En passant

La Wallonie face à un mur

Dimanche, le Vlaamse Volksbeweging a envoyé un observateur à notre assemblée générale ouverte, en la personne de son secrétaire politique Willy De Waele. Lorsque la parole fut donnée à l’assistance, il sollicita le micro pour dire quelques mots à un public un peu crispé. des sousSon message : la Flandre n’est pas contre la solidarité mais il ne faut pas qu’elle perde de l’argent (!) ; or, la Wallonie, c’est le tonneau des Danaïdes.

Le VVB, qui milite pour l’indépendance de la Flandre, est loin d’être un mouvement marginal en Flandre (c’est à un de ses congrès, en 1962, que Wilfried Martens plaida pour le fédéralisme : on n’en est plus là). Ce que la Wallonie coûte à la Flandre, en termes de transferts financiers, toute autre considération mise à part, cela reste un sujet controversé. Selon Willy De Waele, qui disait tenir ses chiffres d’Eurostat, les transferts s’élèveraient à 9 milliards d’euros par an (ce qui, soit dit en passant, resterait dans la moyenne des transferts régionaux observés en Europe). Le message est clair : c’est de l’argent perdu pour la Flandre, il faut que cela cesse. La 6e réforme de l’Etat conduit déjà à une réduction sensible de la solidarité interrégionale en Belgique, mais ce n’est qu’un début.

En Wallonie, personne ne sera épargné, mais certains seront plus touchés que d’autres. On n’a encore rien vu. La région Wallonie hésite à comprimer ses budgets. Politiquement, c’est risqué d’aller plus loin dans la rigueur, surtout pour des formations de gauche qui dénoncent les mesures antisociales décidées par le gouvernement fédéral (dominé par la droite et par la Flandre). La Wallonie compte sur les investissements publics pour se relancer, mais déjà, l’argent manque : alors, que se passera-t-il dans un avenir plus ou moins proche ?

Sauver la Belgique actuelle est certainement ce que cherchent à faire les décideurs wallons, ils misent sans doute sur l’effet « Diables rouges » pour maintenir le plus longtemps possible un niveau « acceptable » de solidarité dans le cadre belge. Il est certain que l’attachement à la Belgique est cultivé, nourri par les médias, du moins en Belgique francophone. A court terme, cela peut masquer les problèmes, on peut rassurer les gens, le chauvinisme made in Belgium peut les endormir dans une douce euphorie : et après, que fera la Wallonie ?

Le professeur Gazon tire à nouveau la sonnette d’alarme : au vu des données les plus récentes, il apparaît que la Wallonie ne peut en aucun cas envisager une quelconque forme d’autonomie financière, dans le cadre belge (confédéralisme) aussi bien qu’en dehors (indépendance). La Wallonie connaîtrait le sort de la Grèce. En pire, car la Wallonie ne mobilise par les énergies comme peut le faire une nation. Les Belges francophones sont des somnambules, ils ne voudraient pas se réveiller wallons, wallons dans la tourmente financière : c’est alors que la stratégie actuelle, qui vise à conforter le sentiment d’appartenance à la Belgique, pourrait se révéler catastrophique. Incapables de se détacher de la Belgique, et de se sentir responsables de la Wallonie, les « Belges du Sud » rejetteraient massivement les très lourds sacrifices que leur imposerait la situation.

Cela peut arriver dans quelques années, et rien n’est fait, rien n’est dit pour préparer les « Belges du Sud » à une telle éventualité. Le sentiment d’abandon, de trahison, pourrait conduire à des émeutes insurrectionnelles. Après l’éclatement de la Belgique, on pourrait même avoir une implosion de la Wallonie, avec un Brabant qui, pour des raisons économiques et historiques, voudrait s’accrocher à Bruxelles, avec une province du Luxembourg qui, en se séparant des autres provinces wallonnes, arriverait à se faire accepter dans le Grand-Duché. Un tel scénario de crise est possible et, dès lors, doit être envisagé par les autorités régionales. Il manque une conscience wallonne, le sentiment de partager un destin commun, indépendamment de la Belgique. Après 35 ans de régionalisme/fédéralisme, le constat est accablant.

La Wallonie a besoin de temps, de soutien, d’empathie. Il n’y a que la France pour lui donner la stabilité dont elle a besoin. C’est la conclusion du professeur Gazon. (G.R.)

Voici l’analyse du professeur Gazon. A peu de choses près, il s’agit du texte que le journal Le Soir a publié récemment.

Wallonie : Connais-toi toi-même

Le calme institutionnel actuel ne peut dissimuler la volonté flamande d’instaurer un Etat confédéral avec rupture du lien solidaire entre les Régions. Cette option aura pour conséquence de confronter chaque Région à l’autonomie budgétaire y compris pour la sécurité sociale.  Etonnamment, les statistiques officielles, qu’elles soient nationales ou régionales, ignorent cette problématique. Elles ne répondent pas à la question de savoir si l’autonomie budgétaire des Régions inhérente au confédéralisme est soutenable.

La connaissance de la réalité et son anticipation constituent pourtant le point d’appui de toute politique attentive au bien-être des générations futures et singulièrement de l’équilibre des finances publiques. En Wallonie, le discours ambiant se veut optimiste. Le gouvernement souligne les réussites : les plans Marshall en sont et c’est bien de le faire savoir. Mais masquer l’ampleur de l’effort à fournir, le véritable état des lieux, c’est s’inscrire dans le scénario à la grecque. Cette descente des Grecs aux enfers pour avoir falsifié les chiffres, ignorant la devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate reprend à son compte : Connais-toi toi-même. Retardant d’autant la prise de conscience et notamment la mise en œuvre du redressement des finances publiques.

La Wallonie n’est pas la Grèce. Quoique ! Si les statistiques publiées ne sont pas trafiquées, elles sont trop souvent insuffisantes, voire ambiguës, pour mobiliser les acteurs dès aujourd’hui autour des véritables défis à relever.

En 2011, sur base des chiffres 2009, j’ai montré que les finances publiques d’une Wallonie autonome n’étaient pas soutenables. Cette analyse fut possible grâce à une publication du CERPE de l’Université de Namur. En avril 2015, le CERPE publie à nouveau un cahier de recherche faisant le point sur les transferts interrégionaux en Belgique suivant la méthode du « juste retour ». Cette méthode postule un Etat soucieux de la solidarité entre ses Régions. Elle n’est pas applicable dès lors que l’on se place dans la perspective d’une autonomie des Régions pour la gestion des finances publiques. La publication du CERPE m’a toutefois permis d’actualiser mon étude de 2011. Sur base des chiffres 2007-2012, la conclusion reste inchangée : une Wallonie autonome n’est pas soutenable au plan des finances publiques.

Il ne s’agit pas d’épiloguer sur la scission possible ou non de la Belgique mais bien de faire ressortir ce que seraient les finances publiques d’une Wallonie autonome, que ce soit au sein d’une Belgique confédérale, dans l’indépendance ou pour toute autre alternative. S’impose alors la connaissance du solde net à financer d’une Wallonie autonome, sécurité sociale comprise. Ce solde net à financer pour les Régions (Communautés incluses) avant prise en compte des intérêts de la dette publique, est constitué de la somme du solde primaire net à financer (différence entre les recettes et les dépenses primaires [i]) de chacune des Régions [ii] et de ce qui ressortit à chaque Région dans les comptes de l’entité fédérale en termes de recettes et de dépenses publiques, ce qui revient à défédéraliser les comptes de l’entité fédérale. On obtient ainsi les soldes primaires de chacune des entités fédérées dans un cadre institutionnel d’autonomie (voir tableau 1).

Le tableau 1, selon l’optique du domicile [iii], montre qu’en cas d’autonomie budgétaire, la Wallonie aurait présenté en 2012 un déficit primaire de 7, 939 mias d’euros, ce qui correspond à 8,83% de son Produit Intérieur Brut (PIB), alors que la Flandre aurait enregistré la même année un surplus primaire de 7,411 mias d’euros (3,45% de son PIB), et Bruxelles un déficit primaire de 741 mios d’euros (1,04% de son PIB).

En se limitant à la Wallonie, soulignons un déficit récurent de l’Entité régionale en légère diminution sur la période 2009-2012 ; la source majeure du déficit primaire pour la Wallonie autonome se loge au niveau des compétences de l’Entité fédérale afférentes à la Wallonie, comme c’est le cas pour la sécurité sociale. C’est à ce niveau que se creuse le déficit de la Wallonie, déficit non directement ressenti par les Wallons en raison de la solidarité flamande.

Tableau 1 : Soldes primaires nets à financer (optique au lieu de domicile)

tableau 1

Source : CERPE, n° 77 – 2015/01, C. Emaesteen, M-E Mulquin, M. Mignolet et M. Romato ;
F : Solde primaire régionalisé de l’Entité fédérale ; f : Solde primaire de l’entité fédérée ;T=F+f : Solde primaire de l’entité fédérée autonome.

Mais pour appréhender la dimension budgétaire d’une Wallonie autonome, il faut encore ajouter au déficit primaire les intérêts de la dette publique qui seraient imputables à la Wallonie. Ceux-ci dépendent du critère retenu pour le partage de la dette. Si on répartit la dette publique au prorata des Produits intérieurs bruts régionaux (hypothèse optimiste pour la Wallonie en cas de scission du pays), sachant que les intérêts de la dette publique belge en 2012 se chiffrent à 13,257 mias d’euros [iv], on obtient les résultats du tableau 2 ci-dessous :

Tableau 2 : Solde net à financer (intérêts de la dette publique compris) : année 2012

tableau 2

Le solde net à financer par la Région wallonne autonome se serait donc élevé en 2012 à 11,121 mias, soit 12,37 % du PIB wallon et environ 24 % des dépenses publique wallonnes [v]. Ne disposant pas des statistiques mesurant les besoins de financement des provinces et communes, je n’ai pas pu les intégrer dans le calcul.

Une telle réalité résultant de la rupture du lien solidaire avec la Flandre, déclencherait un processus infernal du type de celui que connaît la Grèce qui, en 2009, hasard des chiffres, présentait un solde net à financer en proportion de son PIB proche de celui calculé pour une Wallonie autonome. On sait donc ce que serait l’avenir wallon en l’absence d’une mobilisation immédiate, constructive et surtout consciente des vrais défis à relever. Une information objective et récurrente s’impose pour qu’aucun décideur politique, social ou économique ne puisse échapper à la vérité des chiffres. Connais-toi toi-même et sois responsable de tes décisions et comportements, sachant qu’on ne peut partager que ce que l’on crée et qu’on ne peut reporter sur les générations futures le financement par l’emprunt des dépenses hors investissements des Administrations publiques.

Quelles que soient les options institutionnelles futures, la Wallonie ne pourra se soustraire au redressement de ses finances publiques qui nécessite une réduction drastique de son hypertrophie politico-administrative.

La continuité de la Belgique fédérale ne peut subsister que si la Flandre garantit le lien solidaire interrégional, ce qui postule, pour le moins, que les Wallons acceptent la résorption du déficit qui leur est imputable. La septième réforme de l’Etat l’imposera dans le confédéralisme non seulement voulu par la N-VA mais bien par une majorité flamande. Une façon élégante de nommer la fin de la solidarité interrégionale et de créer les conditions de la scission du pays !

L’indépendance d’une Wallonie en cessation virtuelle de paiement n’est pas soutenable. Elle engendrerait un appauvrissement considérable des Wallons, l’insurrection voire l’éclatement de la Wallonie.

Une union de la Wallonie à Bruxelles, plus viable au plan économique que l’indépendance wallonne en raison du PIB/habitant de Bruxelles qui est un des meilleurs des Régions d’Europe, présenterait néanmoins un déficit public important. Et elle se heurterait à l’opposition tant des Bruxellois que des Flamands.

Dès lors, à défaut de pouvoir maintenir la solidarité interrégionale belge, l’union à la France soutenue par certains s’avèrerait crédible grâce à un effet d’échelle rendant le déficit et la dette wallonne supportables par rapport au PIB de la France « augmentée » de la Wallonie. Cette union ne pourrait se limiter à une simple association. Elle postule nécessairement une intégration fusionnant les systèmes sociaux tout en autorisant, si telle est la volonté des parties, une relative autonomie wallonne au sein de la France. Voir Jacques Lenain  (www.belgique-francaise.fr), proposition reprise par l’Alliance Wallonie France (AWF) (https://alliancewalloniefrance.wordpress.com) et son président Paul Durieux et par d’autres comme Jules Gheude.  Paul-Henry Gendebien ayant porté l’idée d’une fusion totale.

[i] Dépenses, recettes et solde primaire à financer sont les dépenses, les recettes et le solde (recettes-dépenses) d’une entité publique avant prise en considération des charges d’intérêt.

[ii] L’information statistique disponible ne permet pas d’évaluer au niveau régional les soldes des Entités communales et provinciales qui ne sont donc pas intégrés dans le calcul.

[iii] L’ordre de grandeur des résultats selon l’optique du lieu de travail n’est pas sensiblement différent sauf pour Bruxelles qui, selon cette optique, est en surplus.

[iv] Rapport 2014 de la BNB.

[v] On applique à la Wallonie le pourcentage des dépenses publiques belges par rapport au PIB belge qui en 2012, était de 51,4 %,

Jules GAZON, Professeur émérite, HEC, Ecole de gestion de l’Université de Liège, août 2015

La Wallonie et la France, 70 ans après le coup de semonce de 1945

Vous trouverez ci-après l’intégralité du discours prononcé par M. Philippe Destatte, Directeur général de l’Institut Jules Destrée, à l’Assemblée Générale Ouverte de l’A.W.F. Je vous en souhaite bonne lecture. Sous l’onglet « Vie du mouvement », vous trouverez les résultats du vote des membres de l’AWF pour élire le Conseil Général et le président de notre mouvement, mais aussi pour ratifier nos statuts.

La Wallonie et la France, 70 ans après le coup de semonce de 1945

Liège, le 11 octobre 2015

Permettez-moi d’abord de remercier et féliciter l’Alliance Wallonie-France d’avoir souhaité commémorer le Congrès national wallon des 20 et 21 octobre 1945, soixante-dix ans après sa tenue et ici-même, à Liège. C’est pour moi un triple honneur de répondre à votre invitation d’évoquer cet événement majeur de l’histoire de la Wallonie. Un honneur en tant qu’historien d’abord, en tant que Wallon, ensuite, en tant que citoyen et démocrate, enfin. Ces trois regards s’articulent naturellement entre passé, présent et avenir.

1. En tant qu’historien : un regard vers le passé

Un honneur d’historien, bien sûr, car c’est mon métier, ma profession, depuis 35 ans, d’écrire et surtout d’enseigner l’histoire. L’existence du Congrès national wallon de 1945 ne me fut toutefois pas apprise sur les bancs de l’Université de Liège et il m’a fallu attendre le double choc de mes deux rencontres avec Hervé Hasquin, en 1980, – et donc l’Institut Destrée –, et avec Jean Louvet, début 1982, pour prendre conscience de l’importance de cet événement dans l’histoire de la Wallonie et donc dans ma propre existence. Certes, on trouve une demi-page sur le sujet dans l’Histoire de la Wallonie publiée sous la direction de Léopold Genicot, en 1973, mais cette partie, ayant été rédigée par le Père André Boland, professeur aux Facultés de Namur et de Saint-Louis [1], n’avait pas reçu toute l’attention requise de la part des chercheurs liégeois.

Cela allait rapidement changer puisque, dès 1986, au moment même où nous lancions à l’Institut Destrée le Centre interuniversitaire d’Histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon, le professeur Paul Gérin organisait, dans le cadre de son cours de critique historique de l’époque contemporaine, une enquête auprès des participants au congrès de 1945 toujours en vie. C’est ce travail qui allait servir de premier matériel à la recherche et à la publication par Philippe Raxhon de son Histoire du Congrès wallon de 1945, judicieusement sous-titrée : Un avenir politique pour la Wallonie ? Cet ouvrage a été édité par l’Institut Destrée en 1995, avec une préface de Paul Gérin. A l’issue d’une recherche précise, mobilisant des sources et des témoignages nouveaux, Philippe Raxhon concluait que, après le coup de théâtre du vote sentimental favorable à la réunion de la Wallonie à la France, (…) la Wallonie cessa d’être mythique aux yeux d’une avant-garde démocratique wallonne, pour devenir un projet politique et institutionnel cohérent dont les étapes de modifications constitutionnelles vers l’instauration de l’État fédéral belge seraient la concrétisation [2]. Mais, me direz-vous, et vous aurez raison, depuis 1995, vingt ans de fédéralisme ont coulé sous le pont de la Belgique. Nous y reviendrons, vous bien sûr lors de vos débats, et moi-même dans quelques instants.

Il me faut dire encore qu’outre cette édition, nous n’étions pas restés inactifs pour commémorer le cinquantième anniversaire du congrès puisque mon collègue Paul Delforge réalisait des interviews et un montage audiovisuel d’anciens témoins et non des moindres puisqu’il s’agit de personnalités comme Aimée Bologne-Lemaire, Léon Halkin, Alfred Califice, André Schreurs, etc. De son côté, avec l’appui du Ministre-Président Robert Collignon, Marie-Anne Delahaut préparait avec Jean Louvet les matériaux pour écrire une pièce de théâtre qui devait faire revivre le congrès dans différentes villes wallonnes en reprenant comme titre la formule d’Olympe Gilbart, le coup de semonce 3. Son acteur principal, Jean-Claude Derudder, devait d’ailleurs recevoir le prix du Wallon de l’année 1996 pour sa magistrale interprétation de plusieurs ténors du congrès.

En ce qui me concerne, et depuis le milieu des années 1980, le Congrès national wallon n’a cessé d’être au cœur de mon enseignement de l’histoire de la Wallonie, que ce soit dans le secondaire, que je n’ai jamais cessé de fréquenter, dans le supérieur ou encore à l’université, où j’enseigne depuis plus de dix ans l’histoire de la Belgique – et donc aussi de la Wallonie –, de ses sociétés et de ses institutions à l’Université de Mons. Il est rare que je ne l’évoque pas également dans mes exposés devant un public plus large, en particulier lorsqu’il s’agit de la réforme de l’État.

En effet, le Congrès national wallon polarise véritablement la demande wallonne en matière d’autonomie dans le contexte fondamentalement dramatique qui est celui de la sortie de la guerre 1940-1945. Et ce moment, on doit le regretter, ne fait pas suffisamment partie, malgré nos efforts, de l’histoire collective de la Wallonie, de sa compréhension de sa propre trajectoire. Je dirais même que cette absence rend incompréhensible dans beaucoup d’esprits, y compris de chercheurs et du monde politique, la demande sociale wallonne en termes de réforme de l’État. Observons d’ailleurs que de nombreuses personnalités politiques wallonnes, et non des moindres, considèrent que le Mouvement wallon démarre réellement avec André Renard en 1960-1961. Non seulement, elles ignorent qu’André Renard était présent en 1950 déjà, tout comme il était actif dans la résistance wallonne, mais surtout que la volonté qui animait le congrès était née des trahisons de la Lys et du Canal Albert, comme le disait François Simon, un dur Ardennais vivant à Bruxelles, co-fondateur de Wallonie libre en 1940 [4]. Celui qui avait peut-être pu rencontrer le Général De Gaulle à Alger, en 1944, rappelait que ceux qui avaient trahi sur le champ de bataille avaient pratiquement déchiré le peu de solidarité qui existait dans la Belgique. Ces trahisons, disait-il, n’ont jamais été le fait des régimes wallons, mais partout où notre jeunesse combattait en avant, en arrière, à gauche, à droite, elle voyait d’autres régiments qui étaient appelés à la soutenir, abandonner la bataille, et certains même accueillir Hitler en libérateur ! (Applaudissements). Il est né aussi poursuivait Simon ce sentiment de l’abandon de nos camarades dans les camps de prisonniers  5. (…) C’est là, notait Simon, que la rupture s’est faite.

C’est cela que l’on veut nous faire oublier depuis. C’est cela qu’on ne cesse de minimiser, de cacher, de pervertir. La presse bien pensante, mais aussi des historiens au service de je ne sais quelle cause, ont empêché que cette compréhension soit faite. Entendez-moi bien, mon souci n’est pas et n’a jamais été de fustiger la Flandre et les Flamands pour l’attitude de ceux qui ont trahi. Ma préoccupation a été de dire que, si on ne saisit pas ce qui s’est passé entre 1940 et 1945 en Belgique, on ne comprend pas la rupture qu’a constituée le vote du congrès de 1945 ni le résultat, qui le prolonge, de la consultation populaire de 1950. Et, à nouveau, je rends ici hommage à Hervé Hasquin, pour avoir non seulement cherché et trouvé des preuves de ces défaillances, mais aussi, d’avoir eu le courage de les rendre publiques 6. Ces témoignages se sont, bien entendu, multipliés et renforcés depuis.

J’ajouterai que, au delà de ces questions que Simon qualifiait de sentimentales, mais qui sont hautement politiques, la présentation, par Fernand Schreurs, secrétaire général du Congrès, des griefs de la Wallonie sont définis dans les domaines économiques, notamment la concentration financière et la désindustrialisation [7]. Ces aspects du rapport seront tellement convaincants qu’ils auront des répercussions sur le futur Premier Ministre Jean Duvieusart, déjà préoccupé avant-guerre par cette question, mais aussi sur Paul Henry Spaak, dont on connaît la volatilité et l’opportunisme, mais qui dégagera les moyens pour faire réaliser le remarquable rapport du Conseil économique wallon sur l’état de la Wallonie, publié en 1947 8.

Le droit que s’octroie la Wallonie en ce 20 octobre 1945, c’est, comme l’écrit Théo Pirard, celui de scruter son destin [9]. En fait, il s’agit, pour le congrès, de définir des solutions pour liquider le problème wallon. Elles sont au nombre de quatre : quatre posi­tions qui seront défendues tour à tour, sur lesquelles le congrès aura à se prononcer :

  1. Le maintien de la structure unitaire de la Belgique avec des modifications plus ou moins importantes dans l’appa­reil constitutionnel ou légal;
  2. L’autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique;
  3. L’indépendance complète de la Wallonie;
  4. La réunion de la Wallonie à la France  [10].

Comme le confirmera le député Joseph Merlot à la Chambre, deux votes écrits et secrets ont été prévus dès avant le congrès et organisés durant l’événement 11. Un premier vote, qualifié de sentimental mais au scrutin secret, accorde 486 voix à la réunion à la France, 391 voix au fédéralisme, 154 voix à l’indépendance de la Wallonie et 17 voix à la formule de décentralisation de la Belgique. Pourtant, au terme de la deuxième journée de discours et de débats, c’est à main levée que l’assemblée se prononce, à l’unanimité moins 2 voix, pour l’autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique 12. Ainsi que l’explique Fernand Schreurs, cette éti­quette recouvre à la fois l’Etat fédéral selon la formule Truffaut – Dehousse, la confé­dération d’Etats présentée par la Fédération socialiste liégeoise et l’union personnelle ou réelle 13. Dans un souci d’unité et de réalisme politique, les ténors du mouvement ont rallié leurs militants à la solution raisonnable de l’auto­nomie 14. Comme l’a dit Charles Plisnier dans un discours pourtant enflammé, on ne fait pas l’impasse d’une expérience politique 15.

Ainsi que l’indique François Simon en tribune libre du journal Le Gaulois, les partisans de l’indépendance de la Wallonie et du rattachement à la France ont estimé qu’une dernière expérience restait à tenter, une dernière preuve à faire : celle qui consiste à faire éclater la mauvaise foi des diri­geants unitaires et l’impossibilité de doter la Wallonie, dans le cadre belge, d’un système qui lui rende son entière souve­raineté 16.

2. En tant que Wallon : une analyse du présent

En tant que Wallon, le regard que je porte sur le présent ne laisse pas de m’inquiéter. De 1945 au milieu des années 1960, sous les effets conjugués de son absence de dynamisme, d’innovation, d’autonomie, de créativité, de volonté de redéploiement, la Wallonie a poursuivi son déclin. Il faut ajouter à ces causes, le choix des holdings comme la Générale de transférer 20 % de ses participations du Sud vers le Nord. La Wallonie qui représente 33,2 % des activités de la Générale, en 1965, n’en représente plus que 28,6 %, en 1980. La part de la Flandre est passée de 53,5 à 60 % du portefeuille belge du holding 17. Des constats semblables peuvent être faits pour d’autres groupes financiers, comme Brufina, Cofinindus. En 1963, la richesse par habitant est passé sous celle de la Flandre et il a fallu attendre la fin des années soixante pour que la Wallonie puisse vraiment commencer à agir pour changer sa trajectoire. Ainsi, je ne suis pas de ceux qui pensent que les efforts de redéploiement de la Wallonie commencent en 1997 ou en 1999. Si les ministres Fernand Delmotte, Jean-Pierre Grafé, Jean Defraigne, Jean Gol, Alfred Califice, Robert Moreau, Guy Mathot, Jean-Maurice Dehousse, Philippe Busquin, Melchior Wathelet, Bernard Anselme, Guy Spitaels et Robert Collignon – et j’en oublie ! – n’avaient pas fait ce qu’ils ont fait et donné à la Wallonie, elle n’aurait pas enrayé son déclin dans la seconde moitié des années 1980. Néanmoins, et malgré les contrats d’avenir et les plans dits Marshall, nous nous maintenons sur un palier, mais nous stagnons. Nous nous redéployons, mais nous ne décollons pas. Nous gérons au mieux, certes, mais nous ne nous transformons pas véritablement. Nous voulons accélérer – ce sont les mots du Ministre-président Paul Magnette – mais nous n’accélérons pas encore 18. Les dernières analyses entendues ne sont pas là pour nous rassurer 19. La responsabilité de cette situation ne résulte pas de quelques-uns, ni de nos gouvernants, ni des Flamands, ni du fédéral, ni de l’Europe. Cette responsabilité nous est imputable. Elle est collective. Elle résulte de vous, elle résulte de moi.

Certes, le fédéralisme ne nous a pas éblouis par sa capacité de transformation. Il a fallu vingt ans depuis 1945 pour commencer, très timidement à l’obtenir. Il reste partiel, saucissonné entre la Région wallonne et la Communauté française, et l’intérêt, le bien commun wallon restent fondamentalement brouillés par les logiques de partis qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, restent éloignés de la Wallonie. Intérêt régional et bien commun sont également affectés par des logiques syndicales qui ne font plus de la Wallonie leur rêve d’une justice sociale et d’une région d’où serait bannie le chômage, pour citer approximativement André Renard 20. Comment le pourraient-ils, me direz-vous ? Il en est de même du monde associatif qui éprouve des difficultés gigantesques à mobiliser. Les entreprises semblent aujourd’hui les seules à vraiment s’inscrire dans un cadre wallon tout en s’articulant avec la nécessaire mondialisation. Il me suffit d’ailleurs de fréquenter parfois le Cercle de Wallonie, l’Union wallonne des Entreprises ou les sections wallonnes du Forum financier pour retrouver l’allant que l’on rencontrait hier dans d’autres lieux.

Le présent n’est pas sombre, car il est le lieu de nos actions, le moment où nous pouvons construire un avenir meilleur. Je crois néanmoins qu’aujourd’hui il est difficile de dire à nos enfants et à nos petits-enfants ce qu’on m’a dit dans les années 1970, 1980 et 1990. Encore dix ans, encore vingt ans, et la Wallonie se portera mieux. Or aujourd’hui, les meilleurs économistes nous disent que la Wallonie ne pourra rattraper ni la moyenne belge ni la moyenne européenne avant vingt ans, toutes choses restant constantes par ailleurs.

Ma conviction est donc qu’il faut changer de trajectoire et construire l’avenir autrement.

3. En tant que citoyen et démocrate : l’avenir est à construire maintenant

Je vous entends me répondre, Monsieur le Président de l’Alliance Wallonie-France : « l’avenir de la Wallonie sera français ».

Philosophiquement, cette idée ne me perturbe pas. D’ailleurs, personne n’a jamais relevé l’exergue que j’avais placé, en toute conscience, dans mon essai de 1997 sur l’identité wallonne, dû à la plume de Fernand Braudel : quand je me pose des questions sur l’identité de notre pays, observé par priorité à travers l’épaisseur de son passé, n’est-ce pas à propos de la France de demain que je me tourne et m’interroge ? 21

De même, comme prospectiviste, lorsque je regarde les trajectoires possibles de la Wallonie dans le contexte d’une disparition éventuelle de la Belgique, ainsi que je l’ai fait au Sénat français en 2004 [22] ou à l’ARAU à Bruxelles en 2005 23, l’idée de réunion de la Wallonie à la France me paraît une alternative crédible. Davantage crédible en tout cas que l’idée – saugrenue, aurait dit François Perin – d’une Belgique résiduelle, sans la Flandre mais avec un roi, que préfigurerait la soi-disant Fédération Wallonie-Bruxelles.

Nonobstant le fait que j’habite à moins de 15 kms de la France, que j’enseigne de manière plus ou moins hebdomadaire, depuis plus de dix ans à Paris et à Reims, que j’accepte volontiers chantiers et conférences dans les régions françaises, que Paris me paraît davantage capitale que Bruxelles ou Namur et que, dès lors, je me sens déjà largement réuni à la France, ceci n’est pas un coming-out réunioniste.

Pour trois raisons que je pense essentielles.

La première est une question de temporalité. Il me paraît en effet que, compte tenu de son état général et de sa santé économique et sociale, la Wallonie n’est pas en mesure de négocier valablement avec l’Elysée, Matignon, le Quai d’Orsay ou toute autre instance, sa réunion à la République dans les conditions actuelles. Si nous devions le faire, ne laissons pas penser à nos amis qu’après voir été largués par les Flamands, puis par les Bruxellois, voire par les germanophones, nous chercherions notre salut dans une sécurité française par incapacité à mettre de l’ordre dans notre région, par manque de résilience, c’est-à-dire par incapacité à se saisir et à répondre aux enjeux qui sont les nôtres. Le sursaut de dignité que je prône depuis des années à l’égard des Flamands, je le préconise aussi à l’égard des Français.

La deuxième raison pour laquelle je ne veux pas me réunir maintenant à la République est que, je ne crois pas davantage en une France ontologique qu’en une Wallonie éternelle. Lors d’un colloque organisé par Claire Lejeune à l’Université de Mons en octobre 1994, Claude Julien – ancien directeur du Monde diplomatique – posait la question de savoir s’il est possible de se dire Français, de culture française aujourd’hui, sans dire si nous nous rangeons pour la période 1940-1945, du côté de Vichy ou du côté de la Résistance ? [24] Or il est intenable de soutenir que la France de Vichy n’était pas la France.

On ne l’a pas suffisamment rappelé, le Congrès de 1945 réunissait plus d’un millier de congressistes, parmi lesquels plus de 300 chefs de la Résistance, dans le contexte de sortie de guerre que j’ai rappelé. La France à laquelle nous aspirons quand nous en parlons comme alternative n’est pas celle du projet que portaient hier Pétain et Laval. Parce que, bien sûr, en tant que Wallons, nous avons refusé ceux d’Hendrik De Man et de Léon Degrelle. Par fidélité à nos pères, nous qui faisons constamment la leçon au Vlaams Belang, à la NVA et à tous les Flamands qui n’ont pas rompu avec leur passé, nous ne saurions aspirer à vivre et à collaborer dans et avec une France aux mains, hier de Jean-Marie Le Pen, aujourd’hui ou demain de Marine Le Pen. Notre fidélité à ceux de 1940-1945, à ceux qui aimaient la Wallonie et la France et sont morts ou ont souffert pour la liberté et la démocratie est à ce prix. Et je pense évidemment à des Georges Truffaut, Luc Javaux, et à tant d’autres. Je pense à mon grand-père liégeois qui a passé une bonne partie de la guerre en captivité, à mes grands-parents châtelettains, dont la maison fut brutalement perquisitionnée par la Gestapo, à ma grand-mère résistante, arrêtée, battue et incarcérée à la prison de Charleroi, à mon père enfant, bousculé par les nazis. Certes, nous avions aussi nos collaborateurs wallons mais, comme l’a bien montré l’historien Martin Conway, ils étaient assiégés chez eux, écartés, pestiférés 25. Vingt ans après la guerre, ma grand-mère m’interdisait encore la fréquentation de jeunes gens parce que l’attitude de leurs parents avait été douteuse pendant ces années sombres.

La troisième raison enfin, c’est que nous ne saurions soutenir aujourd’hui que la Wallonie ne dispose pas d’une certaine souveraineté. Le fédéralisme a transféré l’Etat pour ce qui concerne les compétences au niveau des entités fédérées. Et ces compétences sont gigantesques. Notre Congrès national wallon est réuni en permanence. Il s’agit de notre Parlement de Wallonie qui, depuis 20 ans cette année, est élu directement et séparément du fédéral. C’est lui qui, demain, sera au centre de toute décision quant à l’avenir de notre région. C’est avec lui, et donc avec ses membres, qu’il vous faut dialoguer, c’est lui qu’il faut nourrir de vos analyses, c’est lui qu’il vous faut connecter aux acteurs de la gouvernance française.

Conclusion : Si c’est la France, ce sera la France libre

Je conclurai en me référant à une des grandes figures du Mouvement wallon et un des fondateurs de l’Institut Destrée. Arille Carlier, avocat, ancien stagiaire de Jules Destrée, de sensibilité libérale s’interrogeant en 1938 sur la réunion de la Wallonie à la France, estimait qu’il n’est pas démontré qu’un peuple de nationalité française ne puisse atteindre à la plénitude de sa vie nationale sans faire partie de l’État français 26.

Faut-il dire que, 77 ans plus tard, la complexité du monde contemporain rend, d’une part, cette question dérisoire et, d’autre part, sa réponse plus urgente que jamais.

Je pense dès lors que vos réflexions ainsi que vos travaux de sensibilisation et de pédagogie, sont, plus que jamais, utiles et salutaires.

Mais je m’en voudrais de ne pas vous inviter à un effort supplémentaire.

A l’heure où les ministres wallons invoquent le patriotisme économique de la Wallonie, je dis que nos patries sont en danger.

D’une part, je crains pour notre capacité de redressement de la Wallonie, malgré les efforts fournis, ceux-ci étant très insuffisants et pas assez profonds. L’échec de nos politiques de redéploiement aurait des conséquences terribles tant sur notre vie sociale que sur notre cohésion territoriale.

D’autre part, je crains aussi pour l’évolution de la France. Emberlificotée dans ses contradictions, incapable de renouveler son modèle d’intégration républicain, hésitante sur ses stratégies industrielles, sociales, éducationnelles et culturelles, la République semble laisser l’initiative à ses forces les plus antidémocratiques, les plus irrationnelles, les plus intégristes. Les valeurs de la République paraissent se déliter tout comme la Nation : la communauté des citoyens se fragmente en d’inutiles et vains communautarismes…

En tant que Wallonnes et Wallons, nous avons le devoir de secourir la France, de l’aider à voir clair en elle-même et d’appuyer ceux qui – de droite, du centre ou de gauche – lui permettront, comme en juin 1940, de renouer avec une certaine idée de la France. Cette idée que nous partageons. Et nul doute que les élections régionales françaises nous en donneront l’occasion.

Enfin, si demain ou après-demain, comme on doit l’anticiper, à défaut de le craindre, la Belgique venait à disparaître, il nous faudrait choisir d’autres alternatives. Mais, je le dis tout net : si c’est la France, ce sera la France libre.

Philippe Destatte

https://twitter.com/PhD2050

[1] André BOLAND, Les naissances de la Wallonie, dans Léopold GENICOT, dir., Histoire de la Wallonie, p. 463, Toulouse, Privat, 1973.

[2] Philippe RAXHON, Histoire du congrès wallon d’octobre 1945, Un avenir politique pour la Wallonie, p. 119, Charleroi, Institut Destrée, 2015. – Actes du colloque scientifique interna­tional sur le Congrès national wallon de 1945, dans La Vie wallonne, avril 1997. – On trouvera également une importante revue de presse portant sur l’ensemble de la période dans L’Opinion wallonne, notamment les numéros 4 d’octobre – novembre 1945 et 5 de 1946.

[3] In memoriam, Olympe Gilbart, dans La Nouvelle Revue wallonne, avril – septembre 1958, p. 107. – Olympe GILBART, Un coup de semonce qui doit être entendu, tel est le sens profond du Congrès national wallon, dans La Meuse, 25 octobre 1945, p. 1.

[4] Sur François Simon, voir Paul DELFORGE, François Simon, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, t. 3, p. 1479-1480, Charleroi, Institut Destrée, 2001.

[5] La Wallonie a parlé, La première assemblée des États généraux de Wallonie reven­dique l’autonomie de la Wallonie, dans Le Gaulois, 22 octobre 1945, p. 1. – Marie-Françoise GIHOUSSE, Mouvements wallons de Résistance, p. 100-102, Charleroi, Institut Destrée, 1984. – Voir le mémoire, attribué à François Simon, relatant son voyage. FHMW, Fonds Raymond VANHAM, Wallonie libre, D. Divers rapports, 11 pages. – M. François Simon prend la parole, Ibidem, p. 2.

[6] Hervé HASQUIN, Historiographie et politique, Essai sur l’histoire de Belgique et la Wallonie, p. 123, Charleroi, Institut Destrée, 1982.

[7] Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945, Débats et résolutions, p. 21, Liège, Éditions du Congrès national wallon, [s.d.].

[8] Économie wallonne, Rapport présenté au Gouvernement belge par le Conseil économique wallon, 20 mai 1947, Liège, Éditions du Conseil économique wallon, 1947.

[9] Théo PIRARD, Ce samedi et ce dimanche à Liège, la Wallonie va scruter son destin, dans La Meuse, 20 et 21 octobre 1945, p. 1.

[10] Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945..., p. 81-82.

[11] Annales parlementaires, Chambre des Représentants, Séance du 8 novembre 1945, p. 1.249.

[12] Le congrès réuni à Liège a choisi à l’unanimité moins deux voix le fédéralisme dans le cadre d’une Belgique réformée, dans La Meuse, 22 octobre 1945, p. 1 & 2.

[13] Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945…, p. 88.

[14] Le congrès a voté, dans La Wallonie libre, novembre 1945, p. 1sv. – Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945…, p. 82.

[15] Le congrès de Liège des 20 et 21 octobre 1945…, p. 106. – Sur Charles Plisnier et le mouvement wallon : José FONTAINE, Plisnier et la question nationale, dans Paul ARON, dir., Charles Plisnier, Entre l’Évangile et la Révolution, p. 111-123, Bruxelles, Labor, 1988. – Philippe DESTATTE, Actualité politique de Charles Plisnier sur la question wallonne, dans Francophonie vivante, décembre 1996, p. 245-250.

[16] François SIMON, Pourquoi le repli, dans Le Gaulois, 24 octobre 1945, p. 1. – Voir les réactions des principaux témoins, vingt-cinq ans plus tard : Il y a vingt-cinq ans : le premier Congrès national wallon, La Wallonie interroge : Si c’était à refaire, recommenceriez-vous ?, dans La Wallonie, 24 et 25 octobre 1970, p. 8, 9 et 10.

[17] Jean-Rémi SORTIA, Présence de la Société générale de Belgique en Wallonie : 1900-1980, dans Wallonie 86, n° 74, p. 133-150.

[18] Ph. DESTATTE, L’économie wallonne, les voies d’une transformation accélérée, Exposé présenté au Forum financier de la Banque nationale de Belgique, Université de Mons, le 3 novembre 2014, Blog PhD2050, 24 juin 2015, https://phd2050.wordpress.com/2015/06/24/fofi/

[19] Philippe DONNAY, Perspectives économiques régionales 2015-2012, Conférence présentée au CESW, 21 septembre 2015. – Jules GAZON, Wallonie, Connais-toi toi-même ! dans Le Soir, 5 octobre 2015. – Giuseppe PAGANO, L’économie wallonne : forces et faiblesses, Cycle de conférences UMONS – Université ouverte, Où va la Wallonie ? Charleroi, 8 octobre 2015.

[20] Ph. DESTATTE, L’identité wallonne, Essai sur l’affirmation politique de la Wallonie (XIX-XXèmes siècles), p. 231-232, Charleroi, Institut Destrée, 1997.

[21] Fernand BRAUDEL, L’identité de la France, Espace et histoire, p. 20, Paris, Arthaud-Flammarion, 1986. dans Ph. DESTATTE, L’identité wallonne…, p. 11.

[22] Ph. DESTATTE, « Scruter son destin », Quelle actualité pour les alternatives de 1945 concernant l’avenir de la Wallonie, Conférence au Sénat français à l’initiative du Cercle franco-wallon, Paris, 18 octobre 2004.

[23] Ph. DESTATTE, Les différentes alternatives d’évolution du modèle institutionnel belge et les conséquences pour Bruxelles, dans Bruxelles dans la Belgique post-fédérale, p. 42-51, Bruxelles, Atelier de Recherche et d’Action urbaine (ARAU), 2005.

[24] Voir Citoyenneté européenne et culture, Cahiers internationaux de Symbolisme, n° 80-81-82, 1995. La citation n’y figure pas, il s’agit d’un verbatim que j’ai pris en note à cette occasion.

[25] Martin CONWAY, Degrelle, Les années de collaboration, Ottignies, Quorum, 1994.

[26] Arille CARLIER, Qu’est-ce qu’une nation ? Qu’est-ce qu’un Etat ?, dans La Wallonie nouvelle, 6 mars 1938, p. 1 & 2.

Encore un rapport qui vante le modèle français !

Le dynamisme de nos entreprises, leur capacité d’innovation et la formation des talents de classe mondiale rendent notre pays durablement attractif.

PAR

Publié le 12/10/2015 à 09:06 | Le Point.fr

La France, la nouvelle Silicon Valley ? (Photo d'illustration : la Défense)

La Wallonie dans l’après Belgique

Une communication de la Maison de la Laïcité Ourthe et Aisne

Conférence échange – Dimanche 25 octobre 2015 à 10h30

OLYMPUS DIGITAL CAMERAConférence /débat par M. Jules Gazon, professeur émérite de l’Université de Liège.

La participation de la NV-A au futur gouvernement fédéral est-elle de nature à apaiser les conflits communautaires ou s’agit-il d’une stratégie subtile pour montrer au peuple flamand que la continuité de la Belgique est contraire aux intérêts de la Flandre ?

Jules GAZON nous expliquera comment le nationalisme flamand s’est construit et pourquoi il n’est pas le seul facteur susceptible de provoquer la sécession du pays. La disparité économique entre la Flandre et la Wallonie interpelle si on lève le voile sur ce qu’il adviendrait d’une Wallonie autonome au plan des comptes publics. N’est-ce pas à ce niveau honteusement occulté qu’il faut trouver le germe du séparatisme ?

Et si tel devait être le cas, une Wallonie indépendante est-elle possible? Une nation wallonne est-elle imaginable? Faut-il envisager l’option française?

Autant de questions auxquelles Jules GAZON se propose de répondre.

Conférence suivie d’un débat.

PAF : membres : entrée libre

          non-membres : 3 €

          étudiants : 1 €

Info : Consuelo Montejo – 0486 738 039

Linkebeek : le chœur des indignés n’a pas de mémoire

Une opinion de Jules Gheude publiée sur le site de la RTBF.

Jules Gheude RTBFAvec la décision de la ministre flamande de l’Intérieur, Liesbeth Homans, de dégommer définitivement Damien Thiéry du maïorat de Linkebeek pour le remplacer par le chef de l’opposition Eric De Bruycker, le chœur des indignés francophones s’est remis en marche.

Depuis son envoi des convocations électorales en français, la désignation de Damien Thiéry à la tête de la commune était contestée par la Flandre. Le contentieux traînait depuis 2007, et ce malgré le fait que personne n’ait eu à se plaindre de la gestion de l’intéressé.

Mais, on l’a vu avec l’affaire Happart, qui a monopolisé le débat politique durant les années 80, cela fait partie des abcès de fixation dans la problématique communautaire.

Notre propos n’est pas ici de retracer dans le détail la saga fouronnaise. Lors de la fixation de la frontière linguistique de 62-63, on sait comment ces six petits villages, à majorité francophone, ont été malencontreusement transférés de la province de Liège à celle du Limbourg.

Trois jours avant le vote final à la Chambre, le 31 décembre 1962, une consultation populaire avait pourtant été organisée par le Conseil provincial de Liège. Sur 2474 électeurs inscrits, 1562, soit un peu plus de 63%, s’étaient prononcés pour le maintien dans la province de Liège, avec un régime linguistique français et des facilités pour le néerlandais.

Le fait est que certains mandataires wallons avaient été au départ abusés par le fait  que les Fouronnais, dans leur immense majorité, utilisaient un patois germanique, le plat-deutsch. La plupart se ravisèrent, mais il se trouva encore 13 députés socialistes (parmi lesquels Léo Collard, Emile Lacroix et Edmond Leburton) et 11 sociaux-chrétiens pour avaliser le départ des Fourons vers la Flandre.

Dans une interview accordée au « Soir », le 22 janvier 1979, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Arthur Gilson (social-chrétien) a évoqué l’attitude du vice-Premier ministre socialiste Paul-Henri Spaak : Il ne s’en est pas caché : les Fourons votaient essentiellement catholique. Leur transfert au Limbourg permettait aux socialistes d’acquérir la majorité absolue au conseil provincial de Liège.

José Happart fut, lui aussi, sacrifié, en tant que bourgmestre des Fourons, par le camp socialiste dont il faisait partie.

Les informations qu’il nous a livrées, lors d’un entretien particulier, le 20 juin 1988, en disent long sur l’attitude de Guy Spitales, le président du PS à l’époque : Le mercredi 20 avril 1988, je dîne avec Guy Spitaels et Gérard Deprez (Ndlr : le président du PSC) et il est question de qu’ils veulent obtenir. Le vendredi, à 9h, Guy Spitaels m’expose ce qu’il est en mesure de décrocher. Je lui dis que je ne suis pas d’accord, car dans tout cela les Fourons restent en Flandre et le collège est composé à la proportionnelle. « Je ne te demande pas si tu es d’accord ou non », me rétorque-t-il.

Guy Spitaels connaissait donc parfaitement la position de José Happart. C’est donc bel bien le forcing qu’il a voulu faire en renonçant, le 27 avril 1988, à son mandat de négociateur et en disparaissant mystérieusement dans la nature.

José Happart ne sera donc jamais nommé bourgmestre. Le 30 avril 1988, lors du traditionnel bal du bourgmestre, alors que minuit vient de sonner et que la Fête du Travail débute officiellement, il vide son sac : Jadis, la fête du 1er mai était l’occasion de revendiquer le suffrage universel. Aujourd’hui, on approuve le suffrage capacitaire. Fourons est une petite fille violée, mais « ils » s’en moquent. (…) Après l’effarement, c’est la colère que je ressens. (…). Le général de la plus grande armée a pris le maquis parce qu’il a peur. Où sont les parlementaires qui étaient ici l’an dernier pour vous demander vos voix ? Ils attendent un maroquin ministériel. On a été roulés dans la farine. Ils ont tout cédé !

Mais bien vite, José Happart rentrera dans le rang pour aller siéger au Parlement de Strasbourg. Et on le retrouvera ministre du gouvernement wallon et président du Parlement wallon. Tout cela sous l’étiquette socialiste…

Les libéraux francophones n’ont pas, eux aussi, soutenu l’intéressé. Pour le vice-Premier ministre Jean Gol, l’affaire Happart est médiocre et ne mérite pas une crise  qui ferait de nous la risée du monde.

Jean Gol est même d’accord, pour apaiser le CVP, de frapper immédiatement José Happart sans attendre le vote définitif au Parlement. Mais ce problème de la sanction préalable, sans fondement légal va entraîner le non possumus du PSC Philippe Maystadt.

François Perin, qui a toujours soutenu le combat légitime des Fouronnais, aura des mots acides pour son ancien compagnon de route. Dans « Le Peuple » du 8 octobre 1986, il déclare : Jean Gol joue à l’homme d’Etat. Il débarque du Zaïre et déclare en substance, avec un léger mépris, que nos petits problèmes sont misérables et ridicules. Avec la fonction, le sens de l’Etat pousse… Et puis, il est libéral et voit avant tout sa politique d’assainissement. ; il ne veut pas réduire cette politique à néant pour cela. Vous savez, c’est une attitude qui plaît encore dans certains milieux. Il y a aussi le fait que le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur sont déjà brûlés jusqu’au coup dans l’affaire des Fourons ; alors pourquoi devrait-il lui aussi monter au feu ?

Eternels demandeurs de rien, les francophones ont finalement accepté, en 2001, d’octroyer des contreparties politiques à la Flandre en échange d’un maigre refinancement de la Communauté française et de ses écoles. Comme le rappelle Paul-Henry Gendebien, dans son livre « « Belgique : le dernier quart d’heure » (Quartier Libre, 2006 : Comme le PS et le MR, le FDF et le CDH trempèrent à leur tour dans la combinaison. La barricade francophone était en papier mâché. Furent ainsi concédés en finale des avantages  que l’on se refusait à envisager trois mois plus tôt : surreprésentation forfaitaire abusive pour la minorité flamande au Parlement régional bruxellois ; présence automatique d’au moins un échevin flamand dans les conseils communaux, régionalisation de la loi communale en vue d’offrir à la Flandre des moyens plus vigoureux pour mettre au pas les Francophones de la périphérie.

Le sort réservé aujourd’hui à Damien Théry découle directement de tout cela. Mais le chœur des indignés n’a pas de mémoire.

Invitation à l’assemblée générale ouverte de l’AWF

INVITATION A L’ASSEMBLEE GENERALE OUVERTE DE L’AWF

le dimanche 11 octobre 2015 au Palais des Congrès de Liège

en la salle Simenon

PROGRAMME

Dès 10.00  :  

Accueil (café, thé, jus d’orange, eau plate ou pétillante)

  1.       Election du président
  2.       Election des membres du Conseil Général
  3.       Ratification des statuts

   Tous les membres en règle de cotisation seront invités à participer aux votes. Ces votes s’exprimeront par bulletin secret.

   Les candidatures devront être introduites au plus tard 5 jours avant la date de l’assemblée générale, soit pour le mardi 06 octobre au plus tard par courriel ou courrier postal auprès de Marie Malotaux, secrétaire de l’AWF (11, Rue Dachet 5100 Wépion marie.malotaux@gmail.com).

   Les membres qui souhaitent continuer leur tâche doivent également poser leur candidature. Ils sont sortants et rééligibles.

 Dès 10.30  :   

Assemblée générale ouverte

INSCRIPTION SOUHAITEE AUPRES DE LA SECRETAIRE DE NOTRE MOUVEMENT CITOYEN :

                                         marie.malotaux@gmail.com     Tél : 0474 083 199

   Prendront la parole :

°    Georges-Henry Simonis, Magistrat honoraire

   Accueil des participants 

°    Philippe Destatte, Directeur général de l’Institut Jules Destrée, historien et prospectiviste

   Le Congrès national wallon de 1945 : hier, aujourd’hui et demain

°    Jules Gazon, Professeur émérite HEC, Ecole de gestion de l’U.L.G.

   Quels seraient à ce jour les besoins de financement d’une Wallonie autonome ?

°     Georges Régibeau, Professeur d’histoire

    Le projet d’Intégration – autonomie

°     Paul Durieux, président de l’AWF

    Mémorandum 2015 de l’AWF et conclusions

    Ensuite, la parole sera donnée aux participants qui nous auront fait l’honneur de participer à notre A.G.O.

Dès 12.45 :  

Apéritif offert par notre mouvement citoyen (vin rouge, vin blanc, jus d’orange, eaux, le tout accompagné de biscuits salés et de chips) 

Dès 13.30  :  

Repas au restaurant du Palais des Congrès sur réservation

    Lunch : deux plats au choix, réservation indispensable.  

a) Boulettes de veau à la Liégeoise

b) Marmite de poissons de la mer du Nord au vin blanc

    Prix : 25 € par convive, boissons comprises (deux verres de vin 25 cl, 1/2 bouteille d’eau de Chaudfontaine et café).

   La réservation prendra cours dès réception de votre versement au n° de compte IBAN de l’AWF : BE26068244993129,     22, Rue Fêchereux à 4130 Esneux. N’oubliez pas d’indiquer en communication A ou B selon le plat choisi.

N’hésitez pas à partager cette invitation avec vos contacts ! 

La Flandre ne veut plus que son argent file au sud

Il y va de notre santé et de notre protection sociale

COMMUNIQUE DE PRESSE

Les mutualités belges par rapport au TTIP : « Ne mettez pas notre santé, nos soins de santé et notre protection sociale en péril ! »
« Nous ne savons pas sur quoi les Etats-Unis et l’UE négocient à l’heure actuelle. Nous devons donc rester vigilants ». Voilà l’une des conclusions du Colloque que les mutualités belges ont organisé aujourd’hui au Parlement européen.

Plus de 100 partisans et opposants ont échangé leurs avis sur les conséquences potentielles du futur accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’UE (TTIP) sur nos soins de santé et notre protection sociale.

« Le TTIP concerne bien plus que l’économie. Il représente un danger potentiel pour nos soins de santé et notre protection sociale. » Dans son discours d’ouverture, la parlementaire européenne Marie Arena (PS) a immédiatement donné le ton du Colloque auquel des représentants des mutualités, des prestataires, de l’industrie et de la politique nationale et européenne ont participé.

Réalité ou fiction

« Certains pensent que nous confondons la réalité et la fiction, mais tant que nous ne saurons pas clairement ce que l’UE et les Etats-Unis négocient exactement, nous ne pouvons pas relâcher la pression. Le service public et les services sociaux d’intérêt général ne relèvent actuellement pas des règles du marché intérieur européen. Le TTIP ne peut pas porter atteinte à ces acquis », a précisé Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris.
De grandes questions se posent aussi par rapport aux médicaments. L’industrie pharmaceutique insisterait ainsi pour que la fixation des prix et le remboursement des médicaments soient repris dans le TTIP. Selon Jean Hermesse, Secrétaire général de l’Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes, ce n’est pas acceptable. « Même la Ministre De Block se fait des soucis à ce sujet, car la compétence des Etats membres à organiser leur assurance maladie et leurs soins de santé pourrait également être touchée. Nous devons éviter que nos efforts pour réduire les dépenses liées aux médicaments et la consommation de médicaments soient réduits à néant. »

Le système juridictionnel des investissements, un sujet brûlant

Un mécanisme d’arbitrage international a été repris dans le TIPP, mieux connu sous le nom d’ISDS (Investor-State-Dispute Settlement). La résistance y était grande. La Commission européenne a récemment supprimé l’ISDS au profit d’une proposition d’un système juridictionnel des investissements (Investment Court System). Cette proposition ne change toutefois rien sur le fond. « L’Europe n’a pas besoin de l’ISDS ou d’un système juridictionnel des investissements, les tribunaux nationaux peuvent actuellement garantir en toute indépendance l’application des règles nationales et internationales », précise Xavier Brenez, Directeur général de l’Union Nationale des Mutualités Libres. « Nous devons en outre éviter que les multinationales puissent remettre la politique de santé et la promotion de la santé en question pour des raisons économiques. »

Selon la nouvelle proposition européenne, cela ne devrait pas être possible, mais nul ne sait ce que le texte du futur accord reprendra. Il y a des précédents, comme les affaires introduites par le producteur de tabac Philip Morris en Australie et la compagnie d’assurances Achmea en Slovaquie, dans lesquelles un appel a été introduit contre ce type de mécanismes d’arbitrage. L’Europe doit à tout prix éviter un tel scénario.

Personnes de contact des mutualités :
Solidaris, Claire Huysegoms, Porte-parole, GSM : 0479 61 67 81, claire.huysegoms@solidaris.be
Mutualités chrétiennes, Omid Hachem Samii, Directeur Communication-Marketing-Presse et Promotion de la Santé, tél. 0473/54 12 92
Mutualités Libres, Christian Horemans, expert Affaires internationales, tél. 0473/88.17.49

Des diamants de sang

Que sa cache-t-il derrière les violences en Centrafrique ?

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Depuis le milieu de l’année 2013, un embargo international interdit toute importation de diamants centrafricains. Mais la production de pierres précieuses n’a pas cessé.

Depuis vendredi 25 septembre, une vague de violences sanglantes touche Bangui, la capitale de la Centrafrique. Selon l’ONU, au moins 36 personnes ont été tuées et au moins 27.400 autres ont été déplacées depuis samedi.

«Nous craignons que la violence que nous voyons à Bangui soit un retour aux jours sombres de la fin 2013 et de 2014, lorsque des milliers de personnes ont été tuées et des dizaines de milliers ont dû fuir leurs foyers», a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, Leo Dobbs, lors d’un point de presse à Genève.

Dans un tweet posté sur son compte officiel, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés s’est également alarmé de ces affrontements. «Bangui était relativement en paix mais le retour des violences qui ont commencé samedi a causé la panique dans la ville où un couvre-feu a été instauré.»

Blood diamonds

Cette rupture de la paix – précaire – qui régnait dans la capitale depuis la fin des combats, qui avaient opposé les milices à majorité musulmanes de la Séléka aux combattants chrétiens anti-Balaka, survient au moment même où l’ONG Amnesty International publie un rapport sur le commerce des diamants de sang qui touche le pays et profite à des groupes armés. Cela malgré la mise en place d’un embargo international sur les pierres précieuses centrafricaines en vigueur depuis mai 2013 et signé par les pays membres du processus de Kimberley.

Le processus de Kimberley est un régime international de certification des diamants bruts, qui réunit gouvernements et industriels du diamant, dans l’objectif d’éviter de négocier sur le marché mondial, l’achat des diamants présentés par des mouvements rebelles dans le but de financer leurs activités militaires.

Mais depuis la mise au ban des diamants centrafricains en mai 2013, la production de diamants n’a pas ralenti dans certaines régions de Centrafrique où des groupes armés sont présents, comme l’affirme Amnesty International dans son rapport.

«Pendant qu’une partie des diamants a été stockée dans les centres d’achat centrafricains, de nombreux autres diamants ont été vendus pendant le conflit et ont été exportés en contrebande dans des pays voisins dont la République démocratique du Congo et le Cameroun. La contrebande de diamants en Centrafrique était déjà importante avant le conflit actuel, mais de nombreux experts s’accordent à dire que les quantités de diamants vendues illégalement ont augmenté depuis.»

Les enquêteurs d’Amnesty ont notamment rencontré des acheteurs de diamants qui leur ont certifié avoir acheté des pierres précieuses à des milices anti-Balaka autour de la ville de Carnot dans l’ouest du pays en mai 2015.

De son côté, l’ONU estime dans un autre rapport que l’équivalent de 140.000 carats supplémentaires ont transité par les réseaux de contrebande depuis le milieu de l’année 2013. «Mais très peu de diamants saisis sur le plan international ont été identifiés comme venant de Centrafrique», souligne Amnesty International. Ce qui signifie qu’une large part des diamants de sang centrafricains exportés illégalement ont été introduits sur le marché mondial et achetés par des consommateurs

Dubaï, plaque tournante

Selon Amnesty International, une large partie de ces diamants de sang centrafricains passent par Dubaï, le plus grand centre international de négoce de pierres précieuses avec Anvers en Belgique.

«Dans la chaîne de circulation de diamants, on assiste à un mélange des pierres», nous explique Sabine Gagnier, coordinatrice du rapport chez Amnesty International. «Il suffit qu’un négociant introduise un diamant originaire de Centrafrique parmi des diamants issus de d’autres pays pour que le mélange soit intitulé « origines diverses »». De la sorte, les diamants de sang sont vendus incognito.

Il existe également «des documents officiels frauduleux qui permettent de masquer l’origine des diamants», nous confie un analyste membre d’une grande organisation internationale et spécialiste de la Centrafrique qui préfère rester anonyme.

Dans les conclusions de son enquête, Amnesty International affirme que ses enquêteurs ont trouvé «plusieurs faiblesses» qui pourraient laisser penser que les diamants de contrebande pénètrent dans les chaînes d’approvisionnement en de nombreux points. «Notre sentiment, c’est qu’ils (les autorités de Dubaï) sont souples car une platerforme diamantaire permet de faire tourner beaucoup d’argent. Mais ça ne veut pas dire que les négociants de Dubaï savent qu’ils achètent des diamants de Centrafrique», rapporte Sabine Gagnier.

Un commerce qui bénéficie d’abord à la Séléka

Parmi les groupes armés de Centrafrique, ce sont les milices de la Séléka qui tirent le plus de recettes des diamants de sang. Depuis mai 2013, le nombre de diamants extraits dans les mines de l’ouest du pays, tenues majoritairement par les anti-Balaka, a baissé. Mais dans l’est, fief des hommes de la Séléka, certains sites sont toujours aussi productifs.

«La Séléka est implantée depuis plus longtemps et connaît mieux les circuits de contrebande des diamants à l’intérieur du pays et à l’international», souligne notre analyste.

Lors de leur avancée vers Bangui en mars 2013, les milices de la Séléka s’étaient emparées des régions diamantifères de Bria et Sam-Ouandja dans l’est du pays. Jusqu’en mai 2013 et l’embargo international, ces mines fournissaient toujours les chaînes d’approvisionnement mondiales en toute légalité. Et s’ils ont été chassées de Bangui, les troupes de la Séléka contrôlent toujours des territoires dans l’est.

«Même après que la Séléka fut chassée de Bangui et de l’ouest du pays, ses combattants sont restés bien implantés dans les régions du centre et du nord-est. Selon le panel d’experts de l’ONU, certaines factions de la Séléka continuent à bénéficier du commerce de diamants dans l’est», dénonce Amnesty International dans son rapport.

Mais le contrôle de mines par des groupes armés en Centrafrique n’est pas nouveau. Dans un rapport publié en 2010, l’International crisis group soulignait que plusieurs milices vendaient des diamants dans l’est du pays malgré des accords de paix signés avec le régime du président Bozizé, renversé par la Séléka en 2013.

«Le refus du gouvernement de redistribuer les richesses nationales de manière équitable a mené des groupes à prendre les armes pour se tailler une plus grosse part dans le gâteau», écrivait l’International crisis group.

En 2008, l’armée centrafricaine avait mené une série de rafles dans des mines locales. Les vendeurs de diamants et les propriétaires de mines avaient été dépouillés d’une partie de leurs stocks et avaient promis de se venger. Ils ont reçu le soutien de la Séléka. Une alliance qui a ensuite profité aux milices.

Cependant, il est difficile d’établir dans quelles proportions le commerce des diamants de sang a pu profiter aux groupes armés qui ont plongé la Centrafrique dans le chaos. «On ne sait pas dans quelle mesure les groupes armés se financent grâce à la contrebande de diamants car ils ont aussi d’autres revenus. Mais ce qui est sûr, c’est qu’une partie de ce business leur a profité», conclut Sabine Gagnier d’Amnesty International.

La Centrafrique, dont les diamants vendus à l’étranger représentaient 50% de la valeur totale de ses exportations en 2012, a, elle, perdu gros depuis la mise en place de l’embargo.

Camille Belsoeur
Journaliste à Slate Afrique.

Oui, la France peut le faire

On pensera ce qu’on veut des frappes aériennes contre Daesh en Syrie. Avec un budget de la défense désormais inférieur à celui de l’Allemagne, la France ne craint pas de s’engager sur tous les fronts , au point d’assumer seule le rôle d’une armée européenne encore illusoire. Mais ce n’est pas de cela qu’il est question dans cet article publié sur le site du journal Le Monde. Il s’agit du fameux Traité transatlantique que l’Union européenne négocie avec les Etats-Unis dans une optique outrageusement favorable aux grandes entreprises multinationales. Il semblerait que, là aussi, la France soit décidée à intervenir.

Traité transatlantique : pourquoi la France menace de stopper les négociations

TaftaUn an après sa nomination comme secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Matthias Fekl a décidé de hausser le ton dans le principal dossier de son portefeuille : le traité transatlantique Tafta/TTIP. Dans une interview parue lundi 28 septembre dans Sud-Ouest, le quotidien de son fief de Marmande, M. Fekl menace les Etats-Unis de suspendre les négociations du grand accord commercial en discussion entre les deux rives de l’Atlantique si ceux-ci ne montrent pas un peu plus de bonne volonté.

Jusqu’alors plus conciliant, le « M. Tafta » du gouvernement dénonce l’absence de répondant des Américains sur les sujets qui tiennent à cœur des Européens, comme :

  • L’accès des entreprises européennes aux marchés publics américains, pour l’instant réservés en immense majorité aux entreprises américaines au nom du protectionnisme.
  • L’accès aux marchés agricoles et agroalimentaires et la reconnaissance des indications géographiques, comme les appelations « Champagne » ou « Camembert de Normandie ».

Mais Matthias Fekl insiste surtout sur les deux aspects de la négociation qui prêtent le plus le flanc à la critique depuis son lancement, en 2013 :

Si M. Fekl ne fait là que dire tout haut ce que plusieurs chancelleries européennes pensaient tout bas depuis des mois, le changement de ton est notable. Dans l’entourage du ministre, on sent un certain ras-le-bol vis-à-vis de négociations qui patinent et de négociateurs américains qui ne proposent toujours pas d’« offres sérieuses » sur ces problématiques.

« C’est bien que le ministre prenne cette position dans la presse française, mais on n’observe pas sa voix porter à Bruxelles », regrette Amélie Canonne, du collectif Stop Tafta. Craignant qu’il ne s’agisse d’une simple posture, elle rappelle que Paris n’a pas officiellement pris position contre les nouvelles règles draconiennes de « transparence » imposées par la Commission européenne cet été. « Quand on intervient publiquement dans la presse, le message est entendu par tout le monde à Bruxelles », se défend-on dans l’entourage de Matthias Fekl.

En la matière, le juge de paix sera l’avenir. Si la France n’a pas formellement le pouvoir d’arrêter les négociations, menées par la Commission européenne au nom des Vingt-Huit, elle pèse suffisamment pour les saborder. On observera donc avec intérêt la réaction des Etats-Unis lors du prochain cycle de négociation du Tafta/TTIP, qui doit se tenir fin octobre à Miami.

Un autre moment de vérité devrait intervenir dans les prochains mois : l’Europe doit ratifier l’accord conclu en 2014 avec le Canada, le CETA, « petit cousin » du traité transatlantique. Le gouvernement français, qui a promis de ne pas le ratifier en l’état, réclamant des améliorations sur les tribunaux d’arbitrage, réussira-t-il à faire plier la Commission européenne, qui refuse de rouvrir la négociation ?

Maxime Vaudano, Le Monde

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde