Les Belgicains sont des nationalistes qui s’ignorent

Alors que les bons Belges que nous appelons belgicains sont toujours prompts à parler de flamingants quand ils font allusion à des Flamands qui aspirent à une Flandre qui travaille à son autonomie, ils s’octroient les vertus de modérés, de démocrates, d’humanistes. N’allez surtout pas leur dire qu’ils sont chauvins. Ils revendiquent leur amour de la monarchie belge, des frites belges, de la bière belge, de la culture belge (sic), du surréalisme belge, d’une bonhomie que leur envient leurs voisins français. Quel plaisir pour un journaliste belge de faire exprimer à un invité français qu’il aime cette attitude belge de ne pas se prendre au sérieux ! (sic)

En fait, ces belgicains sont de vrais nationalistes belges !

Là se situe le véritable drame wallon.

Est-ce à la Belgique unitaire que certains veulent revenir aujourd’hui ? Cette Belgique unitaire a-t-elle jamais été un exemple d’unité et d’harmonie ?

Kevin De Laet pose deux excellentes questions. L’article qu’il développe dans Knack vaut le détour. Bien sûr, nous ne pouvons être d’accord avec sa vision communautariste qui nie l’existence de la Région de Bruxelles. Vous savez que nous nous inscrivons dans un avenir régionaliste pour la Wallonie avec quatre Régions aux compétences identiques (Flandre, Wallonie, Bruxelles, Région de langue allemande), étape indispensable avant l’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République française.

Paul D.

Vlinks aspire à une Flandre sociale, juste et inclusive, avec une autonomie maximale.

Vlinks est un mouvement nationaliste proche du SPa (socialistes flamands)

Opinion publiée dans Knack ce 2 mars 2019. Traduit du néerlandais

« Ceux qui sont encore stupides aujourd’hui avec cette Belgique unitaire qui n’a jamais existé et a de moins en moins de chances d’exister, est essentiellement nationaliste », écrit Kevin De Laet de Vlinks.

La Belgique est un pays complexe, nous le savons. Sur une parcelle relativement petite, nous avons environ six gouvernements, trois régions et trois communautés, et quelque part un comité communautaire commun. La situation pourrait être pire: la Suisse compte trois millions d’habitants de moins, mais 27 parlements, gouvernements et constitutions au total. Mais on dit souvent que la Belgique est un pays désespérément complexe. C’est pourquoi dans les médias des voix doivent souvent simplifier tout cela. «Retour» à un État unitaire, avec un gouvernement et un parlement, et tous les pouvoirs régionaux fédérés à nouveau. Cette vision peut paraître amusante sur le papier, une telle simplification merveilleuse ! Mais faites attention au «retour à un État unitaire». Cela présuppose un passé belge de paix et de libertés unitaires auxquelles nous pouvons revenir avec ne fut-ce que cinq minutes de courage politique. Le problème est que la Belgique a à peine existé.

Nous parlons d’une Belgique unitaire avec un droit de vote unique universel pour tous les citoyens. Il est important de souligner le droit de vote. Après tout, dans l’existence d’une Belgique unitaire, la majorité de la population a longtemps été exclue du pouvoir de décision, ce qui a permis d’interdire assez longtemps les conflits communautaires dans la politique officielle belge. La majorité de la population, qui parlait le vernaculaire local, n’était pas représentée au parlement. Lors des premières élections en Belgique «démocratique», en 1831, lorsque la loi électorale existait, seules 46 000 personnes étaient autorisées à voter. Ce n’est qu’en 1948, lorsque les femmes ont également obtenu le droit de vote général, que le droit de vote plus ou moins normalisé que nous connaissons aujourd’hui existait. La première réforme de l’Etat a eu lieu en 1970, donc seulement 22 ans plus tard (ou : une génération). La Belgique véritablement unitaire, dotée du droit de vote unique universel, n’existe donc que depuis quelques décennies.

Discorde communautaire

Est-ce un bon moment maintenant où l’unité et l’harmonie belge prévalent de revenir à « la Belgique unitaire » ? Non ! Rappelez-vous : Nous avons vécu quasi une guerre civile avec la question royale, puis il y eu les marches sur Bruxelles, il y a eu la question de la mine de charbon de Zwartberg et il y a eu la bataille pour Louvain flamand. Dans tous ces cas, la scission de la Belgique était en réalité beaucoup plus grande qu’elle ne l’a été au cours des décennies qui ont suivi « la Belgique unitaire ». Les gens sont sortis dans la rue en masse, se sont disputés, ont commencé à tuer, à fomenter des émeutes. Ils se sont battus avec la gendarmerie. À cet égard, la situation est particulièrement calme depuis quelques décennies en Belgique, malgré les divisions institutionnelles plus importantes. Quiconque rêve d’un « retour » à la Belgique unitaire harmonieuse peut s’attendre à un réveil douloureux : cette Belgique n’a jamais existé.

Et aujourd’hui ? Après tout, les temps changent et le conflit linguistique a été largement combattu. Une « Belgique unitaire » serait-elle possible aujourd’hui ? Les temps changent et la situation est devenue beaucoup plus difficile. Après tout, la Flandre et la Belgique francophone se sont déjà beaucoup dispersées. En termes de langue, ce ne sont pas les Flamands qui sont convaincus, mais les francophones.

Est-ce la Belgique unitaire que certains veulent aujourd’hui retrouver, avec un tel exemple d’unité et d’harmonie ?

Par exemple, alors que le français est encore une matière obligatoire pour tous les élèves néerlandophones, l’inverse n’est pas le cas en Wallonie. Dans de nombreuses écoles, le néerlandais n’est qu’une matière à option et de plus en plus d’élèves abandonnent le néerlandais pour l’anglais. Ceci alors que tous les Flamands doivent encore apprendre le français pendant quelques années à l’école (la qualité de ce français par rapport à ce Flamand est une question différente). C’est un cliché, mais cela reste valable : réunissez cinq Belges flamands et un Belge francophone, et le français est la langue officielle. Rassemblez cinq Belges francophones et un Flamand, et il y a de grandes chances pour que ce dernier se tourne vers le français (bien qu’approximatif) dès le début.

La prochaine génération de Wallons apprendra probablement moins le néerlandais et, lentement, la Belgique deviendra un pays où les deux parties du pays devront communiquer entre elles dans une troisième langue étrangère. A partir de là, il n’est plus question d’une nation, si jamais elle a existé.

Nous sommes déjà en pratique des Etats différents, si ce n’est en nom. Cela n’a qu’un petit rôle à voir avec la scission institutionnelle. C’est une donnée linguistique d’efficacité. La Wallonie et la Flandre sont en fait du même ordre de grandeur, selon les normes européennes. Deux parties plus ou moins égales du pays. Toutes deux sont parfaitement capables de créer un espace public totalement différent, avec une Wallonie qui deviendra peut-être imbriquée dans la France tandis que la Flandre le sera avec les Pays-Bas. Chaque région du pays peut disposer d’un espace culturel presque entièrement développé, qui répond à tous les besoins culturels. Plus besoin de culture soi disant « belge ». Au cas où la Flandre et la Wallonie soient jugées trop petites, nous pouvons simplement nous inspirer de cultures en provenance de l’étranger.

Les programmes de télévision, l’industrie de la musique, les journaux et magazines, la radio, s’appliquent tant bien que mal : soit nous pouvons subvenir à nos besoins, soit nous importons tout à coup directement à l’espace international (à domination américaine). De quoi d’autre avons-nous besoin ensemble ? Les romantiques nationalistes belges peuvent appeler spontanément «bière», «chocolat», «frites» et «Diables Rouges». Mais à l’exception de ces derniers, ces choses seront aussi bonnes sans la « Belgique ». (Nous n’avons même pas le monopole en tant que ‘Belgique’ de toute façon.) Et au-delà ? Regardons les choses en face : combien de Wallons célèbres de la génération actuelle peuvent citer de Flamands célèbres ? Et vice versa ? Et combien d’entre eux ne sont que des hommes politiques qui ne connaissent la frontière linguistique que parce qu’ils sont des hommes politiques belges ? Quel pourcentage de la population lit encore les journaux de l’autre communauté ? Quelles télévisions regardent nos populations à partir de cette constatation ?

Dans l’esprit, ce pays a longtemps été divisé. Il serait en fait réactionnaire et extrêmement conservateur d’essayer de revenir en arrière.

Des minorités

De plus, il y aurait encore des problèmes politiques qui apporteraient un herunitarisering « avec elle. Allez Wallons mais encore une fois expliquer qu’ils maintenant juste une minorité dans ce pays où les Flamands dominent. L’état belgo-Flamand est toujours un cauchemar là – bas. Allez Bruxelles expliquer encore une fois leur terrain de jeu de la « capitale » devrait disparaître et que Bruxelles est à nouveau seulement une ville en Belgique au lieu d’une région à Entière partiel soit « . Et d’ ailleurs, que la cinquième ville de la population, à moins qu’ils ne met en œuvre encore une fusion municipale. Une Belgique unitaire donnerait fait beaucoup plus Flemings possibilité aux exigences de fonds propres pour faire demi – tour. Je pense que les Belges francophones sera le premier à ‘ »appeler s’ils réalisaient ce que cette Belgique unitaire signifie réellement.

Des avantages?

Ce qui compte pour l’espace culturel l’est aussi pour l’économique. La Belgique a-t-elle des avantages par rapport à la Flandre et à la Wallonie? Le niveau « Belgique » peut-il faire quelque chose que les autres niveaux ne peuvent pas prendre en charge en temps voulu? L’avantage d’échelle est souvent cité. Mais honnêtement, y a-t-il une telle différence d’échelle? La Belgique a à peu près la même population que la Grèce, la Flandre ressemble beaucoup au Danemark. Pas vraiment une différence d’échelle qui peut être considérée comme remarquable.

Ce que la Flandre ou la Wallonie ne peuvent faire seules, elles le peuvent probablement mieux dans d’autres contextes qui offrent des économies d’échelle significatives: au niveau européen ou pourquoi pas au niveau du Benelux. Le climat et l’environnement sont l’un des arguments classiques en faveur de la «nouvelle fédéralisation», mais c’est précisément sur ces thèmes que la coopération avec les Pays-Bas serait plus utile que avec la Wallonie, car la Flandre et les Pays-Bas ont plus en commun. Curieusement, si vous dites cela à certains rêveurs belges, vous voyez parfois apparaître l’aversion nationaliste la plus primitive. En tout état de cause, même dans ce domaine, la Belgique n’offrira plus aucun avantage. En fait, il n’ya guère d’arguments rationnels pour maintenir la Belgique.

Sentiment romantique

Ce qui reste est dans tous les sentiments romantiques concernant un passé unitaire belge glorifié (qui n’existait donc pas). Parfois, ils le résument avec l’argument d’une « marque forte », mais il s’agit principalement de symboles et de mythes nationaux. Dans ce domaine, le rêve belge ne diffère pas vraiment du nationalisme flamand romantique. Il ne reste plus vraiment beaucoup de « Belges », dans le sens de : des choses que nous devons encore faire ensemble directement. Cela contraste avec le véritable espace social flamand ou francophone existant. Soyons honnêtes: quiconque adore encore aujourd’hui cette Belgique unitaire, qui n’a jamais existé et qui existe de moins en moins, est fondamentalement nationaliste. Vous pouvez, bien sûr, ne pas être d’accord, mais ne soyez pas si hypocrite de le nier.

Kevin De Laet est le membre principal de Vlinks.

2 réflexions sur « Les Belgicains sont des nationalistes qui s’ignorent »

    1. Mme Hanquet,

      Votre message me bouleverse.
      Je vous présente mes condoléances les plus émues en mon nom mais aussi au nom de tous les membres et sympathisants de l’ Alliance Wallonie France.
      Je vous écris par courriel ce matin-même.

      Bien à vous,

      Paul DURIEUX

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