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La fiscalité belge expliquée aux Français

C’est Jean Quatremer qui s’y colle pour les lecteurs de « Libé », journal dont la réaction ne fut pas la moins vive à l’annonce que Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, avait l’intention de devenir belge.

Extrait choisi de son article (à lire sur son blogue) :

« Le système fiscal belge vise la masse à la différence de la France où la moitié des foyers fiscaux sont exonérés de l’impôt sur le revenu », résume Thierry Afschrift, professeur de droit fiscal à l’Université libre de Bruxelles et avocat. En clair, « on prend beaucoup à beaucoup de monde », c’est-à-dire à ceux qui travaillent, afin de financer un État dont la dépense publique rapportée à son PIB est encore supérieure à celle de la France, c’est dire.

Ainsi, un foyer fiscal doit gagner moins de 6430 euros par an pour échapper à l’impôt. Ensuite, ça progresse brutalement, d’autant qu’il n’existe pas de quotient familial (juste un abattement par enfant à charge) : 25 % pour la tranche qui va de 0 à 7900 euros (au-delà des premiers 6430 euros d’abattement), 30 % de 7900 à 11.240, 40 % de 11 240 à 18 730, 45 % 18730 à 34 330 et 50 % au-delà. En France, la tranche maximale est de 41 % et ne débute qu’à 78 830 euros. « Autrement dit, quelqu’un qui gagne 1500 euros par mois est déjà dans la tranche à 45 % », explique Afschrift. On comprend dès lors qu’à la différence de la France, la TVA représente une rentrée fiscale inférieure à celle de l’impôt sur le revenu.

En revanche, il n’existe ni impôt sur la fortune, ni de taxe sur les plus-values mobilières (seuls les intérêts et dividendes sont taxés entre 21 et 25 %), l’imposition des donations est symbolique, la fiscalité immobilière est particulièrement sympathique (les loyers ne sont pas imposés, seule la valeur cadastrale remontant à 1975 l’est ; les plus-values immobilières échappent à tout impôt si le bien est détenu plus de 5 ans -30 ans en France), etc. « Il y a plein de trous béants dans la fiscalité belge », ajoute Afschrift : ainsi les SICAV et les contrats d’assurance sans revenus garantis échappent à toute imposition.

Le rail wallon à petite vitesse

« Décidément, les projets ferroviaires ont du mal à se réaliser du côté wallon », écrit-on dans La Libre. « Après le coup de sang d’André Antoine (CDH) au sujet du report à 2022 de la finalisation du RER, voilà que Philippe Henry (Ecolo), ministre wallon de la Mobilité, allume Infrabel au sujet de la ligne Bruxelles-Namur-Luxembourg. »

C’est qu’Infrabel a fait savoir que les travaux de modernisation de cet axe international, permettant de faire circuler les trains à 160 km/h (120 km/h actuellement), étaient reportés de 2013 à 2022. Pourquoi ?

« Une partie de l’explication du comportement étonnant d’Infrabel réside dans la clef historique 60-40 de répartition des budgets entre le nord et le sud du pays », répond Philippe Henry. « Puisqu’il n’y a pas de projet similaire en Flandre, Infrabel ralentit les projets wallons de peur qu’on dépense trop pour la Wallonie par rapport à la Flandre. »

Certes, Infrabel est dirigé par un proche du PS, mais cela n’y change rien. Le rapport de force n’est pas favorable à la Wallonie.

Lire ici l’article complet de La Libre.

Sur les questions d’infrastructure, en particulier du rail, le point de vue du sénateur François Bellot (MR) est toujours intéressant. Bourgmestre de Rochefort, cet ingénieur civil, par ailleurs diplômé de la prestigieuse ENA, la haute école française d’administration, est de ceux qui ont dénoncé le poids excessif de la Flandre au sein de la SNCB (lien).

Economie et dépenses publiques

Penser que, pour la Wallonie, le choix de la France et à la fois le plus naturel et le plus confortable, ce n’est pas se bercer d’illusions sur l’état de la France. Selon Geert Noels, la situation économique de la France est pire que celle de l’Italie (son interview sur le site de La Libre : ici). Quand un économiste flamand dénonce les faiblesses de l’économie française, cela nous interpelle, évidemment, mais cela ne nous donne pas envie de croire en la Belgique. Il nous semble évident que ce n’est pas la prospérité de la Flandre qui va assurer l’avenir de la Wallonie.

Quoi qu’il en soit, le journal Le Soir s’étend aujourd’hui sur la façon dont les pouvoirs publics dépensent l’argent de la collectivité et… « Surprise : la Belgique n’est pas le paradis social qu’on imagine ; le Royaume dépense proportionnellement moins que la moyenne européenne pour garantir la protection sociale de ses citoyens. » Ce constat repose sur une étude comparative réalisée par Eurostat, organe de la Commission européenne chargé de produire les statistiques officielles de l’UE.

La Belgique n’est pas un paradis social. Cela ne signifie pas que les dépenses publiques ne sont pas importantes en Belgique, pays où la pression fiscale sur les revenus du travail est plus élevée qu’en France.

La RTBF a elle aussi rendu compte de ces chiffres (JT de 19.30 : ici), mais surtout pour marteler que l’enseignement coûte trop cher en Communauté française (de Belgique). Pour le reste, le professeur Giuseppe Pagano, l’expert montois en matière de finances publiques, a laissé entendre que si la Belgique dépense beaucoup pour l’aide économique, c’est en partie à cause du coût du chômage. Or, le coût du chômage émarge à la protection sociale, un poste où l’Etat belge dépense relativement peu…

Que l’on en juge par ce tableau réalisé par le journal Le Soir :

Flandre à la carte

On peut supposer que nos subtilités institutionnelles n’intéressent pas plus les Japonais que les Américains. Puisque la Flandre entend se faire une place dans le monde, il ne faut pas s’étonner des libertés qu’elle prend pour assurer sa promotion à l’étranger. Que la même carte, déjà contestée, serve encore aujourd’hui, cela montre seulement que les autorités flamandes ne tiennent pas compte des réactions francophones. Plus grave, sans doute, est la manipulation des chiffres en matière de nouvelles technologies : il semblerait que, sur ce marché, la Wallonie et Bruxelles n’existent tout simplement pas, la Flandre ayant outrageusement tiré la couverture à soi. Voir l’article de La Libre.

Aides de l’Etat belge à la Flandre… au détriment de la Wallonie !

Toujours bon à savoir ou à se rappeler !

On le savait peut-être depuis longtemps … mais quand on voit les chiffres, c’est effarant !!!
Michel Quévit, professeur émérite à l’UCL, rappelle les montants des aides de l’Etat à la Flandre, souvent au détriment de la Wallonie : ports, sidérurgie, charbonnages, réseau autoroutier, rail…
EDIFIANT !
sidérurgie wallonneLe nationaliste flamand et populiste Jean-Marie De Decker, qui n’en est pas à une contre-vérité près, a un jour lancé une phrase qui a secoué le milieu politique wallon : « Cela fait 175 ans que nous payons pour la Wallonie, ça ne peut plus durer ! On ne peut plus donner sans cesse du poisson aux pays sous-développés ».
L’homme politique flamand reprenait ainsi à son compte la thèse du professeur Hannes de l’université de Gand : la Flandre paie pour la Wallonie depuis l’indépendance de la Belgique.
Une thèse que ne partage évidemment pas Michel Quévit, professeur émérite à l’UCL dont l’impressionnante formation (licence en science politique, doctorat en sociologie, baccalauréat en philosophie et diplôme complémentaire de la Harvard Business School) lui permet une approche multidisciplinaire du développement régional.
Dans un livre qu’il a publié en 2010,  « Flandre-Wallonie : quelle solidarité ? », Michel Quévit établit plusieurs constats qui indiquent de manière très claire que la Flandre a largement bénéficié des aides de l’Etat belge, au détriment de la Wallonie.
« Parlons d’abord des ports », lance le professeur de l’UCL : « sans la sidérurgie wallonne jamais le port d’Anvers n’aurait été compétitif ». Les Wallons auraient fort bien pu se tourner vers le Nord de la France, une région plus proche, mais ils ont misé sur Anvers, par réflexe de solidarité nationale.
L’État a affranchi l’Escaut pour libérer l’accès à Anvers, on a creusé le Canal de Campine (et le Canal Albert plus tard) pour permettre le trafic entre Liège et Anvers. Ce fut ensuite le tour au canal de Willebroek et au canal de Charleroi, toujours vers le port d’Anvers. Par après, l’Etat s’est penché sur le port de Zeebrugge en lui accordant, dans les années ’70, 115 milliards de francs.
Dans le même temps la Wallonie a reçu des crédits parallèles compensatoires pour un montant de…16 milliards de FB. Rien de comparable évidemment !
Il faut savoir que l’activité portuaire joue un rôle capital dans l’économie flamande : elle représente 20% de son PIB et procure de l’emploi à 110.000 personnes dont 60% au port d’Anvers. Ce n’est pas un hasard si la province d’Anvers est celle qui a reçu le plus d’investissement entre 1959 et 1973 : 21% du montant total.
Venons-en au rail : « Dans ce domaine », poursuit Michel Quévit, « l’État a accordé très tôt la priorité à un axe Bruxelles-Anvers. La ligne de chemin de fer Bruxelles-Malines-Anvers a été électrifiée en 1935. Les Wallons attendront, eux, jusqu’en 1949 avec la ligne Bruxelles-Charleroi ».
En ce qui concerne le réseau autoroutier, c’est en encore plus net : une jonction Bruxelles-littoral a été réalisée dès 1939. Viennent ensuite les connexions entre la Flandre et le réseau européen. La dorsale wallonne, la fameuse autoroute de Wallonie, réclamée par les Wallons depuis 1938, n’a vu le jour qu’en 1972.
Au terme de la construction du réseau autoroutier complet, la Flandre est couverte à hauteur de 60% de son territoire contre 39% pour la Wallonie alors que cette dernière totalise 55% du territoire belge !
Quant aux charbonnages, un secteur jadis capital pour l’économie wallonne, l’aide de l’Etat au sud du pays fut très lente et disproportionnée par rapport au soutien apporté aux charbonnages de Campine. « Les premiers charbonnages wallons ont déjà fermé en 1913 », constate Michel Quévit.
« Ni aide d’État, ni compensations sociales. Ce n’est qu’en 1951 qu’une une aide de 18 milliards est débloquée pour financer les fermetures. Par contre en Flandre, dans les années 60-80, en complément des aides européennes de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), l’Etat belge ouvrira largement son portefeuille en accordant pas moins de 96 milliards FB, dont 90 % de ce montant aux charbonnages de Campine et seulement 10 % réservés au Roton, le seul survivant wallon en 1960 ».
« Sous l’impulsion du ministre des Affaires économiques, limbourgeois d’origine, Willy Claes, des dizaines de milliards de FB. vont être investis à fonds perdus dans les mines flamandes, sans pour autant réussir à améliorer la compétitivité des charbonnages de Campine qui, pas plus que les mines wallonnes, n’ont échappé à la fermeture définitive entre 1987 et 1992 », signale Michel Quévit.
Dans le domaine de la sidérurgie, essentielle pour la Wallonie, dont l’économie s’écroula avec la disparition des bassins du Hainaut et de Liège, le mépris de l’Etat belge à l’égard de la Wallonie est encore plus grand : au total, 77 % des 264 milliards accordés ont filé vers la Flandre, pour 23 % vers la Wallonie.
Une aide sera apportée à la Flandre pour qu’elle reconvertisse ses anciennes industries dans des secteurs rentables : constructions navales, verre creux…
Dans son ouvrage, Michel Quévit précise qu’entre 1977 et 1980 la Flandre a reçu 87,928 milliards d’aides pour différents secteurs nationaux (verre creux d’emballage, sidérurgie, textile, constructions navales, charbonnages, énergie nucléaire) tandis que, pour les mêmes secteurs, la Wallonie empocha à peine 26,734 milliards.
Le livre de Michel Quévit détaille également la répartition des fonds structurels européens, toujours plus favorables à la Flandre.
Ce travail honnête et remarquable ne laisse subsister aucun doute : depuis plus d’un siècle, la Flandre a profité au maximum de l’Etat belge, dans tous les domaines.
Il était temps de le dire clairement, chiffres à l’appui, sans animosité, histoire de remettre les pendules à l’heure !
 
Michel Quévit, Flandre-Wallonie, quelle solidarité ?
Edition : Couleur livre, Question de société. 
Prix : 19 €

IMPRIMERIE P. MALHERBE

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L’Awex à contre-courant de l’économie mondiale

Jules Gheude, essayiste politique  – « Le Soir » du mardi 28 février 2012

 Je ne peux qu’applaudir en entendant le ministre Paul Magnette déclarer qu’il faut simplifier la Wallonie.

 Convaincu du caractère inéluctable de la scission de la Belgique, le Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France), dont je coordonne les travaux depuis février 2010, vise en effet l’intégration, le moment venu, d’une Wallonie saine dans la République française.

 Force est de constater aujourd’hui le résultat catastrophique d’une politique basée sur le clientélisme et l’assistanat dans laquelle le PS porte une responsabilité majeure : un nombre consternant d’organismes publics, un taux de chômage de 14% et une dette de 14,5 milliards, si l’on prend également en considération les financements alternatifs.

 Il est, par ailleurs,  un autre tabou que j’ai maintes fois dénoncé : celui du Pacte scolaire, ce luxe ruineux que ne connaît aucun autre Etat et qui oblige les pouvoirs publics à financer quatre réseaux d’enseignement. Paul Magnette a raison : il faut avoir le courage de remettre tout cela à plat. Comme l’a souligné maintes fois le professeur Robert Deschamps des Facultés de Namur, il est impératif de fusionner les trois réseaux de l’enseignement public. Et je considère, pour ma part, que l’enseignement libre devrait s’auto-subsidier.

 Quant aux Provinces, il est évident qu’il s’agit d’un échelon de pouvoir devenu totalement obsolète.

 Le travail de rationalisation est, on le voit, gigantesque. Reste à voir si le PS est vraiment disposé à l’entreprendre.

 La récente étude de l’Université de Liège a clairement révélé que l’écart entre la Flandre et la Wallonie ne cessait de se creuser.

 Les chiffres relatifs au commerce extérieur sont particulièrement révélateurs. En 2010, la Flandre a exporté, hors transit du gaz naturel, pour 164,4 milliards d’euros. Les exportations wallonnes s’élevaient, elles, à 38,7 milliards.

 On connaît le rôle fondamental que les pays du B.R.I.C (Brésil, Russie, Inde, Chine) jouent aujourd’hui au niveau de l’économie mondiale. Force est ici de constater que la Flandre  mène une politique autrement plus dynamique et cohérente que la Wallonie.

 Les chiffres communiqués parla Banque nationale de Belgique parlent d’eux-mêmes :

 Brésil – Flandre : 6,39 milliards ; Wallonie, 0,350 milliard.

Russie – Flandre : 2,07 milliards ; Wallonie, 0,394 milliard.

Inde – Flandre : 6,4 milliards ; Wallonie 0,136 milliard.

Chine – Flandre : 4,9 milliards ; Wallonie, 0,42 milliard.

 Comment expliquer que l’Awex (Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers) aille ainsi à contre-courant de l’évolution de l’économie mondiale ?

 La Wallonie a une antenne commerciale à Cuba, mais aucune en Russie. L’agent en poste à Moscou relève de la Régionde Bruxelles-Capitale et celui qui se trouve à Saint-Pétersbourg provient du FIT (Région flamande). Tout cela sur base d’un accord bi- et tri-régional qui n’a jamais véritablement fonctionné.

 En Chine, les Attachés économiques et commerciaux (AEC) de l’Awex n’ont pas la connaissance de la culture chinoise, ni du mandarin, contrairement à leurs homologues flamands, qui sont licenciés en sinologie de l’Université de Gand. En Wallonie, seul l’Institut Confucius dispense des cours du soir en chinois, sans possibilité d’immersion totale.

Les chiffres de la BNB pour le 1er semestre 2011 indiquent clairement un tassement de l’augmentation des exportations de la Wallonie par rapport à la Flandre :

 Flandre : 94,7 milliards d’euros, soit une augmentation de 19,6% par rapport à 2010 ;

Wallonie : 21,8 milliards, soit une augmentation de 13,3% par rapport à 2010.

 On pourra toujours rétorquer que la Flandre dispose d’un atout particulier avec le diamant. Mais même en faisant abstraction de ce facteur, il n’y a pas photo !

 En cette période de crise économique particulièrement aiguë, on peut s’étonner que l’Awex ouvre une antenne en Guinée équatoriale, cette « démocrature » où l’opposition réelle s’est réfugiée en Espagne. Les entrepreneurs wallons ne se sont d’ailleurs pas bousculés au portillon pour participer à la récente mission exploratoire.

 Pendant ce temps, le ministre-président flamand, Kris Peeters, s’est rendu en Libye, accompagné de 17 entrepreneurs. Objectif : œuvrer à la reconstruction du pays. Du concret !

 Dans l’interview qu’il accordait à « Vers l’Avenir », le 4 février, Kris Peeters  a révélé que le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, lui avait demandé de l’accompagner au Myanmar. Voilà au moins une bonne nouvelle.

 La Birmanie, qui offre de réelles opportunités d’exportation, montre, en effet,  des signes encourageants de démocratisation, permettant à Aung San Kyi de présenter sa candidature pour les prochaines élections. Il faut vaincre, à cet égard, les réticences affichées par d’aucuns. Ce n’est pas en négligeant la Birmanie que l’on forcera les généraux à plus de démocratie. Une mission économique obligera les autorités du pays à faire montre de flexibilité et les échanges commerciaux aideront la population à s’ouvrir vers le monde extérieur.

Depuis 2000, la Wallonie en est à son sixième plan de redressement. Sans amélioration notoire. Les économistes Robert Deschamps (Facultés de Namur) et Pierre Pestieau (ULg) parlent de frémissements.

 Il nous reste à présent dix ans pour renverser la lame de fond. Pour cela, un changement radical de mentalité est indispensable. Espérons que la Wallonie finira par trouver ces chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et mobiliseront ce qui en reste, pour reprendre les propos tenus par le général de Gaulle au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain. Tout en sachant que la France sera, le moment venu, la seule planche de salut.

La France, un label

« C’est à une flânerie dans l’Hexagone, à l’ombre des monuments classés, que nous vous convions avec ce Vif Extra. Nous avons déniché une multitude de lieux insolites, magiques, méconnus, des décors de rêve hors des sentiers battus. » Christine Laurent, Rédactrice en chef du magazine Le Vif/L’Express, a de la sorte invité ses lecteurs à découvrir des  « Trésors cachés de France » (Le Vif Extra du 17 février 2012).

Et si la Wallonie était, elle aussi, un « trésor caché de France » ?

Dans un monde en mouvement, le tourisme international est un secteur économique en pleine expansion. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, attachée à l’ONU, les recettes d’exportation générées par le tourisme international s’élevaient à 919 milliards de $ EU en 2010 et à 980 milliards en 2011. Les projections de l’OMT font monter ces chiffres à 1 600 milliards pour l’année 2020 (voir ici le site de l’OMT).

La France ne manque évidemment pas d’atouts sur ce marché. Elle reste la destination n°1 du tourisme international : 76,8 millions d’arrivées en 2009 pour 54,9 aux Etats-Unis (évidemment, les Etats-Unis sont plus grands et l’activité touristique y génère plus de revenus).  Pour l’économie du tourisme en France, voir le site spécialisé du gouvernement français : ici.

Malheureusement pour le tourisme en Wallonie, celle-ci n’est pas une région de France mais n’est que le sud de la Belgique. Il suffit de cliquer sur www.tourismebelgique.com pour comprendre ce que cela signifie.

La curieuse politique de l’Awex

Jules Gheude 

 Il est permis de s’interroger quant à la crédibilité de la politique wallonne du commerce extérieur.

 Ici aussi, l’écart avec la Flandre est flagrant. En 2010, la Flandre a exporté pour 164,4 milliards, hors transit du gaz naturel. Les exportations wallonnes s’élevaient, elles, à 38,7 milliards.

 Les chiffres qui concernent les exportations vers les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) interpellent tout particulièrement.

Brésil : Flandre, 6,39 milliards / Wallonie, 0,350 milliard ;

Russie : Flandre, 2,07 milliards / Wallonie, 0,394 milliard ;

Inde : Flandre, 6,4 milliards / Wallonie, 0,136 milliard ;

Chine : Flandre, 4,9 milliards / Wallonie, 0,42 milliard.

 Ces chiffres proviennent de la Banque Nationale et ne peuvent être contestés.

 La politique menée par l’Awex (Agence wallonne à l’exportation) va donc à contresens de l’évolution de l’économie mondiale.

 En Russie, la Région wallonne n’a aucun attaché économique et commercial. L’agent en poste à Moscou travaille à la Région Bruxelles-Capitale et celui qui se trouve à Saint-Pétersbourg est issu du FIT (Région flamande). Tout cela sur base d’un accord bi- et tri-régional qui n’a jamais fonctionné.

 En Chine, les AEC de l’Awex n’ont pas la connaissance de la culture chinoise ni du mandarin, contrairement à leurs homologues flamands, qui sont licenciés en Sinologie de l’Université de Gand. En Wallonie, seul l’Institut Confucius dispense des cours du soir en chinois, sans possibilité d’avoir une immersion totale.

 Voyons à présent comme se présente la situation pour le 1er semestre 2011, toujours selon la BNB.

 Flandre : 94,7 milliards d’euros, soit une augmentation de 19,6% par rapport à 2010 ;

 Wallonie : 21,8 milliards, soit une augmentation de 13,3% par rapport à 2010.

 Un tassement de l’augmentation des exportations en Wallonie apparaît clairement par rapport à la Flandre.

 En cette période de crise économique, on peut s’étonner que l’Awex ouvre une antenne en Guinée équatoriale – une «démocrature» -, suite à une mission conduite par son administrateur général, Philippe Suinen, qui n’avait trouvé que 2 ou 3 PME pour l’accompagner.

 La Flandre poursuit une politique autrement dynamique. On a vu dernièrement son ministre-président, Kris Peeters, se rendre en Libye, accompagné de 17 chefs d’entreprise. Objectif : œuvrer à la reconstruction du pays. Du concret ! Et Kris Peeters mise également sur la Birmanie, en voie de démocratisation. Impossible, en revanche, de convaincre l’Awex d’organiser une mission dans ce pays, malgré les marques d’intérêt de nombreuses PME wallonnes.

 Qu’attend le ministre Marcourt pour mettre bon ordre à tout cela ?

 Il faut savoir que, outre une administration centrale (60 agents), basée à Bruxelles, et 7 centres régionaux (44 agents), l’Awex comprend également un réseau de 101 AEC (attachés économiques et commerciaux) répartis aux quatre coins de la planète.

 A titre de comparaison, l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) dispose de 23 bureaux à l’étranger (environ 90 personnes) et de 65 collaborateurs répartis sur le territoire français.

Wallonie, où vas-tu ?

Le journal Le Soir a publié hier une carte blanche de Jules Gazon (lien). Nous vous en donnons ici une version plus longue, en rappelant que Rudy Demotte a lui aussi reconnu l’urgence d’un nouveau « plan » wallon (son discours : lien).

Jules GAZON – Professeur émérite, HEC Université de Liège

Réjouissons-nous que le ministre J.C. Marcourt, appuyé par le secrétaire général de la FGTB, Th. Bodson, ait rompu dans ses dernières déclarations  avec les discours récurrents refusant d’envisager la partition du pays. Si nous décodons ses propos qui peuvent prendre une portée historique, il est temps d’oser repenser la gouvernance de la Wallonie dans le cadre de l’ « Après Belgique » sans préjuger de son avenir institutionnel. Comme les précédentes, les dernières négociations communautaires ont montré des Francophones s’accrochant à l’idée « Belgique », jouant les prolongations de concessions en concessions pour conserver l’essentiel des acquis sociaux générés par les transferts Nord/Sud tout en masquant l’hypertrophie politico-administrative francophone. Cependant l’accord gouvernemental se donne dix ans pour rompre substantiellement le lien solidaire, rupture programmée depuis longtemps par les partis flamands à l’exception du SP.A et de Groen. Par conséquent, continuer à nier la fin de la Belgique que l’on peut regretter, bien sûr, c’est choisir la stratégie du perdant qui s’engage dans un cul de sac.

L’après Belgique peut-elle réserver un destin institutionnel commun à  la Wallonie et à Bruxelles ? D’abord le lien identitaire entre Bruxellois et Wallons risque fort de  s’amenuiser, quand la Flandre aura obtenu ce qu’elle revendique et que les Bruxellois seront réticents à fournir l’effort solidaire qu’impliquera leur union avec les Wallons. Les Bruxellois ont bien compris qu’ils ne peuvent se substituer à la Flandre pour maintenir le niveau de vie wallon à situation wallonne inchangée, comme le confirment les sondages. Sur base des chiffres 2009, les besoins de financement de l’Etat wallo-bruxellois, supposé indépendant, auraient été de 13,340 Mia [i] (10,51% du PIB wallo-bruxellois), un trou dans les finances publiques d’environ 19% des dépenses publiques [ii]. D’autre part, on sait que Bruxelles sera convoitée par les Flamands qui en feront payer le prix si l’Etat wallo-bruxellois devait se constituer. Il me paraît dès lors inutile de reproduire les problèmes de la Belgique actuelle en constituant par la scission, un nouvel Etat composé de deux Régions où le lien solidaire serait  à nouveau remis en cause. L’intérêt financier de Bruxelles, 3e région de l’Union européenne (UE 27) pour le PIB/habitant à parité de pouvoir d’achat, pourrait être  l’indépendance. Sous cette hypothèse en 2009, les besoins de financement de Bruxelles auraient été de 2,942 Mia, soit 4,5 % du PIB.

On ne peut reprocher à J-C Marcourt de vouloir anticiper le problème et de s’attaquer au redressement wallon sous l’hypothèse, je l’espère, de l’après Belgique et dont le résultat influencera considérablement le champ des options institutionnelles possibles. Le travail est gigantesque, difficile, et requiert un grand courage politique eu égard à l’état catastrophique de ce que seraient les finances publiques d’une Wallonie autonome [iii]. En 2009, ses besoins de financement auraient été de 10,488 Mia, soit 13,5% de son PIB, 24% de ses dépenses publiques, une situation qui déclencherait déjà  le scénario infernal à la grecque par la montée des taux d’intérêt. Il convient d’affronter les deux causes essentielles du mal wallon : le sous-emploi endémique et l’hypertrophie politico-administrative. Ainsi, sur base des chiffres 2008, le Produit intérieur brut/habitant (PIB/H) de la Flandre par rapport à la Wallonie est de 1,37 [iv], ce qui signifie qu’en 2008, les Flamands ont produit par habitant une valeur de 37% supérieure à celle créée par les Wallons. Cette différence s’explique par la multiplication de deux facteurs [v] clefs : les rapports entre les deux Régions du taux d’emploi [vi] (1,16)  et de la productivité globale par travailleur [vii] (1,18). On constate que 1,37 est, aux ajustements statistiques près, égal à 1,16×1,18. Ce qui implique que le handicap de la Wallonie par rapport à la Flandre en termes de création de richesses ressortit à la politique de l’emploi et à sa productivité globale.

Pour le taux d’emploi, on sait que la Wallonie et Bruxelles sont lanternes rouges des régions de la zone euro. Le rapport des taux d’emploi entre Flandre et Wallonie égal à 1,16 signifie que la Flandre utilise la main d’œuvre disponible à raison de 16% supérieurs à ce que fait la Wallonie. Rappelons aussi, qu’en Wallonie, plus de 2/3 des chômeurs sont des chômeurs de longue durée qui, pour beaucoup, ont perdu toute compétence jusqu’à devenir inemployables. Ce n’est pas le chômeur qu’il faut incriminer mais le système (qui n’est pas spécifiquement wallon), d’autant plus que les enfants qui naissent dans ce milieu de non-travail sont programmés dès la naissance pour n’avoir comme horizon que la société d’assistance. Véritable déni de démocratie que maintenir un système qui engendre l’inégalité jusqu’à priver des enfants de l’accès à l’égalité des chances en raison du milieu où ils sont nés. Il faut changer de paradigme pour des raisons éthiques et économiques. Je me suis longuement exprimé sur le sujet [viii]. Malgré l’intérêt du monde scientifique, l’obstacle politique majeur à mes propositions s’explique par le refus d’admettre le principe éthique suivant : dès lors que le droit au travail est garanti par un contrat d’emploi, le devoir de travailler s’impose pour toute personne en âge de travailler et en bonne santé physique et psychique ! C’est le principal mal wallon, d’autant plus dramatique qu’il s’auto-entretient.

En ce qui concerne la productivité globale de l’emploi, le résultat de mon calcul signifie que la valeur de la richesse créée en Flandre rapportée au nombre de travailleurs est en moyenne de 18% supérieure à celle de la Wallonie. Il ne s’agit pas de stigmatiser le travailleur wallon pour une paresse apparente ou réelle. Le handicap de la Wallonie en l’espèce ressortit à de multiples facteurs, comme la spécialisation différente entre la Flandre et la Wallonie, elle-même liée au passé industriel et économique, l’intensité capitalistique de la production des biens et services, les infrastructures, l’organisation  et le management  tant de la fonction publique que de l’activité privée, la qualification des travailleurs et donc la qualité de l’enseignement et de la formation…Tous ces facteurs stimulants de la productivité sont pour la plupart inhérents à des choix politiques. Ce qu’il faut incriminer, c’est l’hypertrophie politico-administrative wallonne, comme vient de le dire le ministre A. Antoine. Vouloir s’y attaquer sans attendre et de manière spécifique à la Wallonie est l’unique voie de salut. On ne peut que se féliciter de cette prise de conscience. Mais l’objectif réclamera courage et perspicacité car ce qu’il faut dégonfler, c’est une organisation mise en place par les tenants du pouvoir qui sont souvent ceux qui en ont la responsabilité.

J.C. Marcourt ne s’est pas prononcé sur le cadre institutionnel de la Wallonie après la disparition de l’Etat belge. Si pour les raisons évoquées, on perçoit qu’un Etat wallo-bruxellois est peu probable, ce qui n’exclut pas  une étroite coopération au sein d’une agglomération,  l’indépendance wallonne ou l’autonomie wallonne dans une confédération avec rupture du lien solidaire sera-t-elle soutenable ?  Si d’ici 10 ans, à l’échéance fatidique, ou après les prochaines élections de 2014 au cas où les indépendantistes flamands auraient une majorité significative au parlement,  les besoins de financement d’une Wallonie autonome ne sont pas drastiquement réduits, la réponse est non avec certitude. L’appauvrissement de la population serait tel que le soulèvement populaire pourrait provoquer l’éclatement de la Wallonie,  d’autant plus menaçant, qu’il existe une forte disparité du PIB par habitant entre provinces wallonnes  et, d’autre part, parce qu’il n’existe pas de nation wallonne, même si une identité wallonne est en construction.

N’en déplaise aux indépendantistes wallons, dont  le souci primordial est de faire prospérer la Wallonie, la seule possibilité deviendrait une union à la France sous une forme à déterminer qui peut allier une large autonomie wallonne et le bénéfice du lien solidaire au sein de la République française, sans que le poids des finances publiques wallonnes n’influence fortement celles de la France à cause de l’effet d’échelle.  A défaut d’être le choix du cœur, ce rapprochement avec la France est un choix de raison. Et il pourrait être le choix du cœur si ces généreux wallons comprennent que l’identité wallonne connaît deux faiblesses structurelles, très substantielles. L’une d’ordre interne tient à l’espace wallon lui-même dépourvu d’une véritable capitale urbaine qui puisse prétendre au rôle de métropole reconnue par l’ensemble des Wallons. Tiraillée qu’elle est entre Liège, Charleroi,  Namur et Mons, la Wallonie est multipolaire en raison de particularismes hérités de son passé historique, politique et économique. L’autre faiblesse tient à la France : les marqueurs identitaires de la Wallonie qui pourraient en faire une nation lui sont français. La Wallonie a, comme la France, des racines gauloise, romaine et franque, racines auxquelles il faut ajouter un même référentiel des valeurs, hérité tant du siècle des lumières (liberté, égalité, laïcité) que de la religion catholique.

Mon analyse n’exclut pas la possibilité pour Bruxelles de s’unir à la France mais elle n’y serait pas obligée car, du point de vue de ses finances publiques, Bruxelles indépendante est tout à fait viable. D’autre part, outre la convoitise des Flamands, sans que cela  ne constitue un obstacle décisif, les grandes puissances européennes montreraient sans doute de la réticence à voir le siège des institutions européennes basculer en France. C’est pourquoi le « timing » du devenir de Bruxelles et de la Wallonie divergerait lors de la sécession du pays. Une raison de plus pour justifier que la Wallonie prenne son sort en main sans que celui-ci ne mette fin à une étroite collaboration entre la Wallonie et Bruxelles, et avec la Flandre d’ailleurs.


[i]  En considérant que la dette publique belge est répartie au prorata des PIB régionaux et que le taux d’intérêt est celui appliqué à la dette belge, soit 3,5%.

[ii] A défaut de disposer des statistiques, j’applique dans cet article à l’ensemble wallo-bruxellois et à l’autonomie wallonne, le ratio dépenses publiques /PIB pour la Belgique qui avoisine les 56% du PIB (voir rapport BNB 2009)

[iii] Les comptes publics d’une Wallonie autonome reprennent  l’ensemble des recettes et des dépenses publiques imputables à la Wallonie, en défédéralisant les comptes de l’Etat fédéral.

[iv] Notons que si on comparait les produits régionaux brut par habitant (la richesse créée d’une entité pendant l’année considérée par les citoyens de l’entité qu’ils travaillent ou non dans l’entité, prenant donc en compte les navetteur vers Bruxelles) le rapport serait 1,29. Mais parce que notre but est de faire ressortir les effets d’une politique, la référence doit être le produit intérieur brut (PIB) qui mesure la richesse créée dans l’entité elle-même.

[v]   Une formulation mathématique simple que les experts peuvent vérifier,  introduit un 3e facteur démographique pour lequel il n’y a pas de différence significative entre la Flandre et la Wallonie.

[vi] Le taux d’emploi est le pourcentage des personnes qui ont un contrat d’emploi à temps plein ou à temps partiel dans la tranche d’âge de 15 à 64 ans.

[vii] La productivité globale par travailleur est le rapport PIB par emploi effectif.

[viii] Le chômage, une fatalité ? Pourquoi et comment l’éradiquer. L’Harmattan, Paris, 2008