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Ce qui se cache derrière le French bashing

French bashingAucun rapport avec la coupe du monde de football dont on ne sait pas si elle incite à la fête ou à l’hystérie collective. Il ne s’agit pas non plus de revenir sur les rapports complexes entre les Belges francophones et les Français. Tout juste est-il bon de rappeler que, pour légitimer le jeune royaume de Belgique, au XIXe siècle, il a bien fallu opposer l’identité belge à la néerlandaise et à la française. On en est encore un peu là, même avec un pays coupé en deux par la frontière linguistique, même avec deux moitiés de pays poussées vers le confédéralisme avec l’idée que malgré tout la Belgique a un sens.

Aucun rapport, disais-je. Il n’est pas question ici de la perception de la France en Belgique mais dans les pays anglo-saxons. Cela peut toutefois concerner les Wallons dans la mesure où les Flamands sont culturellement, politiquement, économiquement beaucoup plus anglo-saxons que nous. Si la France est jugée négativement par le monde anglo-saxon, dont elle n’est pas la sœur jumelle, quelle est la part de l’idéologie, du réflexe impérialiste, de l’agacement face à une certaine exception française ? Echappons-nous à une certaine forme d’intoxication des esprits ? On se rappellera que, chez nous, le rejet de l’influence française a pris une dimension idéologique au moment où la France est redevenue une république, au XIXe siècle. Evidemment, cela n’a fait que renforcer l’attachement de la Wallonie à la France. En partie au moins.

Bref, voici l’analyse du French bashing par ces franchouillards du magazine Marianne. Nous, on n’a qu’une seule chose à leur dire : la France ne doit pas avoir peur de sa différence, elle est aussi la nôtre. (G.R.)

Marianne du 6 juin 2014

C’est un sport national outre-Manche : se moquer des Français, de leur président et de leurs 35 heures. Un phénomène récurrent mais amplifié depuis quelques années, qui mêle moquerie et jalousie inavouable.

Ces derniers mois, les hostilités ont repris. Les Anglo-Saxons se sont à nouveau livrés à leur sport favori : le French bashing, cette pratique peu fair-play qui consiste à dénigrer tout ce qui vient des Froggies (généralement vus comme paresseux et toujours en vacances). Le Guardian a annoncé qu’une nouvelle loi française interdisait les mails professionnels après 18 heures (une info qui a fait le tour du Web et qui s’est révélée être une grossière exagération). Une publicité américaine pour la marque Cadillac a moqué le proverbial manque d’ardeur au travail des Français. Et, dans un article d’une violence assez ahurissante, un journaliste du Spectator expliquait que, lui vivant, ses enfants n’apprendraient jamais le français. Motif : la France serait en déclin, comme en témoignerait, entre autres, le déplorable état de l’Afrique francophone. Ces critiques faisaient suite à un article du Vanity Fair américain de mars intitulé « Liberté, égalité, fatigué », où l’on apprenait que la France avait perdu son « je-ne-sais-quoi » et son « savoir-faire ». Et au dossier désormais culte de Newsweek sur « la chute de la France », un modèle du genre, rempli d’erreurs factuelles grotesques (le litre de lait coûterait 6 €) et de raisonnements indigents (l’Ecole alsacienne choisie comme modèle du système scolaire français…). Si l’on y ajoute les déclarations agressives de James Cameron, le Premier ministre britannique, vis-à-vis de la France depuis deux ans, ou les couvertures catastrophistes à répétition de l’Economist (en gros, François Hollande va provoquer la chute de la civilisation occidentale), on peut s’interroger : pourquoi tant de haine ? Comment expliquer un tel alarmisme ? Est-ce le signe d’un sincère souci pour le bien-être de la France ? L’expression d’une éternelle rivalité historique ?

Valeur de repoussoir

« Non, bien sûr, la raison est d’abord idéologique », explique la philosophe Cynthia Fleury, auteur de la Fin du courage. « Nous sommes en situation de guerre économique. Et comme chacun sait, le modèle ultralibéral anglo-saxon est en totale opposition avec le modèle français, où l’Etat reste encore puissant, avec un fort niveau de protection sociale et un marché du travail régulé. Dans la mesure où la situation économique est mauvaise en France, cela permet aux Anglo-Saxons de se persuader que leur modèle est le meilleur. La France sert de repoussoir. » Pour les libéraux du monde entier (cela fait du monde), la France est l’homme à abattre. Du moins symboliquement. L’empire ne peut imposer sa parfaite hégémonie idéologique tant qu’il y aura des pays pour croire qu’un Smic est possible. Comme le petit village d’Astérix -un petit village certes très mal en point-, la France tient encore tête. Confirmation de Jon Henley, grand reporter au Guardian et correspondant à Paris pendant dix ans : « Autrefois, les articles qui se moquaient des Français étaient bon enfant, sur un mode taquin, affectueux. Depuis quelques années, on a vu apparaître des articles beaucoup plus durs où l’enjeu est idéologique. La France représente, malgré ses problèmes, la dernière alternative à la solution libérale. Il faut coûte que coûte lui taper dessus. »

Pour Stéphane Rozès, politologue et président de Conseils, analyses et perspectives, le French bashing ne s’explique pas seulement par des raisons économiques mais aussi par des raisons quasi psychologiques. « L’imaginaire des Anglais est très différent de celui des Français. Les Anglais sont des insulaires qui, historiquement, sont habitués à ne compter que sur eux-mêmes dans les moments difficiles. C’est le célèbre « Never complain, never explain ». Dès lors, ils ne comprennent pas que les Français se plaignent de la mondialisation. Alors que les Français, pour pouvoir agir, ont toujours eu besoin de se projeter vers l’extérieur, de s’appuyer sur une utopie commune, un projet collectif, que ce soit l’Etat-nation, l’Europe, ou au travers de valeurs universelles à promouvoir. » Et quand ce projet collectif fait cruellement défaut, les Français auraient tendance à se lamenter, à chercher un responsable extérieur. En somme, là où un Anglais, face à la précarité néolibérale, sera porté à se retrousser les manches, un Français va être enclin à critiquer le manque d’utopie qui induit un si attristant état de fait.

A ce titre, le fameux « pessimisme français », dont s’affligent sans répit les médias hexagonaux, ne vient pas d’un quelconque manque de combativité : il résulte de la disparition de toute possibilité d’une utopie mobilisatrice. De tous les pays du monde, la France est sans doute celui dont les valeurs se diluent le moins bien dans le capitalisme financier. Il est donc logique que notre pays souffre. Et que ses petits camarades se moquent de lui…

Hypocrisie

Reste une question. Si le modèle anglo-saxon est tellement plus performant que le modèle français, pourquoi s’acharner dans le French bashing ? A quoi bon continuer de taper sur un adversaire qui est déjà à terre ? N’y aurait-il pas sous ces moqueries une jalousie déguisée ? Rappelons en effet que les médias anglais et américains ne parlent des Français que comme d’un peuple toujours en vacances, prompts à prendre ses RTT ?… « Cela me paraît évident, souligne Cynthia Fleury. Derrière ces critiques condescendantes, on sent poindre un certain ressentiment envieux : puisque je n’ai pas accès à cette paresse, à cette manière de vivre si légère, il n’y a aucune raison que quelqu’un d’autre y ait droit. » Ah, hypocrites Anglo-Saxons, moralistes tartufes, qui sous couvert de nous faire la leçon jalousent notre way of life si hédoniste (du moins la vision quelque peu idéalisée qu’ils s’en font…). Stéphane Rozès ne peut qu’acquiescer. « On ne sait pas, en France, à quel point le démantèlement du welfare state, à l’époque de Thatcher, a été vécu de façon violente et traumatique par les Anglais. Aujourd’hui, ils voient les immenses efforts qu’ils ont consentis et constatent qu’ils ne s’en sortent pourtant pas tellement mieux que la France, et que même, sur certains points, ils sont moins bien lotis : la santé, l’éducation, la très grande pauvreté, les inégalités… Pour eux, la France, avec son système à l’ancienne, son Etat fort et dépensier, devrait être à terre, au même niveau que la Grèce. Pourtant, ce n’est pas le cas, même si nos problèmes sont nombreux et réels. Cela crée chez certains une sorte d’amertume, l’impression de s’être sacrifiés sans en récolter les fruits, alors que la France, cette mauvaise élève, continue de se comporter en enfant gâté et ne reçoit pas la sévère punition qu’elle devrait… »

Cette envie déguisée, cette fascination pour un art de vivre « à la française », la journaliste et écrivain Rebecca Leffler, qui a longtemps vécu à Paris, ne peut que les constater. « Les Américains, et particulièrement les New-Yorkais, travaillent comme des dingues. Aussi sont-ils toujours un peu soulagés de voir un article de French bashing qui leur explique que les Français sont punis pour leur paresse. Cela les détend… Mais cela leur fait aussi envie. Nombre d’entre eux aimeraient travailler 35 heures, prendre l’apéro dans des cafés et partir souvent en vacances… »

Derrière le French bashing, il y a bien souvent l’attrait pour un mode de vie plus décontracté, plus léger, fût-il un fantasme. Ce dont témoignent les succès de best-sellers récents aux Etats-Unis, comme French women don’t get fat, de Mireille Guiliano, ou Bringing up bébé, de Pamela Druckerman, où les femmes françaises sont célébrées comme des superwomen qui parviendraient à rester toujours minces, élégantes, professionnelles, tout en étant dotées d’enfants parfaitement éduqués… Autre exemple de cette admiration américaine : le triomphe récent fait au livre de Thomas Piketty, le Capital au XXIe siècle, venu annoncer aux Américains, en nouveau Marx, que leur modèle sentait le roussi… (…)

Pour l’intégralité de l’article du magazine Marianne, cliquer ici.

Des mariages et un enterrement

mariageOn sait que Marc Wilmots, l’entraîneur wallon des Diables rouges, est devenu bilingue en allant jouer au Sint-Truidense VV et surtout en se liant pour la vie à la fille du président du club limbourgeois, Katrien, qui elle-même étudiait le droit aux facultés de Namur. L’amour se moque des frontières, il n’y a pas loin de Jodoigne à Sint-Truiden, ces mariages ont toujours existé, bien avant la création de la Belgique, et dans ce pays où l’on brasse les langues avec le même bonheur que la bière, on se dit que ces unions spontanées ont dû se multiplier…

Eh bien non. Pas du tout. Monsieur et Madame Wilmots sont des exceptions. Pour emblématique qu’elle soit, leur parade amoureuse au-dessus du « rideau de betteraves » est tout sauf tendance. Evidemment, la société belge évolue vers un plus grand métissage et les Belges de Wallonie et de Flandre ne sont pas les derniers à papillonner dans le monde entier. Mais la frontière linguistique, celle qui va de Comines aux Fourons, s’imprime de plus en plus dans les têtes et dans les cœurs. Les Wallons et les Flamands ne vivent déjà plus dans le même pays.

C’est à peu près ce que Pierre Kroll a écrit dans son dernier billet pour le journal De Standaard. Nous en reprenons ici deux extraits :

Pierre KrollChristophe Deborsu m’a fait lire son dernier livre « Dag, bonjour ! ». Il est publié en néerlandais, je n’ai donc pas tout compris mais au chapitre 2, une chose m’a renversé. Ce sont des chiffres et ça je les comprends dans toutes les langues ! En 2012, il y a eu en Belgique 152 mariages sur 42.198 qui unissaient un ou une flamand(e) à un ou une francophone soit… 0,36 % ! Ils étaient 2 % en 1970 quand la Belgique n’était pas encore un état fédéral, six fois plus.

Ils sont bien plus rares que les mariages de Belges avec des Français (presque 10 fois moins !) ou de Belges avec des Néerlandais. Et surtout, ils ne cessent de diminuer. Ils étaient 4 fois plus en 1980 (1,29 % des mariages). Et presque deux fois plus en 2000 (0,65 %).

Bien sûr, la langue semble tout expliquer. Il faut s’être déjà dit beaucoup de choses avant de s’unir, théoriquement, pour la vie. Mais pourquoi cette diminution constante ?

Traditionnellement, on épouse la fille ou le fils du voisin. Nous ne sommes donc, Flamands, Wallons, même plus des voisins. (…)

Déjà, moi, je m’en fiche un peu que ce pays se sépare un jour mais, à voir combien de jeunes fondent des foyers bilingues, il n’y en a plus beaucoup qui pleureront. (…)

Pour l’intégralité du texte de Pierre Kroll, cliquer ici.

G.R.

La Belgique à la croisée des chemins

Nous reprenons ici, dans son intégralité, un article écrit par Christophe Giltay pour le magazine Paris Match et repris sur son blog. Le journaliste de Bel RTL, au profil très franco-wallon, donne ici son point de vue sur l’état de la Belgique au lendemain des récentes élections.

Christophe GiltayQuel avenir pour la Belgique ? On me pose souvent la question, et ma réponse est le plus souvent : quelle Belgique ? Parlez-vous de la Belgique de mon enfance, celle du Roi Baudouin, du Congo, et de la fierté de l’expo 58 ?

Vous vous souvenez ? Le pays de cocagne, fier de son dynamisme économique et de ses avancées technologiques. Quelle différence à l’époque entre le téléphone automatique en Belgique et les 22 à Asnières de Fernand Raynaud ! Cette Belgique qui installait le câble dans les appartements ouvrant les téléviseurs au monde, quand l’hexagone se gobergeait de créer une deuxième chaîne couleur ; cette Belgique qui épatait le monde avec Brel, Adamo, Merckx, Ickx… Bref de cette Belgique que Gaston Eyskens appelait, à l’imitation du général de Gaulle au sujet de l’Algérie française, la « Belgique de papa ».

Désolé mais cette Belgique est morte, elle est morte depuis longtemps.

La Belgique est morte !

Elle a commencé à succomber au temps des premières lois communautaires en 1970, et elle a trépassé avec la réforme de l’Etat de 1993. Je me souviens à l’époque d’avoir titré dans le journal de 7 h de Bel RTL, le lendemain des fameux accords de la saint Michel, « le Royaume de Belgique est mort, vive le RFB ! » RFB comme Royaume Fédéral de Belgique. Je pensais que compte tenu de la profondeur du changement constitutionnel, il aurait fallu changer également le nom du pays, comme un électrochoc afin que les gens « se rendent compte ».

On ne l’a pas fait et les Belges francophones ont cru qu’ils continuaient à vivre dans le même pays. Et ça a duré un certain temps, je me souviens du Roi Baudoin dans son ultime discours du 21 juillet 1993, il appelait ça la « loyauté fédérale ». D’ailleurs, Herman de Croo et Mark Eyskens n’offraient-ils pas à la télévision le visage rassurant de ces Flamands francophiles, maitrisant la langue de Molière comme Jean d’Ormesson ? Nous laissant croire que tout continuait comme avant, ou qu’au pire, comme dans le Guépard « qu’il fallait que tout change pour que rien ne change ».

Mais la Belgique n’est pas la Sicile du prince Fabrizio Courbera de Salina, immortalisé par Burt Lancaster dans le film de Visconti. Tout a changé, la seule chose c’est que les francophones ne l’ont pas su, ne l’ont pas cru, ou n’ont pas voulu le croire. D’ailleurs y croient-ils ?

Espérer le meilleur, mais préparer le pire ?

J’ai la faiblesse de penser que les hommes politiques francophones de ce pays sont lucides, qu’ils ont compris, qu’ils se préparent au pire. Mais qu’ils n’osent pas le dire, l’expliquer, le révéler. Par délicatesse, par charité chrétienne, par peur, par intérêt peut être ? « Nous sommes le dernier rempart de la Belgique », thème connu, partagé par bien des partis francophones… Mais que défend encore ce rempart ? Et ce rempart n’est-il pas une ruine comme celles qu’on admire, mélancolique, dans les jardins de Rome ?

On aurait dû changer le nom du pays, et peut être son mode de scrutin, ou son organisation électorale. Tant que les hommes au pouvoir étaient issus de générations grandies dans la Belgique « d’avant », qui avaient connu les partis unitaires, ça a plus ou moins bien fonctionné. Mais souvenez-vous de Jean-Luc Dehaene pendant la crise des 500 jours, abandonnant la partie, parce qu’il ne comprenait plus ni les règles, ni les gens.

Il y a effectivement de nouvelles règles. Et le fait notamment d’avoir créé deux opinions publiques, deux corps électoraux et désormais des partis influents n’existant que dans une seule communauté, sans pour autant changer la façon dont se forme le gouvernement, n’a pu que conduire à des crises de plus en plus longues.

Dans n’importe quelle démocratie, quand le gouvernement sortant remporte les élections, il est reconduit. La logique voudrait donc que la coalition actuelle reste au pouvoir et Elio di Rupo premier ministre.

Je m’imagine essayant d’expliquer le contraire à mes copains français. Nanti d’un bon bilan et vainqueur des élections, Elio di Rupo ne sera probablement plus premier ministre dans quelques temps. Incompréhensible pour qui n’est pas belge.

La Belgique byzantine

Maintenant, si on renonce à l’architecture classique, à la logique cartésienne trop française pour se baigner avec délectation dans le style baroque et les règles byzantines… On peut disserter sans fin sur la légitimité de tel ou tel, et le célèbre « message de l’électeur » qui dans le système proportionnel belge n’est jamais clair. C’était un grand bonheur de voir les présidents de parti se réclamer chacun de la victoire dimanche soir, à part Olivier Deleuze, qui a reconnu qu’il était un peu déçu. Mais tout juste !

Et voilà que commence la sarabande des consultations, à la recherche de la quadrature du cercle. Ce serait bien de reconduire la coalition sortante, c’est arithmétiquement possible, mais voilà, peut-on écarter le premier parti du pays, et le premier parti de Flandre ?

Honnêtement, ça fait bizarre. Et que se passe-t-il ailleurs quand un parti qui fait de très bons scores, n’arrive jamais à atteindre le pouvoir ? Soit il disparaît peu à peu, à force d’avoir lassé l’électeur. Soit il dispose d’un véritable ancrage populaire, et il continue à monter, monter, monter, et finalement il obtient la majorité absolue ou il prend le pouvoir de manière disons moins démocratique…

On me répète à qui mieux mieux qu’il est impossible que le PS et la NVA cohabitent dans le même gouvernement. Oui et alors ? La NVA sera le pivot du gouvernement flamand, elle disposera de pouvoirs considérables grâce à la 6eme réforme de l’Etat. Elle pourra bloquer ou du moins gêner le fonctionnement du gouvernement fédéral. Car comme le rappelait régulièrement Kris Peeters, président flamand sortant, la Flandre c’est 60% de la population, 70% du PIB, 80% des exportations.

La Belgique c’est la Flandre

Je vais vous faire une révélation, la Belgique c’est la Flandre ! Je le répète :  La Belgique c’est la Flandre ! C’est pourquoi certains hommes politiques flamingants disent aux francophones « mais vous n’aimez pas la Belgique ! ». Et le francophone répond « mais non c‘est vous ! » Et pourtant c’est le Flamand qui a raison, sauf que le francophone évoque la Belgique de papa, et le flamingant celle d’aujourd’hui.

Revenons un instant à la phrase du général de Gaulle qu’avait évoquée Gaston Eyskens dans sa célèbre formule « la Belgique de Papa ». Le général s’adressait aux partisans de l’Algérie française, pour leur faire comprendre que l’Algérie serait bientôt indépendante : « On peut regretter la douceur des lampes à huiles, la splendeur de la marine à voile et l’Algérie de papa mais Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités ! »

La réalité c’est que la Belgique c’est d’abord la Flandre et qu’en Flandre le premier parti s’appelle la NVA. Si le scrutin majoritaire était en vigueur en Belgique, comme en France (à deux tours) ou plus encore comme en Grande Bretagne (à un seul tour), la NVA aurait la majorité absolue au parlement flamand et peut-être même à la chambre des députés !

Ça aurait au moins le mérite de la clarté. Je me dis que parfois Bart De Wever doit en rêver.

Un séparatisme possible

Je ne sais pas ce qui va se passer dans ces prochains jours. Je crois qu’il y aura un gouvernement sans la NVA . Et que ce sera donc reculer pour mieux sauter. Car il y aura une prochaine fois, et la prochaine fois la NVA imposera une réforme de l’Etat hyper confédérale, laissant au gouvernement central un soupçon de pouvoirs symboliques : affaires étrangères, défense, justice peut être. Mais comme c’est la Flandre qui tiendra les cordons de la bourse… Quant à sa composition, ce sera systématiquement le premier parti flamand et le premier parti francophone qui géreront au minimum, un peu comme des curateurs, ce qui restera de la Belgique. Puis chacun dans sa communauté, sa région, gouvernera au maximum ce qui ne regardera plus les autres…

Avant peut-être le grand saut, le grand coup de ciseaux définitif.

On m’a dit un jour qu’il était impossible de découper Bruxelles avec une partie flamande et une autre francophone. C’est vrai, où passerait cette frontière ? Au niveau du canal ? Au milieu de la grand place, entre le bas et le haut de la ville ? Je réponds alors qu’il existe d’autres solutions pour partager la capitale. J’en connais une en vigueur à Rome. Depuis les accords du Latran en 1929, Rome abrite deux Etats : l’Italie et le Vatican. On pourrait ainsi imaginer un Vatican flamand au cœur de Bruxelles, avec comme à Rome des dizaines de bâtiments flamands bénéficiant de l’extraterritorialité, autant d’îlots flamands dans une Bruxelles francophone… Et cette Bruxelles serait elle-même reliée à la Wallonie par une route « neutre ». Inconcevable ? C’est oublier par exemple le statut de Berlin Ouest enclavée en RDA et reliée à l’Ouest par une autoroute, véritable « cordon ombilical ».

En matière d’institution, l’homme moderne est très créatif, et le Belge plus encore que les autres. (Cela dit les îles Cook c’est pas mal non plus…)

Au final, je vois une Belgique qui va continuer peu à peu à se déliter, jusqu’à une sorte de « confédération des Flamands et des Wallons » qui se terminera peut être par une scission. Le Roi Philippe et sa famille prendraient alors le chemin de l’exil comme son ancêtre Louis-Philippe en 1848.

Mais ce processus prendra probablement des dizaines d’années.

Et c’est là que le bât blesse !

Rester dans l’histoire

L’ignominieux attentat du samedi 23 mai au musée juif de Bruxelles nous a rappelé brutalement que nous étions toujours plongés dans l’histoire, comme en août 14. Non, nous ne sommes pas à l’abri ! Non, nous n’avons plus le temps de nous refermer sur notre nombrilisme communautaire, à polémiquer sans fin sur le bruit des avions et la largeur du Ring !

Je ne sais pas si la Belgique va survivre et je ne sais pas pour combien de temps. Mais une chose est sûre, si elle existe encore elle a besoin d‘un gouvernement responsable, avec des hommes (et des femmes) d’Etat, et pas les défenseurs de tels ou tels intérêts particuliers.

Et c’est d’ailleurs à cette aune que l’histoire juge les peuples. Ont-ils la capacité dans les moments difficiles de faire surgir une génération qui prend la barre et affronte la tempête ? Par le passé, la Belgique a su le faire, en 1830, en 1914, en 1940… Personne alors ne doutait de son existence.

On verra si cette fois encore le « peuple belge » relève le défi.

Sinon…

Christophe Giltay

Quand les Américains voulaient gouverner la France

Il n’est pas question pour nous de remettre en cause le sacrifice des milliers de jeunes soldats venus mourir en France pour vaincre le nazisme. Après les Hollande-Obamabelles commémorations que nous venons de vivre en Normandie, nous pensons pourtant que plusieurs éléments méritent d’être mis en lumière :

1. Sans la victoire des Soviétiques sur le front de l’est (la boucherie de la bataille de Stalingrad a fait plus de victimes que le débarquement de Normandie), qu’en serait-il advenu si les Allemands avaient pu quitter le front de l’Est pour venir renforcer le front de l’Ouest ?

2. Le débarquement de Normandie a fait plus de victimes parmi la population française que parmi les militaires.

3. Selon plusieurs historiens américains et l’historienne Annie Lacroix-Riz, l’intention de Roosevelt était de faire de la France, mais aussi de l’Italie, de l’Allemagne et du Japon, des protectorats américains. Il fallut toute la force de caractère, la stratégie et l’ingéniosité du Général de Gaulle pour que la France puisse retrouver pleinement la liberté.

Nous pensons que toutes les vérités historiques ont leur droit.

Paul D.

Cet article du Monde diplomatique est daté du mois de mai 2003 mais il contribue à mettre l’actualité en perspective :

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France – comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon – un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

A en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle, « apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée.

Un « Vichy sans Vichy »

A l’époque, les Etats-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si de Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé – pour leurs marchandises et leurs capitaux – le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux.

C’est pourquoi les Etats-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre de Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. A l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’Etat qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’ »ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

Pour lire la suite de l’article du Monde diplomatique : cliquer ici.

« Partez donc avant d’avoir tout cassé »

On se souvient que le Général de Gaulle n’était pas partisan de l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Aujourd’hui, Michel Rocard lui donne raison.

Lire ici l’information donnée par Francetv :

Michel RocardUne demande courtoise, mais ferme. L’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard demande au Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, dans une tribune publiée mercredi 4 juin par Le Monde. Européen convaincu, il accuse les Britanniques de ne pas aimer l’Europe, de n’y être entrés que pour « faire du commerce », de paralyser son évolution politique et de commettre un déni de démocratie en s’opposant à la nomination à la présidence de la Commission européenne du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, candidat du parti vainqueur des élections de mai.

« Partez donc avant d’avoir tout cassé »

« Il y a entre vous et nous, les Européens continentaux, un malentendu qui est en train de tourner mal, écrit Michel Rocard, 83 ans. De cela, l’Europe meurt. » Michel Rocard accuse également le Premier ministre britannique de faire « semblant » de vouloir quitter l’Union européenne. Selon le magazine allemand Der Spiegel, le Premier ministre britannique a averti ses partenaires qu’il ne pourrait garantir le maintien du Royaume-Uni dans l’UE si Jean-Claude Juncker devenait président de la Commission. Par ailleurs, il a promis un référendum sur la sortie de son pays de l’UE d’ici 2017.

« Vous avez encore quelque intérêt bancaire à profiter du désordre que vous créez », accuse-t-il. « Partez donc avant d’avoir tout cassé », conclut l’ancien Premier ministre français. « Il fut un temps où élégance était synonyme de britannique. Laissez-nous reconstruire l’Europe. Retrouvez l’élégance et vous retrouverez notre estime. »

Lire aussi, sur le site de l’AWF : Karel De Gucht et Charles de Gaulle

Les faibles arguments des amoureux de la Belgique

Lu sur le site de la Libre :

Une opinion de Felice Dassetto, sociologue et professeur émérite de l’UCL.

Felice DassettoLes arguments de ceux qui disent tenir à notre pays sont bien faibles. On gère vaille que vaille la vieille idée de la Belgique. On fait dans l’anecdote, l’absurde ou la négative. Très insuffisant ! La campagne électorale, qui se déroule dans l’attente des résultats de la N-VA, laisse entrevoir que le débat sur le devenir de la Belgique aura bien lieu après les élections. Faut-il une nouvelle réforme pour l’avenir du pays ? Quelle réforme ? Fédéralisme ? Confédéralisme ? Ce débat risquera de montrer la faiblesse des arguments de ceux qui disent tenir à l’avenir de la Belgique.

1. Comme toute réalité sociale, les idées qui sous-tendent les ensembles politiques sont des constructions consolidées, plus ou moins rationnelles ou émotionnelles, qui se disent à travers des narrations entre passé, présent et avenir, à travers des concepts, des symboles, des valeurs, des connaissances concrètes. C’est la force des idées. Cette force est tout aussi fondatrice que les mécanismes institutionnels et les logiques d’intérêts. Tout Etat – unitaire, fédéral ou confédéral – suppose des idées qui argumentent et justifient la cohabitation des composantes dans une entité politique et dans un territoire. La force de Bart De Wever consiste dans le fait qu’il a une narration, qu’il avance des concepts qui fondent la raison d’être du projet de dissolution de l’Etat belge : les deux langues, les deux pays, le gommage de Bruxelles. Cette narration, vraie ou fausse, peu importe, fait sens pour une partie significative des Flamands, probablement bien plus largement qu’aux oreilles des seuls électeurs de la N-VA.

2. Quelle est la prise en compte de la force des idées de ceux qui disent tenir à la Belgique ? Du côté flamand, Bart De Wever énonce son projet avec radicalité et veut le voir réalisé dans des temps courts : tout de suite le confédéralisme, et un peu plus tard, la séparation de la Belgique. « Nous ne sommes pas révolutionnaires », dit-il. C’est sa narration pour l’avenir de la Belgique. Est-il exagéré de dire que dans d’autres partis on pense plus ou moins la même chose, que la narration n’est pas fort différente de celle de la N-VA sauf qu’elle diffère dans l’agenda et est actuellement plus attentiste ? Il y a quelques années, Patrick Dewael parlait avec le sourire de « l’évaporation de la Belgique ». Quelques politiciens et partis flamands pensent autrement, mais leurs arguments sont faibles tout comme ceux des francophones. Des Bruxellois flamands, tout comme les francophones, parlent de la Belgique mais en regardant avant tout Bruxelles et son existence impossible sans Belgique. Des intellectuels du monde artistique flamand, bien plus que le monde universitaire, ont exprimé leur idée de la Belgique. Quelques sportifs internationaux également. Et qu’en est-il des gens et surtout des jeunes générations ? A quel sondage faut-il se fier ? Manifeste-t-on un attachement belge ? Difficile à dire, surtout si on va au-delà de l’opinion et que l’on essaie de cerner les arguments, les raisons de leurs références positives à la Belgique.

3. Et quels arguments avance-t-on du côté francophone pour penser la Belgique ? S’y exprime avant tout une position de résistance. « Nous ne sommes demandeurs de rien ! On va parler de socio-économique ! » Mais cette résistance est une ligne Maginot. Le retranchement dans le socio-économique, l’attention exclusive aux mécanismes institutionnels, sous-tendus par la mésestime des logiques de l’esprit et de la force des idées, laissent croire qu’on peut se dispenser de penser la nouvelle Belgique. On manque de narrations, de concepts, de valeurs au sujet de la Belgique actuelle et future. Au journaliste de VTM, lors de l’émission retransmise par RTL ce mardi 13 mai, qui demande à Paul Magnette pourquoi les francophones parlent avec autant d’émotion de la Belgique, le président du PS répond : « Mais c’est parce que c’est notre histoire. » L’histoire est importante, mais elle ne suffit pas pour fonder un projet d’avenir, et elle suffit d’autant moins que, depuis des décennies, du côté flamand, on a raconté une autre histoire du pays. Tout comme ne suffit pas l’argument qui dit vouloir maintenir la sécurité sociale car c’est le lien entre les personnes du pays. Oui, mais qu’en est-il si la force des idées amène à penser qu’il n’y a pas de raisons de maintenir l’unité entre les personnes de ce pays ?

4. Autrement dit : les débats actuels, mais ils durent depuis des années, montrent la carence de pensée autour de la Belgique, de la nouvelle Belgique. On en reste, parfois avec embarras, au passé, au tricolore, à l’hymne national et à la monarchie. Les régionalismes aux teintes nationales du nord et du sud, une pensée réductrice limitée aux institutions et à l’économie ont amené à penser qu’il n’était plus nécessaire de penser la nouvelle Belgique, d’en faire une narration, de réinventer des symboles, de refonder des valeurs, de formuler un projet. Et il ne suffit pas, comme des intellectuels le font, de penser la Belgique par la négative : elle existe parce que c’est impossible de la diviser, en raison de Bruxelles, de la dette, de l’Union européenne, ou, mais de moins en moins, de l’institution monarchique. Il ne suffit pas non plus d’argumenter par l’absurde : l’identité de la Belgique est celle de ne pas être, celle de l’identité floue et surréaliste… Autant d’idées qui peuvent nourrir des conversations de cafés branchés mais qui ne permettent pas de fonder un avenir politique.

5. Et parallèlement, les francophones ou flamands qui disent tenir à la Belgique, n’ont pas mis des énergies et quelques moyens pour expliquer, argumenter, justifier, refonder dans les esprits la nouvelle Belgique, tant au sein des Flamands que des Francophones. On a fait une narration – et quelle narration exaltée ! – des entités fédérées, en croyant que cela pouvait remplacer celle relative à la Belgique. La pensée sur la nouvelle Belgique reste timorée et dominée par la pensée sur les entités qui la composent. Le futur est aux régions. Pour la Belgique, on gère vaille que vaille la vieille idée du pays. Ou on fait dans l’anecdote : évoquer le foot ou le croisement des vacanciers dans les Ardennes et à la Côte ne suffit pas. Si on parle de la Belgique uniquement dans ces termes, c’est qu’on a bien peu d’arguments. On n’a même pas su transformer la fête que l’on persiste à appeler « nationale » en une fête « fédérale », car on ne pense pas que les symboles ont une force. Ou bien, du côté francophone, on continue à penser que l’idée de Belgique « va de soi », alors que ce n’est pas vrai du côté flamand et cela commence à ne plus l’être du côté francophone. Les derniers parmi les Flamands qui ont encore quelques références à une Belgique sont en train de sortir de scène. Les nouvelles générations, comme Wouter Beke, diront que pour eux « le biotope naturel » est la Flandre casée dans l’Europe. C’est normal : depuis qu’ils sont nés, ils n’ont entendu que cette narration. Ce propos n’est pas génétique, c’est une construction. Et bientôt ce sera le cas aussi pour les jeunes Wallons. On a voulu faire une autre Belgique, non plus nationale mais fédérale. Mais on n’a pas produit de narration de cette Belgique-là.

« Je suis flamingant. La Flandre est mon biotope naturel. »

Cela fait longtemps que j’affirme que le nationalisme flamand ne s’arrête pas au Vlaams belang et aujourd’hui à la N-VA. Nous retrouvons de nombreux nationalistes flamands au CD&V, à l’Open-VLD et même dans une moindre mesure au SP.a et chez Groen. Nous pouvons dire qu’à l’heure actuelle, plus de 70 % des Flamands sont nationalistes. N’allez pas chercher dans cette affirmation le moindre sentiment anti-flamand chez moi. Je sais qu’il existe des Flamands qui ont toute mon estime. Mais ne me demandez pas de jouer à l’autruche. Vous me direz qu’il en existe aussi en France, ce à quoi je vous répondrai par l’affirmative. Je vous dirai même que je n’ai pas plus d’atome crochu avec un nationaliste français qu’avec un nationaliste flamand, mais faisons la part des choses et reconnaissons que le nationalisme franchouillard est loin d’atteindre 70 % des Français.

Paul D.

Lu sur le site de « 7sur7 » :

wouter beke« Je suis flamingant. La Flandre est mon biotope naturel. » Tels sont les mots du président du CD&V, Wouter Beke, dans un reportage en deux parties « Schild en Vriend » que diffusent les 7 et 14 mai les chaînes de télévision RTL-TVi et VIER.

Les auteurs du reportage ont suivi une série de personnalités politiques flamandes pendant les dernières semaines de la campagne électorale.  « Il est intéressant de voir combien les blessures infligées au cours de la formation du gouvernement après 2010 sont profondes. Cette formation a contaminé toute une génération« , a expliqué le réalisateur Eric Goens.  Le président de l’Open Vld de l’époque, Alexander De Croo, accuse son homologue de la N-VA, Bart De Wever, d’avoir brisé le front flamand qui existait alors.

Confiance brisée

« Au début de la formation, il y a eu beaucoup de collaboration entre la N-VA et l’Open Vld. Nous avons préparé beaucoup de dossiers avec la N-VA, comme ce qui concernait le droit du travail, parce qu’à l’époque nous avions un front flamand avec le CD&V et la N-VA. Cela a été une stratégie délibérée de De Wever de torpiller ce front », explique-t-il. Quelque chose s’est brisé ensuite, affirme le libéral flamand qui dit ne même plus avoir le numéro de gsm de M. De Wever. « J’ai du mal à faire confiance à De Wever », souligne de son côté M. Beke. « Je ne fais pas non plus confiance à De Croo, même humainement », répond pour sa part M. De Wever. Le président des nationalistes flamands se montre plus compréhensif à l’égard de son collègue chrétien-démocrate. « Venant de Beke, je le regrette vraiment mais je comprends que des traces soient restées. » La candidate de la N-VA à la présidence du gouvernement flamand, Liesbeth Homans, livre également le fond de sa pensée à propos du PS. « Le clientélisme du PS est en contradiction avec ce que nous proposons. Au plus ils aident des gens à recevoir une allocation, au plus ils pensent que ces gens vont voter pour eux », lâche-t-elle.

Le néerlandais de Di Rupo, encore lui

À entendre M. De Croo, la N-VA est responsable de l’accession d’un francophone à la fonction de Premier ministre. « Le gagnant des élections ne voulait pas devenir Premier ministre », fait-il remarquer. Et d’après lui, Elio Di Rupo n’a pas facilité la tâche des partis flamands. « En tant que Flamands, nous avions l’habitude d’avoir un Premier ministre qui parlait notre langue. Di Rupo communique d’une autre manière. Son néerlandais n’est pas assez bon pour communiquer directement. »

Quand les politologues jouent au puzzle des coalitions

puzzleA l’heure où l’Europe induit de plus en plus les politiques des Etats, à l’heure où les Régions vont voir leurs compétences se multiplier avec la 6ème réforme de l’Etat, à l’heure où l’Etat belge continue à s’évaporer, il est paradoxal de voir « Le Vif-L’Express », comme tous les médias francophones, accorder toute leur attention aux élections fédérales. Paradoxal ? Pas tellement si nous considérons que le résultat de ces élections vont avoir une incidence sur l’existence-même de la Belgique.

Ainsi, pas moins de 7 politologues se penchent au chevet d’un Etat particulièrement malade. Ils ébauchent 5 scénarios et donnent une cote de probabilité de voir des coalitions former un gouvernement.  Si les scénarios 1 à 4 relèvent du déjà vu, ils sont bien obligés d’en arriver à un 5ème scénario qui consiste en un blocage et lui donnent une probabilité étonnante (de 0 à 10 sur 10).  Il suffirait que N-VA et CD&V s’associent en Flandre, que le PS renoue avec le CDh et Ecolo en Wallonie et que le MR tombe dans les bras du FDF et d’Ecolo à Bruxelles. Bart Maddens rappelle très justement : « On a vu en 2010 que les affaires courantes pouvaient être interprétés de façon large ».  Johan Ackaert ajoute : « Le blocage au niveau fédéral avec des majorités régionales composées rapidement, c’est le scénario dont rêve la N-VA ». Le dernier recours serait alors d’aller vers de nouvelles élections fédérales qui auraient l’allure d’un référendum pour ou contre la Belgique. Les élections fédérales du 25 mai seront bien la mère de toutes les élections.

Paul D. (Cliquer sur les images pour lire l’article du Vif/L’Express.)

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Une récompense pour un article intéressant

économie belge flamandiséeNous avons déjà rendu compte d’un article du Trends-Tendance montrant que les Flamands étaient surreprésentés au top des entreprises belges. Pour cet éclairage que d’aucuns jugeaient sans doute inutilement polémique, le journaliste Gilles Quoistiaux a remporté le prix Citi récompensant le meilleur article paru dans la presse économique en 2013. Bravo à lui pour cette enquête et la façon dont elle a été exécutée. Pareille reconnaissance nous invite à reprendre ici le début de cet article publié le 7 novembre dans le magazine Trends-Tendance.

A la tête des grandes entreprises, les patrons flamands sont deux fois plus nombreux que les patrons francophones. Une proportion que l’on retrouve à tous les postes clés : DRH, directeur financier, juridique, marketing… Les francophones sont-ils désavantagés dans la course aux fonctions stratégiques ? Se heurtent-ils à un «plafond de verre» infranchissable ? Sont-ils capables d’inverser la tendance ?

Le sujet est tabou. Bien sûr, on en parle de temps en temps autour de la machine à café. Mais peu de responsables soulèvent le débat dans les instances de décision des entreprises. Mettre sur la table la répartition francophones-Flamands dans l’organigramme de la société, c’est risquer de réveiller les démons communautaires qui traversent la Belgique du nord au sud.

Pourtant, les chiffres dévoilés cette semaine par Trends-Tendances offrent matière à réflexion. Ils dépeignent une économie belge teintée en jaune et noir. Aux plus hauts postes de direction, les néerlandophones sont largement dominants. Si vous travaillez dans une entreprise comptant plus de 100 employés, vous avez deux chances sur trois d’être dirigé par un Flamand. Voilà pour la partie la plus visible de l’iceberg. Si l’on descend d’un étage, le constat reste le même. A tous les postes stratégiques, les Flamands sont surreprésentés par rapport à leur poids démographique (58 % de la population environ). Ils occupent 70 % des postes de directeur financier, 70 % des fonctions de directeur juridique, 71 % des postes de directeur marketing, 73 % des fonctions de directeur des ressources humaines…

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