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Le CETA décrypté

« Publicité, sauvegarde du peuple », est-il écrit sur le fronton de l’hôtel de ville de Verviers. Ce n’est pas de publicité commerciale qu’il est ici question, mais de la publicité donnée au débat politique et de la volonté de rompre avec l’opacité du pouvoir. Ce principe affirmé voici près de deux cents ans, quand la démocratie n’était qu’un idéal, semble aujourd’hui d’une autre époque, en dépit de tous les radotages sur l’éducation à une citoyenneté responsable, et alors même que l’internet peut donner l’impression de transformer le monde en une tour de verre. On cède à la facilité. L’information devient plus superficielle. On obéit à des impératifs économiques.

Certes, il y a un devoir pour les médias d’informer le citoyen. Ce lundi 31 octobre, le Monde et le site allemand Correctiv ont décrypté l’accord entre l’Europe et le Canada. Des journalistes se sont plongés, enfin, dans la lecture du CETA pour en expliquer les enjeux. Heureuse initiative, assurément, mais qui survient après la signature du traité, après la polémique soulevée par les autorités wallonnes. Jusque-là, la position du journal Le Monde était tout sauf critique à l’égard du CETA. Le discours dominant, presqu’anesthésiant, voulait que la signature allait de soi, car seuls des extrémistes pouvaient avoir l’idée de s’y opposer.

Si les opposants au CETA n’étaient pas des démocrates, alors, bien sûr, le respect de la démocratie exigeait de signer sans se donner la peine de comprendre, ni même de lire, et puis zut on se passera de votre accord… La démocratie a-t-elle encore le même sens pour tout le monde ? Au vu de ce qu’on peut lire à présent dans le Monde, on doit bien convenir qu’il y a, dans cet accord commercial, de réelles menaces pour la démocratie. On a le droit d’y être attentif. Force est de constater qu’un journal dit « de référence » était loin de vouloir attirer l’attention de ses lecteurs sur ce qui pouvait, légitimement, faire débat.

Les décideurs n’avaient manifestement pas l’intention d’ouvrir le débat. La résistance de la Wallonie, qui n’avait pourtant rien de révolutionnaire, a été traitée avec une certaine arrogance. La Commission européenne devrait en tirer des leçons; on ne doute pas qu’elle le fera mais, à voir les réactions des uns et des autres, il est à craindre que ce ne soit pas dans le sens d’une plus grande légitimité démocratique.

Voici le lien vers le dossier du Monde : Au cœur du CETA.

Lire aussi : Je suis patron et contre le CETA (« Walter Feltrin, administrateur délégué ABM-TECNA est opposé au traité. Pour lui, les promesses et bénéfices juteux pour les PME ne sont que poudre aux yeux » : cette carte blanche a été publiée sur le site du journal Le Soir le 25 octobre passé.)

Nicolas Hulot à Liège

On n’a pas oublié son film documentaire intitulé « Le Syndrome du Titanic ». On n’a pas oublié sa volonté de se lancer dans l’arène politique en 2011. Les deux fois, ses attentes ont été cruellement déçues, mais Nicolas Hulot reste une personnalité qui compte dans le paysage médiatique français. Beaucoup regrettent sa décision de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2017, alors qu’au printemps, sa popularité était supérieure à celle de Macron, à celle de Juppé. Lui, il a cessé de croire en sa capacité de réenchanter la politique. Il ne se sent pas taillé pour les petits meurtres entre amis. Sa candidature aurait fait grincer des dents.

Ce jeudi 3 novembre, Nicolas Hulot sera l’invité de l’Université de Liège.  Lui qui, il y a quelques jours, déclarait que « refuser le Ceta, c’est donner une chance à l’Europe », il se sentira peut-être un peu chez lui, en Wallonie. Il donnera une conférence au Théâtre de Liège à 18h30. L’événement, prévu depuis longtemps, est lié à « la création de l’Observatoire HUGO de l’Université de Liège, première structure de recherche spécifiquement dédiée à l’étude des migrations environnementales ».

La conférence est gratuite mais toutes les places ont déjà été réservées.

A chacun ses a priori

Un accord a été trouvé sur le CETA. Mais le débat n’est pas clos. Les autorités wallonnes ont usé de leur pouvoir pour dénoncer les dérives du libre-échange. On peut leur reprocher d’en avoir trop fait, ou pas assez, mais chacun aura eu l’occasion de mieux s’informer sur les enjeux de ce traité, en attendant ceux qui vont suivre. On a eu droit aux arguments des uns et des autres, et pas seulement à des invectives. A ce propos, nous nous faisons un devoir de signaler le texte à charge que Jules Gheude a publié hier sur le site de la RTBF.

En voici le lien : Paul Magnette et le CETA, un incroyable gâchis.

La Belgique et la Wallonie en pleine lumière

En soi, l’enjeu du CETA dépasse largement celui de la politique locale ou régionale, mais il fallait que s’exprime une volonté politique.

Il y a d’abord eu le Parlement wallon qui, très tôt, s’est saisi du dossier. Puis ce fut l’heure de Paul Magnette : en sa qualité de Ministre-Président de la Wallonie, il a montré à l’Europe et au Canada que la position de son parlement méritait qu’on s’y attarde. A présent, les opposants au CETA comptent sur la Wallonie et ils le font savoir. Un peu partout en Europe, et même au Canada, le citoyen ordinaire commence à se poser des questions. C’est peut-être une vague qui monte et l’amorce d’un retournement. Et voilà que le Parti socialiste, avec Elio Di Rupo à sa tête, s’engage à fond dans ce combat qui lui donne une nouvelle raison d’exister.

En soi, l’enjeu du CETA dépasse largement celui de nos querelles communautaires, mais ce dossier est potentiellement explosif pour les relations entre la Flandre et la Wallonie, et nous devons ici nous réjouir que la Wallonie ait choisi d’affronter son destin. Ce qu’il faut prendre en considération, ce n’est pas seulement la fin annoncée de l’Etat belge mais aussi la façon d’en sortir, sachant que la N-VA dit clairement vouloir pourrir la vie des Wallons pour les pousser à demander le divorce aux conditions qu’on leur imposera. Sur ce coup-ci, la Wallonie fait mieux que se défendre. On n’est plus au temps de la Question royale, évidemment, mais l’esprit de résistance est à nouveau là.

Nous ne pouvons pas nous empêcher de relier ce dossier, qui met la Belgique et la Wallonie en pleine lumière, à la situation particulière d’un pays qui n’en est plus vraiment un. Aux yeux de Jacques LENAIN, qui est français, ce qui se passe actuellement révèle la vraie nature de la Belgique aujourd’hui. Voici son analyse :

Cette affaire du traité CETA UE/Canada est une manifestation de plus de l’inconsistance structurelle de l’Etat central belge, après cette autre preuve que fut la COP 21 (où la Belgique ne put apporter sa contribution « commune » chiffrée à la réduction des gaz à effet de serre). Une preuve de sa décomposition continue. Du caractère déjà « confédéral » de l’entité belge, une entité qui ne se commande plus elle-même, qui est commandée par ses membres (certains se souviendront que j’ai exposé les quatre phases historiques et chainées du « confédéralisme » belge en décembre 2014 (« confédéralisme » culturel, puis politique, puis institutionnel puis enfin financier ; voir sur mon site ma dernière note : Le Projet d’Intégration-Autonomie, un projet pour la Wallonie et Bruxelles avec la France. Du nécessaire au possible).

Ni la Californie, ni la Bavière, ni la Lombardie, ni la Catalogne ni l’Ecosse, ni le Québec, ni aucune entité fédérée de quelque État, État belge excepté, ne peut empêcher son État central de signer un traité international, dans quelque domaine que ce soit. Alors que chacune des six entités fédérées belges le peut, une situation unique au monde ! Un fait stupéfiant pour le monde entier car il dévoile le caractère résiduel de l’Etat belge, de son absence de substance, de la superficialité de sa souveraineté interne et internationale. Et surtout un fait annonciateur inéluctable de sa future disparition, dont seule l’échéance nous reste inconnue (ainsi que certaines de ses modalités).

Magnette dit que la Wallonie a le même pouvoir constitutionnel qu’un État membre de l’UE. C’est à la fois vrai et faux, constitutionnellement et politiquement. C’est vrai car c’est le pouvoir de dire « non » (au moins pendant un certain temps…). C’est faux car ce n’est pas celui de dire « oui », puisque la Wallonie, comme la Flandre (et chaque autre entité fédérée belge, dans son domaine de compétence, ne peut négocier ni signer, seule, le moindre traité international (malgré ce que semble autoriser la constitution belge…). Au grand regret des nationalistes flamands, qui veulent l’indépendance sans oser la faire (à cause de leur refus de perdre Bruxelles) et des ultra-régionalistes wallons, qui veulent l’autonomie maximale sans en avoir les capacités ni les moyens (notamment financiers). Deux forces antagonistes qui, à leur insu, se ressemblent de plus en plus en ce qu’elles participent désormais, l’une comme l’autre, chacune à sa manière, au minage des dernières structures belges ! Voilà une contradiction insurmontable pour les dirigeants wallons, une contradiction croissante, une mine de plus sous les pas du PS « francophone », obligé de se gauchiser pour conserver son électorat afin de rester au pouvoir, et, alors même qu’il fait tout pour conserver la structure protectrice belge aussi longtemps que possible, pour simplement gagner du temps, faute de disposer de la moindre stratégie alternative pour protéger la Wallonie de l’étranglement financier progressif engagé par la « sixième réforme », en vient, à son tour, à saboter lui-même cette structure pour servir cette « gauchisation »! Ce n’est pas seulement à la « communauté internationale » que Magnette parle ainsi : il parle aussi à la Flandre, et comment ! Et les dirigeants flamands n’aimeront pas jouer longtemps à « qui perd gagne »… (Jacques Lenain)

Bientôt Walloween et la chasse aux sorcières

La Wallonie dit non au Ceta. La Wallonie, l’impudente, cette « région pauvre où on parle français », pourrait bien faire capoter le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Et mettre au frigo le fameux TTIP avec les Etats-Unis. Plus cette éventualité se confirme et plus la pression monte, avec la colère et les menaces. Mais pour tous ceux qui dénoncent le caractère antidémocratique, antisocial, anti-environnemental de ce traité, la Wallonie apparaît comme une dernière chance.

Cela pourrait bien être un fait majeur dans la construction d’une identité wallonne. Car il ne suffit pas d’ânonner des leçons sur l’esprit de résistance et l’engagement démocratique. Il faut les mettre en pratique. Il semblerait que les autorités wallonnes aient choisi de faire entendre une voix discordante et citoyenne. On ne les a pas toujours connues aussi résistantes et engagées, mais elles ont tout à coup pris de l’épaisseur et les voilà projetées dans la lumière de l’histoire.  Une majorité de Wallons s’associent à cette volonté de ne plus accepter tout et n’importe quoi au nom de l’Europe et de l’ouverture au monde.

Bientôt Walloween et la chasse aux sorcières… Mais « La gauche ne meurt jamais » : c’est la profession de foi de Paul Magnette.

Kroes, Barroso, Van Overtveldt

Cela nous rappelle Michael Moore et son Capitalism : a love story.

L’Europe vendue à l’argent, c’est un peu l’impression qu’on avait déjà, non sans quelque dépit, mais on n’osait pas imaginer que c’était à ce point-là. Et voilà qu’on apprend que « l’ancienne commissaire européenne à la Concurrence Neelie Kroes, chargée à ce titre de surveiller le monde des affaires, a été directrice d’une société aux Bahamas pendant son mandat, et ce au mépris des règles européennes ». Et voilà qu’on apprend aussi que celui qui dirigeait alors la Commission européenne, le transparent Manuel Barroso, était comme d’autres un affidé de la banque Goldman Sachs, dont les dirigeants « faisaient parvenir au cabinet de Barroso de manière confidentielle des propositions sur des changements à apporter aux politiques de l’Union européenne ».

Evidemment, des « propositions », ce ne sont pas des ordres, mais quelle idée Barroso se faisait-il de son rôle à la tête de l’Union européenne ? Au-delà d’un idéal européen totalement dévoyé, c’est carrément la démocratie qui est foulée du pied. Reconnaissons toutefois que l’Europe ne peut pas être accusée de tous les maux, puisqu’elle dépend largement de la volonté de ses Etats membres. A ce sujet, il n’est pas inutile de rappeler ce qui suit. Cette information a été publiée le 18 juin 2016 sur le site du journal L’Echo.

La directive contre l’évasion fiscale bloquée par la Belgique

La Belgique a empêché la conclusion d’un accord clé sur la lutte contre l’évasion fiscale. L’Europe est suspendue aux lèvres de Van Overtveldt: s’il ne dit rien d’ici lundi minuit, le texte sera adopté.

Le gouvernement belge peut-il se permettre d’empêcher l’Europe d’accomplir son premier pas dans la lutte contre l’évitement fiscal ? Personne ne veut y croire, mais l’attitude que le ministre des Finances belge Johan van Overtveldt  a adoptée à Luxembourg vendredi pose question. À la surprise générale, la réunion de l’Ecofin  n’a pas accouché d’un accord sur la directive anti-évasion fiscale.

En cause : des règles ciblées sur la limitation des intérêts que la Belgique serait forcée de revoir. Alors que tout le monde autour de la table s’accordait sur une période de transition de cinq ans, le siège belge a fait de la résistance : impossible pour nous d’accepter un échéancier. « Pour les autres, c’est inacceptable parce que cela permettrait deux systèmes différents en parallèle pendant une période indéterminée, ce qui mènerait simplement à de la planification fiscale », a expliqué le président de la réunion, Jeroen Dijsselbloem (Pays-Bas). Le délai de cinq ans, c’était déjà « un compromis énorme » pour certains a souligné le Néerlandais.

La Belgique s’est donc vue accorder un temps de réflexion: si elle ne se manifeste pas d’ici lundi minuit, l’accord sur la directive anti évasion fiscale sera adopté par le Conseil. Ce sera un premier pas important dans la lutte contre l’érosion fiscale, même si le texte initial proposé par la Commission a été significativement affaibli. L’accord en suspens prévoit notamment une imposition à la sortie pour l’entreprise qui transfère ses actifs vers un pays à faible imposition. Il plafonne le montant des intérêts que le contribuable a le droit de déduire. Il prévoit aussi une clause anti-abus générale, qui permet aux États de prendre d’autres dispositions pour s’adapter à de nouveaux dispositifs fiscaux agressifs. « Nous venons d’une époque où les États membres se livraient à une très forte concurrence fiscale et nous allons vers une ère de coordination et de standards internationaux », résume Jeroen Dijsselbloem. Mais l’effet concret de telles mesures est difficile à prédire, admet le ministre néerlandais, qui se dit convaincu qu’il sera important. « Je ne crois pas que les entreprises vont cesser leur planification fiscale, mais elles vont certainement l’ajuster. »

Reste que pour l’heure, « nous sommes là entre les mains de nos amis belges… », constate le ministre Luxembourgeois Pierre Gramegna. Parmi les déçus du jour, le commissaire français Pierre Moscovici, qui a initié le texte en janvier. Il était arrivé à la réunion « confiant » dans la conclusion d’un accord vendredi: « Nous ne pouvons pas nous dérober à cette volonté citoyenne de voir les entreprises se conformer à une éthique fiscale à laquelle les gens ordinaires se conforment. » La procédure d’approbation tacite suit son cours. La Belgique a jusqu’à lundi minuit pour lever le petit doigt.

RAPPEL : ANNULATION DE CONFERENCE

Je lis dans le n° de septembre 2016 du trimestriel « 4Millions7 » l’annonce de la conférence-débat reprise ci-dessous. Je ne voudrais pas que des citoyens prennent le chemin de Lodelinsart ce soir pour constater  que cette conférence-débat a été annulée dès le 20.09.16 suite aux problèmes qu’ont rencontrés Hendrik VUYE et Veerle WOUTERS avec leur parti.

Paul D.

Communiqué de presse de l’AWF du 20.09.16

En accord avec Monsieur Hendrik VUYE et Madame Veerle WOUTERS, tous deux députés N-VA. , ainsi qu’avec Monsieur Jean-Claude Van Cauwenberghe,

l’ALLIANCE WALLONIE FRANCE a décidé de reporter la conférence-débat prévue pour le 5 octobre 2016 à LODELINSART.

Il s’agissait d’entendre, à titre d’information, les positions de la N-VA sur le confédéralisme tel qu’envisagé par ce parti et d’en débattre avec les citoyens qui nous auraient fait l’honneur de venir nous rejoindre.

Vu les mouvements en cours ces derniers jours au sein de la N-VA, ils nous a paru plus sage de reporter la discussion à une date ultérieure.

L’AWF, mouvement citoyen pluraliste, maintient sa volonté de dialogue avec toutes celles et ceux qui se préoccupent de l’après-Belgique, qu’ils soient Wallons, Bruxellois ou Flamands.

Toute nouvelle manifestation sera annoncée sur ce site.

Charleroi, le 20 septembre 2016.

Paul Durieux                                        G-H SIMONIS

Président de l’AWF                         Administrateur                                                                            pour Charleroi

Voici ce qu’on pouvait lire aujourd’hui sur le site du « Vif-L’Express » :

Les déboires d’Hendrik Vuye et Veerle Wouters ne sont pas finis : ils débattront bientôt avec Jean-Claude Van Cauwenberghe

20/09/16 à 11:13 – Mise à jour à 16:23

Source: Le Vif

Le régionalisme est-il un ciment ? A moins que le statut de paria ne fédère ? La Ruche Verrière, à Lodelinsart, dont l’ASBL de gestion est présidée par l’ancien échevin des sports carolos Claude Despiegeleer, aura somme toute des allures de refuge pour politiques aux abois, le 5 octobre prochain, à partir de 18h30.

Les déboires d'Hendrik Vuye et Veerle Wouters ne sont pas finis : ils débattront bientôt avec Jean-Claude Van Cauwenberghe

Jean-Claude Van Cauwenberghe. © Belga

La Ruche, vénérable écrin édifié par les verriers à l’aube du siècle dernier, accueillera un débat organisé par les rattachistes de l’Alliance Wallonie France.

La conférence sera animée par un ancien bourgmestre de Charleroi et ministre-président wallon, et pas n’importe lequel : Jean-Claude Van Cauwenberghe. Deux députés fédéraux, et pas n’importe lesquels, viendront exposer le projet de leur parti -pour autant qu’ils ne l’aient pas quitté d’ici là, et pas n’importe lequel, pour la Belgique : il s’agit d’Hendrik Vuye et Veerle Wouters.

Comme s’ils avaient déjà synchronisé leurs agendas communautaires, les trois participants, le monsieur loyal wallon et ses deux invités flamands ont vécu un lundi difficile. Alors que, le matin, les deux flamingants se faisaient suspendre du bureau de leur parti, le soir, le wallingant se faisait rudoyer par ses camarades du comité fédéral de l’arrondissement de Charleroi. Amer signe des temps : c’est son ancien échevin Jean-Pol Demacq, et son ancienne collaboratrice ministérielle Latifa Gahouchi qui se sont montrés les plus circonspects devant l’initiative de Van Cau.

Wallonie schizophrène

Être ou ne pas être… Notre époque est de nature à susciter un tas de questions existentielles.

En Wallonie peut-être un peu plus qu’ailleurs.

Ce sont les fêtes de Wallonie. Les médias francophones ont rappelé combien les Wallons sont attachés à la Belgique. Aux yeux des Wallons, les tensions communautaires ne sont que des jeux politiques insignifiants, elles ne disent rien du « pays réel ». Pourtant, ces mêmes Wallons sont de plus en plus nombreux à sanctionner le parti d’Elio Di Rupo, qui aurait concédé trop de mesures antisociales à la Flandre (alors même que celle-ci était minoritaire au gouvernement, ce qui a radicalement changé). Une part significative de la Wallonie se cramponne à une politique de gauche autant qu’à un état belge de moins en moins solidaire essentiellement contrôlé par une Flandre au profil très à droite et très flamand. Plus la Belgique se détricote et plus on voudrait s’y sentir au chaud et plus on la fantasme. Wallonie schizophrène qui chérit la Belgique au-dessus de tout mais accuse le gouvernement fédéral de vouloir « mettre la Wallonie un genou en terre ».

Ce sont les fêtes de Wallonie et on a le droit d’être un peu fou.

Cela mange et cela boit mais la Wallonie existe ailleurs que dans un verre de pékèt, on vous l’assure et on va le prouver, quitte à fâcher la Flandre ou à réjouir sa frange indépendantiste, quitte à désobéir aux instances européennes, dont la politique n’est pas du tout sociale et protectrice et efficace. Ainsi monte et monte la parole de Paul Magnette, chef du gouvernement wallon mais aussi bourgmestre en titre de Charleroi. La Wallonie existe au moins dans les discours. Fini de tout accepter. La fermeture de Caterpillar-Gosselie pose encore une fois la question du pouvoir des Etats dans un monde globalisé dominé par les marchés financiers. A quoi peut servir la politique si le vrai pouvoir est ailleurs ? Que représente la Wallonie ? Et que représentent ceux qui la représentent ?

Force est de constater que de grands partis de gauche ont accompagné cette évolution qui les place aujourd’hui dans un inconfort croissant. Aveuglement, posture schizophrène : on ne peut pas vouloir tout et son contraire. Mais l’enjeu de la mondialisation dépasse évidemment la Wallonie et le Parti socialiste. Au cœur du problème, il y a la place laissée à la politique, à la démocratie, aux citoyens.

Voici ce qu’on pouvait lire hier sur le site Atlantico.fr, un site d’information généralement catalogué « à droite ». Les personnes interrogées, Xavier Timbeau et Sylvie Matelly, sont des experts en analyse économique. Ils ne se sont pas exprimés sur le cas particulier de la Wallonie mais on peut au moins retirer une chose de leurs propos : dans la nouvelle configuration du monde, la Wallonie ne s’en sortira pas toute seule. On le savait. (G.R.)

Morceaux choisis :

Atlantico : Quel est véritablement le pouvoir d’un Etat dans l’économie du XXIe siècle ?

Xavier Timbeau : La globalisation est l’histoire de la remise en cause des pouvoirs des Etats dans l’économie du XXIème siècle. Ce qui peut être fabriqué ailleurs dans de meilleures conditions de coût, de sécurité juridique, d’accès au marché le sera. Les Etats sont donc en concurrence pour attirer la production. Pourtant ils gardent de nombreux instruments, de la production de réglementations à la fourniture d’infrastructures ou d’une main-d’œuvre qualifiées.

La fiscalité est aussi centrale, d’autant que si la production des biens matériels peut être délocalisée, la vente et les services associés sont encore presque complètement liés au territoire de consommation. Seuls quelques services dématérialisés échappent à cette contrainte. Le pouvoir des Etats dépend en fait beaucoup de leur taille et plus précisément de la taille de leur marché (…). La construction européenne est une tentative, pas encore aboutie, pour que ce pouvoir contesté des petits Etats soit reconstruit au niveau d’un ensemble d’Etats. Lorsque la Commission Européenne demande à l’Irlande de taxer Apple rétrospectivement de 13 milliards d’euros d’impôts sur les bénéfices, elle traite à fois des grandes entreprises dans la globalisation et leur capacité à échapper au pouvoir coercitif des Etats et aussi de la concurrence (fiscale) entre les Etats. 

Sylvie Matelly : La question n’est pas tant celle d’un Etat dans l’économie du XXIe siècle car dans l’absolu il peut tout faire, ce sont des choix politiques. La limite est posée par les engagements de cet Etat d’une part et l’insertion de l’économie nationale dans l’économie globale d’autre part. (…) Une économie qui est fortement dépendante de financements extérieurs, qui attire les investissements étrangers, qui commerce beaucoup avec le reste du monde (exportations et importations) n’a pas intérêt à s’exonérer du respect des règles libérales qui régissent cette économie globale.

A. : Peut-on dire que les dirigeants ont laissé le pouvoir, en laissant de côté certains de leurs pouvoirs, ou s’agit-il de contraintes réelles, conséquences de la mondialisation ?

X. T. : La mondialisation a bousculé en profondeur les Etats sociaux-démocrates. D’abord, la mutation économique qu’elle a déclenchée a fait des gagnants (les consommateurs, les producteurs à haute valeur ajoutée, les plus qualifiés) mais aussi des perdants. Les compenser ou les accompagner est difficile sans leur donner le sentiment qu’ils ne deviennent dépendants. Ensuite, tout le monde est exposé aux chocs planétaires. (…) Face à ces chocs, les Etats doivent apporter une assurance mais il devient difficile de le faire pour les petits Etats très ouverts. (…) Les petits Etats sont à la peine dans cette mondialisation pour assurer ces fonctions. Enfin, la mondialisation pose frontalement la géographie de la production. Si la division du travail implique la spécialisation, la spécialisation d’un petit territoire peut poser beaucoup de problème comme la correspondance entre la qualification de la main-d’œuvre et le tissu productif ou l’exposition à des chocs lorsqu’on est trop spécialisé. L’Etat stratège au XXIème siècle c’est celui qui s’insère dans la mondialisation mais qui diversifie ses spécialisations tout en organisant la redistribution nécessaire (soit des productions, soit des revenus) entre les territoires.

S. M. : La question de la politique industrielle est une vraie question, souvent posée ces dernières années et pas seulement en France. Sauf qu’une politique industrielle, c’est une réelle stratégie, avec des objectifs et des enjeux, des moyens financiers et humains etc. pas des réactions au cas par cas en fonction des polémiques et scandales. Pourquoi vouloir maintenir des compétences industrielles nationales? Cette question est fondamentale et la réponse n’est jamais fournie par les décideurs politiques. Ce peut être pour des raisons stratégiques (conserver des savoir-faire importants pour préserver notre souveraineté nationale, préserver un système national d’innovation en maintenant les bureaux d’études d’entreprises de pointe par exemple), pour des raisons sociales (préserver l’emploi dans certains bassins d’emplois sinistrés – il n’est d’ailleurs pas dit que le meilleur moyen d’y parvenir soit en maintenant les entreprises qui y rencontrent des difficultés… une politique d’aménagement du territoire peut aussi être une forme de politique industrielle !), pour des raisons politiques, culturelles ou autres. Tout cela relève toutefois plus d’un choix politique qu’économique ! (…)

A. : Outre sa mission d’encadrant et son rôle de protecteur, de quels outils l’État dispose-t-il pour assurer aussi bien que faire se peut une mondialisation participant au bien commun ? Quels sont les dispositifs les plus efficaces pour faire face aux défis de demain ? 

X. T. : La question des outils est centrale. Les petits Etats n’ont souvent pas beaucoup de choix ouverts (…). La collusion d’Etats est le moyen de définir ses propres règles quant aux échanges, quant à la fiscalité, aux normes ou encore les choix stratégiques que l’on veut suivre. Prenons un exemple. Si un petit Etat veut participer à la production d’avions dans la compétition mondiale, il sera contraint d’être moins cher, et de prendre moins de risque d’innovation. Il ne pourra pas user de la commande publique pour soutenir son champion national sans risquer d’être capturé par les actionnaires de ce producteur. Un grand pays (ou une collusion d’Etats), pourra dicter ses conditions en matière de concurrence déloyale (en bloquant son immense marché s’il pense qu’il y a subvention indue), de normes, de sécurité. Il pourra organiser une commande publique (en favorisant les producteurs nationaux) en ménageant la concurrence sur son territoire plus grand. Il risquera moins d’être capturé et en même temps pourra diversifier les risques d’innovation. Au final, il aura les moyens d’une stratégie de long terme sans risquer de tomber dans l’inefficience.

S. M. : Le rôle de l’Etat dans un monde global est clairement à redéfinir. Les politiques économiques classiques fonctionnent mal, se révèlent coûteuses (politique budgétaire) ou risquées (politique monétaire). Même le rôle protecteur de l’Etat est discutable au vu de l’ampleur des inégalités et/ou des niveaux de chômage. Pour autant, une économie sans Etat c’est encore plus d’inégalités, des crises etc.

L’Etat doit déjà fixer des règles et un cadre et faire respecter ces règles. Cela paraît une évidence mais la tendance a été plutôt à la suppression d’un certain nombre de régulations jugées pénalisantes ces dernières années (…).

Le contexte est également important. L’Etat peut financer des infrastructures, routes, autoroutes, connexions et réseaux dans les régions isolées etc. Regardez l’impact positif qu’a pu avoir le TGV ou la fibre dans certaines régions françaises. Enfin, l’Etat doit continuer à assurer son rôle de protecteur (c’est un amortisseur social), mener une politique industrielle etc. mais il a dans un monde global un impératif de résultats. Il doit donc savoir pourquoi il le fait, comment il le fait et s’adapter au cas par cas en fonction du contexte. La limite de cela relève probablement du fait que le temps politique ne coïncide jamais avec le temps économique…

Au Canada, la paix linguistique menacée

Lu ce 3 septembre sur le site de « Impératif français » :

Cet avertissement sérieux d’une paix linguistique menacée par le non-apprentissage du français provient de nul autre que le chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, M. Michel Leblanc.

Alors que l’anglicisation des jeunes francophones au Canada atteint 55 %, le taux d’exclusion, d’unilinguisme béat, d’incapacité de parler français chez les jeunes anglophones serait de 87 % ! Le Québec et la francophonie canadienne, le français, langue officielle canadienne, n’existent pas. Le Canada est anglais.

Le député libéral de Mont-Royal, Anthony Housefather, « fait remarquer que le Québec avait du mal à retenir les anglophones »  (ou allophones), et il ajoute : « Nous devons trouver des moyens pour encourager les jeunes anglophones (et allophones) à se sentir bien au Québec pour qu’ils y restent. »

Pourtant des cours de français, il s’en donne! Le français est langue officielle du Canada et du Québec, la langue commune de la diversité québécoise, langue commune d’usage public, langue de travail…

Pour en savoir plus sur les pratiques d’exclusion canadienne, lire : La Presse canadienne : Des inquiétudes soulevées sur le bilinguisme (des anglophones) au Canada.

Commentaire de l’AWF : cet article rejoint les préoccupations de notre ami Cédric CHOPIN qui me faisait découvrir dès 2014 le livre de Diane FRANCIS, « MERGER OF THE CENTURY » dont la page de couverture indiquait : « pourquoi le Canada et l’Amérique pourraient devenir un seul Etat ». Elle ajoutait : « Une fusion entre les Etats- Unis et le Canada pourrait faire doubler la taille de l’économie canadienne ».
L’Empire américain et son allié anglais fort de son Commonwealth avancent leurs pions en douceur. Il serait plus que temps que la francophonie renforce non seulement ses liens culturels mais aussi et surtout ses synergies économiques avec tous les Etats de la francophonie.
Ce livre n’a, à ce jour, pas été traduit en français. Je lance un appel à un parfait bilingue français-anglais qui pourrait se lancer dans sa traduction et l’invite à se mettre en rapport avec moi pour étudier les modalités de notre collaboration.
La promotion du français sur le continent américain est important pour la francophonie. Elle est un enjeu capital qui doit nous intéresser au plus haut point.
 Paul Durieux
 
* Jonathan WHEELWRIGHT, responsable de l’association « United North America » a bien compris l’intérêt d’imposer l’anglais au Canada (Québec compris).

L’Écosse relance le débat sur l’indépendance

On n’oublie pas que la construction européenne est liée à la guerre froide et à la promotion d’un modèle économique autant que politique. Réconciliation franco-allemande, oui, certainement, mais sous les auspices du monde anglo-saxon. Néanmoins, si l’Europe apparaissait comme un idéal, c’est parce qu’il s’agissait de faire vivre ensemble, en parfaite harmonie, des peuples que l’histoire avait souvent frottés les uns aux autres. Et si elle apparaissait comme une nécessité, c’est parce qu’elle avait pour vocation de permettre au « Vieux continent » de conserver une position forte sur la scène mondiale. Il y a de quoi déchanter. Qu’une partie croissante de l’opinion européenne ait le sentiment d’avoir été trompée sur les objectifs réels de l’Union européenne, celle-ci apparaissant comme une simple étape sur le chemin de la mondialisation capitaliste, cela ne signifie pas que l’on doive renoncer à l’Europe. Au vu de ce qu’est le monde aujourd’hui, de ce qu’il sera, nous avons besoin d’une Europe plus forte, plus politique, plus démocratique, plus sociale. Moins dépendante de nos partenaires anglo-saxons… ou des capitaux venus de Chine et de la péninsule arabique. (G.R.)

Lu ce 2 septembre sur le site du magazine 7 sur 7 :

La Première ministre d’Ecosse et leader nationaliste Nicola Sturgeon a lancé vendredi une nouvelle initiative, sous forme de consultation, en faveur de l’indépendance de la nation septentrionale du Royaume-Uni, estimant les intérêts des Ecossais menacés par le Brexit.

Alors que le Royaume-Uni a voté à 52% pour quitter l’UE lors du référendum du 23 juin, l’Écosse s’est prononcée elle à 62% pour un maintien dans le giron européen et Mme Sturgeon ne cesse depuis de répéter que l’option d’un nouveau référendum d’indépendance, après celui de septembre 2014, est « sur la table ».

« Les intérêts de l’Écosse sont menacés »

« Les intérêts de l’Ecosse sont menacés », a-t-elle déclaré lors d’un discours à Stirling, un lieu symbolique puisque William Wallace, héros et symbole de l’indépendance écossaise, y remporta une bataille historique contre les Anglais en 1297.

Brexit « contre son gré »

Le Brexit, a-t-elle développé, conduira non seulement l’Ecosse à sortir de l’UE « contre son gré », mais aussi à sortir du « marché unique ». « Je ne suis pas prête à rester là à regarder ce qui va arriver sans me battre », a ajouté Mme Sturgeon, également dirigeante du parti indépendantiste SNP (gauche).

L’Écosse et l’Europe

« Nous trouverons les moyens de protéger le mieux possible la place de l’Ecosse en Europe », a-t-elle dit en annonçant le lancement d’une grande consultation jusqu’à la fin novembre visant à toucher deux millions de personnes, pour une population d’environ 5,3 millions d’habitants.

Référendum

 Outre l’organisation de réunions publiques, les Ecossais seront invités à répondre à un questionnaire en ligne, et notamment à dire s’ils sont prêts à « soutenir l’organisation » d’un référendum d’indépendance pour « protéger les intérêts de l’Ecosse en Europe ».

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