EDITO Un commentaire de Francis Van de Woestyne, rédacteur en chef.
La presse française, plus précisément parisienne, se déchaîne ces derniers jours, sur la Belgique. À lire les reportages et éditoriaux, à entendre les émissions matinales, notre pays serait devenu “le berceau du terrorisme européen”, “une fabrique djihadiste”, une “Nation sans État”, “un Belgikistan”…
“Le Monde”, une référence, d’ordinaire nuancée dans ses analyses, fige la Belgique dans un portrait au vitriol. “ Au cœur de l’Europe, la sympathique Belgique est devenue une plaque tournante du djihadisme. Le pays”, écrit l’éditorialiste “doit se ressaisir”. Pour mieux enfoncer ces voisins insouciants, l’auteur rappelle : “ Il aura fallu qu’il connaisse la terrible affaire Dutroux, dans les années 90, pour qu’il réforme enfin sa police et sa justice”.
Nous n’avons évidemment pas attendu qu’une partie de la rédaction du “Monde” débarque à Bruxelles pour dénoncer les failles des services belges dans la lutte contre le terrorisme (voir ici), le laxisme coupable dont avait fait preuve l’ancien bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux, le manque de coordination entre les pays européens dans la traque aux djihadistes.
On ne peut évidemment nier que les attentats de Paris aient été décidés en Syrie, organisés en Belgique et perpétrés en France. Mais l’information a ses droits. Oui, il y avait des Belgo-Marocains, parmi les terroristes. Mais il y avait aussi des ressortissants français, vivant en Belgique. S’il est exact que plusieurs auteurs d’attentats sont passés par Bruxelles ou par Molenbeek, d’autres n’ont jamais quitté l’Hexagone sauf pour aller “se former” en Syrie. Des djihadistes, dont Nemmouche, ont été radicalisés dans les prisons françaises. Et Dutroux ? Que vient-il faire là dedans ? Faut-il que l’on reparle de l’affaire d’Outreau ?
La condescendance française n’a pas de limites. “Loin d’isoler la Belgique, il faut l’aider à se protéger et c’est ce que font les services français”, écrit Le Monde. C’est sans doute oublier un peu vite que ce sont les renseignements des services belges et marocains qui ont permis de localiser la planque d’Abaaoud à Saint-Denis. Tiens mais comment est-il parvenu à quitter la Syrie pour revenir à Paris, celui-là ? Il y a une explication : la France s’oppose toujours fermement à toute idée de PNR européen – le fichier des données des voyageurs aériens – lui préférant un PNR national. Et elle continue à refuser tout échange automatique d’informations entre les PNR nationaux. Avec de telles réticences, la traque aux terroristes n’est pas gagnée.
Reconnaissons-le : cet exercice – c’est pas moi, c’est lui…– a quelque chose d’un peu minable. On en est bien conscient. Il y a eu des failles partout. Et il est un peu vain de vouloir sans cesse rejeter la responsabilité des attentats de Paris sur d’autres pays amis. Ce petit jeu est d’ailleurs bien ce que cherche Daech : diviser, diviser diviser. En accablant les Belges de tous les maux, certains commentateurs sont tombés dans le piège tendu.
On le répète. Il n’est pas question ici de gommer certaines responsabilités et réalités belges, les lourdeurs institutionnelles qui peuvent gêner des enquêtes. Mais les critiques seraient plus faciles à accepter si elles venaient d’un État infaillible, un État qui serait un modèle du vivre ensemble et de l’intégration. Si c’était le cas, le FN, parti raciste, xénophobe, anti-européen, ne serait pas le premier parti de France. Mais sans doute les responsables du FN ont-ils été formés en Belgique…
Commentaire de l’AWF : Francis Van de Woestyne se sent blessé par la prose du quotidien « Le Monde » et nous pouvons le comprendre, la perfection des services de renseignements n’existant ni en France, ni en Belgique. De même, la référence à l’affaire Dutroux est hors-sujet, tant il est vrai que la justice française n’a pas été plus brillante dans l’affaire d’Outreau. Nous donnerons encore un satisfecit au rédacteur en chef de « La Libre » quand il regrette que la France s’oppose à toute idée de PNR européen et quand il reconnaît que les lourdeurs institutionnelles belges gênent les enquêtes.
Mais ergoter sur le fait que la Belgique, et plus particulièrement la Région de Bruxelles ne soit pas une plaque tournante du djihadisme et des trafics en tout genre (armes, drogues, prostitution, …) relève d’une mentalité laxiste bien belge.
Il en va de même sur la comparaison entre les politiques d’intégration et du vivre ensemble qui serait bien mieux en Belgique parce que le FN, parti raciste, xénophobe et anti-européen, ce que nous ne contestons pas, serait le premier parti de France. Non, Monsieur Van de Woestyne, le premier parti de France est celui des abstentionnistes et bien des Wallons et Bruxellois, la retraite sonnée, passent la frontière pour aller jouir de la vie qu’offre encore aujourd’hui la douce France, loin des chamailleries communautaires belges, ne vous en déplaise. Les divisions apparues entre régions et fédéral pour quantifier la contribution de chacun à la COP21 ne sont-elles pas une nouvelle illustration du petit esprit qui anime certains de nos décideurs politiques ?
Un homme comme vous ne peut pas avoir raté le numéro de journalistes de la Première qui se sont attelés à comparer les discours de Charles Michel et de François Hollande. Ils se sont amusés à faire ressortir les différences entre les deux discours, celui de Charles Michel étant bien sûr beaucoup moins guerrier que celui du président français. N’était-ce pas là un jeu inadéquat alors qu’il eut été beaucoup plus correct de mettre en lumière les 90 % des deux discours qui se rejoignaient ? Mais nous savons que le french bashing est aussi un sport qu’apprécient certains journalistes belges.
En ces temps difficiles, soyons bons joueurs et reconnaissons que nous devons tout mettre en ordre pour parler, mais surtout agir à l’unisson.