Grandes compétitions sportives ou sport professionnel et politique ont, hélas, toujours fait bon ménage. Dois-je revenir sur l’exemple des jeux olympiques disputés en Allemagne sous le IIIème Reich ?
Sans aller jusqu’à cet extrême, n’est-ce pas « Le Vif-L’Express » qui, lors de la campagne brésilienne des footballeurs « Red Devils » faisait sa Une de ce titre vindicatif : « Les Diables Rouges, arme anti N-VA » ! Nous connaissons la suite. Aux élections suivantes, la N-VA devenait le premier parti belge.
Nous devons bien avouer que le football professionnel, particulièrement, regorge d’exemples où le mélange des genres est criant. Le mot « respect » que portent les joueurs sur la manche de leur maillot est d’un risible incommensurable.
Petite anecdote : c’est Robert Collignon, ancien Président wallon, qui me confiait : « Nous ne pouvons que nous réjouir de voir Eden Hazard à la tête d’une équipe belge qui pratique un football de qualité, mais ne nous trompons pas. Si il est indéniable que les joueurs belges jouent en équipe, qu’ils soient wallons, flamands ou bruxellois, quand ils rentrent chez eux, les Wallons et les Bruxellois emportent avec eux le noir, jaune, rouge tandis que les Flamands n’emportent que le noir et le jaune laissant le rouge dans les vestiaires. » A méditer…!
Réduire le sport au football professionnel serait bien sûr une erreur. Tous les autres sports souffrent d’ailleurs de cette sur-exposition d’un sport qui les écrase.
Mais revenons au fait qui provoque l’indignation du « Soir ».
Maarten Bauwens n’a fait que suivre la même ligne que bien d’autres sportifs en affichant ses convictions. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Il a tout simplement réaffirmé son penchant pour le nationalisme flamand. La belle affaire ! Cela mérite-t-il les cris d’orfraie de la gazette bruxelloise ? Pour ma part, à tout prendre, je préfère celles et ceux qui se permettent le politiquement incorrect à celles et ceux qui ont des attitudes différentes selon l’interlocuteur ou le public auquel elles/ils s’adressent.
Là, au moins, les choses sont claires !
Paul D.
Ci-après, vous trouverez l’article du site du « Soir »
Un Belge champion d’Europe de jiu-jitsu pose avec le drapeau flamingant sur le podium
La performance est belle mais la célébration l’est beaucoup moins. Ce samedi, Maarten Bauwens est devenu champion d’Europe de jiu-jitsu en moins de 85kgs, battant l’Espagnol Rogelio Andres Gonzalez Roja en finale. Newsletter sport
Une superbe performance pour le combattant de 29 ans. Mais au moment d’aller recevoir sa médaille d’or, l’athlète de Tamise (près de Saint-Nicolas) est monté sur le podium avec un drapeau flamingant entre les mains (les ongles du lion sont noirs contrairement aux ongles rouges du lion du drapeau de la Flandre) préférant donc un drapeau régional et non national sur un podium international.
Une célébration que Maarten Bauwens répète fièrement lors de chacun de ses podiums, comme il est possible de le voir sur les réseaux sociaux du combattant.
Alors que les bons Belges que nous appelons belgicains sont toujours prompts à parler de flamingants quand ils font allusion à des Flamands qui aspirent à une Flandre qui travaille à son autonomie, ils s’octroient les vertus de modérés, de démocrates, d’humanistes. N’allez surtout pas leur dire qu’ils sont chauvins. Ils revendiquent leur amour de la monarchie belge, des frites belges, de la bière belge, de la culture belge (sic), du surréalisme belge, d’une bonhomie que leur envient leurs voisins français. Quel plaisir pour un journaliste belge de faire exprimer à un invité français qu’il aime cette attitude belge de ne pas se prendre au sérieux ! (sic)
En fait, ces belgicains sont de vrais nationalistes belges !
Là se situe le véritable drame wallon.
Est-ce à la Belgique unitaire que certains veulent revenir aujourd’hui ? Cette Belgique unitaire a-t-elle jamais été un exemple d’unité et d’harmonie ?
Kevin De Laet pose deux excellentes questions. L’article qu’il développe dans Knack vaut le détour. Bien sûr, nous ne pouvons être d’accord avec sa vision communautariste qui nie l’existence de la Région de Bruxelles. Vous savez que nous nous inscrivons dans un avenir régionaliste pour la Wallonie avec quatre Régions aux compétences identiques (Flandre, Wallonie, Bruxelles, Région de langue allemande), étape indispensable avant l’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République française.
Paul D.
Vlinks aspire à une Flandre sociale, juste et inclusive, avec une autonomie maximale.
Vlinks est un mouvement nationaliste proche du SPa (socialistes flamands)
Opinion publiée dans Knack ce 2 mars 2019. Traduit du néerlandais
« Ceux qui sont encore stupides aujourd’hui avec cette Belgique unitaire qui n’a jamais existé et a de moins en moins de chances d’exister, est essentiellement nationaliste », écrit Kevin De Laet de Vlinks.
La Belgique est un pays complexe, nous le savons. Sur une parcelle relativement petite, nous avons environ six gouvernements, trois régions et trois communautés, et quelque part un comité communautaire commun. La situation pourrait être pire: la Suisse compte trois millions d’habitants de moins, mais 27 parlements, gouvernements et constitutions au total. Mais on dit souvent que la Belgique est un pays désespérément complexe. C’est pourquoi dans les médias des voix doivent souvent simplifier tout cela. «Retour» à un État unitaire, avec un gouvernement et un parlement, et tous les pouvoirs régionaux fédérés à nouveau. Cette vision peut paraître amusante sur le papier, une telle simplification merveilleuse ! Mais faites attention au «retour à un État unitaire». Cela présuppose un passé belge de paix et de libertés unitaires auxquelles nous pouvons revenir avec ne fut-ce que cinq minutes de courage politique. Le problème est que la Belgique a à peine existé.
Nous parlons d’une Belgique unitaire avec un droit de vote unique universel pour tous les citoyens. Il est important de souligner le droit de vote. Après tout, dans l’existence d’une Belgique unitaire, la majorité de la population a longtemps été exclue du pouvoir de décision, ce qui a permis d’interdire assez longtemps les conflits communautaires dans la politique officielle belge. La majorité de la population, qui parlait le vernaculaire local, n’était pas représentée au parlement. Lors des premières élections en Belgique «démocratique», en 1831, lorsque la loi électorale existait, seules 46 000 personnes étaient autorisées à voter. Ce n’est qu’en 1948, lorsque les femmes ont également obtenu le droit de vote général, que le droit de vote plus ou moins normalisé que nous connaissons aujourd’hui existait. La première réforme de l’Etat a eu lieu en 1970, donc seulement 22 ans plus tard (ou : une génération). La Belgique véritablement unitaire, dotée du droit de vote unique universel, n’existe donc que depuis quelques décennies.
Discorde communautaire
Est-ce un bon moment maintenant où l’unité et l’harmonie belge prévalent de revenir à « la Belgique unitaire » ? Non ! Rappelez-vous : Nous avons vécu quasi une guerre civile avec la question royale, puis il y eu les marches sur Bruxelles, il y a eu la question de la mine de charbon de Zwartberg et il y a eu la bataille pour Louvain flamand. Dans tous ces cas, la scission de la Belgique était en réalité beaucoup plus grande qu’elle ne l’a été au cours des décennies qui ont suivi « la Belgique unitaire ». Les gens sont sortis dans la rue en masse, se sont disputés, ont commencé à tuer, à fomenter des émeutes. Ils se sont battus avec la gendarmerie. À cet égard, la situation est particulièrement calme depuis quelques décennies en Belgique, malgré les divisions institutionnelles plus importantes. Quiconque rêve d’un « retour » à la Belgique unitaire harmonieuse peut s’attendre à un réveil douloureux : cette Belgique n’a jamais existé.
Et aujourd’hui ? Après tout, les temps changent et le conflit linguistique a été largement combattu. Une « Belgique unitaire » serait-elle possible aujourd’hui ? Les temps changent et la situation est devenue beaucoup plus difficile. Après tout, la Flandre et la Belgique francophone se sont déjà beaucoup dispersées. En termes de langue, ce ne sont pas les Flamands qui sont convaincus, mais les francophones.
Est-ce la Belgique unitaire que certains veulent aujourd’hui retrouver, avec un tel exemple d’unité et d’harmonie ?
Par exemple, alors que le français est encore une matière obligatoire pour tous les élèves néerlandophones, l’inverse n’est pas le cas en Wallonie. Dans de nombreuses écoles, le néerlandais n’est qu’une matière à option et de plus en plus d’élèves abandonnent le néerlandais pour l’anglais. Ceci alors que tous les Flamands doivent encore apprendre le français pendant quelques années à l’école (la qualité de ce français par rapport à ce Flamand est une question différente). C’est un cliché, mais cela reste valable : réunissez cinq Belges flamands et un Belge francophone, et le français est la langue officielle. Rassemblez cinq Belges francophones et un Flamand, et il y a de grandes chances pour que ce dernier se tourne vers le français (bien qu’approximatif) dès le début.
La prochaine génération de Wallons apprendra probablement moins le néerlandais et, lentement, la Belgique deviendra un pays où les deux parties du pays devront communiquer entre elles dans une troisième langue étrangère. A partir de là, il n’est plus question d’une nation, si jamais elle a existé.
Nous sommes déjà en pratique des Etats différents, si ce n’est en nom. Cela n’a qu’un petit rôle à voir avec la scission institutionnelle. C’est une donnée linguistique d’efficacité. La Wallonie et la Flandre sont en fait du même ordre de grandeur, selon les normes européennes. Deux parties plus ou moins égales du pays. Toutes deux sont parfaitement capables de créer un espace public totalement différent, avec une Wallonie qui deviendra peut-être imbriquée dans la France tandis que la Flandre le sera avec les Pays-Bas. Chaque région du pays peut disposer d’un espace culturel presque entièrement développé, qui répond à tous les besoins culturels. Plus besoin de culture soi disant « belge ». Au cas où la Flandre et la Wallonie soient jugées trop petites, nous pouvons simplement nous inspirer de cultures en provenance de l’étranger.
Les programmes de télévision, l’industrie de la musique, les journaux et magazines, la radio, s’appliquent tant bien que mal : soit nous pouvons subvenir à nos besoins, soit nous importons tout à coup directement à l’espace international (à domination américaine). De quoi d’autre avons-nous besoin ensemble ? Les romantiques nationalistes belges peuvent appeler spontanément «bière», «chocolat», «frites» et «Diables Rouges». Mais à l’exception de ces derniers, ces choses seront aussi bonnes sans la « Belgique ». (Nous n’avons même pas le monopole en tant que ‘Belgique’ de toute façon.) Et au-delà ? Regardons les choses en face : combien de Wallons célèbres de la génération actuelle peuvent citer de Flamands célèbres ? Et vice versa ? Et combien d’entre eux ne sont que des hommes politiques qui ne connaissent la frontière linguistique que parce qu’ils sont des hommes politiques belges ? Quel pourcentage de la population lit encore les journaux de l’autre communauté ? Quelles télévisions regardent nos populations à partir de cette constatation ?
Dans l’esprit, ce pays a longtemps été divisé. Il serait en fait réactionnaire et extrêmement conservateur d’essayer de revenir en arrière.
Des minorités
De plus, il y aurait encore des problèmes politiques qui apporteraient un herunitarisering « avec elle. Allez Wallons mais encore une fois expliquer qu’ils maintenant juste une minorité dans ce pays où les Flamands dominent. L’état belgo-Flamand est toujours un cauchemar là – bas. Allez Bruxelles expliquer encore une fois leur terrain de jeu de la « capitale » devrait disparaître et que Bruxelles est à nouveau seulement une ville en Belgique au lieu d’une région à Entière partiel soit « . Et d’ ailleurs, que la cinquième ville de la population, à moins qu’ils ne met en œuvre encore une fusion municipale. Une Belgique unitaire donnerait fait beaucoup plus Flemings possibilité aux exigences de fonds propres pour faire demi – tour. Je pense que les Belges francophones sera le premier à ‘ »appeler s’ils réalisaient ce que cette Belgique unitaire signifie réellement.
Des avantages?
Ce qui compte pour l’espace culturel l’est aussi pour l’économique. La Belgique a-t-elle des avantages par rapport à la Flandre et à la Wallonie? Le niveau « Belgique » peut-il faire quelque chose que les autres niveaux ne peuvent pas prendre en charge en temps voulu? L’avantage d’échelle est souvent cité. Mais honnêtement, y a-t-il une telle différence d’échelle? La Belgique a à peu près la même population que la Grèce, la Flandre ressemble beaucoup au Danemark. Pas vraiment une différence d’échelle qui peut être considérée comme remarquable.
Ce que la Flandre ou la Wallonie ne peuvent faire seules, elles le peuvent probablement mieux dans d’autres contextes qui offrent des économies d’échelle significatives: au niveau européen ou pourquoi pas au niveau du Benelux. Le climat et l’environnement sont l’un des arguments classiques en faveur de la «nouvelle fédéralisation», mais c’est précisément sur ces thèmes que la coopération avec les Pays-Bas serait plus utile que avec la Wallonie, car la Flandre et les Pays-Bas ont plus en commun. Curieusement, si vous dites cela à certains rêveurs belges, vous voyez parfois apparaître l’aversion nationaliste la plus primitive. En tout état de cause, même dans ce domaine, la Belgique n’offrira plus aucun avantage. En fait, il n’ya guère d’arguments rationnels pour maintenir la Belgique.
Sentiment romantique
Ce qui reste est dans tous les sentiments romantiques concernant un passé unitaire belge glorifié (qui n’existait donc pas). Parfois, ils le résument avec l’argument d’une « marque forte », mais il s’agit principalement de symboles et de mythes nationaux. Dans ce domaine, le rêve belge ne diffère pas vraiment du nationalisme flamand romantique. Il ne reste plus vraiment beaucoup de « Belges », dans le sens de : des choses que nous devons encore faire ensemble directement. Cela contraste avec le véritable espace social flamand ou francophone existant. Soyons honnêtes: quiconque adore encore aujourd’hui cette Belgique unitaire, qui n’a jamais existé et qui existe de moins en moins, est fondamentalement nationaliste. Vous pouvez, bien sûr, ne pas être d’accord, mais ne soyez pas si hypocrite de le nier.
« …mais vous envoyez des coaches climat dans les écoles. » Ainsi s’expriment les jeunes face aux politiciens.
Nouvelle marche pour le climat ce jeudi. Hier, une rencontre entre les élèves du secondaire et les représentants des partis politiques était organisée à Namur. Et les jeunes n’ont pas mâché leurs mots…
Ça continue dans la foulée de la COP21 ° de Paris. (NDLR)
La ville d’Anvers accueille ce jeudi la cinquième marche des jeunes pour le climat depuis le début de la mobilisation en Belgique.2.500 marcheurs sont présents.Cette fois, il ne s’agit pas d’une initiative locale (Anvers a pour maire le leader de la Nouvelle Alliance Flamande) (NDLR), mais du grand événement organisé par Youth for Climate et l’une de ses initiatrices Anuna De Wever. L’activiste suédoise de 16 ans Greta Thunberg est également présente, comme à Bruxelles la semaine dernière.
C’est la huitième semaine consécutive que des actions sont organisées dans toute la Belgique contre le réchauffement climatique. L’événement est organisé avec Students for Climate, la plateforme pour le climat des étudiants du supérieur.
Si les participations en nombre sont variables selon les dates et les localisations ( participation beaucoup plus importante en Wallonie et à Bruxelles, les jeunes de Flandre restant beaucoup plus frileux) NDRL, la mobilisation ne faiblit pas. Ce mercredi, Namur, capitale de la Wallonie (NDRL) en a encore été témoin.
Ils étaient 300 jeunes à s’être déplacés jusqu’à Namur ce mercredi après-midi à l’invitation des directeurs des écoles du secondaire. Leur présence n’est pas anodine. Après plusieurs semaines de mobilisation et de revendications pour dénoncer l’inaction du monde politique face au réchauffement climatique, ces jeunes étudiants du secondaire venus des quatre coins de la Wallonie et de Bruxelles ont représenté leurs écoles lors d’un débat hors du commun avec les représentants des 6 partis politiques de langue française (NDRL) organisé dans un auditoire de l’Université de Namur.
Face à eux, les partis avaient envoyé leurs spécialistes climat ou leurs grandes figures médiatiques avec des Jean-Luc Crucke (MR, Mouvement Réformateur), Carlo Di Antonio (cdH, Centre démocratique humaniste), Raoul Hedebouw (PTB, parti des travailleurs de Belgique), Paul Magnette (PS, parti socialiste), Olivier Maingain (DéFI) et la seule femme du panel, Sarah Schlitz (Ecolo)
À quelques semaines des élections, ce « face à face » s’annonçait sur papier comme un premier grand rendez-vous électoral pour les représentants des partis qui n’ont pas hésité tout au long des échanges à revenir, face aux interpellations, sur une série de mesures prises face à l’urgence climatique.
Le tempo des échanges, animé par Marie-Martine Schyns, la ministre de l’Enseignement en Communauté française (NDLR), est ponctué par des chahuts (NDLR) avec des applaudissements pour certains et des huées pour d’autres. « Ce qui se passe depuis 2 mois a fait bouger les lignes comme elles n’ont jamais bougé depuis 5 ans. La loi climat (déposée au Parlement fédéral) pourrait aboutir« , s’est réjouie la représentante d’Ecolo. Jean-Luc Crucke, président wallon (NDLR), leur dira même de continuer le combat. « Nous pouvons être fiers d’avoir une jeunesse comme la vôtre. Continuez la pression au-delà des élections. Mais rien n’est simple. Les solutions sont plus complexes que les yaka. Personne ne détient la vérité suprême si ce n’est le timing et l’urgence.«
Cash dans leurs questions, les jeunes vont jusqu’à bousculer les responsables politiques. Ils prouvent surtout au monde politique qu’un besoin urgent de pédagogie et de réponses concrètes est nécessaire pour expliquer les démarches entreprises par les gouvernements. « On n’est pas là pour parler politique mais pour du concret et qu’à la fin, on puisse se dire que cette réunion a servi à quelque chose« , lance un étudiant. « Pourquoi parlez-vous tout le temps et pourquoi n’agissez-vous pas? » interpelle un autre. « Êtes-vous réellement conscients de la problématique du climat ? Si vous l’aviez été, vous n’auriez pas attendu qu’on commence à gueuler dans la rue« , lâche un autre.
Sans les juger, les jeunes s’interrogent sur la voie à suivre. « Vous ne dites rien aux multinationales mais vous envoyez des coaches climats dans les écoles.« Lancé sur la thématique, Raoul Hedebouw n’a cependant trouvé personne pour soutenir la fin du modèle capitaliste qui, aux yeux du leader communiste, freine le combat climatique.
« Moi aussi je n’aime pas le capitalisme mais si on doit attendre que le capitalisme ne soit plus là, ce sera foutu. Nationaliser Electrabel-Engie (NDLR) n’est pas une bonne idée« , lui répond Paul Magnette (PS). Jean-Luc Crucke, qui croit aux vertus du marché, n’hésite pourtant pas à interpeller le monde patronal. « Par rapport à la loi climat au Fédéral, je ne comprends pas que la N-VA,(Nouvelle Alliance Flamande) premier parti belge (NDRL) et les employeurs comme la FEB (Fédération des entreprises belges) ne comprennent pas qu’il faut changer le système.«
° La COP est une conférence internationale sur le climat qui réunit chaque année les pays signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC). L’ édition 2015 (COP21) a été organisée par la France. L’ Accord de Paris qui y a été adopté marque un tournant dans la lutte contre le réchauffement climatique puisqu’il engage tous les pays du monde à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C d’ici à 2100.
N.B. : pour une meilleure compréhension de nos nombreux lecteurs français, nous avons ajouté quelques éléments dans le texte du journaliste François-Xavier Lefèvre en indiquant chaque fois (NDLR)
(Mis en ligne le 26/02/2019 dans le SOIR « volé »)
Pour Hendrik Bogaert, le «régime francophone» tente «d’exterminer» la culture flamande en Belgique Il compare le génocide au Congo à un « ethnocide anti-flamand ».
La question du de « génocide » commis au Congo par « le régime belge francophone » a un prolongement : la tentative « d’ethnocide » commis par le même régime contre la culture flamande en Belgique, a indiqué mardi le député Hendrik Bogaert (CD&V) en commission de la Chambre. Comme pour le Congo, il pose la question de l’opportunité de présenter là aussi des excuses.
Avec sa collègue Vlaams Belang Barbara Pas, le député interrogeait mardi le Premier ministre Charles Michel au sujet de l’évolution de travaux de recherche portant sur la question des soldats « fusillés pour l’exemple » durant la guerre de 14, pour désertion ou insubordination. Faisant débat dans d’autres pays comme la France ou le Canada, cette question prend en Belgique une tournure communautaire alors que des défenseurs de la cause flamande ont régulièrement, à travers l’histoire, évoqué les récits de soldats flamands persécutés par des officiers francophones, une narration qui a d’ailleurs participé au mythe fondateur du Mouvement flamand.
Dans un autre dossier, celui des affres de la colonisation, pour lequel un comité d’experts de l’ONU requiert des excuses de la Belgique, la droite flamande s’est elle limitée à en circonscrire la responsabilité au régime du roi Leopold II, au XIXe siècle. « Tentative d’extermination d’une culture » Pour Hendrik Bogaert, les faits qu’il dénonce en 14 et ce qui s’est produit au Congo au XIXe siècle, ont la même origine : le « régime belge francophone » auteur d’un « génocide » au Congo, puis d’une tentative « d’ethnocide » anti-flamand en Belgique.
« Nous sommes en train d’examiner ce que nous devons faire, si nous devons, oui ou non, présenter des excuses pour le génocide commis au XIXe siècle au Congo par le régime belge francophone. Je dis que cette question a un prolongement, à savoir l’ethnocide que ce même régime belge a tenté de perpétrer à l’égard de la culture flamande néerlandophone en Belgique », a indiqué le député chrétien.
« Un génocide n’est évidemment pas un ethnocide, mais il s’agit bien ici clairement de la tentative systématique d’extermination d’une culture, de la langue d’une autre communauté », a-t-il précisé. « Nous ne sommes plus alors au XIXe siècle mais, dans le prolongement, au XXe, lorsque des soldats furent condamnés, alors qu’ils n’avaient pas pu s’exprimer dans leur propre langue », a-t-il conclu. Avant de demander en vain au Premier ministre si là aussi des excuses seront présentées par la Belgique pour des faits qui à l’entendre ont toujours « une signification aujourd’hui ».
( ndlr : un témoin anonyme aurait aperçu Béatrice Delvaux en pleurs au pied de la statue du cardinal Mercier…Je blague)
« Ça suffit » : voici le mot d’ordre des manifestations contre l’antisémitisme, organisées ce soir à Paris et dans plusieurs villes. Mais les partis politiques qui y participent ne pourront faire l’économie d’une réflexion plus large.
Le 14 mai 1990, suite à la profanation de tombes juives, une manifestation avait rassemblé 200 000 personnes, dont le président de la République de l’époque, François Mitterrand. • Crédits : Patrick Hertzog -AFP
En organisant ce rassemblement, le Parti socialiste tente de donner un écho à la grande protestation nationale de 1990. Après la profanation de tombes juives au cimetière de Carpentras, 200 000 personnes s’étaient mobilisées dans les rues. Y compris le président de la République :
La manifestation de ce soir réunira-t-elle autant de monde ? La triste répétition des actes antisémites va-t-elle agir comme un anesthésiant ou bien comme un électrochoc ?
Ce rassemblement marque en tout cas un tournant : ce soir place de la République à Paris, se retrouveront la quasi-totalité des partis politiques français… Comme un bref moment de silence dans le fracas des oppositions hystérisées depuis des mois.
Mais la présence commune ne pourra pas masquer les dissensions et les questions : fallait-il convier ou non le parti de Marine Le Pen ? Le Rassemblement national manifestera séparément. Et que penser des responsables politiques, au sein de la gauche de la gauche, qui condamnent l’agression d’Alain Finkielkraut… tout en laissant entendre qu’il l’a un peu provoquée, par ses prises de position ?
Une fois les pancartes et les banderoles rangées, chacun de ces partis devra aussi s’interroger sur ce que révèle, au fond, la scène de l’agression verbale contre Alain Finkielkraut…
Parmi les « insulteurs », l’on voit deux personnes que pas grand-chose ne rassemble, a priori. L’un avec son béret et sa canette de bière, l’autre avec sa barbe et sa lèvre supérieure rasée, dont le journal Le Parisien nous apprend qu’il a gravité dans la mouvance islamiste.
Alliage curieux, également, dans les mots employés : à la fois la vulgarité la plus crasse (injure sur la famille de la victime) et un habillage rhétorique qui mêle Israël et une référence au peuple français, dont serait exclu le philosophe. Des interjections à la fois très primaires et très allusives.
Que dit cette scène sur la pénétration de ce type d’idées en France ? Quelle est leur influence au sein des gilets jaunes ? Une chose semble déjà certaine : le mouvement ne peut ni se réduire à cela, ni s’en abstraire totalement. À ÉCOUTER AUSSI Réécouter L’insondable passion pour la haine.
Des ferments de haine ont été recensés par une étude de la fondation Jean Jaurès, et l’on parlait ici-même des risques d’une mobilisation « attrape-tout ». Cela dit, il y a un mois, des manifestants aux slogans similaires (« nous sommes judéophobes ») avaient été boutés… par d’autres gilets jaunes, en haut des Champs-Élysées. Et Jérôme Rodrigues, l’une des figures de la contestation, a condamné sans réserve les injures contre Alain Finkielkraut.
Le mouvement a muté
Néanmoins, le mouvement a muté. Les gilets jaunes du 17 novembre ne sont pas ceux de décembre, qui ne sont pas ceux de février.
La protestation contre les taxes sur le carburant s’est transformée en colère contre l’invisibilité d’une partie de la population, qui s’est muée en hostilité parfois violente contre les institutions et leurs suppôts allégués.
Observez les têtes d’affiche du mouvement : la bretonne Jacqueline Mouraud a été éclipsée au profit d’Eric Drouet, qui lui même, aujourd’hui, semble en peine de contrôler grand-chose.
Le rétrécissement du mouvement sur sa base – la plus motivée et la plus dure – donne à voir, c’est inévitable, ces visages déformés de haine. Ils étaient jusqu’ici dilués dans la masse. Les voici à la vue de tous.
Comme la mer, qui se retire peu à peu, laisse sur le sable les déchets et les cadavres.
Le Boulangisme, ce grand mouvement de protestation – populiste, dirait-on aujourd’hui – de la fin du XIXème siècle, avait été infiltré par les antisémites, comme le rappelle l’historien Laurent Joly dans le Monde (abonnés). Il note que ces forces-là, une fois le boulangisme révolu, ont eu « la place libre ».
Jusqu’ici, les gilets jaunes préfèrent mettre en avant ce qui les rassemble plutôt que ce qui les divise. Mais face à ces débordements, la grande clarification est-elle vraiment une option ?
Longtemps gentiment ridiculisé, notamment par Coluche, le
Belge est devenu aujourd’hui chez nos voisins français, un «produit tendance»
et un sujet d’admiration, ce qui ne cesse évidemment de nous interloquer, nous
les Belges ! Et particulièrement ceux qui ne font pas partie de cette toute
nouvelle génération qui triomphe aujourd’hui…
C’est en tout cas troublant quand on a été ignoré, voire
carrément moqué. Et revient donc sans cesse la question : comment le statut des
Belges a-t-il pu changer aussi vite?
Bien sûr, on ne peut pas dire qu’aucun Belge de l’ancienne
génération n’a réussi à Paris. Plus de 40 ans après sa disparition, Jacques
Brel n‘est pas oublié des Français – mais de son temps, il n’existait encore ni
les Victoires ni les César pour l’honorer.
Durant les sixties, Salvatore Adamo vendait plus de disques
de Johnny Hallyday, mais les deux stars avaient également des racines ancrées
en Belgique, au moins culturellement pour l’un, et au moins biologiquement pour
l’autre…
Il n’y avait donc pas, par le passé, d’obstacles majeurs à
ce qu’un compatriote soit reconnu, voire adulé en France.
Les décennies suivantes ont sans doute été moins roses pour
le produit belge. On songe à Pierre Rapsat devenu un grand nom chez nous, mais
qui n’est jamais parvenu à s’imposer en France. Machiavel ou Sttellla non plus,
malgré leurs belles tentatives… Maurane a, elle, connu la reconnaissance de
ses pairs plus que celle du grand public…
Terrain défriché
Sans doute nos chanteurs actuels ont-ils aussi pu bénéficier
d’un terrain défriché par leurs compatriotes comédiens ?
Une mode belge existe à Paris, peut-être bien depuis Benoît
Poelvoorde, François Damiens, Stéphane De Groodt et Virginie Efira… Avec
leurs différences et leurs particularités, ces gens-là ont pu paraître décalés,
voire exotiques pour une génération de Français moins sûrs d’eux et même
peut-être en plein doute. Ils ont personnifié un « autre que soi », pas si
différent, mais plus naturel, plus spontané, plus audacieux, plus fun et même
en apparence plus décomplexé… Cette image-là a profité à Arno, mais aussi,
dans des registres plus pointus, à des groupes comme Deus ou Girls In Hawai, et
maintenant à Stromae, Roméo Elvis, Damso et Angèle… Dans d’autres domaines,
c’est Alexandre Vizorek, Charline Van Hoenacker, Virginie Hocq… Tous ceux-là
doivent-ils craindre qu‘un jour, la mode belge passe et qu’ils soient alors
complètement «out» ? Le risque existe : l’arrogance paradoxale du Belge
estimant que, lui, ne se prend pas au sérieux, pourrait très bien ne plus
passer ! A ce moment-là, il faudra compter, rien que sur son talent et plus du
tout sur la mode.
Selon l’IWEPS, 40 % des Wallons estiment réaliste la séparation de la Belgique
Publié le Mercredi 6 Février 2019 sur le site sudinfo.be
L’Institut wallon des statistiques (Iweps) vient de boucler son grand baromètrequinquennal.
C’est sans doute le changement le plus spectaculaire du baromètre 2018 de l’Iweps : près de quatre Wallons sur dix estiment que la séparation de notre paysest réaliste. Et même si 92 % des Wallons interrogés sont contre la séparation de la Belgique, ils sont 36 % (contre 21 en 2013) à la juger possible.
Le Wallon commencerait-il à sortir la tête du sable et à évaluer la situation de la Belgique dans sa réalité ?
Le Wallon commencerait-il à en avoir assez de voir se développer le confédéralisme belge dans lequel la Flandre de manière rampante considérerait la Wallonie comme sa chose dans l’attente de la flamandiser complètement ? En d’autres termes, refuserait-il que la Wallonie devienne une colonie de la Flandre ?
La Flandre manque de terrains et prône l’expansionnisme vers la Wallonie et particulièrement vers l’Ardenne où il n’est plus rare aujourd’hui de voir des villages composés de 50 % de Colons flamands qui payent chers leurs cocons au seul bénéfice d’agences immobilières.
Ce phénomène fait augmenter le prix de l’habitat, rendant l’accession à la propriété impossible pour les autochtones. De plus en plus d’Ardennais disent ne plus pouvoir vivre là où ils ont grandi.
L’exemple de la plus petite ville du monde, Durbuy, est éclairant à ce sujet. Un bon reportage de la RTBF a démontré que le sieur Coucke, grand argentier et bon patron flamand, venait en Wallonie pour une raison fondamentale : y faire du business. Son « amour » pour la région passant loin derrière son but principal. Quant aux Wallons de souche, il leur est demandé de quitter la ville à la recherche d’un ailleurs.
Malades des coupes budgétaires, les musées fédéraux sont exsangues (Belga Publié le 31/12/2018)
Victimes de coupes budgétaires de 13 à 30 % en dix ans, les musées fédéraux sont exsangues, confrontés à « une situation impossible », « une crise majeure », « un pourrissement sur pied », confient divers directeurs dans Le Soir lundi.
Les Musées royaux des beaux-arts (MRBAB) ont perdu 19 % de leur personnel de 2007 à 2017, et leur dotation est passée de 4,5 millions en 2011 à 3,4 millions en 2018. Une perte de 25 % en six ans. « Grosso modo, on a perdu 20 % de notre personnel, 25 % de notre dotation », résume son directeur Michel Draguet.
13% de budget en moins pour le Museum des Sciences naturelles Le Muséum des sciences naturelles a perdu 13% de ses budgets en cinq ans. Aux Musées royaux des beaux-arts, la dotation a diminué de 25% en six ans. Bien que récemment rénové, le musée de l’Afrique centrale de Tervuren a perdu un quart de son budget, presque un quart de son personnel. Son directeur Guido Gryseels parle de « crise majeure ».
Les saignées budgétaires sont mises en cause mais aussi les normes comptables européennes « SEC2010 » contraignant à l’équilibre budgétaire parfait pour chaque exercice. L’interprétation de celles-ci par la Belgique a pour impact concret d’empêcher tout achat d’œuvre d’art de plus de 30.000 euros par exemple. En outre, la Loterie nationale n’est plus la béquille budgétaire qu’elle était, et le privé n’est pas à même de pallier les déficiences de l’État en l’absence d’incitants fiscaux en faveur du mécénat.
POINT DE VUE. « Gilets jaunes » : peut-on encore gouverner à l’heure des réseaux sociaux ?
A l’heure des réseaux sociaux, « celui qui crie le plus fort aura le dessus, quelles que soient ses revendications », regrette le politologue Olivier Costa.
POINT DE VUE. « Gilets jaunes » : peut-on encore gouverner à l’heure des réseaux sociaux ?
Le politologue Olivier Costa, auteur de cet article, est directeur de recherche au CNRS, et enseigne à Sciences Po Bordeaux. La version originale de cet article a été publiée sur le site The Conversation, dont franceinfo est partenaire. Il s’exprime ici librement.
Les autorités de l’Etat et les élus (et pas seulement ceux de la majorité, ne nous leurrons pas) font face à une défiance d’une ampleur inédite, à laquelle il est bien difficile de trouver une réponse, tant les revendications sont à la fois hétérogènes et individualistes (une par sous-catégorie de la population), irréalistes et contradictoires (davantage de services publics, mais moins d’impôts ; plus de croissance, mais moins de concurrence ; plus de sécurité, mais moins de règles), et déconnectées d’enjeux aussi fondamentaux que le réchauffement climatique ou l’endettement du pays.
Comment expliquer qu’on en soit arrivé là aussi vite ? Le premier constat, c’est que un mal plus profond, celui qui a conduit au Brexit, à l’élection de Viktor Orban, Donald Trump, Matteo Salvini et Jair Bolsonaro, et qui garantit l’inamovibilité de Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.
Les causes de ce syndrome sont connues : déclin des idéologies, affaiblissement des corps intermédiaires, pessimisme généralisé, peur du déclin (social, économique, industriel, environnemental, culturel, religieux…), crainte des grands changements (mondialisation, migrations, concurrence internationale, terrorisme, métropolisation…) et opportunisme des marchands de peur et de rêve, qui attisent l’angoisse et la haine, fonds de commerce de leurs prospères PME populistes et médiatiques.
A cela s’ajoutent la toute-puissance des réseaux sociaux, qui bousculent les logiques traditionnelles des mobilisations, de la communication, de l’information et du fonctionnement de l’espace public.
Mobilisation et action
D’abord, ils permettent, sans le moindre moyen financier, humain ou logistique, d’organiser à large échelle l’action de citoyens qui ne se connaissent pas. Sans les réseaux sociaux, il aurait été impossible à des quidams de coordonner si rapidement une protestation de cette ampleur. Le mouvement des « gilets jaunes », parti de mobilisations très limitées et dépourvu de toute ressource, a pu acquérir en l’espace d’un mois une ampleur considérable, laissant penser à certains qu’il a désormais vocation à se substituer aux partis, aux syndicats, et même à la représentation nationale.
C’est le sens des un discours de protestation et de révolte. Chacun a pu s’en apercevoir : il est presque impossible d’y entamer un dialogue serein et argumenté. Facebook ou Twitter, c’est émotion contre émotion, colère contre colère, indignation contre indignation, outrance contre outrance. Il s’ensuit, soit un dialogue de sourds entre des gens peu capables d’écoute, sans cesse aiguillonnés par des trolls ; soit la constitution de sphères qui s’autonomisent, peuplées de gens qui partagent les mêmes convictions, ici des citoyens qui pensent que le gouvernement fait une politique pour le seul bénéfice des banquiers, là d’autres qui estiment que les « gilets jaunes » sont tous des ahuris.
Primat de l’émotion sur les faits
Ce primat de l’émotion a gagné la sphère publique et médiatique. Ce qu’on entend, ce ne sont pas des arguments ou des idées, mais des émotions (« je suis en colère », « y en a marre ») et des perceptions (« je pense que je gagne moins », « on se moque de nous »). Les faits n’ont plus grande importance. C’est le règne de la croyance sur la connaissance : croyance religieuse ou croyance sociale, il en va de même.
Que 2 et 2 fassent 4 importe peu si certains pensent que c’est 5 ou 7. Insister sur le fait que l’arithmétique établit clairement que c’est 4 sera perçu comme du mépris ou de la condescendance…Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS
La légitimité d’un mouvement semblant se mesurer au degré d’émotion de ses protagonistes, ils sont incités à l’outrance et à la surenchère dans les arguments, jusqu’à légitimer la violence : « Monsieur le juge, j’ai lancé un pavé sur le CRS, mais, faut comprendre, j’étais très, très en colère. »
Ce qui frappe aussi, outre les CRS et les casseurs, c’est un dévoiement de la logique démocratique. Celle-ci ne doit, en principe, s’appliquer qu’à des choix politiques : le peuple décide de faire ceci ou cela. Mais, de plus en plus, elle s’applique aussi à bien d’autres domaines : à l’art (« Maître Gims est le meilleur chanteur, car le plus écouté ») ou même à la science (« les Américains pensent que le réchauffement climatique n’est pas d’origine humaine ou que la Terre a 5 000 ans, et il faut respecter cela »).
Qu’une majorité de citoyens viennent à croire que l’on peut s’abstenir de rembourser la dette de la France et que cela n’aura aucune conséquence, et cela devient une vérité. Que l’idée de doubler le smic soit largement soutenue, et ça devient option réaliste. La faisabilité des réformes n’est plus un paramètre pertinent.
Au nom d’une démocratie caricaturée
Au nom d’une démocratie mal comprise et des impératifs de l’audimat, sur quelque sujet que ce soit, les médias consultent d’ailleurs l’homme de la rue ou le chroniqueur atrabilaire, plutôt que le savant. Sur le réchauffement climatique, la dangerosité du glyphosate ou la croissance économique, l’avis du citoyen vaut bien celui du prix Nobel. Prétendre le contraire, c’est mépriser le peuple.
Au nom d’une démocratie caricaturée, on estime ainsi que l’avis de chaque citoyen, en toute chose, a la même valeur. On considère aussi qu’une foule vociférante est le peuple souverain. Que les « gilets jaunes » aient voté à plus de 60% pour le Rassemblement national et la France Insoumise, selon un sondage, et ne représentent donc qu’une partie minoritaire de l’électorat, importe peu.
S’ajoute à cela la diffusion sans cesse plus grande des fake news par les réseaux sociaux : on aura rarement vu autant d’affirmations péremptoires et d’informations farfelues alimenter un mouvement social. Il est quasiment impossible d’endiguer ce flot, en raison du caractère émotionnel de la mobilisation, de l’hermétisme des sphères des réseaux sociaux qui ne diffusent que des informations conformes à la pensée qui y domine, et du temps nécessaire à la dénonciation d’une fake news.
S’il faut dix secondes pour affirmer (comme on l’a beaucoup entendu) que la France n’a plus de Constitution ou qu’elle va être « vendue » à l’ONU, il faut dix minutes pour expliquer d’où viennent ces idées grotesques et pourquoi elles sont fausses.Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS
En outre, la croyance prenant le pas sur la vérité, et la fin justifiant les moyens, quand bien même on démontrerait que, non, la police n’a pas tué 15 personnes lors de telle manifestation, le mobilisé n’en démordra pas, au nom du « ça pourrait être vrai, alors on peut le dire » ou du « les experts et les journalistes sont aux ordres du pouvoir et des banques ».
Ce rapport élastique à la vérité, qui est une constante du discours des populistes, se diffuse désormais à grande vitesse, y compris parmi des citoyens a priori accessibles à la raison.
Un terrain de jeu idéal pour manipuler l’opinion
Les réseaux sociaux sont aussi un terrain de jeu idéal pour les organisations ou officines qui cherchent à manipuler l’opinion. On sait aujourd’hui le rôle qu’elles ont joué dans la campagne du Brexit ou l’élection de Donald Trump. On connaît le soutien indirect apporté par la Russie à des candidats pendant la campagne présidentielle de 2017 en France.
On en saura sans doute plus d’ici quelques semaines sur le rôle des réseaux antirépublicains d’extrême gauche ou droite, royalistes, anarchistes ou ultra-catholiques, dans la mobilisation des « gilets jaunes » (ce qui n’implique pas, bien entendu, qu’ils souscrivent à leurs idées).
Il ne serait guère surprenant d’apprendre que des pays qui voient d’un mauvais œil l’existence d’un pays stable et progressiste comme la France – et d’un ensemble pacifique comme l’Union – se sont mobilisés sur le sujet aussi, pour favoriser la diffusion des revendications des « gilets jaunes » et soutenir leur mobilisation.
Effets de contamination et de surenchère
Les réseaux sociaux, comme certains médias à leur remorque, favorisent aussi les effets de contamination et la surenchère : les « gilets jaunes » protestent contre la hausse du gazole et obtiennent un moratoire ? Qu’à cela ne tienne, lançons-nous (lycéens, étudiants, agriculteurs, ambulanciers…) dans la bataille pour obtenir nous aussi la prise en compte de nos revendications, ou du moins éviter d’être les victimes collatérales des concessions obtenues par les autres – car chacun sait qu’il faut que quelqu’un paie.
Les partis d’opposition et les syndicats sont déconcertés par un mouvement qui leur échappe ? A défaut de pouvoir en prendre le contrôle, mobilisons nos troupes pour surfer sur la vague du mécontentement et profiter de la faiblesse d’un gouvernement aux abois.
La logique d’argumentation qui domine les réseaux sociaux, et les médias d’information continue à travers ces plateaux où des chroniqueurs viennent mesurer leur capacité respective d’outrance et de démagogie, conduit à un relativisme du savoir et de la compétence qu’on a vu poindre aux États-Unis dès les années 1990. Les experts ne savent rien. Les (bons) journalistes sont des menteurs. Les élus des voleurs. Les ministres des incompétents…
On reconnaît, pour un temps encore, la compétence de l’électricien, du pilote d’avion ou du chirurgien (personne ne souhaitant qu’un citoyen lambda s’occupe de son installation électrique, prenne les commandes de l’Airbus où il est installé ou l’opère du genou), mais le haut fonctionnaire est un sot, le professeur un farfelu, le parlementaire un imposteur.
On méprise tout autant l’engagement associatif, partisan, syndical, et l’on nie la compétence et la légitimité de ceux qui donnent de leur temps, toute l’année durant, pour faire avancer des idées et des causes, et savent comment mener une mobilisation et une négociation.
Aujourd’hui, celui qui crie le plus fort aura le dessus, quelles que soient ses revendications.Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS
L’idée est que, puisque tous les responsables et élus sont réputés avoir échoué à régler les problèmes (réels ou fantasmés) de la France, Jacline Mouraud ou n’importe quel porteur de « gilet jaune » ne peut pas faire pire. Ils sont le peuple.
Face à tout cela, que pèsent la raison et l’argumentation ? Rien, ou si peu.
Le gouvernement a commencé à faire des concessions aux « gilets jaunes », mais les agriculteurs et les routiers, qui vont subir par ricochet les conséquences de ces décisions, se mobilisent à leur tour. Les lycéens et les étudiants en profitent pour lancer leur révolution quinquennale, avec une certaine fascination pour les méthodes extrêmes de certains « gilets jaunes ».
Le chacun pour soi, plutôt que l’intérêt général
Comment gérer une société dans laquelle chacun veut plus sans se soucier du fait que toute dépense publique doit être financée et que toute décision a des conséquences négatives ? Une société dans laquelle le sens de l’intérêt général a cédé la place au chacun pour soi ? Une société où l’on ne se soucie plus de la cohérence des discours et des revendications ? Une société où les citoyens s’en remettent au premier vendeur d’huile de serpent venu ?
L’optimiste pensera que les apprentis révolutionnaires vont tôt ou tard être confrontés à la réalité, aux difficultés bien concrètes de l’art de gouverner et de faire des arbitrages. Mais c’est oublier que, dans un système où priment émotions, impressions et semi-vérités, il est facile de renvoyer la responsabilité de ses échecs sur d’autres.Olivier Costa, directeur de recherche au CNRS
Observons les populistes de tout poil partout dans le monde : leur impuissance est toujours imputée aux technocrates qui les empêchent de mettre en œuvre leur programme, aux journalistes qui déforment la réalité, ou à des groupes précis de la population qui nuisent aux intérêts du peuple (Mexicains, Polonais, réfugiés ou banquiers, peu importe).
Il faut garder à l’esprit qu’un nombre croissant de citoyens, en France comme ailleurs, pensent qu’il existe des systèmes politiques préférables à la démocratie (on ne dit jamais lesquels) et sont fascinés par les leaders autoritaires ou populistes. Les responsables qui persistent à attiser le conflit ont tort d’estimer que la démocratie est un acquis définitif et qu’ils seront capables de ramasser la mise électorale au terme de la crise. Les premiers sondages montrent qu’ils n’en tirent aucun profit. Ils ne font que le jeu des groupuscules antirépublicains qui ont compris très tôt le parti qu’ils pouvait tirer de ce mouvement social.
Un accord de principe existe entre la France et la Belgique pour remettre en service la ligne Dinant-Givet (Anaïs Stas -RTB INFO -27/11/18) Où en sommes-où exactement ?
C’est la première fois, depuis l’abandon de l’exploitation de la ligne fin des années 80 – début des années 90, qu’il y a une volonté politique d’aboutir sur le dossier des deux côtés de la frontière.
La volonté politique est donc là mais ce n’est pas demain qu’on reverra des trains circuler. Actuellement, on en est au stade de l’étude de faisabilité.
Au niveau wallon, le dossier est porté par le Ministre-Président Willy-Borsus. « Il y a eu une avancée assez significative côté belge pour mener une étude très concrète qui va permettre d’indiquer quand, comment, avec quel budget et quelles perspectives… cette ligne pourrait être rééquipée. Dès la disponibilité de cette étude, je l’espère au plus tard au printemps 2019, nous pourrons alors prendre les décisions pour réactiver concrètement les travaux et les perspectives de cette ligne. » Quel est l’enjeu de la réouverture de cette ligne ?
Il y a évidemment l’aspect « développement durable ». D’un point de vue socio-économique, cela permettrait aussi de désenclaver la région frontalière de la botte de Givet.
Au niveau local, on pense aux patients français qui se rendent à l’hôpital de Dinant et aux commerces. A l’échelon international, la réhabilitation du tronçon manquant permettrait de relier Bruxelles et Namur à Charleville-Mézières et Reims. Quelle ampleur est le chantier ?
Le chantier est vaste. La ligne est désaffectée depuis 25 ans. Du côté belge, il y a 20 kilomètres de voiries à réhabiliter ; 3 côté français. A voir en fonction de l’ampleur des travaux si les subsides suivront…
La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde