Une histoire de Wallonie « subversive »

lion-coqAu lendemain des fêtes de Wallonie, après que Rudy Demotte se fut brûlé la langue en plaidant pour un gentil nationalisme wallon, le magazine Le Vif/L’Express avait cru opportun de mettre en lumière la « face obscure des nationalistes wallingants ». Au plus haut de la vague belgifiante, on n’était pas loin d’une chasse aux sorcières dénonçant ces mauvais Belges qui, aujourd’hui, sentent l’urgence de renforcer une identité wallonne en déshérence.

Puis, deux semaines après avoir dansé ou soufflé sur le feu allumé par les Diables rouges et cédé à la tentation de l’ivresse collective en célébrant « le modèle belge qui vaut de l’or », le « Belgium is beautiful« , le « renouveau belge en 18 dates », le magazine (auquel nous sommes abonnés, bien sûr) donnait quand même la parole à un défenseur résolu et frustré de l’identité wallonne, mais au discours très « belge » en somme car farouchement anti… français : « Pour le sociologue liégeois Michel De Coster, la Wallonie est victime d’une occultation de son identité. Il s’en prend aux historiens pour qui les Wallons sont de culture française. »

Choix discutable, à tout le moins, d’annoncer en couverture du magazine « Pourquoi les Wallons ne sont pas de culture française » quand il ne s’agit là que d’une opinion défendue par un sociologue récusant le travail des historiens pour substituer sa vérité à la leur, au mépris de la critique historique et en rabâchant, qui plus est, les poncifs d’une histoire officielle et naïve construite autrefois pour convaincre les Belges de leur identité commune. Morceau choisi :

« Vous revenez sur la bataille des Eperons d’or, livrée en 1302 près de Courtrai. En quoi cette confrontation entre les métiers flamands et la chevalerie française illustre-t-elle votre thèse d’une occultation de l’identité wallonne ?

« On a longtemps occulté la présence de gens du Namurois, et peut-être du Hainaut, aux côtés des milices flamandes. Dans Le Lion de Flandre, Hendrik Conscience relate l’arrivée d’un renfort bienvenu de six cents cavaliers namurois bardés de fer. L’incompréhension linguistique entre alliés n’a pas posé problème à l’époque : les Flamands ont adressé aux Namurois « mille cris de bienvenue et leur ont apporté du vin en abondance ». En revanche, la bataille montre que le tout premier contact entre Wallons en puissance et voisins français n’a pas été très cordial ! »

On sait combien le souffle de l’épopée racontée par Hendrik Conscience a servi la cause du nationalisme flamand mais, contrairement à ce qu’en dit notre ami sociologue, ce roman du XIXe  siècle fut aussi utilisé pour opposer la Belgique à la France, et ceci dans un climat de construction nationale qui réduisait l’histoire à un fantasme. On peut trouver légitime de créer des identités collectives en racontant des histoires aux gens, mais force est de constater qu’il est devenu inopportun, pour les habitants de Wallonie, de s’accrocher aux mythes fondateurs de la Belgique. Quoi qu’il en soit, préférer l’histoire romancée à celle des historiens, quand on prétend corriger leurs erreurs, cela ne fait pas sérieux.

Heureusement, toujours soucieux d’ouvrir le débat, le magazine Le Vif-L’Express a eu la bonne idée, cette fois-ci, de rendre compte d’un ouvrage plus rigoureux mais aussi plus modeste car, sous-titré « le point de vue wallon », il assume cette part de subjectivité qui, d’une manière ou d’une autre, influence le regard que l’on porte sur le passé.

Nous avons déjà signalé la publication de cette Histoire de Wallonie due à Yannick Bauthière et Arnaud Pirotte, mais reconnaissons que c’est quand même autre chose d’être mis à l’honneur dans le premier hebdomadaire d’information en Belgique francophone. Et tant pis si celui-ci se croit obligé de cataloguer son article dans une rubrique intitulée, pour la circonstance, « histoire, politique et subversion« .

« Bien sûr qu’une Wallonie indépendante est viable ! », s’écrient Yannick Bauthière et Arnaud Pirotte. Nous n’en sommes pas si sûrs mais, puisque l’un se définit comme « un indépendantiste à tendance rattachiste » et l’autre comme un « réunioniste avec un fort penchant pour une autonomie wallonne », nous ne pouvons que saluer leur démarche et les encourager à aller plus loin.

Pour se faire une idée de l’article en question, il suffit d’aller sur le site du Vif/L’Express mais l’entretien avec Yannick Bauthière et Arnaud Pirotte est plus long dans la version papier du magazine, alors nous prenons la liberté de publier ici les pages concernées.

Georges R.

histoire de Wallonie        histoire de Wallonie 2       histoire de Wallonie 3

Articles associés : Pour une histoire de la Wallonie, La face obscure des nationalistes wallingantsCombien de temps ça va durer ?, Fini, le petit nuage

4 réflexions sur « Une histoire de Wallonie « subversive » »

  1. Une question: pourquoi donc nos intellectuels au 13e siècle, Liégeois en particulier, se sont-ils tournés vers le Royaume de France et non vers l’Empire allemand lorsque l’usage du latin fut abandonné ? Les langues wallonnes appartiennent quand même à la langue d’oïl pas au diets ? Le choix de la langue de l’Ile de France comme langue commune tombait donc sous le sens. Le sociologue De Coster raconte n’importe quoi . Quant à 1302, ce fut une bataille pour des gros sous et pour rébellion (soutenue par l’Angleterre comme d’habitude). Même comme comte de Flandre, Guy de Dampierre appartenait à une vieille famille noble de France et si des « Namurois » se présentèrent sur les lieux du combat, leurs chefs Guy et Jean de Namur étaient les fils du comte de Flandre ( tout simplement). Ils devaient assistance à leur père! Pour éclairer Monsieur De Coster, les troupes « namuroises » se composaient essentiellement de volontaires rhénans (du Juliers notamment).

    J'aime

    1. Jean sans merci, fils aîné du comte de Hainaut, Jean II d’Avesnes, ainsi que Robert II d’Artois et Raoul de Clermont, ses gendres, trouveront la mort le 11 juillet 1302 à Courtrai dans les rangs de l’armée française.
      Acessoirement, Jean II d’Avesnes, était également comte de Hollande.
      Un sociologue comme Michel de Coster devrait savoir qu’on peut faire dire beaucoup de choses à l’histoire pas forcément univoques.
      Quant à la soi-disante participation de Namurois, en fait des mercernaires allemands recrutés par le fils du comte de Flandre Guy de Namur, à la bataille des éperons d’or, il lira avec intérêt l’article publié par Jean Bovesse, le fils de François Bovesse, dans la revue Namurcum, tome 19, 1942, pages 1-25

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s