Et Chevènement, il en pense quoi ?

Il n’est plus tout jeune, Jean-Pierre Chevènement, mais en homme de conviction, l’actuel sénateur du Territoire de Belfort continue à nourrir le débat politique en France. De ce socialiste atypique, autrefois très à gauche, on a dit qu’il était le « dernier des gaullistes ». (On sait qu’il a toujours été un chaud partisan du rattachement de la Wallonie à la France.) Son étiquette souverainiste (il préfère celle de républicain) ne l’empêche pas d’avoir un discours nuancé sur l’Europe. Voici un extrait d’une interview qu’il vient d’accorder au journal Le Midi Libre.

Chevènement(…) Il y a un lien entre le déclin démographique, économique, politique de l’Europe et “la guerre de 30 ans” qui éclate en 1914 et finit en 1945. Mais l’Union européenne actuelle et son magma d’impuissances est aussi le fruit de la façon dont on a fait l’Europe sans les nations, voire contre elles, selon la méthode Monnet. C’est d’abord une Europe qui a fait sien les dogmes du néo-libéralisme en privant les Etats de leurs capacités stratégiques. La France n’est plus un Etat stratège, c’est un Etat mendiant qui n’a plus les moyens d’une politique.

D’autre part, c’est une Europe qui a abandonné la démocratie. Ses institutions – la Commission, la Cour de Justice, la banque centrale – sont technocratiques et ne rendent compte devant aucune instance élue. (…) L’Europe est devenue un système d’évitement de la démocratie et des souverainetés nationales.

Que préconisez-vous ?

Il faut réformer les règles de l’Euro pour permettre aux pays de l’Europe du Sud d’être compétitifs sans passer par des expériences douloureuses de caractère déflationniste. (…) On nous vante le miracle espagnol au prétexte que l’Espagne a réduit ses coûts de production alors que 50 % des jeunes sont au chômage. Au contraire, il faut une politique monétaire plus souple, un Euro moins surévalué.

La France a un potentiel de croissance de 2,5 %. Il faut redonner le moral au pays. Et ne pas construire l’Europe comme un substitut à la France. Ne pas gommer la France. Je suis pour l’Europe des nations et des peuples. La morosité vient beaucoup du fait qu’on a privé nos concitoyens de leurs repères traditionnels, d’un récit national qui est ce qu’il est, avec ses ombres et ses lumières. Il faut remettre en cause, non pas l’Europe, mais la manière dont on l’a faite.

Les élections peuvent-elles faire avancer vos idées ?

Je l’espère, mais il faudrait qu’il y ait débat. Et ce dernier n’existe pas. On est enfermé dans une politique monétaire ultra-orthodoxe, déflationniste. Pour que ce débat ait lieu, il faut des acteurs et donc des forces politiques qui renouent avec un patriotisme républicain. Je préfère parler de république que de souverainisme. D’abord parce que ce terme vient du Québec et qu’il est aujourd’hui manipulé. Mon discours n’est pas anti-européen. Je suis très européen, mais pas européiste. Notre pays a besoin d’un sursaut républicain et pas d’un spasme rétrograde comme le voudrait le FN.

Croyez-vous à la fin de la monnaie unique ?

Je ne dis pas il faut sortir de l’Euro. Mais il faut revenir à l’essentiel : en privant un pays de sa souveraineté monétaire, on ne règle pas ses problèmes. Il faut oser toucher à l’Euro, revenir à une certaine souplesse dans une idée de monnaie commune. (…) Je m’interroge sur la manière de frayer la voie aux idées que je crois justes et de fournir aux jeunes générations les repères qui aujourd’hui leur manquent.

5 réflexions sur « Et Chevènement, il en pense quoi ? »

  1. Une personnalité que j’ai toujours apprécié en France, M. Chevènement!!! Et il a parfaitement raison quand il dit: « Il faut remettre en cause, non pas l’Europe, mais la manière dont on l’a faite. »

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  2. Discours un peu jésuitique, bien sûr ce n’est pas la coloration
    bleu marine mais il y a des similitudes dans l’argumentation sur l’identité de l’Euro….c’est l’impression que cette lecture peut sous-entendre à, tort ou à raison, c’est selon.

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  3. Sans entrer dans une polémique mais en soi l’Europe n’existe pas. Par contre les Nations qui constituent le continent européen, après des siècles de formation comme le calcaire forment des stalagmites, existent bel et bien. Les Anciens le percevaient déjà ainsi. Adenauer et De Gaulle ne souhaitaient pas faire disparaître les Nations, ils voulaient éviter les causes de guerre fratricides.
    Les faux idéalistes et les assujettis aux conceptions anglo-saxonnes n’empêcheront aucun conflit futur en Europe si une Nation se sent prise à la gorge. A cet effet, merci Monsieur Poutine de nous le rappeler. Le spectacle de l’Europe aujourd’hui: une carpette américaine que souille un caniche britannique et que pourrait fouler, quasi sans crainte, une botte russe…

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  4. Chevènement a raison, tout comme Dehousse dans un billet précédent.
    Evidemment, les ultra-européistes (dont beaucoup de belges puisque par essence ils ne savent pas ce qu’est une nation véritable) seront contre.
    J’ai retrouvé ce billet publié dans Billet repris dans « La Libre Belgique » du 26/10/2010 suite aux propos courageux d’un bourgmestre de Charleroi faisant écho à celui de Namur…Pourtant CDH tous les deux !

     » A lire les réactions épidermiques dans la presse de la capitale (Le Soir, La Libre, etc…) les sorties – à l’occasion des fêtes de Wallonie – de Viseur et d’Etienne montrent que beaucoup n’ont retenu du nationalisme que son versant germanique. On a ainsi vu refleurir à tort et à travers les phrases toutes faites du style : « le nationalisme, c’est la haine des autres », etc…

    Dans les heures et les jours qui viennent, nous allons sans nul doute connaître une dramatisation plus forte encore de la situation politique. Drame étant à prendre ici dans son sens théâtral…. Le débat est loin d’être clos et est au contraire essentiel.

    A quoi, pourrait bien ressembler un « nationalisme wallon » ?

    Je n’aborderai pas le thème de la nation comme concept juridique né à la Révolution française. (*)

    La nation est davantage une construction idéologique qu’une réalité concrète, ce qui explique la difficulté de lui donner une définition pleinement satisfaisante. Ce qui (m’a, comme à d’autres…) fait dire qu’il n’y a pas de nation wallonne par comparaison à la très forte identité flamande ou même bruxelloise.
    Depuis Renan, pour les tenants d’un humanisme français (**), la conception moderne de la nation dépasse largement le cadre ethnique ou tribal. Elle trouve plutôt sa source dans un ensemble complexe de liens qui fondent le sentiment d’une appartenance commune. Elle est ainsi à la fois extérieure aux individus, en même temps qu’elle est intériorisée (et transmise d’une génération à l’autre). Pour s’imposer, elle suppose également l’existence d’une volonté durable de vivre au sein d’un même ensemble. C‘est une construction politique, dont la fonction est de garantir la cohésion sociale et de faire respecter l’autorité de l’État. Pour ces raisons, l’idée de nation est elle-même liée à l’histoire de chaque pays. Là est la grande erreur des contempteurs de toute identité ou nationalisme wallon. Leurs références sont germaniques ou liées aux dérives historiques des XIXème et XXème siècles.

    Si, en France, c’est l’action centralisatrice et unificatrice du pouvoir royal qui a contribué de manière décisive à l’émergence de la nation. Le sentiment national, bien que présent chez une élite restreinte, s’est diffusé assez lentement et une forme « d’identité nationale » l’a précédé.
    A contrario, en Allemagne, l’idée de nation s’est développée en l’absence d’un cadre étatique unitaire. L’existence d’une langue et d’une culture communes a permis de concevoir la nation allemande en l’absence de toute unité politique avant 1871. La Flandre a suivi le même processus… Il est piquant de constater aujourd’hui que c’est le même type d’idéologie qui est sous-tendue par le projet (plan B ?) d’état putatif Bruxelles-Wallonie basé sur la langue française cette fois. Or, Comme l’écrivait Renan, « il y a dans l’homme quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté ».
    Il est logique que les attaques les plus virulentes contre le principe « d’identité wallonne », le fait de nommer la Wallonie autrement que « Région wallonne » ou encore contre les dernières sorties parlant de « nationalisme wallon » soient venues de ceux qui nient l’existence de la Wallonie et veulent la noyer dans un nouvel ensemble indifférencié « francophone » après avoir voulu la fondre dans une improbable « nation belge » construite en dépit du bon sens.

    Il y a donc bien coexistence (et parfois interpénétration) dans la notion de « nation » de deux concepts distincts. Une « conception française » (Renan, Fustel de Coulanges) et une « conception allemande » (Herder, Fichte).

    Herder propose une définition de la Nation fondée sur le sol et une langue commune, et Fichte, dans ses Discours à la nation allemande (1807-1808) insistait sur l’idée de peuple et l’importance de la langue.
    A contrario, Ernest Renan, dans sa célèbre conférence de 1882 intitulée « Qu’est-ce qu’une Nation ? », a posé, quant à lui comme critères de l’appartenance nationale, « le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ». Sa belle expression est souvent reprise : « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. »

    Méfions-nous donc des raccourcis rapides et des arrière-pensées. Le nationalisme wallon est déjà bien en germe. Ce n’est pas un hasard si une fine mouche politique (et il faut avoir beaucoup d’habileté pour survivre au sein d’un parti comme le CdH sans perdre ses repères) ose aujourd’hui utiliser cette expression. Les partis politiques traditionnels sont très à l’écoute de la population. Les réticences de Madame Milquet ne sont que de pure forme et destinées à .noyer le poisson. .
    Les caractéristiques que Viseur donne de ce nationalisme wallon, sont celles traditionnelles du mouvement wallon : « une forte cohésion sociale autour d’un modèle de développement solidaire. Le passé récent illustre bien cette logique, cette force tranquille d’une nation wallonne. » Tout le contraire du nationalisme flamand ou belge basé sur la prétendue supériorité d’un groupe social sur les autres.

    Être partisan d’un nationalisme wallon, est-ce considérer que la Wallonie doit entrer – comme le laissent entendre certains, entrer à reculons dans une nouvelle organisation ? Là aussi, épousons les conclusions de Renan : « (…) laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé. ».

    « Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister. » N’est-ce pas l’image des Wallons et de la Wallonie ?

    (*) L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose que « le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » En application de ce principe, la Nation est devenue la source des différents pouvoirs, se substituant au droit divin qui légitimait le pouvoir monarchique.
    La Nation, détentrice de la Souveraineté, c’est le peuple constitué en corps politique, dont la volonté est mise en œuvre par des représentants élus, sans qu’aucun corps intermédiaire ne puisse y faire obstacle. La nation modifie par ailleurs la conception de l’État en le soumettant au principe démocratique.

    (**) J’aime à rappeler cette phrase d’une très grande lucidité de François Perin qui s’est un jour exprimé en disant que « les Wallons ont acquis la philosophie des Droits de l’Homme à la Révolution française et que c’est irréversible ». »

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