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Les prisons belges en 2016 : démission !

Que ferais-je si j’étais le ministre de la Justice Koen Geens face à la crise des prisons ?

Je démissionnerais illico !

La crise est trop grave et trop ancienne pour pouvoir être résorbée par un Ministre tombé presque fortuitement dans ce département ingérable, à la tête d’une Administration Pénitentiaire qu’il ne connaissait pas et qui est complètement dépassée.

Ses prédécesseurs ont fait l’expérience de leur impuissance à rénover le monde des prisons, aussi bien Laurette Onckelinckx, M.Verwilgen, S.Declercq, ou encore Annemie Turtelboom… 

Le problème n’est plus maitrisable :

Il est quantitatif : on est passé de 6.000 à plus de 12.000 détenus !

Il est qualitatif : certains détenus sont  traités de manière indigne !

Il est lié aux infrastructures, qu’il s’agisse de la vétusté des bâtiments existants, ou de l’aberration de certaines nouvelles constructions présentes ou à venir.

Le personnel pénitentiaire est à bout de souffle en raison de son insuffisance numérique et de conditions de travail éprouvantes, notamment au niveau des cadences et de la formation.

Les polices appelées à suppléer les carences du système pénitentiaire n’en sortent plus.

L’Etat belge, fréquemment condamné par les juridictions internationales, l’est et même désormais par les tribunaux nationaux qui lui imposent  des astreintes financières…

Financièrement, au niveau des finances publiques, le monde des prisons est un gouffre sans fin, avec un coût journalier de l’ordre de 200€ par détenu.

Les tribunaux d’exécution des peines, tant attendus, et qui ne connaissent que des condamnations à plus de trois ans, n’ont pas accéléré le cours des libérations conditionnelles, au contraire !

Le législateur tend à limiter encore les conditions de libération anticipée !

Durant la détention, les aides au reclassement sont insignifiantes, les services sociaux internes et externes étant complètement insuffisants, même en fin de peine, et il y a très peu d’aides réelles à la réinsertion !

Le placement de plus en plus systématique de bracelets électroniques, mesure très inégalitaire et difficilement supportée, est souvent irréfléchi et n’a d’autre but que d’éviter une incarcération faute de place en prison.

La politique de formation en prison est lamentable, aussi bien en matière d’alphabétisation que de formation professionnelle.

La réforme du statut des détenus qui relèvent de la défense sociale est reportée depuis des années, de nombreux malades mentaux continuant d’encombrer les établissements pénitentiaires.

Le sort réservé aux familles et aux proches des personnes détenues est souvent très pénible, surtout pour les enfants de détenus.

D’un point de vue sécuritaire, le taux de récidive des détenus libérés est extrêmement élevé.

L’émergence des peines alternatives à l’incarcération n’a pas permis de diminuer le volume annuel des incarcérations et a contribué à « étendre le filet » comme le présidaient les criminologues, sans « mordre » sur le nombre d’incarcérations…

La construction de nouveaux établissements n’est pas non plus une solution : plus y a des places, plus on incarcère. 

Le monde judiciaire – avocats et magistrats – n’est pas non plus sans responsabilités : malgré d’innombrables colloques plus savants  les uns que les autres, une sorte d’habitude de la prison s’est installée doucement.

Heureusement, des cris de révolte continuent de s’élever avec courage et obstination. Seront-ils enfin entendus ? Le silence des politiques reste assourdissant…

QUE FAIRE ?

Après la démission du Ministre de la Justice, il y a lieu de proclamer l’état d’urgence pénitentiaire.

Vu l’expérience particulièrement négative des années antérieures, il faut créer de nouvelles structures.

L’impasse complète dans laquelle se trouve le pouvoir fédéral  conduit à mettre à l’étude d’urgence la nécessaire régionalisation de la justice.

Il est normal que dans un état de plus en plus régionalisé la politique pénale, et notamment la politique des prisons, soit définie par le pouvoir le plus proche des gens, à savoir le pouvoir régional.

Deux pans importants de la politique pénale sont déjà transférés : la politique de l’aide à la jeunesse, volet très important, ainsi que  les Maisons de Justice et l’Aide sociale aux détenus, secteurs tout aussi considérables.

Il serait utile de créer à bref délai un conseil supérieur régional de la justice pénale, organe composé de matière interdisciplinaire réunissant les meilleurs spécialistes ; ils sont nombreux, mais ne sont plus consultés depuis longtemps ! Le temps n’est plus où les criminologues belges étaient connus, et reconnus, dans le monde entier ! Il faut réinventer les choses. Et il faut le faire de manière internationale, et spécialement avec les européens confrontés aux mêmes problèmes que les nôtres : une réflexion avec la France serait plus que jamais nécessaire, en s’inspirant de deux « modèles » :

– le contre-exemple américain, qui apparait comme absolument détestable…

– l’exemple scandinave, qui montre le bon chemin : un politique nouvelle, basée sur une réinsertion sociale véritable, avec soutien actif de la population, et des résultats très positifs en matière de lutte contre la récidive. En outre, les coûts de ce système sont nettement inférieurs aux nôtres.

Vu l’urgence de la situation, un commissaire spécial à la réforme pénitentiaire devrait être désigné dans chaque région, avec une petite équipe, dont la mission serait très clairement de réduire de moitié la population pénitentiaire actuelle en s’inspirant des critères suivants :

– la dangerosité sociale et la sécurité publique ;

la diminution de la durée de la détention de condamnés à de longues peines présentant plus  de danger social ;

– la transmutation de peines d’emprisonnement en des peines alternatives pour des détenus non-dangereux : travaux d’intérêt général, obligation de thérapies, obligation de formation professionnelle ;

            Il va de soi que cette politique de remise en liberté accompagnée ne  s’adresserait pas aux détenus dangereux : usage d’armes, enlèvements, trafiquants, pervers sexuels avérés, violents récidivistes…

D’autres mesures sont à envisager :

– la politique des parquets en matière de mises à l’instruction : une prolongation du délai de garde à vue à 48 heures, comme en France, pourrait paradoxalement réduire le nombre de détentions préventives s’il y a moins de mises à l’instruction en urgence et souvent sans analyse approfondie;

la délivrance des billets d’écrou devrait se faire sous le contrôle des magistrats, et en concertation avec les services sociaux en vue d’établir, s’il y a lieu, un plan de détention réaliste, ou une alternative à la détention;

– la détention purement cellulaire devrait laisser la place, en prison, à des activités de type communautaire et de formation.

Ainsi, la définition traditionnelle de la peine de prison pourra être redéfinie : elle ne sera plus seulement ce  « mal infligé par la justice répressive en guise de punition d’un acte que la loi défend »  mais un moyen complémentaire d’insertion sociale, la prison étant à considérer comme  remède ultime à défaut d’autre possibilité de remédiation psycho-sociale.

C’est d’un véritable choix de société qu’il s’agit.

Le temps des colloques sur l’avenir de la prison est révolu !

A défaut de l’annonce rapide  par le gouvernement actuel d’une réforme  en profondeur de la politique pénitentiaire et de la situation des prisons, il ne nous resterait  qu’à souffler sur les braises de la révolte en cours…

Et à prendre acte, en ce secteur crucial, comme dans tant  d’autres,  de la faillite de l’Etat Belge.

Georges-Henry SIMONIS

Magistrat honoraire,

Administrateur de l’AWF (Charleroi)

Liège se métamorphose avec la France

Ilotopie.jpegMétamorphoses. A Liège, c’est le mot du jour. « Liège est une ville qui se défait et se refait sans jamais se lasser », écrivait l’historien Jules Michelet. « Le caractère le plus fixe de Liège, à coup sûr, c’était le mouvement. » Cette vitalité, reconnaissons-le, ne l’a pas toujours servie mais, en dépit de ses errements, de ses oublis, de ses découragements, la voilà qui se relève et se découvre à nouveau belle et prête à croire en ses promesses. A nouveau, dans la lumière du printemps revenu, c’est naturellement vers la France qu’elle se tourne pour se remettre à exister, car il y a des liens dont la permanence est le fil de notre histoire, comme autant de racines indispensables à la vie. Avec son inspiration toute romantique, Michelet rendait cet hommage à la ville de Liège: « L’historien de la France doit au peuple qui la servit tant, de sa vie et de sa mort, de dire une fois ce que fut ce peuple, de lui restituer (s’il pouvait !) sa vie historique. Ce peuple au reste, c’était la France encore, c’était nous-mêmes. Le sang versé, ce fut notre sang… Liège et Dinant, notre brave petite France de Meuse, aventurée si loin de nous dans ces rudes Marches d’Allemagne, serrée et étouffée dans un cercle ennemi de princes d’Empire, regardait toujours vers la France. »

Bien entendu, Liège, si française, est une main tendue vers le monde germanique. La géographie, autant que l’histoire, en fait un trait d’union naturel entre l’Allemagne et la France. Pour revenir à aujourd’hui, le programme des Métamorphoses est disponible sur le site de l’organisateur. Voici comment il est présenté par le journal La Meuse :

Métamorphoses

Francophonie, où t’es, où t’es…?

L’AWF, partenaire de l’opération « Communes wallonnes pour la langue française » initiées par l’Ambassadeur Albert Salon, souscrit totalement au désappointement du secrétaire d’Etat à la francophonie André Vallini.

Nous faisons néanmoins une différence entre une chanson dont le refrain est en anglais parce qu’il faut séduire un public qui n’est pas français, et une reprise en anglais d’une chanson bien connue du groupe Kiss pour des supporters français de l’équipe de France de football (sachant que la compétition aura lieu en France).

Lu sur le site de Paris Match :

Le représentant de la France à l’Eurovision doit-il chanter en français ? L’un des éternels débats entourant le concours de chants européens a été relancé lundi par André Vallini dans un communiqué. Le secrétaire d’Etat à la francophonie ne semble pas du tout apprécier que des paroles dans la langue de Shakespeare se soient glissées dans la chanson qui sera défendue par le porte-drapeau de la France Amir « J’ai cherché ». Il ne goûte pas plus chanson des bleusle choix de « I was made for lovin’ you, my team », reprise du groupe Kiss interprétée par Skip The Use, comme choix d’hymne officiel de l’équipe de France pour l’Euro de football qui se déroulera dans quelques semaines en France. Un choix « consternant et inacceptable », a-t-il écrit sur Twitter.

« Au moment où nous défendons la place du français dans les institutions internationales et notamment européennes, au moment où nous mobilisons tous nos moyens pour son rayonnement dans le monde, au moment où nous nous efforçons de répondre à l’appétence pour le français dans nos instituts sur les cinq continents, il est incompréhensible que lors de deux grands événements populaires, la langue française baisse pavillon ! De grâce, ne marquons pas contre notre camp! », s’est insurgé le secrétaire d’Etat.

“J’ai cherché” favorite des fans de l’Eurovision

Eurovision-La-chanson-d-Amir-ne-plait-pas-a-tout-le-mondeConcernant la chanson de l’ancien candidat de « The Voice », seul le refrain est en anglais. Et ses paroles bilingues semblent séduire les fans de l’Eurovision qui, selon un sondage a été placée à la première place, largement devant la Russie et l’Australie. Reste à savoir si le public aura le même engouement pour le morceau le 14 mai à Stockholm.

La Belgique près de défaillir ?

L’état de la Belgique inquiète ses voisins. Correspondant du journal Libération à Bruxelles, Jean Quatremer n’est pas le moins alarmiste. Nous reproduisons ici son texte qui n’a pas échappé à la presse francophone.

Métro, aéroport, réseau téléphonique… De la remise en route des infrastructures à leur Jean Quatremerentretien au quotidien, les attentats ont révélé une déliquescence de l’Etat central, déchiré par plus de cinquante ans de luttes entre Flamands et Wallons.   

 La Belgique près de défaillir ? 

La Belgique s’effondre sous les yeux incrédules de sa population. Les attentats du 22 mars ont fait éclater la bulle de déni dans laquelle le pays se complaisait depuis longtemps. La déliquescence de l’Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone, est apparue au grand jour lorsque les Belges et le monde entier ont découvert, à la suite des tueries du 13 Novembre à Paris, qu’il avait laissé se développer, au cœur de sa capitale, mais aussi à Anvers ou à Vilvoorde, en Flandre, des nids de radicalisme islamiste, soit pour acheter une illusoire paix communautaire, soit par clientélisme et calcul politiques.

Le couvre-feu imposé à Bruxelles durant presque une semaine, fin novembre, par des autorités publiques totalement paniquées, a mis en évidence la déraison d’Etat belge, aucune explication rationnelle n’ayant été fournie à ce jour à ce lockdown sans précédent qui a coûté 0,1 % de son PIB au royaume. Mais ce sont surtout les attentats de Bruxelles et leurs suites qui ont achevé la relative indifférence des habitants pour la chose publique. Les Belges ont découvert coup sur coup que la planque de Salah Abdeslam (arrêté vivant à 500 mètres de son domicile familial après 4 mois de traque) était connue depuis longtemps par le chef de la police de Malines (Flandre), qui n’a pas jugé utile de transmettre l’information, et que le terroriste n’a été interrogé que deux petites heures après son arrestation, le 18 mars, chacun s’employant à faire savoir qu’il balançait ses complices, qui se sont empressés de se faire exploser quatre jours plus tard… Pis : il est apparu que le gouvernement fédéral avait délibérément ignoré des rapports de la Commission européenne pointant les graves insuffisances en matière de sécurité de l’aéroport, ce qui a conduit la très incompétente ministre des Transports, Jacqueline Galant, à démissionner.

Depuis, la gabegie non seulement n’a pas cessé, mais s’est amplifiée : aucune reprise en main, aucun sursaut d’unité nationale à l’image de la «marche blanche» qui avait suivi l’arrestation de Dutroux en 1996. La sidération semble avoir emporté ce qui restait de l’Etat, celui-ci multipliant les décisions sans queue ni tête au point de mettre en péril l’économie de la capitale et du pays. Ainsi, un mois plus tard, sans que l’on sache exactement pourquoi, l’aéroport de Bruxelles, poumon du pays, n’est que partiellement opérationnel, alors que seul le hall d’accueil a été touché, les autorités conseillant même de venir la veille de son vol pour s’enregistrer. Bruxelles-National n’est à nouveau desservi par train que depuis lundi, bien que la gare n’ait pas été touchée, sans que personne n’en fournisse la raison. De même, le métro est resté très perturbé jusqu’à lundi (fermeture de la moitié des stations, interruption du trafic à 19 heures, puis à 22 heures, accès aux stations limités à une ou deux bouches) par «mesure de sécurité», ce qui a poussé les gens à s’agglutiner pour entrer ou à s’entasser dans les tramways et les bus, qui sont pourtant autant de cibles potentielles. Dans cette ambiance délétère, les policiers de l’aéroport ont réussi à se mettre en grève une semaine après les attentats, suivis par les transporteurs routiers, qui ont pendant plusieurs jours bloqué les routes belges pour protester contre la vignette routière, et, pour faire bonne mesure, par les contrôleurs aériens… Et que dire de l’impossibilité d’utiliser un téléphone portable le jour des attentats (y compris pour les services de secours), le réseau étant tombé en rade sans que, encore une fois, on ne sache pourquoi.

Il aurait été dommage de s’arrêter en si bon chemin. Le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, du parti indépendantiste flamand N-VA, première formation du pays, a rappelé au monde entier qu’il avait des racines d’extrême droite mal digérées. Après avoir comparé ingénument les terroristes islamistes aux Juifs qui «sont parvenus à rester quatre ans dans la clandestinité et ce, malgré le fait qu’un régime effrayant les recherchait de manière continue» pour justifier l’impotence de sa police, il a affirmé sans lombre d’une preuve qu’une «partie significative de la communauté musulmane avait dansé à l’occasion des attentats», mettant à mal les tentatives de renouer les liens entre les communautés. Jamais le fossé n’est apparu aussi grand entre le nord et le sud du pays, entre les communautés confessionnelles, entre les Belges de «souche» et ceux issus de l’immigration.

L’impotence de l’Etat et de ses nombreuses subdivisions est aussi apparue au grand jour, sur un mode moins dramatique mais aussi douloureux sur le plan économique, lorsqu’une partie des tunnels et viaducs, legs du tout-voiture des années 50-80 qui a défiguré Bruxelles et menace de s’effondrer, a dû être fermée à partir de la fin du mois de janvier faute d’argent pour les entretenir. L’état de délabrement avancé d’une capitale détestée tant par la Flandre, qui lui reproche de ne pas parler le flamand, que par la Wallonie, centrée sur ses provinces, est alors apparu comme un symbole des maux belges. Une capitale qui est aussi celle de l’Union, à son grand désespoir. Et que dire des centrales nucléaires du pays qui coalisent les voisins, de plus en plus inquiets des conséquences d’un «Tchernobyl-sur-Meuse». Pour l’instant, la seule réponse de l’«Etat» belge est d’envisager de distribuer des pilules d’iode à ses citoyens…

Qui oserait nier que la Belgique a touché le fond et qu’elle est dirigée par des politiciens qui ont perdu tout sens de l’Etat, trop préoccupés qu’ils sont à accroître leurs prébendes locales ? Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et de détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité. De là à le qualifier de failed state («Etat en déliquescence»), il n’y a qu’un pas que beaucoup ont franchi, y compris en Belgique, ce qui est totalement nouveau.

Mais le personnel politique refuse d’en tirer la moindre leçon : la N-VA, principal membre de la majorité au pouvoir, qui a perdu des points dans les sondages au profit de l’extrême droite du Vlaams Belang, vient ainsi de durcir le ton. Contre toute évidence, ses responsables affirment que les attentats ont prouvé la faillite de l’Etat central et qu’il faut donc accélérer son évaporation. Les terroristes de tout poil peuvent se frotter les mains : quoi de mieux qu’une absence d’Etat pour prospérer ?

Di Rupo lance l’idée d’une «convention citoyenne»

…comme  préambule à la Constitution  belge

Colloque Prospective-Parlement Wallon-2014-11-27Le point de vue de Georges-Henry SIMONIS 

Plus d’un sont sans doute tombés de leur siège avec étonnement en découvrant dans le Soir du mardi 26 avril 2016 l’annonce par Elio DI RUPO, président du P.S. et ancien Premier Ministre, d’une proposition de « convention du consensus constitutionnel » à laquelle il travaille depuis 6 mois en compagnie des leaders de son parti.

Ce serait une institution censée représenter la population, composée d’une centaine de citoyens, dont les 2/3 seraient tirés au sort, et 1/3 d’élus, autour d’une réflexion : « C’est quoi la Belgique ? »

Imaginons : une trentaine d’élus, de tous bords,  hommes et femmes, flamands et francophones, provenant des différentes régions du pays ! Et, par tirage au sort,  30 Flamandes et Flamands, 25 Wallonnes et Wallons, 15 Bruxelloises et Bruxellois, dont l’un ou l’autre néerlandophone, ainsi qu’un ou deux germanophones !

Fameuse épure ! Poser la question, c’est y répondre : du vrai surréalisme ! 

Il parait que ce modèle aurait été essayé avec satisfaction en 2012, en Irlande,  une île au sentiment national pour le moins  différent de celui d’une nation belge qui n’existe pas, et qui est en voie de disparition !

Encore une fois, l’ancien Premier Ministre ne ménage pas sa peine pour tenter de sauver  le navire belgicain, sans voir qu’il prend l’eau de toutes parts !

Cela commence à frôler l’aveuglement, voire l’irresponsabilité, et c’est d’autant plus regrettable que la crise est bien là, de plus en plus évidente, qui frappe bon nombre de citoyens – surtout les plus précarisés – qui attendent de nouvelles solutions pour leur avenir et celui de leurs enfants.

C’est presque cruel de dresser un  réquisitoire contre tout ce qui ne va pas dans la Belgique d’aujourd’hui : la désorganisation des services de renseignements, la collusion larvée avec la grande fraude fiscale internationale au Panama ou ailleurs, la faiblesse des différents types d’enseignements, les contrôleurs aériens, la vétusté des caméras de surveillance de Zaventem, l’orientation des pistes d’aéroport, les tunnels bruxellois, les problèmes ferroviaires d’une SNCB en presque faillite, la crise de la Justice,  la gestion désastreuse des prisons, les travailleurs sur chantiers ni payés ni assurés, la ratification des médecins généralistes, le coût des soins de santé et des médicaments, le monde agricole… Oublions-même Linkebeek et la périphérie bruxelloise, et les réductions de subventions dans la culture et dans le monde social…

L’initiative de l’ancien Premier Ministre de créer un « nouveau machin national » est d’autant plus regrettable qu’on recherche comment simplifier l’organisation institutionnelle du pays : les thèmes à aborder devraient aller dans le sens d’une vaste simplification du millefeuille institutionnel, qui coûte si cher au pays, avec une productivité souvent très limitée. Ainsi de  la suppression du Sénat, des Provinces, des Ministères fédéraux non indispensables, et, le moment venu,  la mise en question de la Royauté. En outre, un nouvel organe politique risquerait d’éloigner encore plus les citoyens du monde politique qui, in fine, est là pour gouverner le plus démocratiquement possible !

Il est permis d’espérer que les partis politiques, et surtout les partis francophones,  arrêtent de se voiler la face sur la scission du pays. Le sujet ne peut plus être tabou. Des espérances fortes existent autour de l’émergence incontestable du fait régional : nos régions, et spécialement la Région wallonne renforcée des compétences nouvelles qui lui viendront de la Communauté française, est en train de relever le défi économique auquel elle est confrontée.

De nouveaux horizons apparaissent peu à peu, avec l’apparition de solidarités nouvelles : à l’évidence, le choix de la France en fait partie, et non un nouveau (con)fédéralisme déséquilibré.

La Wallonie pose un acte politique

Lu sur le site de RTL-INFO :

La Wallonie n’accorde pas les pleins pouvoirs à l’Etat belge pour signer un traité transatlantique, la Flandre furieuse

Le parlement de Wallonie a approuvé mercredi, par 44 voix pour et 22 contre, une proposition de résolution inédite demandant au gouvernement wallon de ne pas accorder les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral pour signer le traité commercial de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA).

Les députés PS, cdH, Ecolo et PTB ont approuvé cette proposition, dont le thème avait été débattu durant près d’une vingtaine de réunions ces derniers mois au parlement régional, tandis que les députés MR (ainsi que le député indépendant) s’y sont opposés, défendant un traité « équilibré ».

Tel quel, la Wallonie rejettera ce traité

Le ministre-président Paul Magnette a fait part de son enthousiasme pour cette résolution et confirmé qu’il n’accorderait donc pas les pleins pouvoirs au gouvernement fédéral. Ce vote doit donc être vu comme le lancement d’un « alerte » selon laquelle, si le CETA était présenté comme tel à la ratification du parlement wallon, ce dernier disposerait d’une majorité suffisante pour le rejeter, ont souligné les partisans de la résolution.

Précurseurs en Europe

Le parlement wallon est le premier, parmi les parlements de l’UE compétents pour donner assentiment aux traités internationaux, à lancer cet avertissement.

Le PS résume tout ce qui ne va pas dans le traité actuellement sur la table

Pour le PS, Olga Zrihen a rappelé que « les citoyens se sont emparés de ce traité, pourtant très technique, car il ne signifie pas seulement une baisse des tarifs (douaniers), mais bien une remise en cause de notre identité européenne ». « Nous ne sommes ni anti-atlantistes primaires, ni anti-échanges commerciaux, ce n’est pas non plus une opposition au Canada, car l’absence de garanties que nous dénonçons l’est aussi par la société civile canadienne ».

A ses yeux, le CETA risque de détricoter le modèle agricole de la Wallonie, notamment au vu de la taille des exploitations canadiennes, mais aussi les droits des travailleurs, les normes sanitaires, de protection des consommateurs et de l’environnement. Quant au règlement des litiges commerciaux, il mettrait en question la capacité à légiférer des États. « Nous ne fermons pas la porte aux traités commerciaux, mais ce vote peut être l’amorce d’un nouveau modèle de négociations commerciales ».

Pas conforme aux traités européens ?

Marie-Dominique Simonet (cdH) reconnaît que « tout n’est pas à jeter, mais nous lançons une alerte: le CETA ne présente pas les balises suffisantes, comme commencent à le souligner désormais l’Allemagne et la France pour un autre traité, le TTIP (UE-USA) ». Le CETA, « c’est un traité du XXe siècle, qui fait plus de ce que nous savons qui ne va pas! Panama Papers, Brexit, Cop21: il faut y mettre les éléments permettant d’atteindre les objectifs auxquels nous nous sommes engagés, or on ne les y retrouve pas », a-t-elle affirmé. Le Fédéral doit actionner sa capacité de demander à la cour de justice de l’UE si le CETA est bien conforme aux traités européens, raison pour laquelle les pleins pouvoirs lui sont refusés. A ses yeux, « notre parlement est un lanceur d’alerte ».

« Ce n’est pas un combat entre l’Europe et le Canada, mais entre les multinationales et la démocratie »

Hélène Ryckmans (Ecolo) va plus loin, voyant dans le vote de mercredi un « barrage au CETA », qui fait de la libéralisation des services la règle, sans garantie pour de nombreux services d’intérêt général non-inscrits. Quant à l’instance de règlement des litiges entre États et multinationales, les seuls gagnants sont les investisseurs et les grandes entreprises. Stéphane Hazée a qualifié le moment d’historique: « ce n’est pas un combat entre l’Europe et le Canada, mais entre les multinationales et la démocratie ».

« Tout le monde en Wallonie est contre ce traité »

Du haut de son perchoir, le président André Antoine (cdH), qui s’est fortement investi dans l’organisation des débats, a souligné à quel point ce dossier avait été « longuement instruit, à charge et à décharge ». Pour Paul Magnette, « tout le monde en Wallonie est contre ce traité, et pas par naïveté, mais au terme d’un vrai grand débat démocratique ». Il y voit un second avertissement à la Commission européenne, dont il a déjà averti la commissaire au Commerce Cecilia Malmström quant au risque de non-ratification par le parlement wallon si le traité était présenté comme tel. « Nous ne disons pas ‘non’ au CETA, mais nous doutons de la conformité aux traités européens et demandons à la Cour de justice des clarifications », a-t-il résumé. « Sommes-nous isolés ? Peut-être. Mais toute résistance a un commencement », a-t-il ajouté.

Le MR, tout seul pour la ratification de ce traité

Le son était diamétralement opposé pour la députée MR Virginie Defrang-Firket, qui a vanté les mérites de ce premier accord commercial entre l’UE et une des principales puissances économiques mondiales, facilitation des exportations et augmentation du PIB à la clé. L’agence wallonne aux exportations (AWEX) y est elle-même favorable, tandis que le ministre-président Paul Magnette déplore le fait que la Wallonie n’exporte pas assez, a-t-elle relevé. Elle a défendu un traité « équilibré », qui ne remet pas en question les standards de production européens et préserve les lignes rouges en faveur des services publics tels que l’eau, l’éducation, etc.

Geert Bourgeois furieux

Le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA), a exprimé son exaspération après ce vote de défiance qui compromet la ratification belge du traité. « Cela va non seulement nous faire complètement perdre la face au niveau diplomatique, mais c’est aussi une menace directe envers notre économie et notre bien-être », a commenté le ministre-président flamand depuis Bangalore, en Inde, où il mène actuellement une mission économique flamande.

Ça se discute

François BayrouCe 25 avril, il m’a été donné d’assister à la conférence de François BAYROU, organisée par l’Alliance française de Liège. Le thème en était: « Les valeurs de la République ».

En France, François BAYROU, éminente personnalité centriste et chrétienne pratiquante, eut la responsabilité du Ministère de l’Education nationale à trois reprises. La répétition de sa désignation à ces hautes responsabilités signifie en soi la valeur de l’homme dont je respecte les convictions à la fois politiques et religieuses. Ancien enseignant à l’école publique, il a toujours affirmé sa laïcité version française.*

Sa vision, son expérience, sa formation d’agrégé en lettres classiques en font non seulement un orateur brillant, mais de plus une référence qui compte dans la pensée actuelle. Avec toutefois un bémol…

Bien entendu que chacun peut se ranger derrière sa conception de la laïcité, quand il évoque l’égalité entre les différentes religions et l’affirmation  d’un refus du religieux ! Bien entendu que chacun partage son refus de permettre à quelque religion que ce soit, de se mettre au-dessus de la Loi ou d’en faire carrément LA loi !

Mais commentant les valeurs liberté, égalité, fraternité dans un raccourci étonnant, il parodie Saint Paul (Epître aux Corinthiens) en assimilant foi à liberté, espérance à égalité et charité à fraternité…

N’y a-t-il pas dès lors un début de déni de ces valeurs républicaines à partir du moment où leur signification première se confond – c’est le cas de le dire- avec des valeurs religieuses qui ne recouvrent évidemment pas celles des soixante-sept millions de citoyens français constitués en République (et celles des autres, dont moi, qui la souhaiterait également, cette République laïque) ?

Débat ouvert !

Paul Mélot

* Père de six enfants dont l’un est assistant à l’Université de Liège, il est crédité de 13 % des intentions de votes à l’élection présidentielle prochaine, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon et… François Hollande.

Les réunionistes wallons sous la loupe de Catherine Lanneau

Souriez, vous êtes filmés. Vos actions, si timides soient-elles, sont inscrites dans le temps long de l’histoire. Il y a des historiens qui ne perdent rien de ce qui se passe entre la Wallonie et la France. On peut discuter de la pertinence de faire entrer la Wallonie dans la République mais il est évident que, même quand ils s’en défendent, les Wallons sont naturellement tournés vers la France. Il est donc… naturel que la Wallonie s’interroge sur sa relation avec la France, dans une perspective historique, évolutive, dynamique.

Catherine Lanneau, chargée de cours à l’Université de Liège, est une spécialiste des relations entre la Wallonie et la France. A ce titre, elle a bien voulu nous offrir une conférence sur les sujets qui sont les nôtres. Intitulée « La réunion à la France : histoire et actualité », cette conférence aura lieu le 3 mai à l’Université de Liège (voir l’affiche ci-contre).

Pour ceux qui ne se sont pas encore intéressés au travail du professeur Catherine Lanneau, voici une courte présentation de son parcours (qu’on peut découvrir sur un site de l’ULg) :

Catherine LanneauL’histoire de France, chez Catherine Lanneau, est une passion. « Je m’y intéresse depuis que j’ai 11, 12 ans. J’étais une fan d’Anne Sinclair et je regardais toutes les émissions politiques à la télévision française. J’ai d’abord voulu être journaliste politique. » Un premier contact avec le monde de l’information lui fait comprendre qu’elle préfère l’analyse à la présentation rapide des faits. Reste une dernière hésitation lors du choix des études supérieures: science po ou histoire? « Je me suis dit que l’histoire était peut-être plus généraliste, qu’elle allait m’apporter plus d’ouverture. » Ce sera donc l’histoire et plus précisément l’histoire contemporaine, cursus accompli à l’Université de Liège. Bien entendu, le sujet du mémoire de fin d’étude est vite cerné: ce sera la France! Plus précisément l’image de la France en Belgique francophone à l’époque du Front populaire. Sa thèse de doctorat, défendue en 2006, s’inscrit dans la même mouvance puisqu’elle est consacrée à l’image de la France et de sa puissance en Belgique francophone de 1944 à 1951.

Son doctorat en poche, Catherine Lanneau fut chargée de recherches du FRS-FNRS en Histoire de l’Europe à l’Université de Liège, de 2007 à 2009. En 2009, elle devient chargée de cours en Histoire de Belgique et de ses relations internationales (XIXe et XXe siècles) à l’Université de Liège. Ses recherches sont consacrées à l’histoire de Belgique, de Wallonie et des relations franco-belges au XXe siècle et, en particulier, à l’action dans les médias de groupes de pression ou de réflexion. Auteure de plusieurs ouvrages et articles, elle a co-dirigé en 2013 deux volumes : Jules Destrée, « La Lettre au roi » et au-delà (Musée de la Vie wallonne – Institut Destrée) et L’Afrique belge aux XIXe et XXe siècles. Nouvelles recherches et perspectives en histoire coloniale (PIE-Peter Lang).

Cher Monsieur Bayrou…

Voici le courriel adressé à François Bayrou par notre ami Louis Nisse.

Nous reprenons deux extraits de son ouvrage intitulé Ma blessure française. Ces textes ont été joints à son courriel.

Liège, le 21 avril 2016.

                       Cher Monsieur BAYROU,

Grâce à votre fils Calixte, vous connaissez la valeur de notre Faculté vétérinaire. Mais savez-vous que la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux (Université de Liège) forme des bioingénieurs à la pointe du développement durable et de l’éco-innovation. En effet, son laboratoire de phytopathologie vient de découvrir l’action bactéricide de la lactopéroxydase sur la bactérie Xylella Fastidiosa qui, partie des Pouilles en 2013, a ravagé les oliviers italiens et atteint la Provence en 2015. Ainsi, nos ingénieurs ont-ils éradiqué ce fléau aussi ravageur que le phylloxéra de la vigne au XIXe siècle.

Les médias belgicains ont célébré la championne du monde belge de tennis, en oubliant de mentionner qu’elle est liégeoise, ou le cinéma belge honoré deux fois à Cannes de la Palme d’Or, sans relever que les frères Dardenne sont des Liégeois profondément inspirés par le terroir wallon ; par contre, ces mêmes médias ne se privent pas de pointer le chômage wallon ou les grèves wallonnes. La Wallonie vit dans un véritable déficit symbolique. Les Wallons ont rarement qualifié de wallons les fleurons de leur patrimoine, préférant les attribuer à la Belgique, à la réussite de laquelle ils étaient flattés de s’identifier et à laquelle ils avaient le plus contribué.

Comme votre démarche vers nous témoigne de votre désir de mieux nous connaître, permettez-moi, cher Monsieur BAYROU, avec l’accord de mes amis de l’Alliance Wallonie France – mouvement pour la réunion à la France, où je milite –, de vous proposer la lecture de quelques pages de Ma Blessure française, un essai qui devrait être bientôt édité par une grande maison parisienne, du moins je l’espère : le verdict de Flammarion va bientôt tomber. J’y fais découvrir ma petite patrie à la France que j’imagine ignorer ce que nous sommes et j’y évoque, notamment, ma mère, qui était votre payse, une Paloise dont le père, grossiste en pommes de terre, a copiné avec votre grand-père.

Dans mon chapitre « Liège, née du chant », je rends hommage à quelques grands noms de réunionistes et à quelques militants wallons : de Charles ROGIER à Jean DEFRAIGNE en passant par Jules DESTRÉE, Jean GOL et François PERIN. J’évoque l’histoire de Liège, l’éphémère République liégeoise de 1789 (la révolution liégeoise fut la seule que celle de France put susciter à son image), le vote de réunion à la France de nos Trois États. (Voir un extrait dans la NOTE 1, ci-jointe.) J’évoque aussi le Congrès Wallon de 1945, son vote sentimental (pour la réunion à la France) suivi de son vote de raison (pour le fédéralisme).         

Dans mon chapitre « Aux armes, citoyens ! La Patrie est en danger », je rappelle les paroles de DE GAULLE sur la Wallonie, rapportées par Alain PEYREFITTE. Beaucoup de Français n’attendent-ils pas de leur président qu’il s’élève au-dessus du cloaque convenu et qu’il renoue, enfin ! avec une politique étrangère digne de la France ?

Enfin, peut-être goûterez-vous cette citation de la reine MARGOT, première épouse d’HENRI IV (« Nousse Henri » comme l’appelait ma maman), qui compare Liège à Lyon : « La ville [de Liège] est plus grande que Lyon, et est presque en mesme assiette, la riviere de Meuse passant au milieu ;  tres-bien bastie n’y ayant maison de chanoine qui ne paroisse un beau palais ; les rues grandes et larges ; les places belles, accompagnées de tres-belles fontaines ; les eglises ornées de tant de marbre (qui se tire prez de là), qu’elles en paroissent toutes [lourdes ?] ; les horologes faits avec l’industrie d’Allemagne, chantants et representants toutes sortes de musique et de personnages. » (Mémoires de Marguerite de Valois, Mercure de France, 1971.) La Reine MARGOT séjourna à Liège l’été 1577. Première épouse du Béarnais calviniste qui régnait sur la petite Genève de Pau, elle fut reine de Navarre et reine de France. Comme MARGOT, ma modeste mère a bien connu les deux villes, Pau et Liège.

J’espère, cher Monsieur BAYROU, vous avoir été agréable. Nous espérons, mes amis de l’Alliance Wallonie France et moi-même – nous les réunionistes de la première heure (bientôt, ils seront pléthore…) –, que vous nous accorderez un entretien à Liège. Nous vous remettrons des documents expliquant le projet « intégration-autonomie » soutenu par l’AWF et, notamment, par votre compatriote M. Jacques LENAIN. Et je me permettrai de vous offrir le manuscrit de Ma Blessure française.

Dans notre lettre à M. William ANCION, ci-jointe, nous demandons au président de l’Alliance française de Liège et fervent francophile de nous faciliter votre approche.

Vive le beth ceü de Paü, vive Liège, vive la Wallonie, vive la Wallonie française, vive la France!

Lors de votre visite dans notre Cité ardente, dans notre petite France sur Meuse, comme l’appelait MICHELET, soyez assuré, cher Monsieur BAYROU que nous serons de tout cœur avec vous.

Louis NISSE, administrateur à l’AWF.

NOTE 1

« 1794 – 1814. Ces vingt années d’histoire commune avec la France ont profondément marqué, sur le territoire de la future Wallonie, aussi bien la population que les institutions ou l’économie. Loin d’être une simple parenthèse entre deux mondes (les principautés aristocratiques ou ecclésiastiques d’Ancien Régime, et le Royaume des Pays-Bas annonciateur de la future Belgique puis du Benelux), la période française fut une époque riche en ruptures et mutations majeures, heureuses ou non, là n’est pas la question, dans une quantité de domaines et elle a laissé bien d’autres traces physiques sur notre territoire que la butte dite de Waterloo commémorant un épisode survenu, lui, plusieurs mois après la fin de notre appartenance provisoire à la France. […] J’invite le lecteur à se plonger dans les traces physiques de cette Wallonie française dont certains furent longtemps nostalgiques et avec laquelle d’autres, héritiers de François Perin comme du Congrès wallon de 1945, renoueraient volontiers aujourd’hui. » (Extrait de la préface de Freddy Joris, Administrateur général de l’Institut du Patrimoine wallon, à Sur les traces de la Wallonie française de Frédéric    Marchesani.)

Le 18 février 1793, cette proclamation de Dumouriez, général en chef de l’armée de la Belgique, vainqueur des Autrichiens à Jemappes le 6 novembre 1792, remplissait toute la première page de La Gazette nationale liégeoise :

« Le Général Dumouriez, au Peuple Liégeois.

Braves Liégeois, peuple digne de la liberté, peuple frère des françois, & bientôt françois vous-mêmes; l’ennemi s’amasse sur vos frontières. Vous n’avez aucune fortification pour défendre vos foyers, mais, vous avez des cœurs indomptables & des bras armés de fer. Que votre jeunesse nombreuse se forme en bataillons sous les drapeaux de la liberté. Joignez-vous à nous, faisons tomber les remparts de Mastricht, & marchons ensuite jusqu’au Rhin. Ce fleuve doit servir de barrière à votre liberté. Tous les peuples entre ce fleuve & la Meuse doivent vous être joints, soit à titre d’alliance, soit à titre de conquête. Je compte sur douze ou quinze mille liégeois. Vous me les avez promis. Je vous ai donné le glorieux surnom de Grenadier de la révolution Belgique; j’ai une entière confiance en vous, & les françois, avec votre secours chasseront les bandes prussiennes & autrichiennes loin de vos foyers. Vous combattez pour vos propriétés, pour vos parens, pour vos femmes, pour vos enfans; votre cause est la nôtre. Je compte sur votre courage ; comptez sur notre persévérance. Liégeois, la devise des  françois & la vôtre, c’est la liberté ou la mort. »

Peu après notre vote pour le rattachement de notre République liégeoise – la première de l’Europe contemporaine – à la République française, le révolutionnaire liégeois Nicolas Bassenge écrivait à Publicola Chaussard, chef des bureaux du Comité de Salut public, l’an 2 de la République : « NOUS SOMMES FRANÇAIS ! Le ci-devant pays de Liège […] n’est plus qu’un département français, envahi par les barbares, tel que ces malheureuses contrées en proie aux brigands rebelles. Le premier, le plus saint devoir de la république est d’arracher aux ennemis ces hommes pour les rendre à leurs frères, à la liberté, à la vie. »

Après nous avoir battus à Neerwinden, en mars 1793, les Autrichiens rétablirent notre prince-évêque honni dans ses fonctions. Mais, moins de deux ans plus tard, grâce à la victoire de Fleurus, nous les Liégeois, Français d’adoption, allions de nouveau accueillir en libératrice ton armée, celle de Sambre-et-Meuse. Nous dûmes bientôt déchanter, car, bien que nous ayons librement choisi d’être Français, la République se conduisait chez nous comme en terre étrangère : réquisitions brutales, contributions de guerre écrasantes, pillage de nos trésors artistiques. (Lors de ta Joyeuse Entrée, France, tu feras bien de nous en restituer quelques-uns ! Pourquoi pas La conversion de saint Paul de Bertholet Flémal, actuellement au musée des Augustins de Toulouse, la dalle funéraire de Jean de Coronmeuse, au musée du Louvre, quelques précieux manuscrits de l’abbaye de Saint-Laurent ?) Ainsi, étions-nous traités comme un pays conquis. Lazare Carnot ne faisait aucun cas de notre adhésion volontaire à la République, les directives du Comité de salut public quant à la politique d’annexion étaient sans équivoque : « Il faut traiter ces contrées en pays conquis […]. Alors,      épuisées de leur suc, elles se jetteront sincèrement dans nos bras. » Bientôt, notre économie déstabilisée par les assignats, l’approvisionnement ne fonctionna plus et le chômage devint général. L’hiver 1794-1795, les pauvres et les ouvriers – désormais privés de l’aumône – payèrent un aussi lourd tribut à la mort que durant la grande famine de 1740. Avec le retour d’une paix et d’une stabilité relatives, notre situation s’améliora.

Mais nous n’étions plus une capitale. « Dans tout l’Empire français, il y a un abîme entre la torpeur des villes de province et l’éclat de la vie culturelle concentrée à Paris. À Liège, de surcroît, l’écart se creuse entre, d’une part, la bonne société, c’est-à-dire la nouvelle classe dominante des fonctionnaires, des magistrats, des officiers qui s’expriment en français et, d’autre part, les gens du peuple qui continuent à parler wallon. » (Étienne Hélin, in Histoire de Liège.) Cette période française nous a marqué profondément. « Pour la première fois ont été amalgamées dans un même ensemble territorial des principautés de langue romane [celles de Liège et de Stavelot-Malmedy] qui, jusque-là, avaient connu des destins différents en raison des fragmentations de l’espace politique. […] Ces vingt années ont laissé un héritage politique, juridique, institutionnel et culturel sans lequel il n’est pas possible de comprendre l’histoire contemporaine du pays et de ses entités constitutives. » (Hervé Hasquin, La Belgique française 1792-1815, Crédit Communal, 1993.)

À partir du Consulat (1799), le bassin houiller et sidérurgique liégeois, pionnier de la révolution industrielle, devint une des régions les plus prospères du monde, l’industrie liégeoise profitant largement de la suppression des barrières douanières de l’Ancien Régime et, grâce au blocus continental, de l’absence de concurrence des produits manufacturés anglais.

Terrible ombre au tableau : l’odieux impôt du sang. Les levées massives, les campagnes meurtrières – surtout à partir de l’invasion de l’Espagne, en 1808 – provoquent des jacqueries en Campine et dans le département des Forêts. D’autant que, dans ces régions rurales, l’anticléricalisme de la République faisait horreur. Liège et la Hesbaye, Verviers et le plateau de Herve furent moins réfractaires. Le peuple y était anticlérical et la proportion d’exemptés était plus élevée chez nous que dans les départements moins industrialisés : peu d’armuriers et de forgerons étaient mobilisés dans les unités combattantes. Bien qu’on estime tout de même à 6% la population liégeoise qui périt sur les champs de bataille, chez nous, comme dans la majeure partie du pays wallon, la légende napoléonienne est demeurée vivace.                                                                                       

Extrait de Ma Blessure française de Louis Nisse, à paraître. 

NOTE 2

De Gaulle n’est jamais venu à Liège. Et pour cause. Dès 1958, le gouvernement belge avait tenu en suspens la visite officielle de ce héros dont un mot à la Libération aurait pu faire éclater la Belgique. « Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. La France n’avait pas à payer une dette comme au Canada. Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation. Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie. » Ensuite, après juillet 1967, échaudé par le scandale du « Vive le Québec libre ! » de l’hôtel de ville de Montréal, pas  question pour nos dirigeants de s’exposer à la gifle d’un  « Vive la Wallonie libre ! » Que le risque était quasi nul, le gouvernement belge ne pouvait le savoir avant la publication par Alain Peyrefitte de ses conversations avec le général. « La Belgique, ça n’a rien de commun [avec le Canada] ! Les Français du Québec sont trop isolés, trop menacés par la masse anglo-saxonne pour pouvoir continuer à vivre en Français s’ils n’obtiennent pas d’être souverains. Les Wallons sont à nos frontières, ils peuvent aisément maintenir leur langue et leur culture sans risque d’être étouffés. » (De Gaulle, cité par Alain Peyrefitte dans C’était de Gaulle, tome III.) Et nos dirigeants ne pouvaient pas non plus connaître les propos tenus par de Gaulle au doyen de l’Université de Louvain, grand résistant wallon, le professeur Robert Liénard, lors d’une audience : « La politique traditionnelle de la France a toujours tendu à rassembler dans son sein les Français de l’extérieur. La Wallonie a été exclue de ce rassemblement par un accident de l’histoire. Elle a pourtant vécu en symbiose avec nous, et ce depuis Alésia jusqu’au 18 juin 40 en se rangeant rapidement dans notre camp. […] C’est un drame pour le peuple wallon, dont le passé est si remarquable, de dépendre aujourd’hui d’un autre peuple qui ne fera rien d’autre que de l’étouffer en attendant de l’absorber un jour. […] Dans les vingt ans qui viennent, le déséquilibre entre les représentants flamands et wallons sera plus grave encore qu’aujourd’hui. La situation économique va décliner rapidement à la première secousse de la sidérurgie. Les charbonnages, c’est déjà fini. Seule une intervention énergique de l’État peut encore redresser la situation. Mais l’État belge n’en aura ni l’intention, ni la volonté. C’est votre drame d’appartenir à un État qui assistera impassible à votre déclin. C’est une manière de faire place à d’autres. C’est une tradition historique germanique d’occuper les terrains en friche. […] Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple. » Et de prononcer cette phrase que tous les réunionistes connaissent par cœur : « Bien entendu, si un jour une autorité politique représentative de la  Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. » Mais d’ajouter : « Avant, c’est impossible. […] Toute intervention de la France, si modeste soit-elle, serait soulignée, amplifiée surtout, par les notables francophones de votre pays qui ne manqueraient pas d’invoquer l’impérialisme français, notre volonté hégémonique et tout le reste ! Nous soulèverions des tempêtes à l’intérieur du Marché commun auprès duquel les autorités belges se donneraient une image d’agressés ou même de martyrs. Déjà maintenant ils ne s’en privent pas ! La France ne peut donc courir ce risque. Nos relations avec nos voisins sont bonnes. Nous ne pouvons les compromettre. » Ces propos tenus en 1965 à Robert Liénard lors d’une audience furent authentifiés par  Peyrefitte. Voir Claude Groulard, De Gaulle : “Vous avez dit Belgique?” et Le Choix de la France de Paul-Henry Gendebien, président du Rassemblement Wallonie-France, réunioniste de la première heure ; une excellente plume. Sur cette question, voir aussi De Gaulle et la Belgique (éditions Avant-Propos, 2011), collectif sous la direction de Catherine Lanneau  – chargée de cours à l’ULg, spécialiste des relations franco-belges au XXe siècle – et de Francis Depagie – président du Cercle d’Études Charles de Gaulle de Belgique.

Extrait de Ma Blessure française de Louis Nisse, à paraître.

Cher Monsieur Ancion…

La venue à Liège de François Bayrou ne pouvait pas le laisser indifférent : parce que la moitié de ses racines le rattache à la ville de Pau, notre ami Louis Nisse a pris sa plus belle plume pour solliciter la faveur d’échanger quelques mots avec celui qui en est le maire autant qu’une figure de la politique française en général. Deux courriels ont été envoyés, l’un à William Ancion, dont François Bayrou est l’invité, l’autre au président du MoDem qui donnera lundi une conférence sur les valeurs de la République.

L’AWF a bien voulu se joindre à son initiative.

Liège, le 21 avril, 2016. 

À Monsieur William ANCION, président de L’ALLIANCE FRANÇAISE de Liège    

                Cher Monsieur ANCION,

                Lundi prochain, l’Alliance française de Liège reçoit M. François BAYROU, qui désire se positionner comme futur président de la République française en rappelant les valeurs que devrait incarner la République.

                À l’Alliance Wallonie-France – mouvement réunioniste pluraliste que vous devez connaître – nous nous réjouissons de cette excellente initiative qui témoigne du dynamisme de l’association que vous présidez.                      

                Nous serions honorés que François BAYROU accepte, grâce à votre truchement, de recevoir une petite délégation de notre mouvement réunioniste. Cette brève rencontre pourrait se faire à la Violette ou lors de la conférence de presse. Nous nous contenterions de demander à M. François BAYROU s’il a connaissance du projet « intégration-autonomie » soutenu par l’AWF et, notamment, par son compatriote M. Jacques LENAIN. Et nous lui offririons quelques documents qui l’éclaireraient sur la question.

                Ci-joint, le courriel que nous adressons à M. François BAYROU.

                Nous espérons que vous répondrez à notre attente et nous vous prions d’agréer, cher Monsieur ANCION, l’assurance de notre considération distinguée et de nos meilleurs sentiments francophiles.

Pour L’ALLIANCE WALLONIE FRANCE

Paul DURIEUX, président.

Alain BALSAT, Louis CARTILIER, Paul MÉLOT, Louis NISSE, Michel PIERET, Georges-Henry SIMONIS, administrateurs.