Notre ami Pierre Hazette nous donne une belle leçon d’histoire peu connue de l’ensemble des citoyens wallons. Nous l’en remercions.
« J’en parle dans mon livre « Aux Portes de l’Avenir, vingt siècles de résistance, cinquante ans d’indépendance… » Casbah Editions en page 241. »
Pierre Hazette, sénateur, ancien ministre de l’enseignement obligatoire de Belgique l’évoque dans sa conférence du 24 octobre 2013 organisée par l’AWF à Namur, en ces termes :
« L’an dernier, en visite à Alger pour le compte de la candidature liégeoise à l’organisation de l’exposition internationale de 2017, je retrouvai Karim Younès, l’ancien Président de l’Assemblée nationale et, comme d’habitude avec lui, nous entreprîmes de refaire le monde.
« Sais-tu, me dit-il, que vous êtes ce que vous êtes, vous Wallons, en raison d’une proximité étroite avec notre histoire à nous, Algériens ? ».
Je montrai un peu de perplexité, ce qui permit à Karim, qui avait préparé son coup, d’étaler devant moi les documents relatifs à la conquête française de l’Algérie en 1830. Voici son exorde!
Le chasse-mouche peut bien servir d’anecdote romanesque destinée à attendrir le bon peuple de France dit karim Younes. Mais les diplomates d’Europe réunis en conférence à Londres en ce 4 novembre 1830 ne sont pas dupes.
En fait, ils sont convoqués pour débattre du sort du territoire compris entre la Hollande et la France.
En cette année, le Roi des Français, Louis- Philippe est en difficulté avec le reste de l’Europe. Le congrès de Vienne, en 1815, a non seulement scellé la défaite de Napoléon, mais aussi imposé un nouvel ordre européen ; Louis Philippe, successeur de Charles X a donc nommé opportunément un diplomate d’expérience, Talleyrand ambassadeur à Londres. C’est ce dernier qui représente les intérêts français à cette conférence.
La question traitée sur les bords de la Tamise est de savoir quel sort réserver aux provinces du sud des Pays-Bas. Elles ne veulent plus de Guillaume, le Roi de Hollande, mais certaines de ces provinces sont francophones et d’autres parlent une langue proche de celle des Hollandais. Fallait-il scinder le territoire litigieux en deux ?
En attribuer une partie à la France et l’autre aux Pays-Bas ? Fallait-il au contraire créer un État indépendant, la Belgique ? Faisant mine d’adopter profil bas, Talleyrand se range du côté de la majorité des pays : La France, dira-t-il, abandonne ses prétentions sur cette partie du territoire, mais en homme rusé et prospectif, il ajoute qu’il demande seulement pour prix de sa bonne volonté la reconnaissance tacite et consensuelle de la souveraineté française en Algérie.
Talleyrand obtint l’Algérie contre le renoncement de la France à annexer la Wallonie.
Effectivement soutient Pierre Hazette, « en cette même année 1830, la coalition de l’Église catholique et des francophones de tous bords des provinces du sud eut raison du règne de Guillaume d’Orange. C’était donc en septembre 1830.
En novembre, 1830 toujours, à la conférence de Londres, Talleyrand dut choisir : indisposer les Anglais en réclamant l’intégration de la Wallonie à la France et laisser les provinces flamandes au Roi Guillaume ou rallier la cause des promoteurs d’un Royaume de Belgique. S’il optait pour la deuxième proposition, il s’assurait l’assentiment international pour éliminer la piraterie en Méditerranée et, par voie de conséquence, pour occuper l’Algérie.
Talleyrand voulait de vastes territoires pour la France : l’Algérie lui convenait mieux que la Wallonie !
Ainsi, notre destin a été scellé, conclut Pierre Hazette il y a moins de deux cents ans, et on ne pourra prétendre qu’il le fut par application anticipée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ! ».
Karim Younes