Pour les musulmans, s’inquiéter de l’amalgame n’est plus suffisant

Lu sur le site du journal Le Monde le 19.11.2015

Alors que les pires attentats qu’aient jamais connus Paris et la France ont été perpétrés vendredi 13 novembre, alors que l’état d’urgence est décrété, une nouvelle fois, les représentants des musulmans de France se lamentent, s’inquiètent de l’amalgame et se défendent de leur bonne foi. Cette posture ne suffit plus. Pour eux, comme pour l’ensemble des Français de confession musulmane.

Aujourd’hui, nous sommes face à nos responsabilités. Nous n’avons pas réussi à nous organiser par nous-mêmes. Par divisions incessantes, pesanteurs des pays d’origine, ego surdimen-sionnés, calculs politiques, l’islam de France est en jachère.

Nous avons laissé des Etats étrangers financer le culte musulman. Du coup, la plupart des imams en France ne sont pas français. Et le travail sur les textes pour contextualiser l’islam des origines et permettre son insertion sans heurt en France et en Occident n’a pas été fait.

Nous nous sommes cachés derrière des discours lénifiants et sympathiques (« l’islam est une religion de paix », « l’islam est l’ennemi de la violence ») incontestablement vrais, mais qui oublient que l’islam, c’est aussi ce qu’en font les musulmans. Et notamment les musulmans qui font le plus de bruit.

PARTISANS DE LA MORT AU NOM D’ALLAH

Nous avons laissé le poison de la salafisation des esprits se répandre. Par ignorance collective des textes sacrés, personne n’a été capable de répondre à leur propagande. Nous n’avons pas assez combattu l’idéologie djihadiste. Parce que des musulmans en étaient les premières victimes, nous pensions que nous étions exonérés de ce travail, de cette lutte. Et des jeunes se sont laissés séduire par des partisans de la mort au nom d’Allah qui jettent l’opprobre sur l’islam dans son ensemble et sur les Français de confession musulmane en particulier.

Aujourd’hui, nous sommes face à nos responsabilités. Et notamment ceux qui ont fait les meilleures écoles, suivi les plus beaux parcours, cru dans l’idée que la religion n’était qu’une affaire privée dans une République laïque. Eh bien non, c’est aussi une question publique. Malheureusement. Et c’est à notre génération, née en France, élevée et éduquée par l’école de la République, de prendre les choses en main.

Il faut sortir de la posture victimaire : « victimes de la colonisation », « victimes des inégalités sociales », « victimes des terroristes »… Nous ne sommes pas victimes. Nous ne sommes pas faibles. Nous sommes responsables.

La situation actuelle nous oblige. Il faut agir, agir, agir. Pour que l’islam de France fabrique une vision et des pratiques de l’islam compatibles avec la vie en France. Pour combattre enfin les fondamentalistes, et pas seulement les djihadistes, car c’est là que se joue le combat. Ce serait le plus beau service que la France pourrait rendre à l’islam.

Hakim El Karoui (Ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, aujourd’hui associé d’un cabinet international de conseil en stratégie. Il a fondé le Club XXIe siècle)

Le gouvernement belge prend 18 mesures pour lutter contre le terrorisme

Les 18 mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le terrorisme

19/11/15 à 12:48 – Mise à jour à 12:48

Source : Le Vif

Liste des 18 mesures décidées par le Gouvernement fédéral et présentées en séance plénière de La Chambre le 19 novembre 2015 à la suite des attentats de Paris.

Les 18 mesures prises par le gouvernement pour lutter contre le terrorisme

© BELGA

  1. Effort budgétaire additionnel – amendement au Budget 2016: 400 millions d’euros pour sécurité et la lutte contre le terrorisme (en complément des 200 millions d’investissements déjà réalisés en 2015, 40 millions prévus pour la sûreté de l’Etat et des 100 millions supplémentaires libérés pour la Défense).
  2. Renforcement des contrôles policiers aux frontières.
  3. Déploiement de 520 militaires pour renforcer la sécurité.
  4. Révision du code d’instruction criminelle – Méthodes particulières de recherche. Nouvelles technologies pour les services de renseignement (empreintes vocales, élargissement écoutes téléphoniques notamment trafic d’armes).
  5. Révision de la Constitution – garde à vue de 72 heures pour les actes de terrorisme. Modification de l’article 12 de la Constitution. Aujourd’hui 24h, après révision 72h.
  6. Perquisitions 24h sur 24h pour les infractions terroristes – modification de la loi. Fin de l’exception interdisant les perquisitions entre 21h et 5h du matin.
  7. Foreign fighters – privation de liberté. Principe: prison lors du retour en Belgique.
  8. Personnes fichées – bracelet électronique. Bracelet électronique pour les personnes fichées par les services d’analyse de la menace: une procédure contradictoire sera instaurée en vue d’imposer le port du bracelet électronique.
  9. PNR belge – enregistrement des données de tous les passagers dans les transports. Sans attendre le projet européen, la Belgique appliquera le contrôle systématique de l’enregistrement de tous les passagers dans les transports (avions et trains à grande vitesse).
  10. Exclusion des prédicateurs de haine. Screening de tous les prédicateurs en vue d’assigner à résidence, de priver de liberté ou d’expulser ceux qui prêchent la haine.
  11. Démantèlement des lieux de culte non reconnus qui diffusent le djihadisme.
  12. Fin de l’anonymat pour les cartes pré-payées.
  13. Plan Molenbeek – prévention et répression.
  14. Renforcement du screening pour l’accès aux emplois sensibles.
  15. Extension du réseau de caméras de reconnaissance des plaques minéralogiques.
  16. Fermeture des sites internet prêchant la haine.
  17. Evaluation en vue d’une adaptation des législations en lien avec l’état d’urgence. Possibilité de mesures temporaires et exceptionnelles garantissant la sécurité publique.
  18. Participation sur la scène internationale à la lutte contre Daesch. Frégate Léopold I: mission d’escorte du porte-avions français « Charles de Gaulle ». Frappes aériennes en rotation avec les Pays-Bas.

Oui, je suis un pervers et un idolâtre

Ci-dessous une lettre qui a fait un tabac sur la toile. Elle est écrite par un jeune journaliste de Toulouse, Simon Castéran, dont la cousine a été assassinée au Bataclan.

Publié le 14 novembre 2015 par Simon Castéran

Mon cher Daech,

J’ai bien lu ton communiqué de presse victorieux. Comme on l’imagine, tu dois être heureux du succès de tes attaques menées vendredi soir à Paris. Massacrer des civils innocents qui ne demandaient qu’à jouir d’un bon match de foot, d’un concert de metal ou tout simplement d’un petit restau entre potes, ça défoule, pas vrai ? Alors certes, ça ne te change pas beaucoup des milliers d’exactions commises quotidiennement, depuis des années, en Irak et en Syrie. Mais en bonne multinationale des lâches et des peine-à-jouir que tu es, il te fallait t’imposer sur le marché occidental. Ce que tu as fait, dès janvier, avec l’attentat de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Toutes mes félicitations : grâce à tes happenings sordides et sanglants, la marque Daech est plus forte que jamais. Elle a même effacé jusqu’au souvenir d’Al-Qaeda qui, à côté de toi, semble désormais presque raisonnable.

Donc, tu as tué. Oh bien sûr, pas par goût du sang et de la violence, mais au nom « d’Allah le Très Miséricordieux ». Moi qui croyais que la « miséricorde » suppose la bonté et l’indulgence envers les autres, je ferais mieux de jeter mon dictionnaire. Et de m’acheter une kalachnikov et des grenades, pour m’en aller distribuer à mon tour amour et compassion partout où vous vous trouvez. Avant de laisser, sur vos corps enfin bénis, la photo de ma cousine Madeleine, que votre miséricorde a lâchement assassinée vendredi au Bataclan.

L’eussiez-vous connue, que vous l’auriez détestée immédiatement. C’était une femme libre et heureuse, pleine de cette lumière intérieure qui vous manque tant. Horreur suprême, c’était aussi une intellectuelle, qui aimait son métier de prof de lettres en collège. Car oui, chez nous, les femmes ont non seulement le droit d’être éduquées, mais aussi d’enseigner. Tout comme elles ont le droit d’aller où bon leur semble, d’écouter de la musique, de boire de l’alcool et d’aimer qui elles veulent. Sans burqa, ni violence. Bref, de jouir de cette liberté qui vous fait tant horreur. Et dont Paris, « la capitale des abominations et de la perversion », dis-tu, s’est fait depuis longtemps la représentante.

Oui, chers soeurs et frères, n’en doutons pas : l’abomination et la perversion n’est pas à chercher dans le massacre d’innocents par des fanatiques surarmés, qui travestissent le Coran en un manuel du parfait petit terroriste, mais dans cette vie païenne, faite de plaisirs et de joie. Cette « fête de la perversité » qui réunit, de semaine en semaine, des milliers « d’idolâtres » ; lesquels, au lieu d’adorer la Mort comme vous le faites en « [divorçant] de la vie d’ici-bas », préfèrent se rassembler pour communier ensemble, dans un instant de partage et d’adoration de l’existence.

À ce titre, mon petit, ridicule, mesquin Daech, je te dois un aveu : moi aussi, je suis un pervers et un idolâtre. J’aime la vie, le metal, les restaus et, parfois même, regarder un match de foot. Mea culpa, mea maxima culpa. Je suis un Croisé, comme tu dis. Un Croisé de la liberté, de l’amour et de la convivialité ; à la différence, cependant, que contrairement à toi, j’ai évolué depuis le Moyen-Âge. Ma religion n’est pas faite de fer et de sang, comme la tienne, mais de chair et d’espoir. Aussi, si tu veux un bon conseil, mon cher Daech, dépêche-toi : car l’Histoire est sur tes talons, et déjà les Lumières que tu veux éteindre menacent ton califat d’un autre âge.

« Allah est le plus grand », écris-tu. « Or c’est à Allah qu’est la puissance ainsi qu’à Son messager et aux croyants. Mais les hypocrites ne le savent pas » (sourate 63, verset 8). Sur ce point, je ne peux que te donner raison. Qu’on l’appelle Dieu, Yahvé ou Allah, le Tout-puissant n’a guère besoin que l’on tue en son nom, ni que l’on pervertisse Ses lois. Alors, pourquoi continuer à tuer ? Ton Seigneur est-il si faible, dans ton esprit, qu’il ne puisse agir de lui-même ? Je ne peux le croire. Ce que je crois, en revanche, c’est que tu t’arranges bien de Son silence. Qu’en tuant au nom de ce même Islam et des musulmans que tu prétends défendre, tout en les assassinant, c’est la Création divine que tu détruis. Ce qui fait de toi un impie, un pécheur, encore plus coupable que le croyant que tu exècres, ou les païens que nous sommes. Mais cela, les hypocrites ne le savent pas.

Cet article est dédié à la mémoire de ma cousine Madeleine, dont le seul crime fut d’aimer la vie. A la demande de ma famille, sa photo a été retirée, afin que de mauvais esprits n’en fassent pas un usage outrageant sur les réseaux sociaux.

© Jean Jullien

© Jean Jullien

Hommage au mode de vie des Français

Bien sûr, la violence extrême est loin de se concentrer sur Paris, mais ce défi lancé à nos sociétés démocratiques est de nature à faire réagir les démocrates. L’onde de choc est mondiale. Cela conduit à rendre hommage à la France, pour qu’elle reste la France. Voici un commentaire anonyme lu sur le site du New York Times. Nous n’en aurions pas pris connaissance (et n’aurions aucune raison d’en parler) s’il n’avait fait le tour de la toile et fait l’objet d’un article sur le site du journal Le Soir. 

La magnifique lettre d’un anonyme à la France dans le New York Times

« La France incarne tout ce que les fanatiques religieux ont toujours haï : la jouissance de la vie sur Terre d’une myriade de façons : une tasse de café parfumé et un croissant au beurre le matin, de belles femmes habillées en robes courtes qui sourient librement dans la rue, l’odeur du pain chaud, une bouteille de vin partagée entre amis, une touche de parfum, les enfants qui jouent au Jardin du Luxembourg, le droit de ne croire en aucun Dieu, de ne pas se soucier des calories, de flirter et fumer et de faire l’amour en dehors du mariage, de prendre des vacances, de lire ce qu’on veut, d’aller gratuitement à l’école, de jouer, rire, argumenter, de se moquer des prélats et des politiciens, de ne pas se soucier de la vie après la mort.

« Aucun pays ne profite autant de la vie que les Français. Paris, nous t’aimons. Nous pleurons pour toi. Tu es en deuil ce soir, et nous sommes à tes côtés. Nous savons que tu riras à nouveau un jour, tu chanteras, tu feras l’amour et tu guériras, parce que l’amour de la vie est ton essence. Les forces du mal vont reculer. Elles vont perdre. Elles perdent toujours. » (Trad.fr.)

Voir aussi : Le Metropolitan Opera de New York reprend la Marseillaise.

Et aussi, sur le site de La Libre : La Marseillaise chantée dans le monde entier.

Wallons, Bruxellois de langue française, Français, nous vivrons debout

Malgré toute cette monstruosité, une phrase frappe sans cesse dans ma tête …  » Tout ce qui est excessif est insignifiant. « 
Ces fanatiques anecdotiques et insignifiants, se veulent représentant d’un être suprême mais ne représentent en définitive que la folie humaine et les horreurs qui peuvent en découler.
Ils veulent nous faire taire… Nous Parlerons plus fort.
Ils veulent nous faire peur… Nous en Rigolerons.
Ils veulent nous mettre à genoux… Nous Relèverons la tête.
Ils veulent nous diviser… Nous nous rassemblerons.
Ils veulent nous apprendre l’intolérance… Nous enseignerons la tolérance.
Ils veulent nous imposer leur dictat … Nous soutiendrons nos démocraties.
Il veulent amener la guerre… Nous garderons la paix.
Nous sommes juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, athées, agnostiques…
Nous sommes Paris, Bruxelles, Tunis, Bagdad…
Nous sommes égyptien, américain, israélien, palestinien…
Nous sommes UN, nous sommes TOUS…
Nous sommes debout.

Thibaud de Ridder

Le regard de Pierre Kroll sur les attentats de Paris

MÉDIAS – TÉLÉSAMEDI 14 NOVEMBRE 2015, 13H31

Vivre avec « ça »…

« Comment aurais-je pu mener comme je le fais depuis quelques semaines l’émission de radio « Un samedi en enfer » sur la Première avec les événements tragiques qui ont à nouveau marqué Paris », assène Pierre Kroll.

Le dessinateur est une nouvelle fois choqué. Triste. Profondément. « Mais entendons-nous bien, je ne renie absolument pas la nécessité de pratiquer l’humour, bien au contraire. C’est une force que nous devons persévérer à déployer face à ces fanatiques. Eux n’attendent que cela, d’ailleurs, que nous faisions courbe rentrante. Mais il n’en est pas question. Ils détestent l’humour. Ils ont prouvé hier qu’ils détestaient la vie. Ils se sont attaqués hier à des symboles très forts de notre vie quotidienne, du divertissement au sens le plus humain qui soit. Ils se sont attaqués à la vraie vie, ils ont pris l’assaut d’une salle de concert, d’un stade foot et de restaurants. C’est fort, très fort. Il est d’autant plus nécessaire de continuer à rire d’eux. Comme le font au quotidien des amis caricaturistes en Tunisie ou en Algérie, qui se moquent des « barbus ». Il faut surtout continuer à le faire et à ne pas plier face à ces terroristes qui cultivent à merveille la peur. Je l’ai d’ailleurs fait il y a quelques jours en illustrant un petit apprenti djihadiste qui tenait mal son couteau… »

« En fait, je me dis, de manière un peu cynique que c’est « bienvenue au club », pour nous tous. Ce que quantité de gens dans le monde, dont énormément de musulmans d’ailleurs, vivent au jour le jour, à Bagdad, à Beyrouth, nous allons aussi y être confrontés. C’est dans l’ordre des choses quelque part. Nous assistons à une mondialisation de l’horreur, et pour y faire face, l’humour est une arme que nous allons devoir brandir plus haut que jamais comme certains le font depuis des années dans des pays martyrisés par le fanatisme. Nous allons devoir vivre avec ça… », conclut l’humoriste, un brin fataliste.

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