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L’apprentissage du latin : utile ou inutile ?

Notre ami Pierre Hazette n’a pas seulement été Ministre de l’Enseignement secondaire, des arts et des lettres. Agrégé en lettres classiques, il a enseigné les langues anciennes avant d’être entraîné dans la vie politique. Il a gardé la passion du grec et du latin. Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’il attire notre attention sur un article qui revalorise l’enseignement du latin.

Lu sur le site du Vif/L’Express le 02/09/15

Thomas SmoldersUne opinion de Thomas Smolders

Thomas Smolders a étudié les Nouveaux médias à Gand et travaille pour le bureau créatif DIFT.

La question est posée dans toutes les réunions de famille. « Et toi, qu’est-ce que tu vas étudier en secondaire ? » Certains déclarent fièrement qu’ils vont étudier l’économie, la coiffure ou… le latin. Très souvent, il y a un oncle qui secoue la tête d’un air apitoyé. « Ils feraient mieux d’abolir le latin et de le remplacer par une branche utile. Programmer par exemple. Pourquoi étudier une langue que plus personne ne parle ? »

Un raisonnement classique basé sur une prémisse erronée : on ne peut pas considérer le cours de latin comme l’apprentissage d’une langue. Non, après six ans, on ne sait pas comment acheter un pain. Et non, on n’apprend pas non plus à bavarder avec son voisin en latin.

« J’ai étudié le latin pendant six ans. J’ai gâché mon temps à apprendre une langue morte comme certains le prétendent. Et il m’a fallu encore cinq ans pour réfléchir à l’utilité de ce cours. »

« L’étude du latin facilite l’apprentissage d’autres langues romanes » déclarent souvent les latinistes. « Apprenez cette langue directement au lieu de passer six ans de votre vie à faire du latin », leur répond-on.

Le latin enseigne la pensée abstraite : on vérifie l’exactitude de chaque syntagme sans perdre l’ensemble de vue. On apprend à interpréter et analyser des textes très anciens, écrits dans un contexte totalement différent.

J’ai appris à débattre aux cours de latin. Pratiquement toute la sixième année a été consacrée à l’ars rhetorica, l’art de la rhétorique. Les discours de Cicéron et ses collègues sont pleins de techniques toujours applicables pour qui doit convaincre son patron, ses opposants politiques ou ses militants.

Les cours de latin sont surtout une ode à la créativité et à la fantaisie

Mais les cours de latin sont surtout une ode à la créativité et à la fantaisie. Pensez aux histoires de chefs d’armée qui traversent les Alpes avec leurs éléphants, aux mythes absurdes d’hommes qui plantaient des dents à venin avant de combattre des soldats zombies sortis de terre. Comparée aux livres de Virgile et de ses compagnons, la série Game of Thrones semble aussi ennuyeuse que la dernière édition du Moniteur. Les cours de latin, c’est échapper un moment au monde des chiffres, des réactions chimiques et des formules pour se voir injecter une dose massive de fantaisie et d’histoires héroïques.

Les critiques à l’égard du latin dévoilent surtout une autre pierre d’achoppement. Est-ce que tout doit avoir une utilité (économique) ? Peu d’entre nous supportent que cette question reste sans réponse.

Six années fantastiques

Entre les nombreuses heures de mathématiques, de physique et de chimie, ces cinq heures de latin m’ont permis d’entraîner mon autre hémisphère cérébral. Je n’aurais pas été la même personne si je n’avais fantasmé pendant des heures sur Hector au casque étincelant et un empereur qui aurait mis le feu à sa propre ville. Les mots qui semblent tout sortis d’Harry Potter et qui, prononcés selon les règles de l’hexamètre dactylique, se transforment en formules magiques. Sans parler de l’analyse de l’habilité tactique de Jules César et de l’intelligence rhétorique de Cicéron.

Les milliers de garçons et de filles « condamnés à perdre » de nombreuses années à étudier une langue morte vont surtout au-devant de six années fantastiques.panthéon

L’ Algérie pour oublier la Wallonie

Photo de Karim Younes.
Karim Younes et Pierre Hazette

Notre ami Pierre Hazette nous donne une belle leçon d’histoire peu connue de l’ensemble des citoyens wallons. Nous l’en remercions.

« J’en parle dans mon livre « Aux Portes de l’Avenir, vingt siècles de résistance, cinquante ans d’indépendance… » Casbah Editions en page 241. »

Pierre Hazette, sénateur, ancien ministre de l’enseignement obligatoire de Belgique l’évoque dans sa conférence du 24 octobre 2013 organisée par l’AWF à Namur, en ces termes :

« L’an dernier, en visite à Alger pour le compte de la candidature liégeoise à l’organisation de l’exposition internationale de 2017, je retrouvai Karim Younès, l’ancien Président de l’Assemblée nationale et, comme d’habitude avec lui, nous entreprîmes de refaire le monde.

« Sais-tu, me dit-il, que vous êtes ce que vous êtes, vous Wallons, en raison d’une proximité étroite avec notre histoire à nous, Algériens ? ».

Je montrai un peu de perplexité, ce qui permit à Karim, qui avait préparé son coup, d’étaler devant moi les documents relatifs à la conquête française de l’Algérie en 1830. Voici son exorde!

Le chasse-mouche peut bien servir d’anecdote romanesque destinée à attendrir le bon peuple de France dit karim Younes. Mais les diplomates d’Europe réunis en conférence à Londres en ce 4 novembre 1830 ne sont pas dupes.

En fait, ils sont convoqués pour débattre du sort du territoire compris entre la Hollande et la France.

En cette année, le Roi des Français, Louis- Philippe est en difficulté avec le reste de l’Europe. Le congrès de Vienne, en 1815, a non seulement scellé la défaite de Napoléon, mais aussi imposé un nouvel ordre européen ; Louis Philippe, successeur de Charles X a donc nommé opportunément un diplomate d’expérience, Talleyrand ambassadeur à Londres. C’est ce dernier qui représente les intérêts français à cette conférence.

La question traitée sur les bords de la Tamise est de savoir quel sort réserver aux provinces du sud des Pays-Bas. Elles ne veulent plus de Guillaume, le Roi de Hollande, mais certaines de ces provinces sont francophones et d’autres parlent une langue proche de celle des Hollandais. Fallait-il scinder le territoire litigieux en deux ?

En attribuer une partie à la France et l’autre aux Pays-Bas ? Fallait-il au contraire créer un État indépendant, la Belgique ? Faisant mine d’adopter profil bas, Talleyrand se range du côté de la majorité des pays : La France, dira-t-il, abandonne ses prétentions sur cette partie du territoire, mais en homme rusé et prospectif, il ajoute qu’il demande seulement pour prix de sa bonne volonté la reconnaissance tacite et consensuelle de la souveraineté française en Algérie.

Talleyrand obtint l’Algérie contre le renoncement de la France à annexer la Wallonie.

Effectivement soutient Pierre Hazette, « en cette même année 1830, la coalition de l’Église catholique et des francophones de tous bords des provinces du sud eut raison du règne de Guillaume d’Orange. C’était donc en septembre 1830.

En novembre, 1830 toujours, à la conférence de Londres, Talleyrand dut choisir : indisposer les Anglais en réclamant l’intégration de la Wallonie à la France et laisser les provinces flamandes au Roi Guillaume ou rallier la cause des promoteurs d’un Royaume de Belgique. S’il optait pour la deuxième proposition, il s’assurait l’assentiment international pour éliminer la piraterie en Méditerranée et, par voie de conséquence, pour occuper l’Algérie.

Talleyrand voulait de vastes territoires pour la France : l’Algérie lui convenait mieux que la Wallonie !

Ainsi, notre destin a été scellé, conclut  Pierre Hazette il y a moins de deux cents ans, et on ne pourra prétendre qu’il le fut par application anticipée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ! ».

Karim Younes

Le pays sans passé ni futur

Dans sa dernière édition, le magazine Le Vif/L’Express invite les Belges francophones à sortir du monde merveilleux de l’enfance en titrant sur « La grande manipulation de l’histoire de la Belgique – Comment on a maquillé les faits et fabriqué des gloires nationales ».

Il paraît que Saint-Nicolas, le Père Noël, c’est du bidon. La Belgique aussi. Pas possible.

Alors que la Grèce respire à peine, et que les sujets d’angoisse ne manquent pas dans le monde, il peut sembler malvenu de troubler la quiétude du petit royaume de Belgique. On ne va pas se diviser, quand même. Aussi longtemps que la Wallonie est sous la protection de la Flandre et de la monarchie, il ne peut rien lui arriver de fâcheux.

Qualifiée un temps de « kamikaze » et puis relookée en blonde suédoise aux yeux bleus, la coalition fédérale a traversé la bourrasque sociale et socialiste et, désormais, navigue en eaux plus calmes. Il y a certes un peu de brouillard qui empêche de voir où on va, mais si le regard se perd dans le vide, ce n’est pas tant à cause du brouillard que de la myopie collective.

Il est politiquement vain de spéculer sur les intentions de la N-VA. Ce parti qu’on a longtemps diabolisé n’est plus un épouvantail car, maintenant, c’est lui qui pilote l’état belge. Après tout, la N-VA joue son rôle au gouvernement, ça lui donne une légitimité. De temps en temps, ses ténors rappellent que leur objectif n’a pas changé : l’indépendance de la Flandre. Au minimum, on doit s’attendre à ce que la Belgique soit reconfigurée et dirigée en fonction des seuls intérêts flamands, mais tout cela paraît virtuel au plus grand nombre, et puis la N-VA peut s’effondrer.

Et puis il y a les vrais problèmes, inutile de charger la barque.

Pour beaucoup, malgré les crises institutionnelles à répétition, la fin de la Belgique est inimaginable. Autant parler de l’apocalypse. Or, ce pays finit par se confondre avec les nationalistes flamands de la N-VA, c’est un paradoxe qui fait dire à Dave Sinardet, politologue à la VUB, que le gouvernement Michel est en réalité un « gouvernement Van Cauwelaert/Claes… Avec sa nette minorité du côté francophone d’une part et sa majorité flamande à la conquête de l’appareil Belgique où les nationalistes flamands sont chez euxétatique belge d’autre part, il ressemble… à un fils spirituel de cette doctrine » selon laquelle la Flandre gagne à utiliser la Belgique à son profit. (Voir l’intégralité de cette chronique illustrée par le dessin ci-contre et publiée dans la Libre Belgique.)

Notons que Dave Sinardet cite ici deux personnalités qui appartiennent à l’histoire du Mouvement flamand, il ne fait pas référence au socialiste flamand Willy Claes mais à Lode Claes. « Bien que cet ancien sénateur ait quitté la Volksunie à l’époque du Pacte d’Egmont pour créer son propre parti qui a fait une alliance avec Karel Dillen au sein du Vlaams Blok, Lode Claes n’avait, à l’époque, rien d’un séparatiste. Lui aussi voulait « valoriser » la majorité flamande pour qu’elle s’arroge le pouvoir au sein de la Belgique. »

Van Cauwelaert et Claes ne se sentaient pas belges mais ils ne voulaient pas la disparition complète de la Belgique. Ils incarnaient une tendance minoritaire au sein du Mouvement flamand.

Quoi qu’il en soit de la façon dont la N-VA entend servir les intérêts de la « nation flamande », on est déjà certain qu’une prochaine réforme de l’Etat sera bientôt exigée, afin de permettre à la Flandre de mieux profiter de ses ressources, à charge pour la Wallonie de s’adapter à cette situation nouvelle. Le CD&V et l’Open VLD ne voient pas les choses autrement.

Il est donc légitime de se demander sur quoi repose la Belgique aujourd’hui. Jusqu’à un certain point, la réalité compte moins que l’idée qu’on s’en fait. Pour cimenter une communauté nationale, il faut un minimum de représentations communes. On sait que l’identité relève de l’évidence apprise et transmise. Il est vital, néanmoins, que les repères que l’on se donne, restent en prise avec le réel, sinon c’est l’embardée. Il faut savoir se remettre en question pour se construire un avenir.

G.R.

Voici l’éditorial du magazine Le Vif/L’Express, signé Thierry Fiorilli.

Vif-L'ExpressBelgique, pays sans passé ni futur

Sauf imprévu et chute avant terme du gouvernement Michel, 2019 marquera la fin de l’actuelle législature. Et de la trêve communautaire à laquelle la N-VA a consenti l’été dernier pour pouvoir monter au pouvoir fédéral en en délogeant du même coup le jusque-là indéboulonnable PS. Encore quatre ans de répit, donc.

Avant la reprise effective des manœuvres en tous genres censées mener à une septième réforme de l’Etat. Le grand retour des négociations institutionnelles surviendra donc, à douze mois près, cinquante ans après l’ouverture du premier grand chantier de démolition de l’Etat unitaire belge – avec la révision de la Constitution consacrant les trois Communautés culturelles du pays et prévoyant la création de trois Régions, pourvues chacune d’un territoire et d’autonomie économique.

Un demi-siècle plus tard, un nouveau coup d’accélérateur sera donné au processus d’effilochement de la Belgique – de son évaporation comme le prône, l’ambitionne et le prédit Bart De Wever. De quoi rendre plus hypothétique encore le futur déjà très incertain de ce petit royaume, au cœur de l’Europe, que beaucoup considèrent comme ayant été fabriqué de toute pièce. Né de rien d’autre que de la nécessité d’équilibrer le continent. Un pays tampon, artificiel, virtuel même. Sans réel peuple ni véritable nation. Au mieux, donc : un instrument de géopolitique. Au pire : un accident de l’Histoire. Dans tous les cas : une anomalie du sens commun. Au point que, en français, le terme « belge » est l’un des dix-neuf mots seulement à ne posséder aucune rime. Et le seul caractérisant une nationalité dans ce cas. Comme si rien ne pouvait décidément y faire écho, s’en inspirer ou s’en revendiquer comme modèle.

Etre belge équivaudrait en fait à ne pouvoir ressembler à quoi que ce soit d’autre d’énonçable.

C’est ce qui explique que, une fois la si singulière créature conçue, il a fallu la doter d’une histoire. Lui donner une âme. Ou à tout le moins lui faire croire, coûte que coûte, qu’elle en recelait une. Entre 1830 et 1960, plusieurs personnalités ont ainsi écrit ou réécrit, embelli ou travesti les épisodes du passé contribuant à inventer un sentiment national belge, une flamme patriotique un ciment unitariste. Le dossier que nous consacrons cette semaine à ce storytelling politique d’antan illustre combien il était primordial de convaincre ce non-peuple qu’il était en fait un grand peuple. Pourquoi on s’est échiné à persuader ces Flamands, ces Bruxellois, ces Wallons, ces Liégeois qu’ils faisaient partie d’un même destin, d’une même réalité, d’une même patrie. Comment, bien au-delà de la devise du pays (« L’union fait la force »), on a tenté d’instiller une conscience nationale, avec des livres scientifiques, des manuels scolaires, des images à coller, des héros exhumés, des ennemis désignés, une rhétorique rigoureuse (« Le Roi des Belges », « nos Gloires », « nos régions », « notre sol »…).

Jusqu’à ce que les différences et divergences nord-sud, sur les plans culturel, linguistique, socio-économique et idéologique même, fassent hurler l’évidence : il n’y a pas d’histoire commune, il n’y a pas un passé partagé, il n’y a pas une civilisation belge… Il n’y a qu’un territoire, sur lequel cohabitent trois Communautés. Un territoire correspondant à trois voire quatre Régions. Un territoire surgi de nulle part, dont on a fait un Etat aujourd’hui voué à un confédéralisme presque certain. Avant une liquidation en bonne et due forme, à plus ou moins long terme.

Lire ici Comment la Belgique s’est inventé une histoire (LeVif/L’Express).

Bien sûr, nous avons nous-même abordé ce sujet plusieurs fois. Lire notamment notre article Pour une histoire de la Wallonie .

Wallonie libre et ses héritiers

Une défaite, voilà ce que représente la Butte du Lion qui domine orgueilleusement le champ de bataille de Waterloo. Voulue par le roi Guillaume des Pays-Bas pour « éterniser la gloire nationale », elle a été érigée en 1826 dans l’indifférence générale. En revanche, l’inauguration d’un petit monument français, répondant à une initiative privée, attira la grande foule en 1904. Plus de cent mille personnes et une réelle ferveur patriotique : on n’avait jamais vu autant de monde à Waterloo depuis la sinistre bataille de juin 1815.

Aigle_blessé_MonumentCe monument à l’Aigle blessé devint un haut lieu du militantisme wallon dans les années 30, quand se précisait la menace d’une Allemagne revancharde asservie au nazisme. Le gouvernement belge s’étant dégagé de son alliance avec la France en 1936 sous la pression de la Flandre et de Léopold III, le sort de la Wallonie inspirait les plus vives inquiétudes, du moins chez les citoyens qui ne pouvaient se résoudre au sacrifice de leur Wallonie romane, alors que la voix gutturale d’Adolphe Hitler tétanisait l’Europe.

C’est là, sous le regard de l’Aigle blessé, qu’en juin 1940 fut fondé le mouvement de résistance Wallonie libre, en réponse à l’Appel du 18 juin, celui du Général de Gaulle. Ainsi, le bicentenaire de la bataille de Waterloo, l’événement historico-touristique de l’année 2015 en Belgique francophone, coïncide avec les 75 ans de Wallonie libre, célébrés le 28 mai de façon plus confidentielle, il faut bien le reconnaître.

Robert Collignon -Quand même, à cette cérémonie, il y avait Robert Collignon. Lui, l’ancien ministre-président de la Région Wallonie, il a rappelé que Waterloo fut la victoire de l’Ancien régime sur les idées de la Révolution. Son point de vue ne sera jamais celui des familles régnantes qui ont paradé sur le champ de bataille. Il a parlé d’une «…défaite douloureuse pour la France et surtout pour la Wallonie, arrachée à sa patrie naturelle et greffée arbitrairement aux Pays-Bas ». La révolution belge n’a pas suffi pour réparer les effets de cette défaite car elle a finalement donné naissance à « la Belgique… ce résidu du traité de Vienne et création britannique ». (La vidéo de ce discours peut être vue sur le site de Wallonie libre.)

Comme on le sait, le mouvement Wallonie libre a toujours été pluraliste et, s’il ne donne plus l’impression de pouvoir influer sur le cours des choses, il a néanmoins laissé un héritage dont les dépositaires sont notamment de véritables acteurs de la politique en Wallonie. Il y a Robert Collignon, bien sûr, mais il n’est pas le seul. Voici, par exemple, un extrait du Daniel Bacquelaineportrait de Daniel Bacquelaine, l’actuel ministre fédéral des Pensions, publié tel quel samedi passé dans la Libre Belgique :

« Pas moins de trois Bacquelaine figurent dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon. Le premier, Maurice, est le père du ministre. Jean, son oncle, et Marie-Louise, sa tante, complètent un trio d’illustres militants régionalistes et libéraux, résistants au sein du réseau Wallonie libre durant la Seconde Guerre mondiale. Tous les trois étaient au congrès national wallon d’octobre 1945.

« Daniel Bacquelaine n’a pas rompu avec cet héritage-là. Ses sentiments pour la Belgique sont plutôt tièdes, et son aversion pour le nationalisme flamand, plutôt farouche. Peu porté sur les remous médiatiques, cet éternel raisonnable a toutefois pris l’habitude de taire sa conviction profonde : si le délitement de l’Etat s’accélère, comme il le pressent, le scénario d’une Wallonie française aura sa faveur. »

Aux régionalistes francophiles, il faut ajouter les régionalistes lucides (l’un n’empêchant pas l’autre), et on comprendra que le scénario d’une Wallonie française est plus que jamais pertinent.

De Napoléon à de Gaulle : rude 18 juin à Londres

LE MONDE | 18.06.2015 à 09h41 • Mis à jour le 18.06.2015 à 11h54 | Par Philippe Bernard (Londres, correspondant)

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L'avocat français Frank Samson joue le rôle de l'Empereur, lors de la reconstitution de la bataille de Ligny, en Belgique, le 14 juin.

L’avocat français Frank Samson joue le rôle de l’Empereur, lors de la reconstitution de la bataille de Ligny, en Belgique, le 14 juin. Colin Delfosse pour « Le Monde »

Dure journée pour la France que ce 18 juin à Londres. Alors que la date est traditionnellement celle du souvenir de l’appel du général de Gaulle, elle revêt cette année un aspect particulier : deux cents ans jour pour jour après la bataille de Waterloo, les Français sont invités à un grand écart entre deux commémorations, celle d’une débâcle contre les Britanniques et celle d’un combat commun.

Prenez l’agenda de Sylvie Bermann, ambassadeur de France, ce jeudi : à 9 h 30, elle devait assister à la cérémonie rappelant l’appel du Général à la résistance à Carlton Gardens, son QG londonien de 1940. Puis, à 11 heures, elle devait filer à la cathédrale Saint-Paul, pour représenter Paris à la « messe nationale de commémoration » de la… victoire de Waterloo. Là, elle devait côtoyer le prince Charles, le descendant du duc de Wellington et endurer la lecture de la prière d’action de grâce « pour la remarquable victoire que Tu as accordée aux armées alliées » qui fut récitée dans toutes les églises du royaume au lendemain du 18 juin 1815.

Lire aussi : Waterloo, la glorieuse défaite de Napoléon

Avant le God Save the Queen, le public réuni à Saint-Paul, qui a obtenu des tickets d’entrée par tirage au sort, devait écouter un officier supérieur britannique lire la dépêche officielle de Wellington annonçant à la Couronne la victoire de Waterloo. « Je joins à ce message deux aigles français pris par nos troupes au cours des opérations », insiste le vainqueur.

La presse tabloïd, toujours friande de French bashing, tente de persuader ses lecteurs que les Français sont furieux du déferlement mémoriel qui accompagne le bicentenaire de Waterloo. Plusieurs journaux ont présenté comme une humiliation pour Paris la pièce de 2,5 euros frappée par la Belgique à l’effigie de la bataille. Estimant particulièrement maigre la délégation française aux cérémonies organisées en Belgique, le Daily Mirror y a vu le signe que « les Français snobent la commémoration » car « ils gardent de l’amertume d’avoir fini deuxièmes derrière le duc de Wellington ».

« Prier pour la paix entre les nations »

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Pendant la reconstitution de la bataille de Ligny, le 13 juin.

Pendant la reconstitution de la bataille de Ligny, le 13 juin. Colin Delfosse pour « Le Monde »

Deux siècles de paix franco-britannique après Waterloo, le service religieux à Saint-Paul devait tout de même rappeler la mémoire des victimes des deux camps. Entre deux psaumes et sur fond d’orgue, des descendants de soldats britanniques, français et prussiens engagés à Waterloo et des militaires d’aujourd’hui devaient lire des témoignages de combattants de l’époque. Le Révérend David Ison devait appeler à « prier pour la paix entre les nations ».

Mais deux cents ans n’ont visiblement pas suffi au comité britannique chargé de la commémoration pour prendre un peu de recul. La plaque de marbre dévoilée le 10 juin à la gare de Waterloo se contente de rappeler la « mémoire des membres des armées alliées [britannique et prussienne] qui ont donné leur vie au cours de la bataille de Waterloo », oubliant que 6 800 Français y ont aussi perdu la vie. « Une erreur », admet Sir Evelyn Webb-Carter, président de Waterloo 200, lorsqu’on lui fait remarquer cette omission. « Malheureusement, se désole-t-il avec insistance, il ne sera pas possible de la rectifier. »

Au cours d’une discrète cérémonie organisée à la gare, agrémentée de quelques soldats en costume d’époque, l’historien et homme de télévision Peter Snow raconte la bataille comme s’il en revenait. « Le Royaume-Uni ne célèbre pas Waterloo, précise-t-il. Ça a été une bataille affreuse. Mais nous sommes fiers de son résultat : plus aucun pays n’est capable de dominer seul l’Europe. »

Justement, alors que le Royaume-Uni se prépare à voter par référendum pour ou contre le « Brexit » (British exit ou sortie de l’Union européenne), l’actualité n’est jamais loin lorsqu’on évoque Waterloo. Le très nationaliste Daily Express explique à ses lecteurs que François Hollande pourrait s’opposer aux prétentions de David Cameron de réforme de l’Europe afin de « saboter » la négociation menée par le premier ministre britannique. A l’approche du bicentenaire de Waterloo, ajoute le quotidien, « M. Cameron se trouve confronté à l’héritier de Napoléon Bonaparte ». Faisant allusion à l’aide décisive des Prussiens à Wellington et prônant aujourd’hui un axe Londres-Berlin, l’article suggère que, « une fois encore, le commandant britannique pourrait finir par demander l’aide des Allemands ».

Or le chemin historique de Waterloo jusqu’au débat sur le « Brexit » passe forcément par le général de Gaulle. En 1965, le président français dédaigna les cérémonies du 150anniversaire de la défaite de Napoléon au moment même où il s’opposait à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun. Soixante-quinze ans après l’appel diffusé par la BBC, l’histoire européenne bégaie et le Général perturbe encore la célébration britannique de Waterloo.

Vous voulez bouger ce week-end ? Voici notre sélection d’activités en Wallonie

Parmi les suggestions de sorties pour ce week-end aux quatre coins de la Wallonie, nous avons trouvé celles-ci sur le site de « Sudpresse ».

N’oublions pas non plus la fête de la musique, initiée par Jack Lang lorsqu’il était le brillant ministre de la culture de François Mitterrand. Très vite, la tradition de cette fête, qui fait la part belle à toutes les musiques et à toutes les voix, offre des spectacles gratuits de professionnels ou d’amateurs, chose rare à notre époque. Elle  a tout naturellement pris racine un peu partout en Wallonie et à Bruxelles. Ne la cherchez pas en Flandre. Allez savoir pourquoi…!?

En guise d’introduction à cette fête de la musique, France 3 a programmé hier « Musiques en fête » depuis les Chorégies d’Orange. Sur la scène du Théâtre antique d’Orange, les plus grandes voix du classique accompagnés par 200 musiciens et choristes nous ont offert un spectacle sublime devant un public enthousiaste.

Paul D.

Province de Liège – Fête de la musique

Fanfare, spectacle de jazz, comptines pour enfants et même poésie chantée : durant la fête de la musique, la Wallonie swingue ! Notre coup de cœur liégeois : le pique-nique musical avec scène ouverte organisé sur le terril du Thier-a-Liège. Une balade commentée vers le sommet vous fera connaître tous les secrets de ce patrimoine naturel wallon.

Info : www.fetedelamusiqueliege.be

Province de Namur – Splendeurs de Waulsort à la Belle Epoque

Saviez-vous que pendant l’Entre-deux-guerres, le petit village de Waulsort, sur la commune d’Hastière, accueillait des centaines de touristes ? Venez, le temps d’une balade, revivre le charme de cette époque qui a vu fleurir de nombreux joyaux architecturaux : hôtels, restaurants, commerces et superbes villas entre autres.

Info : www.dinant-tourisme.com

Province de Hainaut – Histoire de trouille … à faire peur ?

Toute la semaine, dans le cadre de Mons 2015, l’événement « Sens Dessus Dessous » dans le Grand Huit vous propose des concerts, des spectacles, des promenades et des ateliers. Embarquez le 27 pour une visite-spectacle peu commune de l’ancien couvent des Sœurs noires. Au programme : un conteur dans l’arbre, des acteurs réveillant la mémoire des lieux, « le crâne de Dagobert » réalisé par des plasticiens, et une exposition sur la Trouille.

Info : www.mons2015.eu

ChambArt au Château d’Havré

Le festival artistique ChambArt, organisé par l’asbl PsycArt qui améliore le quotidien de personnes handicapées mentales par le biais de l’art, présente une exposition de 200 œuvres d’artistes hennuyers. Autour d’elle, une multitude d’activités sont organisées sur le site du Château d’Havré : des visites animées, des ateliers artistiques, une exposition de cartes postales, une chasse au trésor, une œuvre collective d’artistes travaillant sous les yeux du public et de nombreux concerts.

Info : www.chambart.be

Province de Luxembourg

Découverte du site historique de Clairefontaine. Venez visiter le merveilleux site historique et archéologique de l’ancienne abbaye cistercienne de Clairefontaine. Après l’effort, le réconfort : votre balade sera suivie d’une dégustation de spécialités trappistes et d’abbaye.

Info : www.arlon-tourisme.be

Les chiffres fous de Waterloo

Lu sur le site du quotidien « Le Soir »

Rédaction en ligne
Mis en ligne mardi 16 juin 2015, 15h58

Pour créer l’événement, la participation d’au moins 300 chevaux et plus de cinq mille reconstituteurs a été nécessaire.

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Photo Belga
Afin de proposer trois jours de festivités sans accroc, l’ASBL Bataille de Waterloo 1815 a dû débourser des sommes mirobolantes et faire appel à des milliers d’intervenants. Agents de sécurité, gérants de parking, cavaliers, acteurs, ouvriers, matériel… Zoom sur les chiffres les plus fous de l’organisation de l’événement, sans lesquels aucune représentation n’aurait été possible.

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La dotation Wellington

En ces temps de « Waterloosamose », peut-être est-il bon de rappeler l’article que notre site avait publié le . La 6e réforme de l’état a étendu les pouvoirs de notre gouvernement wallon. Encore faudrait-il se servir des nouveaux leviers ainsi reçus. A l’heure où nos élus raclent les fonds de tiroir pour faire des économies, ne serait-il pas opportun de mettre fin à cette stupide dotation et d’engranger ainsi quelques millions d’euros qui ne feraient pas de tort aux finances wallonnes.

Notre ami Claude Thayse avait adressé un courrier aux journalistes du « Vif-l’Express » Christine Laurent, Gérald Papy et Thierry Fiorelli  qui avaient rédigé un article sur Nivelles. Nous reproduisons intégralement le contenu de ce qu’écrivait Claude Thayse.

Votre très intéressant article sur Nivelles m’incite à réagir à propos de la dotation Wellington, voici :

En finir avec cette dette de guerre… que seuls les Wallons payent.

duc WellingtonVous rappelez fort opportunément que le duc de Wellington, « prince de Waterloo », possède encore aujourd’hui 1083 ha, fruit d’une dotation du roi des Pays-Bas en 1815. Cette dotation (accompagnée d’une rente à l’époque) a pris la forme juridique d’un majorat dit « napoléonien ». Si, aux débuts de la Belgique, on n’a pas mis fin aux privilèges du duc parce qu’il ne fallait pas heurter l’Angleterre et que l’enjeu de l’indépendance était plus important, par la suite l’habitude étant prise et, anglophilie et noblesse aidant, on a conservé cette pratique d’ancien régime et même accru ces avantages. En particulier en 1988 lorsque P. Maystadt passa un accord secret avec le duc en vue de la suppression de la rente avec compensation lui faisant ainsi cadeau de 25 ha du territoire national (avec droit de vente, ce qui est incompatible pour un majorat). Le duc restant usufruitier des terres restantes.

Si l’accord scellé lors de la dotation précisait que les terres reviendraient à l’Etat belge lorsque la descendance s’arrêtera, celui-ci a fait preuve d’une grande légèreté depuis. Le majorat (institution complexe du Droit français) est un préciput (le successeur du majorat n’est pas un héritier puisque le majorat ne se trouve pas dans la succession patrimoniale de son auteur) et Napoléon a voulu que l’Etat resta propriétaire des biens en n’accordant la propriété qu’à la condition suspensive de l’extinction de la descendance mâle, et encore par primogéniture. Ce qui aurait déjà légitimé le retour de ces terres puisque lors du décès du 2e duc en 1884, celui-ci n’avait pas d’enfant et la réversion d’un titre, c’est-à-dire sa transmission à un parent collatéral (comme ce fut le cas à plusieurs reprises) n’a jamais lieu de plein droit en Belgique. C’est une faveur qui doit faire l’objet d’un arrêté royal.

Dans l’hypothèse de la suppression du majorat du duc de Wellington (qui a déjà rapporté plus de 40 millions d’Euros à cette famille depuis 1816), la Région wallonne à qui ces terres doivent revenir, pourrait très bien prendre des mesures en faveur des fermiers et les terres incluses dans un plan de développement durable au bénéfice tant de la collectivité que des fermiers eux-mêmes.

Notons également que le Portugal et l’Espagne ont supprimé les avantages liés aux titres nobiliaires du duc de Wellington et… les Pays-Bas, ceux attribués au Prince Blücher…

Claude Thayse, Nivelles

Traité transatlantique: quand de Gaulle dit non à Kennedy (1962-1963)

Histoires d’Info par Thomas Snégaroff mercredi 10 juin 2015

Les couples Kennedy et de Gaulle à Versailles lors de la visite officielle du président américain en France en juin 1961 © MaxPPP

Le 4 juillet 1962, le président Kennedy propose aux Européens une vaste alliance transatlantique, géopolitique et commerciale. Mais le général de Gaulle se méfie d’un partenariat qui cacherait une domination.

Retour le 4 juillet 1962.
Le président John F. Kennedy est à Philadelphie pour y célébrer le Jour de l’Indépendance. La situation économique des Etats-Unis n’est pas brillante. Depuis quelques années, l’Europe de l’Ouest affiche une croissance très supérieure à celle des Etats-Unis –on a du mal à le croire aujourd’hui.
Une réalité qu’il faut bien garder en tête en écoutant ce discours du président américain:

« Nous ne regardons pas une Europe forte et unie comme une rivale, mais comme une partenaire. Nous croyons qu’une Europe unie sera capable de se joindre aux Etats-Unis et à d’autres pays pour abaisser les barrières douanières  L’édification de l’association atlantique ne sera achevée ni aisément, ni à bas prix. Mais je dirai ici aujourd’hui, en ce jour anniversaire de l’indépendance, que les Etats-Unis sont prêts à souscrire à une déclaration d’interdépendance« .

Ce « grand dessein », cette alliance atlantique n’est pas que commerciale, mais dans le contexte actuel de négociation du traité transatlantique, il est intéressant de s’arrêter sur cette dimension.

Partenariat ou domination de l’un sur l’autre ?

Le général de Gaulle reçoit avec circonspection cette déclaration d’interdépendance américaine. Il dira à ses proches que lorsqu’il entend partenariat, il sait qu’il s’agit en fait de la domination de l’un sur l’autre. On retrouve cette idée six mois plus tard lorsque De Gaulle refuse l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE et enterre avec elle le projet d’une vaste zone de libre-échange transatlantique.

« En définitive, il apparaîtrait une communauté atlantique colossale sous dépendance et direction américaine. Ce n’est pas du tout ce qu’a voulu faire et ce que fait la France : une construction proprement européenne« .

L’Allemagne courtisée

Ces propos du général de Gaulle ouvrent une période de graves turbulences dans les relations entre la France et les Etats-Unis. D’autant qu’au moins de février, de Gaulle fait avancer sa conception de l’Europe, plus distante des Etats-Unis, en signant le traité de l’Elysée avec l’Allemagne.
Pour Kissinger, c’est la stupéfaction à Washington qui va alors tout faire pour courtiser l’Allemagne avec comme point d’orgue ce voyage à Berlin et ces mots si connus de Kennedy (et au passage une succulente faute) :

« Ich bin ein Berliner« 

Plus de cinquante ans après, l’issue des négociations actuelles sur le traité transatlantique, le TTIPP ou Tafta en anglais. Le Parlement européen en discute.
Alors,  Kennedy avait raison d’affirmer en juillet 1962 :

« Tout cela ne sera pas achevé en un an, mais que le monde sache que c’est aujourd’hui notre but« 

 

 

Waterloo 1815: l’occasion de se rafraîchir la mémoire

OPINIONS | vendredi 12 juin 2015 à 11h13 sur le site de la RTBF

  • Une Belgique autrichienne

    La Belgique est alors administrée par l’empereur d’Autriche, François II. Par la convention de Pilnitz, ce dernier s’entend avec le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, pour restaurer le pouvoir absolu du roi de France, Louis XVI.

    La réaction du ministère girondin-jacobin ne se fait pas attendre : une déclaration de guerre est adressée à l’empereur d’Autriche. Après l’échec d’une première tentative d’invasion des Pays-Bas autrichiens, fin avril 1792, le général Dumouriez remporte, le 6 novembre 1792, la victoire de Jemappes, grâce à laquelle il fait tomber les « provinces Belgiques » dans l’escarcelle française, à l’exception du Luxembourg et du Limbourg.

    Héritage éphémère, puisque, le 18 mars 1793, les Autrichiens récupèrent leurs possessions après avoir remporté la victoire de Neerwinden.

    Mais le 26 juin 1794, la contre-offensive française déclenchée à Fleurus aboutit à la conquête définitive des Pays-Bas autrichiens, ainsi que de la Hollande. Avec la chute de Liège, un mois plus tard, c’est le pouvoir épiscopal qui disparaît dans la principauté.

    Une Belgique française

    Nous voici donc Français, administrés tour à tour par la Convention (1792-1795), le Directoire (1795-1799), le Consulat (1799-1804) et l’Empire (1804-1814).

    Durant les premiers mois d’avril 1814, va se dérouler la Campagne de France contre la sixième coalition. Mais Napoléon ne peut empêcher celle-ci d’atteindre Paris et, le 6 avril, il se voit contraint d’abdiquer. C’est l’exil sur l’Ile d’Elbe et la restauration de la monarchie des Bourbons, en la personne de Louis XVIII.

    Une Belgique hollandaise

    Conclu le 30 mai 1814 entre ce dernier et les puissances alliées, le traité de Paris stipule, en son article VI, que la Hollande, placée sous la souveraineté de la maison d’Orange, recevra un accroissement de territoire. Cet accroissement visera la Belgique et sera ratifié par le Congrès de Vienne, le 15 mars 1815, Guillaume Ier d’Orange se retrouvant ainsi à la tête du Royaume uni des Pays-Bas.

    Entre-temps, Napoléon s’est évadé de l’Ile d’Elbe, le 26 février et a rétabli son pouvoir à Paris, forçant Louis XVIII à se réfugier à Gand, c’est-à-dire en Belgique… hollandaise. Et c’est aussi dans cette Belgique hollandaise, que Napoléon a décidé d’en découdre avec les puissances alliées, plus que jamais liguées contre lui. Il sait que, pour l’emporter, il doit tout faire pour éviter que Prussiens et Anglais se présentent devant lui en rangs unis.

    Sa tactique consiste donc à affronter d’abord l’armée prussienne de Blücher. C’est la victoire de Ligny, le 16 juin. Sauf que la victoire n’est pas totale, puisqu’une partie des Prussiens ont battu en retraite. Ordre est donc donné au général Grouchy de les retrouver et de les empêcher de rallier les troupes anglaises de Wellington, concentrées à Mont-Saint-Jean, à quelques kilomètres de Waterloo.

    Le 18 juin, alors que Napoléon attend Grouchy pour lancer l’offensive finale, c’est Blücher qui vient prêter main-forte à Wellington pour assurer la victoire.

    A la question : Et si Napoléon avait remporté la bataille ? 

    Yves Vander Cruysen, échevin du Tourisme à Waterloo, répond : C’est de l’histoire-fiction, il a perdu. S’il avait gagné, il aurait sans doute signé un traité avec les alliés afin de préserver les frontières de la France et garantir la paix. Nos territoires seraient restés hollandais, ce qu’ils étaient depuis le 15 mars 1815.

    Qu’il nous soit permis d’émettre un avis différent.

    Nous pensons, en effet, qu’une victoire de la France aurait mis fin à la parenthèse hollandaise de la Belgique et assuré un destin différent à cette dernière.

    Le Royaume uni des Pays-Bas fut loin d’être une réussite. Il s’écroula d’ailleurs en 1830 pour donner naissance, à la conférence de Londres, au Royaume indépendant de Belgique.

    Talleyrand participa à cette conférence en tant qu’ambassadeur de France. Dans la biographie qu’il lui consacre, G. Lacourt-Gayet rapporte cette conversation que la princesse de Lieven eut avec le « diable boiteux », en date du 29 octobre 1832 :

    Prince T. – Eh bien ! Parlons de nos deux armées. Qu’en pensez-vous ?

    Moi. – Que vous avez pris beaucoup de peine pour quelque chose qui ne durera guère.

    Prince T. – Ah ! ah ! vous le pensez !

    Moi . – Et vous, mon prince ?

    Prince T. – Je l’espère.

    Moi.- Quoi ! vraiment que votre royaume belge et votre roi belge…

    Prince T. – Ne durerons pas. Tenez, ce n’est pas une nation. Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation ; cette Belgique ne sera jamais un pays ; cela ne peut tenir.

    Moi.- Eh bien ! mais après, quoi ?

    Prince T. – Dites-le vous-même.

    Moi. – Oh ! si vous voulez mon opinion, la voici : la Belgique à la Hollande ou la Belgique partagée.

    Prince T.- Eh bien ! partageons ; cela nous fera toujours passer la soirée. Arrangez-moi cela.

    Moi.- Rien de plus facile ; il faut contenter tout le monde.

    Prince T. – Qui est tout le monde ?

    Moi. – Voici qui n’en est pas : ni nous, ni l’Autriche.

    Prince T. – Eh bien ! reste ?

    Moi.- Vous, un peu ; la Hollande, beaucoup ; et la Prusse, probablement ; et puis…

    Prince T. – Et puis qui ?

    Moi. – Oh ! à l’Angleterre, quelque chose. Anvers, par exemple.

    Prince T. (frappant le plancher de sa canne, la table de son poing, de façon à faire bondir sa tasse et éveiller l’attention de tout le salon.) – Anvers ! Anvers à l’Angleterre ! Mais savez-vous que c’est révoltant ce que vous dites là ! Quoi ! l’Angleterre sur le continent ? Madame, tant qu’il y aura une France si petite qu’elle soit, il n’y aura pas, il ne peut y avoir l’Angleterre sur le continent. Vous me révoltez ; cela n’est pas soutenable ; ce que vous sites là, c’est abominable

    Moi.- Eh bien ! mon prince, ne lui donnons rien. Cela m’est égal.

    Prince T. – Allons ! allons ! je vois bien que vous plaisantez.

    Moi. – Comment ? vous le découvrez à présent.

    Prince T. – Mais c’est que tout le reste était si bien. Tenez ! je vous remercie d’être venue causer avec moi. Je ne vous savais pas si bonne enfant ; je vois qu’on peut s’arranger avec vous.

    On peut imaginer aisément, au départ de cette conversation, comment Talleyrand aurait réglé le cas belge si la France était sortie victorieuse à Waterloo…

    Toujours est-il que lors de la bataille, la dualité communautaire belge se manifesta. Dans son « Histoire des Belges », Henry Dorchy constate, en effet : Les Belges se divisèrent en 2 camps : les uns, surtout recrutés en Wallonie, se rangèrent du côté des Français ; d’autres, originaires de Bruxelles et de la Flandre, soutinrent les Anglo-Prussiens et les Hollandais de Guillaume d’Orange (…). au soir de la bataille, les populations wallonnes (en particulier les Carolorégiens et les Namurois) accueillirent les soldats français en retraite et soignèrent les blessés.

    Jules Gheude

    Jules Gheude se définit comme essayiste politique. Il est né à Braine-l’Alleud en 1946. En 2008, il lance le « Manifeste pour la convocation des États généraux de Wallonie ». Depuis février 2010, Jules Gheude coordonne les travaux du Gewif (Groupe d’Études pour la Wallonie intégrée à la France). Son intérêt marqué pour la problématique communautaire belge l’a amené à écrire plusieurs ouvrages sur le sujet.