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Belgium security : une mauvaise histoire belge

Le ministre belge de la Justice, Koen Geens, révèle que Salah Abdeslam se trouvait vraisemblablement dans une habitation de Molenbeek, deux jours après les attentats de Paris.

Attentats de Paris : Salah Abdeslam aurait-t-il pu être arrêté à Molenbeek ?Une information lue sur le site de M6 info/AFP 

Lors d’un entretien accordé à la chaîne flamande VTM, le ministre de la Justice, Koen Geens, a révélé que le 16 novembre Salah Abdelslam se serait trouvé « dans une habitation de Molenbeek-Saint-Jean, deux jours après les attentats de Paris, une position connue par les services de renseignements ». Mais les policiers belges ont tardé avant d’intervenir.

Que s’est-il passé ?

Le 16 novembre au matin, les unités spéciales ont pris d’assaut un bâtiment de la rue Delaunoy. Sur place, ils retrouvent des indices qui laissent à penser que Salah Abdelslam s’est enfui dans la nuit. L’hypothèse privilégiée aujourd’hui est que l’individu a été exfiltré par des complices. Selon la RTBF, il aurait profité d’un déménagement dans le quartier pour se dissimuler dans un meuble avant de se cacher dans un véhicule.

Pourquoi l’opération de police n’a-t-elle pas été faite dans la nuit pour le surprendre ? En Belgique, selon la loi du 7 juin 1969, les perquisitions ne peuvent avoir lieu qu’entre 5 heures du matin et 9 heures du soir. Le Code d’instruction criminelle prévoit que la perquisition doit être ordonnée par un juge d’instruction en charge de l’enquête. Par conséquent, il n’était pas possible pour les forces de l’ordre du pays d’agir par surprise.

L’incompréhension est palpable. Le fait de ne pas pouvoir contourner la loi dans un tel cas d’extrême force majeure laisse certains commentateurs dubitatifs. Le parquet fédéral a tenu aujourd’hui a nuancé ces faits. « Nous avions une information indiquant que Salah pouvait ou avait pu se trouver dans l’habitation en question. Une perquisition a donc été effectuée et n’a rien livré. Affirmer qu’on n’a pas pu l’arrêter parce que nous ne pouvions pas effectuer de perquisitions entre 21h00 et 05h00 et qu’il s’est échappé durant cette tranche horaire est une extrapolation. »

« À 15 minutes près, il aurait été dans notre base de données »

L’émission de la chaîne VTM Nieuws parle aussi d’un contrôle d’identité de Salah Abdeslam à la frontière sans que ce dernier soit arrêté. Selon le ministre des Affaires étrangères, Jan Jambon, il s’agit de « malchance ». « On a eu de la malchance (…). À 15 minutes près, il aurait été dans notre base de données », a-t-il expliqué. Lors de son retour vers Molenbeek depuis Paris, le terroriste présumé a utilisé ses propres papiers lors du contrôle. Pour Koen Geens, « cela signifie qu’il n’a pas pensé revenir avec de faux papiers« .

La Belgique dans le top 10 des pays les plus ignorants au monde

07/12/15 à 14:39 – Mise à jour à 14:41

Source : De Morgen

Le bureau d’enquête anglais Ipsos MORI Social Research Institute a effectué des tests de connaissance générale dans 33 pays. Et devinez quel pays se trouve parmi les plus mauvais ?

La Belgique dans le top 10 des pays les plus ignorants au monde

                      © Belga

On se moque régulièrement des Américains et de leur culture générale parfois très parcellaire. Une enquête effectuée par un bureau d’étude anglais aurait pourtant tendance à montrer qu’on aurait tort de se gausser trop fort. En effet pas d’USA dans le top 10 des pays les plus ignorants, mais bien la Belgique qui se trouve à la très « honorable » septième position. On est même les plus mauvais d’Europe.

Inégalité, immigration, obésité, âge moyen de la population. Autant d’éléments centraux de notre société actuelle. C’est donc d’autant plus triste que beaucoup se trompent lourdement sur de tels sujets. Sur certaines matières il existe même une énorme différence entre perception et réalité. Cette ignorance serait encouragée par notre tendance à surestimer ce que l’on craint

Par exemple, en moyenne, les sondés pensent qu’une personne sur quatre autour d’eux est un immigré alors qu’en réalité il y en a moins qu’un sur 10. Les plus mauvais à ce jeu étant les Argentins qui pensent que 30 % de la population sont des réfugiés alors que le véritable pourcentage est de 5%.

En Belgique, on pense qu’il y a moins d’obèses que ce que montrent les statistiques. La moyenne des estimations s’élève à 37 % en Belgique alors que la réalité est plus proche des 54%.

Le top 10 de l’index de l’ignorance 2015 :

1. Mexique

2. Inde

3. Brésil

4. Pérou

5. Nouvelle-Zélande

6. Colombie

7. Belgique

8. Afrique du Sud

9. Argentine

10. Italie

Il est dommage que pour un pays confédéral comme l’est la Belgique, on ne puisse bénéficier de statistiques régionales : Flandre, Buxelles, Wallonie.

La Belgique « fossile du jour » en matière de climat

01/12/15 à 11:22 – Mise à jour à 11:22

Source : De Morgen

Ce lundi, la Belgique, déjà clouée au pilori dans la presse internationale depuis les attentats de Paris, a reçu le titre peu honorifique de « fossile du jour » attribué par les ONG présentes à la Cop 21 au « pire pays dans les négociations internationales ».

Pour les éditorialistes flamands, "la Belgique est vraiment un failed state en matière de climat"

© BELGA

Notre pays n’a effet toujours pas d’accord climatique à l’échelle nationale, le gouvernement flamand n’ayant toujours pas donné son feu vert. Pour Bart Eeckhout, journaliste au quotidien De Morgen, cette fois la Belgique est un « failed state ».

Selon le journaliste, le gâchis qu’est devenue la politique climatique belge est un « infâme scandale « . « On a perdu six années complètes à la recherche d’un compromis qui n’est plus un plan climatique ambitieux depuis longtemps, mais tout au plus une façon de respecter les engagements internationaux en fournissant le moins d’efforts possible » écrit-il. Il se demande ce qu’il va falloir inventer pour effacer cette nouvelle honte : « des photos de petits chats noyés par la mer qui monte ? »

Il se dit dérangé par les bisbilles comptables et communautarisées, « où la vision politique se limite définitivement à mettre un maximum de responsabilité sur le dos de l’autre ». Aussi Eeckhout estime-t-il que la qualification de « failed state » est de rigueur pour la politique climatique de la Belgique. D’après lui, ce problème touche particulièrement la N-VA « qui a fait son succès électoral du concept du failed state ». « En matière de climat, le confédéralisme ne serait d’aucune aide, pas davantage que le séparatisme, puisque ce n’est pas de la faute du PS ou de la Wallonie si une majorité politique en Flandre n’est pas capable de convaincre la société d’une politique climatique tournée vers l’avenir » conclut-il.

Même son de cloche du côté du quotidien De Standaard où Bart Sturtewagen déplore également le « fossile du jour » décerné à la Belgique. Il estime cependant qu’il s’agit d’un combat d’arrière-garde belgo-belge passé inaperçu dans les médias étrangers et uniquement remarqué par les ONG d’autant plus que l’accord national concerne la période 2013-2020 et non l’après 2020 dont il est question à Paris…

C’est pas moi c’est lui… Le jeu dangereux d’une partie de la presse française

Lu sur le site du quotidien « La Libre »

FRANCIS VAN DE WOESTYNE Publié le lundi 23 novembre 2015 à 19h57

EDITO Un commentaire de Francis Van de Woestyne, rédacteur en chef.

La presse française, plus précisément parisienne, se déchaîne ces derniers jours, sur la Belgique. À lire les reportages et éditoriaux, à entendre les émissions matinales, notre pays serait devenu “le berceau du terrorisme européen”, “une fabrique djihadiste”, une “Nation sans État”, “un Belgikistan”…

“Le Monde”, une référence, d’ordinaire nuancée dans ses analyses, fige la Belgique dans un portrait au vitriol. “ Au cœur de l’Europe, la sympathique Belgique est devenue une plaque tournante du djihadisme. Le pays”, écrit l’éditorialiste “doit se ressaisir”. Pour mieux enfoncer ces voisins insouciants, l’auteur rappelle : “ Il aura fallu qu’il connaisse la terrible affaire Dutroux, dans les années 90, pour qu’il réforme enfin sa police et sa justice”.
Nous n’avons évidemment pas attendu qu’une partie de la rédaction du “Monde” débarque à Bruxelles pour dénoncer les failles des services belges dans la lutte contre le terrorisme (voir ici), le laxisme coupable dont avait fait preuve l’ancien bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux, le manque de coordination entre les pays européens dans la traque aux djihadistes.

On ne peut évidemment nier que les attentats de Paris aient été décidés en Syrie, organisés en Belgique et perpétrés en France. Mais l’information a ses droits. Oui, il y avait des Belgo-Marocains, parmi les terroristes. Mais il y avait aussi des ressortissants français, vivant en Belgique. S’il est exact que plusieurs auteurs d’attentats sont passés par Bruxelles ou par Molenbeek, d’autres n’ont jamais quitté l’Hexagone sauf pour aller “se former” en Syrie. Des djihadistes, dont Nemmouche, ont été radicalisés dans les prisons françaises. Et Dutroux ? Que vient-il faire là dedans ? Faut-il que l’on reparle de l’affaire d’Outreau ?

La condescendance française n’a pas de limites. “Loin d’isoler la Belgique, il faut l’aider à se protéger et c’est ce que font les services français”, écrit Le Monde. C’est sans doute oublier un peu vite que ce sont les renseignements des services belges et marocains qui ont permis de localiser la planque d’Abaaoud à Saint-Denis. Tiens mais comment est-il parvenu à quitter la Syrie pour revenir à Paris, celui-là ? Il y a une explication : la France s’oppose toujours fermement à toute idée de PNR européen – le fichier des données des voyageurs aériens – lui préférant un PNR national. Et elle continue à refuser tout échange automatique d’informations entre les PNR nationaux. Avec de telles réticences, la traque aux terroristes n’est pas gagnée.

Reconnaissons-le : cet exercice – c’est pas moi, c’est lui…– a quelque chose d’un peu minable. On en est bien conscient. Il y a eu des failles partout. Et il est un peu vain de vouloir sans cesse rejeter la responsabilité des attentats de Paris sur d’autres pays amis. Ce petit jeu est d’ailleurs bien ce que cherche Daech : diviser, diviser diviser. En accablant les Belges de tous les maux, certains commentateurs sont tombés dans le piège tendu.

On le répète. Il n’est pas question ici de gommer certaines responsabilités et réalités belges, les lourdeurs institutionnelles qui peuvent gêner des enquêtes. Mais les critiques seraient plus faciles à accepter si elles venaient d’un État infaillible, un État qui serait un modèle du vivre ensemble et de l’intégration. Si c’était le cas, le FN, parti raciste, xénophobe, anti-européen, ne serait pas le premier parti de France. Mais sans doute les responsables du FN ont-ils été formés en Belgique…

Commentaire de l’AWF : Francis Van de Woestyne se sent blessé par la prose du quotidien « Le Monde » et nous pouvons le comprendre, la perfection des services de renseignements n’existant ni en France, ni en Belgique. De même, la référence à l’affaire Dutroux est hors-sujet, tant il est vrai que la justice française n’a pas été plus brillante dans l’affaire d’Outreau. Nous donnerons encore un satisfecit au rédacteur en chef de « La Libre » quand il regrette que la France s’oppose à toute idée de PNR européen et quand il reconnaît que les lourdeurs institutionnelles belges gênent les enquêtes.

Mais ergoter sur le fait que la Belgique, et plus particulièrement la Région de Bruxelles ne soit pas une plaque tournante du djihadisme et des trafics en tout genre (armes, drogues, prostitution, …) relève d’une mentalité laxiste bien belge.

Il en va de même sur la comparaison entre les politiques d’intégration et du vivre ensemble qui serait bien mieux en Belgique parce que le FN, parti raciste, xénophobe et anti-européen, ce que nous ne contestons  pas, serait le premier parti de France. Non, Monsieur Van de Woestyne, le premier parti de France est celui des abstentionnistes et bien des Wallons et Bruxellois, la retraite sonnée, passent la frontière pour aller jouir de la vie qu’offre encore aujourd’hui la douce France, loin des chamailleries communautaires belges, ne vous en déplaise. Les divisions apparues entre régions et fédéral pour quantifier la contribution de chacun à la COP21 ne sont-elles pas une nouvelle illustration du petit esprit qui anime certains de nos décideurs politiques ?

Un homme comme vous ne peut pas avoir raté le numéro de journalistes de la Première qui se sont attelés à comparer les discours de Charles Michel et de François Hollande. Ils se sont amusés à faire ressortir les différences entre les deux discours, celui de Charles Michel étant bien sûr beaucoup moins guerrier que celui du président français. N’était-ce pas là un jeu inadéquat alors qu’il eut été beaucoup plus correct de mettre en lumière les 90 % des deux discours qui se rejoignaient ? Mais nous savons que le french bashing est aussi un sport qu’apprécient certains journalistes belges.

En ces temps difficiles, soyons bons joueurs et reconnaissons que nous devons tout mettre en ordre pour parler, mais surtout agir à l’unisson. 

Pour les musulmans, s’inquiéter de l’amalgame n’est plus suffisant

Lu sur le site du journal Le Monde le 19.11.2015

Alors que les pires attentats qu’aient jamais connus Paris et la France ont été perpétrés vendredi 13 novembre, alors que l’état d’urgence est décrété, une nouvelle fois, les représentants des musulmans de France se lamentent, s’inquiètent de l’amalgame et se défendent de leur bonne foi. Cette posture ne suffit plus. Pour eux, comme pour l’ensemble des Français de confession musulmane.

Aujourd’hui, nous sommes face à nos responsabilités. Nous n’avons pas réussi à nous organiser par nous-mêmes. Par divisions incessantes, pesanteurs des pays d’origine, ego surdimen-sionnés, calculs politiques, l’islam de France est en jachère.

Nous avons laissé des Etats étrangers financer le culte musulman. Du coup, la plupart des imams en France ne sont pas français. Et le travail sur les textes pour contextualiser l’islam des origines et permettre son insertion sans heurt en France et en Occident n’a pas été fait.

Nous nous sommes cachés derrière des discours lénifiants et sympathiques (« l’islam est une religion de paix », « l’islam est l’ennemi de la violence ») incontestablement vrais, mais qui oublient que l’islam, c’est aussi ce qu’en font les musulmans. Et notamment les musulmans qui font le plus de bruit.

PARTISANS DE LA MORT AU NOM D’ALLAH

Nous avons laissé le poison de la salafisation des esprits se répandre. Par ignorance collective des textes sacrés, personne n’a été capable de répondre à leur propagande. Nous n’avons pas assez combattu l’idéologie djihadiste. Parce que des musulmans en étaient les premières victimes, nous pensions que nous étions exonérés de ce travail, de cette lutte. Et des jeunes se sont laissés séduire par des partisans de la mort au nom d’Allah qui jettent l’opprobre sur l’islam dans son ensemble et sur les Français de confession musulmane en particulier.

Aujourd’hui, nous sommes face à nos responsabilités. Et notamment ceux qui ont fait les meilleures écoles, suivi les plus beaux parcours, cru dans l’idée que la religion n’était qu’une affaire privée dans une République laïque. Eh bien non, c’est aussi une question publique. Malheureusement. Et c’est à notre génération, née en France, élevée et éduquée par l’école de la République, de prendre les choses en main.

Il faut sortir de la posture victimaire : « victimes de la colonisation », « victimes des inégalités sociales », « victimes des terroristes »… Nous ne sommes pas victimes. Nous ne sommes pas faibles. Nous sommes responsables.

La situation actuelle nous oblige. Il faut agir, agir, agir. Pour que l’islam de France fabrique une vision et des pratiques de l’islam compatibles avec la vie en France. Pour combattre enfin les fondamentalistes, et pas seulement les djihadistes, car c’est là que se joue le combat. Ce serait le plus beau service que la France pourrait rendre à l’islam.

Hakim El Karoui (Ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, aujourd’hui associé d’un cabinet international de conseil en stratégie. Il a fondé le Club XXIe siècle)

Comment la Belgique a manipulé le passé pour se créer une Histoire

Un article du Vif/L’Express

Fragile à la naissance, la Belgique de 1830 se persuade d’avoir toujours été inscrite dans les astres. Avec la Flandre médiévale pour foyer et le passé wallon relégué dans l’ombre. Plier les faits historiques à la volonté patriotique exige de maquiller et de manipuler le passé. Retour sur une histoire bien belge

Comment la Belgique a manipulé le passé pour se créer une Histoire

On pouvait rêver mieux comme démarrage dans la vie. A peine engendrée par une révolution en 1830, la Belgique doit convaincre que sa place dans le concert des nations n’est pas usurpée. Comment être prise au sérieux et faire taire les sceptiques, si ce n’est en se donnant une raison d’être, ancrée dans la nuit des temps ? Etoffer le CV s’impose pour réfuter l’odieux soupçon qui plane dans nombre de capitales d’Europe : la Belgique ne serait qu’un Etat artificiel, sans racines.

Calomnie ! « Non, la Belgique n’est pas un accident de l’Histoire. Voilà la mission que les élites dirigeantes et académiques du jeune Etat qui accède à l’indépendance assignent aux historiens pendant près d’un siècle », relève Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique. Le pouvoir bat le rappel des spécialistes du passé, souvent autodidactes. On les charge de démontrer coûte que coûte que cette Belgique de 1830 n’est pas surgie de nulle part, qu’il y a bien « une permanence belge » à travers les siècles. Et que les Belges, sous tous les régimes, n’ont jamais cessé de l’être.

Ce travail acharné de persuasion se prolongera jusque dans les années 1950, à travers une éloquente collection de chromos voués à « nos Gloires », qui sort aujourd’hui de l’oubli. Les historiens en service commandé s’appliquent avec zèle et avec la bénédiction d’une Eglise catholique prête à soutenir corps et âme toute entreprise de (contre-)vérité historique, pourvu qu’elle préserve la Belgique naissante d’une France républicaine et laïque autant que du protestantisme batave. La croisade ne s’annonce pas très orthodoxe. Il va falloir plier les faits historiques à la volonté patriotique, manipuler ou maquiller certains pans du passé. Nécessité fait loi.

De quel bois l’ancien Belge était-il donc fait ? C’est l’air du temps qui en décide. Au XIXe siècle, l’humeur ambiante est franchement gallophobe et hostile à la France. Puisqu’il veut prouver qu’il ne doit rien à cet encombrant voisin, le Belge sera décrété d’origine… germanique. On exhibe des documents prétendument irrécusables pour soutenir que Wallons et Flamands sont bien frères par le sang. Un érudit peut ainsi affirmer sans rire, en 1878, que « la Belgique, sortie toute entière de la Germanie depuis dix siècles, peut dire avec orgueil qu’un sang pur coule dans les veines de ses enfants ». Paré de telles racines, le Belge se retrouve immunisé contre toute assimilation forcée qu’entreprendrait une France menaçante.

Mais la ficelle est un peu grosse et la piste finit pas se dégonfler. La question linguistique, qui pointe le bout du nez, met à mal le dogme de l’unité foncière de la « race » belge. Le cap du XXe siècle est délicat à aborder pour l’Etat belge. Contestation sociale et tensions internationales croissantes : le fond de l’air est frais. Désemparées par la tournure des événements, les élites politiques francophones appellent à nouveau l’Histoire et ses érudits à la rescousse de la patrie jugée en danger.

Changement de registre. Place à la théorie de deux peuples distincts : les Wallons, raccrochés à un rameau celtique, voisinent désormais avec les Flamands, maintenus au rameau germanique. Pas de panique : ce mélange harmonieux de germanité et de romanité tient admirablement la route. Un vrai miracle, qu’un brillant juriste nommé Edmond Picard croit pouvoir attribuer, à l’extrême fin du XIXe siècle, à une « âme » authentiquement belge, imperméable à l’usure du temps.

Picard, qui est aussi parlementaire libéral puis socialiste, est ainsi en mesure d’attester que cette âme indestructible a au moins fait merveille sur deux champs de bataille. A Worringen en 1288, où les Brabançons l’emportent sur une coalition de princes d’Entre-Meuse-et-Rhin et refusent ainsi de se laisser assimiler par l’Allemagne. Puis en 1302 à Courtrai, où les communiers flamands prennent le dessus sur la chevalerie française de Philippe le Bel et empêchent la Flandre d’être livrée à la France. Français et Germains sont ainsi renvoyés dos à dos : CQFD.

L’essentiel est sauf, commente Hervé Hasquin : « Il faut démontrer, à toutes les époques de leur histoire, l’indifférence des habitants qui ont occupé le territoire belge à l’égard des considérations linguistiques. » Que Flamands et Wallons s’expriment dans des idiomes différents ne change rien à cette certitude : l’âme belge existe, à nulle autre pareille, elle est reconnaissable entre toutes par le goût de la mesure et du travail, l’individualisme, l’esprit d’association et l’amour de la vie confortable…

Un passé aussi glorieux a besoin de visages, de héros en qui s’incarner. On en exhume à profusion, leur lieu de naissance fait office de passeport. Ambiorix, Clovis, Godefroid de Bouillon, Pierre l’Ermite, une foule d’autres régionaux de l’étape, sont « naturalisés » belges, enrôlés sans discussion sous la bannière noir-jaune-rouge. Sans doute, avec le recul, tant d’audace paraît manquer de sérieux. Mais c’est l’époque qui veut ça, tempère Hervé Hasquin : « Beaucoup considèrent encore l’Histoire comme un genre littéraire. » Il autorise quelques divagations, pour peu qu’elles soient joliment formulées.

Il ne manque aux thèses de Picard qu’un habillage scientifique. Henri Pirenne sera ce chaînon manquant décisif, l’historien brillant qui va donner ses lettres de noblesse à cette « âme belge ». Ce Verviétois qui professe à l’Université de Gand frappe un grand coup : sa monumentale Histoire de Belgique, en sept volumes publiés entre 1900 et 1932, le transforme en un phénomène durable de librairie. Elle en fait « le père fondateur du sentiment national belge », attendu comme le Messie par les ardents défenseurs de la patrie.

L’œuvre de Pirenne, d’une érudition sans faille, révolutionne les codes de la recherche historique. Elle coule dans le marbre cette vérité historique : « La Belgique est une nécessité de l’Histoire, non un accident. » Oui, affirme l’historien, il existe bel et bien « une civilisation belge », « des territoires belges », « un peuple belge ».

Et ce « miracle » belge a eu pour épicentre la Flandre médiévale, identifiée comme le moteur de l’unification de la Belgique. Cette Flandre urbanisée qui brillait au Moyen Age par son commerce, sa prospérité, la vitalité et l’indépendance de ses villes, partage bien des traits communs avec la Belgique industrielle du XIXe siècle qui joue dans la cour des plus grands. Il s’en est fallu de peu pour que cette magnifique réussite ne se brise en 1302, à la bataille des Eperons d’Or : en cas de victoire française à Courtrai, pas de Belgique possible dans l’avenir. Les prolétaires flamands ont bien mérité de la patrie…

Tout s’emboîte, tout s’enchaîne, tout s’éclaire, sous la plume brillante de Pirenne. La part de hasard et d’accidentel dans le déroulement des faits s’efface. « Ce devait être ainsi », et pas autrement, résume Hervé Hasquin : « Voilà l’histoire « officielle », politiquement correcte, celle qui cadenasse le discours historique dans les manuels d’histoire, imprègne l’enseignement universitaire francophone et la formation des enseignants (voir page 52).«  Mais elle a l’immense mérite de rassurer : « Belges, ayez confiance, ne craignez rien, vous n’êtes pas surgis de nulle part. »

Pirenne superstar, intouchable, domine de la tête et des épaules la science historique des quinze années qui précèdent la Première Guerre mondiale. Son Histoire de Belgique se doit de trôner dans la bibliothèque de toute famille bourgeoise qui se respecte, elle devient la Bible des unitaristes et des milieux gouvernementaux francophones de plus en plus aux abois. La Cour, sous le règne d’Albert Ier, tombe immanquablement sous le charme de ce qui devient la dynastie Pirenne. Car Jacques marche sur les traces de son illustre père, il devient le précepteur du futur Léopold III et en sera l’influent secrétaire particulier.

La Grande Guerre n’interrompt nullement le fil de cette belle histoire. L’historien gantois exulte même, au sortir de l’épreuve de 14-18 : l’héroïque sursaut de la pauvre petite Belgique, qui a fait front face à l’agresseur allemand, ne lui donne-t-il pas raison ? Seule une nationalité belge forgée au cours des siècles a pu nourrir un tel sens du sacrifice et soutenir une résistance aussi extraordinaire.

C’est en toute bonne foi que Pirenne met au service de la patrie sa « construction historique », expression qu’il revendique sans fard. Et c’est avec véhémence qu’il écrase toute concurrence qui s’aviserait de soutenir l’hérésie d’un Etat belge artificiel ou de s’appesantir sur les tensions et rivalités linguistiques ou régionales. Remettre en cause les théories du maître est historiquement incorrect, car suspecté de porter atteinte à l’unité du pays.

Or, la révolte gronde. Les militants wallons se sentent les grands floués dans toute cette histoire qui réserve le beau rôle à la Flandre et relègue dans l’ombre le riche passé des principautés wallonnes, ils s’insurgent contre ce récit qui leur impose l’assimilation du « génie belge » au « génie flamand » jusque dans les arts. On préfère honorer le peintre tournaisien du XVe siècle Rogier de La Pasture sous son nom néerlandais de Rogier van der Weyden ? Trop is te veel. « Nous ignorons tout de notre passé wallon », se désole le député socialiste Jules Destrée dans sa célèbre Lettre qu’il adresse au roi Albert Ier en 1912.

Les Liégeois sont les plus remontés. Le retour en grâce des ducs de Bourgogne sous la plume de Pirenne les offusque : comment oser porter aux nues la politique unificatrice de ces princes bourguignons qui se sont rendus coupables, sous Charles le Téméraire, des terribles sacs de Liège et de Dinant en 1468 ?

C’est pourtant la Flandre qui, la première, largue Pirenne. Ingrat foyer de la civilisation belge, qui n’attend pas la disparition du grand historien, le 25 octobre 1935, pour commencer à lui tourner le dos. Pirenne suit ainsi de peu dans la tombe Albert Ier, le Roi-Chevalier, disparu en 1934. « Deux symboles puissants d’une Belgique idéalisée et fantasmée, par les francophones à coup sûr, s’effaçaient du paysage », observe Hervé Hasquin.

Sans états d’âme, la Flandre tire un trait sur ce lourd héritage pour se trouver d’autres racines. La première Geschiedenis van Vlaanderen, limitée au territoire flamand, voit le jour un an après la mort de Pirenne, dont l’Histoire de Belgique, enfin traduite en néerlandais au milieu des années 1950, devient vite invendable. Le « pirennisme » résistera mieux et plus longtemps chez les historiens francophones, dominés par la crainte que l’histoire ne dérape dans une version antibelge. Quatre-vingts ans après sa disparition, si Pirenne revenait sur terre…

Déconstruire la Belgique ? Pour lui assurer un avenir ?, par Hervé Hasquin, Académie royale de Belgique, 2014.

L’heure est aux débats et c’est très bien !

Régionaliste, Thierry Bodson l’est de toute évidence. Il a compris depuis un certain temps que les régions wallonne et bruxelloise avaient besoin de solutions spécifiques adaptées car vivant des situations sociétales et économiques très différentes.

Aujourd’hui, il sort du bois pour asséner avec toute la diplomatie voulue certaines vérités. Un nouvel André Renard, toujours regretté par de nombreux Wallons, vient-il de naître ?

La FGTB Bruxelles s’oppose au projet Bodson, parlant de bricolage institutionnel. Mais n’est-ce pas la situation actuelle qui, avec son mille feuilles, a tout du bricolage institutionnel ?

Puisse Thierry Bodson être entendu par les décideurs wallons et avoir ouvert un débat qui dépasse, et de loin, le seul parti socialiste.

Paul D.

La FGTB wallonne voudrait supprimer la Communauté française

 Aujourd’hui 07h36 – Belga

Thierry Bodson.

Thierry Bodson, le patron de la FGTB wallonne, plaide pour la suppression de la Communauté française (qui se désigne elle-même aujourd’hui comme la Fédération Wallonie-Bruxelles).

Thierry Bodson souhaiterait voir les compétences de la Communauté française dévolues aux Régions. « Notre demande est véritablement axée sur un fonctionnement plus efficace, plus cohérent de la matière socio-économique », explique-t-il dans Le Soir.

La réforme radicale avancée par Thierry Bodson et la FGTB wallonne verrait disparaître le gouvernement et le Parlement de la Communauté française. Le responsable du syndicat socialiste wallon estime que cela doit être fait dans un calendrier «raisonnable». Il enjoint le Parti Socialiste à ouvrir le débat à ce sujet.

Thierry Bodson estime que l’on peut très bien conserver un lien entre la Wallonie et Bruxelles via des structures birégionales plus souples. Il ajoute cependant qu’il n’a pas encore eu la possibilité de discuter de cette proposition avec son homologue bruxellois à la FGTB, Philippe Van Muylder.

La FGTB Bruxelles ne partage pas cette revendication

La section bruxelloise de la FGTB se distancie clairement de l’intention exprimée par Thierry Bodson de supprimer la Communauté française. « La FGTB Bruxelles ne partage aucunement cette revendication », indique Philippe Van Muylder, dans un courriel adressé à l’agence Belga. Le secrétaire général de la FGTB Bruxelles y fait part « d’une divergence d’analyse profonde entre les ailes wallonne et bruxelloise de la FGTB ».

La FGTB Bruxelles « ne croit pas que la qualité de l’enseignement s’améliorerait, comme par magie, en attribuant cette compétence à un autre niveau de pouvoir et en organisant des systèmes fondamentalement distincts en Wallonie et à Bruxelles », écrit Philippe Van Muylder.

Selon lui, « si l’enseignement constitue un véritable projet de société, il est impératif de chercher des solutions ailleurs que dans le bricolage institutionnel ».

Le secrétaire général ajoute qu’à Bruxelles « la compétence de l’enseignement francophone n’est gérable ni par la Région (où le pouvoir est légitimement partagé avec des Bruxellois néerlandophones), ni par la Cocof, dont la taille et les embarras budgétaires récurrents posent les difficultés majeures que l’on sait ».

L’idée de confier la compétence de l’enseignement à « une coupole non-politique » n’est également « pas à retenir », estime-t-il.

Vers une identité commune de service public francophone

Lu sur le site de La Libre Belgique le 01/11/2015 :

Une plateforme vidéo francophone de service public pourrait voir le jour

télévisions francophonesLes dirigeants de France Télévisions, de Radio France, de la Radio-Télévision suisse (RTS), de la RTBF, de CBS (Canada) TV5 Monde et TV5 Québec-Canada créent une nouvelle communauté professionnelle : les Médias francophones publics (MFP). France Médias Monde (FR24 et RFI) pourrait bientôt les rejoindre. Cette nouvelle institution naîtra officiellement le 1er janvier 2016, de la fusion des Radios francophones publiques (RFP) et de la Communauté des Télévisions Francophones (CTF).

« Il y a eu une volonté conjointe, dans un souci de convergence des médias, de fusionner toutes les activités dans une seule et même organisation qui traiterait aussi bien de télé que de radio, que de web, indique le futur secrétaire général, le Belge Eric Poivre. Dans un contexte de concurrence accrue, de mondialisation des contenus, de diffusion des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) – et de Netflix – nous avons voulu renforcer les collaborations en termes de coproduction et affirmer une identité commune de service public francophone dans un monde de plus en plus anglophone. »

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