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In memoriam Joseph Boly

Joseph BolyLa cause française en Wallonie vient de perdre un grand défenseur en la personne de Joseph Boly.

Dès 1940, il entra en patriotisme gaullien, puisant dans les orgueils du passé la force de transcender la catastrophe de la défaite. La France, la Francophonie et les valeurs de la Francité ne cessèrent plus d’inspirer son œuvre d’essayiste, de publiciste et de critique littéraire.

Devenu très tôt religieux dans l’ordre des Pères Croisiers, dont il dirigea longtemps le collège de Hannut, il resta inflexiblement fidèle à cet idéal, même en des temps où l’ Eglise de Belgique le combattait farouchement. Sa solide culture théologique lui servit à merveille pour protéger son pré carré politique. Les militants wallons apprirent à le connaître dès les années 1960. Il fut de toutes nos grandes manifestations, tandis qu’il combattait sous nos couleurs par la plume et la parole. Par ses voyages aussi dans les pays francophones d’outre-mer, d’où il ramenait d’espérer et de persévérer (je me souviens qu’il racontait en riant que les Croisiers flamands opérant au Congo avaient l’obligation de parler français même entre eux !)

Ce qui donne un relief particulier à son engagement patriotique, c’est qu’il fut un grand intellectuel. Explorateur de la littérature avec une dilection marquée pour Claudel et de Gaulle (son guide dans le déchiffrage des événements), gardien d’une langue française claire et pure (il pourfendait les anglicismes inutiles), métaphysicien dans le sillage de Teilhard de Chardin, méditant avec sérénité sur sa foi jusque dans ses dernières œuvres, chantre du pays wallon, morceau de la grande France qu’il appelait de ses vœux, toute cette somme d’écrits, si diverse par le contenu, convergeait vers une unité de pensée faite de raison solide et d’ardente espérance.

Un grand Wallon, un grand Français n’est plus. Puisse son esprit cheminer encore longtemps parmi nous et emplir nos cœurs de son courage indomptable.

Jacques Rogissart

La colère du Collectif des inspecteurs lauréats de l’enseignement

Comme enseignant, je ne puis que me joindre à la colère de mes collègues et relayer leur appel aux citoyens que nous livre le site du quotidien L’Avenir. (Paul D.)

Les inspecteurs lauréats accusent politiques et syndicats et s’adressent à vous.

ministre enseignementC’est une longue lettre, au contenu très fort. Elle vous est adressée à vous, citoyens. Elle est signée par le Collectif des inspecteurs lauréats. Ces derniers y accusent les politiques et les syndicats de copinage, de manque de courage, d’amateurisme. Ils accusent également les inspecteurs ayant raté leur examen d’avoir dévoyé l’épreuve, au mépris du système éducatif.

En mai 2013, le Selor avait organisé un examen de présélection pour des postes d’inspecteurs dans l’enseignement. Certains candidats, qui étaient déjà inspecteurs, avaient raté l’épreuve… et devaient donc quitter leur poste.

Certains d’entre eux n’ont pas accepté cette décision et ont multiplié les recours contre les résultats de cet examen. Le Conseil d’État leur a donné raison. Du coup, les lauréats, qui avaient commencé un stage en septembre… ne peuvent plus être inspecteurs. Plus d’un an plus tard, la situation est toujours au point mort.

Le Collectif des lauréats du concours en a donc ras-le-bol «de ne pas être reconnus et respectés!» et «sélectionnés sur des bases objectives» alors que l’enseignement a été déclaré comme priorité dans le Plan Marshall 2022.

Dans une «dernière tentative», le Collectif, qui dit vouloir alerter l’opinion publique, vient de diffuser une lettre au ton comminatoire. En voici la majeure partie…

Florent Marot

«Comment croire au redressement de notre Fédération sans un enseignement solide? Et un de ses acteurs, c’est le Service général de l’Inspection! Oh bien sûr, il a beaucoup changé. Ce n’est plus un organisme de contrôle pur et dur, mais bien un élément essentiel du pilotage de notre système éducatif. Comment concevoir des réformes sans retour du terrain? Comment analyser l’impact des décisions prises sans en mesurer les effets dans les classes? Comment faire tout cela sans un regard bienveillant, mais objectif sur les pratiques de classe? Or, chers concitoyens, on vous refuse d’avoir des inspecteurs sélectionnés sur des bases objectives.»

«Nous accusons les politiques»

«Nous accusons les politiques d’avoir laissé perdurer depuis plus de 10 ans un système de désignation politique hors de tout contrôle démocratique basé sur le copinage. En effet, il est moins important aux yeux de nos décideurs d’avoir pu prouver quelque chose que d’être l’ami d’un député, posséder la carte du bon parti au bon moment. Notre belle Constitution ne garantit-elle pas des chances d’accès égal à tous les citoyens de ce pays?

«Nous accusons ces mêmes politiques de faire montre de peu de courage pour se sortir d’une telle situation, car un arrêt du Conseil d’État, aussi noble est cette institution, peut-il paralyser un gouvernement dans son ensemble et aller à l’encontre de la volonté des élus du peuple? Nous comprenons très bien, même si à titre personnel nous le regrettons, que revenir à la situation d’avant cet arrêté est difficile, mais est-ce pour autant une raison pour trahir des personnes ayant juste commis l’erreur d’avoir fait confiance en l’Institution de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Mais non, il est beaucoup plus intéressant de se poser en victime et de ne rien faire. Quel bel exemple!

«Nous accusons certains inspecteurs»

«Nous accusons certains Inspecteurs faisant fonction ayant raté l’examen de jouer la montre, et de refuser systématiquement toute forme d’évaluation, sauf « entre amis ». Ils nous ont accusés d’amateurisme, d’inexpérience… L’étaient-ils, expérimentés, lorsqu’ils ont été désignés par « le fait du Prince »? Sur quoi reposent tant de morgue et d’arrogance? La certitude que tout leur est permis, d’appartenir à une caste? Comment comprendre les menaces, insultes et mise en scène médiatique? Tout cela sans aucune sanction. Des gens sont même allés jusqu’à proférer des menaces sur l’intégrité physique de personnes. Quelle belle image! Nous avons encore en tête la réflexion d’un ministre: « les inspecteurs sont le corps d’élite de l’enseignement ». Cela devrait l’être, effectivement.

«Quelle tristesse, quelle bassesse, quel manque d’intérêt et de commisération pour les enfants, quel exemple pour la jeunesse!

«Nous les accusons également d’avoir dévoyé ce qu’était cette épreuve en la travestissant: comment oser se plaindre qu’elle n’était pas en rapport direct avec le métier? Ne comprennent-ils pas le sens d’épreuve de sélection? Ce n’était pas un examen du meilleur inspecteur, mais bien une sélection devant jauger les capacités des candidats à acquérir les compétences attendues d’un inspecteur. Faire autrement aurait avantagé ceux déjà en fonction. Demande-t-on aux étudiants candidats en médecine de participer à une épreuve de sélection en leur demandant de prouver qu’ils sont de bons médecins? Et de le faire en concurrence avec des personnes ayant déjà exercé? Cela aurait été à l’encontre de la liberté d’accès aux emplois publics.

«Nous les accusons enfin de participer grandement à la judiciarisation de notre société, à l’instar de la société américaine. Qui contestera à l’avenir le droit des parents de remettre en cause n’importe quel examen sur base du fait que son enfant n’a pas été évalué sur TOUTES les compétences attendues? Un examen n’est par définition jamais exhaustif… encore moins des examens oraux par exemple. Manque de chance, c’est justement ce sur quoi ils n’ont pas été interrogés qu’ils étaient bons!»

«Nous accusons les syndicats»

«Nous accusons les syndicats d’avoir participé à l’élaboration du processus amenant cette épreuve SELOR, d’en avoir accepté le principe et les modalités, d’avoir participé au jury nous désignant comme légitimes lauréats pour ensuite payer des avocats à des personnes ayant échoué… S’il est évident que le devoir d’une organisation syndicale est d’apporter aide et soutien à l’ensemble de ses membres, comment peut-on se renier à ce point? Défendre d’accord! Mais pas l’indéfendable. En signant le procès-verbal du jury, les syndicats ont participé à cette situation. Il est trop facile aujourd’hui de se défiler en accusant la seule Fédération Wallonie-Bruxelles.»

«Nous accusons l’ensemble des acteurs»

«Nous accusons également l’ensemble des acteurs ayant joué dans cette mauvaise pièce de nous avoir causé un préjudice moral certain, qui, nous le rappelons, dure depuis le 12 août et le premier retrait de nos désignations, mais également à nos familles, nos collègues, nos amis, les personnes qui nous avaient remplacés et s’étaient investies, aux inspecteurs nommés ainsi que les faisant fonction ayant eux réussi l’épreuve, aux enseignants qui ont perdu confiance dans une des plus hautes valeurs à leurs yeux: l’équité dans l’évaluation. Nous n’oublions pas les familles et élèves de l’ensemble des établissements tous réseaux et tous niveaux confondus. D’ailleurs, certains d’entre nous ont entamé une action au civil qui coûtera plusieurs centaines de milliers d’euros à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et une fois de plus il n’y aurait aucun responsable?

«À l’heure où nous venons d’apprendre que le Conseil d’État a rendu sa position quant à la solution proposée par le Gouvernement en janvier qui consiste en un nouvel examen qui devait tenir compte des résultats de mai 2013, et que finalement le principe du nouvel examen est accepté, mais sans tenir compte de nos résultats, nous rappelons que nous n’accepterons jamais d’être purement et simplement effacés du paysage, car nous, nous avions confiance en l’Autorité! Qui aura la confiance suffisante pour s’inscrire à cette énième tentative?»

Le village des supporteurs des « Diables Rouges »

Les Diables Rouges gagnent. Qui se plaindra de voir des jeunes joueurs de Wallonie, comme Eden Hazard, se mettre en valeur au Brésil. Par contre, la Fédération belge de football reste toujours aussi nulle. Lisez plutôt ce qui suit, c’est un article publié sur France tv info :

devillage« Ce n’est pas un camping de luxe comme promis, c’est plus un camp de réfugiés, et je n’exagère vraiment pas », s’écrie Geerts, un supporter des Diables rouges qui paye 160 euros la nuit pour dormir au Devillage (habile jeu de mots entre « devil », « le diable » en anglais, et « village »), interrogé par 7sur7.be. A quelques heures du match qui oppose la Belgique à la Russie, dimanche 22 juin, visite guidée d’un camp de supporters que beaucoup comparent déjà à l’émission de télé-réalité Koh-Lanta.

« Ma femme a failli finir comme Claude François »

La fédération belge avait voulu frapper un grand coup en s’inspirant des campings géants où se massent les fans néerlandais à chaque grande compétition. Une fois la qualification acquise, une vidéo de présentation est rapidement mise en ligne sur Youtube. « La vidéo de présentation était très belle, j’en conviens, mais ça s’arrête là », raconte Didier Moulart, un des premiers arrivés dans le camp, situé près de Rio de Janeiro, à la Dernière Heure.

Les premiers arrivés déchantent rapidement. Faisons le tour du propriétaire. Les sanitaires et la salle de bains ? « C’est une vraie catastrophe. Il n’y a pas d’électricité. Il n’y a que deux douches pour les hommes et deux douches pour les femmes. L’eau est froide, salée. Le sol est vraiment dégueulasse. Il n’y a que deux éviers et deux toilettes pour 2 500 personnes », raconte un supporter sur la chaîne RTL-TVI. Avec un cas d’électrocution. « Ma femme a failli finir comme Claude François ! », raconte Yves, sur 20minutes.fr« L’eau qui sort des robinets est salée, très sympa pour se brosser les dents », raconte un autre fan des Diables Rouges à la Dernière Heure.

« Il peut y avoir des morts »

Et les tentes ? « Quatre bâches, un tapis de sol, un lit, si on peut appeler ça un lit, un sommier en bas avec un matelas aussi dur que les tapis de gym quand on était à l’école, avec des draps et une couverture », décrit Didier à la RTBF. Et encore, Didier peut s’estimer heureux, il a eu droit à une « tente de luxe ». « Je ne vois pas ce qu’elle a de luxe », s »étrangle-t-il. Même les débrouillards sont mécontents : « Je suis venu ici avec ma propre tente mais n’allez pas croire que ma facture a été moins salée pour autant, raconte Cédric. Pour un séjour du 12 au 21 en demi-pension, j’en ai eu pour 1 150 euros. » Pour protéger les tentes ? Une structure métallique… qui n’inspire pas confiance aux supporters. « La structure métallique qui abrite les tentes est complètement rouillée. Si tout s’écroule, il peut y avoir des morts », décrit Geerts à 7sur7.be.

On avait aussi promis de l’électricité et du wifi aux campeurs. Mais ceux qui n’ont pas de lampe de poche et qui sont situés à « plus de 50 centimètres » de la borne wifi en seront pour leurs frais.

« Les animaux sont mieux installés que nous »

Les supporters ne peuvent pas même se consoler avec la nourriture, « immangeable » selon les uns, « rien d’extraordinaire » pour les plus cléments. Les fûts de Jupiler sont bloqués à la douane. Pas de lait pour le café (un sacrilège en Belgique) et, pire, « du fromage hollandais rassis ». Il n’y a pas que le fromage qui est hollandais : la société qui gère le camp aussi. Oranjevillage a dépêché sur place deux chefs de camp et des salariés… néerlandophones. Ce qui a le don de prodigieusement agacer les supporters belges. Beaucoup ont déjà déserté, se rabattant sur l’offre hôtelière de la région de Rio de Janeiro. Le camp, d’une capacité maximale de 2 500 personnes, n’accueillera au mieux que 600 courageux. « Les animaux sont mieux installés que nous ici », tonne un supporter, cité par la Dernière heure.

Devant la fronde, Oranjevillage et la Fédération belge ont consenti un rabais de 50 euros par jour (prix d’origine : 160 euros la nuit) pour les campeurs. Insuffisant… pour Test-Achats, l’équivalent de l’UFC Que Choisir outre-Quiévrain, qui conseille aux supporters de refuser et prendre un maximum de photos et vidéos pour porter l’affaire devant les tribunaux en Belgique. D’autant plus qu’une dizaine de supporters argentins sont installés dans le camp, et qu’eux paient 17 euros par jour. Dix fois moins que les Belges.

Ah, au fait, le camp des supporters néerlandais est aussi géré par Oranjevillage. Et contrairement au Devillage, il affiche complet. La société va même rajouter des tentes la semaine prochaine, relève le site Nusport (en néerlandais), grâce au bon parcours de la bande à Louis Van Gaal, qualifiée pour le second tour.

Jean-Pierre Chevènement s’exprime sur le projet de réforme territoriale

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Congrès de l’Assemblée des maires ruraux, Pérouges, samedi 14 juin 2014.

ChevènementJe veux d’abord remercier l’Association des maires ruraux, son Président, M. Vanik Berberian, et son Vice-Président, mon ami Pierre-Yves Collombat, de leur invitation à laquelle, comme sénateur mais aussi comme ancien ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, je suis particulièrement sensible. Je salue également les parlementaires de l’Ain et notamment mon ami, le sénateur Jacques Berthoud. Je sais la somme de dévouement que représente, avec des moyens souvent limités, l’administration d’une commune rurale. Mais la France ne serait pas le beau pays qu’elle est sans ses villages et leurs clochers et sans ce maillage de solidarités et de proximité que comme maires ruraux vous incarnez. Avec le souci des services publics et des valeurs de solidarité qui fondent votre action, vous êtes bien souvent le meilleur rempart, voire le dernier rempart, de la cohésion sociale. Je ne me suis pas exprimé jusqu’à présent sur le projet de réforme territoriale : c’est que je voulais vous donner la primeur de mes analyses, qu’elles concernent le milieu rural ou plus généralement l’organisation territoriale de la République. C’est un sujet auquel, en tant qu’élu local pendant plus de trente ans et ancien ministre de l’Intérieur, j’ai naturellement beaucoup réfléchi.

I – La réforme territoriale est une affaire trop sérieuse pour pouvoir être abordée sans une vue d’ensemble qui tienne compte de plusieurs facteurs essentiels :

1. L’Histoire d’abord. L’organisation du territoire n’est pas la même selon les pays. L’Espagne a ses « généralités », à la forte personnalité, l’Allemagne ses Länder, issus de la Kleinstaaterei (organisation en petits Etats, avant 1871). La France et l’Angleterre sont des nations unitaires. L’Italie a repris l’organisation territoriale française mais l’héritage de ses Républiques et de ses Royaumes et Principautés reste bien présent.

2. La démocratie ensuite. En France, elle s’enracine dans le tissu très dense des communes, issues des anciennes paroisses que la Révolution a dotées d’un conseil municipal et d’un maire élu. Il a fallu attendre 1884 pour que l’élection des maires devienne définitivement la règle. La commune est la cellule de base de la démocratie « Une petite République dans la grande », selon l’expression reprise par le président de la République. C’est de la Révolution que date aussi la création des départements que la IIIe République naissante pourvoira de conseils généraux élus. C’est sur ces bataillons d’élus représentatifs des « couches nouvelles » que Gambetta et les fondateurs de la IIIe République ont appuyé leur combat politique, le combat républicain, le suffrage universel contre les privilèges. Ces élus locaux constituent encore aujourd’hui le vivier de la démocratie républicaine, même si une conception excessivement rigide du non-cumul des mandats vise à briser le lien entre ce tissu vivant d’élus locaux et les assemblées parlementaires au sein desquelles sont choisis les ministres. L’extension du scrutin à la proportionnelle privilégie les partis et le recrutement de « jeunes structures », selon une expression que j’ai forgée jadis, au risque de développer ainsi une démocratie de jeunes apparatchiks inconnus des électeurs remplaçant progressivement les élus de terrain. Communes, départements, nation sont en France les trois échelons « identitaires ». On ne peut y porter atteinte sans briser les repères qui permettent à chacun de se définir politiquement. Il en va différemment des régions dont certaines ont une identité forte (Alsace, Bretagne, Corse) et d’autres pas du tout (Centre, Pays de Loire, Champagne-Ardennes). Quand il y a une identité forte, il faut souvent en chercher l’origine dans les provinces d’Ancien Régime (Berry, Anjou). Les régions fortes d’ailleurs renvoient souvent à l’Ancien Régime. En dehors du sentiment d’appartenance, fondateur du civisme, la démocratie tient au besoin de proximité qui doit, bien sûr, être concilié avec l’efficacité. En la matière, il n’y a pas de règles. Il y a des équilibres à trouver. La France est, par sa superficie, le plus grand pays de l’Union européenne. Ainsi s’explique le grand nombre de communes qui n’a d’équivalent, par rapport à la population, qu’en République Tchèque. C’est l’objet de l’intercommunalité, qui met en commun compétences et ressources stratégiques, de remédier aux inconvénients réels de l’émiettement communal, mais sans atrophier pour autant ces cellules de base de la démocratie que sont les communes. Les intercommunalités fonctionnent bien comme « coopératives de communes ». Il est inutile d’en durcir les règles pour en faire une quatrième catégorie de collectivités, sauf à prendre le risque d’un dépérissement de l’échelon communal qui serait gravissime pour l’avenir de la démocratie dans notre pays. La critique du « mille feuilles » ne tient pas compte d’un fait pourtant essentiel : dans tous les pays d’Europe, il y a au moins trois niveaux d’administration : partout la commune ; ensuite le département (provinces en Italie et en Espagne, Bezirke et Kreise  en Allemagne) ; régions enfin, dont la consistance est variable selon les pays (les 22 régions françaises se rapprochent des vingt-huit « counties » (comtés) d’Angleterre et des vingt régions italiennes. Les 16 Länder allemands et les 17 communautés autonomes espagnoles ont une consistance historique identitaire et pratique plus forte. Chaque pays a son histoire qu’on ne peut violenter sans porter atteinte à l’exercice même de la démocratie. Celle-ci va partout de pair avec le sentiment d’appartenance. Car, et c’est le point essentiel, seul le sentiment d’appartenance peut faire accepter aux minorités la loi de la majorité.

3. La rigueur et le souci des économies de gestion est un troisième facteur essentiel de toute réforme. C’est celui qui a été mis en avant pour proposer la fusion des régions, la suppression des conseils départementaux et la fin de la « clause de compétence générale » pour les départements. Ceux qui ne s’en étaient pas avisés d’emblée se sont vite rendu compte qu’il n’y avait aucune économie à attendre ni des fusions de régions ni du transfert à d’autres niveaux des compétences départementales (routes non nationales, équipement et entretien des collèges, politique sociale). Le souci d’une gestion plus efficace n’en est pas moins pertinent. La réduction à 60 départements me paraît à cet égard une piste plus prometteuse à explorer. Je laisse volontairement de côté les considérations politiciennes: elles ne doivent pas intervenir dans une approche rationnelle des questions posées par la réforme territoriale.

II – Les grands axes d’une réforme raisonnable.

1. Il est certain que l’urbanisation de la France commande des adaptations non du modèle républicain mais de sa déclinaison pratique. Cette urbanisation pose simultanément le problème des espaces ruraux très vastes dont la France dispose. S’agissant des communes, les adaptations au phénomène de l’urbanisation ont été réalisées en grande partie par la loi de juillet 1999 sur l’intercommunalité. La création des métropoles en 2011-2013 répond également à ce souci.

a) Plus de 2500 EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) maillent désormais le territoire dont 14 communautés urbaines et plus de 170 communautés d’agglomération. On peut dire aujourd’hui que toutes les aires urbaines ont les moyens juridiques et pratiques de développer une intercommunalité de projets. Encore ne faut-il pas rogner les ailes des communes et des EPCI, ce qu’on appelle le « bloc communal ». On a critiqué très injustement la forte progression des dépenses liées à l’intercommunalité : Cette dernière avait justement pour objet de permettre à des communes trop pauvres d’exercer des compétences stratégiques qui, jusque là, étaient demeurées en déshérence (développement économique, habitat, assainissement, etc.). Cet objectif a commencé d’être rempli.

b) L’intercommunalité permet aussi une organisation rationnelle des territoires ruraux : elle autorise l’accès à des services considérés aujourd’hui comme indispensables. C’est un progrès incontestable, à condition de respecter l’esprit initial, celui de la loi de juillet 1999. Les métropoles, le développement des intercommunalités urbaines et maintenant le renforcement des compétences des régions en matière de développement économique, de tourisme, de formation, d’emploi, de transports, renforcement qui va concentrer dans les villes chefs-lieux de région, les compétences, du fait de la suppression de la clause de compétence générale des départements, tout cela va inévitablement creuser la fracture entre les métropoles et les chefs-lieux de région d’une part, les villes moyennes et petites et les espaces ruraux d’autre part. L’intercommunalité n’est qu’une réponse partielle à ce risque de fracture. En effet, et tout d’abord, les règles de l’intercommunalité ne doivent-elles pas être excessivement resserrées. Je ne pense pas que le cadenassage des listes et le fléchage des élus communautaires soient de véritables progrès : ces petites réformes à bas bruit nuisent à la souplesse d’organisation qui doit rester la marque des intercommunalités si on ne veut pas en faire un échelon de substitution à la commune. Cette dernière doit rester le lieu de participation et de démocratie qu’elle a toujours été dans notre pays : c’est à juste titre qu’a été relevée l’étroite corrélation entre la taille des communes et la participation des citoyens aux élections et à la vie communale. Aussi faut-il éviter que le nombre des communes regroupées dans un EPCI dépasse un certain seuil : au-delà d’une trentaine de communes, la participation réelle des maires et des conseillers communautaires devient problématique. A cet égard, le relèvement systématique du seuil de la population de 5000 à 20000 habitants ne me paraît pas opportun. Même dans des régions très urbanisées comme la mienne, on ne peut faire vivre une intercommunalité à cinquante communes. Ca n’a pas de sens. Ou alors il faut le dire : l’intercommunalité a pour but de remplacer à terme la commune. Mais ce serait se priver et priver le pays, déjà en grand désarroi, d’un réseau de 500 000 quasi bénévoles et ce ne serait pas bon pour la cohésion sociale. On ne peut pas donner une légitimité démocratique à l’intercommunalité sans la retirer à la commune. Je sais bien qu’au Royaume-Uni, le nombre de communes est très faible, trop faible. En Allemagne et en Italie, il y en a quatre fois moins qu’en France par rapport à la population. Est-ce meilleur du point de vue de la démocratie ? Je ne le crois pas. Chaque pays a sa tradition. L’existence de 36 600 communes en France est une caractéristique originale qui répond à l’étendue du pays et à la diversité des terroirs. C’est une source de richesse pour la démocratie. L’intercommunalité bien pensée permet de préserver cette caractéristique. Encore faut-il ne pas accabler les intercommunalités par l’octroi de compétences aujourd’hui départementales. Ce n’est pas pour cela qu’elles ont été conçues et je ne vois pas l’intérêt, même dans le Territoire de Belfort, de faire gérer l’aide sociale, le RSA, l’APA par la Communauté d’agglomération de Belfort qui regroupe trente communes, plutôt que par le département qui en compte cent deux. Le projet de loi portant organisation territoriale de la République qui vient d’être adopté par le Conseil des ministres, donne aux préfets la possibilité de créer, modifier le périmètre ou fusionner des EPCI, même si les deux tiers des membres de la CDCI s’y opposent ! Cette disposition-là n’est pas acceptable. Il faut revenir à la règle des deux tiers. En réalité, c’est toute la philosophie de l’intercommunalité qui est en jeu : soit on veut faire, comme je l’ai souhaité des « coopératives de communes », soit on veut substituer, à terme, un nouvel échelon de responsabilité à la commune. Je répète enfin que l’intercommunalité n’a pas vocation à recevoir des compétences départementales : elle n’a pas été faite pour cela, je le rappelle, mais pour remédier à l’émiettement communal.

c) Une deuxième réforme a été adoptée pour répondre à la croissance de l’urbanisation : celle visant à la création de « métropoles » de « taille européenne », à l’imitation de Milan, Munich, Hambourg, Barcelone, etc. Bon nombre des communautés urbaines et quelques communautés d’agglomération (Rouen, Montpellier) peuvent devenir des « métropoles » : si on s’en réfère au modèle de Lyon, elles absorbent alors dans leur ressort les compétences départementales et même l’essentiel des attributions communales. C’est un choix qui rompt avec le principe de l’unité des territoires. La France avait jusqu’à présent une ville-monde (Paris concurrençant Londres en Europe) et des capitales régionales. A l’inverse des pays comme l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne avaient vu fleurir des « métropoles » (Milan, Munich, Hambourg, Barcelone) qui faisaient concurrence à leurs capitales. Celles-ci ne comptent pas – ou pas encore – au rang des « villes-monde » même si Berlin peut y prétendre à l’avenir. Les grandes villes de province en France veulent aujourd’hui devenir des « métropoles européennes ». Quelques-unes seulement y parviendront : Lyon, Marseille-Aix (ce n’est pas fait), Strasbourg excipant de son statut de « capitale européenne », peut-être Lille et Toulouse. Cela fait cinq et c’est déjà beaucoup. Il ne faudrait pas que Paris, ville-monde, fasse les frais de cette opération. La France y perdrait beaucoup plus qu’elle n’y gagnerait. Bien sûr, on peut essayer de jouer les deux cartes à la fois, à condition de savoir trouver le juste équilibre. Mais la France ne peut se résumer aux métropoles et aux capitales de région. La France c’est peut-être d’abord la richesse de ses espaces ruraux.

2. La suppression des conseils départementaux n’aboutirait pas, au stade actuel du projet de loi, à la disparition des départements. Mais où serait le progrès pour la démocratie et donc pour nos communes ? Depuis quand la suppression des élus fait-elle progresser cette dernière ? La suppression des conseils départementaux irait au rebours de la décentralisation, voulue il y a trente ans par François Mitterrand, Pierre Mauroy et Gaston Defferre. Les routes nationales et les collèges iraient, selon le projet de loi, aux régions, fort lointaines, surtout si elles sont regroupées. Les grandes régions seraient accablées par le nombre des virages à redresser et des rénovations de collège à entreprendre. Il faut garder la proximité. Beaucoup plus raisonnable serait la réduction et éventuellement le redécoupage des départements : pas forcément en Corse où la géographie montagneuse de l’île crée deux versants entre Ajaccio et la côte occidentale et Bastia sur la côte orientale. Mais une France à soixante départements ferait faire plus d’économies qu’une réduction à quatorze du nombre des régions dont le budget reste modeste. Sans doute faut-il étudier la possibilité d’élire les conseillers départementaux au niveau des intercommunalités : ainsi serait respecté le lien entre les élus et les territoires, beaucoup moins qu’avec le nouveau mode de scrutin baroque à deux candidats, l’un homme et l’autre femme. Le souci de l’unité nationale ne semble pas obséder les initiateurs de la réforme territoriale. C’est oublier qu’en Corse, notamment, l’attachement au département, manifesté par référendum, en 2003, a valu rejet du statut de TOM qui était offert à nos concitoyens corses. Une France à soixante départements serait plus rationnelle, mais cela demande des études et des concertations qui prendront inévitablement du temps. Là serait cependant une vraie source d’économies. Là où seraient créées des métropoles, ainsi Strasbourg, le département s’effacerait. La fusion du Haut Rhin et de ce qui resterait du Bas Rhin aurait alors un sens. L’Etat devrait d’ailleurs rester présent dans chaque métropole. Un Préfet y serait nommé comme dans chaque département. Le redécoupage des départements en vue d’en limiter le nombre me paraît devoir venir avant celui des régions.

3. La fusion des régions me paraît en effet très problématique. On ne va pas faire des Länder à l’allemande : ceux-ci ont des compétences de gestion qui appartiennent en France à l’Etat (enseignement, police, etc.) : on ne va pas créer douze corps enseignants. Ce ne serait pas un progrès. Le ministre de l’Education de Mme Thatcher, M. Keith Joseph me confiait jadis combien il souffrait du recrutement local des enseignants en Grande-Bretagne et combien il enviait nos concours nationaux de CAPES et d’agrégation. La fusion des régions ne s’impose nullement pour un grand pays comme le nôtre. Chez nos principaux voisins, les régions sont ainsi nombreuses, voire plus que chez nous (28 comtés en Angleterre pour une superficie moitié moindre). Même en Allemagne certains Länder sont très petits (Sarre) ou évoquent plus des métropoles que des régions (Berlin, Hambourg, Brême). La règle doit être le pragmatisme. Certaines fusions comme celles de la Bourgogne et de la Franche-Comté, revenant sur près de mille ans d’une Histoire qui a fait de la Saône une frontière, mettront Sens et Belfort à 450 km l’une de l’autre. Bonjour la proximité ! En réduisant à quatorze le nombre des régions, ne recréerait-on pas les grands féodaux contre lesquels la France s’est historiquement construite ? Que deviendra l’Etat républicain dans tout cela ? Et sa fonction historique de péréquation et d’équilibre ? Quels pouvoirs auront ces régions ? Le développement économique d’abord. Je mets en garde contre la suppression de la clause de compétence générale dans ce domaine, car les besoins des entreprises s’apprécient correctement sur le terrain. Si la Communauté d’Agglomération de Belfort et le département du Territoire de Belfort n’avaient pas uni leurs efforts pour réaménager le site jadis occupé par Bull et Alstom (opération Techn’hom), on n’y aurait pas préservé l’emploi (environ 7000) et retenu de grandes entreprises comme General Electric, Alstom et bien d’autres. Ce n’est pas la Région, à Besançon, qui aurait eu l’idée d’un tel projet … Méfions-nous du systématisme. Qu’il y ait quelques redécoupages à opérer peut-être, mais les justifications avancées pour créer de grandes régions (recherche d’investissements étrangers, soutien des entreprises à l’exportation par exemple) me paraissent surtout des alibis visant à couvrir la retraite de l’Etat, là où son rôle reste essentiel. Ne laissons pas les grandes firmes multinationales mettre en concurrence quatorze territoires. Inversement, ce pourrait être un progrès pour la démocratie si les régions procédaient des départements comme ceux-ci pourraient procéder des intercommunalités. La démocratie est à repenser à partir de la base. Les conseils départementaux désigneraient leurs représentants aux conseils régionaux. Chacun sait que les conseillers régionaux désignés à la proportionnelle sont très peu connus de la population. Là encore, la concertation et le débat doivent être la règle. Ce serait un comble, du point de vue de la décentralisation – réforme dont se targue à bon droit la gauche – de procéder par voie législative ! L’accord des conseils régionaux serait le minimum et l’approbation des populations par des référendums locaux une exigence normale. N’ayons pas peur de la démocratie. Le terrain de la réforme territoriale devrait être déminé par des assises de la réforme territoriale. Des sondages trompeurs ne reflétant que l’écho dans l’opinion de la démagogie anti-élus, entretenue par quelques cercles technocratiques et relayée par la plupart des médias, ne doivent pas faire perdre de vue le cap du bon sens, qui est aussi celui de l’intérêt général. Le modèle de l’Etat républicain n’a pas à être sacrifié sur l’autel de l’Europe : celle-ci doit se faire en effet dans le prolongement des nations et non pas par substitution. Merci, Mesdames et Messieurs les maires, de m’avoir fait l’honneur de m’écouter. Mais je tenais à vous réserver la primeur de mes observations sur un sujet – la réforme territoriale – qui me tient particulièrement à cœur parce qu’il touche à la République elle-même. Celle-ci ne doit pas substituer au couple commune et département, un nouveau couple région-intercommunalité censé favoriser l’avènement d’une « Europe des Régions ». La République et la France auraient tout à y perdre ! L’Europe se fera dans le prolongement des nations, et avec la France, telle que nous l’aimons, riche de ses communes et de sa démocratie.

En France, la régionalisation est en marche

Bienvenue en République fédérale de France, titre le magazine Marianne. On n’en est pas encore là mais la France en prend le chemin. Du moins certains n’y sont-ils pas opposés, France régionaliséetandis que d’autres craignent que le projet de décentralisation conduise à terme à une Europe des régions.

En réalité, l’Etat français n’est pas près de disparaître. Ses missions sont ainsi rappelées dans le Projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale : « Agir pour les générations futures en opérant des choix stratégiques pour développer les atouts exceptionnels du pays, définir la règle commune dans le respect des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité qui garantissent la cohésion nationale par-delà nos différences, contrôler l’application des lois, protéger les citoyens en exerçant l’ensemble des missions régaliennes et veiller à la cohésion sociale comme territoriale pour que nul ne reste en marge du destin national : telles sont les principales missions assurées par l’Etat. »

L’objectif déclaré de la réforme entreprise en France est néanmoins de renforcer les régions, tant par leur taille que par l’étendue de leurs compétences, de manière à ce qu’elles soient en mesure de « rivaliser avec les collectivités comparables en Europe » et d’« engager des coopérations interrégionales en Europe ». Quoi qu’il en soit, le jacobinisme français n’est vraiment plus ce qu’il était. Gageons que cela facilitera le glissement de la Wallonie vers un espace français solidaire et aussi peu monolithique que possible. (Et si le mot « glissement » ne rend pas hommage au volontarisme wallon, parlons de « repositionnement stratégique » de la Wallonie, ou de « partenariat stratégique », ou… d’alliance naturelle et de communauté de destin.)

Nous avons déjà évoqué la volonté de l’exécutif français de ramener le nombre des régions métropolitaines à 14, pour 22 actuellement, selon un découpage qu’il ne nous appartient pas de juger. Le changement sera effectif à compter du 1er janvier 2016. Ce qu’il faut aussi voir, c’est comment le Projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale donne aux régions françaises les moyens d’augmenter leur pouvoir d’action. Cet aspect de la réforme est ainsi résumé sur le site du journal Le Monde :

Le projet… « renforce les compétences et les responsabilités des régions… Les régions disposeront du pouvoir réglementaire dans le cadre des compétences qui leur sont dévolues, c’est-à-dire qu’elles pourront modifier ou adapter des dispositions législatives ou réglementaires concernant leurs compétences.

« La région détient de plein droit la responsabilité du développement économique régional. Dans l’année qui suit le renouvellement du conseil régional, elle établit un schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation qui a valeur prescriptive. Elle détient la compétence exclusive pour les aides aux entreprises.

« La région est désignée en qualité de chef de file chargé d’organiser l’action commune des collectivités territoriales en matière de tourisme. Elle élabore un schéma régional de développement touristique. La possibilité est offerte à plusieurs régions ou plusieurs départements de constituer un comité du tourisme commun.

« La région est chargée de l’aménagement et du développement durable du territoire à travers un schéma régional doté d’effets prescriptifs à l’égard des documents d’urbanisme.

« Son rôle est renforcé en matière de transports. Elle se voit ainsi transférer l’organisation et le fonctionnement des transports scolaires, jusqu’à présent attribués au département. Elle se voit aussi confier la gestion de la voierie relevant des départements. Les collectivités territoriales pourront récupérer la compétence sur des aérodromes historiquement utilisés pour les besoins militaires qui ont perdu ou vont perdre cette activité. Cela concerne notamment les aérodromes de Dijon, Montpellier, Nîmes ou Strasbourg.

« Les collèges sont transférés des départements aux régions. »

G.R.

Ce qui se cache derrière le French bashing

French bashingAucun rapport avec la coupe du monde de football dont on ne sait pas si elle incite à la fête ou à l’hystérie collective. Il ne s’agit pas non plus de revenir sur les rapports complexes entre les Belges francophones et les Français. Tout juste est-il bon de rappeler que, pour légitimer le jeune royaume de Belgique, au XIXe siècle, il a bien fallu opposer l’identité belge à la néerlandaise et à la française. On en est encore un peu là, même avec un pays coupé en deux par la frontière linguistique, même avec deux moitiés de pays poussées vers le confédéralisme avec l’idée que malgré tout la Belgique a un sens.

Aucun rapport, disais-je. Il n’est pas question ici de la perception de la France en Belgique mais dans les pays anglo-saxons. Cela peut toutefois concerner les Wallons dans la mesure où les Flamands sont culturellement, politiquement, économiquement beaucoup plus anglo-saxons que nous. Si la France est jugée négativement par le monde anglo-saxon, dont elle n’est pas la sœur jumelle, quelle est la part de l’idéologie, du réflexe impérialiste, de l’agacement face à une certaine exception française ? Echappons-nous à une certaine forme d’intoxication des esprits ? On se rappellera que, chez nous, le rejet de l’influence française a pris une dimension idéologique au moment où la France est redevenue une république, au XIXe siècle. Evidemment, cela n’a fait que renforcer l’attachement de la Wallonie à la France. En partie au moins.

Bref, voici l’analyse du French bashing par ces franchouillards du magazine Marianne. Nous, on n’a qu’une seule chose à leur dire : la France ne doit pas avoir peur de sa différence, elle est aussi la nôtre. (G.R.)

Marianne du 6 juin 2014

C’est un sport national outre-Manche : se moquer des Français, de leur président et de leurs 35 heures. Un phénomène récurrent mais amplifié depuis quelques années, qui mêle moquerie et jalousie inavouable.

Ces derniers mois, les hostilités ont repris. Les Anglo-Saxons se sont à nouveau livrés à leur sport favori : le French bashing, cette pratique peu fair-play qui consiste à dénigrer tout ce qui vient des Froggies (généralement vus comme paresseux et toujours en vacances). Le Guardian a annoncé qu’une nouvelle loi française interdisait les mails professionnels après 18 heures (une info qui a fait le tour du Web et qui s’est révélée être une grossière exagération). Une publicité américaine pour la marque Cadillac a moqué le proverbial manque d’ardeur au travail des Français. Et, dans un article d’une violence assez ahurissante, un journaliste du Spectator expliquait que, lui vivant, ses enfants n’apprendraient jamais le français. Motif : la France serait en déclin, comme en témoignerait, entre autres, le déplorable état de l’Afrique francophone. Ces critiques faisaient suite à un article du Vanity Fair américain de mars intitulé « Liberté, égalité, fatigué », où l’on apprenait que la France avait perdu son « je-ne-sais-quoi » et son « savoir-faire ». Et au dossier désormais culte de Newsweek sur « la chute de la France », un modèle du genre, rempli d’erreurs factuelles grotesques (le litre de lait coûterait 6 €) et de raisonnements indigents (l’Ecole alsacienne choisie comme modèle du système scolaire français…). Si l’on y ajoute les déclarations agressives de James Cameron, le Premier ministre britannique, vis-à-vis de la France depuis deux ans, ou les couvertures catastrophistes à répétition de l’Economist (en gros, François Hollande va provoquer la chute de la civilisation occidentale), on peut s’interroger : pourquoi tant de haine ? Comment expliquer un tel alarmisme ? Est-ce le signe d’un sincère souci pour le bien-être de la France ? L’expression d’une éternelle rivalité historique ?

Valeur de repoussoir

« Non, bien sûr, la raison est d’abord idéologique », explique la philosophe Cynthia Fleury, auteur de la Fin du courage. « Nous sommes en situation de guerre économique. Et comme chacun sait, le modèle ultralibéral anglo-saxon est en totale opposition avec le modèle français, où l’Etat reste encore puissant, avec un fort niveau de protection sociale et un marché du travail régulé. Dans la mesure où la situation économique est mauvaise en France, cela permet aux Anglo-Saxons de se persuader que leur modèle est le meilleur. La France sert de repoussoir. » Pour les libéraux du monde entier (cela fait du monde), la France est l’homme à abattre. Du moins symboliquement. L’empire ne peut imposer sa parfaite hégémonie idéologique tant qu’il y aura des pays pour croire qu’un Smic est possible. Comme le petit village d’Astérix -un petit village certes très mal en point-, la France tient encore tête. Confirmation de Jon Henley, grand reporter au Guardian et correspondant à Paris pendant dix ans : « Autrefois, les articles qui se moquaient des Français étaient bon enfant, sur un mode taquin, affectueux. Depuis quelques années, on a vu apparaître des articles beaucoup plus durs où l’enjeu est idéologique. La France représente, malgré ses problèmes, la dernière alternative à la solution libérale. Il faut coûte que coûte lui taper dessus. »

Pour Stéphane Rozès, politologue et président de Conseils, analyses et perspectives, le French bashing ne s’explique pas seulement par des raisons économiques mais aussi par des raisons quasi psychologiques. « L’imaginaire des Anglais est très différent de celui des Français. Les Anglais sont des insulaires qui, historiquement, sont habitués à ne compter que sur eux-mêmes dans les moments difficiles. C’est le célèbre « Never complain, never explain ». Dès lors, ils ne comprennent pas que les Français se plaignent de la mondialisation. Alors que les Français, pour pouvoir agir, ont toujours eu besoin de se projeter vers l’extérieur, de s’appuyer sur une utopie commune, un projet collectif, que ce soit l’Etat-nation, l’Europe, ou au travers de valeurs universelles à promouvoir. » Et quand ce projet collectif fait cruellement défaut, les Français auraient tendance à se lamenter, à chercher un responsable extérieur. En somme, là où un Anglais, face à la précarité néolibérale, sera porté à se retrousser les manches, un Français va être enclin à critiquer le manque d’utopie qui induit un si attristant état de fait.

A ce titre, le fameux « pessimisme français », dont s’affligent sans répit les médias hexagonaux, ne vient pas d’un quelconque manque de combativité : il résulte de la disparition de toute possibilité d’une utopie mobilisatrice. De tous les pays du monde, la France est sans doute celui dont les valeurs se diluent le moins bien dans le capitalisme financier. Il est donc logique que notre pays souffre. Et que ses petits camarades se moquent de lui…

Hypocrisie

Reste une question. Si le modèle anglo-saxon est tellement plus performant que le modèle français, pourquoi s’acharner dans le French bashing ? A quoi bon continuer de taper sur un adversaire qui est déjà à terre ? N’y aurait-il pas sous ces moqueries une jalousie déguisée ? Rappelons en effet que les médias anglais et américains ne parlent des Français que comme d’un peuple toujours en vacances, prompts à prendre ses RTT ?… « Cela me paraît évident, souligne Cynthia Fleury. Derrière ces critiques condescendantes, on sent poindre un certain ressentiment envieux : puisque je n’ai pas accès à cette paresse, à cette manière de vivre si légère, il n’y a aucune raison que quelqu’un d’autre y ait droit. » Ah, hypocrites Anglo-Saxons, moralistes tartufes, qui sous couvert de nous faire la leçon jalousent notre way of life si hédoniste (du moins la vision quelque peu idéalisée qu’ils s’en font…). Stéphane Rozès ne peut qu’acquiescer. « On ne sait pas, en France, à quel point le démantèlement du welfare state, à l’époque de Thatcher, a été vécu de façon violente et traumatique par les Anglais. Aujourd’hui, ils voient les immenses efforts qu’ils ont consentis et constatent qu’ils ne s’en sortent pourtant pas tellement mieux que la France, et que même, sur certains points, ils sont moins bien lotis : la santé, l’éducation, la très grande pauvreté, les inégalités… Pour eux, la France, avec son système à l’ancienne, son Etat fort et dépensier, devrait être à terre, au même niveau que la Grèce. Pourtant, ce n’est pas le cas, même si nos problèmes sont nombreux et réels. Cela crée chez certains une sorte d’amertume, l’impression de s’être sacrifiés sans en récolter les fruits, alors que la France, cette mauvaise élève, continue de se comporter en enfant gâté et ne reçoit pas la sévère punition qu’elle devrait… »

Cette envie déguisée, cette fascination pour un art de vivre « à la française », la journaliste et écrivain Rebecca Leffler, qui a longtemps vécu à Paris, ne peut que les constater. « Les Américains, et particulièrement les New-Yorkais, travaillent comme des dingues. Aussi sont-ils toujours un peu soulagés de voir un article de French bashing qui leur explique que les Français sont punis pour leur paresse. Cela les détend… Mais cela leur fait aussi envie. Nombre d’entre eux aimeraient travailler 35 heures, prendre l’apéro dans des cafés et partir souvent en vacances… »

Derrière le French bashing, il y a bien souvent l’attrait pour un mode de vie plus décontracté, plus léger, fût-il un fantasme. Ce dont témoignent les succès de best-sellers récents aux Etats-Unis, comme French women don’t get fat, de Mireille Guiliano, ou Bringing up bébé, de Pamela Druckerman, où les femmes françaises sont célébrées comme des superwomen qui parviendraient à rester toujours minces, élégantes, professionnelles, tout en étant dotées d’enfants parfaitement éduqués… Autre exemple de cette admiration américaine : le triomphe récent fait au livre de Thomas Piketty, le Capital au XXIe siècle, venu annoncer aux Américains, en nouveau Marx, que leur modèle sentait le roussi… (…)

Pour l’intégralité de l’article du magazine Marianne, cliquer ici.

Pourquoi je souhaite que Bart De Wever réussisse

Voici l’avis que l’essayiste politique Jules Gheude défend dans « L’Echo » du 11 juin 2014. Il nous donne là une version quelque peu différente de l’article paru sur le site de l’hebdomadaire « Knack » le 10 juin 2014.

Jules Gheude bisEn Wallonie, les partis de l’Olivier ont perdu des plumes. Plus de la moitié pour Ecolo, 14.450 pour le CDH et 13.450 pour le PS. Le MR en a récolté 76.000 de plus.

En choisissant de laisser le parti réformateur sur la touche et de poursuivre avec le partenaire social-chrétien, Elio Di Rupo a beau dire ce qu’il veut : il n’a pas servi la démocratie. Et « les milliers d’heures qu’il a consacrées pour garder ce pays uni » risquent bien de s’avérer vaines.

Le fossé reste immense entre une Flandre qui, grâce à une politique de centre-droit, affiche l’équilibre budgétaire et de bonnes performances économiques, et une Wallonie marquée à gauche qui, après plusieurs plans de redressement, connaît un taux de chômage de 16% et un endettement de 11,2 milliards d’euros.

C’est ce fossé qui a contribué à alimenter le discours flamand selon lequel il convenait de mettre un terme aux transferts financiers et de prôner le modèle confédéral. Bart De Wever n’a fait que s’inscrire dans cette évolution que le Parlement flamand a recommandée, dès 1999, en  adoptant les fameuses résolutions.

Rien d’étonnant dès lors à ce que la N-VA, grand vainqueur du scrutin du 25 mai avec 32% des voix, décide aujourd’hui de s’allier avec le CD&V pour constituer le prochain gouvernement flamand. « La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand », comme a tenu à le rappeler l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck.

Il est intéressant de rependre ici les propos tenus par l’ancien président du PS, Guy Spitaels, à propos de Bart De Wever, dans la dernière interview qu’il confia au « Soir », le 10 septembre 2011 : « Très, très habile. Il est très fort intellectuellement et l’ennemi des bobos. Il n’est pas toursiveux. Il dit clairement et brutalement ce qu’il veut. (…) Ce De Wever ne me déplaît pas du tout. »

Autre constat utile, celui de Carl Devos, le politologue de l’Université de Gand : « La N-VA est un parti de centre-droit qui se déclare par ailleurs ouvertement conservateur, mais l’on ne souligne peut-être pas assez que sur certains points, il est aussi très libéral et partage un certain nombre de visions sociétales avec l’Open VLD » (« La Libre Belgique », 22 juin 2011).

Le président du FDF, Olivier Maingain, fait donc un bien mauvais procès à la N-VA lorsqu’il va jusqu’à mettre en doute son caractère démocratique.

Européen convaincu, Bart De Wever s’inspire du modèle de gestion qui a si bien réussi à l’Allemagne. Pragmatique, il sait qu’il n’y a qu’une voie pour assurer le redressement économique. C’est celle que le gouvernement français socialiste de Manuel Valls est d’ailleurs contraint d’emprunter aujourd’hui : réduction drastique des dépenses publiques, baisse des impôts, reconnaissance absolue du rôle joué par les PME pour relancer l’emploi et, par voie de conséquence, la croissance.

Au nom de quoi la Belgique, dont la dette va dépasser les 400 milliards d’euros (soit plus de 100% du PIB), devrait-elle être le seul pays au monde à octroyer des allocations de chômage illimitées dans le temps ?

Voilà pourquoi, je rejoins le politologue Carl Devos lorsqu’il déclare qu’ « il faut donner ses chances à la N-VA ».

En politique, il ne faut jamais dire jamais. Les déclarations sont une chose. La real-politik en est une autre.

Rien ne dure éternellement. Tout change.

Dans son livre « La Belgique est morte, vive la Belgique ! » (Fayard, 2009), José-Alain Fralon, l’ancien correspondant du « Monde » à Bruxelles, écrivait : « Si les civilisations sont mortelles, pourquoi un pays de 10 millions d’habitants ne le serait-il pas ? » Et d’ajouter, à l’adresse du Roi : « Que pouvez-vous faire aujourd’hui ? Pas grand-chose, vos pouvoirs étant si limités. Et puis, comment lutter contre un nationalisme flamand qui gagne imperceptiblement du terrain, comme le sable qui pénètre dans une maison en dépit des fenêtres et des portes fermées. »

Qu’on le veuille ou non, le processus de la scission de l’Etat est irréversible. Mais que les francophones ne s’alarment pas. Ce ne sera pas l’apocalypse. Le tout étant de pouvoir compter sur des responsables politiques dignes de ce nom. L’après-Belgique est inscrit dans les astres. Il suffit de bien s’y préparer. « Sans atermoiements funestes, mais sans précipitation inconsidérée », comme avait déclaré le Roi Baudouin, en 1959, à propos de l’indépendance du Congo.

Bref,  comme l’a encore écrit José-Alain Fralon, se préparer à une issue qui pourrait s’avérer salutaire pour tout le monde, car elle nous délivrerait enfin de ces interminables chicaneries communautaires.

Rien n’est plus dramatique que de ne pas anticiper les choses et de se retrouver, à un moment donné, contraints de réagir dans l’urgence et la précipitation.

C’est pourquoi, nous estimons avoir fait œuvre utile en mettant sur pied, le 9 mai 2009, cette initiative citoyenne des « Etats généraux de Wallonie », pour réfléchir, de manière approfondie et objective, aux diverses options d’avenir post-belge possibles. Des travaux sérieux ont été entrepris, que l’on peut toujours consulter sur le site www.etatsgenarauxdewallonie.org (2).

(1) Dernier livre paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2013.

(2) Ils ont également été repris dans le livre  « Quand les Wallons s’éveilleront… », Mols, 2009.

 Jules Gheude

Des mariages et un enterrement

mariageOn sait que Marc Wilmots, l’entraîneur wallon des Diables rouges, est devenu bilingue en allant jouer au Sint-Truidense VV et surtout en se liant pour la vie à la fille du président du club limbourgeois, Katrien, qui elle-même étudiait le droit aux facultés de Namur. L’amour se moque des frontières, il n’y a pas loin de Jodoigne à Sint-Truiden, ces mariages ont toujours existé, bien avant la création de la Belgique, et dans ce pays où l’on brasse les langues avec le même bonheur que la bière, on se dit que ces unions spontanées ont dû se multiplier…

Eh bien non. Pas du tout. Monsieur et Madame Wilmots sont des exceptions. Pour emblématique qu’elle soit, leur parade amoureuse au-dessus du « rideau de betteraves » est tout sauf tendance. Evidemment, la société belge évolue vers un plus grand métissage et les Belges de Wallonie et de Flandre ne sont pas les derniers à papillonner dans le monde entier. Mais la frontière linguistique, celle qui va de Comines aux Fourons, s’imprime de plus en plus dans les têtes et dans les cœurs. Les Wallons et les Flamands ne vivent déjà plus dans le même pays.

C’est à peu près ce que Pierre Kroll a écrit dans son dernier billet pour le journal De Standaard. Nous en reprenons ici deux extraits :

Pierre KrollChristophe Deborsu m’a fait lire son dernier livre « Dag, bonjour ! ». Il est publié en néerlandais, je n’ai donc pas tout compris mais au chapitre 2, une chose m’a renversé. Ce sont des chiffres et ça je les comprends dans toutes les langues ! En 2012, il y a eu en Belgique 152 mariages sur 42.198 qui unissaient un ou une flamand(e) à un ou une francophone soit… 0,36 % ! Ils étaient 2 % en 1970 quand la Belgique n’était pas encore un état fédéral, six fois plus.

Ils sont bien plus rares que les mariages de Belges avec des Français (presque 10 fois moins !) ou de Belges avec des Néerlandais. Et surtout, ils ne cessent de diminuer. Ils étaient 4 fois plus en 1980 (1,29 % des mariages). Et presque deux fois plus en 2000 (0,65 %).

Bien sûr, la langue semble tout expliquer. Il faut s’être déjà dit beaucoup de choses avant de s’unir, théoriquement, pour la vie. Mais pourquoi cette diminution constante ?

Traditionnellement, on épouse la fille ou le fils du voisin. Nous ne sommes donc, Flamands, Wallons, même plus des voisins. (…)

Déjà, moi, je m’en fiche un peu que ce pays se sépare un jour mais, à voir combien de jeunes fondent des foyers bilingues, il n’y en a plus beaucoup qui pleureront. (…)

Pour l’intégralité du texte de Pierre Kroll, cliquer ici.

G.R.

La Belgique à la croisée des chemins

Nous reprenons ici, dans son intégralité, un article écrit par Christophe Giltay pour le magazine Paris Match et repris sur son blog. Le journaliste de Bel RTL, au profil très franco-wallon, donne ici son point de vue sur l’état de la Belgique au lendemain des récentes élections.

Christophe GiltayQuel avenir pour la Belgique ? On me pose souvent la question, et ma réponse est le plus souvent : quelle Belgique ? Parlez-vous de la Belgique de mon enfance, celle du Roi Baudouin, du Congo, et de la fierté de l’expo 58 ?

Vous vous souvenez ? Le pays de cocagne, fier de son dynamisme économique et de ses avancées technologiques. Quelle différence à l’époque entre le téléphone automatique en Belgique et les 22 à Asnières de Fernand Raynaud ! Cette Belgique qui installait le câble dans les appartements ouvrant les téléviseurs au monde, quand l’hexagone se gobergeait de créer une deuxième chaîne couleur ; cette Belgique qui épatait le monde avec Brel, Adamo, Merckx, Ickx… Bref de cette Belgique que Gaston Eyskens appelait, à l’imitation du général de Gaulle au sujet de l’Algérie française, la « Belgique de papa ».

Désolé mais cette Belgique est morte, elle est morte depuis longtemps.

La Belgique est morte !

Elle a commencé à succomber au temps des premières lois communautaires en 1970, et elle a trépassé avec la réforme de l’Etat de 1993. Je me souviens à l’époque d’avoir titré dans le journal de 7 h de Bel RTL, le lendemain des fameux accords de la saint Michel, « le Royaume de Belgique est mort, vive le RFB ! » RFB comme Royaume Fédéral de Belgique. Je pensais que compte tenu de la profondeur du changement constitutionnel, il aurait fallu changer également le nom du pays, comme un électrochoc afin que les gens « se rendent compte ».

On ne l’a pas fait et les Belges francophones ont cru qu’ils continuaient à vivre dans le même pays. Et ça a duré un certain temps, je me souviens du Roi Baudoin dans son ultime discours du 21 juillet 1993, il appelait ça la « loyauté fédérale ». D’ailleurs, Herman de Croo et Mark Eyskens n’offraient-ils pas à la télévision le visage rassurant de ces Flamands francophiles, maitrisant la langue de Molière comme Jean d’Ormesson ? Nous laissant croire que tout continuait comme avant, ou qu’au pire, comme dans le Guépard « qu’il fallait que tout change pour que rien ne change ».

Mais la Belgique n’est pas la Sicile du prince Fabrizio Courbera de Salina, immortalisé par Burt Lancaster dans le film de Visconti. Tout a changé, la seule chose c’est que les francophones ne l’ont pas su, ne l’ont pas cru, ou n’ont pas voulu le croire. D’ailleurs y croient-ils ?

Espérer le meilleur, mais préparer le pire ?

J’ai la faiblesse de penser que les hommes politiques francophones de ce pays sont lucides, qu’ils ont compris, qu’ils se préparent au pire. Mais qu’ils n’osent pas le dire, l’expliquer, le révéler. Par délicatesse, par charité chrétienne, par peur, par intérêt peut être ? « Nous sommes le dernier rempart de la Belgique », thème connu, partagé par bien des partis francophones… Mais que défend encore ce rempart ? Et ce rempart n’est-il pas une ruine comme celles qu’on admire, mélancolique, dans les jardins de Rome ?

On aurait dû changer le nom du pays, et peut être son mode de scrutin, ou son organisation électorale. Tant que les hommes au pouvoir étaient issus de générations grandies dans la Belgique « d’avant », qui avaient connu les partis unitaires, ça a plus ou moins bien fonctionné. Mais souvenez-vous de Jean-Luc Dehaene pendant la crise des 500 jours, abandonnant la partie, parce qu’il ne comprenait plus ni les règles, ni les gens.

Il y a effectivement de nouvelles règles. Et le fait notamment d’avoir créé deux opinions publiques, deux corps électoraux et désormais des partis influents n’existant que dans une seule communauté, sans pour autant changer la façon dont se forme le gouvernement, n’a pu que conduire à des crises de plus en plus longues.

Dans n’importe quelle démocratie, quand le gouvernement sortant remporte les élections, il est reconduit. La logique voudrait donc que la coalition actuelle reste au pouvoir et Elio di Rupo premier ministre.

Je m’imagine essayant d’expliquer le contraire à mes copains français. Nanti d’un bon bilan et vainqueur des élections, Elio di Rupo ne sera probablement plus premier ministre dans quelques temps. Incompréhensible pour qui n’est pas belge.

La Belgique byzantine

Maintenant, si on renonce à l’architecture classique, à la logique cartésienne trop française pour se baigner avec délectation dans le style baroque et les règles byzantines… On peut disserter sans fin sur la légitimité de tel ou tel, et le célèbre « message de l’électeur » qui dans le système proportionnel belge n’est jamais clair. C’était un grand bonheur de voir les présidents de parti se réclamer chacun de la victoire dimanche soir, à part Olivier Deleuze, qui a reconnu qu’il était un peu déçu. Mais tout juste !

Et voilà que commence la sarabande des consultations, à la recherche de la quadrature du cercle. Ce serait bien de reconduire la coalition sortante, c’est arithmétiquement possible, mais voilà, peut-on écarter le premier parti du pays, et le premier parti de Flandre ?

Honnêtement, ça fait bizarre. Et que se passe-t-il ailleurs quand un parti qui fait de très bons scores, n’arrive jamais à atteindre le pouvoir ? Soit il disparaît peu à peu, à force d’avoir lassé l’électeur. Soit il dispose d’un véritable ancrage populaire, et il continue à monter, monter, monter, et finalement il obtient la majorité absolue ou il prend le pouvoir de manière disons moins démocratique…

On me répète à qui mieux mieux qu’il est impossible que le PS et la NVA cohabitent dans le même gouvernement. Oui et alors ? La NVA sera le pivot du gouvernement flamand, elle disposera de pouvoirs considérables grâce à la 6eme réforme de l’Etat. Elle pourra bloquer ou du moins gêner le fonctionnement du gouvernement fédéral. Car comme le rappelait régulièrement Kris Peeters, président flamand sortant, la Flandre c’est 60% de la population, 70% du PIB, 80% des exportations.

La Belgique c’est la Flandre

Je vais vous faire une révélation, la Belgique c’est la Flandre ! Je le répète :  La Belgique c’est la Flandre ! C’est pourquoi certains hommes politiques flamingants disent aux francophones « mais vous n’aimez pas la Belgique ! ». Et le francophone répond « mais non c‘est vous ! » Et pourtant c’est le Flamand qui a raison, sauf que le francophone évoque la Belgique de papa, et le flamingant celle d’aujourd’hui.

Revenons un instant à la phrase du général de Gaulle qu’avait évoquée Gaston Eyskens dans sa célèbre formule « la Belgique de Papa ». Le général s’adressait aux partisans de l’Algérie française, pour leur faire comprendre que l’Algérie serait bientôt indépendante : « On peut regretter la douceur des lampes à huiles, la splendeur de la marine à voile et l’Algérie de papa mais Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités ! »

La réalité c’est que la Belgique c’est d’abord la Flandre et qu’en Flandre le premier parti s’appelle la NVA. Si le scrutin majoritaire était en vigueur en Belgique, comme en France (à deux tours) ou plus encore comme en Grande Bretagne (à un seul tour), la NVA aurait la majorité absolue au parlement flamand et peut-être même à la chambre des députés !

Ça aurait au moins le mérite de la clarté. Je me dis que parfois Bart De Wever doit en rêver.

Un séparatisme possible

Je ne sais pas ce qui va se passer dans ces prochains jours. Je crois qu’il y aura un gouvernement sans la NVA . Et que ce sera donc reculer pour mieux sauter. Car il y aura une prochaine fois, et la prochaine fois la NVA imposera une réforme de l’Etat hyper confédérale, laissant au gouvernement central un soupçon de pouvoirs symboliques : affaires étrangères, défense, justice peut être. Mais comme c’est la Flandre qui tiendra les cordons de la bourse… Quant à sa composition, ce sera systématiquement le premier parti flamand et le premier parti francophone qui géreront au minimum, un peu comme des curateurs, ce qui restera de la Belgique. Puis chacun dans sa communauté, sa région, gouvernera au maximum ce qui ne regardera plus les autres…

Avant peut-être le grand saut, le grand coup de ciseaux définitif.

On m’a dit un jour qu’il était impossible de découper Bruxelles avec une partie flamande et une autre francophone. C’est vrai, où passerait cette frontière ? Au niveau du canal ? Au milieu de la grand place, entre le bas et le haut de la ville ? Je réponds alors qu’il existe d’autres solutions pour partager la capitale. J’en connais une en vigueur à Rome. Depuis les accords du Latran en 1929, Rome abrite deux Etats : l’Italie et le Vatican. On pourrait ainsi imaginer un Vatican flamand au cœur de Bruxelles, avec comme à Rome des dizaines de bâtiments flamands bénéficiant de l’extraterritorialité, autant d’îlots flamands dans une Bruxelles francophone… Et cette Bruxelles serait elle-même reliée à la Wallonie par une route « neutre ». Inconcevable ? C’est oublier par exemple le statut de Berlin Ouest enclavée en RDA et reliée à l’Ouest par une autoroute, véritable « cordon ombilical ».

En matière d’institution, l’homme moderne est très créatif, et le Belge plus encore que les autres. (Cela dit les îles Cook c’est pas mal non plus…)

Au final, je vois une Belgique qui va continuer peu à peu à se déliter, jusqu’à une sorte de « confédération des Flamands et des Wallons » qui se terminera peut être par une scission. Le Roi Philippe et sa famille prendraient alors le chemin de l’exil comme son ancêtre Louis-Philippe en 1848.

Mais ce processus prendra probablement des dizaines d’années.

Et c’est là que le bât blesse !

Rester dans l’histoire

L’ignominieux attentat du samedi 23 mai au musée juif de Bruxelles nous a rappelé brutalement que nous étions toujours plongés dans l’histoire, comme en août 14. Non, nous ne sommes pas à l’abri ! Non, nous n’avons plus le temps de nous refermer sur notre nombrilisme communautaire, à polémiquer sans fin sur le bruit des avions et la largeur du Ring !

Je ne sais pas si la Belgique va survivre et je ne sais pas pour combien de temps. Mais une chose est sûre, si elle existe encore elle a besoin d‘un gouvernement responsable, avec des hommes (et des femmes) d’Etat, et pas les défenseurs de tels ou tels intérêts particuliers.

Et c’est d’ailleurs à cette aune que l’histoire juge les peuples. Ont-ils la capacité dans les moments difficiles de faire surgir une génération qui prend la barre et affronte la tempête ? Par le passé, la Belgique a su le faire, en 1830, en 1914, en 1940… Personne alors ne doutait de son existence.

On verra si cette fois encore le « peuple belge » relève le défi.

Sinon…

Christophe Giltay

Quand les Américains voulaient gouverner la France

Il n’est pas question pour nous de remettre en cause le sacrifice des milliers de jeunes soldats venus mourir en France pour vaincre le nazisme. Après les Hollande-Obamabelles commémorations que nous venons de vivre en Normandie, nous pensons pourtant que plusieurs éléments méritent d’être mis en lumière :

1. Sans la victoire des Soviétiques sur le front de l’est (la boucherie de la bataille de Stalingrad a fait plus de victimes que le débarquement de Normandie), qu’en serait-il advenu si les Allemands avaient pu quitter le front de l’Est pour venir renforcer le front de l’Ouest ?

2. Le débarquement de Normandie a fait plus de victimes parmi la population française que parmi les militaires.

3. Selon plusieurs historiens américains et l’historienne Annie Lacroix-Riz, l’intention de Roosevelt était de faire de la France, mais aussi de l’Italie, de l’Allemagne et du Japon, des protectorats américains. Il fallut toute la force de caractère, la stratégie et l’ingéniosité du Général de Gaulle pour que la France puisse retrouver pleinement la liberté.

Nous pensons que toutes les vérités historiques ont leur droit.

Paul D.

Cet article du Monde diplomatique est daté du mois de mai 2003 mais il contribue à mettre l’actualité en perspective :

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France – comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon – un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

A en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle, « apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée.

Un « Vichy sans Vichy »

A l’époque, les Etats-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si de Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé – pour leurs marchandises et leurs capitaux – le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux.

C’est pourquoi les Etats-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre de Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. A l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’Etat qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’ »ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

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La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde