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Une route Napoléon en Wallonie

Le site du « Vif-l’Express » parle bien d’une route Napoléon en Wallonie, circuit qui sera accompagné d’un guide Michelin et de textes élaborés par des historiens de chez nous, dont l’excellent Philippe Raxhon. Je connais plusieurs de nos lecteurs qui s’en réjouiront. Le mot « Wallonie » deviendrait-il un mot que l’on ose prononcer ? Je ne serai pas le dernier à me réjouir que « le Sud du pays » retrouve sa véritable appellation. (Paul D.)

Voici l’information reprise sur le site du Vif/L’Express.

NapoléonLe balisage de « La Route Napoléon en Wallonie », un parcours touristique retraçant celui de l’Empereur en Belgique dans le cadre de la campagne des 100 jours en 1815, a été présenté lundi par le cabinet du ministre wallon du Tourisme, Paul Furlan. Le circuit est accompagné d’un guide Michelin, qui détaille entre autres les lieux à visiter et les différentes anecdotes historiques.

Le parcours de la route Napoléon, qui s’étend sur 94 kilomètres de Beaumont à Waterloo, a été élaboré avec l’aide d’historiens et reprend l’itinéraire emprunté par l’Empereur en 1815.

La route sera balisée dès lundi à l’aide de 200 panneaux indiquant les points d’intérêts du parcours, « comme un lieu de bataille, l’endroit où Napoléon a dormi ou des anecdotes », précise Jean Fassiaux, attaché de presse de Paul Furlan.

Un circuit GPS pour voitures et vélos est également en phase de finalisation, qui permettra aux visiteurs de suivre l’itinéraire sur le GPS ou sur smartphones et tablettes, grâce à des applications. Le guide Michelin « Route Napoléon en Wallonie et Waterloo 2015 », co-écrit avec l’historien belge Philippe Raxhon, reprend dans ses 96 pages des éléments historiques, des événements, des circuits à parcourir en vélo ainsi qu’une sélection de lieux où se restaurer et d’hébergements. L’ouvrage est en vente depuis lundi.

Parallèlement à cette route Napoléon, sept capsules vidéo ont été réalisées et un documentaire d’une quinzaine de minutes est en cours de doublage.

Le but de ce dispositif, lancé pour commémorer le bicentenaire de la bataille de Waterloo en 2015, « est aussi d’inciter les visiteurs à venir en Wallonie » et leur offrir « de nouvelles manières de découvrir notre patrimoine ».

L’Alliance française de Liège invite

Notre ami Paul Mélot attire mon attention sur deux conférences de l’Alliance française de Liège qui devraient susciter notre intérêt :

Les rendez-vous de l’Alliance française de Liège

Balace-LanneauLiège et la France : de l’amitié à l’alliance

par Francis BALACE et Catherine LANNEAU

Quand ? Lundi 17 février 2014 à 18h

? Théâtre de Liège – Emulation (Place du XX août – Liège)

Prix : 5 € excepté pour les membres de l’Alliance française de Liège et les étudiants qui bénéficient d’un libre accès.

Abstract : 2014, année-clé, année-charnière ! Le souvenir d’une guerre sanglante vécue dans une souffrance commune par les Liégeois et les Français. Un avenir en point d’interrogation que certains Liégeois verraient bien plus proche de la France… La conférence de Francis Balace et Catherine Lanneau tombe à point nommé ! On ne présente plus le professeur Balace, historien réputé, spécialiste de l’histoire contemporaine. Historienne elle aussi, Catherine Lanneau est spécialisée dans l’histoire contemporaine de la France et ses liens avec la Belgique : le gaullisme en Belgique, les relations franco-belges, la France et les Belges francophones. Leurs propos seront à coup sûr passionnants.

Raxhon1789, Liège à l’heure des Révolutions

par Philippe RAXHON

Quand ? Mardi 25 mars 2014 à 18h

? Théâtre de Liège – Emulation (Place du XX août – Liège)

Prix : 5 € excepté pour les membres de l’Alliance française de Liège et les étudiants qui bénéficient d’un libre accès.

Abstract : Né en 1965, Philippe Raxhon est aussi un historien réputé de l’Université de Liège, spécialiste des relations entre la France et la Wallonie, auteur de plusieurs ouvrages : La mémoire de la Révolution Française en BelgiqueEntre Liège et Wallonie, Histoire du Congrès Wallon d’octobre 1945, Un avenir politique pour la Wallonie. Que s’est-il réellement passé à Liège durant l’été de 1789? Quel était l’état d’esprit du peuple liégeois, frondeur et toujours prompt à s’enflammer? La conférence de Philippe Raxhon nous apportera les réponses.

Première conférence de presse de l’ A.W.F.

             L’ A.W.F. et l’avenir de la Wallonie

L’Alliance Wallonie-France vous convie à la conférence de presse qu’elle organise le jeudi 20 février 2014 à la Maison de la Presse de Charleroi.

Paul Durieux, président de l’AWF, présentera le mouvement et précisera sa position face aux prochaines échéances électorales.

Il rappellera également la manière dont la Wallonie peut se lier, sans heurt, à la France avant d’entendre trois personnalités reconnues pour leur indépendance d’esprit et la pertinence de leurs propos.

Jules Gazon, professeur émérite de gestion à HEC-Université de Liège, démontrera l’insoutenable légèreté économique d’une indépendance wallonne et la chimère politique d’un résidu wallobrux.

Le message de Pierre Hazette, ancien ministre de l’enseignement de la Communauté française, rappellera l’existence des accords de coopération, signés, avec la France et qui ne demandent qu’une application intensive.

Robert Collignon, ancien ministre-président de la Wallonie, abordera la nécessité de la réunion à la France, bilan de son expérience politique et de ses convictions wallonnes.

A l’issue de la conférence de presse, nous vous convions à partager une collation au cours de laquelle nous pourrons prolonger le débat et croiser les idées.

Si vous souhaitez une information préalable ou nous informer de votre présence pour faciliter notre logistique: Paul Durieux 00.32.42.63.69.17/ 00.32.476.654.329 ou pauldurieux2003@yahoo.fr

A vous retrouver ce jeudi 20 février à 11 heures à la Maison de la Presse de Charleroi, 15, rue Tumelaire  (tél : 00.32.71.50.91.90).

Peu avant la collation vous sera présenté le livre de Marc Ronvaux « Français, Wallons, Manuel de survie ».

Vous pourrez aussi vous procurer l’ouvrage de Jules Gheude : « Lettre à un ami français ».

Vive la Wallonie libre

vive le québec libreCes mots, que de Gaulle n’a jamais prononcés (sinon, peut-être, en privé), Pascal de Sutter les a écrits dans le « Vif » de cette semaine. Sexologue réputé qui partage son temps entre la Belgique et la France, également reconnu comme un expert de la psychologie politique, apprécié des médias français, chroniqueur régulier du Vif/L’Express, Pascal de Sutter s’exprime avec la sérénité du psychologue et la conviction du citoyen (que l’on imagine levant les bras au ciel… en signe de dépit).

Voici son texte.

Bart De Wever a raison !

pascal de sutterBien que je n’éprouve guère de sympathie pour le dirigeant de la N-VA, et encore moins pour ses idées, il me faut reconnaître qu’il a raison. Il a raison d’avoir mis un peu d’adoucisseur dans son discours à Anvers, le week-end dernier, en espérant que les francophones mordent à l’hameçon. Cela fonctionnera. Car les francophones se raccrocheront à n’importe quoi, avaleront n’importe quelle couleuvre (ou même une colonie de pythons s’il fallait) pour espérer sauver la Belgique. Y compris d’intégrer inconsciemment une partie du discours nationaliste flamand. Déjà, de nombreux Bruxellois francophones envoient leur progéniture dans des écoles flamandes ou en immersion. Et leurs enfants en reviennent la tête pleine « d’idées à la Bart », telle que considérer la fainéantise comme un comportement typiquement wallon. Bart De Wever a compris un élément fondamental de psychologie politique : les Flamands sont fiers d’être Flamands, les Wallons ont honte d’être Wallons. J’exagère, me direz-vous ? Pourtant, comment pouvons-nous expliquer autrement que la majorité des Flamands votent pour des partis qui défendent leurs intérêts, alors que la majorité des Wallons votent pour des partis qui défendent l’intérêt de la Belgique… dominée par les Flamands.

Est-ce un fantasme de francophone paranoïaque ? Je conversais un jour –en privé- avec un homme politique francophone de premier plan au courant de la situation. Il me démontra (chiffres à l’appui) que si la Wallonie ne pouvait prendre son envol économique, c’était justement à cause de la Belgique fédérale et du poids majoritaire que les Flamands y ont. Par exemple, les aéroports de Liège ou de Charleroi ne peuvent prendre suffisamment d’ampleur car le fédéral en bloque les développements au profit de Zaventem. Il me confiait aussi que les ambassades de Belgique (dirigées dans leur immense majorité par les Flamands) encouragent les investisseurs étrangers à s’établir en Flandre plutôt que dans une Wallonie décrite comme socialiste, fainéante et gréviste. Dans la réalité, il y a actuellement moins de jours de grève et d’absentéisme en Wallonie qu’en Flandre. Mais peu importe la réalité, ce qui importe c’est de convaincre tout un chacun que la Wallonie est une terre de fainéants et de profiteurs… Le drame, c’est que les Wallons eux-mêmes intègrent ces valeurs négatives. Le même phénomène psychologique a été observé pour d’autres peuples minoritaires et dominés. Ils finissent par douter d’eux-mêmes.

Comme les Wallons qui se croient absolument incapables d’autonomie. Pour rappel, les Norvégiens se sont pacifiquement séparés des Suédois en 1905 alors qu’ils étaient bien plus pauvres et bien moins nombreux que les Wallons d’aujourd’hui. Les Slovaques (également considérés par les Tchèques comme des fainéants incapables de se prendre en main) ont procédé de même en 1993 avec le succès que l’on connaît aujourd’hui. Les Wallons, eux, n’ont pas confiance en leur destin. Pourtant, moi aussi j’aime bien la Belgique. J’aime d’ailleurs aussi les Flamands et la Flandre. Je suis cependant persuadé que je serais bien mieux accueilli durant mes vacances à la côte flamande (ex-côte belge) si j’étais le citoyen d’un autre pays qui se nommerait « Wallonie ». Comme bien des Belges, j’ai des ancêtres wallons et flamands. Ces ancêtres ont choisi d’adopter la langue officielle de la Belgique de l’époque. Je n’ai aucune raison d’en avoir honte aujourd’hui. Aussi, en tant qu’habitant de Wallonie, je préfère être libre et assumer mon destin plutôt qu’être un « junkie de la drogue de l’argent flamand » (dixit Bart De Wever)…

La mémoire de la Grande Guerre

« La Flandre instrumentalise la Grande Guerre. » Pour Laurence Van Ypersele, historienne à l’UCL, invitée du jour au 7-9 de la Première, c’est une évidence.

flanders fieldsCe que nous en pensons ?

Ben oui. Le passé divise aussi les Belges. Ils ne s’en font pas la même idée. On sait combien le Gouvernement flamand a souhaité investir dans la commémoration de la première guerre mondiale. Il est vrai que les Anglais n’ont jamais cessé de cultiver le souvenir des Flanders Fields où, symboliquement, le rouge des coquelicots rappelle le sang versé par les soldats de l’immense empire britannique. Au-delà du tourisme mémoriel et de ses retombées économiques attendues, il y a aussi l’opportunité de faire exister la Flandre au niveau international et d’y associer la Tour de l’Yser, chère au nationalisme flamand, qui tour de l'Yserdénonce en même temps les horreurs de la guerre et le mépris dont le peuple de Flandre aurait tout particulièrement souffert.

Dans la représentation du passé, les légendes et les mythes ont leur place. L’histoire n’est pas le moindre des enjeux quand il s’agit de bâtir le futur. Placé sous le signe de la blanche colombe (PAX) et d’une mouette au cri mystique autant que revanchard (AVV-VVK), le centenaire de la Grande Guerre est en mesure d’infléchir encore un peu plus la mémoire collective et l’identité de la Flandre, au service d’un projet politique devant conduire à l’effacement de la Belgique.  Il a donc fallu que le Gouvernement fédéral « contre-attaque » et se réapproprie le souvenir de la guerre 14-18 en Albert-Iercélébrant la figure tutélaire du Roi-chevalier, cette image d’Epinal invoquée par ceux dont la Belgique unitaire est la référence indépassable.

Impossible, évidemment, pour le Gouvernement fédéral, de laisser Liège en dehors des cérémonies commémoratives, puisque la Cité ardente a été la première à subir le choc de l’invasion allemande et que la ville a été choisie en 1925 pour l’édification d’un mémorial interallié. C’est donc Liège et les Liégeois qui, le 4 août 2014, vont ouvrir le bal, si on peut dire, en accueillant le roi Philippe et ses invités. Ce sera l’occasion de rappeler que, dès les premiers jours du conflit, la Ville de Liège a été honorée en ces termes par la République française : « Au moment où l’Allemagne, violant délibérément la neutralité de la Belgique, reconnue par les traités, n’a pas hésité à envahir le territoire belge, la ville de Liège, appelée, la première, à subir le contact des troupes allemandes, vient de réussir, dans une lutte aussi inégale qu’héroïque, à tenir en échec l’armée de l’envahisseur. Ce splendide fait d’armes constitue, pour la Belgique et pour la ville de Liège en particulier, un titre impérissable de gloire dont il convient que le gouvernement de la République perpétue le souvenir mémorable en conférant à la ville de Liège la croix de la Légion d’honneur. »

Bien sûr, on peut hausser les épaules à la lecture de ce communiqué officiel, mais ce qui ne trompe pas, ce qui va bien au-delà du calcul diplomatique, ce qui mérite à coup sûr d’imprégner à nouveau la mémoire collective des Liégeois, sinon des Wallons, c’est Liège 1919 (2)l’ambiance qui régnait dans la Cité ardente au moment où le Président de la République française est venu remettre cette croix de la Légion d’honneur à la ville de Liège. Qu’on en juge par cet article du journal Le Soir :

« La réception faite par la ville de Liége au président de la République, et la remise solennelle de la Légion d’honneur à la ville ont été ce qu’on en attendait : elle se sont accomplies dans un enthousiasme délirant.

Une foule formidable, dépassant tout ce qu’on prévoyait, était descendue dans les rues de la ville, sur le passage du cortège. (…) Aucun incident fâcheux n’est venu troubler la grandeur de cette journée. A supposer qu’on dût avoir des craintes, on n’aurait pu, du reste, que redouter un excès de sentiments francophiles, donnant lieu à des manifestations regrettables pour l’unité belge. Rien de semblable ne s’est produit, et la foule, dans ses acclamations frénétiques, a mêlé les noms du Roi, de la Reine, de l’armée belge à ceux du président Poincaré et de Foch.

(…) Un arc de triomphe splendide, érigé boulevard d’Avroy, face à la statue Rogier, est entouré de fillettes fleuries. Au sommet de l’arc de triomphe, dominé par des statues, on lit cette inscription : « A la France ! ».

(…) Quand le discours est terminé, le Président serre longuement la main à M. Kleyer, puis il épingle la croix de la Légion d’honneur sur un coussin que lui tend l’échevin Hénault, coussin aux couleurs de la ville et aux couleurs de la Belgique emmêlées, puis M. Hénault dresse vers la foule immense le coussin. On voit se détacher au pied du Perron Liégeois la croix glorieuse. Et la foule acclame avec délire comme jadis les foules mystiques qui apercevaient une relique fameuse.

La Brabançonne et la Marseillaise sont chantées en chœur par des milliers de poitrines, et des fenêtres, des balcons, le Roi, la Reine, le Président, le maréchal Foch sont acclamés avec frénésie. »

La mémoire de la Grande Guerre n’est pas la même à Liège et à Dixmude, assurément. Gageons toutefois que le gouvernement fédéral saura fédérer.

Signalons quand même ici, parmi les initiatives prises au niveau local pour marquer le centenaire de la première guerre mondiale, un projet qui initie une véritable collaboration entre localités françaises et wallonnes. Ce projet, c’est celui de Sambre rouge, De part et d’autre de la frontière actuelle, on se promet de travailler ensemble au-delà de 2018. Voilà un exemple à suivre.

Georges R.

La Belgique crée son poète étatique…

Voilà, c’est fait. « Le Poëziecentrum de Gand, la Maison de la poésie et de la langue française de Namur et la nouvelle organisation littéraire VONK & Zonen d’Anvers, ont officiellement introduit, mercredi, à la maison internationale des littératures Passa poètePorta, rue Antoine Dansaert, à Bruxelles, l’auteur néerlandophone Charles Ducal comme premier poète national de Belgique. » C’est une information « Belga » qu’on peut lire, notamment, sur le site de la RTBF.

Ainsi donc, la Belgique a son poète national. Mieux ! Il est nommé pour deux ans (nous ne savons pas vraiment par qui il est nommé, ni la somme qui lui sera versée pour s’offrir corps et âme à la nation ). Mieux encore, il devra écrire six poèmes sur diverses thématiques de la Belgique. Mieux, mieux encore, ses poèmes devront être traduits en français/néerlandais et en allemand.

Nous sommes bien sûr au pays du surréalisme, cela devient fastidieux de le répéter, mais que ne ferait-on pas pour susciter un nationalisme belge ?

Nommer un poète national, lui imposer une thématique à la gloire de la nation, ordonner la traduction des poèmes dans les trois langues nationales… Cela ne vous rappelle pas une époque révolue ?

Cette annonce est bien dans la ligne de l’inauguration du nouveau grand théâtre de Liège où les acteurs d’une pièce de Shakespeare parlaient l’un en néerlandais et l’autre en français. La critique tout comme tout ce que compte Liège en matière de « people » n’avaient de mots assez forts que pour s’extasier devant cette audace et cette prouesse artistiques. Ne mettons pourtant pas tous les « people » dans le même sac : l’un d’eux me confiait qu’il n’avait pas du tout apprécié et qu’il ne lèverait pas le petit doigt pour sauver la Belgique. Combien étaient-ils d’ailleurs à applaudir et à penser combien était ridicule le spectacle offert ? Mais ceci est une autre question !

Paul D.

Ainsi que le fait remarquer notre ami Michel Pieret, l’introduction d’un poète national en Belgique a fait l’objet d’un article publié sur le site du quotidien Libération. Voici l’article en question, signé Edouard Launet :

Edouard LaunetA la fin du mois, la Belgique aura son Poète national, nommé pour deux ans. Il est bien temps ! Ce pays n’existe plus beaucoup, peut-être qu’un petit coup de Superglue poétique arrivera à ressouder les communautés francophone et néerlandophone. Car le Poète national devra écrire «au minimum six poèmes par an sur diverses thématiques de la Belgique» et verra ses productions traduites dans les trois langues du pays, car il y a l’allemand aussi. On a hâte.

Le premier Poète national était néerlandophone : il s’appelle Charles Ducal. Impossible pour l’heure de trouver sur la Toile le moindre de ses travaux adapté en français. Il faut s’en remettre à la traduction automatique. Cela donne par exemple : «L’impuissance de mon amour pour faire une photo / qui fait son indélébile / non pas comme une image pour obtenir son retour / mais comme quelque chose qui n’existe pas.» Pas mal. On aimerait connaître, dans cette saisissante image, les parts respectives de la licence poétique et de la balourdise informatique.

Ducal et la traduction Google écrivent aussi : «C’est mon amour. Ils ne me tourmentent pas / elle me donne la fièvre / Elle est belle, mais pas dans le miroir / sa viande n’est pas un mot.» C’est plus expérimental, mais cela passe à peu près. On ne sait qui «ils» sont, mais l’apparition inopinée de la viande est un bonheur.

Le futur Poète national et notre assistance informatique embarquée nous proposent encore : «Une vie écrit sa peur sur son visage / mais c’est simple passe-temps / son visage ne change rien.» Et plus loin : «Sa bouche lit tous les mots objectivement / dans l’armoire sont disponibles : / noix, des bonbons, un sac de croustilles.» Ces anacoluthes ne sont-elles pas furieusement houellebecquiennes ? Ne font-elles pas penser à : «Petit visage de cochon / Tout aplati par la détresse / Les seins qui tombent à dix-sept ans / Et la triste pâleur des fesses» ?

Houellebecq, malgré ses immenses qualités, aurait du mal à revendiquer le titre de Poète national, si le poste était créé en France. Car la place est déjà prise : Victor Hugo ne l’a jamais lâchée, malgré Aragon. Pas une plaie hexagonale qui ne puisse être cicatrisée par le souffle hugolien, pas une blessure nationale qu’il ne sache recoudre, pas une tristesse qu’il ne soit allé fouiller. «La tombe dit à la rose : / – Des pleurs dont l’aube t’arrose / que fais-tu, fleur des amours ? / La rose dit à la tombe : / – Que fais-tu de ce qui tombe / dans ton gouffre ouvert toujours ?»

Tiens, si les Belges le désiraient, on pourrait même leur prêter Hugo, qui se serait bien vu Poète national de nos deux pays…

…D’ailleurs, avant même de s’atteler à sa lourde tâche, le Poète national belge semble avoir déjà renoncé puisqu’il écrit, si l’on en croit Google Trad : «Je sais que c’est idiot / Je vais mourir avec mon travail / déjà à moitié effacé et sans espoir / Mais ce n’est pas un argument.»

CD&V et N-VA : le flirt permanent

Dans son édition d’aujourd’hui, le quotidien Le Soir publie une carte blanche signée Jules Gheude. La voici.

Jules Gheude 4Si son objectif final demeure bien, selon ses statuts, l’émergence d’un Etat flamand, la N-VA n’entend pas brusquer les choses. Il ne s’agit pas, pour elle, d’adopter un processus révolutionnaire, mais évolutif, en douceur si l’on peut dire. D’où sa proposition visant à mettre sur pied, dans les meilleurs délais, un schéma confédéral, lequel, en transférant aux entités fédérées un maximum de compétences, laissera l’échelon central à l’état de coquille vide.

On connaît également la réticence flamande – ceci ne concerne pas que la seule N-VA – à reconnaître à Bruxelles le statut d’une Région à part entière.

Consacré par l’article 107 quater de la Constitution, lors de la première réforme de l’Etat en 1970, ce statut était censé, aux yeux de la Flandre, ne jamais voir le jour. Il fallut d’ailleurs attendre 1988 pour que Bruxelles sorte enfin des limbes. Ce fut, comme on le sait, la contrepartie accordée au renoncement de José Happart à la fonction de bourgmestre des Fourons et au maintien de ceux-ci dans la province de Limbourg.

Mais aujourd’hui, la vision flamande, dans le cadre confédéral, est bien celle de la cogestion de Bruxelles par les entités flamande et wallonne.

Il ne faudrait pas oublier non plus que la notion de confédéralisme  a été lancée, au début des années 1990, par le CVP Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand. Celui-là même qui, en 1981, avait déposé le projet de loi visant à régionaliser les secteurs industriels nationaux (« Plus un sou flamand pour la sidérurgie wallonne ! »). Lui encore qui appelait José Happart « Monsieur Ha » ou « la chose »…

A propos de son projet « Vlaanderen 2002 », il précisait, le 13 janvier 1993 : « Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. (…) Nous avons le devoir de continuer à réfléchir à la poursuite de la formation de l’Etat flamand. »

« La formation de l’Etat flamand ». Difficile d’être plus clair !

La constitution, en 2004, du cartel CD&V/N-VA montra d’ailleurs que les deux formations se rejoignaient sur cet objectif. Comme vient de le déclarer l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck, « la relation entre le nationalisme flamand et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand ».

Il ne faut surtout pas que les francophones soient dupes. Bien qu’ils soient aujourd’hui concurrents dans la joute électorale, CD&V et N-VA restent en état de flirt.

L’accord sur la sixième réforme de l’Etat était à peine obtenu que le président du CD&V, Wouter Beke, tenait d’ailleurs à mettre les points sur les i : « Personne ne niera qu’une 7e réforme de l’Etat viendra un jour. L’approfondissement de l’Etat est irréversible. Une série de compétences devront encore être attribuées aux Régions : impôt des sociétés, services d’incendie, police… Nous étions aussi, comme le PS, pour la régionalisation de la Justice. Nous voulons qu’on tienne compte, en matière communautaire, de pensions, de sécurité…, de ce que veulent 57% de la population belge, donc les Flamands. »

Les francophones n’ont pas mesuré, en 1999, l’ampleur des résolutions adoptées par le Parlement flamand et qui s’inscrivent clairement dans le projet confédéral que la N-VA a présenté dernièrement.

« Demandeurs de rien » et s’accrochant avec l’énergie du désespoir à ce schéma fédéraliste dont l’ancien Premier ministre Yves Leterme a lui-même déclaré qu’il avait « atteint ses limites », ils finissent cependant toujours par capituler devant les revendications flamandes. Souvenons-nous de Joëlle Milquet – « Madame Non » – et de ses attitudes matamoresques !

Faisant suite au vœu de la Flandre, la sixième réforme de l’Etat entraînera la fonte des transferts financiers. Une situation qui ne manquera pas de frapper durement la Wallonie. Le 16 mai 2011, Rudy Demotte, le ministre-président wallon, avait d’ailleurs tenu à mettre en garde : « Et je ne vous parle pas des éventuels transferts de compétences, en discussion aujourd’hui. Là, attention : soyons conscients que la Flandre a des facilités que nous n’avons pas. En 2014, par exemple, elle disposera de six fois plus de moyens que la Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles…. réunies ! La Flandre disposera alors de 2,5 milliards contre 400 millions pour les autres entités. »

Le nationalisme flamand est un phénomène irréversible, dont aucune réforme de l’Etat ne pourra venir à bout. Rien ni personne ne pourra empêcher, à terme, l’envol d’un Etat flamand souverain, lequel n’aura aucune difficulté à se faire reconnaître sur la scène européenne et internationale.

Si ce nationalisme peut s’expliquer par des raisons historiques, il ne fait aucun doute qu’il se trouve aujourd’hui conforté par le fossé économique qui ne cesse de se creuser entre la Wallonie et la Flandre. Celle-ci n’entend manifestement plus être freinée par un cadre belge qui l’empêche de réaliser pleinement la politique qu’elle souhaite mener.

Le phénomène n’est d’ailleurs pas unique, comme en témoignent les velléités de l’Ecosse et de la Catalogne de rompre également avec leurs cadres étatiques respectifs.

La stratégie flamande est celle du « stap voor stap ». Comme l’a écrit François Perin, dans sa préface à mon livre « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique » (1)  – ce fut son dernier écrit : « Or, l’option confédéraliste, qu’une très large majorité flamande prône depuis 1999, n’est, comme l’a été le fédéralisme, qu’une nouvelle étape pour accéder finalement à l’autonomie complète de la Flandre. »

Plutôt que de se lancer dans de vains combats d’arrière-garde, les dirigeants francophones doivent avoir le courage d’affronter la réalité et de préparer  l’avenir post-belge de leurs concitoyens.

Il y a sept ans, feu Xavier Mabille, le président du Crisp, évoquant l’hypothèse de la scission de l’Etat, précisait : « hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure ». (2)

Jules Gheude

(1) « Mon Petit Editeur », 2013.

(2) « Dans sa préface à mon livre « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin », Ed. Mols, 2007.

Le projet de la N-VA pour la Belgique

Sur le site du « Vif-L’Express », Bart Maddens, politologue à la KUL, proche du mouvement flamand et tête pensante de la N-VA démontre que les élections de mai 2014 seront d’une importance exceptionnelle pour l’avenir de la Flandre, de la Wallonie, de Bruxelles et …de la Belgique. Ne pas écouter ce qu’il dit serait une erreur pour nous, Wallons et Bruxellois. Nous sommes loin ici d’effets d’annonce, d’une communication politicienne.

La N-VA a un projet clair pour la Flandre, tout ce qui manque à la Wallonie et à Bruxelles pour leur région respective. Une fois de plus, c’est la N-VA qui imprime de son empreinte   la campagne électorale, mais aussi la politique belge. C’est une fois de plus au nord que va se définir la politique qui nous concernera. Et les partis flamands vont se positionner en fonction du projet de la N-VA. (Paul D.)

Bart MaddensLa N-VA propose une Belgique à deux avec des Bruxellois forcés à choisir la Flandre ou la Wallonie en ce qui concerne les matières personnalisables comme la culture, l’enseignement ou la sécurité sociale. Est-ce une vision plus cohérente de la Belgique, selon vous?            En tout cas, ce que veut la N-VA est désormais clair. On a souvent dit par le passé qu’elle ne savait pas réellement ce qu’était le confédéralisme, qu’il s’agissait d’un slogan ou encore qu’elle n’avait pas de solution pour Bruxelles. Et c’était effectivement le cas dans le programme de 2010, qui était très flou. Il y a désormais de la clarté.

La N-VA s’inspire du modèle européen, avec un Conseil belge en lieu et place du gouvernement fédéral…                                                                                                Oui, c’est très clair, je n’ai jamais vu de projet aussi détaillé au sujet de l’avenir de la Belgique. C’est bien plus détaillé, par exemple, que les cinq résolutions qui avaient été adoptées par le parlement flamand en 1999. On peut y être favorable ou non, mais on ne peut pas nier que cela soit précis.

Du côté francophone, on considère cette vision comme très radicale. Et les autres partis flamands n’y sont globalement pas favorables non plus.              En ce qui concerne la radicalité du projet, je serai nuancé. Il y a effectivement une série de propositions qui sont assez radicales parce qu’elles touchent aux racines du problème.

Par exemple?
La suppression la Constitution belge au profit d’un traité constitutionnel entre les entités fédérées, la disparition des élections fédérales, seuls les parlements régionaux étant directement élus, ou encore la scission pure et simple de la sécurité sociale, ce sont effectivement des propositions radicales. Franchement, je ne m’attendais pas à un projet qui approche à ce point un pur modèle confédéral.
Mais d’un autre côté, ce que la N-VA propose n’est pas non plus si révolutionnaire que cela. Cela s’inscrit dans la ligne de la pensée flamande au sujet de la réforme de l’Etat depuis les cinq résolutions du parlement flamand de 1999. (…)

Pour découvrir l’intégralité de cet entretien, il suffit de cliquer ici.

La N-VA veut 30 % minimum aux prochaines élections

Sur le site du « Vif-L’Express », Bart de Wever joue une fois de plus la clarté.

Bart De Wever 30 %La N-VA devra obtenir un minimum de 30% aux prochaines élections du 25 mai, a indiqué dimanche sur la VRT son président Bart De Wever qui a précisé qu’il sera plus que probablement candidat à la Chambre dans la circonscription d’Anvers.

« Si nous n’obtenons pas 30%, la tentation sera grande de continuer à diriger sans la N-VA », a indiqué Bart De Wever. Si la N-VA atteint ce cap, elle sera amenée à prendre l’initiative pour former le gouvernement flamand et le gouvernement fédéral, précise son président.

Bart De Wever ne veut pas se prononcer sur la direction que prendront les prochains gouvernements, jugeant qu’il faut attendre le résultat des élections. « Nous devrons jouer avec les cartes qui seront sur la table le 26 mai (…) Il faudra faire les bons choix socio-économiques, de préférence sans le PS » et des réformes institutionnelles, a-t-il dit.

C’est la raison pour laquelle Bart De Wever entend se présenter au fédéral. « C’est là qu’il faudra agir », dit-il sans préciser la place qu’il occupera sur la liste anversoise.

Un satisfecit pour Bart De Wever

Dans sa dernière édition, le magazine Le Vif/L’Express publie un article intitulé Comment la N-VA veut atomiser la Belgique après le 25 mai. (« Un projet limpide depuis la publication d’un texte précis en novembre 2013. Il est l’expression même de la Belgique ‘coquille vide’ que je crains depuis des années, concède Hugues Dumont, professeur de droit constitutionnel aux facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles.« ) Auparavant, nous avons pu lire sur le site du magazine l’article suivant et la réaction de notre ami Frédéric Baeyens.

De Wever AnversUn an après son accession au mayorat d’Anvers, Bart De Wever (N-VA) obtient un score respectable de 6 sur 10. L’enquête a été réalisée pour toutes les communes de Flandre par le quotidien Het Nieuwsblad et le bureau d’études de marché iVox auprès de 116.000 habitants.

De Wever réalise un meilleur résultat que son prédécesseur. En 2012, Patrick Janssens (SP.A) a obtenu 5,02 sur 10 (en 2009, c’était encore 5,84). De Wever progresse donc de 10 pour cent par rapport à la dernière année du gouvernement de Janssens.

« Je suis satisfait », a déclaré De Wever. « Évidemment les Anversois ne dansent pas de joie après un an, mais mon score n’est pas mauvais du tout ».

Logique

Le politologue Johan Ackaert (Université de Hasselt) estime que le résultat obtenu par De Wever est logique. « Il n’y a aucun bourgmestre en Flandre qui a été aussi médiatisé que De Wever. En outre, de nombreux Anversois donnent encore le bénéfice du doute à l’homme qui apporterait le grand changement et l’innovation », explique-t-il.

Dans de nombreuses autres villes, les bourgmestres reculent par rapport à 2012. C’est notamment le cas à Louvain, à Gand, à Bruges, à Ostende et à Hasselt où, après tous les scandales, la bourgmestre Hilde Claes (SP.A) obtient un lamentable 4 sur 10.

Frédéric Baeyens | 21 janvier 2014

On a tellement dit que la NV-A ne résisterait pas à l’exercice du pouvoir… Voici un sondage qui nous dit l’inverse. C’est pour cela que les commentateurs s’empressent de dire qu’il s’agit là d’une cote attribuée au bénéfice du doute plutôt qu’à la gestion de la NV-A à Anvers. Je pense sérieusement qu’on aura droit à un raz-de-marée de la NV-A en 2014 et de voir les partis francophones continuer à ne pas préparer la Wallonie et Bruxelles de demain m’inquiète. Il serait temps qu’un véritable Congrès nous indique la direction : confédéralisme ? Indépendance ? Rapprochement avec la France ? Ou, comme d’hab’, demandeurs de rien, position attentiste pour soi-disant sauver une Belgique de plus en plus aux ordres de la Flandre.