La Wallonie stagne depuis trop longtemps.
En 1961, le syndicaliste socialiste liégeois André Renard s’était dit convaincu que, sans l’instauration du fédéralisme et l’adoption de réformes de structures, la région ne parviendrait pas à se redresser. Il fonda donc le Mouvement Populaire Wallon. Son décès prématuré, en 1963, ainsi que l’opposition virulente à laquelle il se heurta de la part du Parti Socialiste Belge, ne permit pas de modifier la situation dans un délai raisonnable.
Il fallut attendre 1974 pour que, sous l’impulsion de François Perin, alors ministre de la Réforme des Institutions, un système de régionalisation préparatoire fût adopté.
Le Parti Socialiste, qui se trouvait à l’époque dans l’opposition, pratiqua la politique de la chaise vide au sein du Conseil régional wallon « provisoire », qualifié de parlement croupion, et s’empressa du supprimer celui-ci lors de son retour au pouvoir en 1977.
Ce n’est qu’en 1980 que la Wallonie se vit enfin dotée, de manière définitive, d’outils régionaux lui permettant, dans un certain nombre de domaines, de s’autogouverner. Au fil des ans, ces domaines n’ont cessé de s’étendre.
Comment expliquer, dès lors, que la Région ne soit toujours pas parvenue à décoller ? Divers plans de redressement ont vu le jour depuis une dizaine d’années. Mais, comme l’a constaté récemment un jury international, ils n’ont pas réussi à apporter les résultats escomptés.
La Wallonie se débat aujourd’hui avec un taux de chômage toujours élevé, une dette de 18,6 milliards d’euros, et l’impossibilité d’atteindre l’équilibre budgétaire.
Quant à la population wallonne, elle surprend par son apathie.
La Wallonie n’est le bien d’aucun parti politique. Son avenir constitue un enjeu qui concerne chacun de ses habitants. Sa jeunesse est concernée au premier chef !
Trop de temps a été perdu en vaines querelles de clochers politiques. Des exemples sont là pour nous montrer qu’il n’y a pas de fatalité. D’autres régions sont parvenues à s’en sortir.
Mais il faut, pour cela, saisir la nécessité de revoir les choses de fond en comble, d’adapter la situation aux règles du XXIe siècle.
Lors d’une entrevue qu’il eut avec Robert Liénard de l’Université de Louvain, le général de Gaulle avait déclaré :
Chaque peuple ne peut se redresser que par lui-même. Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et qui mobiliseront ce qui en reste. (…) rien n’est jamais définitivement perdu dans la vie des peuples si ses dirigeants ne s’abandonnent pas au faux fatalisme de l’histoire.
La vérité dont parlait de Gaulle, quelle est-elle aujourd’hui ?
1° Pour ne plus avoir à dépendre d’une structure étatique qui l’empêchait de prendre elle-même les décisions susceptibles de promouvoir sa prospérité, la Wallonie a revendiqué la régionalisation. Mais une expérience de 25 ans révèle un fiasco. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître.
2° Le fédéralisme, instauré officiellement depuis 1993, n’a pas sauvé la Belgique. Il est même dépassé, puisque, depuis 1999, la Flandre s’est clairement prononcée en faveur du confédéralisme. Et c’est le ministre-président CVP Luc Van den Brande qui en a lancé l’idée.
3° La survie de la Belgique est compromise par l’irrésistible montée du nationalisme flamand, lequel ne s’incarne pas dans la seule N-VA. Comme l’a fait remarquer l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck :
La relation entre le nationalisme et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.
Pour le dire autrement, la Flandre est devenue une Nation, comme le stipule d’ailleurs expressément le préambule de la « Handvest voor Vlaanderen », adoptée en 2012 par le Parlement flamand UNANIME.
Cela aussi, Charles de Gaulle l’avait bien compris :
J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.
Voilà la vérité !
Toute idée de changement radical se heurte systématiquement à l’opposition réactionnaire. Il y a toujours ceux qui seront en retard d’une guerre.
Il suffit de relire ces phrases, publiées dans « La Libre Belgique » du 26 mars 1976 :
Connaissant la malice du ministre de la Réforme des Institutions (François Perin), nous serons donc vigilants. Car c’est « pas à pas » précisément que se poursuit, depuis plus de quinze ans, la « résistible aventure de la régionalisation », une aventure à laquelle il serait bon sans doute de mettre fin dès lors que le mot séduisant de « régionalisation » ne couvre plus les nécessités de la décentralisation mais les jalons vers le fédéralisme socio-économique.
L’heure n’est plus aujourd’hui à se rejeter la faute de l’échec, mais à oser voir la dure réalité en face.
L’avenir de l’Etat belge n’est en rien garanti. La question communautaire ressurgira dès 1999.
La mission des dirigeants wallons consiste à faire en sorte que la Région ne se retrouve pas mise devant le fait accompli, contrainte de réagir dans l’urgence et la précipitation.
Evoquant l’hypothèse de la scission de l’Etat, Xavier Mabille, l’ancien président du CRISP, déclarait :
Hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure.
Voilà pourquoi il importe que le peuple wallon, et notamment ses jeunes espoirs, entre en résistance pour faire comprendre à ses dirigeants qu’il n’entend pas être le dindon de la farce.
Comme il y eut un Mouvement Populaire Wallon, il devrait y avoir un Mouvement de Résistance Wallonne !
Jules Gheude
(1) Dernier livre paru : « François Perin – Une Plume / L’Oeuvre écrite », préface de Michel Hermans, Editions de la Province de Liège, 2015.







