme un grand, tout nu politiquement…

Quand la Région wallonne renâcle légitimement (un traité mixte, une compétence dévolue aux régions à la demande de la Flandre lors de la dernière réforme de l’État) au traité commercial avec le Canada, un partie de Septentrion (l’Open VLD, pas la N-VA, plus diplomate) crie au scandale et exige de passer outre en instrumentalisant un Sénat rendu croupion…

En Belgique, décidément, les feuilles tombent. Les masques aussi.

Les choses sont de plus en plus claires dans cet espace d’entre-deux façonné par les grandes puissances au lendemain de Waterloo : si l’état belge survit, ce sera un état flamand. S’il devait disparaître, et les ministres N-VA chargés des compétences régaliennes sont performants à cette « fin », ce sera à charge des francophones lésés par une injuste clé de répartition des moyens (60 – 40%) préjudiciable aujourd’hui aux étudiants en médecine et aux investissements dans le rail, demain à la ventilation d’une dette excessive. Marche ou crève, tel est le message !

La Belgique et la Wallonie en pleine lumière

En soi, l’enjeu du CETA dépasse largement celui de la politique locale ou régionale, mais il fallait que s’exprime une volonté politique.

Il y a d’abord eu le Parlement wallon qui, très tôt, s’est saisi du dossier. Puis ce fut l’heure de Paul Magnette : en sa qualité de Ministre-Président de la Wallonie, il a montré à l’Europe et au Canada que la position de son parlement méritait qu’on s’y attarde. A présent, les opposants au CETA comptent sur la Wallonie et ils le font savoir. Un peu partout en Europe, et même au Canada, le citoyen ordinaire commence à se poser des questions. C’est peut-être une vague qui monte et l’amorce d’un retournement. Et voilà que le Parti socialiste, avec Elio Di Rupo à sa tête, s’engage à fond dans ce combat qui lui donne une nouvelle raison d’exister.

En soi, l’enjeu du CETA dépasse largement celui de nos querelles communautaires, mais ce dossier est potentiellement explosif pour les relations entre la Flandre et la Wallonie, et nous devons ici nous réjouir que la Wallonie ait choisi d’affronter son destin. Ce qu’il faut prendre en considération, ce n’est pas seulement la fin annoncée de l’Etat belge mais aussi la façon d’en sortir, sachant que la N-VA dit clairement vouloir pourrir la vie des Wallons pour les pousser à demander le divorce aux conditions qu’on leur imposera. Sur ce coup-ci, la Wallonie fait mieux que se défendre. On n’est plus au temps de la Question royale, évidemment, mais l’esprit de résistance est à nouveau là.

Nous ne pouvons pas nous empêcher de relier ce dossier, qui met la Belgique et la Wallonie en pleine lumière, à la situation particulière d’un pays qui n’en est plus vraiment un. Aux yeux de Jacques LENAIN, qui est français, ce qui se passe actuellement révèle la vraie nature de la Belgique aujourd’hui. Voici son analyse :

Cette affaire du traité CETA UE/Canada est une manifestation de plus de l’inconsistance structurelle de l’Etat central belge, après cette autre preuve que fut la COP 21 (où la Belgique ne put apporter sa contribution « commune » chiffrée à la réduction des gaz à effet de serre). Une preuve de sa décomposition continue. Du caractère déjà « confédéral » de l’entité belge, une entité qui ne se commande plus elle-même, qui est commandée par ses membres (certains se souviendront que j’ai exposé les quatre phases historiques et chainées du « confédéralisme » belge en décembre 2014 (« confédéralisme » culturel, puis politique, puis institutionnel puis enfin financier ; voir sur mon site ma dernière note : Le Projet d’Intégration-Autonomie, un projet pour la Wallonie et Bruxelles avec la France. Du nécessaire au possible).

Ni la Californie, ni la Bavière, ni la Lombardie, ni la Catalogne ni l’Ecosse, ni le Québec, ni aucune entité fédérée de quelque État, État belge excepté, ne peut empêcher son État central de signer un traité international, dans quelque domaine que ce soit. Alors que chacune des six entités fédérées belges le peut, une situation unique au monde ! Un fait stupéfiant pour le monde entier car il dévoile le caractère résiduel de l’Etat belge, de son absence de substance, de la superficialité de sa souveraineté interne et internationale. Et surtout un fait annonciateur inéluctable de sa future disparition, dont seule l’échéance nous reste inconnue (ainsi que certaines de ses modalités).

Magnette dit que la Wallonie a le même pouvoir constitutionnel qu’un État membre de l’UE. C’est à la fois vrai et faux, constitutionnellement et politiquement. C’est vrai car c’est le pouvoir de dire « non » (au moins pendant un certain temps…). C’est faux car ce n’est pas celui de dire « oui », puisque la Wallonie, comme la Flandre (et chaque autre entité fédérée belge, dans son domaine de compétence, ne peut négocier ni signer, seule, le moindre traité international (malgré ce que semble autoriser la constitution belge…). Au grand regret des nationalistes flamands, qui veulent l’indépendance sans oser la faire (à cause de leur refus de perdre Bruxelles) et des ultra-régionalistes wallons, qui veulent l’autonomie maximale sans en avoir les capacités ni les moyens (notamment financiers). Deux forces antagonistes qui, à leur insu, se ressemblent de plus en plus en ce qu’elles participent désormais, l’une comme l’autre, chacune à sa manière, au minage des dernières structures belges ! Voilà une contradiction insurmontable pour les dirigeants wallons, une contradiction croissante, une mine de plus sous les pas du PS « francophone », obligé de se gauchiser pour conserver son électorat afin de rester au pouvoir, et, alors même qu’il fait tout pour conserver la structure protectrice belge aussi longtemps que possible, pour simplement gagner du temps, faute de disposer de la moindre stratégie alternative pour protéger la Wallonie de l’étranglement financier progressif engagé par la « sixième réforme », en vient, à son tour, à saboter lui-même cette structure pour servir cette « gauchisation »! Ce n’est pas seulement à la « communauté internationale » que Magnette parle ainsi : il parle aussi à la Flandre, et comment ! Et les dirigeants flamands n’aimeront pas jouer longtemps à « qui perd gagne »… (Jacques Lenain)

Non, la Wallonie n’est pas seule

paul-magnette

Et les réactions sur les sites des journaux français suggèrent que Paul Magnette ferait un bon candidat pour les prochaines élections présidentielles en France…

Lu ce vendredi 21 octobre sur le site du Vif/L’Express :

Ceta : « La Wallonie montre la voie »

Le libre-échange augmente les inégalités, soutient le journaliste français Emmanuel Defouloy, qui estime que la Wallonie, en refusant le traité commercial avec le Canada, « se trouve à l’avant-garde ».

La Bassée (nord de la France), 29 septembre 1998 : les 541 personnes, surtout des femmes, qui fabriquent des jeans pour le groupe américain Levi Strauss apprennent que l’usine va fermer. Coup de massue. Quelques jours plus tard, le personnel manifeste à Bruxelles, cœur du pouvoir européen et siège continental de la société. En couvrant l’événement pour l’Agence France Presse (AFP), le journaliste Emmanuel Defouloy, qui a vécu cinq ans en Belgique, rencontre pour la première fois les ouvrières qui seront licenciées. Ce fut le début de la gestation de son livre qui vient de paraître (1).

Emmanuel Defouloy donne d’abord la parole à deux de ces ouvrières qui, pendant dix ans, ont retranscrit leur parcours chaotique après leur mise au chômage. Dans une deuxième partie, il explique comment les pays occidentaux, en adoptant un libre-échange radical, ont livré des centaines de milliers de travailleurs à la cupidité de grands groupes et de leurs actionnaires. « Au début des années 2000, le phénomène était encore mal compris. Presque invisible. Quinze ans après, il apparaît clairement que les reculs sociaux et les dégâts humains engendrés ont été dramatiquement sous-estimés « , écrit-il. Entretien, à la résonance toute particulière, en plein débat pour ou contre le traité commercial entre l’Europe et le Canada (Ceta).

En quoi l’histoire de ces deux ouvrières est-elle emblématique ?

A la faveur de l’accord douanier entre l’Union européenne et Ankara qui venait d’être signé, les usines française et belges ont été délocalisées en Turquie. Une aubaine pour Levi’s, qui a trouvé l’occasion de produire à bas prix et de réexporter sa production dans l’UE sans payer de droits de douane. Les deux ouvrières, elles, n’ont jamais retrouvé de contrat stable… C’est emblématique du chômage de masse et de la spirale du déclassement qui frappent les classes populaires depuis plusieurs décennies.

Caterpillar, qui va fermer ses portes à Gosselies, c’est la répétition du même scénario ?

Oui. La quasi-disparition des droits de douane implique que les multinationales peuvent aujourd’hui s’installer là où elles engrangeront le plus de profits. Dans mon livre, j’explique en quoi cette dérégulation met en concurrence des ouvriers européens, qui ont acquis des revenus décents après de longues luttes, avec des ouvriers chinois ou bangladais aux salaires très bas et aux droits bafoués. Mais c’est également une concurrence des ouvriers d’Europe entre eux.

Les Wallons ont-ils eu raison de s’opposer au Ceta ?

Je me réjouis que la Belgique francophone (NDLR : la Wallonie) se soit placée à l’avant-garde de l’opposition à un libre-échange sans fin. Non, elle n’est pas la risée de l’Europe. J’y vois là l’éternel argument des multinationales : « Vous vous repliez, vous êtes archaïques… » Il faut retourner l’argument : le repli sur soi, c’est plutôt l’entre-soi des doctrinaires du libre-échange qui continuent de défendre un système qui ne marche plus. Ils ne sont plus capables de voir ceux qui sont victimes de ce système.

Ils prétendent favoriser la croissance…

Comment y croire encore ? La liste des étapes de la libéralisation des échanges depuis les années 1970 est très longue. Dans le même temps, la croissance du PIB en France n’a cessé de baisser : de 5,9 % dans les années 1960, on est passé à 4,1 % dans les années 1970, 2,3 % dans les années 1980, 1,8 % la décennie suivante et 1,3 % au cours de la décennie 2000. Cette tendance est similaire dans tous les pays développés. En fait, ces doctrinaires du libre-échange créent sciemment la confusion entre la croissance globale et celle des profits des multinationales et de leurs actionnaires, laquelle accroît toujours plus les inégalités.

En quoi le libre-échange est-il un « piège qui mine la démocratie » ?

Les opinions publiques en Europe sont désormais très majoritairement opposées à la poursuite du libre-échange. Mais par des procédures opaques, on les contourne. Du coup, le fait qu’une instance élue comme le parlement wallon ait voté non est une avancée très importante car, en général, ce sont seulement des syndicats ou des ONG qui se font entendre.

Qu’est-ce qui vous semble rédhibitoire dans le Ceta ?

Notamment l’ICS (Investment Court System), qui est le mécanisme privé pour régler les différends entre les Etats et les multinationales. Nulle part, dans aucun pays, aucun homme politique n’a jamais mis à son programme qu’il fallait créer des tribunaux privés dans des accords de libre-échange, le Ceta aujourd’hui, le TTIP (avec les Etats-Unis) demain. Ces traités ne sont donc pas le résultat de processus démocratiques mais du lobbying opaque de multinationales qui cherchent à remettre en cause nos acquis collectifs.

Dans ce tableau, quel rôle joue la spéculation financière ?

Le libre-échange a commencé à produire ses effets délétères avant même la liberté de circulation des capitaux. Dans les années 1970, on assistait déjà à des fermetures d’usines et à un chômage grimpant en flèche. J’explique dans mon livre comment la finance dérégulée a utilisé ce cadre libre-échangiste pour déstabiliser encore plus le rapport de force entre capital et travail, au profit du premier.

Votre livre est-il une dénonciation ?

Non, car je bannis le ton polémique. Le livre s’intitule L’Entraide : il faut mettre en avant des valeurs nouvelles, prendre un autre chemin et remettre l’Europe sur les rails. Critiquer le libre-échange n’est pas une posture nationaliste, mais profondément européenne, visant à généraliser vers le haut les normes environnementales, sociales, sanitaires. Ce qu’il nous faut, ce sont des traités d’un genre nouveau visant l’entraide et la régulation, notamment contre l’évasion fiscale, et non des traités de mise en concurrence généralisée de tous contre tous.

(1) L’entraide. Deux ouvrières dans le piège du libre-échange,par Nadine Jurdeczka, Michèle Sevrette et Emmanuel Defouloy, éd. Riveneuve, 320 p.

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