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Ave Trump !

Un billet de Jean-Luc Lefèvre,  Emptinne

La victoire de Trump, c’est l’échec des prétendues consciences morales et du mimétisme largement partagé à se boucher le nez : personne, une fois de plus, n’a imaginé l’inimaginable, ni les instituts de sondages, ni les salles de rédaction, ni les grandes voix politiques, ni les stars du spectacle appelées à la rescousse en vols last minute! La victoire de l’Auguste clown made in U.S.A., c’est l’échec d’une démocratie confinée en ses cénacles, de préférence dorés, et toujours insonorisés, tellement appréciés des « élus du peuple » et de leurs sherpas, tous experts, bien entendu ! C’est la revanche de la plèbe et de ses sans grade de l’arrière–pays abandonné à son sort contre le peuple bien éduqué, citadin le plus souvent, qui aime aussi donner des leçons aux non- initiés.

Et si les Etats-Unis, comme c’est souvent le cas, ne constituaient pas l’avant-garde d’une colère qui est prête à tout ? Quand on croit ne plus rien avoir à perdre, on joue tous les Duterte, tous les Maduro de la planète…et on perd tout. Mieux vaudrait qu’on s’en souvienne aussi dans les salons de nos pouvoirs à nous !

Quelle Europe demain ?

« J’espère que le choc de cette élection va avoir l’effet de renforcer l’Europe, qui doit donc s’affirmer davantage, plus fortement et d’une seule voix sur la scène internationale. » Réagissant à l’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, Didier Reynders a dénoncé la tentation du repli sur soi et rappelé la nécessité d’une Europe plus forte. On peut s’attendre à ce que la politique européenne soit moins calquée sur celle de Washington. Il y a là, peut-être, une opportunité de faire émerger une autre Europe, mais il faudrait, pour cela, que l’Union européenne inspire à nouveau confiance et se mette au niveau du citoyen, l’associe à sa politique, réponde aux aspirations des gens, des peuples, et cesse de se voir comme un simple espace économique, une simple étape sur la voie d’un monde où le grand business déciderait de l’essentiel, en fonction de ses seuls intérêts. A force de malmener la cohésion sociale, on s’expose à des convulsions dont on ne mesure pas les conséquences.

Le triomphe inattendu de Donald Trump, ce cow-boy qui se disait prêt à contester le résultat de l’élection si celle-ci ne lui était pas favorable, a logiquement éclipsé les autres informations qui ont circulé dans les médias français. Parmi celles-ci, nous avons relevé la déclaration d’intention de Matthias Fekl, chargé du commerce extérieur dans le gouvernement de Manuel Valls. Franco-Allemand, Matthias Fekl peut-il encore influer sur la politique européenne ? Qu’est-ce qui va changer avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ?

Publié ce mardi 8 novembre sur le site du journal Le Monde :

Après le psychodrame du CETA, la France veut réformer la politique commerciale européenne

Le secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Matthias Fekl, présente des propositions pour tirer les leçons du Tafta et du CETA afin de mener des négociations commerciales plus démocratiques.

Comment tenir compte des inquiétudes croissantes des citoyens à l’égard des accords de libre-échange sans pour autant saborder la politique commerciale, au cœur de la construction européenne depuis sa genèse ? C’est la question épineuse à laquelle tente de répondre le secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Matthias Fekl, confronté depuis sa nomination en 2014 à deux négociations transatlantiques explosives : le Tafta (ou TTIP), avec les Etats-Unis – pour l’instant en sommeil, en attendant l’installation de la prochaine administration américaine –, et le CETA, avec le Canada, signé fin octobre à l’issue d’un psychodrame avec la Wallonie, qui a bien failli le couler.

« La crise démocratique européenne se répercute sur la politique commerciale, qui a été négociée pendant trop longtemps dans l’opacité et validée selon des procédures trop éloignées des citoyens et des parlements », estime M. Fekl, qui a présenté, mardi 8 novembre, une série de propositions pour réformer la conduite des négociations commerciales européennes. Une initiative qu’il présente comme l’aboutissement des réflexions nourries au Quai d’Orsay depuis deux ans, qui fait figure d’ultime offensive au crépuscule du quinquennat.

Accroître la transparence

La France souhaite aller au-delà des avancées des dernières années, qui ont notamment conduit à la publication des mandats de négociation, autrefois confidentiels. Pour briser le secret des négociations à huis clos, M. Fekl propose que leur contenu soit immédiatement et systématiquement rendu public après chaque cycle de discussion (« sauf exception dûment justifiée »), de même que l’identité et le pedigree des négociateurs.

Il souhaite également rendre publiques les prises de position exprimées par les ministres du commerce européens lors de leurs sommets – une manière de mettre chacun devant ses responsabilités, alors que la responsabilité est aujourd’hui diluée dans une prise de position officielle des Vingt-Huit, qui ne reflète pas les débats en leur sein.

Impliquer les parlements

La France aimerait pouvoir inviter à la table des négociations certains parlementaires (européens ou nationaux), comme c’est déjà possible avec les membres du Congrès américain, afin de renforcer leur implication dans le processus, plutôt que de les cantonner au rôle de chambre d’enregistrement. « Il ne faut pas que les parlements n’aient le choix qu’entre un “oui” et un “non” à la fin des négociations », estime-t-il.

Impliquer les Etats membres

Matthias Fekl regrette que les Etats européens donnent un blanc-seing à la Commission européenne au moment où ils lui confient un mandat de négociation. Il souhaite que ces mandats soient révisables, voire périssables si la négociation s’éternise, afin de les adapter plus facilement aux évolutions de la réalité.

Cibler davantage les négociations

Jugeant que « la juxtaposition de dizaines de négociations bilatérales est préjudiciable » à l’Europe, le secrétaire d’Etat invite Bruxelles à réduire ses ambitions, quitte à redéployer des effectifs sur la vérification de l’application déjà en vigueur. Il souhaite que chaque nouvelle négociation soit précédée d’un processus de consultation publique et la publication d’études d’impact économique émanant d’au moins trois écoles de pensée différentes… sans qu’on sache ce qu’il se passera si elles s’avèrent contradictoires.

Aider les « perdants »

Paris souhaite que l’Europe identifie plus clairement les futurs gagnants et perdants des accords commerciaux pour pouvoir les aider, secteur par secteur et zone par zone. Elle plaide aussi pour renforcer le budget de 150 millions d’euros annuels aujourd’hui mobilisable pour soutenir les « perdants » de la mondialisation.

Instaurer des contraintes sociales et environnementales

Matthias Fekl prône la création des mécanismes contraignants pour faire appliquer les exigences environnementales et sociales des accords de libre-échange, aujourd’hui complètement improductives. Avec l’objectif que « les négociations commerciales contribuent au succès de l’accord de Paris sur le climat ».

Autant de propositions que la France entend présenter courant novembre à la Commission européenne, et inscrire à l’agenda du Sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert, à Paris début décembre. Si M. Fekl fait valoir que certaines ont déjà « reçu un écho favorable » de la part de plusieurs gouvernements sociaux-démocrates européens, il est difficile de savoir à quelle échéance elles pourraient éventuellement se concrétiser. Le secrétaire d’Etat français se refuse en tout cas à exiger de la Commission européenne qu’elle reprenne la vingtaine de négociations en cours sur ces bases, arguant que « l’Europe ne peut avancer si la France réclame des choses toute seule ».

Le Larousse se fout de nous

En Wallonie comme en France, le dictionnaire Larousse est une institution. Ouvrage de référence, il nous accompagne depuis les bancs de l’école. Quand on a un doute, le bon réflexe est d’ouvrir un dictionnaire et, la plupart du temps, ce dictionnaire est un Larousse. On le respecte à la façon d’un maître. Alors mieux vaut ne pas nous décevoir.

Peut-être y a-t-il d’autres impératifs que la rigueur, même quand on a pour objectif de l’enseigner. Voici ce que Louis Cartilier nous écrit :

Dans le Petit Larousse illustré 2017 (donc imprimé dès mai 2016), page 1978, au mot « Wallonie », je lis que la population wallonne est de 3.563.060 habitants.

En vérifiant sur le site « statbel.fgov.be/fr/statistiques….. », je constate qu’il s’agit du chiffre valable au 1/1/2013, mais soit.

Plus loin, cela s’aggrave : dans le même article, il est écrit : « …il existe une minorité germanophone d’environ 3.546.329 habitants »! (sic).

Conclusion : selon Larousse, il resterait donc un peu moins de 17.000 Wallons de langue française habitant la Wallonie.

Ce chiffre (3.546.329) est en réalité la population wallonne au 1/1/2012.

Chacun appréciera.

Les GLORIEUSES françaises

Pourquoi les Françaises sont appelées à cesser le travail aujourd’hui à 16h34
Un collectif féministe appelle à une grève à cette date et à cette heure pour dénoncer l’écart de salaire entre les femmes et les hommes.
Un collectif féministe appelle à une grève à 16h34, le 7 novembre 2016, pour dénoncer l\'écart de salaire entre les femmes et les hommes.
Un collectif féministe appelle à une grève à 16h34, le 7 novembre 2016, pour dénoncer l’écart de salaire entre les femmes et les hommes. (GARO / PHANIE / AFP)
franceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le 07/11/2016 | 08:07
publié le 03/11/2016 | 19:09

« Si les femmes étaient payées autant que les hommes, elles pourraient s’arrêter de travailler le 7 novembre à 16h34. » C’est le constat choc signé par la newsletter féministe Les Glorieuses, qui milite pour l’égalité salariale entre les sexes. Pour dénoncer cet état de fait, le collectif a donc lancé l’initiative suivante : appeler les Françaises à quitter le travail à cette heure précise ce lundi 7 novembre. Leur appel, relayé sur Facebook, a été signé par plus de 5 000 personnes. Relayant cet appel, l’association féministe Les Effrontées donne rendez-vous aux salariées françaises pour un rassemblement à Paris, place de la République. Pourquoi ce type d’initiative ? Existe-t-il un précédent ? Que risquez-vous si vous quittez votre poste lundi à 16h34 ? Franceinfo répond à ces trois interrogations si vous voulez suivre le mouvement.

Commentaire de l’ AWF : ce serait chouette que leurs collègues masculins montrent leur solidarité dans ce juste combat. Ce serait chouette aussi que les femmes wallonnes adoptent la même attitude que leurs amies de France.

Le CETA décrypté

« Publicité, sauvegarde du peuple », est-il écrit sur le fronton de l’hôtel de ville de Verviers. Ce n’est pas de publicité commerciale qu’il est ici question, mais de la publicité donnée au débat politique et de la volonté de rompre avec l’opacité du pouvoir. Ce principe affirmé voici près de deux cents ans, quand la démocratie n’était qu’un idéal, semble aujourd’hui d’une autre époque, en dépit de tous les radotages sur l’éducation à une citoyenneté responsable, et alors même que l’internet peut donner l’impression de transformer le monde en une tour de verre. On cède à la facilité. L’information devient plus superficielle. On obéit à des impératifs économiques.

Certes, il y a un devoir pour les médias d’informer le citoyen. Ce lundi 31 octobre, le Monde et le site allemand Correctiv ont décrypté l’accord entre l’Europe et le Canada. Des journalistes se sont plongés, enfin, dans la lecture du CETA pour en expliquer les enjeux. Heureuse initiative, assurément, mais qui survient après la signature du traité, après la polémique soulevée par les autorités wallonnes. Jusque-là, la position du journal Le Monde était tout sauf critique à l’égard du CETA. Le discours dominant, presqu’anesthésiant, voulait que la signature allait de soi, car seuls des extrémistes pouvaient avoir l’idée de s’y opposer.

Si les opposants au CETA n’étaient pas des démocrates, alors, bien sûr, le respect de la démocratie exigeait de signer sans se donner la peine de comprendre, ni même de lire, et puis zut on se passera de votre accord… La démocratie a-t-elle encore le même sens pour tout le monde ? Au vu de ce qu’on peut lire à présent dans le Monde, on doit bien convenir qu’il y a, dans cet accord commercial, de réelles menaces pour la démocratie. On a le droit d’y être attentif. Force est de constater qu’un journal dit « de référence » était loin de vouloir attirer l’attention de ses lecteurs sur ce qui pouvait, légitimement, faire débat.

Les décideurs n’avaient manifestement pas l’intention d’ouvrir le débat. La résistance de la Wallonie, qui n’avait pourtant rien de révolutionnaire, a été traitée avec une certaine arrogance. La Commission européenne devrait en tirer des leçons; on ne doute pas qu’elle le fera mais, à voir les réactions des uns et des autres, il est à craindre que ce ne soit pas dans le sens d’une plus grande légitimité démocratique.

Voici le lien vers le dossier du Monde : Au cœur du CETA.

Lire aussi : Je suis patron et contre le CETA (« Walter Feltrin, administrateur délégué ABM-TECNA est opposé au traité. Pour lui, les promesses et bénéfices juteux pour les PME ne sont que poudre aux yeux » : cette carte blanche a été publiée sur le site du journal Le Soir le 25 octobre passé.)

Nicolas Hulot à Liège

On n’a pas oublié son film documentaire intitulé « Le Syndrome du Titanic ». On n’a pas oublié sa volonté de se lancer dans l’arène politique en 2011. Les deux fois, ses attentes ont été cruellement déçues, mais Nicolas Hulot reste une personnalité qui compte dans le paysage médiatique français. Beaucoup regrettent sa décision de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2017, alors qu’au printemps, sa popularité était supérieure à celle de Macron, à celle de Juppé. Lui, il a cessé de croire en sa capacité de réenchanter la politique. Il ne se sent pas taillé pour les petits meurtres entre amis. Sa candidature aurait fait grincer des dents.

Ce jeudi 3 novembre, Nicolas Hulot sera l’invité de l’Université de Liège.  Lui qui, il y a quelques jours, déclarait que « refuser le Ceta, c’est donner une chance à l’Europe », il se sentira peut-être un peu chez lui, en Wallonie. Il donnera une conférence au Théâtre de Liège à 18h30. L’événement, prévu depuis longtemps, est lié à « la création de l’Observatoire HUGO de l’Université de Liège, première structure de recherche spécifiquement dédiée à l’étude des migrations environnementales ».

La conférence est gratuite mais toutes les places ont déjà été réservées.

A chacun ses a priori

Un accord a été trouvé sur le CETA. Mais le débat n’est pas clos. Les autorités wallonnes ont usé de leur pouvoir pour dénoncer les dérives du libre-échange. On peut leur reprocher d’en avoir trop fait, ou pas assez, mais chacun aura eu l’occasion de mieux s’informer sur les enjeux de ce traité, en attendant ceux qui vont suivre. On a eu droit aux arguments des uns et des autres, et pas seulement à des invectives. A ce propos, nous nous faisons un devoir de signaler le texte à charge que Jules Gheude a publié hier sur le site de la RTBF.

En voici le lien : Paul Magnette et le CETA, un incroyable gâchis.

Ceta : le débat est lancé

Vous le savez, mais il est bon de le rappeler, l’AWF est un mouvement citoyen pluraliste. Aussi est-ce avec plaisir que nous publions ci-dessous un article d’opinion que nous envoie Pierre Hazette. Cet article se trouve sur le site du journal Le Soir. Que le débat continue sans tomber dans la précipitation… (Paul D.)

Puisqu’ils sont désormais mieux éclairés sur le contenu d’un traité dont ils demandaient par une résolution du 25 avril 2016 qu’il devienne « mixte » – ce qu’il est devenu –, les parlementaires wallons pourraient vouloir tenir compte des quelques éléments suivants en toute dernière minute :

1. Nous en sommes à la signature du traité, c’est-à-dire à la fin des négociations, pas à son approbation sur le fond ni à son entrée en vigueur définitive. Tous les parlements seront encore appelés à approuver le Ceta. On verra alors si les peuples d’Europe, à travers leurs élus, le soutiennent ou pas.

2. Certes, parce qu’il est devenu « mixte », ce traité est appelé à entrer en vigueur provisoirement. C’est une pratique constante de l’Union européenne et cela n’a rien de définitif ; ainsi que la Cour constitutionnelle allemande l’a rappelé récemment, chaque Etat pourra mettre fin à cette application provisoire s’il ne le ratifie pas. La Wallonie ne doit pas physiquement signer le traité elle-même : elle pourrait seulement, à ce stade, ne pas refuser que la Belgique le fasse.

3. Toutes les annexes, déclarations et notes de bas de page au Ceta en font partie intégrante (art. 30.1) et ont donc la même force juridique en droit international que le traité lui-même. Une déclaration interprétative n’a pas la valeur d’un prospectus de vacances, contrairement à ce que l’on a très sottement soutenu.

4. Les niveaux de protection de nos législations dans toutes les matières sensibles telles que la santé, la sécurité alimentaire, l’environnement ne sont pas mis en danger par le Ceta. Notre droit de conserver un niveau élevé de protection, de réguler, est assuré et ne changera pas aussi longtemps que nous ne voulons pas le changer. La crainte du bœuf aux hormones, des poulets chlorés et des OGM ne tient pas.

5. Le Ceta est un traité de commerce et d’investissement. Si les règles protectrices des investissements (qui sont précises et resserrées par rapport aux abus actuels) sont interprétées différemment de part et d’autre de l’Atlantique par les juges nationaux, les multinationales en profiteront et les flux financiers changeront au gré des interprétations divergentes. Seule une juridiction internationale peut assurer qu’il n’y a pas de concurrence dans la protection des investissements. Par ailleurs, les règles du Ceta ne peuvent pas être appliquées par les juges nationaux (art. 30.6), ce qui préserve l’autonomie législative des Etats et de l’Union : devant les juridictions nationales, un exportateur ou un investisseur ne peut pas attaquer en nullité une loi en se prévalant du Ceta. Veut-on changer cela ?

6. Le Ceta change profondément le système actuel des tribunaux « privés » d’investissement. On a comparé des pommes et des poires. Ce n’est pas sérieux. Le Ceta prévoit un tribunal des investissements à la compétence limitée, ne pouvant connaître que de certains litiges selon des règles bien plus précises qu’aujourd’hui. Il y aura un mécanisme d’appel et tous les juges seront sélectionnés, nommés et payés par les Etats. Ils ne pourront pas, pendant qu’ils sont juges, s’occuper de différends d’investissement. De la même manière qu’il vaut mieux que les juges nationaux aient une certaine expérience du contentieux avant de devenir juges, il est préférable de nommer des juges internationaux expérimentés : expérience et indépendance ne sont pas incompatibles.

7. Devant le tribunal international des investissements Ceta, les PME wallonnes ayant investi au Canada pourront être défendues par leurs avocats. Si elles gagnent, leurs frais et débours sont mis à charge du Canada. Devant les juridictions canadiennes, elles devraient être représentées par des conseils canadiens et soumises à la procédure canadienne.

8. Comment demander aux autres Etats du monde qu’ils acceptent un tribunal des investissements parce que l’on se méfie de leurs juridictions nationales si nous n’en avons pas avec un Etat aussi proche que le Canada ? On nous répondra : deux poids deux mesures et nos investisseurs devront se défendre devant des juridictions nationales dont l’indépendance peut vraiment être mise en doute. Le Ceta est un modèle à cet égard et le tribunal des investissements pourra devenir multilatéral au fur et à mesure des traités conclus.

9. Le « non » wallon renforce tous les eurosceptiques et réjouit certainement les Brexiters  : le Royaume-Uni va sortir de l’Union, il obtiendra sans doute un accès pas trop défavorable au marché intérieur et conclura ensuite des traités de libre-échange avec ses si proches alliés que sont le Canada et les Etats-Unis. En conséquence, les investisseurs nord-américains s’installeront au Royaume-Uni plutôt que sur le continent et les biens produits en Angleterre grâce à des capitaux américains et canadiens envahiront le marché de l’Union, à notre détriment. Il en sera d’autant plus ainsi qu’après quelques années difficiles post-Brexit, la livre sterling sera faible et concurrentielle face à l’euro. Le chômage diminuera au Royaume-Uni, il augmentera sur le continent. Bonne chance ensuite pour résister aux torpilles que lanceront Mme Le Pen et consorts. L’Union sera encore plus décrédibilisée dans l’opinion publique. Il n’est pas certain que ce scénario se produira, mais le refus wallon le rend possible. C’est une énorme responsabilité.

10. Pendant des années, on s’est plaint que l’Union européenne n’avançait pas parce que les gouvernements britanniques successifs rejetaient systématiquement la faute sur les institutions européennes. On fait désormais exactement la même chose : on dit ainsi que la Commission s’est comportée comme un « délinquant politique ». Peut-on arrêter de nourrir la théorie du complot ?

11. Le monde est complexe. On ne le change pas tout seul dans son coin et un traité international ne se conclut pas tout seul. Il est toujours le résultat d’un compromis et, s’il faut bien entendu être extrêmement vigilant, il faut le juger dans son ensemble pour ce qu’il est. Ce pays a une longue tradition de compromis et d’ouverture internationale par le droit. Le dommage fait à la réputation de la Wallonie comme terre d’accueil aux investissements étrangers (et pas seulement canadiens) est énorme. Belle publicité gratuite pour la Flandre. On espère voir autant d’énergie mise à reconstruire notre réputation qu’à la détruire.

12. La démocratie et la complexité ne sont pas antinomiques, même s’il est parfois difficile pour l’opinion publique de ressentir une allégeance pour des institutions perçues comme complexes et lointaines. Une grande partie de l’opinion publique soutient, en Wallonie et au-delà, le gouvernement wallon. Les groupes de pression altermondialistes et anticapitalistes, qui ont poussé à demander la mixité du traité afin de le bloquer, ont extrêmement bien préparé les esprits. Pourtant, on n’améliore pas le monde et la démocratie en répandant des rumeurs sur le contenu de textes et en adoptant un discours qui oppose le peuple aux soi-disant élites. Quand un politicien fait cela, il est applaudi par le peuple, il augmente son propre pouvoir, il règne par la suspicion et non la raison. On a osé dire sur un plateau télé qu’il « ne fallait pas avoir lu le Ceta pour le comprendre » : n’est-on pas tombé bien bas et ne mérite-t-on pas un débat public d’une autre tenue ?

La Wallonie soulève les passions

La Wallonie qui empêche la Belgique de signer l’accord sur le CETA, c’est une « honte », selon Geert Bourgeois. Mais l’Open Vld, lui,  ne se contente pas d’invectiver, il veut passer outre et signer quand même. Comme il n’est pas suivi par le gouvernement belge, il peut désormais compter sur son leader historique, devenu un des ténors du Parlement européen : Guy Verhofstadt propose en effet de requalifier le traité pour le faire dépendre de la compétence exclusive de la Commission européenne. Aux yeux de l’ancien « baby Thatcher », ce serait même une heureuse avancée de l’intégration européenne.

Daniel Cohn-Bendit, avec lequel Guy Verhofstadt a signé un Manifeste pour une révolution postnationale en Europe, est néanmoins d’un avis très différent concernant l’opposition de la Wallonie au CETA. Pour sa part, « la Fondation Nicolas Hulot salue le courage de la Wallonie qui s’est faite le porte voix d’une grande partie de la société civile européenne ». Dans un texte publié par le Figaro puis repris par le Soir, Natacha Polony demande aux Wallons de prêter Paul Magnette aux Français pour l’élection présidentielle de 2017. Mais ce qui ressemble le plus à un panégyrique à la gloire de Paul Magnette, c’est le long portrait qu’en dresse Gaël Brustier, un politologue français, aussi dans le Figaro.

Par ailleurs, dans le journal Libération, Jean Quatremer affirme que, contrairement à ce que voudraient faire croire les défenseurs du traité, un échec du CETA ne marginalise pas l’Union européenne.

Quant à l’hebdomadaire « Marianne », il a une position assez claire sur le sujet. Voici ce qu’on pouvait y lire ce lundi 24 octobre :

CETA : l’honneur de l’Europe défendu par les Wallons

 Grâce au « non » de la Wallonie, la Belgique permet de bloquer la signature du Ceta. Le vrai scandale n’est pas que 3,5 millions d’individus défendent le bonheur et l’honneur de 496,5 millions contre les représentants de cette majorité, mais que 27 nations aient accepté le déshonneur ou le risque du déshonneur.

Notre civilisation s’illustre chaque jour davantage dans le syndrome du « roi est nu » d’Andersen, où il revient à une petite fille de faire acte de lucidité dans une foule béate d’admiration devant un souverain à poil. Ainsi donc, le projet de Ceta, de son vrai nom « Canada-Eu Trade Agrement » dans sa langue dominante (traduisez Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne), avait été approuvé par 27,5 des 28 états de l’Union. Par chance, au vu du malaise suscité par le Tafta et par le Brexit, le gouvernement français avait demandé que le traité soit mixte, à savoir coopté par la Commission européenne et par les 28 exécutifs, à la grande déception du très barrosien Jean-Claude Junker qui souhaitait que la Commission puisse décider seule d’un accord qui implique l’avenir des peuples. Il s’est donc trouvé par miracle un territoire peuplé d’irréductibles Européens pour dire non à un compromis reniant les valeurs fondatrices de l’Europe. La moitié francophone de la Belgique, dite Wallonie, a eu l’outrecuidance de pointer des articles constituant une menace directe sur le fonctionnement de l’économie et de la société. Le Ceta entend rompre toutes les barrières, au nom du libre échange globalisé euro-canadien, en contournant ou annulant des normes qualitatives protégeant le producteur et le consommateur.

Cette éthique économique et commerciale, exprimée à travers des réglementations mises en place au nom de la sécurité et de la transparence, mais aussi des appellations et des labels garantissant l’origine et l’authenticité des produits, est évidemment une odieuse entrave au libre-échange. Le marché-roi autour duquel se recompose l’économie mondiale ne veut plus d’entraves morales. Les grandes multinationales ont besoin de museler les Etats si elles veulent financiariser une fois pour toutes la consommation globalisée.

Les Wallons ont dit « non » à l’une des plus odieuses forfaitures politiques de ce siècle

Alors que de Athènes à La Haye et de Lisbonne à Helsinki, en passant par Berlin, Rome et Paris, les dirigeants européens avaient fermé les yeux, au nom d’une omelette que l’on ne fait pas sans casser les œufs, sur des renoncements incompatibles avec l’idée même d’une Europe libre et souveraine (ou alors tout est faux), il est une vieille cité, d’une vieille province, où siège le vrai parlement d’un vrai peuple, qui a dit non à l’une des plus odieuses forfaitures politiques de ce siècle. Frappés de bon sens, de clairvoyance et d’un courage certain, les Wallons, ces « Français d’outre Meuse », ainsi que nombre d’entre eux se revendiquent, ont, à travers leur ministre président, le très européen et socialiste Paul Magnette, refusé d’entériner un traité dont ils considèrent, en toute légitimité, qu’il remet en cause leur sécurité, leur société, leur économie et leur souveraineté nationale.

Nous n’énumérerons pas ici tous les points d’achoppements provoquant le refus wallon, sinon le plus emblématique de tous, celui qui prévoit que des tribunaux spéciaux pourront recevoir la plainte de firmes étrangères attaquant en justice un Etat dont le changement de réglementation pourrait constituer un préjudice pour leurs intérêts financiers. « T’as vu jouer ça où ? », serait-on tenté de lancer au concepteur de cette sinistre plaisanterie. Vous imaginez Nutella traînant la France devant le tribunal parce qu’une taxe anti-huile de palme entamerait ses bénéfices ? Vous imaginez Coca Cola portant plainte contre Berlin si le Bundestag décidait une réduction de la dose d’aspartam dans les sodas lights ? Vous imaginez Mac Do faisant condamner l’Italie au titre que le parlement de Rome souhaiterait limiter le taux de matière grasse dans un hamburger ?

Cela, 27 états européens plus la Flandre en avait accepté le principe. Le vrai scandale n’est donc pas que 3,5 millions d’individus défendent le bonheur et l’honneur de 496,5 millions contre les représentants de cette majorité, mais que 27 nations aient accepté le déshonneur ou le risque du déshonneur. Ce « Non » wallon est donc un « Oui » à une Europe des citoyens et des nations dont la communauté de destin s’appuie sur une économie porteuse de concurrence libre et non faussée. Gageons que d’autres voix et d’autres consciences s’y joindront. Ici Namur !

Périco Légasse

L’automne d’un pays…

Un billet de Jean-Luc Lefèvre

Avec le retour de l’automne, on ne peut que s’émerveiller des couleurs d’un attelage toujours belge en droit, mais toujours plus déplumé comme son premier ministre en titre.

Jour après jour en effet, comme nos forêts wallonnes, la bell(g)e se dénude toujours un peu plus.

La mortelle incursion des F16 pour les civils syriens dénoncée par la Russie ? Un vulgaire montage en 3D dénoncé par la RTB toujours Francophone, mais exclusivement  dans la langue de Vondel par trois hauts responsables des forces armées : le patron de la composante aérienne, le responsable du contrôle aérien (basé à Glons en région liégeoise) et le ministre fédéral ! La Belgique, un état fédéral confisqué !

Ministre de la Défense, mais aussi de la Fonction Publique, et toujours nationaliste flamand (le cumul simplifie toujours les choses !), il annonce dans le même temps la prochaine évaluation linguistique des hauts fonctionnaires de l’état dit « fédéral ». Mais en excluant des légitimes compétences exigées, la langue allemande reconnue par la Constitution ! Comment ne pas être plus clair quant aux réels enjeux de l’affrontement français – néerlandais ?

Les vrais enjeux ne sont pas linguistiques. Ils résident aussi dans le respect de la loi et de l’état de droit.

Le chef de l’état est en visite au Japon à la tête d’une mission économique, et donc une visite officielle ? Son irresponsabilité politique exige qu’il soit accompagné d’un ministre pour apporter son contre-seing. Ni Reynders (retenu à Bruxelles), ni le Secrétaire d’état au Commerce extérieur (en formation aux States) ne sont présents, Philippe sera donc seul, comme un grand, tout nu politiquement…

Quand la Région wallonne renâcle légitimement (un traité mixte, une compétence dévolue aux régions à la demande de la Flandre lors de la dernière réforme de l’État) au traité commercial avec le Canada, un partie de Septentrion (l’Open VLD, pas la N-VA, plus diplomate) crie au scandale et exige de passer outre en instrumentalisant un Sénat rendu croupion…

En Belgique, décidément, les feuilles tombent. Les masques aussi.

Les choses sont de plus en plus claires dans cet espace d’entre-deux façonné par les grandes puissances au lendemain de Waterloo : si l’état belge survit, ce sera un état flamand. S’il devait disparaître, et les ministres N-VA chargés des compétences régaliennes sont performants à cette « fin », ce sera à charge des francophones lésés par une injuste clé de répartition des moyens (60 – 40%) préjudiciable aujourd’hui aux étudiants en médecine et aux investissements dans le rail, demain à la ventilation d’une dette excessive. Marche ou crève, tel est le message !