Démanteler la Belgique, ce ne serait pas l’apocalypse !

Jules Gheude, essayiste politique. Article publié le 9 janvier sur le site du journal L’Echo.

jules gheude 5A présent que la trêve des confiseurs est terminée, nous voici plongés dans la campagne pour les élections du 25 mai 2014.

Je voudrais, à ce stade, émettre quelques réflexions qui m’apparaissent essentielles.

Alors que, de sondage en sondage, la N-VA  confirme sa position de leader en Flandre, on a pu lire cette récente déclaration de Stefaan Declerck (CD&V) selon laquelle la relation entre le nationalisme flamand et la démocratie-chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Je revois la Une du « Soir » du 16 mars 1982 : Le CVP dit « stop » à la solidarité nationale pour Cockerill-Sambre. Après le Walen buiten de 1968, c’était donc le Geen centen meer voor het Waalse staal.

Depuis lors, la Flandre a su utiliser judicieusement ses outils d’auto-administration. Aujourd’hui, pour la quatrième année consécutive, elle affiche un budget en équilibre. Son taux de chômage est de 8%, ses exportations cartonnent et son enseignement fait bonne figure dans les classements internationaux.

En revanche, la Wallonie est toujours à la traîne et figure parmi les régions les plus pauvres d’Europe. Sans véritable plan d’avenir, elle est confrontée à une gestion chaotique, avec un taux de chômage de 16%, une situation budgétaire précaire, des exportations en baisse et un enseignement peu valorisant. Le dernier rapport de la Cour des Comptes a chiffré la dette de la Région à 11,2 milliards d’euros.

Si le nationalisme flamand peut s’expliquer par des considérations historiques, il est clair qu’il se trouve aujourd’hui conforté par cette dissymétrie économique entre la Wallonie et la Flandre, celle-ci estimant être freinée par un cadre belge qui ne lui permet pas de réaliser pleinement la politique qu’elle entend mener.

Le phénomène n’est d’ailleurs pas unique, comme on le constate avec l’Ecosse ou la Catalogne, régions elles aussi prospères et qui entendent se détacher de leurs cadres étatiques respectifs.

Si d’aucuns émettent des critiques à l’égard d’une telle évolution, il me semble vain de vouloir l’arrêter.

Le mal belge est, comme l’a bien dit François Perin lors de sa démission du Sénat, en 1980, irréversible et aucune réforme institutionnelle ne pourra en venir à bout.

J’entends dire, ça et là, qu’une Flandre, une Ecosse et une Catalogne indépendantes s’excluraient automatiquement du jeu de l’Union européenne.

C’est exact. En droit international, un nouvel Etat est comme un nouveau-né, vierge de tout traité international. C’est la règle de la table rase (intransmissibilité des traités internationaux liant l’ancien Etat aux Etats successeurs).

Une Flandre qui proclamerait unilatéralement  son indépendance via un vote majoritaire exprimé légitimement au sein du Parlement flamand, se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la « Belgique résiduelle «  hors du jeu international de jure ! Ce fut d’ailleurs le cas pour la Yougoslavie, lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave. La « Yougoslavie continuée », composée de la Serbie et du Monténégro, a dû demander sa réadhésion à l’ONU.

Mais qui peut imaginer un instant qu’une Flandre, une Ecosse ou une Catalogne indépendantes ne seraient pas rapidement reconnues sur la scène internationale? Un ambassadeur français m’a un jour confié que la France serait le premier pays à reconnaître un Etat flamand souverain. Souvenons-nous aussi de la manière dont David Cameron a déployé le tapis rouge pour recevoir Bart De Wever. Cameron, dont le gouvernement a d’ailleurs marqué son accord pour la tenue du référendum écossais en 2014.

Beaucoup plus sensible serait la question du partage la dette belge, dont le montant dépasse aujourd’hui légèrement celui du PIB. L’article 40 de la Convention ONU de 1983 précise que la répartition de la dette publique internationale doit être équitable, compte tenu des actifs qui passent à l’Etat successeur. Mais cette Convention n’a pas été signée par la Belgique !

Pour ce qui est de la dette des Etats envers les particuliers, le droit international en laisse le soin aux règles de droit interne. Les créanciers de l’Etat belge devraient donc, dans le meilleur des cas, se contenter des anciens actifs belges. Sombre perspective, quand on sait que la Belgique n’a cessé de vendre ses bijoux de famille…

Il convient de rappeler ici l’analyse du Pr. Robert Deschamps des Facultés universitaires de Namur, selon laquelle, en cas de scission, l’entité Wallonie-Bruxelles hériterait de 45% de la dette belge (376,4 milliards d’euros) selon le critère de poids démographique. Quant au Pr. Jules Gazon de l’Université de Liège, il a calculé, sur base de chiffres irréfutables, qu’une Wallonie indépendante en 2010 aurait été confrontée à un solde net à financer de 15,34 milliards d’euros, soit 37% des dépenses publiques wallonnes. Une situation proprement non viable !

Les travaux du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net), que je coordonne depuis 2010, ont abordé tous les aspects du scénario post-belge. Il suffit de les consulter pour se rendre compte que des alternatives positives existent pour la Wallonie et Bruxelles. Le démantèlement de la Belgique n’aurait finalement rien d’apocalyptique, à condition de faire, le moment venu, le bon choix.

2 réflexions sur « Démanteler la Belgique, ce ne serait pas l’apocalypse ! »

  1. Malgré tout, j’ai un mauvais pressentiment. Quand on écoute le CD&V et le VLD, on commence à comprendre comment le petit peuple des provinces flamandes fut trahi deux fois de suite par ses « élites politiques traditionnelles »: 1585 et 1830. Deux occasions ratées de rejoindre la Nation néerlandaise.
    Jamais deux sans trois, dit-on, je ne lui souhaite pas.

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  2. Maintenant nous avons la quasi certitude que le FDF défend d’abord la Belgique ( DONC LA PREDOMINANCE FLAMANDE ) et non les habitants de langue française et CERTAINEMENT PAS LA WALLONIE. Voilà pourquoi l’ancien bourgmestre MR de Wezembeek sera 3e sur la liste d’Olivier Maingain. « Je n’admets pas la position du MR qui (…) a eu des contacts récemment encore avec la N-VA qui veut la fin de la Belgique (…). Je suis un belgicain pur jus, par conséquent c’est quelque chose qui ne me permet pas de rester comme MR en tant que tel. J’ai mon entière liberté de figurer sur une liste FDF comme libéral indépendant.(…). »
    Les masques tombent!

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