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En France, la régionalisation est en marche

Bienvenue en République fédérale de France, titre le magazine Marianne. On n’en est pas encore là mais la France en prend le chemin. Du moins certains n’y sont-ils pas opposés, France régionaliséetandis que d’autres craignent que le projet de décentralisation conduise à terme à une Europe des régions.

En réalité, l’Etat français n’est pas près de disparaître. Ses missions sont ainsi rappelées dans le Projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale : « Agir pour les générations futures en opérant des choix stratégiques pour développer les atouts exceptionnels du pays, définir la règle commune dans le respect des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité qui garantissent la cohésion nationale par-delà nos différences, contrôler l’application des lois, protéger les citoyens en exerçant l’ensemble des missions régaliennes et veiller à la cohésion sociale comme territoriale pour que nul ne reste en marge du destin national : telles sont les principales missions assurées par l’Etat. »

L’objectif déclaré de la réforme entreprise en France est néanmoins de renforcer les régions, tant par leur taille que par l’étendue de leurs compétences, de manière à ce qu’elles soient en mesure de « rivaliser avec les collectivités comparables en Europe » et d’« engager des coopérations interrégionales en Europe ». Quoi qu’il en soit, le jacobinisme français n’est vraiment plus ce qu’il était. Gageons que cela facilitera le glissement de la Wallonie vers un espace français solidaire et aussi peu monolithique que possible. (Et si le mot « glissement » ne rend pas hommage au volontarisme wallon, parlons de « repositionnement stratégique » de la Wallonie, ou de « partenariat stratégique », ou… d’alliance naturelle et de communauté de destin.)

Nous avons déjà évoqué la volonté de l’exécutif français de ramener le nombre des régions métropolitaines à 14, pour 22 actuellement, selon un découpage qu’il ne nous appartient pas de juger. Le changement sera effectif à compter du 1er janvier 2016. Ce qu’il faut aussi voir, c’est comment le Projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale donne aux régions françaises les moyens d’augmenter leur pouvoir d’action. Cet aspect de la réforme est ainsi résumé sur le site du journal Le Monde :

Le projet… « renforce les compétences et les responsabilités des régions… Les régions disposeront du pouvoir réglementaire dans le cadre des compétences qui leur sont dévolues, c’est-à-dire qu’elles pourront modifier ou adapter des dispositions législatives ou réglementaires concernant leurs compétences.

« La région détient de plein droit la responsabilité du développement économique régional. Dans l’année qui suit le renouvellement du conseil régional, elle établit un schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation qui a valeur prescriptive. Elle détient la compétence exclusive pour les aides aux entreprises.

« La région est désignée en qualité de chef de file chargé d’organiser l’action commune des collectivités territoriales en matière de tourisme. Elle élabore un schéma régional de développement touristique. La possibilité est offerte à plusieurs régions ou plusieurs départements de constituer un comité du tourisme commun.

« La région est chargée de l’aménagement et du développement durable du territoire à travers un schéma régional doté d’effets prescriptifs à l’égard des documents d’urbanisme.

« Son rôle est renforcé en matière de transports. Elle se voit ainsi transférer l’organisation et le fonctionnement des transports scolaires, jusqu’à présent attribués au département. Elle se voit aussi confier la gestion de la voierie relevant des départements. Les collectivités territoriales pourront récupérer la compétence sur des aérodromes historiquement utilisés pour les besoins militaires qui ont perdu ou vont perdre cette activité. Cela concerne notamment les aérodromes de Dijon, Montpellier, Nîmes ou Strasbourg.

« Les collèges sont transférés des départements aux régions. »

G.R.

« Partez donc avant d’avoir tout cassé »

On se souvient que le Général de Gaulle n’était pas partisan de l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Aujourd’hui, Michel Rocard lui donne raison.

Lire ici l’information donnée par Francetv :

Michel RocardUne demande courtoise, mais ferme. L’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard demande au Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, dans une tribune publiée mercredi 4 juin par Le Monde. Européen convaincu, il accuse les Britanniques de ne pas aimer l’Europe, de n’y être entrés que pour « faire du commerce », de paralyser son évolution politique et de commettre un déni de démocratie en s’opposant à la nomination à la présidence de la Commission européenne du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, candidat du parti vainqueur des élections de mai.

« Partez donc avant d’avoir tout cassé »

« Il y a entre vous et nous, les Européens continentaux, un malentendu qui est en train de tourner mal, écrit Michel Rocard, 83 ans. De cela, l’Europe meurt. » Michel Rocard accuse également le Premier ministre britannique de faire « semblant » de vouloir quitter l’Union européenne. Selon le magazine allemand Der Spiegel, le Premier ministre britannique a averti ses partenaires qu’il ne pourrait garantir le maintien du Royaume-Uni dans l’UE si Jean-Claude Juncker devenait président de la Commission. Par ailleurs, il a promis un référendum sur la sortie de son pays de l’UE d’ici 2017.

« Vous avez encore quelque intérêt bancaire à profiter du désordre que vous créez », accuse-t-il. « Partez donc avant d’avoir tout cassé », conclut l’ancien Premier ministre français. « Il fut un temps où élégance était synonyme de britannique. Laissez-nous reconstruire l’Europe. Retrouvez l’élégance et vous retrouverez notre estime. »

Lire aussi, sur le site de l’AWF : Karel De Gucht et Charles de Gaulle

Et Chevènement, il en pense quoi ?

Il n’est plus tout jeune, Jean-Pierre Chevènement, mais en homme de conviction, l’actuel sénateur du Territoire de Belfort continue à nourrir le débat politique en France. De ce socialiste atypique, autrefois très à gauche, on a dit qu’il était le « dernier des gaullistes ». (On sait qu’il a toujours été un chaud partisan du rattachement de la Wallonie à la France.) Son étiquette souverainiste (il préfère celle de républicain) ne l’empêche pas d’avoir un discours nuancé sur l’Europe. Voici un extrait d’une interview qu’il vient d’accorder au journal Le Midi Libre.

Chevènement(…) Il y a un lien entre le déclin démographique, économique, politique de l’Europe et “la guerre de 30 ans” qui éclate en 1914 et finit en 1945. Mais l’Union européenne actuelle et son magma d’impuissances est aussi le fruit de la façon dont on a fait l’Europe sans les nations, voire contre elles, selon la méthode Monnet. C’est d’abord une Europe qui a fait sien les dogmes du néo-libéralisme en privant les Etats de leurs capacités stratégiques. La France n’est plus un Etat stratège, c’est un Etat mendiant qui n’a plus les moyens d’une politique.

D’autre part, c’est une Europe qui a abandonné la démocratie. Ses institutions – la Commission, la Cour de Justice, la banque centrale – sont technocratiques et ne rendent compte devant aucune instance élue. (…) L’Europe est devenue un système d’évitement de la démocratie et des souverainetés nationales.

Que préconisez-vous ?

Il faut réformer les règles de l’Euro pour permettre aux pays de l’Europe du Sud d’être compétitifs sans passer par des expériences douloureuses de caractère déflationniste. (…) On nous vante le miracle espagnol au prétexte que l’Espagne a réduit ses coûts de production alors que 50 % des jeunes sont au chômage. Au contraire, il faut une politique monétaire plus souple, un Euro moins surévalué.

La France a un potentiel de croissance de 2,5 %. Il faut redonner le moral au pays. Et ne pas construire l’Europe comme un substitut à la France. Ne pas gommer la France. Je suis pour l’Europe des nations et des peuples. La morosité vient beaucoup du fait qu’on a privé nos concitoyens de leurs repères traditionnels, d’un récit national qui est ce qu’il est, avec ses ombres et ses lumières. Il faut remettre en cause, non pas l’Europe, mais la manière dont on l’a faite.

Les élections peuvent-elles faire avancer vos idées ?

Je l’espère, mais il faudrait qu’il y ait débat. Et ce dernier n’existe pas. On est enfermé dans une politique monétaire ultra-orthodoxe, déflationniste. Pour que ce débat ait lieu, il faut des acteurs et donc des forces politiques qui renouent avec un patriotisme républicain. Je préfère parler de république que de souverainisme. D’abord parce que ce terme vient du Québec et qu’il est aujourd’hui manipulé. Mon discours n’est pas anti-européen. Je suis très européen, mais pas européiste. Notre pays a besoin d’un sursaut républicain et pas d’un spasme rétrograde comme le voudrait le FN.

Croyez-vous à la fin de la monnaie unique ?

Je ne dis pas il faut sortir de l’Euro. Mais il faut revenir à l’essentiel : en privant un pays de sa souveraineté monétaire, on ne règle pas ses problèmes. Il faut oser toucher à l’Euro, revenir à une certaine souplesse dans une idée de monnaie commune. (…) Je m’interroge sur la manière de frayer la voie aux idées que je crois justes et de fournir aux jeunes générations les repères qui aujourd’hui leur manquent.

Inéluctable (me semble-t-il)

Il est belge et il a fait toute sa carrière de journaliste à Paris, où il vit depuis 50 ans. Voici ce qu’il nous écrit en ce mois d’avril 2014 :

« Il me semble que le rattachement de la Wallonie à la France est un événement inéluctable, et que la seule incertitude à ce sujet est de savoir quand il se produira. Le fait est que les fossés existant depuis toujours entre Flamands et Wallons se transforment en abîmes, tandis que les barrières entre Wallons et Français s’écroulent et disparaissent l’une après l’autre, à commencer kroll 2010par les domaines de la culture et de l’économie. Reste, comme ultime obstacle chez de nombreux Wallons me semble-t-il, un vague mais tenace sentiment de « nationalisme », de belgitude – mais qui n’est pas autre chose qu’un particularisme comme on en cultive presque partout en France, chez les Occitans, les Alsaciens, les Bretons, les Bourguignons, les Basques, les Auvergnats etc. Et qui est au cœur même de l’identité française.

Quand les Wallons auront tous compris cela, ils seront mûrs pour entrer en Hexagone. Où ils seront bien accueillis. (…) »

(Illustration : Kroll en 2010.)

Frustrée, la jeunesse française rêve d’en découdre

Notre ami Roland Douhard attire mon attention sur une intéressante étude réalisée par France Télévisions auprès d’un grand nombre de jeunes de 18 à 34 ans. Deux sociologues jeunes Françaisde la jeunesse, Cécile Van de Velde et Camille Peugny, maîtres de conférences à l’EHESS et à l’université Paris-VIII, ont contribué à concevoir le questionnaire.  210 000 jeunes se sont pris au jeu de cette opération « Génération quoi ? ». Leurs 21 millions de réponses fournissent un matériau de recherche exceptionnel aux deux universitaires qui en tirent pour le quotidien « Le Monde » les principaux enseignements. Ils se focalisent sur la tranche d’âge des 18-25 ans sans très bien nous expliquer pourquoi ils n’ont pas retenu les réponses des 25-34 ans.

Qui sera étonné que le tableau soit sombre ? La France traverse en ce moment une crise de confiance en elle malgré les immenses potentialités qui sont les siennes (un prochain article y sera consacré). Ce manque de confiance est alimenté par un gouvernement hésitant qui tarde à prendre des décisions, au principal parti d’opposition qui est en crise permanente et à un front national qui souffle sur les braises bien décidé à cueillir les fruits du mécontentement. Le Français est sans doute, de tous les Européens, celui qui aime le plus le débat politique. La journaliste belge, Charline Vanhoenacker, invitée à l’émission « On n’est pas encore couché », confiait, outre sa francophilie, le bonheur qu’elle avait de travailler en France et d’animer chaque matin le 5-7 radio sur « France Inter », mais aussi de participer à des débats qui avaient une autre envergure que ceux pratiqués dans le petit monde politique belge.

Je serais curieux qu’un tel questionnement soit proposé aux jeunes Wallons et de voir, toutes proportions d’échelle gardées, combien de jeunes répondraient ? Là où le jeune Français se dit non résigné, l’apathie est telle chez nous que tout semble aller pour le mieux. Et pourtant,  aux mêmes difficultés que connaissent les jeunes Français s’ajoute le problème communautaire que les politiciens, tant Wallons que Bruxellois, se plaisent à taire. Le réveil risque d’être d’autant plus pénible au lendemain de l’échéance électorale du 25 mai. 

Il serait plus que temps pour le jeune Wallon de s’intéresser à la politique et de se rendre compte que la solidarité est un mot qui tendra à disparaître du vocabulaire interrégional belge avec toutes les conséquences qui ne manqueront pas d’en découler. Le moment d’en découdre avec ceux qui leur auront maintenu la tête dans le sable sera-t-il alors venu ?

Paul D.

Voici l’article de Pascale Krémer sur le site du journal Le Monde.

  • La vie en noir

Interrogés sur leur devenir personnel, les jeunes répondants sont près des deux tiers à se déclarer plutôt ou très optimistes. En revanche, le regard qu’ils portent sur le destin de leur génération est extrêmement sombre. Vingt ans n’est pas le plus bel âge de la vie, pensent-ils majoritairement (à 51 %). Les mots-clés librement choisis pour définir leur génération sont édifiants : « sacrifiée », « perdue ». Et encore (après « Y », « Internet », « connectée »), « désabusée », « désenchantée », « galère »… « Autant « sacrifiée » est un terme qui a pu être induit par le discours des médias, analysent Cécile Van de Velde et Camille Peugny, autant « perdue » semble un choix spontané. » Donc révélateur.

Seuls 25 % des 18-25 ans ont la conviction que leur vie sera meilleure que celle de leurs parents. Ils sont 45 % à imaginer qu’elle sera pire, 29 % qu’elle sera semblable. Près d’un tiers (33 %) sont persuadés qu’ils ne connaîtront jamais autre chose que la crise. Quant à la vie de leurs propres enfants, 43 % pensent qu’elle sera encore pire que la leur. A toutes ces questions, les jeunes femmes répondent de façon encore plus pessimiste que leurs congénères masculins. « Ces pourcentages sont très élevés, sachant que les jeunes sont, dans la plupart des enquêtes, plus optimistes que leurs aînés. Ils le sont d’ailleurs dans cette enquête concernant leur avenir personnel, remarque M. Peugny. Ce qui apparaît ici, c’est le poids du discours de crise dans lequel nous baignons désormais, et le sentiment d’être pris dans une spirale du déclassement. »

Deux pondérations à apporter, selon lui, néanmoins. Les participants peuvent avoir été tentés de « surjouer un discours noir et cynique, ce qui est une manière de conjurer le sort ». Surtout, cette génération est fortement clivée en fonction des parcours et des statuts, précaires ou non. Ce n’est pas une mais des jeunesses qui se dessinent. En passant des étudiants ou salariés en CDI aux chômeurs-intérimaires-inactifs, le pessimisme gagne 20 points. L’expérience du chômage affecte fortement la projection dans l’avenir.

  • Un besoin de reconnaissance

« Les 18-25 ans qui ont participé font voler en éclats le mythe d’une société méritocratique » : voilà le second enseignement majeur de l’enquête, à entendre les deux sociologues. Près des trois quarts (70 %) d’entre eux ont le sentiment que la société française ne leur donne pas les moyens de montrer ce dont ils sont capables. « C’est massif, et en forte progression. En 2006, ils étaient 53 % dans ce cas. »

Les jeunes se montrent très sévères sur le fonctionnement du système éducatif à la française. Récompense-t-il le mérite ? Non, à 61 %. Donne-t-il sa chance à tous ? Non, à 61 %. Logiquement, plus le statut du jeune est précaire, plus son opinion est négative. Des réponses lourdes de rancoeurs  dans une société « où formation initiale et diplôme exercent une si forte emprise sur les parcours de vie ».

D’autant que dans la sphère professionnelle non plus, les jeunes n’ont pas l’impression que leurs mérites et efforts soient récompensés. 60 % des répondants ne se croient pas payés, par exemple, à la hauteur de leurs qualifications.

Dans cette enquête transparaît donc, selon Cécile Van de Velde, « une génération consciente, lucide, désillusionnée, selon laquelle les instruments de mobilité sociale ne fonctionnent pas ». « Les jeunes se sentent abandonnés par la société. Ils ne sont pas aux commandes de leur vie, ils subissent. Sont frustrés de ne pas pouvoir faire leurs preuves, montrer qui ils sont. » Pour réussir dans la vie, la moitié des répondants pense donc ne pouvoir compter que sur soi-même. « Les jeunes sont individualistes, libéraux, par dépit plus que par essence. » Puisque très majoritairement (77 %), ils estiment également que dans la vie, on ne peut pas s’en sortir sans solidarité.

  • La valeur travail

Les jeunes valorisent d’autant plus le travail qu’il leur échappe, un quart d’entre eux connaissant le chômage. Seule une toute petite frange le rejette, envisageant de vivoter en marge du système. 81 % des répondants disent que le travail est important dans leur vie. Et pas seulement pour gagner de l’argent. La moitié déclare que travailler sert avant tout à s’épanouir. « Qu’ils soient soucieux de l’équilibre vie privée-vie professionnelle ne veut pas dire que la valeur travail se perd », commente Camille Peugny, pour qui rien n’est plus faux que les clichés sur une « génération feignasse » : « Impossible de faire une conférence sur les jeunes sans qu’un manager assure qu’à peine arrivés en entreprise, les jeunes ne s’intéressent qu’à leurs RTT. Platon déjà évoquait la décadence de la jeunesse, c’est un discours vieux comme le monde, lié au cycle de l’âge, à la difficulté à concevoir le changement apporté par les jeunes. »

A la question « Actuellement, es-tu épanoui dans ton travail ? », 62 % des 18-25 ans ont acquiescé. Mais la statistique chute à 43 % pour les intérimaires… L’enquête Génération quoi ? fournit le plus grand échantillon d’intérimaires jamais réuni (8 000 répondants dans cette situation), et leur « souffrance » saute aux yeux des sociologues. « Il faut sortir du discours sur l’intérim choisi. Ces jeunes veulent travailler davantage, ils ont le sentiment insupportable que leur destin est aux mains des autres, que leur sort dépend d’un coup de téléphone, ce qui interdit toute projection dans l’avenir. »

  • La tentation du départ

« T’installer à l’étranger, ça te tente ? » Evidemment oui, cela tente les trois quarts des participants à l’enquête. Inhérente à la jeunesse, cette envie d’aller voir ailleurs est plus que jamais valorisée dans la société. Mais 24 % des jeunes se sont reconnus dans une expression volontairement rageuse, hargneuse, qui leur était suggérée : « Dès que je peux, je me barre. » « Une réponse aux portes fermées pour tous les jeunes dans l’impasse, chômeurs, petits contrats, stagiaires… », à en croire les sociologues.

  • Famille, je t’aime

Toutes les questions portant sur les relations au sein de la famille suscitent des réponses unanimement positives. La famille apparaît plus que jamais comme la valeur refuge. S’ils doivent qualifier leurs relations avec les parents, 27 % des jeunes les décrivent comme « idéales », 53 % comme « cool », seuls 10 % les jugent « moyennes » ou « hypertendues ». Les parents, assurent-ils, sont fiers de leur parcours (89 %), les soutiennent dans leurs choix (91 %). Pour Camille Peugny, « les parents ont intériorisé le fait que la situation des jeunes est extrêmement difficile. Les quadras et quinquagénaires ont eux-mêmes connu la crise. Fini, les réflexions désagréables. Les deux générations sont solidaires dans la crise. Moralement et matériellement. »

Une bonne moitié des jeunes (53 %), même actifs, dit recevoir des aides parentales. Dans les familles, l’inquiétude est partagée. « Est-ce que tes parents sont angoissés par ton avenir ? » 63 % pensent que oui. Les réponses positives montent logiquement à 80 % pour les jeunes chômeurs ou inactifs. Mais atteignent tout de même 63 % chez les étudiants, et encore 47 % chez les jeunes en CDI. Même ce sésame recherché par tous ne parvient pas à apaiser l’anxiété familiale. « Cela rejoint les enquêtes sur les angoisses scolaires, la pression du diplôme, poursuit M. Peugny. Et cela montre que les parents sont parfois un brin schizophrènes : ce sont les mêmes qui, dans leurs fonctions en entreprise, ne sont guère pressés d’intégrer les jeunes dont ils ont une image peu flatteuse. »

      .   La faute aux baby-boomers

Autre ambivalence, chez les jeunes cette fois : ils ne sont pas en conflit avec la génération parentale parce que les relations sont souples, les solidarités fortes. Mais cela ne les empêche pas d’en vouloir à leurs aînés de ne pas leur faire de place dans la société. Pour un jeune sur deux, les générations précédentes sont responsables de leurs difficultés. «C’est assez nouveau en France, et l’on peut penser que cela monte, surtout chez les étudiants, observe Cécile Van de Velde. Le problème d’équité entre générations se conscientise, sans doute du fait de la politique d’austérité, de la réforme des retraites et des débats sur le poids de la dette. Les jeunes pensent qu’ils font les frais de tout cela. » Mais sur une même génération, leur regard est double. Les mêmes qui disent « Marre des baby-boomers, on paye pour leur retraite, nous on n’en aura pas » ne veulent surtout pas que la retraite de leurs parents soit amputée – c’est particulièrement frappant chez les jeunes filles. « Ce qui explique en partie pourquoi le mouvement des Indignés a si peu pris en France… »

  • La politique, ils n’y croient plus

Vis-à-vis d’elle, la défiance est énorme. Près de la moitié (46 %) des répondants n’ont pas du tout confiance dans les femmes et hommes politiques. Certes, ils sont encore plus nombreux à se méfier des institutions religieuses (60 %) et presque aussi sceptiques à l’égard des médias (40 % de non-confiance) que des politiques.

Mais pour la moitié des 18-25 ans, c’est tout vu, les politiques sont « tous corrompus ». Ces derniers ont bien encore du pouvoir (64 % des réponses), mais l’utilisent mal, puisqu’ils laissent la finance diriger le monde (90 %). La charge est violente, aux yeux des deux sociologues : « Les jeunes expriment une demande d’Etat, en souhaitant par exemple que leur période de formation soit financée. Ils pensent que les politiques, s’ils en avaient le courage, pourraient avoir une influence sur leur vie. Mais qu’ils ont laissé la finance prendre le pouvoir. Il y a du mépris dans ce regard des jeunes. Ils n’y croient plus. »

Chez eux, jeunes diplômés en tête, le sentiment que droite et gauche se valent semble encore plus fort que dans l’ensemble de la population. « Ils font l’expérience de la désillusion politique. C’est la première fois qu’ils vivent la gauche au pouvoir. Et ils ont le sentiment que rien ne change pour eux. » Voilà qui poussera massivement à l’abstention, anticipent les chercheurs. « Ce sont des gens informés, qui ne se fichent pas de la politique, qui ont des habitudes participatives liées à l’usage des réseaux sociaux. Mais l’offre politique ne répond pas à leurs attentes. La démocratie ne s’adresse pas à eux. Ils n’iront pas voter mais ce sera une abstention politique, réfléchie, presque militante. »

S’ils critiquent au plus haut point la politique traditionnelle, les 18-25 ans s’engagent plus volontiers dans un militantisme de terrain : manifestations, associations, solidarités locales… Leur altruisme semble plus marqué que celui du reste de la population. 80 %, par exemple, seraient favorables à un service civique obligatoire. Autre valeur classique de la jeunesse, la tolérance demeure forte (70 % estiment que l’immigration est une source d’enrichissement culturel) mais semble s’éroder. « A l’image de ce qui se passe dans l’ensemble de la société, une grosse minorité campe sur des positions autoritaires et xénophobes. Une véritable bombe à retardement, craint Mme Van de Velde. Ce sont les jeunes invisibles, dans des vies d’impasse, perdants de la mondialisation. Beaucoup de ruraux et de périurbains, en difficulté, déclassés. Ils sont souvent tentés par le Front national. » Un tiers des répondants envisagent que des emplois puissent être réservés aux Français.

  • Un vent de révolte

Une Cocotte-Minute qui n’aurait pas de soupape. Telle est l’inquiétante image choisie par les deux sociologues pour décrire le « fort potentiel de révolte » perçu au travers de cette vaste enquête. « C’est une génération qui veut entrer de plain-pied dans une société vieillissante. Elle enrage de piétiner à son seuil. Elle ne veut rien renverser, elle n’est pas en conflit de valeurs, mais elle trouve toutes les portes fermées, et elle envoie un avertissement. »

Besoin d’expression étouffé. Frustrations de ne pas avoir de place, de n’obtenir aucune reconnaissance sociale, de ne pouvoir devenir des citoyens à part entière, dotés d’un travail et d’un logement. Trajectoires déviées parce que l’emploi trouvé ne correspond pas aux études. Craintes pour l’avenir. Défiance vis-à-vis du politique… « Ce sentiment d’être privés de l’essentiel constitue un terreau fertile à la contestation. »

Jamais la jeunesse, en France, n’a été aussi éduquée. Lorsqu’ils sont chômeurs, stagiaires, coincés dans l’intérim, ces enfants de la démocratisation scolaire et de la mondialisation culturelle, extrêmement informés, vivent comme une indignité de devoir se contenter de survivre alors que leurs études ont fait naître de forts espoirs. D’où cette frustration existentielle et cette capacité à développer un discours de plus en plus critique sur l’épreuve sociale qu’ils traversent. « Un ‘‘nous » pourrait se former, croient les sociologues, si les diplômés étaient rejoints par les jeunes en désespérance sociale ».

A la question « Est-ce que tu participerais à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois ? », ils sont 61 % à dire oui. Tous quasiment égaux dans la colère, femmes et hommes tirés d’affaire et jeunes en galère… 66 % des intérimaires. 63 % des chômeurs. 60 % des étudiants. Et même 54 % des employés en CDI !

« Les jeunes ne sont pas dans la résignation. Il y a une énergie latente, comme en 1968 », perçoit Cécile Van de Velde. En temps de crise, explique-t-elle, on peut adopter une stratégie d’adaptation au système (loyalty), de départ (exit), ou de révolte (voice). «‘‘Loyalty » pourrait bien se transformer en ‘‘voice » si rien ne bouge… Il suffit d’une étincelle… » Et d’une figure cible. La chance des politiques jusqu’à présent ? Qu’il soit plus malaisé de se rebeller contre un ennemi lointain et abstrait – la finance, la mondialisation, l’Europe – que contre la génération de ses parents, comme en 1968.

Un signe positif

drapeau françaisNon, nous ne sommes pas cocardiers, mais on a tellement déconstruit l’idée nationale, avec des effets si problématiques sur la qualité du vivre-ensemble, qu’on accueille positivement cette décision des autorités françaises.

Voici l’information telle qu’on peut la lire sur le site du magazine Le Point :

Les sénateurs ont voté un amendement du gouvernement prévoyant que « la devise de la République et le drapeau tricolore sont apposés sur la façade des écoles et des établissements d’enseignement du second degré publics et privés sous contrat ». Il précise également que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
du 26 août 1789 sera affichée « de manière visible » dans les locaux scolaires. « Aucune disposition législative ou réglementaire ne détermine les conditions de pavoisement des écoles, des collèges et des lycées », a fait valoir le ministre de l’Éducation Vincent Peillon. Il s’agit de « réaffirmer l’attachement de la nation à son école et de contribuer à l’appropriation par les élèves des fondements de la Constitution ». (…)

Ce que disait un certain Charles de Gaulle…

09 novembre : jour anniversaire de la mort de Charles de Gaulle.

Les paroles qui suivent sont attribuées au Général par le journaliste Claude de Groulard ainsi que par Alain Peyrefitte, ministre sous de Gaulle. Elles auraient été prononcées lors d’un entretien entre de Gaulle et le professeur Robert Liénard, professeur à l’université de Louvain, mais aussi lors d’un autre entretien avec une délégation de Wallons qui voulaient préparer l’intégration de la Wallonie dans la République.  

Ce qui est certain, c’est que le Général de Gaulle avait une connaissance hors du commun de la Wallonie et des Wallons qu’il appréciait particulièrement.

« Des Wallons m’avaient déjà demandé de les annexer à la fin de la guerre. Je n’ai pas voulu donner suite à leur démarche. En 45, il fallait respecter les frontières que nous a léguées l’Histoire, sauf les frontières des pays vaincus. C’est ce qui a été fait. La Belgique, il ne faut pas y toucher. Mais que les Wallons s’organisent pour défendre leur langue et leur culture, pour éviter que les Flamands ne leur marchent sur les pieds, nous n’y voyons aucune espèce d’inconvénient… Ou alors, il faudrait que les Flamands rendent la vie impossible aux Wallons, et qu’alors les Wallons se jettent dans nos bras. Mais nous n’avons surtout pas à bouger. Ce serait trop facile de nous accuser de vouloir nous arrondir aux dépens de la Belgique.

« Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. La France n’avait pas à payer une dette comme au Canada. Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation.

« Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie. »

Il reprend, après quelques secondes : « J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme ça que ça finira.

« La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un État. Ils demandent à être intégrés au sein de la République française, dont ils ont déjà fait partie. C’est tout autre chose que, pour les Québécois, de s’émanciper de la domination anglo-saxonne.

« Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines. »

L’UE hésite sur l’attitude à adopter au cas où…

Publié sur le site du journal Le Monde, un article de Jean-Pierre Stroobants qui a voulu savoir ce que l’Union européenne pensait de la poussée indépendantiste en Écosse, en Catalogne et, bien sûr, en Flandre.

« La perspective d’une Écosse indépendante, une amplification de la revendication autonomiste en Catalogne, l’évocation par Bart de Wever, vainqueur des élections municipales en Flandre le 14 octobre, de la mise en place d’une « confédération » belge qui serait, semble-t-il, le prélude à l’éclatement pur et simple du royaume : ces événements jettent le trouble dans les institutions européennes. Et posent la question – taboue jusqu’ici – de leur attitude face à une région qui proclamerait, demain, son indépendance. »

La suite de l’article : ici.

Sur à peu près le même sujet, les points de vue de Bart Maddens (professeur de sciences politiques à la KUL, proche de la N-VA) et de Vincent Laborderie (UCL, membre du Comité directeur de B Plus) : c’est un article de La Libre.