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Régionalisation de l’enseignement

Lu sur le site de la Libre Belgique ce 20 octobre 2015

Trois députés wallons plaident pour la régionalisation de l’enseignement

Une opinion de trois députés wallons (PS): Pierre-Yves Dermagne, Nicolas Martin et Christophe Collignon.

enseignementEn route vers la régionalisation des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La configuration institutionnelle de l’Etat belge a toujours minorisé la Wallonie. Il est indispensable de lui donner plus de moyens pour sa prospérité et son identité.

Comme chacun le sait, l’emploi et la situation économique et sociale constituent depuis longtemps les principales préoccupations des Wallons.

Si, dans notre Région, cette sensibilité est particulièrement forte, c’est qu’elle est le fruit d’une histoire qui a laissé des traces dans notre inconscient collectif.

En effet, le traumatisme qu’a constitué le déclin industriel, consécutif à une période de prospérité économique, a non seulement marqué les Wallons dans leur bien-être et leur cadre de vie, mais il les a aussi durablement complexés et affaiblis dans la perception qu’ils ont d’eux-mêmes.

Cette situation n’est pas le fruit du hasard mais résulte d’une configuration institutionnelle et politique qui a toujours minorisé la Wallonie, l’Etat belge exploitant ses avantages sans toujours lui donner le retour de sa contribution à la prospérité nationale.

Pour les centaines de milliers de travailleurs qui attendaient de l’Etat belge qu’il anticipe la reconversion industrielle de la Wallonie en réalisant des investissements publics indispensables ou en attirant les investissements étrangers, le sentiment d’abandon fut total.

Dominé par un CVP tout puissant durant plus de trente ans, l’Etat belge a ainsi largement contribué au miracle économique flamand qui n’en était pas vraiment un. Ainsi, 80 à 85 % des crédits publics nationaux destinés aux investissements autoroutiers, portuaires, aéroportuaires ou encore aux nouveaux zonings économiques ont été captés par la Flandre.

De la même manière, si l’on considère les investissements privés soutenus par l’Etat entre 1958 et 1960, seuls 8,6 % des 3,25 milliards de francs investis par les entreprises américaines – pour ne citer que cet exemple – l’ont été en Wallonie, à une époque où le dirigisme étatique signifiait encore quelque chose.

Ce faisant, l’Etat belge a affaibli de manière spectaculaire l’économie wallonne et surtout, ses travailleurs dont la force de travail était pourtant unanimement reconnue.

Besoins spécifiques de la Wallonie

Face à cette situation durement ressentie par la population wallonne, le mouvement syndical qui s’est soulevé durant l’hiver 1960 pour lutter contre les mesures d’économies gouvernementales a joué, sous l’impulsion de la FGTB d’André Renard, le rôle d’une véritable caisse de résonance pour le mouvement wallon.

Après de nombreuses années de combat politique, la création de la Région wallonne fut donc, avant tout, une réponse à une revendication populaire nourrie par la frustration de vivre dans un Etat qui n’a jamais su tenir compte des besoins spécifiques de la Wallonie et lui apporter les moyens de son développement.

Il faudra attendre 1980 et plus encore 1993 pour que la Wallonie dispose enfin d’une autonomie réelle et d’une capacité à mettre en œuvre une politique économique adaptée à ses besoins. Même s’il était déjà bien trop tard (le taux de chômage wallon atteint alors les 18 %), la Wallonie autonome engrange malgré tout de premiers résultats concrets : l’obtention des fonds européens par Guy Spitaels (qui joueront un rôle majeur dans la stratégie de reconversion wallonne), la mise en place d’une politique aéroportuaire wallonne par André Baudson, la finalisation des grands chaînons manquants au niveau des infrastructures puis, plus tard, le lancement du Contrat d’Avenir pour la Wallonie par Elio Di Rupo et celui du Plan Marshall par Jean-Claude Van Cauwenberghe et Jean-Claude Marcourt ont incontestablement contribué à redonner des perspectives aux Wallons.

Ainsi, chaque grande étape du combat wallon a été marquée par l’engagement du Parti socialiste. Sans lui, la Wallonie n’aurait jamais pu disposer des moyens de sa reconversion.

Aujourd’hui, dans une Belgique où les entités fédérées gèrent un budget équivalent à celui du pouvoir fédéral, dans un pays où l’identité flamande s’affirme chaque jour avec force, dans une Belgique où la place de Bruxelles et son statut de Région à part entière ne peuvent plus être remis en cause, il nous semble indispensable de donner plus encore aux Wallons les moyens de retrouver la prospérité tout en renforçant leur identité.

A l’évidence, les Wallons se doivent de définir un cap clair pour leur avenir.

Cet exercice commence par une clarification et une simplification des institutions francophones. Celles-ci auraient d’indéniables bénéfices tant en termes économiques qu’identitaires.

Le monde économique wallon est aujourd’hui en attente d’une politique éducative en phase avec ses spécificités, tout comme l’est le monde culturel.

Exemple du tourisme

C’est là le fruit d’une évolution logique et constatée partout : seules les régions disposant d’une identité forte et d’un lien étroit entre leurs politiques économique, éducative et culturelle peuvent assurer pleinement leur redressement.

Chez nous, l’exemple du transfert de la politique touristique de la Communauté française vers la Région wallonne et les autorités bruxelloises francophones l’a clairement démontré.

La Wallonie a ainsi pu investir pleinement dans ce secteur pour en faire un des outils de sa relance économique et de son renouveau urbain, tout en maintenant des liens étroits avec Bruxelles à travers l’ASBL « Wallonie-Bruxelles Tourisme ». Ce secteur représente aujourd’hui 5 % du PIB wallon et 60 000 emplois.

Au-delà de sa pertinence économique et de ses conséquences positives pour l’emploi, la régionalisation des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles aurait pour avantage de simplifier un paysage institutionnel peu lisible, empêchant le citoyen de s’identifier aux institutions qui le représentent.

La création de deux pôles régionaux forts et complémentaires, qui auront le devoir d’assurer ensemble la cohérence de leurs programmes scolaires et l’accessibilité de leurs institutions à tous les Francophones, est donc une évolution inéluctable de notre système politique.

Le PS doit, comme il l’a toujours fait, montrer le chemin à suivre et oser poursuivre l’engagement wallon qui ne lui a jamais fait défaut. Sa finalité doit être, comme il l’a toujours été, d’assurer le bonheur et la prospérité des Wallons, en leur donnant la possibilité de choisir ce qu’ils jugent bon pour eux et pour leur avenir.

Les socialistes se sont battus pour créer la Région wallonne et lui donner les moyens de sa reconversion économique, comme ils l’ont fait pour la Région bruxelloise.

Ils doivent aujourd’hui poursuivre leur mission dans le cadre d’une Belgique fédérale à laquelle les Wallons sont attachés et qu’il faut préserver, tout en garantissant l’épanouissement d’une identité wallonne ouverte et tolérante, complémentaire d’une identité belge avec laquelle elle s’inscrit en symbiose.

Voilà autant de sujets qu’un Congrès des socialistes wallons pourra débattre, en lien avec le monde éducatif et culturel, mais aussi avec les partenaires sociaux et, bien entendu, avec l’ensemble de la société civile.

La Wallonie dans l’après Belgique

Une communication de la Maison de la Laïcité Ourthe et Aisne

Conférence échange – Dimanche 25 octobre 2015 à 10h30

OLYMPUS DIGITAL CAMERAConférence /débat par M. Jules Gazon, professeur émérite de l’Université de Liège.

La participation de la NV-A au futur gouvernement fédéral est-elle de nature à apaiser les conflits communautaires ou s’agit-il d’une stratégie subtile pour montrer au peuple flamand que la continuité de la Belgique est contraire aux intérêts de la Flandre ?

Jules GAZON nous expliquera comment le nationalisme flamand s’est construit et pourquoi il n’est pas le seul facteur susceptible de provoquer la sécession du pays. La disparité économique entre la Flandre et la Wallonie interpelle si on lève le voile sur ce qu’il adviendrait d’une Wallonie autonome au plan des comptes publics. N’est-ce pas à ce niveau honteusement occulté qu’il faut trouver le germe du séparatisme ?

Et si tel devait être le cas, une Wallonie indépendante est-elle possible? Une nation wallonne est-elle imaginable? Faut-il envisager l’option française?

Autant de questions auxquelles Jules GAZON se propose de répondre.

Conférence suivie d’un débat.

PAF : membres : entrée libre

          non-membres : 3 €

          étudiants : 1 €

Info : Consuelo Montejo – 0486 738 039

La Wallonie, une gouvernance démocratique face à la crise

« Rien dans l’univers ne peut résister à l’ardeur convergente d’un nombre suffisamment grand d’intelligences groupées et organisées. » (Teilhard, 1947)

blog Ph. Dest.Namur, le 15 septembre 2015

Ce sont l’intérêt de l’analyse des régions européennes que sont l’Andalousie, le Pays de Galles, la Bretagne et la Wallonie, la problématique majeure de la vision partagée qui peut sous-tendre l’avenir de ces régions, ainsi que les enjeux de gouvernance et de leadership politiques, qui ont permis de réunir une centaine d’acteurs et de chercheurs au Palais des Congrès de Namur ce 11 septembre 2015 ! La qualité de ces ténors de la Science politique que sont Alistair Cole, Ian Stafford, Romain Pasquier et Christian de Visscher a constitué un facteur majeur d’attractivité. Avec le Président André Antoine, l’économiste Roland Gillet, ainsi que les différents intervenants, ils ont permis le succès de cette fructueuse journée. Celle-ci a également été rendue possible grâce au soutien de la Fondation Leverhulme, à l’implication des universités de Cardiff et de Louvain, et aux qualités organisatrices des collaboratrices et collaborateurs de l’Institut Destrée : Marie Dewez, surtout, mais aussi Jonathan Collin et Marie-Anne Delahaut.

L’objectif de cette intervention n’est évidemment pas de refaire une deuxième synthèse des travaux après celle qui a été brillamment réalisée par Christian de Visscher. Mon positionnement sera celui d’un rebond, qui se voudra questionnement et ouverture, davantage, bien entendu, que conclusion. Après l’analyse plus objective et plus froide du professeur de Science politique, mon regard sera moins comparatif, plus prospectif, davantage normatif assurément.

Lors de cette journée très riche, j’ai nourri trois questions, trois enjeux qui me paraissent déterminants pour la Wallonie :

– comment assumer la responsabilité collective du développement régional ?

– comment réactiver le redressement de la Wallonie ?

– comment donner davantage de cohérence institutionnelle à notre région ?

1. Comment assumer la responsabilité collective du développement régional ?

Les acteurs wallons n’endossent pas la responsabilité collective qui est la leur dans le redressement de la Wallonie. Pourtant, cette question me paraît essentielle, notamment en termes d’évaluation des politiques publiques. N’accepterait-on pas le principe d’une évaluation plus franche et plus sincère si on considérait que les politiques menées ne sont pas de la seule responsabilité des élus mais aussi de celle de tous les acteurs qui y sont impliqués ? Lors de la première table ronde, ce 11 septembre, le chef de groupe socialiste au Parlement wallon, le député Christophe Collignon, rappelait justement que la Wallonie est à un tournant de son développement, qu’il fallait accélérer la stratégie de reconversion mais que le monde politique n’était pas le seul à devoir s’investir.

On l’a peu rappelé mais c’est en ce sens que le concept de gouvernance est opératoire. En tant queprocessus par lequel une organisation ou une société se conduit elle-même, l’idée même de la gouvernance est particulièrement adéquate dans le contexte de l’implication des acteurs à l’occasion de la mise en œuvre d’une stratégie. Le politologue canadien Steven Rosell, auteur de cette définition en 1992, ajoutait que les dynamiques de commu­nication et de contrôle sont centrales dans ce processus 1. Précisons d’emblée que cette approche ne déresponsabilise en aucun cas les élus qui restent les seuls détenteurs, avec les fonctionnaires délégués, de la légitimité démocratique. Mais la gouvernance telle que décrite n’est pas encore établie, ainsi que l’a souligné le président du Parlement wallon dans son discours d’ouverture. Cette dynamique induit une tout autre approche que celle évoquée par le Délégué spécial du Gouvernement wallon, Alain Vaessen, lorsqu’il donnait en exemple, lors de la deuxième table ronde, le Plan wallon de Lutte contre la Pauvreté. Évidemment qu’on ne peut que se réjouir de voir un tel enjeu présenté et pris en charge par la totalité du Gouvernement sous la houlette du Président Paul Magnette. Nous admettons que visuellement cette réunion de tous les ministres est symbolique de transversalité et de mise en œuvre collective. Nous comprenons bien l’intérêt des concertations qui ont eu lieu en amont avec des acteurs concernés. Mais admettons aussi, que si le Plan wallon de Lutte contre la Pauvreté avait été co-construit par tous ces acteurs – l’Administration, les associations, les réseaux, les entreprises, les organisations syndicales, etc. – et qu’au lieu d’être présenté par huit ministres, il avait été présenté conjointement par le gouvernement et 50 ou 100 acteurs décidés à porter le changement, non seulement la responsabilité de ces acteurs à le réussir aurait été plus grande, mais les conditions de sa réussite auraient été plus réelles et l’évaluation de sa mise en œuvre plus objective, car moins risquée et moins culpabilisante pour les élus. Je n’oublie pas non plus que, la dernière fois qu’un ministre-président wallon a réellement tenté de mettre en place un dispositif de gouvernance aussi ouvert, c’était Elio Di Rupo en 1999, à l’occasion du premier Contrat d’Avenir lancé par le Gouvernement Arc-en-Ciel. Il faut reconnaître que, à de rares exceptions comme Inter-Environnement Wallonie ou l’Institut Destrée, les acteurs, suspicieux et peu conscients des enjeux de la participation, n’avaient guère été au rendez-vous.

La clef de ce mécanisme de gouvernance, c’est la contractualisation, c’est-à-dire l’engagement réciproque et formalisé des obligations que chacun prend pour atteindre l’objectif défini en commun. Il s’agit évidemment d’une logique de concertation et de convergence entre les acteurs, comme l’a préconisée Jean-Pierre Dawance au nom du Conseil économique et social de Wallonie. Mais il s’agit aussi de plus que cela : être ensemble au feu, dans la tranchée, et s’élancer ensemble vers les périls demandent bien davantage qu’une consultation, bien plus qu’une concertation. Ce mouvement exige confiance, respect et conviction. Cette dynamique implique des objectifs et des valeurs communs, donc une vision commune d’un avenir dans lequel on s’inscrit ensemble. Il s’agit de bien plus que de modalités de gouvernance, il s’agit de finalités.

Ne soyons pas nous-mêmes dupes. En termes de gouvernance, l’écart entre ce modèle et celui qui se pratique aujourd’hui en Wallonie est aussi important que la différence qui existe entre le jour et la nuit.

2. Comment réactiver le redressement de la Wallonie ?

Il existe des voix qu’on n’entend guère, ou qu’on ne veut pas entendre. Dès 2002, à l’occasion d’une présentation du mécanisme du Contrat d’Avenir pour la Wallonie au congrès annuel de l’Association française des Contrôleurs de Gestion (AFIGES), Serge Roland, auditeur à la Cour des Comptes, et moi-même, avions mis en évidence la faiblesse des moyens budgétaires dédiés à ce plan stratégique, comparée à l’ampleur de ses ambitions. Nous avions souligné alors que, avec moins de 5 % des budgets, le Contrat d’Avenir jouait sur les marges et n’atteignait pas la masse critique nécessaire pour obtenir des résultats tangibles [2]. Je me souviens avoir été invité à présenter cette analyse devant un groupe politique du Parlement wallon. Nous avons tenu ce même discours pour le Plan prioritaire wallon dit Plan Marshall. A l’occasion de l’annonce de la nouvelle version du Plan Marshall, près de dix ans après la première mouture et plus de 15 ans après le Contrat d’Avenir pour la Wallonie, le journal L’Echo a interrogé plusieurs acteurs majeurs – c’était le 21 mai dernier. Cette interview semble être passée quasi inaperçue et n’avoir pas été suivie d’effets. Pourtant, Martine Lefèvre, responsable du programme d’évaluation du Plan Marshall 2.vert à l’IWEPS y confirmait que le budget de cet instrument stratégique n’avait représenté que 4,7 % du budget total de la Région, concluant qu’il s’agissait d’un poids relatif par rapport à la masse globale. Giuseppe Pagano, interrogé lui aussi à cette occasion, déclarait que les montants mobilisés étaient insuffisants et, en tout cas, trop faibles pour avoir un impact sur le PIB, le budget Marshall représentant entre 0,5 et 0,8 % du PIB wallon par an. Didier Paquot, directeur du Département Économie de l’Union wallonne des Entreprises, estimait quant à lui que la question ne résidait pas dans un problème de volume budgétaire mais plutôt de l’efficacité de son affectation.

En fait, au moins quatre pistes de réponses ont été évoquées ce 11 septembre pour réactiver le redressement de la Wallonie.

2.1. Des mythes qui sont des freins à l’entrepreneuriat

La première piste part de l’idée, rappelée par le Professeur Pagano, que 30 à 40 ans de déclin ont laissé des traces économiques mais aussi et surtout mentales profondes sur la société wallonne. Ces stigmates, dont on a probablement sous-estimé les effets, ont affecté la culture de la Région. Il s’agit probablement de cette vieille culture industrielle – culture sociale-démocrate pour reprendre la catégorisation utilisée par Alistair Cole et par Christian de Visscher – culture du salarié en grande entreprise, qui cadenasse le développement de l’entrepreneuriat si nécessaire au redéploiement. Cette culture est alimentée par la déconnexion institutionnelle entre la Région wallonne et la Communauté française, par l’absence de projet culturel lié au projet économique comme l’a souvent souligné et dénoncé le très regretté Jean Louvet, par le manque d’intérêt des médias francophones localisés à Bruxelles pour l’avenir de la Wallonie. La barrière mentale que représente le passage à un modèle différent, c’est-à-dire la réalisation d’une transition culturelle, apparaît insurmontable en Wallonie et particulièrement dans les territoires les plus affectés par la désindustrialisation. Dans le Cœur du Hainaut, nous n’avons cessé d’entendre le président du Conseil de Développement, François Goudaillez, le dénoncer. Mais Charleroi, la Basse-Sambre et, dans une moindre mesure, le bassin liégeois sont aussi atteints. Et si Jean-Pierre Dawance appelait justement aux convergences entre les interlocuteurs sociaux et le Gouvernement wallon sur les stratégies de redressement, il faut néanmoins relever que le rôle des organisations syndicales est souvent ambigu quant il s’agit de s’atteler au redéploiement de la Wallonie. Personne ne peut nier qu’elles ont joué un rôle historique dans la prise de conscience du déclin wallon, comme d’ailleurs dans la recherche d’une autonomie régionale accrue pour que la Région puisse prendre son destin en main. Mais, aujourd’hui, nous avons souvent l’impression que ces organisations restent en retrait, que leur implication semble très mesurée, et que, souvent, elles contribuent à maintenir des mythes qui sont autant de freins à la rénovation de la Wallonie. Je ne doute pas que ces propos en agaceront quelques-uns. Je n’ignore pas non plus que si des organisations semblent rester au balcon, certaines sont à des étages plus élevés que d’autres.

2.2. Des coûts salariaux trop élevés et une valeur ajoutée insuffisante

La deuxième piste évoquée pour réactiver le redressement de la Wallonie est centrale. Giuseppe Pagano en a rappelé fort opportunément l’équation : à la fois des coûts salariaux trop élevés et une insuffisance de la valeur ajoutée générée. Concernant le premier handicap, le Tax shift wallon – évoqué à la fois par le Président André Antoine et par l’économiste du SPW Laurent Bosquillon – peut, en complément des effets bénéfiques des réformes fiscales fédérales, répondre, au moins partiellement, à cet enjeu. Dans le cadre de son redéploiement économique, la Wallonie a en effet tout intérêt, à l’instar du Fédéral ou comme l’envisage la Région bruxelloise, à envisager une réforme de sa fiscalité afin de soutenir le pouvoir d’achat de ses citoyens et de ses entreprises. La Région wallonne dispose en effet de différents outils pour, d’une part, procéder à une redistribution des richesses en demandant aux plus riches de contribuer au financement des politiques régionales en appliquant des taux progressifs selon les tranches d’impôts payés à l’impôt des personnes physiques, et, d’autre part, pour générer de nouvelles recettes lui permettant de retrouver le plus rapidement possible l’équilibre budgétaire afin de réduire le recours à l’emprunt et de dégager ainsi de nouvelles marges budgétaires qui serviront à financer des politiques de redéploiement économique.

La faiblesse de la valeur ajoutée adresse bien entendu la question de l’éducation : formation et enseignement. Cet enjeu, inscrit dans le nouveau Plan prioritaire wallon tout comme dans le Pacte d’Excellence de la Ministre de l’Éducation de la Communauté française, fait l’objet de toute l’attention de nombreux acteurs. L’Institut Destrée l’a mis au centre de ses préoccupations depuis La Wallonie au futur en 1988, a continué à y travailler dans Wallonie 2020 et a rouvert sa Fabrique de prospective sur l’enseignement obligatoire dans le cadre de Wallonie 2030 et des réflexions du Collège régional de Prospective de Wallonie. Celui-ci, le 5 septembre dernier, lors de son dernier séminaire, a écouté Bernard Delvaux (UCL-GIRSEF), invité à présenter ses scénarios pour « une tout autre école » [4]. D’autres experts sont programmés pour approfondir cette réflexion dans les mois à venir. Cette question, en particulier celle de l’enseignement technique et professionnel, ainsi que celle de la mise en œuvre des modèles de formation en alternance, sont probablement les plus importantes que la Wallonie ait à traiter. Le malheur, c’est qu’elles sont à la fois centrales et enlisées depuis plus de 30 ans.

2.3. Un cadre stratégique qui n’est pas à la mesure des enjeux

La troisième piste pour réactiver le redressement de la Wallonie est celle du cadre stratégique. C’est vrai, comme l’a indiqué Christian de Visscher, que l’on peut contester mon utilisation de cette formule de Jules Destrée datant de plus d’un siècle : qui donc éveillera la Wallonie qui dort ? J’ai rappelé ce 11 septembre matin qu’ils étaient plusieurs à tenter de réveiller la belle cendrillon wallonne : Paul Magnette, à la tête du Gouvernement, André Antoine à la présidence du Parlement, qui s’attache à rendre vigueur à la démocratie wallonne, mais aussi Pierre-Yves Jeholet, Jean-Luc Crucke et Stéphane Hazée depuis les bancs de l’opposition, Sylvie Marique au Secrétariat général du SPW, Marc Becker au Conseil économique et social, maintenant Yves Petre à l’Union wallonne des Entreprises, et quelques autres, trop rares, évidemment. Si on peut contester l’idée que la Wallonie sommeille, on peut difficilement nier que, si l’indice du PIB par habitant de la Région, à prix courants, comparé à la moyenne belge ou à la moyenne européenne, de 1995 à 2013, était un encéphalogramme, on dirait qu’il est plat. Flat line, comme on dit à Cardiff : activité cérébrale végétative, gouvernance de ses fonctions vitales éteinte ou en voie d’extinction. La question que nous nous sommes posée en fait lors de cette journée d’étude namuroise est de savoir si quelques neurones actifs et dynamiques – j’en ai cité quelques-uns – sont suffisants pour remettre en route un corps vieillissant, affaibli par des crises multiples et atteint par la nouvelle épidémie qui a frappé le monde occidental en 2007-2008. Si, comme d’autres, je tenais jusqu’en novembre 2014 le discours qui consistait à dire que la Wallonie résistait mieux que d’autres régions à la crise, l’exposé que Bernard Keppenne a présenté au Forum financier à Tournai à ce moment m’a fait perdre cette illusion. Le Chief Economist de CBC était pourtant celui qui avait, les années précédentes, contribué à faire passer cette idée en Flandre comme en Wallonie [5]. En fait, le taux de croissance du PIB wallon, qui avait été de 2,1% de 2000 à 2007, c’est-à-dire dans la moyenne belge et un peu moindre de celui de la Flandre, est passé à 0,7% de 2007 à 2013. Pendant cette dernière période marquée par la crise mondiale, la Flandre se maintenait à 1% de croissance et la Belgique à 0,8 % [6].

Ce que chacun ressent aujourd’hui, c’est que le cadre stratégique de la Wallonie n’est pas à la mesure des enjeux qui nous interpellent. A l’instar de ce que l’on fait pour les pouvoirs locaux – Laurent Bosquillon l’a rappelé –, il s’agit aujourd’hui d’étendre le Plan dit Marshall à l’ensemble des politiques régionales. Si, selon l’IWEPS, le Plan prioritaire wallon représentait 4,7 % du budget annuel dans l’ancienne législature, notons que, compte tenu du passage du budget wallon d’environ 8 à plus ou moins 14 milliards d’euros suite à la nouvelle réforme de l’État, il ne représente plus désormais qu’aux alentours de la moitié de ce pourcentage. De surcroît, et c’est là mon propos, nous devons nous intéresser aux 95,3 % qui ne sont pas dans la stratégie régionale. Il faut donc inverser l’équation et construire une stratégie qui intègre la quasi-totalité du budget régional. Je ne dis donc pas qu’il faut augmenter le budget de la région, je dis que tout le budget, toutes les politiques, toutes les structures, tous les instruments, toutes les mesures, doivent être interrogés à l’aune de la stratégie de redéploiement et intégrés dans cette stratégie : actions, salaires, infrastructures, etc. Toutes les politiques, toutes les dépenses.

En 2002, nous écrivions, Serge Roland et moi-même, ces quelques phrases, dans le texte que j’ai déjà cité :

D’une part, si le Contrat d’avenir avait représenté l’engagement réciproque entre les acteurs et le gouvernement, on aurait pu imaginer que la Région wallonne joue un effet de levier par rapport aux acteurs impliqués, chacun affectant une partie de ressources aux initiatives nouvelles définies en commun, comme c’est le cas pour les Fonds structurels européens. Cette démarche aurait pu – ou pourrait – s’appliquer à l’ensemble des institutions qui reçoivent des moyens financiers de la Région : organismes d’intérêt public, pouvoirs locaux, Conseil économique et social de la Région wallonne, institutions privées (UWE, Inter-Environnement Wallonie, etc.) et même la Communauté française. D’autre part, après avoir défini ses axes stratégiques avec les acteurs, le gouvernement wallon aurait pu faire de cette bible l’outil majeur de réaffectation de l’ensemble des moyens dont il dispose et qu’il utilise directement : une véritable table rase des différents postes budgétaires avant d’affecter les moyens, bien évidemment, par ordre de priorité.

Cette politique, telle qu’elle est préconisée n’est pas une sanction contre le gouvernement. Il s’agit, au contraire, d’un appel à toutes les forces wallonnes pour soutenir l’action du gouvernement.

2.4. Un déséquilibre d’activités non durable

Enfin, les échanges de ce 11 septembre 2015 ont, à nouveau, permis d’évoquer une question qui peut paraître idéologique mais qui, en fait, ne l’est pas fondamentalement. Si on voit bien que l’on trouve chez les économistes des conceptions philosophico-politiques différentes, des nuances dans les finalités des sociétés humaines, il faut pouvoir reconnaître qu’il existe des équilibres sans lesquels des systèmes ne peuvent assurer ce que le rapport Brundtland appelle l’harmonie. On peut discuter sans fin – et on a commencé à le faire – sur l’importance du poids de la fonction publique, ainsi que sur l’élément de stabilisation que celle-ci peut constituer en temps de crise. Il n’en reste pas moins que depuis le début des années 1990, notamment grâce à l’équipe d’Albert Schleiper dans le cadre des travaux de La Wallonie au futur, nous avons relevé l’importance d’un équilibre entre la sphère marchande productive et la sphère marchande non-productive. D’autres, notamment l’Union wallonne des Entreprises, se sont également saisis de cette question. Le déficit persistant de plus de 80.000 emplois dans la première sphère est une question de durabilité pour la société wallonne. Il s’agit d’une question d’autant plus importante qu’elle se situe dans un cadre régional contraint par une dette publique wallonne totale (budget et hors budget) de 19,906 milliards d’euros annoncée au 31 décembre 2015, c’est-à-dire aujourd’hui. Lorsque Roland Gillet parlait des cauchemars qui, parfois, se substituent aux rêves, il évoquait des situations qui, ailleurs, peuvent y ressembler…

3. Comment donner davantage de cohérence institutionnelle à la Wallonie ?

La dernière question que j’ai nourrie portait sur la cohérence institutionnelle à donner à la Wallonie. L’approche comparatiste nous y invitait, notamment l’analyse du degré d’autonomie de chaque région (Regional Authority Index). L’exposé de Romain Pasquier sur la Bretagne nous a livré des enjeux qui ne sont pas éloignés de ceux que nous connaissons en Wallonie sous cet aspect-là.

D’emblée, d’ailleurs, la Députée Virginie Defrang-Firket a mis en évidence des questions d’efficience et de lisibilité qui interrogent nos institutions communautaires, régionales, infra-régionales.

Avec Jean-Michel Javaux et Christophe Schoune, ce sont les lieux de territorialisation des politiques publiques mais aussi de démocratie délibérative que sont les bassins de vie qui ont été appréhendés. Il faut, c’est admis, des espaces de réflexion et d’action entre les communes et le niveau régional. Plusieurs de nos colloques et journées d’études précédents s’en sont saisis. La Plateforme d’Intelligence territoriale wallonne y réfléchit régulièrement depuis bientôt dix ans, en nourrissant les réflexions sur le futur SDER. Derrière ces questions, se cachent aussi celles de la vision et de la cohésion territoriale de la Wallonie. Cela a été peu dit mais c’est une interrogation essentielle. Y a-t-il de la place en Wallonie pour un leadership qui s’exerce de Comines à Welkenraedt et de Wavre à Arlon ? Est-on légitime pour activer Liège quand on est Hennuyer ? Peut-on dire à Mons et à Charleroi ce qu’ils doivent faire quand on est Liégeois ? J’aimerais en être sûr.

Et puis, lors d’une intervention remarquée, Georges-Henry Simonis a évoqué une vraie question de science politique qu’on ne saurait ignorer, sauf à faire l’autruche : l’avenir de l’État belge. La question de la réalité du mouvement de réunion de la Wallonie à la France avait été posée par le Professeur Alistair Cole quelques heures à peine après son arrivée à Namur. Cette question n’est ni hors sujet, ni aberrante. Elle fait partie du paysage prospectif de la Wallonie et, comme l’a souligné le représentant de l’Alliance Wallonie-France, elle concurrence, en cas d’implosion de la Belgique, celle de l’indépendance de la Wallonie, celle de la Belgique résiduelle ou de toute autre formule que l’on pourrait concevoir. Il est vrai que si l’on se pose la question pour le Pays de Galles confronté aux scénarios écossais, il n’existe pas de raisons pour lesquelles on ne poserait pas la question pour la Wallonie. Les risques d’être larguée sont plus grands pour la Wallonie que pour sa cousine d’origine celte. Depuis longtemps, je considère que cette problématique relèvera du Parlement wallon quand elle deviendra brûlante.

Conclusion : être libre en obéissant à la loi qu’on s’est donnée

La riche réflexion qui a été menée avec les chercheurs et acteurs régionaux européens, avec des éclairages particuliers sur la Bretagne, le Pays de Galles et surtout la Wallonie, a amené des questions qui mériteront des développements ultérieurs. Je pense notamment aux dimensions éthiques de l’action publique et à la nature de la démocratie que l’on veut activer.

Personnellement j’ai été très attentif et très sensible à ce que l’économiste Giuseppe Pagano a dit de l’urgence du redéploiement wallon mais surtout du devoir moral collectif de réduire le niveau de chômage à des niveaux acceptables. Souvenons-nous qu’en 1950, André Renard ne s’était rallié au fédéralisme que pour autant qu’on bannisse le chômage de la Wallonie qu’on se promettait de construire… J’avais moi-même, au moment des fêtes de Wallonie 2014, rappelé que nous ne pouvions pas, de dix ans en dix ans, annoncer aux jeunes que nous allions sortir du tunnel et les laisser dans la pénombre génération après génération. Si nous considérons, comme cela a été constaté dans l’interview de L’Echo du 21 mai 2015, que le Plan Marshall n’a pas d’effet suffisant sur le développement socio-économique de la Wallonie, il est moralement et politiquement urgent de reconstruire une nouvelle stratégie pour amplifier celle qui a été amorcée voici dix ans (le Plan prioritaire wallon), 15 ans (le Contrat d’Avenir pour la Wallonie), voire davantage (la Déclaration de politique régionale complémentaire de 1997). Il s’agit, bien entendu, d’une question de confiance du citoyen envers ses institutions. La majorité gouvernementale wallonne l’avait bien compris qui avait fait de la confiance le maître-mot de sa DPR en 2014.

En citant la typologie des politiques publiques face à la crise, élaborée par Jennifer Wallace & alii –rethinking, reforming, restructuring, retrenching – Ian Stafford nous a rappelé la nature différente de ces stratégies telles qu’elles ont été menées dans le Pays de Galles. Certes, les coupes budgétaires sont souvent indispensables pour faire face, dans l’immédiateté, aux déficits publics. Mais seules les politiques qui réinterrogent le système, celles qu’on qualifie de politique en double boucle, constituent des changements structurels et donc les véritables bénéfices de la crise. Ces transformations doivent être préparées et co-construites de manière collective, ce qui demande une véritable ingénierie que Christophe Schoune a rappelée. On oublie aujourd’hui que nous avions été très loin dans ce dialogue entre élus et société civile dans des dynamiques comme La Wallonie au futur, sa conférence-consensus de 1994 ou encore lors des travaux de prospective citoyenne deWallonie 2020, pour ne se référer qu’aux exercices dont l’Institut Destrée a été porteur. Mais nous ne pouvions réaliser ces travaux que parce que les élus étaient eux aussi conscients de l’importance de l’écoute, du respect des acteurs. Leur propre investissement savait aussi se situer en amont du dialogue, en mobilisant leurs collaborateurs pour être présents dans des ateliers ou en siégeant eux-mêmes, parfois des heures durant, parmi les participants à une réflexion.

Le dialogue avec les citoyennes et les citoyens, comme du reste avec les entreprises et les fonctionnaires, est à ce prix. Notons d’ailleurs que, ce 11 septembre, le représentant du SPW dans la première table ronde a salué le fait que le Parlement prenait des initiatives novatrices et salutairespour reconnaître l’Administration comme acteur à part entière.

Permettez-moi de conclure par une citation qui illustre bien cet espoir d’une démocratie renouvelée par l’implication citoyenne de la nouvelle gouvernance politique :

Quand les lois peuvent infléchir la vie socio-économique, quand elle est soumise aux délibérations des citoyens, à travers l’État ou à côté de lui, on peut à nouveau être libre en obéissant à la loi qu’on s’est donnée.

A-t-elle été écrite par Montesquieu ?

Est-elle de Rousseau ?

Est-ce Condorcet ?

Ou plutôt Tocqueville ?

Que nenni. Ce texte est de la plume de Paul Magnette, Maître de conférences à l’Université de Bruxelles. Elle est tirée de son ouvrage intitulé La citoyenneté, Une histoire de l’idée de participation civique, Bruxelles, Bruylant, 2001, p. 261.

Philippe Destatte

Un vrai débat sur l’avenir de la Belgique

Après Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke (MR), Hendrik Vuye et Veerle Wouters (N-VA) lancent un vrai débat. Nous sommes loin des Wallons qui n’étaient demandeurs de rien (n’est-ce pas Madame « Neen »). Il n’y manque plus que des voix bruxelloises. La voix des germanophones est déjà connue : « région à part entière qui ne fait plus partie de la Wallonie ».

Lors de son assemblée générale ouverte du dimanche 11 octobre (voir l’article-invitation sur ce site), le mouvement citoyen AWF ne manquera pas de s’inviter dans le débat avec notamment les prises de parole de :

–  M. Philippe Destatte, Directeur général de l’Institut Jules Destrée, historien et prospectiviste (« Le Congrès national wallon de 1945 hier, aujourd’hui et demain ») ;

– M. Jules Gazon, Professeur émérite HEC, Ecole de gestion de l’U.L.G. (« Quels seraient à ce jour les besoins de financement d’une Wallonie autonome ») ;

– M. Georges Régibeau, Professeur d’histoire (« Le projet d’intégration – autonomie ») ;

– M. Paul Durieux, Président de l’AWF (« Mémorandum de l’AWF et conclusions »).

Publié le 22/09/2015 sur le site du Vif/L’Express : 

Une opinion des députés Hendrik Vuye et Veerle Wouters (N-VA) 

Les ténors du MR Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke plaident en faveur d’une Belgique à quatre régions. Les députés N-VA Veerle Wouters et Hendrik Vuye s’interrogent sur les avantages et les inconvénients de ce modèle.

"Bruxelles ne peut pas être une région à part entière"

Coup de tonnerre dans un ciel bleu. Deux ténors du MR plaident en faveur d’une Belgique à quatre régions dans le quotidien Le Soir. Fini les communautés. Et ces ténors ne sont pas n’importe qui. Pierre-Yves Jeholet est président de faction au parlement wallon et bourgmestre de Herve. Quant à Jean-Luc Crucke, il est non seulement le bourgmestre dynamique de Frasnes-lez-Anvaing, mais aussi député wallon et surtout premier vice-président du MR.

En 1993, Jean Gol, l’ancien président presque mythique des libéraux francophones, plaide en faveur d' »une nation francophone ». Dans ce contexte, les libéraux francophones s’engageront aux côtés du « délire francophone » FDF. La proposition de Gol reste assez vague. Il évoque une relation privilégiée entre la Wallonie et la communauté française et la France.

Cependant, il est difficile de savoir ce que Jean Gol veut dire exactement. 20 ans après son décès, sa veuve déclare à La Libre Belgique : « En cas d’indépendance de la Flandre, il pensait qu’il faudrait se rattacher, soit à une nation francophone, soit à la France ». Le mystère reste entier.

Louis Michel, devenu le nouveau président des libéraux francophones après le décès de Gol le 18 septembre 1995, affaiblit le discours à un « espace francophone ». Que veut-il dire par là ? Le mystère s’épaissit encore.

Le vol d’Icare de Jean-Marie Séverin

En 2001, le président libéral du parlement de la Communauté française a insufflé un second souffle à la pensée d’une « nation francophone ». Lors de l’ouverture de l’année parlementaire, Jean-Marie Séverin a plaidé en faveur d’une fusion de la Communauté française et de la Région wallonne au sein des structures de la Communauté française. Son attitude se révèle un suicide politique. Le président du parti libéral Daniel Ducarme oblige Séverin à donner sa démission. Exit Séverin. Exit « la nation francophone ».

La Belgique est un état fédéral, composé de communautés et de régions. C’est du moins ce que stipule l’article 1 de la Constitution. Cependant, ce n’est pas aussi simple. Depuis 1980, la Communauté flamande exerce toutes les compétences de la Région. La Flandre possède un gouvernement et un parlement, ce qui n’est pas le cas de la Belgique francophone. La Communauté française et la Région wallonne comptent chacune un parlement et un gouvernement. En application de l’article 138 de la Constitution, la Communauté française est déshabillée en 1993. Les compétences importantes sont transférées à la Région wallonne – et pour le territoire bruxellois – à la Commission communautaire française.

La Communauté française est un produit light, pratiquement sans compétences personnalisables. Elle est exclusivement compétente pour les tâches clé comme la culture et l’enseignement.

Cela explique aussi le changement de nom appliqué unilatéralement de Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles. La Communauté française n’est plus « une communauté de francophones » et certainement pas une « nation francophone ». À leurs yeux, ce n’est plus qu’une fédération de deux régions francophones, où on oublie qu’à Bruxelles, il y a aussi des Flamands.

Primauté du fait régional

Nous avons déclaré que le droit constitutionnel poursuit deux buts : la création de prospérité et la pacification (la cohabitation pacifique). Crucke et Jeholet partagent ce principe. Ils soulignent que la réforme de l’Etat et le développement économique vont de pair. Les institutions doivent faciliter l’épanouissement économique. Malheureusement, l’écheveau belge est si compliqué que cet objectif n’est pas du tout atteint.

Pour Crucke et Jeholet, une Belgique efficace se compose de quatre régions : la Région wallonne, la Région flamande, la Région de Bruxelles-Capitale et la Région germanophone. Dans ce modèle, les régions bénéficient de toutes les compétences des entités fédérées, donc aussi de la culture et de l’enseignement.

Qu’en est-il de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Celle-ci peut continuer à exister, mais uniquement pour les compétences que les régions décident d’exercer ensemble. Le critère, c’est de regarder ce qu’on veut faire ensemble. Vu de cette façon, il s’agit plutôt d’une Confédération Wallonie-Bruxelles. Dans une interview accordée à l’occasion de leur publication, ils se montrent encore plus véhéments. À terme, la Fédération sera une coquille vide, sans utilité. Ils voient plus d’intérêt à une coopération entre les quatre régions, par exemple par le biais d’accords de coopération. À juste titre, car la coopération volontaire fonctionne mieux que la coopération forcée.

Crucke et Jeholet veulent en finir avec les quatre parlements francophones et les quatre gouvernements francophones. Les voici : la Communauté française, la Région wallonne, la Commission communautaire française et – sinon le compte n’y est pas – la Région de Bruxelles-Capitale. In cauda est venenum. Pour les deux parlementaires wallons, Bruxelles est une région à part entière. Plus encore, c’est une région francophone. En outre, ils s’opposent fermement à toute forme de cogestion.

Bruxelles, région à part entière?

La Région bruxelloise n’est pas un succès. Lors de la création de la région en 1989, Bruxelles était la région la plus riche du pays. Depuis, la région recule sans discontinuer. À dater de l’exercice d’imposition 1995 – quand la région existe depuis six ans – le revenu moyen du Bruxellois se situe sous la moyenne nationale. Les chiffres de pauvreté sont hallucinants. Un enfant sur trois grandit sous le seuil de pauvreté. Selon l’Institut wallon de la Statistique, Bruxelles connaît un taux de pauvreté de 34%.

Voici le fond du problème : Bruxelles ne peut être qu’une « région à part entière » si la Flandre finance Bruxelles. Mais pourquoi la Flandre ferait-elle cela ? Une Région bruxelloise à part entière doit porter une responsabilité financière à part entière. Mais Bruxelles en est incapable.

On comprend que deux députés wallons se distancient aussi facilement de Bruxelles. Les rapports entre Bruxelles et la Wallonie sont totalement différents que ceux qui existent entre la Flandre et Bruxelles. Les liens historiques sont différents. Ainsi, Bruxelles n’a jamais été une ville wallonne.

Ne faites pas de Bruxelles un tonneau sans fond

Bruxelles ne peut être une région à part entière. La dégradation de la région la plus riche à la plus pauvre depuis la création de la région le prouve pleinement. Bruxelles a besoin de la Flandre et de la Wallonie.

Le modèle bruxellois de la N-VA offre l’avantage de responsabiliser Bruxelles. Dans ce modèle, Bruxelles exerce les compétences territoriales, telles que la politique économique, l’environnement, la police, la mobilité, etc. Pour les compétences personnalisables, les Bruxellois peuvent choisir la Flandre ou la Wallonie. Il s’agit d’une Région bruxelloise avec la Flandre, pas aux dépens de la Flandre.

Pour ceux qui souhaitent un autre avis: dans ses mémoires, le coryphée du PS Merry Hermanus, un ancien ténor du PS bruxellois, écrivait : « sans réforme en profondeur des institutions bruxelloises, Bruxelles ne sera jamais davantage qu’un tonneau des Danaïdes… un tonneau sans fond, qu’on ne pourra jamais remplir ».

Une interview bien intéressante…

« Toute la dette publique est due aux déficits wallons »

Publié sur le site du Vif/L’Express le 16 septembre 2015 :

Une bonne raison parmi bien d’autres, aux yeux de Remi Vermeiren, pour enterrer la Belgique. L’ex-banquier flamingant et séparatiste retape sur le clou indépendantiste : « Belges, finissons-en ! » Le plus vite sera le mieux. Pour les Flamands comme pour les Wallons…

Remi VermeirenIl y a dix ans, il allumait le feu avec un manifeste indépendantiste dont il était l’inspirateur pour le compte d’un think tank nommé « in de Warande ». Aujourd’hui, son nouveau plaidoyer en faveur de l’indépendance de la Flandre ne fait plus que lever ou froncer quelques sourcils. Signe que l’idée fait son chemin… A 75 ans, Remi Vermeiren, quarante-trois années passées au service de la KBC dont il a été le président, ressort son plan B. L’ex-banquier séparatiste rend son diagnostic : la Belgique est un échec économique et démocratique cuisant et le restera. Puisque tout sépare Flamands et Wallons, finissons-en.

Le Vif/L’Express : Bye Bye Belgium, « there is no alternative » ?

Remi Vermeiren : Je ne crois pas qu’il y ait d’alternative. Pour la Flandre mais aussi, en fin de compte, pour la Wallonie et pour Bruxelles. Compte tenu des conditions qui seront liées à une telle séparation.

La situation aurait-elle empiré depuis votre premier appel à l’indépendance ?

La situation économique s’est détériorée, et les différences entre les deux grandes entités du pays n’ont pas ou ont à peine diminué. J’admets que la configuration de l’actuel gouvernement fédéral a changé la donne politique. Mais cette configuration n’est pas saine pour les francophones : ils ne sont représentés que par un seul parti, le MR. Ce n’est pas tenable pour la Wallonie.

Dit brutalement : « België barst ! », « que la Belgique crève ! » ?

Non, il n’est pas question pour moi d’envisager une explosion de la Belgique. Je plaide pour une séparation ordonnée, en vertu d’un accord à trouver entre des partenaires qui ont vécu ensemble depuis cent quatre-vingts ans, dans une logique humanitaire et humaine. Mon propos n’est pas antifrancophone. Je pense être un des rares nationalistes flamands à dire que c’est peut-être la population wallonne qui est la première victime de cette constellation belge.

La faute à la persistance d’un Etat-PS du côté wallon ?

Non, pas seulement. La cause principale réside dans la combinaison d’une pression fiscale très élevée et d’une dette publique trop lourde. Ces vingt ou trente dernières années, la Wallonie n’a guère performé sur le plan économique, à l’inverse de la Flandre. Les déficits publics wallons ont toujours été en grande partie compensés par des surplus budgétaires flamands. Cela signifie que la totalité de la dette publique belge résulte des déficits wallons. La comparaison est délicate, mais le cas grec illustre bien la situation des Wallons : si on n’oblige pas la Grèce à réorganiser son économie, elle restera un maillon faible de la zone euro. Grâce aux surplus flamands, les dirigeants wallons ont pu se permettre de ne pas prendre les mesures difficiles de redressement et cela, finalement, au détriment de la population wallonne.

Cette « libération » pour la Flandre aurait tout de même un coût. Vous le chiffrez à 237 milliards d’euros…

Ce n’est pas tout à fait correct : il ne s’agit pas d’un coût additionnel, il représente ce que la Flandre prend déjà en charge dans le cadre de la structure belge ! La dette publique, de quelque 400 milliards d’euros, est aujourd’hui supportée par tous les Belges, mais surtout par les Flamands puisqu’ils sont plus nombreux et plus riches. Quant aux transferts financiers nord-sud, ils sont évalués entre 6,8 et 8 milliards par an, respectivement par Vives (KUL) et le Cerpe (Université de Namur). Je propose que la Flandre prenne à sa charge 55 % de cette dette publique belge, la Wallonie 35 % et Bruxelles 10 %. Je propose aussi que les transferts financiers relatifs à la sécurité sociale, évalués par Vives à 3,6 milliards d’euros par an, soient maintenus durant cinq ans, avant d’être progressivement réduits de 10 % chaque année durant dix ans. La Flandre verserait ainsi au total 34 milliards d’euros à la Wallonie.

Vous ne vous attardez guère sur la charge des pensions…

Le coût du vieillissement est un grand défi, mais est à peine plus important en Flandre qu’en Wallonie ou dans d’autres pays. Si la Flandre veut maintenir son niveau de vie, elle aura précisément besoin des moyens qu’elle consacre aujourd’hui à aider la Wallonie. Pour faire face au vieillissement, et affronter le défi crucial de la mobilité.

Et si les francophones persistent à refuser le scénario de la séparation ?

La Belgique connaîtra peut-être une septième, une huitième, une neuvième réforme de l’Etat. Mais à terme, elle finira par s’évaporer. Puisque cela doit se produire, mieux vaut s’y préparer. « Puisque c’est inévitable, agissons dès maintenant », recommandait Margaret Thatcher.

Et Bruxelles dans tout ça ?

Bruxelles doit devenir une sorte de Washington DC, au-dessus de la mêlée des Etats.

Tout en restant, logiquement selon vous, la capitale de la Flandre…

Psychologiquement, les Flamands auraient du mal à abandonner Bruxelles. Libre aussi à la Wallonie de faire de Bruxelles sa capitale. Bruxelles deviendrait ainsi une ville-Etat, elle s’enrichirait à devenir une ville trilingue.

Quand la Flandre deviendra-t-elle un Etat indépendant ?

Quand il existera une large majorité en sa faveur. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, j’en suis bien conscient. Les partis traditionnels flamands, CD&V, SP.A, Open VLD, ont montré, et ils le montrent encore, qu’ils préfèrent maintenir la constellation belge et qu’ils sont prêts à tous les compromis pour cela. De ce fait, ils contribuent à l’inefficience de la Belgique et à ses mauvais résultats.

Même la N-VA ne parle plus d’indépendance, mais seulement de confédéralisme. La nuance vous dérange ?

Le vrai confédéralisme est le début de l’indépendance. A condition que toutes les compétences essentielles soient confiées aux Régions, comme la sécurité sociale. Ce qui n’exclut pas un régime exceptionnel et transitoire de solidarité.

Le parti de Bart De Wever travaille au niveau fédéral à faire fonctionner correctement le modèle belge. Vous lui tirez votre chapeau ?

La N-VA était confrontée à un dilemme : participer autant que possible à la bonne gestion du modèle belge, non pas forcément pour prouver que ce modèle est gérable, mais pour prouver à ses électeurs que la N-VA est un parti capable de gérer correctement. Je comprends ce choix. Les partis nationalistes flamands – la VU l’a prouvé – , semblent condamnés à soutenir une Belgique régulièrement confrontée à des déboires économiques, et de ce fait à se liquider eux-mêmes en se faisant absorber par l’establishment belge.

La vision francophone d’un nationalisme flamand égoïste vous irrite ?

Oui, même si je comprends que les francophones utilisent cette image négative comme arme politique pour mettre sur la touche leurs adversaires. C’est à mes yeux fondamentalement malhonnête. N’oubliez pas que la Wallonie a toujours bénéficié de la solidarité de la Flandre, parfois contre le gré de certains Flamands.

België, de onmogelijke opdracht. Vlaamse onafhankelijkheid. Recht, behoefte en noodzaak, par Remi Vermeiren, éd. Pelckmans, 2014.

Les galets de ma rivière

Autrefois, quand il n’y avait pas les écrans, ni les autos, la mémoire de la famille était transmise au coin du feu pendant les longues soirées d’hiver. Les anciens racontaient leur vie qui, à cette époque, était un peu la même que celle de leurs petits-enfants. Le retour des saisons rythmait cette existence attachée à la terre.

Tout a bien changé. Pour jouer ce rôle aujourd’hui, on laisse habituellement des photos. Plus rarement, on écrit un livre, afin de rendre un peu de profondeur au temps, un peu de présence aux disparus, pour reconstruire une famille, pour que la génération nouvelle se sente accompagnée sur le chemin de la vie.

Les galets de ma rivièrePlus simplement, on écrit pour laisser un témoignage. De soi. De ses racines. De son univers. De son expérience de la vie.

Notre ami Georges-Henry Simonis s’inscrit dans cette veine en publiant Les galets de ma rivière, Naître à Charleroi. Ses souvenirs sont comme des photos jaunies par le temps et la nostalgie. Une enfance heureuse, plutôt bourgeoise, une vie déjà bien remplie, une ville de Charleroi qui garde avec elle la mémoire du passé. (G.R.)

Georges-Henry Simonis nous envoie le courrier suivant :

Suite au compte rendu fait sur son site, je remercie l’AWF d’avoir fait écho à mon livre  «  Les galets de ma rivière » en le présentant comme une sorte d’histoire de ma vie,  ce que j’ai précisément tenté d’éviter.

Certes, j’y fais écho : quand on s’exprime  ou qu’on s’expose, il est difficile de faire abstraction de ses origines ou des événements qui ont contribué à façonner ce que nous sommes devenus. Par contre, j’ai essayé d’exprimer où j’en étais, dans mes modestes  réflexions, par rapport à des problèmes contemporains plus essentiels, et certainement plus importants que ma modeste personne. Ainsi, la nouvelle conception du couple et de la famille, la difficulté de nos amours, le monde de l’enseignement, l’abomination des prisons, la disparition du  sens du sacré, l’absence de rites et de repères sociaux, les raisons de mon  choix de la France…

C’est  sur ces questions que je voulais faire le point, plutôt que sur moi-même. En suscitant  débats et controverses, ce qui est plus utile encore.

Des lecteurs me disent que c’est plutôt bien écrit et pas ennuyeux !

Ce qui me conduit à vous inviter à lire « mes galets » et à vous dire  que le livre est en vente au prix de 18€ à Charleroi (Librairie  Molière), à Namur (Point Virgule et Papyrus), à  Liège (Pax et Livre au Trésor), et à Bruxelles (Filigranes et Tropismes).

Après Jean-Emile Humblet, une autre grande figure wallonne disparaît

2015 n’épargne pas la Wallonie. Après la disparition de Jean-Emile Humblet, une autre grande figure du mouvement wallon nous quitte.

Notre ami Adrien Lhomme nous livre le texte suivant qui, au travers de Jean Louvet, se veut être un message d’espoir en un sursaut wallon.

Jean-Louvet-1140x300

A Jean Louvet,

Un chantre de l’identité wallonne contestée dans un pays qui n’a jamais existé.

Une œuvre littéraire gigantesque imbibée de cette âme wallonne que, depuis 1830, l’on s’efforce d’éradiquer.

Une bouteille d’espoir jetée dans la Sambre et recueillie sur les bords de la Meuse.

Et dans cette bouteille, un message que nous promettons de conserver et de diffuser pieusement.

La Wallonie ne survivra pas si un projet culturel ne se développe pas en même temps qu’un projet économique.

La Wallonie ne survivra pas si elle ne se réapproprie pas son histoire : ses combats sociaux, ses sculpteurs, ses peintres, son cinéma, ses chanteurs, ses écrivains, ses inventeurs, ses scientifiques…

La Wallonie ne survivra pas si l’on continue à qualifier de « belges » ses succès et de « wallons » ses échecs.

La Wallonie ne survivra pas si les medias francophones l’ignorent systématiquement alors même qu’elle contribue à leurs subsides.

La Wallonie ne survivra pas si elle ne se sépare pas d’une Communauté française qui la bride et la saigne, alors même que son Ministre Président la fait connaître dans la Francophonie en s’y exprimant en néerlandais.

La Wallonie ne survivra pas si elle ne s’ouvre pas activement au Monde en général et à la Francophonie en particulier.

Bref, redécouvrir la fierté de soi ou disparaître.

Adrien Lhomme, 1er septembre 2015  

L’un des derniers fromages de Herve au lait cru risque de disparaître

Le fromage de Herve fait partie du patrimoine wallon. Comme plusieurs de ses frères français, il est attaqué par les fonctionnaires de l’ AFSCA qui appliquent à la lettre les dispositions prises par des membres de la commission européenne. La France a défendu bec et ongles ses producteurs avec succès. Qu’en sera-t-il de la réaction du gouvernement wallon et de l’ Institut du Patrimoine wallon ?

Dans l’attente, nous ne pouvons que vous demander de participer à la pétition et de partager cet appel avec vos contacts. Merci d’avance !

Voir le lien de la pétition ci-dessous.

11/06/15 à 15:43 – Mise à jour à 15/06/15 à 07:18

Source : Belga

L’AFSCA a eu raison du fromage de Herve au lait cru. La fromagerie Munnix, située à Battice, a en effet, décidé de cesser la production de ce type de fromage, à la suite de la découverte, il y a quelques semaines, de bactéries de listeria dans certains fromages, rapportent plusieurs médias jeudi.

L'un des derniers fromages de Herve au lait cru disparaît: "tous les artisans vont y passer"
© Page Facebook/Sauvons le fromage de Herve au lait cru

José Munnix, le dernier producteur de fromages de Herve fabriqués à base de lait cru provenant de sa ferme, a décidé de cesser sa production. En avril dernier, des bactéries de listeria avaient été découvertes dans certains fromages lors d’un contrôle de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA).

Après un bras de fer avec cette dernière, José Munnix a finalement décidé d’arrêter la production, malgré la mise en place d’une cellule d’accompagnement pour l’aider à poursuivre son activité. « Il est impossible pour moi de travailler dans ces conditions-là. La seule solution serait que l’AFSCA revoit cette règle de la tolérance zéro, sinon, tous les artisans vont y passer les uns après les autres« , conclut le producteur âgé de 70 ans, contacté par l’agence Belga.

L’affaire fait grand bruit dans la province de Liège où cette tradition fromagère est fortement ancrée. Une page Facebook « Sauvons le fromage de Herve au lait cru«  a déjà rassemblé près de 7.000 sympathisants, tandis qu’une pétition circule.

Créactivez-vous !

« Mettons nos idées en commun et concrétisons-les en français ».

C’est avec cette invitation que Liège accueille le 2e Forum mondial de la langue française du 20 au 23 juillet. SAM_2330

Liège nous invite à « créactiver ». Liège, ancienne capitale, alliée traditionnelle et passionnée de la France, a de l’ambition pour elle-même et la langue française. Elle n’est pas une princesse endormie, elle a du caractère et « le caractère le plus fixe de Liège, à coup sûr », c’est « le mouvement », écrivait Jules Michelet. « La petite France des bords de Meuse », ainsi que l’appelait ce grand historien du XIXe siècle, est « une ville qui se défait, se refait, sans jamais se lasser ».

« Créactiver », c’est faire le choix de la vie, oser la métamorphose en restant soi-même. Liège « sait bien qu’elle ne peut périr », écrivait encore l’historien romantique. « Ses fleuves lui rapportent chaque fois plus qu’elle n’a détruit; chaque fois la terre est plus fertile encore, et du fond de la terre, la Liège souterraine, ce noir volcan de vie et de richesse, a bientôt jeté, par-dessus les ruines, une autre Liège, jeune et oublieuse, non moins ardente que l’ancienne, et prête au combat. »

Liège la rebelle, l’ardente, l’audacieuse, était à l’avant-garde de la révolution industrielle au XIXe siècle. Aujourd’hui, elle reste un poste avancé de la francité, connectée au nord de l’Europe et, de plus en plus, au monde entier. Le monde évolue mais, plus que jamais, pour s’y faire une place, il faut pouvoir compter sur des partenaires et, qu’on le veuille ou non, la langue est un puissant facteur d’intégration.

Liège est donc, pour quelques jours, la capitale de la francophonie. Aucun doute, la langue qu’elle utilise pour penser l’avenir est le français. Bien sûr, il y a quelque chose d’incongru à voir flotter le slogan Liege together sur les ponts de la ville, mais c’est le prix de l’ouverture au monde. Il paraît qu’un peu d’anglais sur la carte de visite, c’est comme un mot de passe pour accéder à la reconnaissance internationale. On fait pareil en France, alors…

G.R.

Pour le programme de ce Forum mondial de la francophonie, consulter le site de l’organisation .

Wallonie libre et ses héritiers

Une défaite, voilà ce que représente la Butte du Lion qui domine orgueilleusement le champ de bataille de Waterloo. Voulue par le roi Guillaume des Pays-Bas pour « éterniser la gloire nationale », elle a été érigée en 1826 dans l’indifférence générale. En revanche, l’inauguration d’un petit monument français, répondant à une initiative privée, attira la grande foule en 1904. Plus de cent mille personnes et une réelle ferveur patriotique : on n’avait jamais vu autant de monde à Waterloo depuis la sinistre bataille de juin 1815.

Aigle_blessé_MonumentCe monument à l’Aigle blessé devint un haut lieu du militantisme wallon dans les années 30, quand se précisait la menace d’une Allemagne revancharde asservie au nazisme. Le gouvernement belge s’étant dégagé de son alliance avec la France en 1936 sous la pression de la Flandre et de Léopold III, le sort de la Wallonie inspirait les plus vives inquiétudes, du moins chez les citoyens qui ne pouvaient se résoudre au sacrifice de leur Wallonie romane, alors que la voix gutturale d’Adolphe Hitler tétanisait l’Europe.

C’est là, sous le regard de l’Aigle blessé, qu’en juin 1940 fut fondé le mouvement de résistance Wallonie libre, en réponse à l’Appel du 18 juin, celui du Général de Gaulle. Ainsi, le bicentenaire de la bataille de Waterloo, l’événement historico-touristique de l’année 2015 en Belgique francophone, coïncide avec les 75 ans de Wallonie libre, célébrés le 28 mai de façon plus confidentielle, il faut bien le reconnaître.

Robert Collignon -Quand même, à cette cérémonie, il y avait Robert Collignon. Lui, l’ancien ministre-président de la Région Wallonie, il a rappelé que Waterloo fut la victoire de l’Ancien régime sur les idées de la Révolution. Son point de vue ne sera jamais celui des familles régnantes qui ont paradé sur le champ de bataille. Il a parlé d’une «…défaite douloureuse pour la France et surtout pour la Wallonie, arrachée à sa patrie naturelle et greffée arbitrairement aux Pays-Bas ». La révolution belge n’a pas suffi pour réparer les effets de cette défaite car elle a finalement donné naissance à « la Belgique… ce résidu du traité de Vienne et création britannique ». (La vidéo de ce discours peut être vue sur le site de Wallonie libre.)

Comme on le sait, le mouvement Wallonie libre a toujours été pluraliste et, s’il ne donne plus l’impression de pouvoir influer sur le cours des choses, il a néanmoins laissé un héritage dont les dépositaires sont notamment de véritables acteurs de la politique en Wallonie. Il y a Robert Collignon, bien sûr, mais il n’est pas le seul. Voici, par exemple, un extrait du Daniel Bacquelaineportrait de Daniel Bacquelaine, l’actuel ministre fédéral des Pensions, publié tel quel samedi passé dans la Libre Belgique :

« Pas moins de trois Bacquelaine figurent dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon. Le premier, Maurice, est le père du ministre. Jean, son oncle, et Marie-Louise, sa tante, complètent un trio d’illustres militants régionalistes et libéraux, résistants au sein du réseau Wallonie libre durant la Seconde Guerre mondiale. Tous les trois étaient au congrès national wallon d’octobre 1945.

« Daniel Bacquelaine n’a pas rompu avec cet héritage-là. Ses sentiments pour la Belgique sont plutôt tièdes, et son aversion pour le nationalisme flamand, plutôt farouche. Peu porté sur les remous médiatiques, cet éternel raisonnable a toutefois pris l’habitude de taire sa conviction profonde : si le délitement de l’Etat s’accélère, comme il le pressent, le scénario d’une Wallonie française aura sa faveur. »

Aux régionalistes francophiles, il faut ajouter les régionalistes lucides (l’un n’empêchant pas l’autre), et on comprendra que le scénario d’une Wallonie française est plus que jamais pertinent.

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