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Quand le fédéralisme était une utopie

Kroll, confédéralismeMalgré les efforts sincères et honnêtes d’hommes politiques tant flamands que wallons et bruxellois, le passage de la Belgique unitaire à la Belgique fédérale aura été une suite de compromis laborieux plus proches souvent de compromissions qui ne pouvaient déboucher que sur l’échec que nous connaissons aujourd’hui. La cause en est simple : côté flamand, mu par un ADN nationaliste, le fédéralisme n’était qu’une fusée à étages multiples qui devait conduire la Flandre à l’autonomie, dernière étape vers l’indépendance. Côté wallon, c’était une finalité qui permette à une « Belgique nouvelle » de trouver un équilibre qui soit bénéfique à chaque communauté et région.

Lorsque les partis nationaux se sont scindés l’un après l’autre pour devenir des partis responsables devant leur seule communauté, la messe était dite. L’implosion de la Volksunie qui a produit un essaimage nationaliste flamand dans tous les partis du nord a été un autre événement majeur. Le retour à une circonscription nationale où des élus de chaque région et/ou communauté seraient responsables devant l’ensemble des Belges est une chimère, une illusion, un mirage parce que l’immense majorité des Flamands n’en veut pas. 

Là, nous toucherons à tous les aspects de la sécurité sociale et la population wallonne percevra toute la perversité d’un Etat belge à domination flamande dont la première préoccupation sera tout sauf le sort de la Région wallonne. M. Di Rupo sera-t-il encore là pour énoncer le slogan qui l’avait porté au pouvoir : « mon parti, c’est mon pays » ! Tout comme pour le sort de ses citoyens exclus du chômage, il n’aura plus que ses yeux pour pleurer et la prise d’anxiolytique pour assurer ses nuits de sommeil.

Ce qui me chagrine est de constater que le monde décisionnel wallon reste imperturbablement muet devant un scénario écrit d’avance pour tout citoyen qui s’intéresse un tant soit peu à l’évolution de ce pays. Comment est-il possible qu’une seule voix se fasse entendre : « nous croyons au fédéralisme d’union » !

Les médias belges de langue française, malgré certains éclairs de lucidité, portent dans cet état de chose une grande responsabilité. Mais existe-t-il encore un média qui porte la voix de la Wallonie ?

Paul D.

11/04/15 à 08:55 – Mise à jour à 16:00

Source : Le Vif/l’express

François PerinPlusieurs écrits de François Perin, l’un des artisans de la transformation de la Belgique en un pays fédéral, sont réédités. L’occasion de redécouvrir cette figure majeure du mouvement wallon, dont les idées ont inspiré les fondateurs d’Ecolo.

Une démission-désertion, du dépit, et même un soupçon de dégoût. Le 11 juin 1985, François Perin claque la porte du Parti réformateur libéral et met un terme à sa carrière politique. L’intellectuel liégeois justifie son acte en déclarant ne plus pouvoir « cautionner la politique conservatrice » menée par la coalition Martens-Gol, qui rassemble sociaux-chrétiens et libéraux. L’ancien ministre reproche à son président de parti, Louis Michel, de s’éloigner du libéralisme des Lumières pour lorgner la droite dure, incarnée au Royaume-Uni par Margaret Thatcher. Mais la motivation profonde de sa décision réside ailleurs : esprit caustique, inclassable, Perin éprouve le besoin de recouvrer une totale liberté de pensée.

Son geste de 1985 est, à vrai dire, le prolongement d’un autre, survenu cinq ans plus tôt. Le 26 mars 1980, François Perin démissionne, à la surprise générale, de son mandat de sénateur. En plein débat sur la création des premiers gouvernements régionaux, il laisse apparaître l’énorme scepticisme que lui inspire l’avenir du pays. « Je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat, lâche-t-il. Il est difficile de rester parlementaire d’un Etat auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde. » Au cours de sa brève allocution, le sénateur expose les trois maux, « incurables et irréversibles », dont souffre selon lui la Belgique : le nationalisme flamand, la particratie et le pouvoir exorbitant des syndicats.

La Belgique, François Perin ne l’a jamais beaucoup aimée. En revanche, il a longtemps cru que le fédéralisme serait à même de donner au pays un nouveau souffle, une nouvelle cohérence. Cet espoir déçu le fera basculer vers un rejet total de l’introuvable patrie belge, comme l’illustre un florilège de ses écrits, aujourd’hui réédités et commentés par l’essayiste Jules Gheude. « J’ai cru qu’une réforme institutionnelle de type fédéral serait de nature à garantir la cohabitation paisible des deux grandes communautés du pays et je me suis investi politiquement dans ce sens, confessera Perin en juin 2013, trois mois avant sa mort. Mais j’ai compris très vite que le fédéralisme, que nous considérions, nous les francophones, comme un aboutissement, n’était pour les Flamands qu’un moyen de progresser plus vite sur la voie de l’indépendance. »

Ecolo et le fédéralisme radical

De 1974 à 1976, Perin intègre le gouvernement Tindemans II, où il obtient le portefeuille des Réformes institutionnelles. Peu après, il se rapproche des libéraux. A la même époque, un bouillonnement nouveau gagne les sociétés européennes. Un peu partout, et notamment en Wallonie, les pionniers de l’écologie politique s’organisent. Cette préhistoire du parti Ecolo est racontée par Benoît Lechat, ancien journaliste à l’agence Belga, dans un livre publié en janvier dernier, quelques semaines avant son décès. L’un des grands mérites de l’ouvrage est de montrer à quel point les écologistes wallons ont été imprégnés par les thèses fédéralistes.

Le père fondateur d’Ecolo, Paul Lannoye, a lui-même été l’un des dirigeants du Rassemblement wallon. Ce physicien namurois, assistant à l’ULB, partage avec François Perin l’idée que la particratie gangrène la Wallonie et que la région a besoin d’un sursaut. Même si les deux hommes se sont distanciés au début des années 1970, leur diagnostic reste identique. « Nous prenons conscience que le combat est d’abord un combat contre nous-mêmes, professe Perin. En Wallonie, que de conservatisme de tout bord, que de bornés et d’aveugles, que de sclérose et de vieillissement ! D’une certaine façon, nous devons être reconnaissants à l’égard des Flamands tentés par l’égoïsme et le goût de l’hégémonie de nous faire sortir de notre inertie ! »

Ironie de l’Histoire : c’est à peu près au moment où François Perin quitte la politique que le parti se rallie à des positions plus conventionnelles, ou plus réalistes, et délaisse le fédéralisme radical de ses débuts. La fin d’une utopie.

Le silence et la grande abstention des politiques

Le point de vue de Georges-Henry SIMONIS Colloque Prospective-Parlement Wallon-2014-11-27

« Comme c’est bizarre, comme c’est étrange, et quelle coïncidence… » : pour une fois, en Belgique comme en France, tous les partis s’interrogent en même temps sur leur avenir et sur leurs programmes.

En Wallonie, c’est le P.S., titillé par la gauche, qui dit vouloir ouvrir un large débat; c’est le c.d.H qui fait un appel aux idées nouvelles; c’est ECOLO qui recherche une nouvelle radicalité; seul le MR, englué au sein de l’Etat Fédéral dans les conditions que l’on sait, semble gérer les affaires sans grande ligne directrice autre que l' »accord gouvernemental » qui lui a été imposé pour prix de son retour au Pouvoir Fédéral.

En France, le P.S. oscille lui aussi entre sa politique de rigueur actuelle et celle qui est proposée par les contestataires de gauche, frondeurs ou extérieurs; à droite, on s’apprête à choisir l’homme providentiel avant de trouver un programme suffisamment novateur et crédible; chez EELV (les Verts), on hésite entre radicalisme et participation gouvernementale…

En démocratie, c’est évidemment une bonne chose qu’il y ait une culture du débat, et une recherche de solutions nouvelles aux problèmes des citoyens.

Ceux-ci commencent à s’inquiéter fortement : trop nombreux sont ceux qui vivent dans une grande précarité, ou dont les conditions d’existence sont insuffisantes pour mener une vie décente, pour ne pas dire heureuse et normale. En Wallonie, les craintes dépassent le saut d’index, la diminution des allocations familiales, ou la diminution drastique des soutiens financiers régionaux.

En matière financière, les problèmes qui opposent les Régions et le pouvoir fédéral vont au-delà des difficultés comptables qui font qu’on recherche les millions manquants… Elles illustrent ce que de nombreuses personnes avaient pressenti lors de la 6ème Réforme de l’Etat : il n’y a pas assez d’argent dans l’enveloppe allouée aux Régions lors des transferts de compétence.

En outre, l’Etat flamand continue de mépriser quotidiennement la Wallonie : en matière de transports ferroviaires, la grille 60/40 entre Flandre et Wallonie, déjà inacceptable en elle-même en raison de la disparité des contrées à desservir, n’est plus respectée et le rail wallon continue de souffrir alors que tout le réseau flamand se modernise à une vitesse très élevée; la ligne moderne Bruxelles/Luxembourg, attendue depuis si longtemps, est encore aux oubliettes, tandis que les travaux de la périphérie sud de Bruxelles connaissent de nombreux retards… Quant à la suppression du THALYS vers PARIS, des techniciens du chemin de fer nous disent que c’est purement politique, en dépit des prétendues allégations d’ordre technique ou financier.

Sur le plan routier, la Nationale 4 est le plus souvent en travaux, et la mise aux normes européennes de la Nationale 5 vers la France avance à une allure d’escargot, le contournement de CHARLEROI n’étant même pas commencé, alors que, du côté français, entre ROCROI et RETHEL, des travaux de grande envergure avancent à une vitesse impressionnante. Rien non plus pour relier enfin CHARLEROI au réseau autoroutier français qui va s’arrêter à MAUBEUGE, à la frontière belge : il manque une quinzaine de kilomètres depuis des années…

L’électricité, les assurances, l’informatique, les téléphones… Tout continue d’être moins cher en France, de même que le « panier de la ménagère » : TEST ACHAT a parlé de 18 % de différence sur certains articles… La caissière, belge, de l’Intermarché de GIVET estime que plus de la moitié de ses clients sont belges… Au passage, allez voir combien cette petite Ville de Givet se modernise agréablement : le contraste avec nos banlieues est saisissant…

L’objet de ce billet pascal n’est cependant pas de redire une nouvelle fois ce qui a déjà été dit tant de fois sur les raisons qui militent en faveur d’une réorientation de la Wallonie vers la France.

Ce qui étonne, et est inacceptable, c’est la persistance du silence des politiques, et des médias belges et français, sur l’intérêt qu’il y a à étudier de près un retour à la France.

Le concept d’intégration-autonomie de la Région Wallonne vers la République Française a été largement étudié. Il nous convient.

Les hypothèses chiffrées sont difficiles à mettre en œuvre dans la mesure où les « vrais » chiffres sont tenus sous le manteau, ou sont publiés avec des retards considérables.

Certes, la République n’est pas en grande forme, et la relance tarde à s’y manifester.

Il est toutefois légitime de penser que l’apport de près de 4 millions de citoyens supplémentaires donnerait à la FRANCE un élan renouvelé; en même temps, il offrirait aux Wallons des perspectives nouvelles, avec une solidarité élargie considérablement. On ne peut admettre que les gouvernants, les partis politiques, leurs centres d’étude, les syndicats, les universités, ou les Centres de Prospective en tous genres continuent à ne pas mettre en chantier des études approfondies sur ces questions.

En Wallonie, les questions institutionnelles et économiques ne manquent pas.

Le bourgmestre de Liège parlait récemment (Le vif /27 mars 2015) de la suppression de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la fusion des CPAS et des services sociaux des Villes, et de la suppression des Provinces : voilà des réformes qui devraient se faire en fonction des compétences redéfinies des départements au sein de la France régionalisée (en France, les Régions disposeront de pouvoirs décentralisés considérables, et les Départements gardent des compétences importantes : le social, la culture, l’entretien des routes départementales et en matière  d’enseignement les Collèges (les 3 premières années de l’enseignement secondaire)).

Enfin, proclamons l’état d’urgence : des décisions engageant l’avenir à long terme sont en train de se prendre de manière irréversible, comme le rattachement de la marine belge à la marine hollandaise (ce qui peut se concevoir aisément sur le plan géographique). Mais pourquoi pas, en revanche, le rattachement de la Force aérienne belge à la France ? Pour rappel, l’avion américain que veulent acheter les Flamands coûte 130 millions d’euros à l’achat, par appareil, hors frais de maintenance… Les Wallons ne peuvent accepter ce choix flamand alors que leur performante industrie aéronautique pourrait se charger de la maintenance si on achetait le « Rafale » français.

Par ailleurs, pourquoi ne pas négocier un accord bilatéral entre la France et la Wallonie pour que les jeunes Wallons qui le souhaitent puissent être engagés dans l’armée française, sans être envoyés nécessairement dans la Légion étrangère ?

Plus largement, la Wallonie est à la veille d’une procédure de divorce.

Il est important de prendre ce que les juristes appellent des mesures urgentes et provisoires pendant l’instance : elles contribuent à éviter les problèmes, et à faciliter la phase ultérieure qui est celle de la liquidation de la communauté.

Ainsi, il faudrait qu’une sorte de notaire, commis à cet effet, prenne note des dépenses actuelles ou futures prises par l’un ou l’autre ex-partenaire contre les intérêts de l’autre. Ainsi, il faudrait prendre note en toute transparence des dépenses extraordinaires effectuées par l’une ou l’autre Région contre l’avis de l’autre, comme par exemple celles qui excèdent 1 milliard d’euros ! (C’est le quart du coût des avions, et je ne connais pas celui des navires…).

Le problème du partage de la dette de l’ex-Belgique pourrait être abordé sans attendre, en ces temps où les intérêts sont historiquement bas, la répartition devant se faire selon un coefficient de 2/3 pour le Nord, et 1/3 pour le Sud, que l’on prenne en compte le critère de l’importance des populations, ou celui de l’impôt des personnes, ou encore le « Produit National Brut » des régions concernées. Les trois critères conduisent à la même clé de répartition.

La Wallonie a besoin de la France,

La France a besoin de la Wallonie.

La persistance de l’absence de tout débat public sur le réunionisme et l’intégration-autonomie de la Wallonie à la France est insupportable. Les partis disent qu’ils attendent des idées : en voici une, à mettre en pratique de toute urgence !

Lettre de Jean Jaurès aux instituteurs

Cette lettre s’adresse aussi bien aux enseignants du fondamental de Wallonie que de France.

A l’heure où nos enfants  profitent de quinze jours de vacances, je trouve que cette lettre de Jean Jaurès garde toute sa beauté, toute sa pertinence, mais aussi toute son actualité dans un monde où les nombreux conflits et la violence ne peuvent susciter chez chaque citoyen responsable que réflexion et action. Les instituteurs et autres professeurs des écoles sont en première ligne pour mener ce combat de la pensée et de l’esprit. Nous ne pouvons que regretter que notre société ne leur réserve plus la place qui devrait être la leur. 

Paul D.

Jean JaurèsVous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie.

Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire, à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confèrent, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fermeté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

Eh ! Quoi ? Tout cela à des enfants ! – Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler… J’entends dire :  « À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte, ne comprendra pas de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? » – Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment ou une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à nos cœurs  tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Tout d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie, et que dans n’importe quel livre leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout… Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble.

De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! Et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine ! Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! Sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous.

Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes de commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre ; il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

Je dis donc aux maîtres pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque, d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs. Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.

Jean Jaurès dans La Dépêche de Toulouse,
le 15 janvier 1888

Cette semaine dans ‘t Pallieterke

Pour la rubrique « Op de praatstoel » du journal flamand « ‘t Pallieterke », Frans Crols, l’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Trends-Tendances » a choisi d’interroger Jules Gheude sur sa vision de l’avenir de la Belgique.

Jules Gheude« La Wallonie doit rejoindre la République française »

Jules Gheude voit approcher la fin de la Belgique de manière irréversible. Son espoir, pour la Wallonie, est une réunion avec le voisin méridional, la France. Et cela avec un statut particulier comme les régions de Corse et d’Alsace-Moselle. Cette réunion sur mesure permet d’ancrer plus solidement le rattachisme dans la réalité.

Jules Gheude (68 ans) n’a pas une crinière sauvage ni des allures révolutionnaires, mais plutôt le rayonnement d’un prêtre. Entre ses milliers de livres apparaît le buste de Richard Wagner, une passion musicale qu’il partage avec son ami, mentor et testateur politique François Perin (décédé en 2013). Avec un sourire, il se souvient : « François Perin et moi aurions aimé assister au Festival de Bayreuth. Mais nous n’avons jamais réussi à obtenir des places. »

Jules Gheude reste une exception : un Wallon qui jongle avec plaisir avec le néerlandais, tant au niveau de la conversation que de l’écriture. Avec son épouse italienne, il réside dans une villa blanche sur les hauteurs de Namur, ville qui connut jadis un rebelle : le graveur et peintre Félicien Rops et son œuvre érotique (que l’on commémore en ce moment par le biais d’un événement en duo avec Jan Fabre, son pendant contemporain).

Jules Gheude vient de publier son onzième livre : « François Perin – Une Plume / L’œuvre écrite » et cette passion pour l’écriture lui procure un tremplin  dans les médias francophones. « Le combat que je mène depuis des années pour l’intégration de la Wallonie en France ne m’a pas relégué intellectuellement dans la marge. Je n’ai pas à me plaindre de l’attitude des médias. Ils me donnent régulièrement l’occasion de m’exprimer. »

Jules Gheude publie des textes sur le site de Knack et il fut récemment l’orateur principal d’une journée de réflexion du Mouvement Populaire Flamand à Beveren. Les participants furent ravis par l’élégant et néanmoins radical « réunioniste », ainsi qu’il aime se qualifier aujourd’hui : « Dans le dialogue avec des amis français, les choses ont pris une tournure plus concrète quant à la manière dont la Wallonie pourrait se réunir à la France. C’est ce que nous symbolisons aujourd’hui avec la formule ‘union-intégration’. Nous y allons en douceur, selon un scénario sur mesure, un statut particulier. La Constitution française est suffisamment souple pour accorder de tels statuts : c’est le cas avec la plupart des collectivités d’outre-mer, ainsi qu’avec la Corse ou l’Alsace-Moselle. La Wallonie pourrait ainsi conserver sa spécificité. L’ex-droit fédéral, à quelques exceptions près, serait également conservé et placé sous la responsabilité du législateur français, qui reprendrait le rôle du législateur belge. Et notre système de sécurité sociale serait adossé au système français. »

Bien qu’il parle avec passion des liens naturels (langue et culture) avec la France – il a passé une grande partie de sa jeunesse à Paris, où son père travaillait pour l’agence commerciale de la SNCB -, Jules Gheude n’a jamais idéalisé les Etats-Nations : « Lorsqu’on plonge dans l’Histoire, on constate que les Etats se sont formés au travers des guerres et des mariages princiers, sans la moindre intervention des peuples. Marguerite Yourcenar a fort bien décrit cela : Les princes s’arrachent les pays comme les ivrognes à la terrasse se disputent les plats. Avec le temps, les Etats sont devenus des nations. Mais avec la philosophie démocratique actuelle, les peuples peuvent désormais décider de leur avenir. Les Etats ne sont pas immuables. Voyez ce qui se passe avec la Catalogne, l’Ecosse ou la Flandre, avec un sentiment identitaire fortement présent. Si demain le Parlement flamand devait proclamer l’indépendance de la Flandre, on ne pourrait pas s’en offusquer. Ce parlement tire en effet sa légitimité du suffrage universel.»

‘t Pallieterke : Pourquoi optez-vous pour la réunion de la Wallonie à la France ?

Jules Gheude : « Jour après jour, je vois le démantèlement de la Belgique progresser comme un processus irréversible. Si un peuple ou une nation belge n’est jamais parvenu à germer, en revanche, il y a bien une nation flamande. Cela figure d’ailleurs expressément dans le « Manifeste pour la Flandre », que le Parlement flamand a adopté en 2012. Si la Belgique se scinde, je vois trois scénarios pour la Wallonie : 1° une Wallonie indépendante ; 2° la réunion de la Wallonie et de Bruxelles en un Etat, le fameux WalloBrux ; 3° une réunion de la Wallonie à la France.

« Une Wallonie indépendante serait très rapidement confrontée à une situation à la grecque – pauvre et chancelante. Quant au WalloBrux, ce n’est qu’une chimère, comme l’a fort bien décrit François Perin : nous aurions une Belgique en réduction, aussi médiocre que l’autre, avec les Saxe-Cobourg en prime ! D’une enquête de Rudi Janssens (VUB), en 2013, il ressort d’ailleurs que les Bruxellois ne veulent pas s’engager avec une autre région : 4% seulement d’entre eux seraient prêts à lier leur sort à celui de la Flandre et 4,6% à celui de la Wallonie. Par conséquent, il ne reste logiquement comme meilleure solution qu’une réunion de la Wallonie à la France. (il rit) C’est la France que la Wallonie doit rejoindre et non l’Allemagne, comme l’a un jour suggéré Paul Magnette. Notre langue et notre culture sont communes et elles constituent donc la base idéale pour un tel scénario. Nous avons d’ailleurs été Français durant vingt ans, fin du 18e, début du 19e siècle. »

‘t Pallieterke : Ce schéma est logique et convenable. Mais cadre-t-il bien avec les chiffres, avec la réalité ?

Jules Gheude : « Une scission, par exemple, de la dette de l’Etat, sur base des chiffres macro-économiques de 2010 – ce sont des données incontestables –  et avec un taux d’intérêt de 3,6% pour la dette publique belge, absorberait 22% des dépenses publiques wallonnes.

« Mais la Wallonie serait rapidement confrontée au marché des emprunts internationaux, nécessaires pour financer son déficit. Avec des taux d’intérêt de 12%, comme pour la Grèce, on atteindrait un solde net à financer correspondant à 37% des dépenses publiques. Impossible à digérer, on irait vers un bain de sang social ! Au sein de la France, la dette wallonne (18,6 milliards d’euros) serait marginale. Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, l’a bien compris : le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait. C’est un beau débat. Qu’il commence ! »

‘t Pallieterke : Le parti rattachiste de Paul-Henry Gendebien, le « Rassemblement Wallonie-France », n’a pas obtenu 0,5% des voix en mai 2014. Qui est donc favorable à ce scénario ?

Jules Gheude : « La création de ce parti, en 1999, ne fut pas une bonne idée. François Perin a d’ailleurs tenté vainement de dissuader Paul-Henry Gendebien de concrétiser le projet. Aussi longtemps que la Belgique existera, les Wallons continueront à voter pour les partis traditionnels.

« Mais la situation changerait avec la scission du pays. En 2008, « Le Soir », conjointement avec « La Voix du Nord » à Lille, a réalisé un sondage pour savoir comment les gens envisageaient les choses en cas de disparition de la Belgique. 49% des Wallons voyaient l’avenir de leur région en France. Un sondage Ifop / France-Soir en 2010 a révélé que 66% des Français, et le taux atteignait même 75% dans les régions frontalières, accueilleraient favorablement la réunion de la Wallonie. »

‘t Pallieterke : Pourquoi êtes-vous partisan de cette intégration sur mesure ? Pourquoi pas une assimilation directe ?

Jules Gheude : « Les études que nous avons réalisées pour les Etats généraux de Wallonie de 2009 ont fait apparaître des différences sensibles avec la France : notre système d’enseignement avec le Pacte scolaire, le fait que nos syndicats paient les allocations de chômage. Les mutuelles françaises n’ont rien de comparable avec les nôtres, car en France c’est l’Etat qui est compétent pour le remboursement des soins de santé.

« Nous avons fait alors la connaissance du Français Jacques Lenain, l’un de ces brillants « commis d’Etat » comme la France en compte tant. Il était à la tête des hôpitaux de France et il avait lu un ouvrage de Gendebien. Lenain part du principe que ni le monde politique wallon ni les syndicats ou les mutuelles n’accepteraient une assimilation qui leur ferait perdre leurs prérogatives. Il défend donc une forme d’intégration, l’union-intégration, qui permet de maintenir la spécificité de la Wallonie. Pas besoin, dit-il, que les Wallons se présentent nus devant Marianne pour revêtir ensuite l’uniforme français.

« La Constitution française n’est pas une armure en acier. Elle peut accorder à la Wallonie un statut propre qui lui garantit sa spécificité et son autonomie. En ce qui concerne l’ex-droit fédéral belge, il est conservé, à quelques exceptions près, et placé sous la responsabilité du législateur français. En échange, la France compte sur une gestion wallonne sérieuse et efficace, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »

‘t Pallieterke : Un classique, et Bruxelles ?

Jules Gheude : « Une large majorité opte pour une forme d’autonomie. Un district européen, comme l’envisageait Louis Tobback, n’est pas une option réaliste. On ne voit pas, en effet, se profiler une forme d’Etats-Unis d’Europe. Les 28 Etats membres n’y sont pas prêts.

« Je vois plutôt Bruxelles évoluer comme une Cité-Etat, abritant le siège des institutions européennes, de l’OTAN et de nombreuses organisations et entreprises internationales. Ce scénario s’écarte de Washington DC. Tous les habitants pourraient ici prendre part aux élections pour constituer la représentation parlementaire. »

‘t Pallieterke : Avez-vous des craintes en voyant la N-VA être la plus grand parti de Belgique, avec comme but de supprimer le pays ?

Jules Gheude : « La N-VA a du talent pour gérer la Flandre et le pays. Au sein du gouvernement flamand, le ministre Philippe Muyters est parvenu, cinq années de suite, à maintenir le budget hors du rouge. En Wallonie, c’est impossible. On reporte systématiquement le retour à l’équilibre.

« Le Mouvement flamand craint une « belgicisation » du parti nationaliste. Je crois que Bart De Wever est trop perspicace et trop habile pour cela. Il a souligné que la position actuelle, avec un arrêt communautaire, était provisoire. Dans cinq ans, le parti retrouvera sa liberté communautaire.

« Dès que la dette de l’Etat aura diminué – l’une des priorités de la coalition suédoise -, la question de la structure de l’Etat sera de nouveau abordée. De Wever sait que le démantèlement de la Belgique est irréversible. La Wallonie, Bruxelles et la Flandre ont donc tout intérêt à ce qu’aucun moment de la scission, la dette publique soit la plus petite possible. »

‘t Pallieterke : Sur le plan pratique, comment voyez-vous la concrétisation de ce réunionisme ?

Jules Gheude : « Je suis un démocrate. Les Français et les Wallons devront donc décider par référendums, l’un ici, l’autre en France. Comme je l’ai déjà dit, une majorité est prête en France  à accueillir les Wallons. Mais la question demeure : dans quelles conditions ? Un statut de large autonomie pourrait en effet rendre d’autres régions de France jalouses. »

‘t Pallieterke : Vous dites que, dans la pensée wallonne, le réunionisme a toujours été une constante ?

Jules Gheude : « Paul-Henry Gendebien a été, durant plusieurs années, Délégué général de la Communauté française à Paris. Dans l’un de ses livres, il explique qu’il a eu l’occasion de recevoir le Liégeois Jean Gol, qui constatait que même les libéraux flamands étaient devenus nationalistes.

« Lorsque Léo Tindemans torpilla en 1978 le Pacte d’Egmont, François Perin tenta de réunir la « famille » libérale autour d’un projet communautaire commun. Mais il se heurta à l’intransigeance des libéraux flamands, notamment Herman Vanderpoorten. Gol était convaincu que la Belgique n’avait plus d’avenir et que la France était l’unique solution pour la Wallonie. Sur un sous-bock, raconte Gendebien, il se mit à compter le nombre de parlementaires wallons qui siègeraient à l’Assemblée nationale. Les deux hommes évoquèrent aussi les scénarios possibles, en particulier celui de l’Alsace-Lorraine.

« Le lendemain de cette rencontre, Gol eut des contacts au plus haut niveau avec des cercles politiques parisiens. Je rappelle aussi qu’après la Seconde Guerre Mondiale, un Congrès wallon s’est prononcé pour le réunionisme, avant d’approuver l’option fédérale. Aujourd’hui, vous trouverez des réunionistes au sein de tous les partis wallons. »

« La N-VA est un partenaire gouvernemental loyal »

On s’attendait à des tensions entre la N-VA et le MR. Le gouvernement Michel est principalement confronté aux bisbilles entre la N-VA et le CD&V. Quel est votre sentiment à cet égard ?

« La N-VA est un partenaire loyal, mais son objectif demeure l’indépendance de la Flandre. Siegfried Bracke l’a rappelé récemment : cette indépendance est une évolution logique, tout comme les lois de Darwin. La N-VA ne bazardera pas ses objectifs et le CD&V réagit comme un concurrent électoral de la N-VA.

« Je pense au Pacte d’Egmont en 1978, lorsque la Volksunie et le FDF étaient ensemble dans le gouvernement Tindemans. Le démocrate-chrétien Léo Tindemans est allé remettre sa démission au roi, renvoyant ainsi, nus devant leurs électeurs, la VU et le FDF qui s’étaient entendus au départ de concessions réciproques.

« Ce ne sera pas le cas aujourd’hui. Le CD&V ne peut pas refaire ce show en pointant du doigt le concurrent comme parjure. Les deux partis ont, en effet, clairement dit qu’ils voulaient la paix communautaire durant cinq ans.

« Le CD&V joue aujourd’hui le rôle du PS, selon la presse francophone. Ce faisant, il nage à contre-courant de la Flandre. La prospérité de la Flandre n’est pas le fait d’une politique de gauche, mais bien d’une vision de droite qui a donné ses chances aux petites et moyennes entreprises, lesquelles constituent plus que jamais l’épine dorsale de l’économie flamande.

« Si le gouvernement Michel devait chuter avant son terme de cinq ans, la N-VA reprendrait ses billes et nous irions sans doute encore plus vite vers le confédéralisme.

« En 1962, après la fixation de la frontière linguistique, François Perin écrivit que la Flandre était devenue un Etat dans l’Etat. Cette phrase montre sa clairvoyance : Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégués des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs. (…) Les trois parties gardent la plénitude de leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge. »

« L’album Perin » à Télévesdre

Télévesdre (TV communautaire de Verviers qui couvre également la Province de Luxembourg) a invité Jules Gheude à réaliser l’émission « L’album Perin ».

C’est un merveilleux témoignage au départ de photos et documents divers. C’est toute une partie de notre histoire mise en relation avec l’actualité politique. C’est un document fidèle et instructif sur la personnalité incomparable qu’a été François Perin.

C’est une vidéo que tout Citoyen qui se veut éclairé se doit de voir et d’apprécier comme on le fait d’ une chose rare.

Paul D.

http://www.televesdre.eu/www/l_album_jules_gheude_ecrivain-86613-999-138.html

« Avec la technologie des drones, la catastrophe de l’A320 de Germanwings ne serait pas arrivée »

27/03/15 à 10:33 – Mise à jour à 10:33

Source : Le Vif

« Si les avions de ligne étaient équipés des mêmes avancées technologiques que les drones, la catastrophe survenue avec l’Airbus A320 de Germanwings dans les Alpes ne serait pas arrivée », affirme Emmanuel Prévinaire, le patron de la société liégeoise de renommée internationale Flying Cam, spécialisée dans la prise d’images au départ de drones.

"Avec la technologie des drones, la catastrophe de l'A320 de Germanwings ne serait pas arrivée"

© Belga

Les technologies de pointe qui équipent ces petits engins sans pilotes permettent, en effet, de prendre le contrôle de l’appareil de l’extérieur. « Si l’Airbus A 320 avait été équipé de la sorte, dès que sa descente anormale aurait été remarquée par les contrôleurs aériens, ceux-ci auraient pu prendre le contrôle de l’avion et l’empêcher de s’écraser contre la montagne », assure ce chef d’entreprise.

Selon lui, les drones évoluent bien plus rapidement que les avions de ligne d’un point de vue technologique, car chaque changement d’équipement impose une nouvelle certification aux grands appareils, ce qui freine leur évolution.

Béatrice Delvaux est-elle encore crédible ?

Nous vous livrons le billet d’humeur de André Dumont.

Par ses écrits partisans et contradictoires, Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du quotidien « Le Soir », discrédite l’organe de presse francophone reconnu pour l’objectivité de ses rédacteurs et la défense de nos fondamentaux démocratiques.

Après les élections de mai 2014, non conformes aux prévisions du « Soir » qui situait la N-VA en-dessous des 30 % des votes flamands, Béatrice Delvaux n’a cessé de vouloir nous convaincre qu’il était impossible d’associer la N-VA dans une coalition fédérale de gouvernement.

Avec de gros titres et photos à l’appui, « Le Soir » a relayé les outrances verbales et les gesticulations ostentatoires de Laurette Onkelinx, porte-parole du P.S. à la chambre avant même de connaître le programme gouvernemental. Par ailleurs, elle a incité les syndicats à descendre dans la rue en annonçant notamment des mesures sociales restrictives pour les chômeurs prises par le gouvernement Di Rupo !

Après avoir déballé le passé ultra-nationaliste des ministres N-VA et leur participation à des manifestations séparatistes – ce que personne n’ignorait – Béatrice Delvaux a voulu nous faire croire à l’éclatement de l’équipe MICHEL – PEETERS avant même qu’elle n’entre en fonction. Elle n’a cessé  d’attiser la zizanie entre le CD&V et la N-VA, alors que ces deux partis s’égratignent pour la galerie, tout en étant solidaires pour conduire la Flandre vers l’autonomie.

Dans l’édition du « Soir » des 21 et 22 mars 2015, Béatrice Delvaux dans son édito concernant une éventuelle réforme fiscale écrit : « …d’autant que ce gouvernement dispose du laps de temps souhaitable pour mettre ce grand travail en chantier. » (sic)

Aujourd’hui, Béatrice Delvaux croit en la durée du gouvernement fédéral.

Madame SOLEIL de la Belgique évanescente prend ses lecteurs pour des canards sauvages. C’est regrettable pour qui dispose d’une plume aussi talentueuse.

22 mars 2015                                                            André Dumont

MANIFESTE pour la langue française

MANIFESTE pour la langue française porté par 40 associations françaises, québécoises et wallonnes :

Langue française et monde multipolaire :

l’urgence d’une stratégie

Nous envisageons l’avenir de la langue française avec confiance. En dépit des fausses évidences.

Un monde multipolaire émerge sous nos yeux. Il contribue manifestement à rééquilibrer les activités de la famille humaine non seulement dans les domaines économique, financier et politique, mais également dans les domaines culturel et linguistique. Sous toutes les latitudes, de la Chine à la Russie, du Brésil à l’Inde, des politiques linguistiques se décident, de nouveaux espaces linguistiques s’organisent et s’affirment.

Cette nouvelle donne remet en cause l’idée même du monopole d’une langue unique dans la communication mondiale. Les grandes langues internationales qui se maintiendront ou qui surgiront ne le devront pas au simple fait du hasard. Elles le devront en grande partie à la manière dont seront exploités les atouts dont chacune dispose.

Emergente, cette configuration culturelle et linguistique globale est une chance pour l’avenir mondial du français, langue qui dispose de larges atouts.

  1. Par l’Histoire : au fil des siècles, la langue française s’est illustrée en portant très loin les outils critiques d’une pensée libre et singulière et les progrès des sciences. Elle a exprimé les grands principes des Lumières et les a offerts au monde. Successivement, elle a été l’instrument de l’émancipation sociale, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’émergence d’institutions pour la communauté des nations.
  2. Par son universalité : la langue française est utilisée sur toute la planète par de très nombreuses nations à l’intérieur d‘elles-mêmes comme dans leurs rapports avec le monde, ainsi que dans les activités scientifiques et technologiques les plus avancées, de la génétique moléculaire à la conquête spatiale.
  3. Par son statut de langue de travail et de langue officielle du système des Nations unies et de nombreuses organisations internationales, continentales et régionales, et par le statut de la France de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.
  4. Par la démographie : avec la perspective de plus d’un demi-milliard de locuteurs francophones pour le milieu du siècle, principalement grâce à l’Afrique, mais également à la France qui devrait devenir le pays le plus peuplé du continent européen après la Russie.

Ces atouts sont considérables. Ils constituent des leviers puissants pour que la langue française, dans le respect de la diversité des langues et des cultures des peuples qui composent l’espace francophone, continue à jouer le rôle qui est le sien depuis des siècles. Ces leviers, que d’autres nous envient, doivent être saisis avec détermination et constance.

En priorité, les décideurs des secteurs public et privé du monde francophone doivent quitter le modèle dominant qui a façonné leur existence au siècle dernier et ajuster leurs choix au monde multipolaire tel qu’il advient. La soumission, la démission et la résignation linguistiques constituent les véritables menaces pour l’avenir de notre langue.

Le «tout anglais» constitue une obsession d’un autre temps et d’un autre monde. Il est une impasse d’où il faut au plus vite sortir dans l’intérêt des peuples ayant le français en partage. Notre confiance en l’avenir de la langue française n’est pas naïve. Elle appelle une vigoureuse politique d’affirmation linguistique. Cette politique doit comprendre notamment :

  1. L’application stricte des législations linguistiques nationales quotidiennement bafouées par les intérêts particuliers et le conformisme ambiant, aussi bien dans les secteurs public que privé, notamment pour le français langue du travail.
  2. La diversification de l’enseignement des langues étrangères et des filières bilingues vers plusieurs grandes langues dont celles des pays émergents (arabe, chinois, espagnol, portugais).
  3. L’exigence de la publication en français, et dans d’autres langues si nécessaire, de tous les travaux issus de la recherche médicale et scientifique publique dans l’ensemble des pays francophones.
  4. La circulation facilitée pour les étudiants, les écrivains et les artistes, ainsi que les chercheurs de l’espace francophone tant il est évident qu’il n’y a pas de francophonie si les francophones sont interdits de circulation dans cet espace.
  5. Un appui massif à la numérisation des patrimoines anciens et vivants de l’ensemble des pays francophones afin d’assurer la présence du français et des langues partenaires dans l’espace virtuel devenu un lieu essentiel de communication, de mobilisation et de rassemblement.
  6. Le renforcement de la recherche sur les systèmes de traduction automatique et leurs implications industrielles, afin d’assurer la présence du français parmi les grandes langues pivots qui s’imposeront dans l’intercommunication planétaire.
  7. La priorité d’une politique bilatérale et multilatérale, forte et pérenne, en direction de l’Afrique francophone pour le développement optimal de son système éducatif.
  8. L’utilisation de la langue française par les représentants des pays francophones dans les organismes internationaux.

Il ne s’agit pas pour le monde francophone de se dresser contre la langue anglaise ou contre toute autre langue. Il s’agit d’ouvrir nos yeux sur la réalité nouvelle, et de mettre en œuvre, dans le contexte de la mondialisation multipolaire, une stratégie offensive pour la langue française, qui assurera son avenir en valorisant ses nombreux atouts. Nous appelons les citoyens des pays francophones à exercer leur vigilance individuelle et à développer leur mobilisation collective pour que soit respecté l’usage de notre langue mondiale en partage. Nous appelons fermement nos gouvernements à réviser leur politique et leur pratique linguistiques, à abandonner les discours de circonstance sur la francophonie et à relever le défi de l’affirmation déterminée de la langue française dans la polyphonie du nouveau monde.

BUDGET DE LA JUSTICE : REGARDS EN FRANCE…

Le Ministre Belge de la Justice semble faire des efforts méritoires pour réformer la justice et la doter d’un budget correct, notamment en réduisant certaines dépenses.

Trois propositions me suggèrent les commentaires suivants :

  1. LES PRISONS :

La Belgique et  la France sont confrontées à une surpopulation carcérale très importante, et il faut se réjouir que le ministre GEENS veuille la limiter. Ainsi par exemple en supprimant les incarcérations de moins d’un an, comme c’est le cas en Allemagne depuis des années : soit l’affaire est très grave, et l’incarcération se justifie ; soit elle l’est moins, et le recours à d’autres peines et mesures est préférable ; Il s’agit alors de véritables peines de substitution.

L’une des caractéristiques de la population pénitentiaire est l’importance de la détention préventive qu’il faudrait limiter.

Actuellement, en cas de privation de liberté,  le délai de garde à vue est de 24 heures, délai prévu par la Constitution belge ; c’est extrêmement court pour que les polices rédigent leurs enquêtes durant le délai qui leur est imparti. Le magistrat de Parquet appelé à se prononcer sur la détention ne dispose  pratiquement d’aucun délai complémentaire pour compléter son information, et procéder à une anamnèse minimale de la situation. Il est dès lors très souvent contraint de mettre l’affaire à l’Instruction en requérant la délivrance d’un mandat d’arrêt ( mandat de dépôt en France), quitte à ce qu’il soit plus ou moins rapidement  levé par le Juge d’Instruction ou par la Chambre du Conseil dont le rôle est précisément de statuer sur le maintien ou non de la détention.

Il résulte donc de la brièveté du délai de garde à vue un nombre très important de mises à l’instruction qui encombrent les cabinets des juges d’instruction et engendrent bon nombre de détentions préventives.

Une réforme modeste consisterait à suivre l’exemple de la France où la garde à vue est de 48 heures, éventuellement prolongeable sous contrôle d’un magistrat.

Ce délai supplémentaire permettait de compléter les informations préalables à la délivrance d’un mandat d’arrêt si son caractère indispensable est suffisamment démontré.

Certes, les défenseurs des libertés individuelles, dont je suis, s’inquiéteront à juste titre des excès possibles en cas d’arrestations policières prolongées ; il faudrait à cet égard maintenir le contrôle de la privation de liberté par un magistrat.

Sur le plan pénitentiaire, il y a lieu de réfléchir à la nécessité d’exécuter ces détentions liminaires en milieu carcéral ou pas : des sortes de prévôtés spécialisées pourraient éviter des mises à l’écrou évitables au sein des prisons.

  1. LA CHAMBRE DU CONSEIL.

C’est une originalité de la procédure pénale belge, issue comme en France du même code napoléonien de 1804.

C’est  à juste titre que le Ministre s’interroge sur la nécessité de cette procédure juridictionnelle en fin d’instruction qui contribue à ralentir les procédures, et spécialement celles qui concernent des personnes mises sous mandat d’arrêt. Ce goulot d’étranglement engendre lui aussi une prolongation significative des détentions, avec un coût financier considérable. D’autres possibilités existent en France, comme la saisie directe par le Parquet du Tribunal compétent. Les règles de la « mise en examen » en France, et de l' »inculpation » en Belgique, pourraient aussi être harmonisées sans grand problème.

  1. LA COUR D’ASSISES.

Ici encore, on dénonce à juste titre le caractère désuet de la procédure belge, ses lourdeurs, et le coût prohibitif des procédures. On parle depuis des années de réformes, qui n’aboutissent pas.

Par contre, en France, le principe de l’existence du jury populaire n’est pas discuté, mais la procédure a été fortement simplifiée : réduction du nombre de jurés, admission partielle de pièces écrites… De plus, la procédure française prévoit la possibilité d’appel, ce qui semble actuellement fondamental au regard des normes reconnues internationalement.                                                                                                                              __________

Ces réformes, apparemment simples et claires, ne pourront avoir lieu dans le cadre de l’Etat Belge, qui a été incapable de moderniser sa procédure pénale durant des dizaines d’années.

A défaut de rattachement à la République, elles plaident en faveur d’une régionalisation de la justice. Elles plaident aussi en faveur d’une harmonisation retrouvée des procédures belges et françaises en vue de plus de justice et d’efficacité. Il serait souhaitable que l’on s’y attèle à bref délai au sein des gouvernements régionaux, de la Fédération Wallonie-Bruxelles, des partis politiques, des Universités, du Barreau, et des associations professionnelles consacrées  au bon fonctionnement de la justice comme au  respect des justiciables et de leurs droits. Les citoyens, contribuables, ne pourront qu’approuver ces réformes qui permettront de solides économies

Georges-Henry SIMONIS, administrateur de l’AWF.

Après le 1e tour des départementales françaises

Les enquêtes d’opinion et autres sondages avaient, après les élections européennes, soutenu qu’une participation plus importante n’aurait fait que renforcer  un FN qui avait revendiqué la médaille d’or attribuée au premier parti de France.

En réalité, le premier parti avait été celui des abstentionnistes et l’or n’était que de l’argent. Toutefois, l’état-major du parti d’extrême-droite avait pour objectif de reproduire le même exploit lors des élections départementales.

Le 1e tour de ces dernières nous a réservé son lot de surprises : malgré les affaires judiciaires toujours en cours, malgré des programmes aux contours flous, malgré le fait que les prérogatives des nouveaux départements n’aient pas encore été définies avec clarté, la participation a connu une embellie et celle-ci n’a pas profité au FN, mais à l’ UMP et aux DVD qui ont réussi à masquer leurs dissensions internes pour présenter à l’électeur des listes réunissant le centre et la droite républicaine. Autre surprise que le score honnête du P.S. qui associé aux listes DVG investies par ce dernier fait mieux que le FN. Certes, celui-ci garde un score appréciable, mais il descend du podium. Il conforte ses points forts dans le Nord, dans les départements de la basse Vallée du Rhône et du pourtour méditerranéen. Quant au FG (PG + PC), il garde un ancrage fidèle pendant que EELV est toujours à la recherche d’une stratégie qui lui permette de peser sur la vie politique française.

Permettez-moi de douter que ce soient les nombreux kilomètres parcourus par Manuel Valls ou les non moins nombreux meetings de Nicolas Sarkozy qui aient suscité ces résultats inattendus par les plus fins limiers de la politique française. Ne pensez-vous pas que les assassinats du 07 janvier qui ont engendré les manifestations réunissant plus de 4 millions de citoyens dans les rues de Paris et des grandes villes françaises aient laissé des traces plus profondes et durables dans les esprits ? Cette soif du peuple de France d’affirmer tout en douceur que rien, ni personne n’arriverait à lui enlever sa liberté d’expression ne peut-elle être l’explication d’un sursaut civique encore trop timide, mais essentiel ?

La piqûre de rappel infligée à la Tunisie et le lien probable entre ces assassinats et ceux de Paris n’ont-ils pas eux aussi joué leur rôle ?

Attendez-vous à ce que le second tour vienne conforter dimanche prochain les enseignements du 1e tour. Il appartiendra alors aux partis républicains d’être à la hauteur des attentes des citoyens français. Il leur appartiendra de ne pas oublier le souffle de l’ouragan qui a failli les emporter.

Paul D.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde