La Belgique crée son poète étatique…

Voilà, c’est fait. « Le Poëziecentrum de Gand, la Maison de la poésie et de la langue française de Namur et la nouvelle organisation littéraire VONK & Zonen d’Anvers, ont officiellement introduit, mercredi, à la maison internationale des littératures Passa poètePorta, rue Antoine Dansaert, à Bruxelles, l’auteur néerlandophone Charles Ducal comme premier poète national de Belgique. » C’est une information « Belga » qu’on peut lire, notamment, sur le site de la RTBF.

Ainsi donc, la Belgique a son poète national. Mieux ! Il est nommé pour deux ans (nous ne savons pas vraiment par qui il est nommé, ni la somme qui lui sera versée pour s’offrir corps et âme à la nation ). Mieux encore, il devra écrire six poèmes sur diverses thématiques de la Belgique. Mieux, mieux encore, ses poèmes devront être traduits en français/néerlandais et en allemand.

Nous sommes bien sûr au pays du surréalisme, cela devient fastidieux de le répéter, mais que ne ferait-on pas pour susciter un nationalisme belge ?

Nommer un poète national, lui imposer une thématique à la gloire de la nation, ordonner la traduction des poèmes dans les trois langues nationales… Cela ne vous rappelle pas une époque révolue ?

Cette annonce est bien dans la ligne de l’inauguration du nouveau grand théâtre de Liège où les acteurs d’une pièce de Shakespeare parlaient l’un en néerlandais et l’autre en français. La critique tout comme tout ce que compte Liège en matière de « people » n’avaient de mots assez forts que pour s’extasier devant cette audace et cette prouesse artistiques. Ne mettons pourtant pas tous les « people » dans le même sac : l’un d’eux me confiait qu’il n’avait pas du tout apprécié et qu’il ne lèverait pas le petit doigt pour sauver la Belgique. Combien étaient-ils d’ailleurs à applaudir et à penser combien était ridicule le spectacle offert ? Mais ceci est une autre question !

Paul D.

Ainsi que le fait remarquer notre ami Michel Pieret, l’introduction d’un poète national en Belgique a fait l’objet d’un article publié sur le site du quotidien Libération. Voici l’article en question, signé Edouard Launet :

Edouard LaunetA la fin du mois, la Belgique aura son Poète national, nommé pour deux ans. Il est bien temps ! Ce pays n’existe plus beaucoup, peut-être qu’un petit coup de Superglue poétique arrivera à ressouder les communautés francophone et néerlandophone. Car le Poète national devra écrire «au minimum six poèmes par an sur diverses thématiques de la Belgique» et verra ses productions traduites dans les trois langues du pays, car il y a l’allemand aussi. On a hâte.

Le premier Poète national était néerlandophone : il s’appelle Charles Ducal. Impossible pour l’heure de trouver sur la Toile le moindre de ses travaux adapté en français. Il faut s’en remettre à la traduction automatique. Cela donne par exemple : «L’impuissance de mon amour pour faire une photo / qui fait son indélébile / non pas comme une image pour obtenir son retour / mais comme quelque chose qui n’existe pas.» Pas mal. On aimerait connaître, dans cette saisissante image, les parts respectives de la licence poétique et de la balourdise informatique.

Ducal et la traduction Google écrivent aussi : «C’est mon amour. Ils ne me tourmentent pas / elle me donne la fièvre / Elle est belle, mais pas dans le miroir / sa viande n’est pas un mot.» C’est plus expérimental, mais cela passe à peu près. On ne sait qui «ils» sont, mais l’apparition inopinée de la viande est un bonheur.

Le futur Poète national et notre assistance informatique embarquée nous proposent encore : «Une vie écrit sa peur sur son visage / mais c’est simple passe-temps / son visage ne change rien.» Et plus loin : «Sa bouche lit tous les mots objectivement / dans l’armoire sont disponibles : / noix, des bonbons, un sac de croustilles.» Ces anacoluthes ne sont-elles pas furieusement houellebecquiennes ? Ne font-elles pas penser à : «Petit visage de cochon / Tout aplati par la détresse / Les seins qui tombent à dix-sept ans / Et la triste pâleur des fesses» ?

Houellebecq, malgré ses immenses qualités, aurait du mal à revendiquer le titre de Poète national, si le poste était créé en France. Car la place est déjà prise : Victor Hugo ne l’a jamais lâchée, malgré Aragon. Pas une plaie hexagonale qui ne puisse être cicatrisée par le souffle hugolien, pas une blessure nationale qu’il ne sache recoudre, pas une tristesse qu’il ne soit allé fouiller. «La tombe dit à la rose : / – Des pleurs dont l’aube t’arrose / que fais-tu, fleur des amours ? / La rose dit à la tombe : / – Que fais-tu de ce qui tombe / dans ton gouffre ouvert toujours ?»

Tiens, si les Belges le désiraient, on pourrait même leur prêter Hugo, qui se serait bien vu Poète national de nos deux pays…

…D’ailleurs, avant même de s’atteler à sa lourde tâche, le Poète national belge semble avoir déjà renoncé puisqu’il écrit, si l’on en croit Google Trad : «Je sais que c’est idiot / Je vais mourir avec mon travail / déjà à moitié effacé et sans espoir / Mais ce n’est pas un argument.»

7 réflexions sur « La Belgique crée son poète étatique… »

  1. Voilà de quoi rendre Pirenne heureux. Sorti du tombeau, le Belge retourne aux coutumes des rois et des empreurs de l’Antiquité.
    S’il fallait choisir un Flamand, pourquoi n’avoir pas remis Verhaeren au goût du jour; les élèves du secondaire apprendraient quelque chose d’intéressant. Maintenant, il serait temps que la Flandre s’attribue tous ses poètes même ceux qui écrivirent en français afin de les « débelgifier ».

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  2. Il y en a qui ont des maisons de la pohésie comme d’autres ont des maisons de tolérance.

    Toute cette culture subventionnée ne mérite qu’un bon coup de lance-flammes.

    Sauvez un chômeur, brûlez un pohème.

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  3. Ah, la Kulture… quel succulent fromage à se partager entre frères.

    Un article de la Libre de ce Samedi nous apprend que la mirifique Cité Miroir de Liège a capté près de 22 millions. Le journaliste s’étonne d’une telle somme allouée à la « culture » dans une région en crise (coucou les chômeurs exclus !) et qui ne manque pourtant pas d’infrastructures culturelles.

    Une « usine à gaz » écrit la Libre en évoquant le montage financier. Beaucoup de tuyaux, en effet… mais l’essentiel est que le pipe-line s’écoule dans la loge. Cela peut aussi se dire de la culture en communauté française de Belgique. On comprend mieux pourquoi la soeur Fadina affiche toujours ce rictus réjoui. La Belgique c’est formidable… pour les initiés !

    Après tout, le premier roi de Belgique-une-fois, le frère Léopold I n’avait-il pas montré la voie, lui qui traitait son pays (le sien, en effet) de « sale boutique » tout en reconnaissant qu’il ne cherchait qu’à s’y constituer une fortune pour lui et sa famille ?

    Du coup, on comprend mieux pourquoi aussi la mémoire (cette autre tarte à la crème) est si sélective et pourquoi les souffrances des Wallons sont si peu prises en compte. D’ailleurs, il n’y a pas de Wallons, le peuple Wallon n’a *jamais* existé, voyons ! Ben oui, nous sommes tous belges et immigrés, pas vrai ?

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  4. Chers amis, Le Centre de Dentelle et des Mtiers dArt de Binche est trs heureux de vous communiquer cette excellente nouvelle dautant plus quelle amplifie le caractre international de notre association et quelle survient la veille du Carnaval de Binche. Cest le cadeau notre Ville pour son 10me anniversaire de Carnaval UNESCO. Bravo Caro ! I na quin Binche au monde ! Traduction maison : Chre Madame Guerriero, Vous avez particip au concours intitul Eau en Mouvement propos par lassociation allemande de la dentelle au fuseau. Le jury sest runi et a valu les travaux prsents. Votre uvre DE C a t juge comme trs estimable et sera, par consquent, prsente aux participant(e)s dans le cadre dune confrence figurant au programme du congrs annuel de la dentelle au fuseau Hattingen (1). La confrence aura probablement lieu le samedi 26 avril 20140 13.30hrs. Bien amicalement. Madame Margit Keinsteuber. NDLR :Hattingen, ville de 56.000 habitants,situe en Rhnanie du Nord-Westphalie 300 kms dici.

    De : Dentelle de binche [mailto:lefuseau@skynet.be] Envoy : mardi 11 fvrier 2014 17:44 : ‘willy burgeon’ Objet : TR: Wettbewerb 2014

    Pouvez-vous me traduire ce texte (voir la pice jointe)

    Merci

    Caro

    _____

    De : Margit Kleinsteuber [mailto:kloeppeln-kleinsteuber@online.de] Envoy : lundi 10 fvrier 2014 20:35 : lefuseau@skynet.be Objet : Fwd: Wettbewerb 2014

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