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Mais que veut Di Rupo ?

« Elio Di Rupo a expliqué que le cours de l’histoire allait vers le sens d’une réduction du temps de travail avec maintien du salaire », pouvait-on lire hier dans la presse et cela donnait l’impression que le PS promettait une réduction généralisée de 20 % du temps de travail sans aucune perte de revenu. Presqu’aussi bien que le PTB qui, en avril 2015, réclamait la semaine de 30 heures pour tous avec maintien du salaire. Et voilà que ce matin, Laurette Onkelinx confirmait sur la Première que le partage du temps de travail était le nouveau cheval de bataille du PS.

Le cdH, qui gère la région Wallonie avec le PS, a aussitôt pris ses distances avec une proposition qui lui fait l’effet d’une « illusion ». Un parti au pouvoir devrait se méfier des effets d’annonce, il faut être en mesure de joindre le geste à la parole. En l’occurrence, on demande à voir ce que le PS fera concrètement pour mieux partager le temps de travail en préservant le pouvoir d’achat des travailleurs. Reste que le thème est forcément dans l’air.

En avril, Ecolo a déjà proposé « de rendre possible, pour les entreprises qui le souhaitent, le passage à la semaine des 4 jours/32h, avec embauche compensatoire, maintien du salaire pour les salaires bas et moyens et une aide financière aux entreprises pour prendre en charge les surcoûts liés à ce passage aux 32 heures ». En janvier, Didier Gossuin, Ministre bruxellois en charge de l’Emploi et de l’Économie, figure bien connue du parti Défi, annonçait son intention d’expérimenter la semaine de quatre jours pour des emplois non qualifiés. Comme le site du PTB, il faisait référence aux réflexions de l’économiste français Pierre Larrouturou qui, avec Michel Rocard, a signé en 2013 un livre intitulé La gauche n’a plus droit à l’erreur.

Le constat ne souffre aucune discussion : « Alors qu’il a fallu 140 ans pour que la productivité soit multipliée par deux entre 1820 et 1960, elle a depuis été́ multipliée par cinq ». En soi, ce n’est pas un problème, sauf que l’évolution de la technologie risque de rendre « inutilisable » et même « inutile » une partie de plus en plus grande de la population. Il appartient certainement aux pouvoirs publics de se préoccuper de cette question, l’Etat pouvant contribuer à la redistribution du travail autant qu’à la redistribution des revenus.

On peut néanmoins avoir un doute quand Elio Di Rupo avance que « le cours de l’histoire va vers le sens d’une réduction du temps de travail avec maintien du salaire ».

Il n’est pas du tout certain qu’un tel « sens de l’histoire » soit compatible avec un monde ouvert régi, presqu’exclusivement, par les lois de la concurrence. Or, la tendance est au libre-échange. On doit s’attendre à ce que la démocratie soit de plus en plus identifiée à l’économie de marché, ce qui renverrait à la marge la moindre action des pouvoirs publics. Le rapide avènement d’un marché global libéré par l’internet nous ferait penser qu’au XXIe siècle, les frontières, les états-nations, et même les états tout court, sont devenus proprement insupportables. Si le PS n’est pas d’accord avec cette évolution qui, à bien des points de vue, le condamne, il doit le faire savoir et agir en conséquence.

Ce qui est certain, c’est que, sur cette question, comme sur d’autres, la Flandre est très éloignée des positions affichées par le PS. Elio Di Rupo, qui manifeste volontiers son amour de la Belgique, et qui ne s’est jamais senti aussi bien qu’au 16 rue de la Loi, devrait avoir l’honnêteté de le reconnaître : on ne peut maintenir la Belgique qu’en s’alignant sur les positions flamandes. Or, le discours politique, en Wallonie, est davantage inspiré par la France, et c’est en France qu’il pourrait le mieux s’exprimer. Cherchez l’erreur.

On l’a constaté avec le rejet actuel du TTIP et même du CETA par les autorités wallonnes : une telle attitude est de nature à faire hurler la Flandre. Heureusement pour tous ceux qui n’ont pas épargné leurs critiques à l’égard de ces traités de libre-échange encore en discussion, la France garde un certain poids politique et sa façon de voir n’est pas éloignée de celle qui domine en Wallonie. (G.R.)

Voici une présentation critique du TTIP  :

L’ombre portée de nos erreurs

Pierre Hazette, l'avenirPar PIERRE HAZETTE

Sénateur honoraire et ancien ministre

Cet article d’opinion a été publié ce 23 août dans le journal L’Echo.

Les terroristes qui ont frappé Paris, puis Bruxelles étaient, pour la plupart dans notre enseignement secondaire lorsque j’en avais la responsabilité ministérielle.

L’observation suscite évidemment la réflexion.

Un proche de Philippe Moureaux me prend à part lors d’une visite de son établissement: «Il faut que je vous dise: lorsque des gamins deviennent insupportables et que l’exclusion devient inévitable, ils disparaissent tout à coup. Ils sont pris en charge par «des grands frères». On les revoit des semaines, voire des mois plus tard. Les pères les ramènent, fiers de l’autorité qu’ils ont retrouvée. Les jeunes ont été pris en charge et pas en Belgique… On n’entend plus parler d’eux».

Dans un cas pareil, il faut alerter les services d’aide à la jeunesse. Ce fut fait. La page fut tournée. Ce fut une erreur.

Lors d’une réunion de préfètes et préfets de la région bruxelloise, j’apprends que chaque année, des adolescentes marocaines viennent en pleurs dire adieu à la direction de l’école. Elles s’en vont rejoindre un fiancé qui les attend au Maroc et qu’elles ne connaissent pas. Le mariage forcé est une violation de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Comment poursuivre? Qui prouvera les faits? La page fut tournée. Ce fut une erreur.

Ce fut une erreur…

Un inspecteur de la ville de Bruxelles, sur qui je n’ai pas autorité, m’informe qu’il a saisi un manuel utilisé par le professeur de religion islamique. Le livre s’intitule «Les dangers de la mixité sur les lieux du travail». Il est écrit que la femme par nature est destinée aux travaux du ménage; qu’elle est non pas l’égale de l’homme, qu’elle lui est complémentaire. J’interroge l’Exécutif des musulmans, lequel botte en touche en qualifiant le document «d’inspiration salafiste», c’est-à-dire d’une vision passéiste de l’islam. Le livre fut retiré. Il fallait faire plus, aller plus loin. On ne l’a pas fait. Ce fut une erreur.

L’inspection de l’enseignement primaire me signale que lors du ramadan, des enfants crachent parce qu’il leur est interdit d’avaler quoi que ce soit, y compris leur salive. Je réagis dans le sens qu’on imagine. Je n’ai pas dénoncé l’abus de pouvoirs sur personnes faibles, ni la maltraitance évidente. Ce fut une erreur.

L’Exécutif des musulmans doit me présenter trois inspecteurs de religion islamique. Parmi les trois, figure un homme bien connu des médias auprès desquels il sert de référence, mais le candidat s’en est pris à moi, dénonçant mon islamophobie. Je suis alerté. Je consulte la Sûreté de l’État et j’apprends qu’il fréquente les mosquées radicales et est Frère musulman. Je refuse de le nommer. Ce refus suscite une interpellation. Je suis critiqué parce que j’ai fait un screening des candidats. Était-ce une erreur?

Écoles de caïds

Un inspecteur général, ancien membre de cabinet socialiste, constate que la délinquance scolaire prend des formes inquiétantes. Il réclame un dispositif adapté. C’était avant mon arrivée au ministère. Je suis convaincu qu’il a raison et que les exclusions d’élèves jettent à la rue des gamins qui y sont accueillis par les bandes organisées. Je me bats, comme un beau diable, pour que nous créions des centres de resocialisation et de rescolarisation. On les baptise «Écoles de caïds». Le projet de décret passe tout juste avant la fin de la législature. Le gouvernement suivant obtint du Parlement qu’il fût abrogé. Ce fut une erreur.

J’entends parler aujourd’hui de stages de déradicalisation. N’aurait-on pas, par hasard, perdu dix années quelque part?

Les erreurs accumulées ont accrédité les discours contestataires tenus dans les mosquées dont les imams s’inspirent de l’islam salafiste.

Puisque nous n’arrivons pas à faire aimer l’école à des enfants issus de l’immigration, les imams s’arrogent le droit de remettre dans le sillage d’Allah ceux qui se singularisent par l’indiscipline.

Tolérance aveugle

Puisque nous n’avons pas la force d’imposer le respect des droits de l’homme, qui sont notre charte fondamentale, nous invitons ceux qui les récusent, à en faire litière: les mariages forcés continuent, le conditionnement des enfants à la haine de l’infidèle et au meurtre d’inspiration religieuse est couvert par notre tolérance aveugle.

Il en va de même pour l’égalité entre l’homme et la femme. Nous en avons fait un article de notre Constitution, mais nous tolérons qu’on enseigne, à frais publics, que cette égalité n’existe pas.

Le Vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, le disait l’année dernière: «Les mosquées wahhabites sont financées dans le monde entier par l’Arabie saoudite. En Allemagne, beaucoup de dangereux islamistes proviennent de ces congrégations.»

S’agissant du wahhabisme, version quiétiste du salafisme, Nahida Naka écrit: «Difficile de dire avec certitude si les quiétistes sont non-violents par conviction profonde ou s’ils attendent le moment propice pour passer au djihad armé.»

Dormez en paix, bonnes gens!

Les mots pour le dire

Hier, le journal Le Soir a eu la bonne idée de publier un article d’opinion de Natacha Polony. Ce texte, revenant sur les « tensions communautaires » en Corse, était paru deux jours plus tôt dans le Figaro.

Rappelons ici que la République française se définit comme un pays de citoyens. La pratique d’une religion, quelle qu’elle soit, y est subordonnée au contrat social qui fixe les droits et les devoirs de chacun : les mêmes droits, les mêmes devoirs, la loi étant bien entendu la même pour tous. Le libéralisme anglo-saxon, lui, ne fait guère obstacle au communautarisme et, plus sensible aux relations commerciales, se prêtant davantage à une vision impériale, il s’inscrit naturellement dans le contexte de la mondialisation.

On sait que les pays anglo-saxons voudraient que la France adopte leur modèle. On sait aussi qu’il est malaisé de limiter la liberté quand on met cette valeur au-dessus des autres. Au nom de quoi devrait-on continuer à imposer telle ou telle culture à des jeunes qui sont nés en Wallonie, à Bruxelles ou en France ?

Le relativisme ambiant pourrait nous entraîner loin des principes enseignés dans nos écoles.

Soyons clairs : nous restons fidèles à l’esprit de Condorcet, Rousseau, Diderot…

En soi, la polémique autour du burkini a de quoi laisser dubitatif, mais ce qui est de nature à crisper les esprits, c’est qu’ici et là, des représentants de l’islam radical dénoncent la laïcité à la française comme étant foncièrement islamophobe. Adoptant une posture victimaire, invoquant la légitime défense et le droit à la résistance, ils justifient ainsi les attentats dont la France a été la cible. Il n’est pas question, dans leur esprit, d’adapter la pratique religieuse aux conditions de la société française. Leur projet politique est incompatible avec les valeurs de la République. On peut appeler ça une guerre idéologique. Celle-ci se livre également sur le terrain du langage, de la rhétorique. Assumer l’héritage des Lumières au XXIe siècle, cela demande un effort de lucidité.

Savoir nommer les choses, ce n’est pas une coquetterie littéraire.

L’école a pour ambition de fortifier la pensée. Il me revient d’avoir étudié Thucydide et sa guerre du Péloponnèse. Il y a près de 2500 ans, décrivant des cités grecques en proie à la guerre civile, ce parangon de la science historique expliquait comment les mots changeaient de sens au gré des passions politiques. En ce temps-là, dans la démocratique Athènes, les sophistes enseignaient le pouvoir du langage. A leurs yeux, la réalité n’était jamais que l’idée qu’on pouvait en avoir. Ils réduisaient le vrai, le beau, le bon à des perceptions forcément subjectives. A la suite de Socrate et Platon, on les a mis à l’index car, experts en communication, ils se faisaient forts de piéger l’opinion dans un discours, se moquaient des certitudes, ramenaient le débat politique à une lutte pour le pouvoir et l’argent. Mais leurs réflexions n’ont rien perdu de leur pertinence.

Les mots ne sont pas neutres, ils rendent la pensée captive. L’idéologie est partout. L’intérêt n’est jamais très loin.

La manipulation par le langage est bien entendu au cœur du Nineteen Eighty-Four de George Orwell, écrit au début de la guerre froide. On doit aux pays anglo-saxons d’avoir mis fin aux terribles expériences totalitaires qui ont marqué l’histoire du XXe siècle, mais faut-il pour autant considérer que le libéralisme anglo-saxon détient le monopole de la vérité démocratique ? On gagne à méditer la fameuse devise que George Orwell associe au régime de Big Brother : « War is peace – Freedom is slavery – Ignorance is strength ».

Alors que la réalité est de plus en plus complexe et mouvante, et sujette à de nombreuses interprétations, l’honnêteté commande de s’interroger sur les mots dont on se sert pour la décrire, et sur les représentations qui leur sont associées. Il faut pouvoir relever le défi d’une société multiculturelle. Dans une démocratie, il est normal et même indispensable d’avoir une multiplicité de points de vue, mais la confusion dans les esprits, cela ouvre un boulevard aux adeptes de la pensée unique, pétris de certitudes – aux partisans d’un islam totalitaire.

Rendre compte de ce qui se passe, c’est notamment le travail des journalistes. A eux d’interroger leur pratique quotidienne et leur responsabilité. Le 22 juillet 2014, Luc Peillon publiait dans le journal Libération un article intitulé Les dangers d’une dérive sémantique. Son texte commençait comme ceci :

« Tous les journalistes – l’auteur de ces lignes compris – cèdent, ou ont cédé, à la facilité sémantique. Par manque de temps, d’inspiration, ou encore par lassitude, dans le cadre d’un métier qui nous oblige parfois à écrire un papier par jour, et sous la pression d’un compte à rebours de plus en plus resserré, à mesure que les journaux – pour des raisons d’économies – abaissent l’heure de leur bouclage. Mais il est aussi des facilités qui ne répondent plus à ces contraintes, mais à une incapacité intellectuelle et journalistique à décrire une réalité complexe. Un raccourci sémantique répété en boucle qui conduit non plus à esquiver cette difficulté mais à décrire à tort, et donc finalement à transformer la réalité elle-même. Et en ces temps de résurgence des violences au Proche-Orient, la palme de cette facilité revient au terme ‘communauté’. ‘Communauté musulmane’ d’un côté, ‘communauté juive’ de l’autre, les tensions ‘intercommunautaires’ farcissent, jusqu’à la nausée, les articles et sujets audiovisuels relatant les répercussions de ce conflit en France. Un terme à la fois erroné, journalistiquement, mais aussi lourd de sous-entendus. »

L’usage abusif du mot « communauté », voilà aussi ce qui pose problème à Natacha Polony quand il s’applique aux citoyens français de religion musulmane, mais aussi aux Corses ou à d’autres. Nous reprenons ici son article d’opinion qui a été publié dans le Figaro et dans le Soir. C’est une pièce à verser dans un débat qui va très au-delà de la polémique actuelle autour du burkini. (G.R.)

Le mot « communauté » envahit la parole médiatique jusqu’à l’absurde. C’est contre cela que se sont élevés des Corses, sans doute moins complexés que les Français de métropole…

Le voile s’est posé sur nos mots, bien avant que de s’inviter sur nos plages. L’altercation qui, depuis une petite crique de Corse, est venue mêler ses remous à ceux d’un été déjà tempétueux est plus intéressante encore par les mots employés pour la relater. Ainsi, la très grande majorité des commentateurs, reprenant tout simplement une dépêche de l’Agence France Presse, a d’abord parlé de « tensions en Corse après une rixe entre communautés corse et maghrébine ».

N’importe quel jeune journaliste sait – ou devrait savoir – ceci : les faits n’existent pas. Il n’existe que le récit de ces faits, et les mots pour le dire valent en eux-mêmes interprétation. Encore faut-il percevoir les nuances du vocabulaire français et comprendre qu’elles sont parfois porteuses d’idéologie. Mais non. Aucun commentateur n’a semblé gêné par cette phrase reprise comme une évidence. Si ladite rixe avait eu lieu à Saint-Raphaël ou au Lavandou, aurait-on parlé de heurts entre « communautés provençale et maghrébine »; à La Baule ou à Paimpol, de heurts entre « communautés bretonne et maghrébine » ?

Le mot « communauté » envahit la parole médiatique

Ce mot de « communauté » employé le plus souvent comme une facilité de langage, pour s’épargner une phrase plus précise, envahit la parole médiatique jusqu’à l’absurde. Et, ce faisant, s’impose ce que justement l’Islam politique cherchait à nous faire accepter : l’idée que la France serait composée d’entités diverses pouvant faire valoir leur égale légitimité à suivre leurs coutumes propres et à revendiquer des droits. Il n’y a plus de citoyens de confession musulmane, mais une « communauté musulmane » (forcément solidaire ?). Il n’y a plus de citoyens de confession catholique, mais une « communauté catholique ». Plus de Maghrébins ou de Français d’origine maghrébine mais une « communauté maghrébine ». Plus de peuple corse, partie intégrante du peuple Français, mais une « communauté corse ». Et bientôt plus de peuple français mais une « communauté française ». Toutes, donc, à égalité sur un territoire neutre régi par le droit réduit à la seule expression des libertés individuelles.

C’est précisément contre cela que se sont élevés des Corses sans doute moins complexés que les Français de métropole, parce que moins oublieux de ce qu’ils sont. Déjà, l’hiver dernier, des habitants d’Ajaccio avaient manifesté dans le quartier d’origine de jeunes gens ayant monté un guet-apens contre des pompiers. Parce qu’en Corse, on ne tolère pas que les pompiers, qui risquent leur vie pour autrui, se fassent caillasser (comme cela arrive très régulièrement dans toute la France, dans l’indifférence du pouvoir et l’impuissance des citoyens). Pas plus qu’on ne tolère que des petits caïds prétendent interdire l’accès d’une plage pour que leurs femmes puissent se baigner sans risquer le regard forcément concupiscent d’un « infidèle » extérieur à la tribu.

Et c’est d’ailleurs bien le sens de cette privatisation, comme du fameux burkini, comme de ces longues abayas noires ou brunes qui fleurissent dans certains quartiers : les femmes appartiennent au clan, et le regard des autres hommes les salit parce qu’il ne saurait y avoir de mélange. Et plus ces signes visibles seront nombreux et banalisés, plus l’espace public appartiendra à la « communauté ». Curieux que cela ne choque pas les habituels adeptes du « métissage » et du « mélange ». On en a même vu, comme Edwy Plenel, proclamer le droit au burkini en ressortant les photos des baigneuses des années 1910, comme si tout à coup, le contrôle patriarcal du corps des femmes façon Léon Daudet leur semblait un modèle.

Les mots sont politiques

Certes, il y eut parmi les manifestants corses quelques excités adeptes des vociférations racistes, et quelle belle occasion pour certains de prétendre que cette manifestation dans son ensemble était de caractère « islamophobe » et de poser la question d’un « racisme corse » quasi congénital (puisque dans ce sens-là, tous les amalgames sont permis). On est moins pressé de s’interroger sur ce qui pousse des délinquants d’origine Nord-Africaine à cibler systématiquement des victimes d’origine chinoise pour les agresser et les voler, et dernièrement tuer, à Paris et dans sa proche banlieue. Les victimes et les coupables, cette fois, n’ont pas le bon profil.

Oui, les mots sont politiques, et de ne plus connaître leur sens, on impose sans même y penser un modèle politique. Ainsi de la Une du Monde daté du 19 août, où l’on peut lire ce titre : « Burkini : les musulmanes doivent-elles devenir invisibles ? » Un titre qui induit – et l’on craint que ce ne soit parfaitement volontaire – que « les musulmanes » dans leur ensemble ont besoin d’un burkini ou de la version de ville, le hidjab, pour être « visibles ». Une « visibilité » qui apparaît dès lors comme légitime en elle-même, puisque c’est la supposée invisibilité qui doit être débattue. En un titre, c’est la logique même de l’Islam politique et de sa conquête de l’espace public par l’instrumentalisation des droits individuels si chers au libéralisme anglo-saxon qui est avalisée sans le moindre recul.

Les villageois corses qui ont affirmé devant les médias leur refus de voir s’installer dans leur île des comportements qu’ils jugent inacceptables ont usé de mots simples, sans tourner autour du pot. Les mots qui viennent quand on est sûr de soi, de son histoire, de son identité. Les mots de ceux qui refusent d’être réduits au silence. Que cela plaise ou non, cette réaction relève de la citoyenneté. Gageons qu’elle soit largement partagée par le peuple français.

Mais où sont donc les citoyens wallons ?

Le Wallon apathique ? Qui s’en étonnera ? Les médias et les décideurs de tout poil nous servent leur belgitude à longueur de journées dans tous les domaines. Qui s’étonnera dès lors que le Wallon soit demandeur de Belgique, nostalgique d’un pays dont la Flandre ne veut plus depuis longtemps. Bien des Wallons rêvent de refédéraliser des compétences accordées aux Régions et aux Communautés, d’un retour à la Belgique de grand-papa.

Pouvez-vous me citer une compétence, une seule, qui de la Région ou de la Communauté, soit retombée dans l’escarcelle du Fédéral lors des différentes réformes de l’Etat. Ne cherchez pas trop longtemps : cela n’existe pas. Et pourquoi ? Parce qu’une grande majorité de Flamands n’en veut pas. Leur projet est ailleurs.

Flandre, Wallonie et Bruxelles n’ont plus de projet de société commun. La Flandre a un projet cohérent pour elle-même. La question que les Flamands, hommes politiques, responsables sociétaux et médias se posent est : comment faire pour conserver notre niveau de vie, notre prospérité, nos emplois face à la mondialisation ? Leur réponse est : effectuons des réformes fiscales, sociales et économiques et emparons-nous de tous les leviers de commande importants qui restent du domaine de l’ Etat fédéral belge.

Autonomie, fédéralisme, indépendance, confédéralisme, le vocabulaire n’est jamais très clair chez les Flamands, mais quel que soit le mot utilisé, les mesures, les réformes successives ont pour objectif la paralysie du pouvoir fédéral pour aboutir à la naissance d’un état flamand.

En face, les décideurs politiques wallons ont les mêmes outils dévolus aux régions lors des réformes de l’état central. Ils s’en servent pour gérer la Région au jour le jour. Certes les différents plans Marshall ont établi des stratégies pour le moyen terme, mais ils n’ont pu accorder que de maigres milliards d’euros là où il aurait fallu des montants quatre à cinq fois plus importants. D’autre part, l’argent venant du fédéral pour assumer les nouvelles compétences ne tient pas ses promesses.

Il ne faut pas être grand argentier pour appréhender les difficultés que va connaître la Wallonie après la 7ème réforme de l’état. Celle-ci touchera le cœur de la sécurité sociale et mettra petit à petit fin aux transferts nord-sud.

Tant que les Wallons n’auront pas fait le deuil d’une Belgique fédérale dont les Flamands ont constaté l’échec depuis longtemps (officiellement depuis 1999 par leur parlement), il ne faut pas s’attendre à les voir accorder leur confiance au gouvernement wallon. L’article ci-dessous illustre assez bien l’ état d’esprit du citoyen wallon. Pour que celui-ci change, il faudrait que médias et responsables sociétaux cessent d’occulter la vérité belge au peuple wallon. Il faudrait aussi que leur soit proposé des projets de société qui les concernent. Il appartiendrait alors au citoyen de choisir un projet qui assure à la Wallonie un véritable avenir.

Notre mouvement citoyen propose un projet solidement étayé (voir sur ce site) : l’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République française.

Paul D.

Le Wallon snobe son parlement

Source: Le Vif/l’express du 29 juillet 2016

Le parlement de Wallonie se frotte douloureusement à la démocratie interactive. Pétition électronique, consultations en ligne du travail parlementaire : la main tendue au citoyen est très rarement saisie.

Wallonnes, Wallons, à vos souris ! Bien en vue sur la page d’accueil du site du parlement de Wallonie, le slogan en perpétuel mouvement accroche le regard : « Il n’y a pas que le jour des élections que votre voix est importante. » Interdit de rire : l’onglet « Votre avis » incite le visiteur à mettre son grain de sel dans la cuisine parlementaire et à prendre ainsi conscience qu’il est aussi (quasi) chez lui au parlement.

Que le citoyen lève le doigt et parle : il sera entendu. Point besoin de patienter jusqu’à la future consultation populaire à l’échelle régionale pour qu’il ait l’occasion de s’en convaincre. Libre à lui de déjà goûter aux délices de la démocratie digitale à la wallonne. Bienvenue dans l’ère de la pétition par voie électronique pour relayer un combat, et de la consultation publique en ligne pour commenter et nourrir le travail législatif des députés. Avec même, pour les plus mordus et les moins farfelus, la possibilité d’être entendu en séance…

Lire l’intégralité de l’article du Vif/L’Express.

Dans le même bateau

21 juillet 2016. La Belgique existe encore. On ne sait pas combien de temps cela va durer. L’évolution de nos sociétés démocratiques pose des questions trop graves pour s’en tenir ici aux habituelles considérations sur le nationalisme flamand.

Les bouleversements que le capitalisme impose aujourd’hui s’inscrivent dans la continuité de la révolution française et tant mieux si le pouvoir de l’argent nourrit la culture de la liberté, de l’innovation, de l’universalisme, mais la souveraineté nationale et, avec elle, l’implication du citoyen, ses moyens de contrôle, le cadre dans lequel s’exerce l’action politique, tout cela donne l’impression d’une obsolescence programmée.

Au nom de la liberté et de la fraternité universelle, on est peut-être en train de marginaliser l’action politique, citoyenne, au profit des multinationales et des grands détenteurs de capitaux, mais aussi des religions prêtes à s’engouffrer dans un monde ouvert, l’islam en tête, avec sa frange la plus radicale, porté par une dynamique qui, aux premiers temps de son histoire, lui a permis de s’étendre à une vitesse folle.

Certes, il faut raison garder, sans verser dans le catastrophisme, le délire apocalyptique ou la peur obsessionnelle du changement, mais la raison suppose aussi l’esprit critique. Le questionnement. Le doute. On aurait tort de se laisser abuser par un discours trop conforme à l’intérêt des milieux d’affaires. A priori, la poursuite effrénée du plus grand profit n’a pas grand chose à voir avec la morale. Une économie sans frontière, organisant la concurrence à l’échelle mondiale,  ce n’est pas sans avantages, mais on voit combien la cohésion sociale est malmenée aujourd’hui.

Le fameux « vivre ensemble », dont on a fait un leitmotiv, ne reposant que sur la bonne volonté des uns et des autres, il faudrait au moins que cet universalisme à la française, ou sa variante anglo-saxonne, avant tout respectueux de la liberté individuelle, fasse à peu près l’unanimité partout dans le monde, et d’abord dans les sociétés démocratiques elles-mêmes.

On est loin du compte, apparemment. La répétition des attentats, suite aux appels lancés par les assassins de l’Etat islamique, crée une angoisse nouvelle en révélant combien nos sociétés sont fragmentées, à quel point les représentations peuvent être inconciliables. Au cœur de nos démocraties, il arrive que les droits de l’homme soient rejetés comme une expression de l’impérialisme occidental. Impossible, évidemment, de ne pas entendre les manifestations de haine envers cet Occident chargé de tous les crimes et tous les péchés. Impossible de ne pas voir que la logique de marché ne craint pas d’alimenter les guerres et le terrorisme.

Bien sûr, nous sommes tous des citoyens du monde, il y a des enjeux qui réclament une collaboration internationale, il faut promouvoir le dialogue et la paix, mais on peut légitimement se demander si la dilution des peuples et la disparition des Etats-nations rendraient le monde meilleur. Ce que nous vivons actuellement n’est pas de nature à nous rendre optimistes. Le rapport de forces, la volonté de puissance : voilà ce qui détermine habituellement les relations entre les hommes.

Ce qui s’annonce au XXIe siècle nous impose un effort particulier de lucidité, de responsabilité. Les défis ne manqueront pas. La France et la Belgique sont assurément logées à même enseigne. Nous sommes dans le même bateau. (G.R.)

Voir aussi notre réaction aux attentats du 22 mars 2016 : La nation pour mieux vivre ensemble.

La Belgique à l’heure du foot

La nouvelle a déjà mis la Belgique en émoi. Zut, fourt, verdomme, Jan Vertonghen est blessé. Forfait. Plusieurs semaines en dehors des terrains. Quant à Eden Hazard, il a repris l’entraînement mais on ne sait pas s’il est à 100 %. On s’inquiète. L’espoir de vivre un grand Eden Hazardmoment de joie collective passe évidemment par une victoire sur le pays de Galles. Inutile de parler d’autre chose. L’actualité se résume à la préparation du match de demain.

Puisque tout ramène à ça, même les élus de la N-VA se présentent comme des supporters ordinaires des Diables rouges (lien). Ils ne vont pas bouder la victoire, bien sûr, mais que ne serait pas leur émotion si, comme ils l’annonçaient en 2014, la Flandre avait dès à présent son équipe de football qui chanterait le Vlaamse Leeuw ? Bart De Wever, qui, en cyclisme, a réussi à déménager le tour de Flandre à Anvers, doit ruminer sa frustration en pensant que le club de sa ville a formé Toby Alderweireld, Thomas Vermaelen, Jan Vertonghen, Radja Nainggolan et Moussa Dembelé.  Même les frères Lukaku sont nés à Anvers. Avec Kevin De Bruyne le Gantois, Thibault Courtois le Limbourgeois, Dries Mertens le Louvaniste, l’équipe au lion noir pourrait faire exister la Flandre en Europe et dans le monde.

Evidemment, il y a quelques Diables rouges nés en région bruxelloise : Vincent Kompany, Marouane Fellaini, Yannick Carrasco, Michy Batshuayi… Peut-être un peu court pour former une équipe nationale de Bruxelles-Capitale. Quant aux  trois Wallons qui figurent aujourd’hui dans le onze de base de Marc Wilmots, ils ne seraient pas malheureux d’enfiler la vareuse de l’équipe de France, si les circonstances leur en donnaient l’occasion. Axel Witsel, le Liégeois dont le père est martiniquais, n’a jamais caché que son idole était Thierry Henry. Thomas Meunier, l’Ardennais qui jouera l’année prochaine au PSG, s’est lui fait connaître à l’Excelsior Virton, un club frontalier où l’on chante la Marseillaise pour encourager ses joueurs. Eden Hazard, le très Frenchie capitaine des Diables rouges, s’est très tôt lié au club de Lille, où, selon les mots du journal L’Equipe, il a laissé un souvenir impérissable. Rappel de ce parcours par un responsable du club français : « Nous l’avons suivi pendant deux saisons. Il était benjamin. Sa famille souhaitait qu’il accomplisse sa formation en France et y poursuive sa scolarité. Son papa avait évalué que c’était le meilleur endroit pour qu’il s’y épanouisse. » (lien)

Qui sait, on peut faire la fête aux Diables rouges aujourd’hui et se découvrir de nouvelles couleurs dans un avenir proche. En 1976, la Tchécoslovaquie a remporté le trophée, rien de moins, en réalisant l’exploit de vaincre les Pays-Bas de Johan Cruyff et puis les Allemands de Franz Beckenbauer, mais dès que le rideau de fer est tombé, le pays s’est coupé en deux.

Lu sur le site du journal Le Soir :

Diables rouges: « S’ils sont éliminés, les gens passeront vite à autre chose »

Un bel exemple de supportérisme national, c’est le cas des Diables rouges. Quelle est l’explication de cet engouement pour la sélection belge ?

C’est extrêmement récent, et ça s’explique principalement par la réussite sportive. Et ça durera tant qu’on aura des bons résultats.

La vision des Diables rouges est-elle la même au sud et au nord du pays ?

Nous sommes dans un moment où on se sent belge, ce qui est vraiment très rare. Mais je ne pense pas, en effet, qu’on voie les choses de la même façon. D’aucuns, au sud du pays, espère que le foot aura une influence sur la situation politique du pays. Les Diables rouges sont un peu convoqués comme des sauveurs. Il y a une énorme naïveté là-dedans. Ce discours est même dangereux pour les francophones. Si on dit nous-mêmes que le sort de ce pays est dans les pieds d’un gamin de vingt ans, alors on dit que Bart De Wever a raison. Parce qu’implicitement, on reconnaîtrait que la Belgique n’existe plus. C’est un argument boomerang qui peut nous revenir dans la figure.

Il y a quand même aussi de l’engouement en Flandre, non ?

Il faut bien constater qu’il n’y a plus eu autant de drapeaux belges en Flandre depuis la Libération. Des dizaines de milliers de jeunes Flamands chantent la « Brabançonne » et sont habillés aux couleurs nationales. Ce n’est pas neutre de se dire que la marque Belgique vous donne du plaisir. Je ne suis donc pas en train de dire que ça ne change rien en Flandre. Ce sont peut-être des éléments qui joueront dans leurs rapports avec la Belgique, mais c’est à voir dans les cinq ou dix ans qui viennent. Je pense, toutefois, qu’au nord, on voit beaucoup plus une Belgique qui réussit, des jeunes qui réussissent, et même de bons jeunes immigrés qui réussissent parce qu’ils s’enrichissent et qu’ils s’exportent.

Pour beaucoup de supporters, le parcours des Diables semble avant tout être une occasion pour faire la fête…

Cela correspond très fort à notre culture conviviale et au pays de carnaval que nous sommes. Tous ces écrans géants sont également très locaux, dans les villages, les quartiers. La Belgique est un pays de municipalités. On se retrouve ensemble pour boire des bières, et si les Diables rouges sont éliminés, la majorité des gens passera vite à autre chose.

Est-ce que le phénomène « Diables rouges », ce n’est pas surtout un super-coup de marketing ?

Il y a évidemment beaucoup d’argent en jeu. Sans le marketing derrière, le produit «Diables rouges» ne se serait pas vendu comme ça. On peut certainement dire que c’est une compétition parrainée par une marque de bière qui paie des jeunes millionnaires pour faire un spectacle. C’est une partie de la réalité. A côté de ça, ce sont des joueurs talentueux et brillants, qui ont réussi à s’imposer dans un univers très compétitif.

Ils l’ont fait

Alea jacta est. Les dés sont jetés. The die is cast. Il ne semble pas que l’Angleterre soit moins démocratique aujourd’hui qu’hier. Dès lors, si les Anglais ont choisi de rompre avec leurs partenaires européens, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ça les regarde. Et tant pis si cela ne plaît pas à tout le monde.BrexitEvidemment, la presse est en ébullition, it is democracy. Au-delà du devoir d’informer, il y a le droit fondamental d’exprimer sa colère ou son désappointement. 

A la une de l’Obs, le réquisitoire est sans nuance. « Les pères fondateurs de l’Europe avaient raison : les nations triomphantes des années 1815-1914 étaient bien mortes, putréfiées sur les charniers de la première puis de la deuxième guerre mondiale. Après soixante ans de convergence européenne, aussi maladroites furent-elle, ces idéologies foncièrement xénophobes n’ont aucune chance de ressusciter. A l’heure de l’humanité connectée, les individus se rattachent à d’autres communautés. Un londonien partage plus de valeurs et de communauté de destin avec un parisien, un milanais, un berlinois ou un new-yorkais qu’avec un agriculteur du Devonshire. Un étudiant de Glasgow préfère rencontrer ses semblables de Séville, Athènes ou Copenhague… C’est là, le véritable sens de la pensée de Churchill qui préférait le « grand large » au « Continent ».  En optant pour le Brexit, la majorité des électeurs anglais ont détourné leur regard du vaste horizon. Leurs frontières renferment trop de rancœurs et de nostalgies. »

Goodness me ! Voilà un propos bien polémique, avec sa part de vérité mais aussi de mauvaise foi. Cette façon de parler des Etats-nations, chargés de tous les vices et de tous les crimes, est pour le moins discutable. Churchill était un souverainiste, attaché à la grandeur de l’Empire britannique et, s’il a plaidé pour une réconciliation rapide entre la France et l’Allemagne après avoir incarné la résistance à l’Allemagne nazie, c’est parce qu’il lui fallait désormais neutraliser l’Union soviétique. En bon sujet de sa majesté, ce grand aristocrate a pratiqué une politique d’équilibre en Europe, ce qui n’enlève rien à son mérite, puisqu’il a rendu possible une victoire de la démocratie, en Europe et au-delà.

Reste à voir ce qu’il reste aujourd’hui de l’impérialisme anglo-saxon, cet appel du « grand large » auquel on peut associer le processus accéléré de la mondialisation des affaires: la politique au service de l’économie, l’économie au service de la finance, la finance au service des plus riches… On ne voudrait pas caricaturer l’idéologie qui sous-tend l’édito de l’Obs mais peut-être est-il malvenu de rejeter avec mépris la solidarité nationale et la sanction d’un vote populaire, alors que l’Obs se présente volontiers comme un « hebdomadaire français de gauche ».

L’idée d’organiser un référendum était stupide, lit-on un peu partout dans la presse. On veut bien mais soulignons quand même combien le projet européen est lié aux valeurs de la démocratie. Si la démocratie est un pari sur l’intelligence du « peuple », ou des « citoyens », il faut bien constater que ce pari de l’intelligence et de la participation répugne à beaucoup de responsables, et d’abord à ceux qui pilotent l’Union européenne. En soi, c’est déjà interpellant, surtout si cela paraît tellement naturel qu’on n’y prend plus garde. On a beau se prévaloir de la souveraineté populaire ou nationale, on ne craint pas de mépriser les sans-grades. Et tant pis si les attentes du plus grand nombre ont été déçues, voire trompées. Quand on fréquente les allées du pouvoir, il est proprement inconcevable de prendre ses ordres auprès des gens simples et sans ressources.

A ce jeu-là, s’il se trouve un opportuniste ou un véritable ennemi de la démocratie pour récupérer la voix des mécontents, des frustrés, des losers du grand chambardement planétaire, il ne reste plus qu’à le dénoncer car, c’est une évidence, il est dangereux de manipuler tous ces gens qui n’y comprennent rien, ces gens qui, tels des hooligans, nous font voir ce qu’il y a de repoussant chez l’être humain. L’histoire est convoquée pour condamner l’horreur. Cette ligne de défense, qui se veut autant rationnelle que morale, a pourtant ses limites. On n’en finit plus de répéter que la fracture est profonde entre les majorités plus ou moins silencieuses et les élites mondialisées. Force est de constater que la confiance est au plus bas dans l’opinion publique. Cela devrait suffire pour réagir autrement que par des anathèmes. Il y a là, pour la démocratie et, plus largement, pour la cohésion sociale, un défi que certains, apparemment, refusent de prendre en compte.

Ce sont les mêmes qui disent qu’il faut voir les crises comme des opportunités. Alors, puisque le Brexit crée une situation de crise, il y a certainement quelque chose à repenser dans le projet européen. Ce qui est certain, c’est que la Wallonie, aux portes de Bruxelles, est un trait d’union entre la France et l’Allemagne, et que c’est par là que les choses ont commencé. A présent que le centre de gravité de l’UE n’est plus tout à fait le même, il faut espérer que la France contribue à lancer une nouvelle dynamique. Et arrive à faire bouger les lignes.

Dans le Figaro, voici comment Jean-Pierre Chevènement réagit au Brexit : « Cette décision courageuse du peuple britannique est une chance offerte à l’Europe de repartir sur des bases nouvelles: la démocratie, les nations, l’idée européenne ne souffre pas de l’expression démocratique d’un grand peuple. Ce sont les technocrates de Bruxelles qui doivent se remettre en cause. Quand Donald Tusk, le président du Conseil européen, parle de « fin de la civilisation », ce sont des propos ridicules. Il faut garder tout son sang-froid, traiter le peuple britannique avec les égards qui lui sont dus. Le peuple britannique est un grand peuple, ami de la France. L’intérêt de l’Europe est de négocier les accords commerciaux qui permettront le maintien du marché unique. C’est l’intérêt de l’Europe et de la Grande-Bretagne. Cette négociation doit se dérouler sur la base des intérêts communs. Il n’y a pas le feu à la Manche. Les marchés se corrigeront et les banques centrales y aideront ».

Au pays de la frontière linguistique

UNE DES PLUS IMPORTANTES MINORITÉS LINGUISTIQUES D’EUROPE BAFOUÉE PAR L’ÉTAT (BELGO)FLAMAND

LouisNisseLOUIS NISSE

Après réception de l’avis de la Commission européenne pour le droit (dite Commission de Venise), l’Assemblée avait formulé la conclusion suivante : « Au niveau régional […] la Commission considère que les francophones de la région de langue néerlandaise […] peuvent être considérés comme une minorité au sens de la Convention-cadre. […] Les autorités belges devraient considérer comme une priorité la signature et la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, ainsi que la ratification du Protocole n° 12 de la Convention européenne des droits de l’homme. » Or, les gouvernements successifs, dominés par les Flamands, refusent toute ratification.

Les Flamands francophones natifs, ces Lys de Flandre, forment la minorité linguistique de loin la plus nombreuse de Belgique et une des plus importantes d’Europe. Cette minorité séculaire – elle remonte au moyen âge –, sa simple évocation fait frémir de peur et écumer de rage les Flamands les plus complexés.

Ces quelque 310 000 francophones ne sont pourtant plus ni rétifs ni hostiles au néerlandais, qu’ils parlent couramment pour la plupart et qu’ils utilisent pour s’adresser à leurs concitoyens néerlandophones, comme de juste. Ils forment 5% de la population flamande, soit autant, en nombres relatif et absolu, que la population finlandaise de langue suédoise, qui, elle est protégée, comme le sont les 5% de Flamands de Bruxelles. Et malgré tout, les francophones de Flandre ne sont pas en régression, comme le montre CÉLINE PRÉAUX1. Pourtant leur existence même est niée ; ils sont bafoués dans leurs droits, menacés, persécutés.

Tout subside leur est interdit, l’accès aux centres culturels leur est fermé, ils ne peuvent s’exprimer dans leur langue dans les circonstances officielles, leurs bibliothèques sont clandestines. Bien sûr, ils n’ont pas droit à un enseignement en français. (La Flandre refuse même d’ouvrir des classes d’immersion.) Lorsque, naguère, à Gand, Bruges, Ostende, Ypres, Courtrai, Roulers, Louvain, Anvers, ils organisaient une simple conférence d’Exploration du Monde, les abords de la salle devaient être protégés par des chevaux de frise et la gendarmerie. En 1994, il y eut des blessés. Par crainte de représailles, ils ont dû renoncer à toute manifestation publique, ces Francophones des catacombes.

Ils doivent taire leur appartenance sous peine de coups, d’insultes, de discrimination à l’embauche ou d’échec à certains concours et examens. Des prêtres leur refusent l’enterrement en français… On a été jusqu’à poser des bombes dans les journaux francophones de Flandre. Certains ont peur, au point de refuser de témoigner pour une recherche scientifique. Cela explique pourquoi il n’y a pas de véritables études sur les francophones de Flandre, à part celle, récente, de CÉLINE PRÉAUX1.

Au nom de cette minorité francophone bafouée et persécutée, dans le silence assourdissant des médias, EDGAR FONCK m’adresse ce communiqué de presse. Ayez à cœur de le répercuter.

1Céline Préaux, qui a fait ses études secondaires en néerlandais pour bien apprendre la langue, est licenciée en histoire de l’Université Libre de Bruxelles. Sa thèse de doctorat, qui compare le sort des francophones de Flandre à celui des anglophones du Québec, a nourri son essai, La fin de la Flandre belge (édition Avant-propos, Bruxelles, 2011). La fin de la Flandre belge, c’est-à-dire de la Flandre ouverte à la langue française. Napoléon donna un coup de pouce involontaire à la prise de conscience nationale des Russes et des Allemands. Leurs élites qui parlaient français depuis plus d’un siècle rentrèrent dans le rang. Les nationalistes flamands mirent cent ans de plus. « Le mythe fondateur de la Flandre s’est mis en place avec l’identification d’un ennemi commun qui est le francophone. Désormais, c’est la Flandre avant tout. La vision de la Flandre est avant tout ethnique et c’est assez négatif », confie Céline Préaux à La Libre du 17/04/2012.

COMMUNIQUE DE PRESSE

ONU: La Belgique se discrédite sur la question des minorités nationales

Bruxelles, De Haan, Dilbeek, Fourons, Leeuw-Saint-Pierre et Zaventem, le 22 juin 2016 – Lors de son deuxième Examen périodique universel (EPU), organisé par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en janvier dernier, la Belgique avait laissé en suspens 35 recommandations, dont les recommandations de la Suisse et de la Hongrie de ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales.

« La Flandre qui ne veut à aucun prix entendre parler de minorité francophone sur son territoire, conduit la Belgique à se discréditer sur la scène internationale! «  Telle est la conclusion de la Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) (1) regroupant six associations représentatives des 310.000 francophones de Flandre, en ce compris la périphérie de Bruxelles et l’entité des Fourons, après avoir pris connaissance de l’addendum que la Belgique a fait parvenir à l’ONU en vue de l’adoption du rapport de l’EPU de notre pays ce 23 juin à Genève.

En effet, dans sa réponse, la Belgique dit entre autres ne pas pouvoir s’engager à mettre en œuvre les recommandations de la Suisse et de la Hongrie de ratifier la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales. Assez étonnamment, la Belgique s’appuie dans son argumentation sur la double déclaration (2) formulée en 2001, à la demande de la Flandre, lors de la  signature de la convention-cadre. Ce n’est que récemment que la Belgique a qualifié explicitement cette double déclaration de « réserves » lesquelles, in casu, sont contraires au droit international.

Ces deux réserves concernent d’une part la primauté des dispositions internes sur la convention-cadre et d’autre part la nécessité préalable d’une définition de la notion de minorité nationale par la Conférence interministérielle de politique étrangère (CIPE). Elles n’ont, aujourd’hui, plus aucune raison d’être, compte tenu de l’adoption, en 2002, du rapport Nabholz et de la résolution 1301 par le Conseil de l’Europe.

Comme l’explique le président de l’ADHUM Eric Libert: « la première réserve a été contrée par la résolution 1301 du Conseil de l’Europe qui a expressément regretté que les autorités belges aient jugé nécessaire d’accompagner cette signature d’une réserve à ce point large qu’elle risquait de priver d’effet la plupart des dispositions de la convention, ce qui constituerait une violation de la convention de Vienne sur le droit des traités qui interdit aux Etats d’accompagner la ratification d’une convention de réserves la vidant de son sens ».

Quant à la seconde réserve, « les travaux de la CIPE, qui n’ont jamais abouti, sont rendus inutiles par la même résolution 1301 qui, s’appuyant sur la Commission de Venise, a non seulement défini la notion de minorité nationale mais également désigné les minorités nationales à protéger en Belgique. A savoir, notamment, la population francophone établie en Région flamande et la population néerlandophone établie en Région de langue française ».

Sur ce point, la position de l’ONU (3) est également très claire: « La reconnaissance du statut de minorité ne relève pas de la seule décision de l’État. Conformément à l’interprétation authentique faite par le Comité des droits de l’homme de l’ONU, l’existence de minorités doit être établie selon des critères objectifs. Tout doit être fait pour garantir le respect du principe d’auto-identification ». Et de préciser: « Les États doivent recueillir des données ventilées (…), y compris dans le cadre des recensements nationaux. (…) Ces données permettent de mieux appréhender l’importance numérique et la situation des minorités. (…) Ces données doivent se fonder principalement sur l’auto-identification, et la société civile et les groupes minoritaires doivent être associés à l’ensemble du processus ».

La Belgique n’aurait-elle pas été mieux inspirée en répondant tout simplement à l’ONU que la Flandre avait écrit noir sur blanc dans son accord de Gouvernement qu’elle ne ratifiera pas la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales? Et que, ce faisant, la Flandre tente de bloquer tout processus de ratification…

(1) La Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) regroupe l’Action Fouronnaise, l’Association culturelle de Dilbeek (ACD), l’Association de Promotion des Droits Humains et des Minorités (ADHUM), l’Association francophone de Leeuw-Saint-Pierre, l’Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre (APFF) et Citoyens de Zaventem.

(2) « Le Royaume de Belgique déclare que la Convention-cadre s’applique sans préjudice des dispositions, garanties ou principes constitutionnels et sans préjudice des normes législatives qui régissent actuellement l’emploi des langues. Le Royaume de Belgique déclare que la notion de minorité nationale sera définie par la conférence interministérielle de politique étrangère. »

(3) Recommandations formulées par le Forum sur les questions relatives aux minorités du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, vingt-huitième session, A/HRC/28/77 §10 et 24.

Contact presse: Edgar FONCK Coalition des associations francophones de Flandre (CAFF) Spreeuwenlaan 12, B-8420 De Haan, Belgique tél.:  +32(0)59.23.77.01, portable:  +32(0)479.35.50.54, courriel: edgar.fonck@francophonie.be site: http://www.francophonie.be/caff.

Retour à la Paix de Fexhe

Le changement s’appuie volontiers sur le passé que le présent revisite à sa guise. En 1789, c’est en brandissant la Paix de Fexhe que les Liégeois, allumés par la révolution française, ont bousculé le pouvoir de leur prince-évêque. Ce texte de 1316 était resté dans la mémoire collective comme une charte constitutionnelle légitimant les revendications populaires. En réalité, les enjeux n’étaient plus tout à fait les mêmes en 1789; la bourgeoisie liégeoise allait Fextivitésbientôt mettre fin aux corporations de métier qui avaient bénéficié de la Paix de Fexhe et, après l’intervention de l’armée autrichienne et le retour du prince-évêque, c’est de la France révolutionnaire que le peuple attendit la réalisation de ses aspirations démocratiques.

En 2016, le 700e anniversaire de la Paix de Fexhe est une invitation à mettre à l’honneur nos libertés. La citoyenneté figure au cœur des festivités organisées à cette occasion par la Province de Liège. Pour en savoir plus, consulter le site www.paix-de-fexhe.com.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde