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Jean-Pierre Chevènement, gaulliste avant tout

Jean-Pierre Chevènement était l’invité de l’émission « La voix est libre » sur France 3 Franche-Comté, samedi 4 octobre 2014. Il répondait aux questions de Jérémy Chevreuil. Chevènement 2Témoignage important de notre histoire contemporaine. D’une hauteur de vue remarquable. Sans aucun mandat, il veut se consacrer à la réflexion et l’apporter à ceux qui veulent bien l’écouter… Et ils sont nombreux. Respect pour celui qui se dit aujourd’hui plus gaulliste que mitterrandiste.

Alain Kerhervé

Verbatim :

Je suis allé au terme de ce que je pouvais faire comme parlementaire. J’ai été élu pour la première fois il y a 41 ans, en 1973. Mais Jean-Pierre Chevènement peut exister autrement qu’en étant sénateur ou député dans le paysage politique. Par conséquent, je continuerai à m’exprimer.

J’ai consacré l’essentiel de mon temps à l’action politique, mais une politique qui ne se séparait pas du combat des idées, par conséquent aussi à la lecture, à la réflexion. Je pense être resté fidèle à cette conception très ancienne de la politique, où on ne sépare pas son engagement politique d’une vision du monde. C’est un engagement de l’être tout entier au service de ses concitoyens, de son pays. Par conséquent, on ne se ménage pas. On lui accorde peu de repos.

Au moment où on approchait de la fin du septennat du général de Gaulle, l’idée de refonder la Ve République sur des bases de gauche, d’unir la gauche, avec un Parti Socialiste entièrement rénové (je suis l’un des principaux artisans du congrès d’Epinay), est enthousiasmante. Et cela a réussi. J’ai adhéré au Parti Socialiste en 1964. L’alternance avec François Mitterrand fonctionne en 1981. C’était un travail de patience, et je m’y suis pleinement investi, en rédigeant notamment les programmes du PS.

Sur l’accident d’anesthésie de Jean-Pierre Chevènement

Cet épisode a renforcé mon caractère, mais il ne l’a pas changé.

J’ai une bonne santé, c’est ce que les médecins m’ont dit, car j’ai surmonté une épreuve qui m’a été très difficile. Mon cœur s’est arrêté pendant 55 minutes. Il fallait ensuite récupérer. J’étais aussi très motivé. Je pense que cela m’a donné une certaine force.

Mes amis, qui sont des laïcs intransigeants, ne voulaient surtout pas que je sois miraculé d’autre chose, d’où l’expression « le miraculé de la République ». Le miracle devait s’être déroulé dans le strict espace républicain et laïc. C’est une plaisanterie !

J’ai vu la mort à deux ou trois reprises d’assez près dans ma vie. Pendant la guerre d’Algérie, je me suis fait arrêter en quelque sorte par une police supplétive, des gens qui n’avaient aucune formation, et je revois le pistolet mitrailleur appuyé sur mon estomac, avec la culasse en arrière, dans une position extrêmement dangereuse. Et heureusement, quelqu’un pousse un cri de l’autre côté. Et le « policier » occasionnel tend sa mitraillette dans la direction opposée. Donc je ne me suis pas fait prier, et j’ai pris la poudre d’escampette. C’était en juillet 1962, les premiers jours de l’indépendance de l’Algérie.

Sur les 3 démissions de Jean-Pierre Chevènement

En février 1983, j’avais une discussion avec François Mitterrand sur la politique industrielle, dont je lui réclamais les moyens. Quand je suis revenu au ministère de l’Industrie, les journalistes m’attendaient pour une conférence de presse, et m’ont demandé ce que je pensais de la négociation qui allait s’engager sur le maintien ou non de la France dans le Système Monétaire Européen. Et j’ai donc dit : « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ». Et j’ai ajouté que pour le moment je fermais ma gueule. J’ai démissionné du gouvernement le mois suivant.

Je n’ai pas quitté le gouvernement sur un choix mineur, ou des questions de susceptibilité, mais sur des questions majeures. L’accrochage du franc au mark allait déterminer toute la politique ultérieure de libéralisation.

J’ai démissionné une seconde fois pour protester contre la première guerre du Golfe en 1991. Je n’y reviens pas. On en voit aujourd’hui les résultats. Le Califat islamiste, c’est la conséquence de cette première guerre du Golfe, redoublée par une seconde, qui a détruit l’Irak, alors qu’on pouvait éviter cette guerre, je vous le certifie.

J’ai démissionné la troisième fois à propos de la question corse. Transférer le pouvoir réglementaire aux régions, c’est revenir à l’Ancien régime, où on changeait de loi plus souvent que de cheval, comme disait Voltaire en traversant la France ! Cela devient un pays éclaté, ce n’est plus la République. La République comporte une loi, qui est la même pour tous. L’idée que l’on puisse transférer, non seulement le pouvoir réglementaire, mais aussi le pouvoir législatif à la Corse, me hérissait.

Il faut dire non à des choses très importantes. J’aurais pu démissionner mille fois ! En 1988-89, quand j’ai vu qu’en application de l’Acte unique, on allait libéraliser les mouvements de capitaux, non seulement à l’intérieur de l’Europe mais aussi vis-à-vis des pays tiers, sans aucune harmonisation fiscale, croyez-moi, j’ai ouvert ma gueule en Conseil des ministres ! Mais j’étais le seul. Tous les arbitrages avaient été rendus. Par conséquent ça s’est fait, au 1er janvier 1990. Cette décision est fondatrice du capitalisme financier, dans la crise duquel nous nous débattons aujourd’hui. Peut-être que là j’aurais pu démissionner, et peut-être même l’aurais-je dû.

Sur les conséquences de la première guerre du Golfe

Si je raisonne dans le cadre de notre politique extérieure, de notre politique arabe, de notre politique au Moyen-Orient, oui, je considère que François Mitterrand a fait une grave erreur en participant à la guerre du Golfe. Il a retourné la politique qui était celle du général de Gaulle. Et pour moi, c’était très dur à supporter, parce que j’adhérais à cette politique.

La modernisation du monde arabe devait être encouragée, et pas les tendances les plus fondamentalistes.

On voit aujourd’hui le résultat : on a cassé l’Irak, qui était le verrou par rapport à l’Iran. On a ouvert la voie à Ben Laden et à Al Qaeda, et aujourd’hui les sunnites irakiens se sentent laissés pour compte, et se sont livrés au Califat islamiste.

Très franchement, je ne sais pas ce que sera la suite, mais nous n’avons pas fini de boire le calice jusqu’à la lie.

Sur les cycles politiques de longue période de la gauche

François Mitterrand à Epinay, a pris la tête du PS alors qu’il n’en avait pas la carte 24 heures auparavant, cela notamment grâce à l’aide du CERES. Mais il avait été le candidat de l’union de la gauche en 1965, et c’est cela qui lui avait donné une stature extrêmement attirante pour les couches populaires.

Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, beaucoup de choses ont changé. L’abolition de la peine de mort, la décentralisation, la retraite à soixante ans, les lois Auroux, une certaine démocratisation de l’enseignement… beaucoup a été fait. Mais il y a un retournement fondamental qui est intervenu au milieu des années 1980. L’ampleur de ce qu’on a appelé la « parenthèse libérale », qui ne s’est jamais refermée, l’ampleur de la conversion au libéralisme, la dérégulation appliquée non seulement en France, mais aussi en Europe et dans le reste du monde, est immense.

Il y a malheureusement des Français éminents, considérés en tout cas comme tel, Jacques Delors et un certain nombre d’autres technocrates bien connus, qui ont joué un rôle tout à fait décisif au printemps 1983, et par la suite au moment de l’Acte unique, qui étend le néo-libéralisme a toute l’Europe, puis la monnaie unique, en 1992.

Soyons clairs : la gauche au pouvoir aujourd’hui n’est pas la même gauche. Nous ne sommes plus dans la même situation. La globalisation financière s’est installée, via l’Europe et en particulier le nœud français de 1983, par le ralliement de la Chine à l’économie de marché en 1979, et l’implosion de l’URSS en 1991.

La masse des capitaux, qui font ce que l’on appelle les marchés financiers, sont les arbitres de vie ou de mort des entreprises et des États. Nous sommes dans un monde très différent, et par conséquent, il faut imaginer une stratégie nouvelle, qui reste fidèle aux inspirations initiales.

Nous sommes dans un monde où il faut penser que la France soit un pays qui reste inspiré et voué à l’universel, voué à servir de pont entre l’Occident et les pays émergents.

Sur François Mitterrand

En 1979, François Mitterrand me reçoit à son domicile. Me raccompagnant, il se penche vers moi et me dit : « Vous savez Jean-Pierre, nous sommes d’accord sur tout, vous et moi. Mais malheureusement, à votre différence, je crois que, à notre époque, la France ne peut plus faire autre chose que passer à travers les gouttes ». C’est une des rares phrases que j’ai notée, parce que je pense qu’elle a bien symbolisé la politique de la France jusqu’à l’épisode de la guerre du Golfe.

François Mitterrand était un homme qui a commis des erreurs. Le traité de Maastricht en était une, et elle n’était pas mince ! Mais pour autant, c’était un homme tout à fait fascinant, qui avait un recul historique, une culture, qui impressionnait. Les hommes politiques d’aujourd’hui sont formés à une autre école.

Sur l’ENA

J’ai donné mon sentiment sur l’ENA en 1967 dans un petit livre, intitulé : « L’énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise »,  que j’ai écrit avec deux copains sous le pseudonyme de Jacques Mandrin. En fait, l’ENA c’est deux concours : un concours d’entrée et un concours de sortie. Il faut les réussir ! Mais entre les deux, ce n’est rien.

A l’ENA, je n’ai appris qu’à servir le vin ! C’est l’anecdote que je raconte pour faire rire : mon préfet, chez lequel je faisais un stage dans le Morbihan, m’avait appris à tourner le goulot de la bouteille, de telle manière que d’un coup sec, je pouvais éviter que la goutte ne tombe sur la nappe.

Sur quelques considérations liées à notre époque

Avec la mondialisation libérale, on trouve le triomphe de l’argent. Les gens sont mus davantage par l’envie de gagner de l’argent. C’est le règne de la pantoufle, du parachute doré. Il y a aussi l’instantanéité, le court terme qui s’est substitué à la réflexion de long terme.

Le système médiatique s’est profondément transformé. Il y a beaucoup plus de télévisions et de radios, les réseaux sociaux sont là… Chacun est en position d’être le valet de chambre de tous les hommes politiques que nous avons en activité !

Il n’y a plus de respect du secret de l’instruction, de la présomption d’innocence, de la vie privée. Je pense que c’est regrettable.

De Gaulle disait : « L’autorité ne va pas sans prestige, et le prestige ne va pas sans éloignement ». Aujourd’hui, l’éloignement n’est plus possible. Tout se diffuse, les conseillers parlent, les attachés parlent… Pratiquement, pour être sûr de garder un secret, il faut le garder pour soi-seul, et n’en parler à personne !

Sur la Russie et l’Ukraine

Pour faire l’histoire, il ne faut pas se mettre à la remorque des États-Unis. Prenons le cas de l’Ukraine. Je pense que l’histoire s’est passée d’une façon différente de ce qui nous est raconté. Je pense que les torts sont très partagés. On donne une description souvent outrée de la Russie d’aujourd’hui. La Russie d’aujourd’hui, ce sont des classes moyennes qui partent à l’assaut des aéroports. La Russie, ça change.

Sur Manuel Valls

Je pense que Manuel Valls a été un très bon ministre de l’Intérieur. Il a très bien compris le rôle de la règle : la règle protège, et la liberté écrase. Pour être un bon Premier ministre, il doit savoir que la République ne s’applique pas qu’à l’ordre public : la République, c’est aussi quelque chose qui doit intervenir dans l’ordre économique et social. Il pose à bon escient le problème de l’euro, qui est une monnaie surévaluée, qui nous plombe depuis trop d’années, qui a contribué largement à notre désindustrialisation.

Sur la campagne présidentielle de 2002

Je ne me suis pas préparé à être Président de la République ou Premier ministre. En 2002, mon intention était de créer un courant républicain qui pèse suffisamment sur la gauche plurielle.

Tout ce que j’ai dit reste juste, et les axes principaux de ma campagne, je peux les reprendre aujourd’hui à mon compte. Mais je ne me suis pas préparé à être Président de la République quand je le pouvais, c’est à dire au moment où j’ai été élu député, à l’âge de 34 ans. Si à ce moment-là, j’avais voulu me mettre dans la roue de François Mitterrand, je n’aurais pas fait le CERES, j’aurais caché mes dissentiments, je n’aurais démissionné en aucune circonstance. J’aurais alors peut-être pu devenir Président ou Premier ministre, mais ce n’est pas sûr. Et en agissant de la sorte, je me serais confondu avec la couleur de la muraille.

Je considère qu’il est très injuste de faire de moi le bouc-émissaire de la défaite du candidat socialiste, qui lui doit quand même beaucoup, par sa politique et par sa campagne, qui n’était quand même pas formidable. Et pourquoi avoir donné des parrainages à Besancenot ? Pourquoi n’avoir pas découragé Taubira qui était prête à se retirer ?

Lionel Jospin n’avait pas accroché quelques étoiles à son firmament. Je le lui ai dit sous cette forme en 2000. C’était un très bon Premier ministre, avec beaucoup de compétence, mais je pense qu’il n’avait pas la capacité de devenir Président de la République. Il n’avait pas la vision. Il avait été pour la Constitution européenne. Il avait été l’un des suppôts de Maastricht. L’expression « parenthèse libérale » est la sienne à l’origine. On ne peut pas dissimuler que nous avions deux lignes différentes. Ce n’est pas criminel !

Sur le Front National

Je n’ai pas du tout le même itinéraire que Marine le Pen. Sur des sujets fondamentaux, nous ne pensons pas du tout la même chose. Le problème aujourd’hui, c’est de savoir comment on desserre la contrainte monétaire. Ce que je propose est quand même plus fin que ce que propose Marine le Pen.

S’agissant de la République, je la crois fondée sur la citoyenneté. L’idée que l’on puisse distinguer un Français par son origine me fait horreur.

Il y a des gens qui se revendiquent de moi dans tous les partis politiques. Ma pensée a essaimé largement, et peu, je crois, au FN, parce que je suis un partisan ardent de la citoyenneté, que la France est naturellement un pays métissé. Je demande simplement à ceux qui veulent la nationalité française de respecter la loi républicaine, et l’esprit de la loi : se conformer à quelques usages raisonnables.

Je combats le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme, tout ce qui vise à ranger les Français dans une catégorie particulière. Je pense que quand on est citoyen français, on est citoyen français. Point final.

Pour Belfort

Avoir été maire de Belfort pendant plus ou moins 30 ans, c’est une charge, mais c’est d’abord un honneur. Belfort est devenue une ville universitaire. Le TGV, après 25 ans d’efforts, y arrive. Les fondements industriels ont été consolidés, et je n’y suis pas tout à fait pour rien. L’organisation territoriale a été modifiée. Nous avons répondu à la disparition de Bull par une stratégie : Technum. Il y a aujourd’hui, sur le site de Technum, autant d’emplois qu’il y en avait à l’époque de Bull et d’Alstom. Il a fallu intervenir constamment pour que le bateau reste à flot et continue d’avancer.

Sur l’avenir de la gauche

La vie politique procède par cycles de longue durée. La gauche reviendra quand elle se sera refondée intellectuellement, qu’elle aura pris la mesure du monde, qu’elle aura une nouvelle grille de lecture qui lui permettra de comprendre où elle se situe et où elle doit aller. J’œuvrerai pour ma part, dans les années qui me restent, à lui fournir ces clefs, à faire ce travail d’instituteur républicain, à montrer que la France reste un grand pays universaliste, qui peut tendre la main à tous, qui peut jouer un rôle pour construire une Europe européenne, peser dans le monde de demain entre les États-Unis et la Chine, défendre notre modèle social en le modernisant.

Je préside la Fondation Res Publica, qui en est à son 85ème cahier – un immense travail de fond y est fait par les meilleurs experts, dans tous les domaines. Je traduirai aussi cette œuvre sous la forme des livres que je vais écrire. Il y aura certainement quelque chose que je ferai sur la théorie de la République, qui me paraît un peu oubliée, pour montrer la cohérence du concept, sur le récit national, qui doit être vrai et non falsifié, pour redonner à la France l’estime de soi qui lui manque tellement, et puis construire un programme de Salut public !

Sur les questions de sécurité

Sauvageons et racaille, cela n’a rien à voir ! Sauvageons, c’est un arbre non-greffé. En utilisant ce terme, je pointais le défaut d’éducation. Racaille, c’est une expression choquante. J’ai tendance à penser qu’il faut toujours offrir une voie de rédemption. Je suis toujours pour des réactions très proportionnées. Sauvageon, ça n’a peut-être pas été compris, beaucoup ont été choqués car ils ont entendu « sauvage », mais ils ont fait des progrès en Français, puisque je leur ai expliqué ce que ça voulait dire !

Il y avait une très mauvaise conception de la sécurité à gauche. On se mettait toujours à la place des coupables, on était dans la culture de l’excuse. Tout cela faisait sûrement honneur au cœur tendre de ceux qui exprimaient cette vision, mais la réalité c’est qu’il y a une délinquance qu’il faut combattre. La sécurité est quand même l’un des premiers droits de l’homme et du citoyen.

Sur ces questions, il y a en fait une double démagogie : un angélisme de gauche, et une démagogie de droite, un catastrophisme qui ne paraît pas non plus très raisonnable. Il y avait 1000 personnes qui étaient tuées chaque année quand j’étais ministre de l’Intérieur, aujourd’hui c’est 600. On ne dit jamais les choses qui vont mieux. Quant aux chiffres… les policiers étaient astreints à en produire sous Sarkozy. Ils ne faisaient plus la police, ils remplissaient des formulaires pour faire des statistiques !

Sur de Gaulle, Mitterrand et Chirac

J’ai eu l’occasion de déjeuner avec le Président Chirac, qui m’a dit : « Il y a deux grands présidents, de Gaulle et Mitterrand. Moi je me sens plutôt mitterrandiste ». J’ai failli lui répondre, et je le fais devant vous, que moi je me sens plutôt gaulliste, car je sais ce que la France doit au général de Gaulle. Il n’y a pas d’équivalent à l’effondrement de 1940 dans notre histoire, et si la France continue, c’est grâce à de Gaulle. De Gaulle a aussi su trancher le nœud gordien de l’Algérie. Il fallait que l’Algérie soit indépendante.

J’admire de Gaulle comme étant le plus grand homme d’État français du XXe siècle. J’admire aussi François Mitterrand mais pour d’autres raisons. Et surtout, je suis attaché à l’homme qu’était François Mitterrand, plus qu’à ses choix politiques d’ailleurs, avec lesquels je me suis dissocié, de son temps.

Sur l’état de la gauche à Belfort

Le candidat que j’avais installé dans le fauteuil du maire de Belfort a changé de parti après sa défaite aux législatives. C’était un choix malheureux pour lui-même. Je me suis senti blessé dans la fidélité à ce qu’étaient nos idées communes. C’était une question de dignité et d’intérêt. Il avait une chance d’être réélu, en restant au MRC. Il a fait le choix inverse, il a divisé son camp, et il porte lui, et ceux qui l’ont débauché, la responsabilité de cet échec.

Mais je vous l’ai dit, je suis optimiste pour le long terme. La vague va et vient, et elle reviendra. La gauche refondée, républicaine, reviendra à Belfort.

FC Sochaux ou Eurockéennes ?

J’étais plutôt footballeur, j’étais ailier, mais il y a très longtemps.

Pour ce qui est du rock, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. La création des Eurockéennes doit tout à Christian Proust.

Il m’arrive d’aller au stade voir Sochaux ou d’aller au Stade de France.

J’ai quand même organisé, comme ministre de l’Intérieur, la Coupe du Monde de 1998 : croyez-moi, ce n’était pas de la tarte !

Sur l’association France-Algérie

Je suis Président de l’association France-Algérie. J’irai la semaine prochaine 4 jours en Algérie. Je suis très attaché à préserver le continuum entre ces deux pays. Il s’est passé beaucoup de choses entre la France et l’Algérie. J’essaye de maintenir des liens entre les sociétés civiles : un prix de cinéma, un prix littéraire…

Rédigé par Chevènement.fr le Dimanche 5 Octobre 2014

Francis Delperée creuse la tombe de la Belgique

Hendrik Vuye

Hendrik Vuye est professeur de droit constitutionnel aux Facultés Notre-Dame de la Paix de Namur et député N-VA. Il s’exprime sur le site du « Vif-l’Expresss »

02/10/2014 à 14:06

« Si je prenais le même genre de raccourcis que Francis Delpérée, je l’accuserais de grave atteinte aux droits de l’homme » a répondu Hendrik Vuye (N-VA) aux accusations du chrétien-démocrate.

Le baron-professeur Francis Delpérée (cdH) est un illustre inconnu en Flandre. Cependant, il est en train de se faire un nom en répétant régulièrement – uniquement en français, bien évidemment – que la N-VA est un parti raciste. Cette semaine, il s’est à nouveau laissé aller dans La Libre Belgique et sur Matin Première. Il déclame ses mots, comme nous le faisions en latin à l’époque, et radote sur la N-VA : « un parti belgophobe, europhobe, francophobe, bruxellophobe … raciste ! ». Il prononce ses mots en gesticulant comme un moulin à vent. Seule Joëlle Milquet le surpasse dans cette discipline.

Les déclarations de Delpérée ne sont pas de la petite bière. Qui accuse un autre de racisme à maintes reprises devrait réaliser la portée de ses mots. Delpérée accuse la N-VA d’un délit condamnable. Cependant, si Delpérée est convaincu de sa position, pourquoi ne porte-t-il pas plainte auprès du Centre de l »égalité des chances ? Cher Francis Delpérée, osez joindre le geste à la parole et portez plainte. Si vous ne le faites pas, vous admettrez enfin que vous réalisez que vous racontez des sornettes juridiques.

Attention, je ne reproche rien à Delpérée. Bien au contraire. Dans une démocratie, un parlementaire a le droit de se montrer rude. Il a le droit d’être grossier. Il a le droit de ne pas avoir pleinement conscience de la portée de ses mots. Il a le droit de radoter et de se montrer inintelligent, il a même le droit d’insulter d’autres politiques. Ce sont tous des droits dont Delpérée use sans compter. Grand bien lui fasse, même si ses déclarations sont particulièrement inintelligentes. Je suis démocrate, je respecte l’usage de Delpérée de son droit de liberté d’expression. Cependant, j’ai évidemment le droit de le contredire. Ce droit relève également de la démocratie et de la liberté d’expression.

Qui est derrière les paroles de Delpérée? Est-ce le professeur émérite en droit constitutionnel ou le politique ? Partons à la recherche d’un arbitre neutre, à savoir la Cour européenne des droits de l’homme, dont personne ne conteste l’autorité, pas même Francis Delpérée, même si je ne serais pas étonné qu’il le fasse. La modestie ne figure pas parmi ses principales qualités.

Que dit la Cour européenne des droits de l’homme à propos des partis politiques qui aspirent à l’autonomie ou même à l’indépendance ? Pour cette Cour il s’agit d’un objectif politique équivalent au libéralisme, au socialisme et à la démocratie chrétienne. Il n’existe pas de hiérarchie entre les courants politiques. En outre, la Cour a déjà jugé plusieurs fois que l’aspiration à une autonomie accrue et la défense des intérêts d’un groupe de population n’a rien avoir avec le racisme. Francis Delpérée, cela vous a-t-il échappé ? Qu’à cela ne tienne ! Je me fais un plaisir de le rappeler à mon collègue parlementaire.

Droits de l’homme

Selon la jurisprudence constante de la Cour européenne des Droits de l’homme, un parti politique a pleinement le droit d’aspirer à de nouvelles structures de l’état. La Cour estime également que l’aspiration à l’indépendance n’implique pas du tout qu’on appelle à la violence. Par conséquent, l’aspiration à l’autonomie ne peut être assimilée au racisme.

Si je prenais le même genre de raccourcis que Delpérée, je l’accuserais de grave atteinte aux droits de l’homme, car il néglige le débat politique libre, pourtant une valeur fondamentale de la démocratie. Cependant, ce serait le discréditer. Non, Delpérée est simplement un de ces Belges francophones unilingues qui ne se rend pas bien compte qu’il y a également des Flamands dans la Belgique actuelle. C’est un baron tricolore qui adore faire la leçon – en français évidemment – aux Flamands. La Belgique de Delpérée est celle de 1830, une Belgique où les barons francophones tenaient le crachoir et les Flamands baissaient respectueusement la tête. Cependant, ce temps est révolu depuis longtemps.

Avec ses déclarations, Delpérée creuse lui-même la tombe de la Belgique. Les Flamands n’acceptent pas de telles accusations. Elles sont politiquement fausses, scientifiquement malhonnêtes et crapuleuses sur le plan éthique.

Le portrait acide de l’économie allemande « en déclin »

Un ami attire notre attention sur l’article suivant.

Lu sur le site de Trends Tendances

27/09/2014 à 11:23

Source: Belga

« L’économie de ce pays est en échec. Sa croissance depuis l’an 2000 est plus faible que la moyenne européenne. Les salaires y ont progressé moins vite, et la pauvreté, en hausse, touche un enfant sur cinq ». Bienvenue en… Allemagne.

Ainsi démarre le portrait de la première économie européenne, dressé par l’économiste allemand Marcel Fratzscher, dans un ouvrage à paraître lundi. Au moment où le modèle allemand est encensé dans le monde entier, le président de l’Institut de recherches DIW, à Berlin, comme d’autres économistes de premier plan, veut en finir avec les clichés aussi flatteurs que « dangereux ».

Son pays est « en déclin » et « vit sur ses acquis », explique-t-il dans « Allemagne, l’illusion » (« Die Deutschland Illusion »).

Le revenu moyen d’un ménage allemand a baissé de 3% depuis l’an 2000. La baisse a même atteint 5% pour les 10% les plus pauvres, souligne-t-il.

Certes, l’Allemagne, considérée comme « l’Homme malade de l’Europe », il y a encore une dizaine d’années s’est redressée depuis la crise financière de 2009. Ses près de 200 milliards d’euros d’excédents commerciaux en 2013 témoignent d’une compétitivité exceptionnelle. Le nombre de chômeurs a chuté de plus de 5 millions en 2005 à moins de 3 millions aujourd’hui. L’amélioration des comptes publics a permis à la chancelière Angela Merkel d’adopter un projet de budget 2015 à l’équilibre au niveau fédéral pour la première fois depuis 1969 !

Mais tout cela ne doit pas occulter « les faiblesses fondamentales de l’économie allemande », notamment son « énorme manque d’investissements ». Ces derniers sont passés de 23% du Produit intérieur brut (PIB) au début des années 1990, à 17% aujourd’hui, nettement moins que la moyenne des pays industrialisés (20%).

Pour M. Fratzscher, « le déclin de l’économie allemande va s’accélérer si on ne change pas fondamentalement la politique actuelle ».

« La bulle Allemagne »

Après de mauvais indicateurs ces derniers mois, Olaf Gersemann, chef du service économique du groupe de médias Welt, voit aussi l’avenir en noir, dans un livre paru lundi dernier « La bulle Allemagne ». Pour lui, « L’Allemagne se proclame modèle du monde (…) mais l’orgueil précède la chute ».

Comme M. Fratzscher, M. Gersemann relativise les succès de son pays, qui, sur 20 ans, se classe 156e sur 166 pays pour la croissance. Et si le nombre de chômeurs a baissé de façon spectaculaire, le volume d’heures travaillées n’a pas progressé en Allemagne depuis 20 ans.

L’auteur démonte le mythe des réformes de l’Etat providence, menées au début des années 2000 par le chancelier Schröder, et qui ne sont « pas la raison du miracle de l’emploi en Allemagne ».

Les succès récents du pays viennent plutôt de sa puissante industrie automobile et de ses entreprises de machines-outils, parfaitement positionnées pour profiter de l’essor d’une vaste classe moyenne dans les pays émergents, notamment en Chine.

L’Allemagne a aussi profité de la flambée de consommation chez ses voisins où les salaires progressaient vite quand elle-même se serrait la ceinture.

Enfin, l’effondrement des naissances a « considérablement allégé la facture des ménages et de l’Etat », aubaine à court terme seulement. En 2050, l’Allemagne ne sera plus que la troisième nation d’Europe de l’Ouest, derrière la Grande-Bretagne et la France déjà passées en tête pour le nombre de jeunes scolarisés…

Les Belges s’exilent de plus en plus

Le premier reproche à faire à l’étude ci-dessous est qu’elle parle de Belges, notion qui aujourd’hui ne veut plus dire grand-chose. Connaître combien de Wallons, de Bruxellois et de Flamands décident de s’exiler en Europe et dans le monde serait d’un intérêt bien plus tangible.

bienvenue en FranceLe fait que la France soit la destination préférée des « Belges » expatriés (121 577 sur 461 516) nous permet d’affirmer qu’un grand nombre de Wallons et de Bruxellois de langue française ont choisi de vivre au pays d’Hugo. Il serait d’autre part intéressant de connaître le nombre de nos concitoyens qui ont renoncé à la nationalité belge pour embrasser la française.

Suivent assez logiquement les Pays-Bas dont le mode de vie et l’ouverture d’esprit doivent attirer nombre de citoyens flamands, l’Espagne et son soleil, l’Allemagne en mal d’une main-d’œuvre qualifiée, les Etats-Unis pour le rêve américain et Israël pour des raisons de sécurité évidentes.

Si nous considérons le rapport en nombre d’habitants de 1 à 6 entre les populations belge et française, nous pouvons conclure que l’attractivité de la France pour les Wallons et Bruxellois est bien supérieure à celle qu’exerce la Belgique pour les Français. Cette constatation va à l’encontre de ce que nous disent régulièrement les médias de France et de Belgique qui continuent à véhiculer l’idée que l’impôt belge est bien plus léger que le français, ce qui expliquerait le nombre important de Français qui ont élu domicile en Belgique dans les quartiers chics de Bruxelles ou non loin de la frontière.

Tout le monde n’est pas millionnaire et encore moins à la tête d’une fortune colossale. Rappelons une fois de plus que l’ensemble des classes moyennes et des classes moins favorisées a tout intérêt à être imposé en France plutôt qu’en Belgique.

Et si cette augmentation importante du nombre d’exilés belges était due à la situation politique belge qui reste des plus instables ?

Paul D.

Source: Belga

Le nombre de Belges habitant hors de nos frontières a atteint un niveau record, cette année. Avec 403.641 personnes inscrites à l’étranger, on peut constater une hausse de 22.189 unités par rapport à 2013.

Un nombre qui s’élève même à 461.516 si l’on tient compte des personnes non-inscrites dans ces pays, rapporte Sudpresse mercredi. La différence entre les deux représente « ces Belges dont on sait qu’ils habitent dans le pays, mais qui ne sont pas inscrits officiellement dans le poste », explique Joren Vandeweyer, du SPF Affaires étrangères.

Si l’on compare ce bilan à celui des années antérieures, on peut remarquer une hausse de 5,8% par rapport à la même période l’an passé. Mais c’est aussi 21% de plus qu’il y a 5 ans, et 37% de plus qu’il y a 10 ans.

Dans le classement des destinations privilégiées, les pays frontaliers occupent le top. La France arrive en tête. Elle accueille plus d’un quart des Belges (121.577) partis vivre à l’étranger. Suivent les Pays-Bas, l’Espagne et l’Allemagne. Les États-Unis, premier pays hors Europe de ce classement, occupent la cinquième position, avec 25.907 Belges. Israël clôture le Top 10, avec 9.907 Belges installés sur son territoire.

Bruxelles, une ville francophone

La Libre Belgique de ce jour attire l’attention sur un manifeste publié par la Ligue francophone et wallonne de Bruxelles, rappelant que « les associations culturelles communauté française W-Bwallonnes de la capitale… ont permis la création du FDF dont on célébrera d’ici peu le demi-siècle d’existence ».

Voici la fin de l’article signé Christian Laporte :

« A l’occasion de la fête de la Communauté française, la Ligue appelle à la remobilisation générale par la voie d’un manifeste qui repose sur trois réalités que ses promoteurs estiment « onbespreekbaar »…

« D’abord que « Bruxelles est une ville francophone à plus de 90 % dont les habitants, quelles que soient les origines, s’instruisent, travaillent et communiquent pour l’essentiel en français ». Une analyse guère partagée par les animateurs du mouvement citoyen bruxellois. Ensuite aux yeux des promoteurs du Manifeste, « Bruxelles est une Région à part entière et doit le rester quelle que soit la constellation institutionnelle future ». Enfin, « Bruxelles est la ville qui compte le plus grand nombre de Wallons d’origine et tout impose de maintenir une solidarité étroite entre Bruxelles et la Wallonie qui traduit la convergence de leurs intérêts et de leur communauté de destin ». La conclusion ? L’avenir de Bruxelles est dans une union étroite avec la Wallonie, « dans la Belgique si c’est encore possible, hors d’elle s’il le faut sous la forme d’une Fédération largement régionalisée pour respecter la personnalité de ses composantes ». Une Fédération « qui pourra continuer à développer et à approfondir ses liens naturels avec la France »… »

Pour lire et peut-être signer ce manifeste, cliquer ici.

L’heure solidaire

Hervé Gourdel, guide de haute montagne, était un homme particulièrement apprécié pour ses qualités humaines.

Hervé gourdel

L’assassinat de Hervé Gourdel est un choc. Rien ne justifie un tel meurtre. Ceux qui l’ont commis, en s’attaquant à un homme sans défense, ne se sont pas comportés en guerriers mais en lâches.

L’Alliance Wallonie France se joint à la République française pour observer le deuil de trois jours décrété.

L’heure est à la solidarité nationale avec nos amis français…

L’unif en question

Lu sur le site du « Vif-l’Express », cet article de Pascal de Sutter qui incite à la réflexion et au débat. Nous avons mis en caractère gras des réflexions qui ont particulièrement retenu notre attention.

pascal de sutterIl est politiquement correct de vouloir que l’université soit un système pratiquement gratuit et accessible au plus grand nombre. En poursuivant cette logique bien-pensante, le gouvernement francophone semble vouloir augmenter sa mainmise sur l’enseignement supérieur et universitaire. Il a échafaudé pour cela un nouveau décret dit « paysage ».

Mais sur le fond, on observe le maintien d’une politique générant le nivellement par le bas des diplômes (notamment en modifiant la moyenne de passage à 10/20 au lieu de 12/20) et la poursuite du libre accès pour un maximum de jeunes à des études universitaires bon marché (1). Or, ces dernières années, le financement des universités a diminué de 7 % alors que la population estudiantine augmentait de 65 %. Bilan : le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pousse les universités à former des masses d’étudiants au rabais.

L’université pour tous est un mythe. Ce sont principalement les enfants des classes sociales les plus aisées qui y réussissent . En voulant rendre les études universitaires plus « faciles », le gouvernement communautaire va surtout faciliter la réussite des plus « riches ». Et qui paiera la facture de cette injustice ? Tous les contribuables, y compris les ouvriers qui ont rarement la chance d’accéder à ce système mal conçu pour eux. Sans oublier tous ces jeunes qui ont étudié dur pour se retrouver en surnombre avec des diplômes peu « utilisables » sur le marché du travail.

Combien de temps allons-nous poursuivre cet incroyable gâchis financier et humain ? Alors que l’Etat, les Communautés et les universités sont pratiquement en faillite. A quand une réforme vraiment utile ? Il existe pourtant des solutions. D’abord, on pourrait faire payer le coût réel des études universitaires à ceux qui les suivent. Tout en offrant un accès facilité et plus large aux bourses en fonction des talents et moyens financiers de chacun. Ensuite, nous pourrions instaurer une année préparatoire généralisée avant l’entrée à l’université. Elle serait constituée d’une sorte de service civil où les candidats devraient bénévolement travailler pour la collectivité en côtoyant toutes les couches de la société. De préférence en apprenant aussi une autre langue.

En échange, ils auraient accès à des tests d’évaluation approfondis de leur potentiel et à une orientation de carrière poussée. Les enfants issus des milieux les plus démunis, mais possédant un bon potentiel académique, seraient soutenus et encouragés à poursuivre des hautes études. Durant cette année de réflexion, si leur choix allait vers l’université, ils bénéficieraient de sérieux cours de préparation aux méthodes universitaires. L’ensemble des jeunes seraient évalués en fin d’année et seulement alors, pourraient postuler aux différentes filières universitaires. Et pour finir, laissons un peu d’autonomie aux universités. Certes, elles ont encore des progrès à faire, mais il n’est pas démontré que les ingérences et les lubies du politique améliorent la situation.

Mais rien ne vous oblige à penser comme moi…

(1) Former un étudiant à l’université en Belgique (lisez en Communauté française)ndlr, coûte en réalité 4 à 10 fois plus cher que ses frais d’inscriptions.

Par Pascal de Sutter

Et si on voyait les choses autrement ?

Il est toujours plus facile de hurler avec les loups. Pas besoin d’argument. Rendre hommage à un président dont l’impopularité bat tous les records, cela peut surprendreFrançois Hollande 2. On attend ça d’un ami, quand il en reste, ou d’un humoriste. Apparemment, le chroniqueur Xavier Zeegers n’est ni l’un ni l’autre, il n’est même pas français, mais il prend la défense de François Hollande et de la France que « Flanby » incarne aujourd’hui. Ce qui ne gâte rien, sa chronique a été publiée sur le site de la Libre.

Et si on voyait les choses autrement ?

Hollande bashing: « La France a voté, qu’elle assume son choix! »

Mensonge, ingratitude, cynisme, surestime de soi, absence de scrupules, autoritarisme : et si la faiblesse du président français était de ne pas avoir ces défauts-là, si utiles en politique ?

A bientôt mi-mandat, la présidence de François Hollande ressemble aux premiers vers d’Alfred de Musset, dans « Nuit de mai » : les plus désespérés sont les chants les plus beaux, et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. Elu en mai, son avion fut foudroyé dès le premier jour par un orage et dut redescendre en catastrophe, comme si les augures grecs s’en étaient mêlés. Depuis, ses électeurs devenus déserteurs sanglotent de remords et le vouent aux gémonies. A force de descendre si bas dans les sondages, il finira par trouver du pétrole disait-on à propos de Raymond Barre à qui l’Histoire a rendu justice. Hollande se trouve plutôt dans la fosse des Marianne, lieu le plus profond du monde (- 10 994 m) où la pression est de 1 100 atmosphères. Il semble y résister, en compagnie des organismes dits piézophiles. Il reste de marbre. Et il a bien raison !

Les sondages ? Il n’y en a qu’un, celui de l’élection elle-même. La légitimité sort des urnes, pas des instituts, pas de la rue, pas des micro-trottoirs. L’obsession de la popularité relève du narcissisme, propre aux tyrans, et diriger c’est voir au-delà de la prochaine élection, donc vers l’intérêt commun plus que son propre destin. Le chemin politique ne se résume pas à faire campagne, c’est plutôt un chemin de campagne ou pullulent des Pitbulls prêts à mordre sur l’homme qui marche au lieu de l’aider; parfois un vrai calvaire. Hollande s’est fixé une barre très haute : si j’échoue sur le chômage, dit-il, je ne me représenterai pas. Voilà un panache qui tranche admirablement avec ces pays où, malgré leur bilan calamiteux, des satrapes prédateurs s’accrochent aux ors et aux vanités, foulant aux pieds une Constitution servant de carpette avant d’enfoncer la porte. La France a voté : qu’elle assume son choix ! Une bronca ne fait pas le poids, et que les citoyens se souviennent qu’en juin 40, à Londres, de Gaulle ralliait 1 % de la population, tandis que Pétain était au sommet d’une gloire nauséabonde.

Son manque de leadership ? Mais il faudrait demander aux Maliens qui ne craignent plus d’avoir les mains coupées, aux Centrafricains au bord de la guerre civile, et aux chrétiens d’Orient soutenus par les cardinaux français, s’ils sont déçus par la France et son chef ! L’intervention en Libye ? Si c’était une erreur, ce fut celle de son prédécesseur.

La gestion de ses amours ? Maladroite, certes. Il se peut qu’il soit un goujat, un cœur d’artichaut voire même un beau salaud si l’on en croit sa toute dernière ex, qui découvre tardivement le mot cruel de Guitry : au soir de leur mariage, combien de femmes ne sont-elles pas déjà veuves du mari qu’elles avaient imaginé ? Mais au fait, il ne s’est jamais marié, et puis ouvrir les placards d’un vulgaire vaudeville pour que des voyeurs matent les draps chiffonnés d’un lit devenu champ de bataille, quelle bassesse ! Honte à elle et ses lecteurs. Mais revenons aux choses sérieuses.

Son impuissance, finalement ? Sur ce point, Alix de Saint-André a tout dit : « J’assistai à une conférence sur le thème de la politique soumise à l’intelligence. Les orateurs évoquèrent leur formidable rêve de jeunesse d’une gauche non communiste à laquelle ils avaient consenti tant d’efforts et d’enthousiasme, de temps, de prises de risques, et qui n’avait débouché que sur une nouvelle branche du vieux parti radical-socialiste. Ils se saluaient sans amertume, comme dans une réunion de famille. Ces Mendès, Delors et Rocard ne manquaient pas d’intelligence, que du contraire, mais ils n’avaient pas les névroses et nombreux défauts nécessaires pour réussir en politique : mensonge, ingratitude, cynisme, surestime de soi, absence totale de scrupules, autoritarisme… » (1)

Et si la faiblesse de Hollande, dont nul ne nie l’intelligence et l’humour (signe de santé) était de ne pas avoir ces défauts-là, justement ? Voilà qui mériterait une solide réflexion plutôt que le bâton.

(1) Dans : « Garde tes larmes pour plus tard », Gallimard 2013.

Recherche premier ministre wallon

Petite annonce : « l’AWF recherche un premier ministre wallon, mais un vrai, pas de ceux qui ont le regard rivé sur ce que dit ou pense la Flandre. Un premier ministre wallon qui ait un véritable projet pour la Wallonie. Faire offre sur ce site. Réponse assurée ! »

Autre annonce, de plus grande importance : Karel De Gucht n’imagine pas la Belgique sans un premier ministre flamand.

De Gught« Cela fait dix ans que je le répète: dans un pays comme la Belgique où il y a une majorité flamande, il faut un Premier ministre flamand. Ne pas avoir un Premier ministre flamand serait mauvais pour la démocratie belge dans son ensemble. »

L’interview de Karel De Gucht est sur le site du Vif/L’Express.

“Il faut dire aux Français que leur pays est un paradis”

Souvent, nous disons sur notre site que nous savons pertinemment bien que la France n’est pas le paradis sur terre pour tous les Français. Autre chose est de dire la vérité aux Français, notamment par rapport au « french bashing » pratiqué par une certaine presse anglo-saxonne, mais aussi par les médias hexagonaux dont certains ajoutent un véritable « Hollande bashing » relevé samedi soir par Laurent Ruquier, pourtant peu habitué à passer la brosse à reluire quand il s’agit des Présidents de la République française, dans son émission « On n’est pas couché ».

Beaucoup d’entre nous savent que la France reste un pays bien agréable à vivre, soit parce qu’ils sont allés grossir le bataillon de Wallons et de Bruxellois de langue française qui ont décidé d’y installer leur résidence principale ou secondaire, soit parce qu’ils aiment y passer leurs vacances et y retrouver leurs amis, soit encore parce qu’ils vont y voir leurs enfants qui travaillent en France ou ont épousé un conjoint d’Outre-Quiévrain.

Cette fois, c’est une journaliste portugaise qui nous donne son sentiment sur la France, ce pays qui laisse rarement indifférent et que d’aucuns se complaisent à dénigrer.

Paul D.

Paris est ma ville passion mais j’ai une préférence pour trois régions en particulier selon les saisons : en été, j’aime la Bretagne avec à son extrémité le Finistère, fin de la terre et début de l’inconnu, pour des lieux tels que Roscoff et la pointe du Raz, qui me rappellent, par les couleurs sombres de leurs roches, la côte nord du Portugal.

CorseEn automne et au printemps, mon cœur balance entre la Corse – l’île de beauté a un “je-ne-sais-quoi” spécial –, et le Périgord, pour la chaleur de ses habitants, ses longues tablées, sa gastronomie généreuse, ses châteaux, son histoire anglo-française à chaque coin de route et ses feux de cheminée.

A l’arrivée en France, dès que vous montez dans un taxi à Roissy ou à Orly, vous reconnaissez tout de suite quelque chose. Quel que soit l’accent, vous retrouvez cette réserve à la française, parfois teintée d’humour. Il ne s’agit pas ici de flatter vainement, mais bien de ce que j’éprouve face à un pays riche d’une merveilleuse mixité culturelle. Attention cependant à ne pas minimiser les énormes difficultés auxquelles ses habitants font face.

J’en parlais il y a peu avec un ami brésilien, la France est un paradis. Il faut le dire plus souvent aux Français, qui semblent parfois l’oublier. Quant aux vacances portugaises, que l’on prend d’un seul tenant, elles sont souvent littorales et familiales. On lézarde sur la plage plus qu’on ne cherche à découvrir l’arrière-pays.

La météo a sans aucun doute une part de responsabilité. Les vacances “bleu-blanc-rouge” sont quant à elles plus morcelées, sans doute de par la flexibilité des congés accordés. Grâce à elles, les Français sont plus libres et indépendants. Elles sont indéniablement plus culturelles et dynamiques.

Ana Navarro Pedro – Correspondante à Paris du magazine Visão (Portugal)

Cet article est repris sur le site du Courrier international.