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Débat

Jean François KAHN* (le Soir  20/1/2015) :

 Jean-François-Kahn«  Prétendre que les tueurs djihadistes sont les enfants de l’injustice sociale (donc tout exploité , tout opprimé, tout chômeur est djihadiste en puissance) avant même d’être les produits d’un décervelage clérical mis au service du fanatisme religieux , est une connerie.  Mais la connerie , en démocratie, est un droit. »

* Agé de 76 ans, Jean-François Khan est journaliste et écrivain français.  En 1984, il crée « L’événement du jeudi » et en 1997, il crée l’hebdomadaire « Marianne » qu’il quitte en 2007. De 1982 à 2015, il  écrit pas moins de 38 essais.

 Philippe MOUREAUX *(twitter rapporté par LE VIF du 23/1/2015) :

 Philippe-Moureaux-« On est dans la cécité  par rapport aux vrais problèmes… : quand on prend des mesures contre les jeunes chômeurs , on augmente automatiquement le nombre de candidats djihadistes. »

* Agé lui aussi de 76 ans, Philippe Moureaux, historien et professeur honoraire de critique historique, a été un homme politique belge bruxellois (P.S.) jusqu’en 2014, année où son mandat de sénateur se termine. En 2012, il perd son mandat de bourgmestre (maire) de Molenbeek face à une coalition M.R./CDh/CD&V/Ecolo/Groen.

L’AWF invitée au 10e anniversaire du groupe de prospective de l’INSTITUT JULES DESTREE

Le 27 novembre 2014, l’ INSITUT JULES DESTREE  fêtait à Namur le 10ème anniversaire de son groupe de prospective, dans les locaux du Parlement Wallon, à Namur. Son directeur, Philippe DESTATTE, n’a pas hésité à ouvrir l’événement à l’Alliance Wallonie France : cinq administrateurs de notre mouvement participèrent aux travaux très intéressants sur l’avenir de la Wallonie.

Colloque Prospective-Parlement Wallon-2014-11-27De l’aveu des organisateurs, il n’y a pas assez de prospective en Wallonie. Une représentante de la Région Nord-Pas de Calais exposa les travaux en cours dans sa région où pas moins de douze personnes sont occupées à temps plein pour faire de la prospective de leur région. Ce n’est pas le cas en Région wallonne, où les moyens sont insuffisants.

Peut-être les membres de l’AWF ont-ils été perçus comme quelque peu incongrus dans ce cénacle au sein duquel la réunion de la Région wallonne à la France ne semble pas être un des thèmes de réflexion privilégiés. Cependant, il est assez évident que les aspects institutionnels font étroitement partie de quelque réflexion que ce soit en matière  de prospective…

Colloque Prospective-Parlement Wallon-2014-11-27

Au fil de discussions très intéressantes, nous avons donc pu énoncer publiquement notre analyse en trois points :

– La fin de la Belgique est inéluctable à court ou moyen terme. Dès à présent, la Flandre se comporte comme une nation.

– Chiffres à l’appui, une Wallonie indépendante n’est pas viable au niveau de ses finances publiques. Un état wallo-bruxellois ne l’est pas plus pour des raisons politiques (95 % des Bruxellois ne voient pas leur sort lié à celui de la Wallonie).

– Par défaut, la Communauté de destin avec la France s’impose. C’est le choix de la raison, de la solidarité interrégionale et du refus de sacrifier au minimum deux générations de Wallons sur l’autel d’une Belgique devenue mortifère pour la Wallonie. Le projet d’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République doit être étudié et utilisé au mieux pour que sortent renforcés ET la Wallonie ET la France dans le respect de l’héritage wallon.

Colloque Prospective-Parlement Wallon-2014-11-27

Nous espérons que cette prise de contact avec cet Institut  qui porte judicieusement le nom de Jules Destrée, notre glorieux prédécesseur, aura des suites  intéressantes pour l’avenir le la Wallonie et de nos concitoyens. Nous avons convenu de rester attentifs aux travaux des uns et des autres.

Colloque Prospective-Parlement Wallon-2014-11-27Nous avons évidemment l’espoir que le débat sur la réunion de la Wallonie à la France prenne place sans tarder au sein des états-majors des partis politiques, des universités, des syndicats, de la presse belge et française, et , plus largement de l’ensemble des citoyens concernés.

 Merci à l’Institut Jules Destrée pour l’attention qu’il nous a réservée.

Georges-Henry SIMONIS

Appel

Nous croyons utile de rappeler que l’AWF est un mouvement citoyen pluraliste qui pratique le respect de l ‘Autre. Nous avons été d’autant plus anéanti par les événements qui ont ensanglanté la France.

Lors de ces événements tragiques, les djihadistes ont assassiné les dessinateurs de Charlie-Hebdo et des membres du personnel qui se trouvaient dans leurs locaux. Ils croyaient ainsi tuer la liberté d’expression. Coulibaly a tué à Montrouge une jeune policière parce qu’elle représentait l’ordre républicain. A la porte de Vincennes, le même assassin s’est attaqué à un magasin casher parce qu’il savait qu’il allait pouvoir assassiner des juifs. Quatre jeunes dont le seul tort était d’être juif y ont perdu la vie. Nous sommes conscients des errements du gouvernement d’Israël et des religieux juifs intégristes. Mais ici, il s’agit de jeunes français juifs bien intégrés sans rapport aucun avec le conflit israélo-palestinien qui ont payé de leur sang l’imbécilité de fanatiques.

Nous savons que certains nous en voudront de relayer l’appel de juifs laïques qui journellement sont l’objet d’injures, de menaces ou d’intimidations, mais nous sommes persuadés qu’il nous appartient d’avoir ce  moment de courage.

« Je suis avant tout Citoyen français et il n’est pas question pour moi d’aller vivre en Israël » : tels étaient les mots d’un jeune juif interviewé récemment par France 2. Nous voulons croire en des temps meilleurs où, en Wallonie comme en France, les Valeurs de laïcité républicaine prendront le pas sur le religieux, l’agnosticisme ou l’athéisme qui doivent accepter de rester dans la sphère de la vie privée de chacun.

Paul D.

                                  APPEL

Nous, Juifs laïques, qui plaçons le religieux et le non-religieux dans l’espace intime de chacun et séparons clairement la Synagogue et l’Etat, sommes d’abord et avant tout des citoyens à part entière, droits et devoirs réunis. Mais nous sommes aussi juifs, à savoir, membres d’une communauté, d’un peuple à la longue histoire, riche, belle et tragique, qui, depuis plusieurs années, sommes la cible d’insultes, d’injures, de menaces et d’agressions récurrentes. Plus dramatique, certains des nôtres tombent sous la torture ou les balles de tueurs qui puisent leur haine antisémite dans une instrumentalisation politique d’une religion, l’islam, aujourd’hui victime d’un abus idéologique mortifère. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’ils étaient juifs. Il est donc normal que nous soyons alarmés d’une situation européenne qui semble échapper à nos institutions démocratiques.

Nous demandons à nos amis, compagnons, sœurs et frères démocrates, croyants, agnostiques ou athées, de prendre toute la mesure de ce qui se passe. Il ne s’agit pas de la part des Juifs et de leurs organisations représentatives de revendiquer de supposés accaparement et monopole de la stigmatisation, du racisme et de la souffrance. Les Juifs ont une trop longue expérience de la persécution pour ne pas voir et reconnaître celle qui accable et peut détruire nos autres frères humains. Nous n’oublions jamais les génocides amérindien, arménien et tutsi, aux côtés du génocide juif, ainsi que la traite esclavagiste noire, souillure de notre passé. Ils sont dans la mémoire collective universelle comme autant de déformations immondes de la condition humaine. Nous voyons et sommes révoltés devant le massacre des chrétiens orientaux, victimes expiatoires des criminels soi-disants califats. Nous n’avons pas de mots pour qualifier le sacrifice des masses musulmanes, des enfants innocents, sur l’autel du terrorisme islamique. Nous dénonçons avec force l’islamophobie rampante et perverse qui gangrène notre vivre-ensemble et ronge le tissu social de nos quartiers et de notre démocratie.

Nous demandons aux citoyens européens, à toute personne sensible au drame qui frappe aujourd’hui les Juifs européens, de toute obédience religieuse et philosophique, de nous rejoindre dans le combat pour l’exercice libre, rien de plus, des droits démocratiques. Les Juifs, où qu’ils résident dans le monde, tout en étant attachés à leur tradition, à leur pratique religieuse, à leur culture, ont toujours voulu s’intégrer aux sociétés et nations qui les ont accueillis. Ils voudraient pouvoir continuer à vivre sans crainte de faire les courses, de visiter un musée, d’aller à l’école et au travail, de se rendre à la synagogue et dans les lieux publics laïques ainsi que de pouvoir s’exprimer librement sans l’ombre de noirs desseins.

Shalom à toutes et à tous.

Echange de courriels entre M. Paul Magnette, ministre-président de la Wallonie, et l’AWF

Petit rappel : en sa séance du 03 octobre 2014, le Conseil Général de l’AWF décidait d’envoyer un mémorandum intitulé « AWF, CAP 2015 » à plus de 5000 adresses électroniques de décideurs politiques, sociétaux, culturels et autres. Vous pourrez retrouver le texte en question puisque nous l’avons publié sur notre site le 30 décembre 2014.

Paul Magnette WallonieVeuillez trouver ci-dessous le chapeau qui accompagnait notre mémorandum ainsi que la réponse de M. Paul Magnette, et celle que nous avons envoyée à notre Ministre-Président wallon.

Le débat est lancé… Nous ferons en sorte qu’il se poursuive tout au long des lettres mensuelles que notre mouvement citoyen enverra au cours de cette année 2015 dans le cadre de notre opération « CAP 2015 ».

De : Durieux Paul [mailto:pauldurieux2003@yahoo.fr]
Envoyé : mardi 2 décembre 2014 19:05
Objet : AWF Cap 2015

Madame, Monsieur,

Le vendredi 28/11/2014, le professeur émérite de HEC-École de gestion de l’Université de Liège, Jules Gazon, s’exprimait lors d’une conférence intitulée « L’avenir de la Belgique et de la Wallonie ? » à la Maison de la Laïcité de Verviers.

Devant un auditoire d’une centaine de personnes, Jules Gazon a présenté le sort de la Wallonie quand celle-ci devra assurer son autonomie budgétaire. Après cinq années de sourdine (relative) à ses revendications communautaires, la N-VA a déjà averti que la mise entre parenthèses du « communautaire » cesserait.

Ses alliés CD&V et Open-VLD ne pourront qu’avaliser la volonté d’entreprendre une 7e réforme de l’État qui conduira au confédéralisme. Celle-ci touchera le cœur de la sécurité sociale et verra les transferts financiers nord-sud et la solidarité interrégionale s’évaporer.

Comme l’exprime le professeur Gazon, il est temps de dire la vérité des chiffres aux Wallons afin qu’ils puissent dès maintenant réfléchir et agir à la meilleure solution pour eux-mêmes, mais surtout pour leurs enfants et petits-enfants.

2015 sera l’année où l’option de l’intégration-autonomie de la Wallonie à la République française prendra place dans le débat qui concerne notre avenir.

Le fichier « AWF Cap 2015 » ci-joint vous éclairera sur les constats, l’analyse et les objectifs qui sont ceux de notre mouvement citoyen. Nous vous en souhaitons la meilleure lecture.

Cordialement,

Pour l’AWF,
Paul Durieux
Président

De : Paul MAGNETTE <paul.MAGNETTE@gov.wallonie.be>
À : « pauldurieux2003@yahoo.fr » <pauldurieux2003@yahoo.fr>
Envoyé le : Lundi 15 décembre 2014 14h17
Objet : Re: AWF Cap 2015

Cher Monsieur,

Votre courriel m’est bien parvenu et j’ai pris connaissance de l’appel de votre mouvement avec intérêt.

Je connais évidemment les arguments développés par le professeur Gazon et suis attentif à vos analyses qui ont le mérite d’appeler à la réflexion prospective, en ouvrant l’éventail des possibles.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, il est cependant un de vos « postulats » que je ne partage pas, à savoir la non‑viabilité d’une Wallonie qui dépendrait uniquement de ses propres forces et moyens et ce, même si telle n’est pas l’hypothèse que nous appelons de nos vœux.

D’une part, dans une réalité qui est par nature évolutive, je comprends mal voire regrette une position décrétant a priori qu’un peuple est inapte à assumer son destin. L’Histoire fourmille de contre-exemples et le concept même d’incapacité ou d’immaturité d’une population pose question.

D’autre part, quel que soit le contexte institutionnel dans lequel la Wallonie serait appelée à se trouver dans un avenir plus ou moins rapproché, je suis persuadé que le devoir actuel des représentants wallons mais aussi de chaque responsable et de chaque citoyen wallon est, justement, d’œuvrer au redéploiement économique et à la santé financière de notre Région.

Il en va du bien-être de ses habitants et du poids qu’auront les Wallons dans n’importe quelle configuration institutionnelle. Ce n’est qu’à la condition d’avoir repris en main leur développement économique que les Wallons seront en mesure de choisir plutôt que de subir leur destin. J’entends y œuvrer à la tête du Gouvernement wallon.

Heureux d’avoir pu vous faire part de ces réflexions, je vous prie de croire, cher Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Paul Magnette

De : Durieux Paul <pauldurieux2003@yahoo.fr>
À : Paul MAGNETTE <Paul.MAGNETTE@gov.wallonie.be>
Envoyé le : Lundi 29 décembre 2014 21h49
Objet : Re: AWF Cap 2015

A M. Paul Magnette, Ministre-Président de la Wallonie,

Cher Monsieur Magnette,

Il est gratifiant pour un mouvement citoyen comme le nôtre de recevoir une réponse de la part du Ministre-Président wallon. Permettez-moi dès lors de vous remercier pour l’intérêt que vous portez à notre appel intitulé « AWF, CAP 2015 ».

Je me plairai tout d’abord à relever ce qui nous unit et qui relève de l’essentiel.

Je vous cite :  » …quel que soit le contexte institutionnel dans lequel la Wallonie serait appelée à se trouver dans un avenir plus ou moins rapproché, je suis persuadé que le devoir actuel des représentants wallons mais aussi de chaque responsable et de chaque citoyen wallon est, justement, d’œuvrer au redéploiement économique et à la santé financière de notre Région. « 

Nous n’aurions pu dire mieux.

Là se situe en effet exactement le défi qui est à relever et qui conditionnera le bien-être du citoyen wallon mais aussi le poids qu’aura la Wallonie, quelles que soient les configurations institutionnelles dans lesquelles ses représentants auront à négocier.

Vous aurez compris que l’Alliance Wallonie France considère la fin de la Belgique inéluctable. Un confédéralisme avec rupture du lien solidaire ne changerait pas la donne pour la Wallonie par rapport à la sécession du pays.

Nous estimons qu’à ce moment les Wallons auront pour l’essentiel à choisir entre l’indépendance éventuellement au sein d’une confédération belge ou une union à la France sous une forme à déterminer.

L’analyse du professeur Gazon dont les chiffres n’ont jamais été mis en doute par ses pairs montre que, sur base des données 2009, une Wallonie autonome n’est pas soutenable au plan des finances publiques. Elle démontre par ailleurs que la Wallonie intégrée à la France sous une option qui assure aux Wallons la solidarité française en matière de sécurité sociale, n’aurait qu’un effet marginal sur la dette publique et les besoins de financement publics de la France augmentée de la Wallonie, ce qui est de nature à évacuer toute opposition française à notre projet pour des raisons budgétaires. Mais ce faisant, la Wallonie autonome échappera aussi au scénario catastrophique qu’elle devrait subir si ses finances publiques, y compris ce qui lui ressortit au niveau fédéral,  devaient rester ce qu’elles sont.

J’ajouterai que lors de ses conférences, le professeur Gazon ne manque jamais de dire qu’une réalité est par nature évolutive, regrettant toutefois ne pouvoir se baser sur des chiffres plus récents qui sont pourtant connus des centres universitaires mandatés par les quatre principaux partis wallons et bruxellois.

Dire la vérité aux Wallons est un passage obligé pour amorcer le redressement wallon.

Monsieur le Président, vous êtes vous-même confronté à cette difficulté de faire comprendre la nécessité de s’attaquer à l’hypertrophie politico-administrative wallonne  et au clientélisme qui en a résulté. On perçoit bien votre volonté de changement et le courage politique qu’il postule.

Nous soutenons évidemment toute initiative de nature à redresser l’économie wallonne et nous serions heureux que vous puissiez y arriver. La Wallonie regorge en effet de talents et d’atouts.

Enfin, sachez que nous respectons le choix de ceux qui préfèrent pour l’instant l’indépendance à l’union à la France. Mais nous souhaitons que ce choix se fasse en connaissance de l’ « état des lieux ».

Pour l’heure, nous croyons que les combats des « indépendantistes » et des « réunionistes » convergent : faire valoir les atouts de la Wallonie ainsi que mobiliser les Wallons dans l’effort qu’implique nécessairement le renouveau.

A l’AWF, nous sommes demandeurs d’un débat, livres ouverts, sur l’avenir de la Wallonie.

A la tête du gouvernement wallon, vous entendez œuvrer à ce que les Wallons choisissent leur destin plutôt que le subir. Nous sommes faits pour nous entendre. Notre crainte toutefois serait que les Wallons évacuent l’option française par ignorance de la réalité. Et notre conviction est que cette option française sera le choix de raison à défaut d’être, pour certains, celui du cœur.

Que 2015 soit une année où un véritable débat démocratique s’instaure sur l’avenir de la Wallonie se situe parmi nos vœux les plus chers.

Veuillez croire, cher Monsieur Magnette, en l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Paul Durieux

P.S. : vous autorisez-nous à publier notre échange de courriels sur notre site ? Merci d’avance pour la réponse que vous voudrez bien nous donner.

Paul Durieux

Bel exemple d’intégration en France grâce au parrainage républicain

Lu sur le site du « Figaro ».

La République met à l’honneur Lassana Bathily, le héros de l’Hyper Cacher

Le jeune homme peu avant le discours de John Kerry, le 16 janvier.
Le jeune homme peu avant le discours de John Kerry, le 16 janvier.  photo : Thibault C

Lassana Bathily, l’employé de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, est naturalisé français ce mardi. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, organise une cérémonie en l’honneur de ce jeune Malien de 24 ans, qui, le 9 janvier, a caché des otages d’Amedy Coulibaly dans une chambre froide du magasin puis est parvenu à s’enfuir. Une fois dehors, un temps soupçonné d’être un complice du terroriste, il a d’abord été longuement interrogé par la police avant de fournir de précieuses indications sur la configuration du petit supermarché qui ont permis de préparer l’assaut du Raid.

«Ce jour-là, j’ai perdu mon collègue, un ami (tué par Coulibaly, NDLR). Le plus dur, c’est d’oublier ces moments. Mais les félicitations me font plaisir», confiait ce week-end Lassana Bathily au Figaro (contenu reservé aux abonnés). Ce soir, à 18h30 place Beauvau, beaucoup de monde se pressera autour du jeune homme: des ex-otages et leurs familles, la direction du magasin qui l’emploie depuis deux ans, des élus parisiens, le préfet de police et des responsables des services qui sont intervenus le 9 janvier porte de Vincennes. Lassana Bathily a également invité plusieurs de ses amis. Ils sont nombreux depuis que le natif de la région de Kayes, terre d’émigration à l’ouest du Mali, est arrivé en France en 2006.

«Ce qui frappe chez lui, c’est sa volonté et son étonnante capacité d’adaptation»

Clandestin, l’adolescent de 16 ans s’inscrit d’abord à des cours de français puis à un CAP de peintre-applicateur dans le bâtiment. Il cumule ensuite les petits boulots avant d’obtenir sa régularisation en 2011. Une fois en règle, il est embauché dans l’Hyper Cacher et trouve un logement dans une résidence pour jeunes travailleurs à Paris. Partout où il passe, les commentaires sont positifs. Dans sa résidence où un dîner en son honneur a eu lieu jeudi dernier. Dans le club de foot où il fut un temps capitaine. Au supermarché fréquenté par une clientèle juive, où ce musulman pratiquant descendait dans la réserve pour faire sa prière. «Ce qui frappe chez lui, c’est sa volonté et son étonnante capacité d’adaptation. Il a le sens des situations et sait atteindre son but en douceur», note, par exemple, Denis Mercier, membre de la Ligue des droits de l’homme, qui est son «parrain républicain» depuis plusieurs années. De son côté, le cabinet du ministre de l’Intérieur a fait une rapide enquête avant de décider d’accélérer la demande de naturalisation que l’ex-clandestin avait déposée en juillet dernier. Pour constater que le jeune homme n’est pas fiché comme ayant commis une infraction et qu’il paie ses impôts.

Encore sous le choc du tourbillon dans lequel il est aspiré depuis dix jours – il a notamment rencontré François Hollande, le président du Mali, le secrétaire d’État américain John Kerry – Lassana Bathily ignore encore à quoi ressemblera l’après-attentat. «Pour le moment, c’est l’émotion. Je déciderai après. Je suis aussi inquiet pour ma famille au Mali. Je l’ai appelée mais ce n’est pas suffisant. Il faut y aller». Ce soir, après les discours, Bernard Cazeneuve remettra au jeune homme un passeport français. Une pétition pour la naturalisation de Lassana a été signée par près de 300.000 personnes.

Nous vivons un 11 septembre français

 Moi, Wallon de Liège, je suis un Français d’esprit, de cœur et de tripes, comme j’aime le dire à mes amis. Depuis une semaine, je suis en souffrance. Je vis un véritable 11 septembre français et le moment d’émotion et de rassemblement passé, je me demande ce Ahmed Merabetque sera ma France demain. Une chose est certaine : elle ne sera plus la même.

Je retiens trois hypothèses :

1 Est-ce la France identitaire qui l’emportera avec le renforcement des communautarismes, le repli sur soi, la peur , l’incitation, parfois sournoise, à la haine, au rejet de l’autre qui ne pourra mener qu’à une France fractionnée en perpétuel affrontement ?

2 Est-ce la France des « bisounours », celle du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », celle du politiquement correct  qui minimisera l’importance du développement d’états islamiques prêts à endoctriner des jeunes ou leurs parents en manque de repères et de culture, de les entraîner au maniement des armes puis de les envoyer dans leurs pays d’origine pour multiplier des actes de terrorisme, de véritables opérations assassines envers les « infidèles » ?

3 Est-ce la France des Valeurs républicaines (Liberté, Egalité, Fraternité), celle des Lumières, celle de la Révolution des Droits de l’Homme et du Citoyen qui parviendra à rassembler, à imposer les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs à tous ses citoyens par l’éducation civique d’abord, mais aussi par une répression qui soit à la mesure des plans machiavéliques des ennemis du libre-examen ?

L’élan donné par la marche pacifique et digne de plus de 4 millions de citoyens français doit être le début d’un élan républicain pour une liberté d’expression qui passe par-dessus  tout dogme, toute religion ou tout intégrisme. Cet élan ne doit pas être la simple expression d’une émotion qui a atteint son paroxysme. Il doit répondre aujourd’hui à des lois qu’il appartient aux élus de mettre en adéquation avec les défis de notre époque.

Je veux aujourd’hui être optimiste parce que j’ai entendu nombre d’adultes qui ont, de République à la Nation, participé à la marche en famille afin d’inculquer à leurs enfants les Valeurs de la République, celles qui font l’honneur de la France.

Paul D.

Depuis mercredi, j’ai lu des dizaines de textes. Parmi ceux-ci, j’en ai retenu un,  » Charlie et les Musulmans « ,  de Nadia Geerts, qui me semble bien correspondre à ce que nous voudrions que notre société soit.

 

Ces derniers jours, comme ce fut le cas à intervalles réguliers depuis le 11 septembre 2001, un débat agite la toile : celui de savoir s’il faut que les musulmans s’expriment, se désolidarisent, se distancient de l’attentat commis contre Charlie Hebdo ce 7 janvier 2015.

Certains s’indignent qu’une telle idée puisse effleurer qui que ce soit de sensé, partant d’un principe qui m’est cher, selon lequel la citoyenneté surpasse tout, et qu’on ne peut à la fois se réclamer des idéaux universalistes républicains et renvoyer les musulmans à leur supposée communauté, le tout en les sommant de s’en dégager.

D’autres estiment qu’il est du devoir de tout musulman de clamer haut et fort qu’il est Charlie, afin qu’aucun doute ne puisse subsister sur sa loyauté première.

Ma position en la matière est plus nuancée.

1. J’estime que nul n’a à décider pour quelqu’un qu’il est musulman (sur base de son physique, de son patronyme, de son origine ethnique…) et à l’assigner de ce fait à prendre position. Ce serait en effet à peu près aussi absurde que de considérer que tous les « blancs » sont catholiques et donc complices de la pédophilie de certains prêtres. En ce sens, l’interpellation de Rokhaya Diallo par Ivan Rioufol est choquante, puisqu’il a, selon ses propres mots « sommé » la journaliste, musulmane, de se désolidariser des attentats, suscitant ses larmes et sa colère :

« Je me sens visée. J’ai l’impression que toute ma famille et tous mes amis musulmans sont mis sur le banc des accusés. (…) Est-ce que vous osez me dire ici que je suis solidaire ? (…) Vous avez vraiment besoin que je verbalise que je suis aussi choquée que vous ? (…) Je suis extrêmement choquée par ce que vous êtes en train de dire, Ivan Roufiol. »

2. J’estime également que, dans une société idéale, les appartenances communautaires – qu’elles soient religieuses, ethniques, sexuelles,… – seraient subsumées par une seule et même appartenance citoyenne. Il n’y aurait alors plus de noirs, de juifs, de femmes, de vieux, de roux, de roms ni de musulmans, mais seulement des hommes, des citoyens libres et égaux en dignité et en droits dont nul ne s’aviserait d’attendre qu’ils s’expriment autrement que comme tels. C’en serait enfin fini de la valse des étiquettes, des assignations identitaires et du repli communautaire, et nous pourrions vivre en paix dans une douce indifférence à nos différences, pénétrés de l’importance et de la beauté de ce qui nous rassemble.

3. Mais nous ne vivons pas dans ce monde idéal. Dans notre monde, des gens se font exploser dans des tours ou des trains pour combattre un Occident dégénéré et mécréant. Dans notre monde, des gens vocifèrent par milliers dans les rues du monde entier pour dénoncer les caricatures qu’un dessinateur danois a faites du prophète Mahomet. Dans notre monde, des fous de Dieu abattent froidement des hommes parce qu’ils étaient libre-penseurs ou juifs. Dans notre monde, des élèves justifient ces crimes au nom d’un relativisme malsain, sur l’air du « Ils l’ont quand même un peu cherché… ». Et ces gens le font au nom de l’islam et du respect qui lui serait dû.

J’aimerais qu’ils ne fassent rien de tout cela. J’aimerais que personne ne commence plus jamais une phrase par « Moi, en tant que musulman… » – ou en tant que juif, ou en tant que femme, ou en tant que belge,… lorsqu’il s’agit de défendre des principes. J’aimerais que ce soit notre humanité qui s’exprime, et rien qu’elle.

Mais on n’en est pas là. Et je comprends, et je partage l’inquiétude de ceux qui voyaient hier des milliers de musulmans descendre dans les rues « en tant que musulmans » pour crier leur révolte qu’on ait caricaturé leur prophète, et qui aimeraient assister à une telle mobilisation pour que, de la même manière, des milliers de musulmans dénoncent les crimes odieux commis au nom de l’islam.

Certains le font. Des intellectuels, des dessinateurs, des responsables de mosquées font entendre leur voix, disent que c’est intolérable. J’ignore si c’est suffisant.

Je pense que notre société démocratique vient de subir un choc terrible. Certains ont parlé d’un 11 septembre français, et personnellement, je le vis comme ça. Des gens sont morts parce qu’ils pensaient librement, parce qu’ils exorcisaient les démons de l’humanité par le rire, parce qu’ils étaient pleinement humains. Je ne sais ce qu’il est juste de demander à nos concitoyens musulmans. Je pense, plus exactement, que nous n’avons certainement pas à les sommer de dire quoi que ce soit, mais que nous avons un besoin urgent qu’ils aient la maturité de prendre la parole pour nous rassurer, pour que demain nous puissions faire encore société ensemble.

Je m’opposerai toujours à quiconque désignera qui que ce soit nommément parce que supposé musulman, le sommant de se distancer. Mais je remercie d’ores et déjà du fond du cœur tous ceux qui comprendront que lutter conte l’islamisme et ce que certains appellent « islamophobie » passera nécessairement par l’établissement d’un cordon sanitaire strict vis-à-vis des adversaires de la liberté. En ce compris la liberté de basphémer. Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de leur aide.

Nadia Geerts

Liberté, égalité, fraternité

Nous reprenons ici le début de l’éditorial de Jean Daniel pour le Nouvel Observateur. Il n’a pas hésité à l’intituler « Le bonheur d’être français ». Les circonstances nous incitent à la prudence et à la retenue, mais nous comprenons son enthousiasme et nous le partageons même en voyant combien les valeurs de la République française ont pu mobiliser de monde aujourd’hui.

marche républicaine

Jean DanielJamais n’avait-on autant parlé de l’effondrement de la France que durant ces dernières semaines. Depuis cet incroyable dimanche, ce pays tant discrédité se heurte au miracle de l’unité.

Le monde redécouvre la France. Le spectacle de l’unité éblouit ou tétanise. Tout le monde revient de loin, y compris nous-mêmes. Jamais, sauf après la défaite infligée par les nazis, on n’avait entendu parler – et aussi brillamment – de l’effondrement de la France que durant ces dernières semaines. Les plus prestigieuses signatures, les plus autorisées, ne pouvaient s’empêcher de prévoir un affaissement de notre pays, au prétexte parfois justifié des doutes que pouvait inspirer le président de la République quant à ses possibilités de faire face au désastre. On savait qu’on exagérait, mais on y prenait plaisir et on finissait par s’en persuader.

Une chose était indubitable : les Français, dans quelques cercles qu’ils se réfugient, étaient divisés, individualistes, ou sectaires, selon les cas ; racistes, antisémites, et encore bien davantage islamophobes. Tel était notre pays, et chacun découvrait de nouvelles preuves pour justifier un pessimisme à la fois confortable et désenchanté. J’arrête puisque dimanche, cet incroyable dimanche, a eu lieu. Tout d’un coup, ce pays tant discrédité se heurte au miracle de l’unité.

Une autre France

Je dis bien « miracle » et je dis bien « unité ». Pour protester contre le meurtre banalisé, contre le racisme transformé en fait divers et contre les assassins d’où qu’ils vinssent parfois transformés en héros chez les adolescents, on a vu ce défilé d’hommes et de femmes à la fois émus et fermes, pacifiques et décidés, laïcs et mélangés, religieux de toutes sortes enfin. Si le dirigeant palestinien du Hamas condamne l’attentat, et si les représentants des Juifs de France appellent à ne pas céder à la peur, alors c’est une autre France. Nous nous sommes trompés.

Ce n’est pas seulement honnête de le reconnaître, c’est une joie sans mélange. Nos professeurs peuvent enseigner à nouveau avec plus de conviction les grands thèmes et principes de la Révolution, sans se désespérer de n’être ni compris ni même entendus. On me dira ce qu’il faut dire dans ces cas-là, à savoir que tout cela peut changer, que les Français sont versatiles, qu’ils ont une aptitude à la division, qu’ils ne peuvent pas être trop longtemps vertueux parce qu’ils sont trop libres. Cela ne tient pourtant plus le coup devant les manifestations de ce dimanche.

Pour lire cet édito de Jean Daniel dans son intégralité : http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20150111.OBS9723/le-bonheur-d-etre-francais.html

INSOUMISSION

Le site de l’AWF se veut être un espace de dialogues, de réflexion, loin du prosélytisme, loin des raisonnements binaires où d’un côté existe LA VERITE et de l’autre LE MENSONGE ou l’ERREUR. C’est dans cet esprit que nous vous soumettons le texte écrit par notre ami Roland Douhard.

Rien de ce qui se passe en France ne peut nous laisser indifférent. La France paye son courage face à l’islamisme politique. Où en serions-nous aujourd’hui si nos amis français n’étaient pas intervenus au Mali ? Imaginez que les forces d’Al-Qaïda aient pu atteindre les rives de l’océan atlantique ? Où était l’Europe en cette occasion ?

Paul Durieux

Ce matin, Bernard-Henri Lévy écrivait qu’il faudra que l’islam se débarrasse de l’islamisme. Voilà une vérité qui ne fait aucun amalgame, puisqu’elle fait la part entre la religion et l’idéologie, mais qui a le mérite de demander aux musulmans de mettre l’islamisme hors la loi coranique.

Le 25 août dernier, sur le site du magazine « Regards », du Centre Communautaire Laïque Juif (CCLJ), j’écrivais ce qui suit. C’est un peu long, mais je demande à être lu jusqu’au bout pour être compris:

Islam ou islamisme, il faudra choisir, choisir entre le vivre-ensemble, la démocratie ou la haine de l’Autre et la guerre des valeurs. Toute société possède ses règles de vie commune. La nôtre ambitionne de conjuguer les siennes en affirmant les principes de l’Etat de droit. Ce qui signifie que chaque citoyen est pourvu de droits pour lui-même et les siens et de devoirs envers ses semblables. Parmi ces règles, l’expression libre des opinions et le respect de celles des autres.

Une caricature, tout comme un texte, véhicule idées, valeurs sur le mode du rire et de la distanciation. Elle n’est donc pas neutre. Il est dans l’ordre des choses qu’elle puisse heurter ou choquer les esprits les plus engagés ou les plus faibles. L’histoire de ce genre graphique est jalonnée d’exemples plus irrévérencieux les uns que les autres. L’essentiel est que ces dessins – ce ne sont que des dessins – aux codes implicites et connus – il s’agit de regards personnels interpellant, à fonction grossissante, de second degré – soient publiés dans un contexte identifié d’humeur et d’humour, indirectement lié à l’information. Le reste est affaire d’appréciation ou de critique.

Les menaces verbales, voire physiques de certains excités et imbéciles à l’encontre des dessinateurs et chroniqueurs libres sont discréditées par leur nature même et renforcent, malheureusement, l’image d’un islam intolérant. Pour certains, les caricatures danoises et de Charlie Hebdo sur le Prophète, dans le contexte d’intervention occidentale en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Mali étaient et demeurent inopportunes. Question de point de vue. Mais étaient-elles, sont-elles illégitimes et fausses pour autant ? Tournons le dos au discours dominant et à la pensée correcte. Si les cerveaux lobotomisés islamistes entendent briser la démocratie, les esprits chagrins et bien pensants dénoncent quant à eux le « délit de blasphème ». Ils entendent ainsi culpabiliser et, in fine, bâillonner la liberté d’expression, la liberté tout court. Celle notamment, en toute lucidité et bienveillance, d’interroger les musulmans sur certains passages du Coran.

Exemple: Sourate XLVII, Mohammad, versets 4, 5 et 37: « Lorsque vous rencontrez des infidèles, tuez-les et faites-en un grand carnage, et serrez fort les entraves des captifs. Ensuite vous les mettrez en liberté, ou les rendrez moyennant une rançon, lorsque la guerre aura cessé. agissez ainsi (…). Ne montrez point de lâcheté, et n’appelez point les infidèles à la paix quand vous êtes les plus forts, et que Dieu est avec vous; il ne vous privera point du prix de vos œuvres. »

Des millions de pratiquants sincères sont nourris de cette littérature, qui date, rappelons-le, du 7ème siècle. Dans certaines mosquées, de plus en plus sur Internet et les réseaux sociaux, les discours d’Imams autoproclamés et d’incultes en appellent au djihad, non au sens de l’effort sur soi, comme le rappellent nombre de sages oulémas, véritable étymologie du mot, mais bien au sens de la guerre sainte. Le problème n’est pas l’islam, religion d’amour et de paix, à maints égards, mais la lecture littéraliste du texte coranique. Il n’est donc pas étonnant que, parmi la multitude pacifique des musulmans (1 milliard 500 millions de personnes dans le monde) se trouvent des dizaines, voire des centaines de milliers de radicaux qui enfantent en leur sein les quelques milliers de fanatiques assoiffés de sang et de vengeance. Ils veulent « réparer » les crimes, bien réels, que l’Occident chrétien a commis en terre d’islam depuis des siècles – les Juifs en ont payé relativement le prix au centuple, vu leur nombre limité – L’histoire des croisades est enseigné dans beaucoup d’écoles coraniques (shihoni), comme l’honneur perdu du Livre du Prophète.

Ils veulent aussi « purifier » le monde, en lui imposant une Charia (Loi) vue par une tradition nourrie aux sources du salafisme sunnite. Le terrorisme des islamistes, dont sont d’abord victimes les musulmans eux-mêmes, à l’action sur tout l’arc moyen-oriental, y compris à Gaza, n’est certes pas l’oeuvre des masses islamiques. Mais le texte référentiel lui-même, en certains passages, sans l’indispensable travail d’historicité et d’interprétation moderniste, par une approche littérale, dogmatique et non contextualisée, peut rendre le projet et l’acte criminels souhaitables et légitimes. Il serait temps que des esprits lucides et courageux, à l’instar d’un Malek Chebel, qui en appelle à la rupture avec le discours théologique, dépoussièrent le Coran et s’inspirent des maîtres éclairés de l’islam.

Songeons à Avicenne, qui se mesure aux Anciens Grecs et Romains et fonde l’islam philosophique avec Averroès, qui, lui, demande à l’Homme d’éclairer sa croyance à l’aune de la raison. Songeons à Ibn Khaldoun, qui situe la religion dans son historicité. Il serait temps en effet de faire vivre les religions en tant que pensée et pratique sociales évolutives, non figées dans le marbre dogmatique d’une lecture obsolète et liberticide. Ainsi, les modernistes qui refusent la congélation de leur croyance, refus dont ils ont besoin et le monde avec, indiqueraient aux peuples musulmans, désireux de justice, la seule voie possible d’une coexistence non violente entre les sociétés humaines et leurs systèmes de représentation religieux et philosophiques. Cet aggiornamento théologique des termes et fonctions de la pensée religieuse en islam, nécessaire aussi dans d’autres traditions, se révèle comme le chantier principal de ce début du XXIème siècle.

Ce travail d’affranchissement est en réalité affaire de tous. Le dialogue entre les monde séculier, laïque et régulier et confessionnel doit accompagner ce travail de mise à jour permanent, non comme une tentation de contrôle du temporel sur le sacré, mais comme un enrichissement à l’oeuvre humaine et un progrès vers l’émergence d’une humanité plurielle, par ses cultures, mais indivisibles par sa nature.

Les évangélistes américains, qui nient la théorie de l’évolution darwinienne et orchestrent une croisade contre la science ne sont pas en reste d’intégrisme et d’obscurantisme. L’enjeu n’est autre que la suprématie de l’irrationnel et du dogme, devenus vérité, sur les esprits « pervertis » par la raison. Changer de paradigme, voilà le « projet intelligent ». L’hostilité de beaucoup d’Américains de voir s’édifier un centre culturel musulman dans le quartier de « Ground zéro », où les tours jumelles se sont effondrées, le 11 septembre 2001, sous les coups du terrorisme d’Al Quaïda, est révélateur d’un rejet frontal de l’Autre. Cette attitude, tout comme celle de l’Etat islamique, à des degrés différents, est porteuse d’un conflit de civilisations. Le président américain, Barack Obama, protestant, et l’ancien maire de New York, Michaël Bloomberg, juif, ont tous deux compris le danger d’une telle posture d’exclusion, en se prononçant pour la construction de la mosquée.

Même le judaïsme, pétri pourtant de mémoire et ouvert à la contradiction dialectique, qui fait du respect de la Loi et de la liberté du commentaire, c’est-à-dire de l’interprétation, les bases de son identité, n’échappe pas, en ses extrêmes, à la tentation radicale. Souvenons-nous que c’est un Juif, Ygal Amir, enivré d’une haine transmise dans une école talmudique (yéshiva), qui a assassiné le premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, dont le crime n’était autre que d’avoir signé un accord de paix avec les Palestiniens de l’OLP. Souvenons-nous, plus récemment, du lynchage ignoble d’un jeune Palestinien, brûlé vif, par une bande de cinglés juifs, aujourd’hui en prison, tout comme Amir, afin de venger l’assassinat écoeurant de trois adolescents juifs israéliens. C’est dire les défis à venir. A défaut, Samuel P. Huntington aurait eu raison d’annoncer, sans s’en réjouir, l’avènement du choc des civilisations, pour ne pas dire, de guerres de civilisations, sous couvert d’idéologies religieuses monstrueuses.

J’ajoute aujourd’hui, que les dessinateurs massacrés de Charlie Hebdo nous ont montré et demandé, par leur rire, leur insolence et leur liberté, de ne pas nous soumettre. Ce n’est donc pas de cette sorte d’abaissement dont nous avons besoin, comme le dernier roman de Michel Houellebecq le laisse entrevoir, mais bien d’insoumission, d’insoumission à tous ordres qui auraient la folle idée nous voir à genoux.

Roland Douhard.

Ce 08 janvier à 12.00, solidarité Wallonie – France

La Wallonie aussi a observé un moment de recueillement ce 08 janvier à midi. Ci-dessous, un simple exemple de cet élan de solidarité que nous envoient Pierre et Josette Mélot.

Chers amis français (de Payzac et d’ailleurs) et quelques autres,

L’émoi est immense à Liège, notre ville où nous nous trouvons en ce moment, après l’attentat commis hier au siège de Charlie Hebdo. Partout des rassemblements, des prises de position, des communiqués qui témoignent de l’écoeurement face à un acte aussi abject et de la sympathie à l’égard des victimes, de leurs proches et, plus largement, du peuple français dont nous sommes si proches.

Ci-joint, le communiqué qui a été affiché (à notre initiative) dans le hall d’entrée et les ascenseurs de notre immeuble (30 appartements) au quai de Gaulle à Liège et qui a recueilli l’approbation générale des occupants.

Cordialement

Pierre et Josette Mélot

Message de sympathie à nos ami(e)s français(e)s

qui cohabitent avec nous dans la Résidence Mosane

 Après l’ignoble attentat perpétré hier, le 7 janvier 2015, contre le siège de l’hebdomadaire « CHARLIE HEBDO » à Paris au cours duquel plusieurs journalistes, dessinateurs et employés du périodique ainsi que des fonctionnaires de police ont été sauvagement assassinés, nous invitons les occupants de notre immeuble à répondre à la demande formulée par le président François HOLLANDE.

 Comme tous les Français de la République française, nous aurons un moment de recueillement, ce 8 janvier à midi, en mémoire de ces héros de la libre opinion et de la libre expression, valeurs fondamentales qui nous sont chères et qu’ils ont pratiquées et défendues en toute connaissance de cause jusqu’au sacrifice de leur vie.

Le conseil de copropriété

VIVRE DEBOUT POUR NOTRE FRANCE

PhilosophesNotre ami Roland Douhard me fait parvenir le très beau texte qui suit. Je pense que beaucoup de lecteurs de ce site se reconnaîtront en lui.

 
La France, notre belle et chère France, celle qui nous a donné l’esprit des Lumières: le refus de tout dogmatisme, le choix du raisonnement contre le préjugé, l’amour, bien sûr de la liberté, mais aussi du prix de la liberté.

La France, celle qui nous séduit par la beauté de ses paysages, l’océan de son patrimoine, la profondeur de son histoire, la richesse de sa gastronomie; ma France, celle des principes républicains, des communautés du vivre-ensemble, celle qui nous emporte dans ses débats politiques passionnés et sans fin; la France, notre France, terre de la douceur de vivre de Charles Trenet, de la résistance de Jean Ferrat, de l’insolence de Charlie Hebdo.

Oui, cette France, je l’avoue, je l’aime éperdument. Cabu, Wolinsky, Charb, Tignoud, Bernard Maris étaient nos Voltaire, nos Rousseau, nos Diderot, nos Montesquieu, nos Locke.

Leurs corps nous a quittés, mais jamais leur amour de la vie ne nous abandonnera. Qu’ils sachent que nous ne renoncerons jamais à vivre debout !

Roland Douhard