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Pourquoi l’AWF veut rester un mouvement citoyen

Dans la rubrique « En campagne »,  sous le titre « RWF, AWF, WIF, GEWIF ! », le quotidien « Le Soir » écrit ce qui suit :

Ancien collaborateur de Jean Gol et Louis Michel, proche de François Perin, Jules Gheude œuvre sans relâche à son idéal : le rattachement de la Wallonie à la France. Pour lui, la sixième réforme de l’Etat est un leurre, le pays court à sa fin. Il est temps d’organiser son camp. Jules Gheude propose de « fusionner » le RWF (Rassemblement Wallonie-France) de Paul-Henry Gendebien et l’AWF (Association (sic !) Wallonie-France) de Paul Durieux pour constituer le WIF (Wallonie intégrée à la France), dont le GEWIF (Groupe d’études pour la Wallonie intégrée à la France) que lui-même coordonne, serait le centre d’études. Ouf ! On le pressent : une simplification qui ne sera pas simple à mettre en œuvre. (D.Ci)

Je me dois d’éclaircir quelque peu ce communiqué.

Jules Gheude dont j’apprécie les analyses, les livres, les cartes blanches et l’idéal qui l’anime, est coutumier d’initiatives prises en solo.

Ainsi, il avait invité les jeunes sur les réseaux sociaux à se réunir à la Citadelle de Namur le 1er mai 2012 afin de se mobiliser pour l’avenir de la Wallonie. Récemment, il lançait sur Facebook un copier-coller du communiqué repris ci-dessus par « Le Soir ».

Rappelons quelques éléments basiques.

Le RWF est le parti politique créé en 1999 par Paul-Henry Gendebien que préside depuis le dernier congrès du parti Laurent Brogniet. Il répond, comme chaque parti, à une ligne politique stricte qu’il convient de respecter.

Le GEWIF que dirige Jules Gheude est né après les Etats-Généraux de Wallonie de 2009. Il a réalisé des cahiers très intéressants qui ont étudié la faisabilité d’une intégration de la Wallonie à la France dans divers domaines. Je serais très heureux de voir notre ami Jules réunir à nouveau le GEWIF avec des personnes désireuses d’actualiser les cahiers existants ou de créer de nouveaux cahiers.

Quant à l’AWF (Alliance et non association comme l’écrit « Le Soir »), il s’agit d’un mouvement citoyen et non d’un parti politique né en mai 2011 dans la foulée du colloque organisé par le Cercle Condorcet à l’ ULG sur le thème de « L’après-Belgique ».

L’AWF n’est donc pas en campagne électorale comme le laisse supposer « Le Soir » en nous rangeant dans sa rubrique En campagne, mais ne boudons pas notre plaisir de voir apparaître notre nom.

L’AWF regroupe des partisans de l’intégration de la Wallonie à la France qui appartiennent à des partis politiques (PS, MR, Ecolo, CDh, FDF, RWF, MG, Vega…), mais aussi et surtout des citoyens non encartés. Notre mouvement s’appuie sur un groupe de parrainage dont les membres nous permettent d’affiner notre réflexion sur la forme que prendra l’intégration et sur la stratégie à suivre pour y parvenir. A ce jour, nous pensons que le concept d’intégration-autonomie est celui qui permettra au plus grand nombre de responsables politiques, sociaux et associatifs, mais aussi de citoyens, d’adhérer au projet de communauté de destin entre la Wallonie et la France. L’autonomie dont jouira la Wallonie sera à négocier entre les représentants de la République et ceux de la Wallonie comme le prévoit la Constitution française dans ses articles qui organisent le statut de ses Collectivités territoriales. Ces articles apportent beaucoup de souplesse et offrent une véritable « boîte à outils » qu’il appartiendra d’utiliser au mieux pour que sortent renforcées la Wallonie et la France.

L’AWF a été créée parce que nous sommes persuadés que la Wallonie sera en danger dans le cadre confédéraliste belge qui, à terme, mettre fin à la solidarité inter-régionale.   Un mouvement citoyen comme le nôtre nous permet de garder une liberté de ton absolue. Nous informons par des conférences-débats que nous organisons ou nous répondons à l’invitation d’organisations qui désirent mieux connaître la véritable situation de la Wallonie aujourd’hui ainsi que le projet d’intégration à la France.

J’apprécie peu que l’on parle de l’AWF de Paul Durieux. Je ne cultive pas l’ego de penser que l’Alliance soit ma chose. Certes, j’ai été élu président de l’AWF, sans doute parce que j’y consacre beaucoup de temps et parce que mettre en contact des personnes qui partagent un idéal semblable me passionne. J’aime l’humain et la confrontation des idées.

Mais l’alliance appartient à tous les membres qui la composent, à tous les membres qui travaillent en équipe au sein de notre Bureau Exécutif (voir la composition de celui-ci en cliquant sur l’onglet « contacts » puis « Vie du mouvement ») ou de son Conseil Général. Elle appartient à l’ensemble des personnes qui compose son groupe de parrainage. L’AWF appartient aussi aux centaines de milliers de Wallonnes et de Wallons qui de sondage en sondage, depuis le fameux sondage « Le Soir »-« La Voix du Nord » de 2008, démontrent qu’une solution française rencontre leur adhésion.

Si les élections de 2014 nous apportent les résultats que nous prédisent les sondages, les choses pourraient s’accélérer beaucoup plus vite que nous ne l’imaginons. Il est pour le moins surprenant de voir aujourd’hui MR et CD&V s’allier pour faire barrage au PS et à la N-VA avec comme objectif avoué de concrétiser dans les cinq années à venir la sixième réforme de l’Etat. Le communautaire est toujours bien présent et toujours aussi puissant puisqu’il arrive à déstructurer les vieilles familles politiques belges que sont le CD&V-CDh et le MR-Open VLD. Vous dire que nous nous en plaignons serait vraiment trahir la vérité.

Paul D.

Les contorsions du CD&V

Michel, BekeLes grandes manœuvres ont commencé. Les familles politiques ont vécu, semble-t-il. Le rapprochement de circonstance entre le CD&V et le MR, sans égard pour leur parti « frère », illustre à sa façon l’évolution du « modèle » belge. Il est loin, le temps où les partis politiques étaient « nationaux ». Pour exister, se rendre incontournable, il faut adapter la stratégie aux réalités nouvelles. Alors que le PS et la N-VA jouent de leur contraste pour se mettre en lumière, le CD&V et le MR s’entendent pour se profiler ensemble comme une alternative aux deux partis qui dominent le jeu politique en Flandre et en Belgique francophone.

Le CD&V montre ainsi qu’il n’est pas moins opposé au PS que la N-VA, mais qu’il ne veut pas d’un nouveau blocage institutionnel, tandis que le MR, lassé de voir le Premier ministre acclamé comme un sauveur national, suggère que les chances de survie de la Belgique augmenteraient si le PS n’était plus au pouvoir. Parallèlement, la manœuvre de Charles Michel et de Wouter Beke tend à marginaliser l’importance de l’Open VLD et du CDh, présentés comme des alliés naturels, presque « satellisés » au profit d’un parti rival dans leur communauté respective.

Ce coup de poignard fait réagir le CDh, lequel déclare que le MR « se sert du CD&V pour monter dans le sac à dos de Bart De Wever ». Même si ce n’est pas voulu, voilà qui confirme au moins les affinités supposées entre le CD&V et la N-VA. Bien sûr, les discours sont des attrape-mouches et le positionnement réel des partis dépendra du résultat des élections, mais les contorsions du CD&V, qui font dire à Bart De Wever que « les partis traditionnels s’accrochent au pouvoir », méritent une attention particulière. Alors que Wouter Beke s’engage avec Charles Michel à ne pas rallumer le feu communautaire, voici ce que le politologue Carl Devos écrit cette semaine dans Le Vif/L’Express :

« En Flandre, les anciens partenaires du cartel CD&V/N-VA pourraient bien former rapidement un gouvernement. Lorsqu’on additionne les déclarations, ces dernières semaines, des deux chefs de file, Kris Peeters et Bart De Wever, on arrive à la « preuve circonstancielle » d’un pré-accord de fait. Peeters veut former rapidement un exécutif flamand, avec le moins de partenaires possible : or un gouvernement à deux n’est possible qu’avec la N-VA. Seul le CD&V envisage la possibilité d’une nouvelle réforme de l’Etat et exclut de gouverner sans majorité flamande. La N-VA aimerait poursuivre avec Peeters et affirme ne pas diriger ses flèches sur son ancien partenaire de cartel. »

Il reste quatre mois pour les élections. Suite au prochain épisode.

G.R.

Démanteler la Belgique, ce ne serait pas l’apocalypse !

Jules Gheude, essayiste politique. Article publié le 9 janvier sur le site du journal L’Echo.

jules gheude 5A présent que la trêve des confiseurs est terminée, nous voici plongés dans la campagne pour les élections du 25 mai 2014.

Je voudrais, à ce stade, émettre quelques réflexions qui m’apparaissent essentielles.

Alors que, de sondage en sondage, la N-VA  confirme sa position de leader en Flandre, on a pu lire cette récente déclaration de Stefaan Declerck (CD&V) selon laquelle la relation entre le nationalisme flamand et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Je revois la Une du « Soir » du 16 mars 1982 : Le CVP dit « stop » à la solidarité nationale pour Cockerill-Sambre. Après le Walen buiten de 1968, c’était donc le Geen centen meer voor het Waalse staal.

Depuis lors, la Flandre a su utiliser judicieusement ses outils d’auto-administration. Aujourd’hui, pour la quatrième année consécutive, elle affiche un budget en équilibre. Son taux de chômage est de 8%, ses exportations cartonnent et son enseignement fait bonne figure dans les classements internationaux.

En revanche, la Wallonie est toujours à la traîne et figure parmi les régions les plus pauvres d’Europe. Sans véritable plan d’avenir, elle est confrontée à une gestion chaotique, avec un taux de chômage de 16%, une situation budgétaire précaire, des exportations en baisse et un enseignement peu valorisant. Le dernier rapport de la Cour des Comptes a chiffré la dette de la Région à 11,2 milliards d’euros.

Si le nationalisme flamand peut s’expliquer par des considérations historiques, il est clair qu’il se trouve aujourd’hui conforté par cette dissymétrie économique entre la Wallonie et la Flandre, celle-ci estimant être freinée par un cadre belge qui ne lui permet pas de réaliser pleinement la politique qu’elle entend mener.

Le phénomène n’est d’ailleurs pas unique, comme on le constate avec l’Ecosse ou la Catalogne, régions elles aussi prospères et qui entendent se détacher de leurs cadres étatiques respectifs.

Si d’aucuns émettent des critiques à l’égard d’une telle évolution, il me semble vain de vouloir l’arrêter.

Le mal belge est, comme l’a bien dit François Perin lors de sa démission du Sénat, en 1980, irréversible et aucune réforme institutionnelle ne pourra en venir à bout.

J’entends dire, ça et là, qu’une Flandre, une Ecosse et une Catalogne indépendantes s’excluraient automatiquement du jeu de l’Union européenne.

C’est exact. En droit international, un nouvel Etat est comme un nouveau-né, vierge de tout traité international. C’est la règle de la table rase (intransmissibilité des traités internationaux liant l’ancien Etat aux Etats successeurs).

Une Flandre qui proclamerait unilatéralement  son indépendance via un vote majoritaire exprimé légitimement au sein du Parlement flamand, se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la « Belgique résiduelle «  hors du jeu international de jure ! Ce fut d’ailleurs le cas pour la Yougoslavie, lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave. La « Yougoslavie continuée », composée de la Serbie et du Monténégro, a dû demander sa réadhésion à l’ONU.

Mais qui peut imaginer un instant qu’une Flandre, une Ecosse ou une Catalogne indépendantes ne seraient pas rapidement reconnues sur la scène internationale? Un ambassadeur français m’a un jour confié que la France serait le premier pays à reconnaître un Etat flamand souverain. Souvenons-nous aussi de la manière dont David Cameron a déployé le tapis rouge pour recevoir Bart De Wever. Cameron, dont le gouvernement a d’ailleurs marqué son accord pour la tenue du référendum écossais en 2014.

Beaucoup plus sensible serait la question du partage la dette belge, dont le montant dépasse aujourd’hui légèrement celui du PIB. L’article 40 de la Convention ONU de 1983 précise que la répartition de la dette publique internationale doit être équitable, compte tenu des actifs qui passent à l’Etat successeur. Mais cette Convention n’a pas été signée par la Belgique !

Pour ce qui est de la dette des Etats envers les particuliers, le droit international en laisse le soin aux règles de droit interne. Les créanciers de l’Etat belge devraient donc, dans le meilleur des cas, se contenter des anciens actifs belges. Sombre perspective, quand on sait que la Belgique n’a cessé de vendre ses bijoux de famille…

Il convient de rappeler ici l’analyse du Pr. Robert Deschamps des Facultés universitaires de Namur, selon laquelle, en cas de scission, l’entité Wallonie-Bruxelles hériterait de 45% de la dette belge (376,4 milliards d’euros) selon le critère de poids démographique. Quant au Pr. Jules Gazon de l’Université de Liège, il a calculé, sur base de chiffres irréfutables, qu’une Wallonie indépendante en 2010 aurait été confrontée à un solde net à financer de 15,34 milliards d’euros, soit 37% des dépenses publiques wallonnes. Une situation proprement non viable !

Les travaux du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), que je coordonne depuis 2010, ont abordé tous les aspects du scénario post-belge. Il suffit de les consulter pour se rendre compte que des alternatives positives existent pour la Wallonie et Bruxelles. Le démantèlement de la Belgique n’aurait finalement rien d’apocalyptique, à condition de faire, le moment venu, le bon choix.

Les vœux de form’action André Renard

Nous relayons bien volontiers les vœux que nous envoie Bernard Bolly, Directeur de la FAR (Form’action André Renard).

2013 étant derrière nous, que 2014 soit !

En cette période de vœux, je vous souhaite tout le courage nécessaire pour mener à bien les multiples combats qui devront encore être les nôtres durant cette année. Combat pour la justice et l’équité sociale, combat pour la solidarité, combat pour une économie au service des hommes et des femmes et non au service des spéculateurs et des rentiers. Ces combats seront, comme toujours, difficiles, mais, si nous ne sommes pas là pour les mener, personne ne les mènera à notre place. Et, parce que c’est son rôle premier, soyez sûrs que la FAR sera à vos côtés pour vous épauler et vous soutenir. Bonne année.

Bernard Bolly, Directeur de la FAR

André RenardCitation d’André Renard en 1958 : « Nous avons foi en cette France qui, pour nous, est éternelle… La France reste le grand flambeau et, pour beaucoup d’entre nous, la grande lumière de culture. »

Une histoire de Wallonie « subversive »

lion-coqAu lendemain des fêtes de Wallonie, après que Rudy Demotte se fut brûlé la langue en plaidant pour un gentil nationalisme wallon, le magazine Le Vif/L’Express avait cru opportun de mettre en lumière la « face obscure des nationalistes wallingants ». Au plus haut de la vague belgifiante, on n’était pas loin d’une chasse aux sorcières dénonçant ces mauvais Belges qui, aujourd’hui, sentent l’urgence de renforcer une identité wallonne en déshérence.

Puis, deux semaines après avoir dansé ou soufflé sur le feu allumé par les Diables rouges et cédé à la tentation de l’ivresse collective en célébrant « le modèle belge qui vaut de l’or », le « Belgium is beautiful« , le « renouveau belge en 18 dates », le magazine (auquel nous sommes abonnés, bien sûr) donnait quand même la parole à un défenseur résolu et frustré de l’identité wallonne, mais au discours très « belge » en somme car farouchement anti… français : « Pour le sociologue liégeois Michel De Coster, la Wallonie est victime d’une occultation de son identité. Il s’en prend aux historiens pour qui les Wallons sont de culture française. »

Choix discutable, à tout le moins, d’annoncer en couverture du magazine « Pourquoi les Wallons ne sont pas de culture française » quand il ne s’agit là que d’une opinion défendue par un sociologue récusant le travail des historiens pour substituer sa vérité à la leur, au mépris de la critique historique et en rabâchant, qui plus est, les poncifs d’une histoire officielle et naïve construite autrefois pour convaincre les Belges de leur identité commune. Morceau choisi :

« Vous revenez sur la bataille des Eperons d’or, livrée en 1302 près de Courtrai. En quoi cette confrontation entre les métiers flamands et la chevalerie française illustre-t-elle votre thèse d’une occultation de l’identité wallonne ?

« On a longtemps occulté la présence de gens du Namurois, et peut-être du Hainaut, aux côtés des milices flamandes. Dans Le Lion de Flandre, Hendrik Conscience relate l’arrivée d’un renfort bienvenu de six cents cavaliers namurois bardés de fer. L’incompréhension linguistique entre alliés n’a pas posé problème à l’époque : les Flamands ont adressé aux Namurois « mille cris de bienvenue et leur ont apporté du vin en abondance ». En revanche, la bataille montre que le tout premier contact entre Wallons en puissance et voisins français n’a pas été très cordial ! »

On sait combien le souffle de l’épopée racontée par Hendrik Conscience a servi la cause du nationalisme flamand mais, contrairement à ce qu’en dit notre ami sociologue, ce roman du XIXe  siècle fut aussi utilisé pour opposer la Belgique à la France, et ceci dans un climat de construction nationale qui réduisait l’histoire à un fantasme. On peut trouver légitime de créer des identités collectives en racontant des histoires aux gens, mais force est de constater qu’il est devenu inopportun, pour les habitants de Wallonie, de s’accrocher aux mythes fondateurs de la Belgique. Quoi qu’il en soit, préférer l’histoire romancée à celle des historiens, quand on prétend corriger leurs erreurs, cela ne fait pas sérieux.

Heureusement, toujours soucieux d’ouvrir le débat, le magazine Le Vif-L’Express a eu la bonne idée, cette fois-ci, de rendre compte d’un ouvrage plus rigoureux mais aussi plus modeste car, sous-titré « le point de vue wallon », il assume cette part de subjectivité qui, d’une manière ou d’une autre, influence le regard que l’on porte sur le passé.

Nous avons déjà signalé la publication de cette Histoire de Wallonie due à Yannick Bauthière et Arnaud Pirotte, mais reconnaissons que c’est quand même autre chose d’être mis à l’honneur dans le premier hebdomadaire d’information en Belgique francophone. Et tant pis si celui-ci se croit obligé de cataloguer son article dans une rubrique intitulée, pour la circonstance, « histoire, politique et subversion« .

« Bien sûr qu’une Wallonie indépendante est viable ! », s’écrient Yannick Bauthière et Arnaud Pirotte. Nous n’en sommes pas si sûrs mais, puisque l’un se définit comme « un indépendantiste à tendance rattachiste » et l’autre comme un « réunioniste avec un fort penchant pour une autonomie wallonne », nous ne pouvons que saluer leur démarche et les encourager à aller plus loin.

Pour se faire une idée de l’article en question, il suffit d’aller sur le site du Vif/L’Express mais l’entretien avec Yannick Bauthière et Arnaud Pirotte est plus long dans la version papier du magazine, alors nous prenons la liberté de publier ici les pages concernées.

Georges R.

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La Belgique et ses peurs du lendemain : 1914-2014

boule de noëlLe « Vif-L’Express » ne respecte pas la trêve des confiseurs en abordant les peurs du lendemain de la Belgique. Peur du lendemain bien réelle en cette année 2014 où la mère de toutes les élections va déterminer l’existence-même de la Belgique. L’article de Pierre Havaux que vous trouverez ci-après, est de qualité. Je lui reproche pourtant de ne pas poser les bonnes questions : Wallons et Bruxellois doivent-ils avoir peur de l’évaporation de la Belgique ? Ne peut-on penser que celle-ci va permettre à la Wallonie de sortir du carcan dans lequel la Belgique confédérale l’enfermera de plus en plus ? Ne peut-on penser que les mondes politiques wallon et bruxellois seront dans l’obligation de trouver un véritable projet pour la Wallonie et pour Bruxelles sans avoir continuellement les yeux rivés vers le Nord ?

Le « Vif-L’Express » n’est pas le seul à ne pas respecter la trêve des confiseurs. Responsables CD&V et Open VLD viennent de déclarer qu’il est normal que le premier ministre soit, dans le futur, issu de la Communauté la plus nombreuse du pays. Ils rappellent aussi qu’il n’est pas question pour leur parti d’entrer en 2014 dans un gouvernement qui serait minoritaire en Flandre. Deux piqûres de rappel pour celles et ceux qui n’auraient pas encore compris. Non, M. Havaux, la N-VA n’est pas toute seule. Je connais deux hommes politiques « francophones » aux grandes ambitions qui, eux, doivent trembler…!

Paul D.

L’article de Pierre Havaux sur le site du Vif/L’Express :

drapeau belgeEn 2014, la Belgique a deux fois rendez-vous avec l’Histoire : il y a cent ans, elle était à la veille d’être happée par la Grande Guerre ; et dans cinq mois, elle affrontera « la mère de toutes les batailles électorales ». Le Vif/L’Express plonge au cœur de ces deux Belgique envahies, à cent ans d’intervalle, par la peur du lendemain.

1914-2014. Un siècle, deux mondes. A cent ans d’écart, une Belgique qui retient son souffle. Hier, une nation vivait dans une vague hantise d’être brutalement agressée de l’extérieur. Aujourd’hui, un pays vit dans la crainte de se déliter en douceur.
La première de ces alarmes s’est tragiquement vérifiée, le 4 août 1914. L’Allemagne viole les frontières de la Belgique neutre, impose pour quatre ans sa loi par le feu et le sang. Un monde s’écroule, balayé par la Grande Guerre. Cet été, ce passé centenaire reviendra en mémoire. À ce moment-là, les Belges sauront si la seconde appréhension, d’une brûlante actualité celle-là, est devenue ou non réalité. Le 25 mai, Flamands et francophones auront eu rendez-vous avec « la mère de toutes les élections ». Peut-être le verdict des urnes aura-t-il plongé le pays dans une nouvelle paralysie prolongée, si d’aventure la Flandre se jetait massivement dans les bras des nationalistes flamands.

La Belgique est à un autre tournant de son existence. Il y a cent ans, certains déjà ne donnaient pas cher de sa peau. « Les Belges feront la haie pour nous regarder passer », se gausse l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, à la veille de l’ultimatum adressé le 2 août 1914. Le diplomate est persuadé que l’Empire allemand ne fera qu’une bouchée de son petit voisin. Ce pays « artificiel » est à ce point divisé par l’agitation politique, sociale, linguistique, qu’il ne doit plus son existence qu’au bon vouloir de l’Europe. Le moment venu, il sera incapable d’unir ses forces vives dans un ultime sursaut.

« Que la Belgique eût à surmonter une crise, nul doute qu’elle ne s’effondrât. Que de fois les augures avaient prédit sa disparition », relève Henri Pirenne dans sa monumentale Histoire de Belgique écrite entre 1900 et 1931. Au XIXe siècle, le puissant Bismarck prenait déjà les paris, comme le rappelle l’historien Vincent Dujardin (UCL) : « En 1866, le chancelier allemand déclare : « Je considère que la Belgique, à la longue, ne pourra être un Etat viable ». » Pourtant, les Belges forcent l’admiration hors de leurs frontières. Ils forment « la plus dense, la plus riche, la plus industrieuse des populations du globe », s’extasie à l’aube du XXe siècle Jean-Gabriel Tarde, sociologue français de renom. Ce nain géographique est encore un géant économique. « Jamais son essor économique ne l’avait porté aussi haut qu’en 1914, jamais la prospérité nationale ne fut plus grande », souligne toujours Henri Pirenne. Mais cette façade de puissance cache une vraie fragilité. L’éminent historien gantois est un témoin privilégié de cette Belgique qui vit sur un volcan. « En réalité, une crise politique, économique et sociale la travaille. »

Ses élites au pouvoir peinent à moderniser en profondeur cette terre de paradoxes. Economiquement ouverte sur le monde, mais diplomatiquement enfermée dans une intenable neutralité. Petit paradis fiscal pour entrepreneurs fortunés, mais enfer social pour bien des prolétaires sous-payés. « Dans aucun pays de l’Occident de l’Europe, le coût de la vie n’était aussi bas, nulle part les impôts aussi peu élevés, mais nulle part non plus les salaires n’étaient aussi minimes », résume Henri Pirenne.

Les premières fêlures nord-sud

Cette société d’ordres se déchire sur les questions sociale, scolaire, religieuse, électorale. L’intense ferveur patriotique qui se manifeste à la veille de la guerre masque de plus en plus mal les premières fêlures entre Flamands et Wallons. Le pays choisit encore de fermer les yeux. Henri Pirenne en est aussi le témoin : « A la veille de la guerre mondiale, les signes avant-coureurs de la catastrophe avaient beau se multiplier, on ne voulait pas ou on n’osait pas les voir. » La Belgique préfère s’illusionner jusqu’au bout, s’afficher en modèle d’entente entre les peuples européens. « Etre belge, c’était une manière d’être européen, puisque la Belgique elle-même était un microcosme de l’Europe. » Cette posture avant-gardiste ne lui épargne pas les affres de quatre années de guerre.

Le premier cataclysme mondial enterre la Belgique de 1914. Un pays où l’on se bat encore jusqu’à en mourir pour obtenir le droit élémentaire de voter : les élections générales de 1912, les dernières avant la guerre, « donnent lieu à des violences graves qui font quatre morts à Liège », rappelle Vincent Dujardin. Un pays où la femme n’est que source de méfiance pour l’homme, même quand il est de gauche : « Nos femmes nous échappent aujourd’hui parce que le prêtre les tient », soutient le dirigeant du Parti ouvrier belge Emile Vandervelde.

L’amour sacré de la patrie en prend un coup

C’est un pays où les socialistes n’ont pas encore goûté à l’ivresse du pouvoir, où les partis politiques sortent de la préhistoire. Où l’appareil gouvernemental reste rudimentaire, l’Etat-providence un concept saugrenu, et la sécurité sociale une pure fiction. Où le Roi, non seulement règne, mais prétend encore parfois gouverner.
Cette Belgique autrefois unitaire, jadis puissance coloniale et économique, s’est métamorphosée. Elle a hérité de colossaux défis budgétaire et communautaire, qui ne font qu’embrouiller les enjeux politique, économique, social. En cent ans, elle a aussi spectaculairement perdu foi dans le secours de la religion catholique. « On est passé d’un catholicisme de masse, parfois franchement sociologique, à un catholicisme de conviction plus œcuménique », reprend Vincent Dujardin.

L’amour sacré de la patrie a pris un sérieux coup. Il a fait place au doute existentiel. L’émancipation flamande y est pour beaucoup. Ce combat n’est pas seulement monté en puissance. Il a radicalement changé de visage, relève l’historien de l’UCL. « Ce n’est plus du tout la lutte du mouvement flamand pour la culture, la flamandisation de l’université ou de l’enseignement obligatoire. Le nationalisme flamand est devenu socio-économique, hostile à des transferts financiers nord-sud qui, en 1914, étaient sud-nord. »

La menace est intérieure

La roue de l’Histoire n’a pas tout broyé. Elle n’a pas eu raison de ce qui commence déjà à sauter aux yeux, à la veille de la guerre : la Flandre vote plus à droite, la Wallonie plus à gauche. Les chemins n’ont depuis cessé de se séparer. La Belgique en devient difficilement gouvernable. 541 jours d’impasse politico-communautaire en ont même fait l’homme malade de l’Europe, en 2011.

Le péril n’est plus aux frontières. La menace est intérieure. Elle porte un nom, elle a un visage : la N-VA de Bart De Wever. Qui fait la pluie et le beau temps en Flandre, domine l’agenda politique du pays. C’est elle qui pourrait faire l’Histoire, en mai 2014.
Que les nationalistes flamands remportent la partie haut la main aux élections, et ils pourraient se rendre mathématiquement incontournables à l’un ou l’autre échelon du pouvoir, imposer leur loi ou replonger le pays dans l’imbroglio politique. Qu’ils échouent au scrutin, et ce pourrait être l’amorce du déclin.

C’est un peu quitte ou double pour Bart De Wever et sa formation. Ils seront plus que jamais la cible d’une obsession commune à tous les autres partis traditionnels en campagne : comment faire mordre la poussière aux nationalistes flamands et à leur homme providentiel, pour donner une chance au pays de surmonter un cap difficile de son existence. Un de plus. 1914 – 2014 : la Belgique vit dangereusement.

Le mal belge est irréversible

Jules Gheude livre son message de fin d’année sur le site du « Vif-L’ Express »

Jules gheude -La trêve des confiseurs arrive. Une fois celle-ci passée, nous serons plongés dans la campagne pour les élections du 25 mai 2014. Je voudrais, à ce stade, émettre quelques réflexions qui m’apparaissent essentielles.

Alors que, de sondage en sondage, la N-VA confirme sa position de leader en Flandre, on a pu lire cette récente déclaration de Stefaan Declerck (CD&V) selon laquelle « la relation entre le nationalisme flamand et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand ». Je revois la Une du Soir du 16 mars 1982 : « Le CVP dit stop à la solidarité nationale pour Cockerill-Sambre ». Après le Walen buiten de 1968, c’était donc le Geen centen meer voor het Waalse staal (Pas un franc flamand pour l’acier wallon).

Depuis lors, la Flandre a su utiliser judicieusement ses outils d’auto-administration. Aujourd’hui, pour la quatrième année consécutive, elle affiche un budget en équilibre. Son taux de chômage est de 8%, ses exportations cartonnent et son enseignement fait bonne figure dans les classements internationaux. En revanche, la Wallonie est toujours à la traîne et figure parmi les régions les plus pauvres d’Europe. Sans véritable plan d’avenir, elle est confrontée à une gestion chaotique, avec un taux de chômage de 16%, une situation budgétaire précaire, des exportations en baisse et un enseignement peu valorisant.

Si le nationalisme flamand peut s’expliquer par des considérations historiques, il est clair qu’il se trouve aujourd’hui conforté par cette dissymétrie économique entre la Wallonie et la Flandre, celle-ci estimant être freinée par un cadre belge qui ne lui permet pas de réaliser pleinement la politique qu’elle entend mener. Le phénomène n’est d’ailleurs pas unique, comme on le constate avec l’Ecosse ou la Catalogne, régions elles aussi prospères et qui entendent se détacher de leurs cadres étatiques respectifs. On peut certes émettre des critiques à l’égard d’une telle évolution, mais il est vain de vouloir l’arrêter.

Le mal belge est, comme l’a bien dit François Perin lors de sa démission du Sénat, en 1980, irréversible et aucune réforme institutionnelle ne pourra en venir à bout. J’entends dire, ça et là, qu’une Flandre, une Ecosse et une Catalogne indépendantes s’excluraient automatiquement du jeu de l’Union européenne. C’est exact. En droit international, un nouvel Etat est comme un nouveau-né, vierge de tout traité international. C’est la règle de la table rase (intransmissibilité des traités internationaux liant l’ancien Etat aux Etats successeurs).

D’aucuns pensent qu’une « Belgique résiduelle » (Wallonie et Bruxelles) resterait automatiquement liée aux traités conclus par l’ex-Royaume de Belgique. Ce n’est pas si simple. Une adhésion de plein droit à ces traités comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres Etats, par exemple par le nouvel Etat flamand… Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la « Belgique résiduelle » hors du jeu international de jure ! Ce fut d’ailleurs le cas pour la Yougoslavie, lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave. La « Yougoslavie continuée », composée de la Serbie et du Monténégro, a dû demander sa réadhésion à l’ONU.

Mais qui peut imaginer un instant qu’une Flandre, une Ecosse ou une Catalogne indépendantes ne seraient pas rapidement reconnues sur la scène internationale ? Un ambassadeur français m’a un jour confié que la France serait le premier pays à reconnaître un Etat flamand. Souvenons-nous aussi de la manière dont David Cameron a déployé le tapis rouge pour recevoir Bart De Wever. Cameron, dont le gouvernement a d’ailleurs marqué son accord pour la tenue du référendum écossais en 2014. Beaucoup plus sensible serait la question de la dette belge, dont le montant dépasse aujourd’hui légèrement celui du PIB. L’article 40 de la Convention ONU de 1983 précise que la répartition de la dette publique internationale doit être équitable, compte tenu des actifs qui passent à l’Etat successeur. Mais cette Convention n’a pas été signée par la Belgique !

Pour ce qui est de la dette des Etats envers les particuliers, le droit international en laisse le soin aux règles de droit interne. Les créanciers de l’Etat belge devraient donc, dans le meilleur des cas, se contenter des anciens actifs belges. Sombre perspective, quand on sait que la Belgique n’a cessé de vendre ses bijoux de famille…

Je voudrais, pour conclure, aborder cette question de l’eurocritique qui s’amplifie et qui m’effraie. Je ne suis pas de ceux, en effet, qui espèrent que le prochain Parlement européen sera constitué d’élus « hostiles ». On oublie trop facilement la raison première pour laquelle la construction européenne a été entreprise : éviter la répétition des cataclysmes de 14-18 et de 40-45. Un travail considérable a été fait depuis 1951. Bien sûr, tout est loin d’être parfait. Mais faut-il pour autant tomber dans l’attitude extrême qui consiste à effacer le tableau ?

Imagine-t-on ce que donnerait un retour aux anciennes monnaies, dans le contexte actuel de mondialisation ? Il faut, au contraire, mettre tout en œuvre pour réduire au maximum la dépendance de l’Europe, qui demeure, il faut le rappeler, le premier producteur économique. La crise que traverse l’Euro révèle la nécessité de revoir le rôle de la Banque centrale européenne, ainsi que l’obligation des Etats-membres d’adopter une politique budgétaire rigoureuse. Il est aussi impératif que l’Europe puisse parler d’une seule voix au niveau de l’immigration et de la politique étrangère. Enfin, il faut tendre à l’harmonisation des politiques fiscales et sociales, de façon à éviter tout dumping déloyal.

On le voit, la tâche est loin d’être terminée. Il faut s’y atteler avec courage et détermination. Le pire serait, par défaitisme, de renoncer et de jeter le bébé avec l’eau du bain.

(1) Dernier livre paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur, 2014.

Conférence du Secrétaire Général de la Francophonie

L’ A.W.F. est heureuse de vous inviter à participer à la conférence-débat qu’organisera « La Cité Miroir » le jeudi 16 janvier 2014 à 20.30 à la Cité Miroir à Liège (Mnema, ex piscine de la Sauvenière), Boulevard de la Sauvenière à 4000 Liège.

abdou dioufLe Président Diouf quittera ses fonctions en 2014. Abdou Diouf, Secrétaire Général de la Francophonie, ancien Président de la République du Sénégal et Président du Comité de patronage du Centre Dialogue des Cultures, donnera le coup d’envoi des festivités inaugurales de la Cité Miroir.

Héritier politique et spirituel de Léopold Sedar Senghor, Abdou Diouf a consacré sa vie à promouvoir la tolérance et le dialogue entre les peuples.

Réservation : reservation@citemiroir.be                            Tél : 04 230 70 50

P.S. : prière de faire suivre cette invitation à vos amis et connaissances.

CD&V et N-VA, même combat…

Il est bon de frapper plusieurs fois sur le même clou afin que le frileux citoyen wallon sorte de sa léthargie. L’article qui suit démontre la véracité de ce que nous disons de semaine en semaine. N-VA, CD&V, auxquels nous ajoutons l’Open-VLD, poursuivent les mêmes buts. Seuls diffèrent les chemins, ou parfois le simple vocabulaire, pour y parvenir. N-VA + CD&V + Open-VLD, cela fait plus de 60 % du corps électoral flamand, sans compter les 10 % du Vlaams Belang, toujours prêt à apporter sa contribution aux projets qui portent l’indépendance de la Flandre. Que faudra-t-il à nos dirigeants pour regarder cette réalité belge en face ?

A l’ A.W.F., nous avons une solution qui allie solidarité garantie par la France et autonomie wallonne héritée de son passé. Cela s’appelle l’intégration-autonomie.

L’article suivant a été publié sur le site du Vif/L’Express.

Stefaan-De-Clerck-CD-V-« La N-VA a changé. Et pas en bien ». Dans une interview à cœur ouvert accordée à l’hebdomadaire Knack, Stefaan De Clerck, devenu président de Belgacom après 23 ans de politique, passe en revue sa carrière et plaide en faveur d’une fusion entre le CD&V et la N-VA.

L’ancien bourgmestre de Courtrai se rappelle le lendemain des élections de 2003. « J’ai passé toute la soirée chez Geert Bourgeois » dit-il. « Le CD&V stagnait et la N-VA n’avait qu’un élu, Bourgeois lui-même. Je lui avais déjà demandé de composer un cartel mais à cette époque il n’était pas d’accord. Ce soir-là, j’ai senti qu’il était prêt. Yves Leterme, qui m’a succédé en tant que président, a continué ces entretiens et validé le cartel. »

C’est ainsi que vous avez grandi la N-VA.

Stefaan De Clerck : C’est vrai. Mais il faut considérer le long terme. Je pense que la relation entre le nationalisme flamand et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. Aujourd’hui, nous sommes des partis séparés et la N-VA est beaucoup plus grande que le CD&V. Mais qui sait ce qui se passera demain et après-demain ?

Vous voulez dire qu’ils se retrouveront un jour?

Pourquoi pas? Je ne l’exclus certainement pas. Cette pensée de base, qui réunit les deux composantes, continue à exister. Lorsque nous avons conclu ce cartel, cette pensée était assez chaude. Entre-temps, la N-VA a un peu changé, et pas en bien. Pour eux aussi, une nouvelle fusion serait une bonne chose. Nous pouvons nous améliorer mutuellement. La chaleur du CD&V et l’acuité de la N-VA. L’accent est mis sur l’émancipation de l’homme d’une part et sur l’émancipation de la nation d’autre part. Les deux s’accordent très bien.