La traduction de cet article est de Jules Gheude.
Doorbraak : Vous êtes, au sein du CD&V, l’un des rares à dire encore quelque chose sur le communautaire.
Bogaert : Je ne me qualifierais pas personnellement de flamingant. Je suis plutôt un Flamand convaincu et un partisan d’une autonomie la plus large possible, surtout au niveau socio-économique. Mais je me distingue des nationalistes flamands et du Vlaamse Volksbeweging sur la manière d’y parvenir. On a émis et on émet encore beaucoup de critiques sur les réformes de l’Etat successives, avec tous leurs compromis complexes et épouvantables. Mais elles constituaient chaque fois un pas en avant. Les Flamands ont leur propre Parlement. Et la Flandre peut maintenant décider elle-même de son enseignement, des travaux publics, de secteurs de prospérité, etc. La sixième réforme de l’Etat ne sera jamais la dernière. Je le dis clairement, comme le dit aussi Wouter Beke. Avec le CD&V, je veux encore progresser sur la voie communautaire.
Doorbraaak : Qu’est-ce que cela peut encore rapporter à la Flandre ?
Bogaert : Davantage de compétences en matière de santé, d’emploi et de réformes-autonomie fiscales.
Doorbraak : Vos coreligionnaires sont-ils toujours aussi motivés ?
Bogaert : Je reste dans le cadre des cinq résolutions flamandes de 1999, qu’une grande partie de la Flandre politique a approuvées. Ceux qui, après la sixième réforme de l’Etat, disent « Stop, c’est fini », ont à s’expliquer. On ne peut tout de même pas dire, en tant que CD&V : nous étions pour les soins de santé, mais nous ne les avons pas obtenus avec la sixième réforme de l’Etat, donc… maintenant nous sommes contre ! Cela vaut aussi pour l’autonomie fiscale. Nous en étions partisans, d’un point de vue démocratique : le niveau politique qui est responsable, doit aussi pouvoir prélever les impôts. Nous devons continuer à nous engager à cet égard.
Doorbraak : Pour vous, le bilan de la sixième réforme de l’Etat est trop maigre ?
Bogaert : Non, certainement pas. Ce fut une avancée importante. Les entités fédérées ont obtenu 20 milliards d’euros supplémentaires. Elles ont aujourd’hui plus de compétences que le niveau fédéral. Quand mon bon collègue Hendrik Vuye (N-VA) twitte aujourd’hui que cette réforme de l’Etat a augmenté les transferts, il se trompe. Sans ces « épouvantables » réformes de l’Etat, les transferts auraient été bien plus élevés.
Doorbraak : Vous vouliez aborder ces transferts via un Fonds de redressement pour la Wallonie. On n’en a guère entendu parler au CD&V…
Bogaert : Quand la Banque nationale parle elle-même de 6 milliards d’euros de transferts, on le sait quand même, non ? Je me souviens encore comment Joëlle Milquet fut dans tous ses états quand la BN a dévoilé ce chiffre. Il s’agit en gros de mille euros par Flamand. C’est donc beaucoup. Trop. Dans ma petite commune de Jabbeke, c’est l’équivalent de notre budget total. C’est pourquoi j’ai lancé, en 2008, l’idée d’un « Fonds de redressement pour la Wallonie ». Donnons à la Wallonie, en une fois, le montant de sept années de transferts et quatre milliards en plus. Comme cela, on est quitte et nous pouvons obtenir une autonomie socio-économique. Tel était mon raisonnement. Si l’on m’avait alors suivi, tout cela serait maintenant réglé…
Doorbraak : Nous sommes aujourd’hui en 2016…
Bogaert : En effet, et ces transferts se poursuivent et ils ne diminuent pas. Vous savez, cela reste un problème pour la Flandre, mais également pour la Wallonie. Ce grand fossé que l’on observe au niveau de l’emploi, ils ne peuvent tout de même pas l’attribuer éternellement à la fermeture des mines de charbon, il y a plus d’un demi-siècle ?… L’Europe nous impose un taux d’activité de 75%. Et la Wallonie se trouve à 55%. C’est cette faiblesse que nous finançons donc de manière continue…
Doorbraak : Le problème est bien cerné, mais comment peut-on le résoudre ?
Bogaert : Il y en a qui croient que cela peut se régler par une politique socio-économique forte au niveau fédéral. Les transferts disparaîtraient ainsi d’eux-mêmes. Hélas, ça ne marchera jamais. C’est pourquoi je continue à plaider pour une réforme de ce pays, pour une « union personnelle » d’entités fédérées (de préférence deux). Je continuerai à porter le débat à l’intérieur et à l’extérieur du parti.
Doorbraak : Le Flamands devront avoir beaucoup de patience.
Bogaert : Notre autonomie est comparable à celle de la Catalogne, y compris en ce qui concerne le flux d’argent. Dans le contexte espagnol, les Catalans paient encore plus de transferts. Eux aussi sont en quête d’autonomie, avec des hauts et des bas. Et quant au tempo sur lequel nous progressons, nous pouvons discuter. Les Catalans peuvent faire descendre deux millions de personnes dans la rue. Et les Flamands ? Dix mille peut-être. Voilà la situation. De Wever tient le même langage.
Doorbraak : Avancer pas à pas plutôt que de rêver à un grand saut ?
Bogaert : Regardez, la scission de BHV fut aussi un travail de longue haleine. Je sais, nous avons payé beaucoup, peut-être trop. Et cela n’a pu stopper la francisation. Ce ne fut pas un projet parfait, mais je l’ai défendu, car cela représentait une délimitation importante de notre territoire. Et Wouter Beke s’est battu très fort pour cela. Je sais qu’à un certain moment, divers présidents de parti francophones se trouvaient autour de lui et disaient : « Tu vas plier. » Beke a répondu : « Je ne plie pas… » BHV est aujourd’hui scindé.
Doorbraak : Quelle est la force de la tendance flamingante au sein du CD&V ?
Bogaert : Le courant sous-jacent reste flamingant, même s’il faut pour cela se bagarrer. Au SP.A et à l’Open VLD, le parti qui redevient plutôt le PVV, il n’en est pas question. Au sein du CD&V, il y a des tendances, comme au sein du Vlaamse Beweging (il rit).
Doorbraak : Votre préférence va-t-elle, dans un proche avenir, à une coopération avec la N-VA ?
Bogaert : Pas nécessairement. J’ai été l’un des derniers partisans du cartel CD&V / N-VA. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La N-VA n’est pas toujours le parti le plus empathique. Le cartel appartient à l’histoire, il ne se reproduira pas. Pour moi, le tournant a été le « virage de Bracke » (Ndlr. : même le confédéralisme était relégué à l’arrière-plan et pour la N-VA, un programme socio-économique de droite devenait la priorité). Se distancier aussi explicitement du noyau du programme, cela m’a effrayé. Et l’explication – le PS sera lui-même demandeur d’une nouvelle réforme de l’Etat – n’était pas crédible. Que voyons-nous aujourd’hui ? Le PS n’est absolument demandeur de rien.
Doorbraak : Le débat communautaire reviendra certainement lors des prochaines élections. Où se situe la différence en la matière entre le CD&V et la N-VA ?
Bogaert : Il y a une grande différence : on me dit – venant de la N-VA – que le but véritable de l’initiative de Hendrik Vuye et de Veerle Wouters est de faire voter par le Parlement flamand une motion pour proclamer l’indépendance de la Flandre. De Wever en aurait assez. Tout cela est bien beau. Mais que se passera-t-il ensuite ? Quelles seront les conséquences nationales et internationales ? Plus de questions que de réponses, je pense… Nous croyons qu’on ne peut progresser qu’en poursuivant la réforme de ce pays. Si nous réussissons encore une ou deux fois à obtenir une réforme de l’Etat raisonnablement substantielle, alors nous serons très proches de l’autonomie socio-économique pour les entités fédérées. Et pour moi, c’est ce qu’il faut faire.
Doorbraak : Hugo Schiltz (Volksunie) avait pourtant également dit que le Parlement flamand pouvait décider en définitive.
Bogaert : C’est tout de même un fameux saut à faire du bateau au quai : très risqué, car vous pouvez tomber à l’eau. Je ne conseillerais pas à la N-VA de tenter cela.
Doorbraak : Voulez-vous que votre parti aille aussi loin que vous ?
Bogaert : Ce que je dis, c’est le courant principal au sein du parti et il faut que cela le devienne encore davantage. Le CD&V a toujours compté beaucoup de Flamands convaincus dans ses rangs… En outre, je ferais attention au rôle du « ah oui, il y a encore Hendrik Bogaert »… Je m’investis pour faire passer mes idées. Une chose est sûre : la Wallonie n’ira pas mieux en maintenant mordicus la structure belge. Le problème n’est pas écarté. Donc, le débat reviendra. C’est ce qui s’est passé lors de la dernière réforme de l’Etat : sous la pression de la N-VA et d’une grande part du CD&V, Di Rupo n’a pu y échapper. Cela se reproduira encore.
Le gouvernement flamand commande une nouvelle étude sur les transferts financiers générés par la solidarité interrégionale en Belgique. Encore une fois, il s’agit de montrer aux électeurs flamands que la Wallonie est un puits sans fonds, qu’elle engouffre une part toujours excessive de la richesse produite en Flandre. 
L’appartenance à l’Union européenne d’une ancienne entité fédérée devrait être automatique, sans le passage de toute une procédure d’adhésion, a affirmé ce week-end le ministre-président flamand Geert Bourgeois, à l’occasion de la réception de nouvel an du Mouvement populaire flamand (VVB, Vlaams Volksbeweging).
moment d’accélérer, juste un peu. Peut-être avait-il envie de communiquer, de partager, de rassurer ses partisans. L’indépendance est là, pas loin. Pour réaliser le grand projet de sa vie, il doit maîtriser le temps, le timing. Le pouvoir n’est pas le but mais le moyen. Bouger, forcer les événements, agir plutôt que réagir. Ne pas rater son rendez-vous avec l’histoire. Un petit pas pour lui mais peut-être un grand pas pour la Flandre. Un petit pas qui suffit à montrer qui est le véritable homme fort du royaume de Belgique… ce pays en sursis qui n’est pas le sien.
La ministre N-VA du gouvernement flamand Liesbeth Homans a dit croire mercredi que la Belgique existera encore en 2020 mais formulé « l’espoir » que ce ne sera « plus » le cas en 2025. La VRT prépare une série d’anticipation sur la Belgique « dans cinq ans » dont un extrait a été diffusé au journal télévisé de la chaîne publique flamande mercredi. « 2020, c’est trop tôt », y indique Mme Homans au sujet de la disparition de la Belgique, en y formulant le vœu qu’un maximum de compétences aillent aux entités fédérées après les élections de 2019 « de sorte que la Belgique disparaisse d’elle-même ». La N-VA aspire statutairement à « l’indépendance d’une république de Flandre, Etat d’une Union européenne démocratique ». Mais lors de la formation du gouvernement Michel, il avait été décidé de mettre de côté toute revendication communautaire.



