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Indicateurs de richesse : le diagnostic français

Lu sur le site de Libération le 27/10/2015, une information donnée par l’AFP :

Indicateurs de richesse

Moins d’inégalités ou de décrochage scolaire, mais plus de dette publique: la France se situe au-dessus de la moyenne européenne sur six critères de richesse sur dix, selon un rapport sur les indicateurs alternatifs au produit intérieur brut (PIB) rendu public mardi par le gouvernement.

Ces dix indicateurs, qui concernent aussi bien l’économie que l’environnement, la santé ou l’éducation, ont été retenus par les services de Matignon et de Bercy en vertu de la loi sur les nouveaux indicateurs de richesse, adoptée au printemps 2015.

Ils serviront à mesurer chaque année l’état de santé de la France au-delà des variations du PIB, accusé de ne refléter que grossièrement le progrès et le bien-être des habitants, a précisé Bercy à l’AFP.

D’après le rapport publié mardi, la France se situe au-dessus de la moyenne européenne sur le plan de la lutte contre la «pauvreté en conditions de vie», mesurant les situations de difficulté économique durable. Cette dernière touchait en 2014 12% des Français, contre 19,6% en moyenne dans l’UE.

Pour «l’écart de revenus», mesurant la différence entre la rémunération des 20% des ménages les plus aisés et celles des 20% les plus modestes, la France fait également mieux que ses partenaires, avec un écart de 4,3 contre 5 dans le reste de l’UE.

Le pays, enfin, obtient de bons résultats pour les «sorties précoces du système scolaire» (8,5% des 18-25 ans contre 11,1% dans l’UE) et de «l’espérance de vie en bonne santé», qui évalue le nombre d’années qu’une personne peut compter vivre en bonne santé (64,4 ans pour les femmes et 63 ans pour les hommes).

Le pays obtient en revanche de moins bons résultats sur l’endettement, tant au niveau de la dette publique (96% du PIB contre 87% dans l’UE) que de la dette des entreprises (81%, contre 48% en Allemagne), et sur la préservation des sols, avec 5,8% de sols «artificialisés» (bitumés ou construits) contre 4,6% dans l’UE.

Sur le plan de «l’effort de recherche», qui mesure la part de dépense intérieure consacrée à la recherche et au développement, le pays se situe au-dessus de la moyenne européenne (2,3% contre 1,9%), mais il est à la traîne par rapport à l’Allemagne et l’Autriche (2,9%), ou aux pays nordiques qui dépassent les 3%.

«Le rapport montre (…) que des défis sont devant nous», a réagi auprès de l’AFP le ministre des Finances Michel Sapin, jugeant toutefois «encourageant» le fait que la France soit «au-dessus de la moyenne européenne pour six indicateurs sur dix».

«Nous voyons les progrès réalisés, notamment en matière de réduction des inégalités où nous avons pu effacer en 2013 l’augmentation vécue depuis la crise de 2008», a-t-il ajouté.

Les dix indicateurs choisis par le gouvernement s’inspirent des travaux du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et de France Stratégie, qui avaient proposé en juin dix barèmes pour mieux «prendre en compte toutes les dimensions du développement».

Au-delà de la comparaison avec les autres pays européens, ces différents indices doivent permettre d’analyser l’impact des politiques publiques sur l’environnement, l’emploi, ou encore la santé.

«Désormais, l’évaluation de quelques-unes des mesures phares en cours de mise en œuvre se fera au regard de ces nouveaux indicateurs», promet le Premier ministre Manuel Valls dans l’introduction du rapport. (AFP)

Enfin, ça bouge en Wallonie…!

Après les déclarations des députés MR Jeholet et Crucke, une poussée régionaliste des députés P.S. Collignon, Martin et Dermagne voit le jour. Ils sortent du bois pour aller dans le même sens que leurs collègues du MR, celui de la régionalisation de l’enseignement et de la culture et faire de la fédération Wallonie-Bruxelles une coquille vide.

Bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord. Comme nous le lisons sur le site de la RTBF, Picqué, Luperto, Demotte  et, plus étonnamment, Magnette montrent peu d’empressement à l’idée de l’avènement d’une Belgique à 4 régions. Le ministre-président wallon ressort même le vieux serpent belgicain d’une circonscription fédérale unique dont il sait très bien qu’une large majorité de la Flandre ne veut pas.

Martin-Dermagne-Collignon« La Wallonie est une évidence ! », proclament Martin, Dermagne et Collignon sur le site de la RTBF.

La tendance régionaliste est loin d’être neuve au P.S.. Mais ces derniers temps, sous Di Rupo Premier ministre et Elio président du parti, la ligne wallonne devait se taire.

Les trois parlementaires sortent du bois parce que la dernière réforme de l’Etat a consacré les régions, et un petit peu aussi pour ne pas laisser le MR seul sur ce terrain. Leur credo: « La Wallonie est une évidence ! » Il faut donc la renforcer dans ses pouvoirs.

La Fédération Wallonie-Bruxelles déshabillée

« Notre régionalisme n’est pas romantique, on ne se réveille pas en fredonnant Li Bia Bouquet ou le Chant des Wallons, explique Pierre-Yves Dermagne. Notre régionalisme est réaliste et pragmatique: la Wallonie n’a plus d’or noir, de charbon, elle doit donc miser sur la matière grise »…

…Concrètement, les trois socialistes estiment que la région ne pourra activer pleinement les leviers économiques dont elle dispose déjà que s’ils sont complétés par des moyens d’actions en matière d’éducation et de culture. Ils veulent régionaliser l’enseignement pour qu’il réponde mieux aux spécificités wallonnes et régionaliser la culture…

Coquille vide

…Alors, sans la culture et surtout sans l’enseignement, que resterait-il de la Fédération demain ? « Ça fait partie de la réflexion. Nous devons discuter entre nous, entre Francophones, et d’abord au sein du PS, de ce qui doit continuer à être géré conjointement par les Bruxellois et les Wallons« , précise Pierre-Yves Dermagne…

…Christophe Collignon: « Pour moi, le plus important, c’est de déterminer les compétences nécessaires au développement économique de la Wallonie« . Comment dire plus clairement que la survie de la Fédération Wallonie-Bruxelles passe après l’intérêt suprême de la région…

Paul Magnette pour une circonscription fédérale unique

…Paul Magnette ne juge pas idéale une réduction du modèle belge à quatre Régions, vu l’existence d’une minorité linguistique dans chaque Région. Il défendait plutôt des mécanismes de prévention des conflits, comme l’instauration d’une circonscription fédérale unique…

…Le gouvernement wallon ne mène pas de travaux préparatoires d’une septième reforme de l’État, ce qui n’entrave pas la liberté des partis de mener une réflexion saine et démocratiquement nécessaire sur ces questions qui feront toujours partie du débat politique de ce pays, précisait-il…

Rudy Demotte veut conserver une « cohésion » entre Bruxelles et Wallonie

Particulièrement concerné par ce débat, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte (PS), s’est prononcé contre toute régionalisation de l’enseignement ou de la culture telle que réclamée par les trois membres de son parti…

…M. Demotte se dit toutefois prêt à discuter d’une adaptation de l’action de la Fédération pour mieux rencontrer les besoins propres des Régions bruxelloise ou wallonne, « mais le pouvoir normatif doit rester au sein de la Fédération« . Selon lui, « il faut garder une cohésion entre Bruxelles et la Wallonie« .

Le MR va plus loin

Voilà donc la fraction régionaliste du PS qui ressort de l’ombre. Il est toutefois étonnant de constater que les socialistes  vont moins loin que les MR Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke.

En septembre dernier, les deux leaders réformateurs expliquaient que, dans leur scénario  « les Régions deviendraient les dépositaires de toutes les compétences fédérées » et qu’on se dirigeait même vers une Belgique articulée autour de 4 entités régionales (flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone).

…Pas de ça dans la sortie cosignée par Nicolas Martin: « on se limite pour l’instant à un débat entre francophones« …

Le début d’un large débat au P.S., mais aussi au M.R. ?

Après tout, ce n’est peut-être que le début d’un commencement, car les trois députés reprennent aussi l’idée lancée récemment par le bourgmestre de Liège Willy Demeyer : la convocation en 2016 d’un Congrès des socialistes wallons…

…Il faut imaginer l’importance que revêt ce débat pour le Parti socialiste : le dernier congrès du genre s’est réuni à Ans en 1991. Il y a près d’un quart de siècle…

Notre mouvement citoyen serait très heureux de participer à ce débat sur l’avenir de la Wallonie.

Encore un rapport qui vante le modèle français !

Le dynamisme de nos entreprises, leur capacité d’innovation et la formation des talents de classe mondiale rendent notre pays durablement attractif.

PAR

Publié le 12/10/2015 à 09:06 | Le Point.fr

La France, la nouvelle Silicon Valley ? (Photo d'illustration : la Défense)

La Flandre ne veut plus que son argent file au sud

Des diamants de sang

Que sa cache-t-il derrière les violences en Centrafrique ?

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Depuis le milieu de l’année 2013, un embargo international interdit toute importation de diamants centrafricains. Mais la production de pierres précieuses n’a pas cessé.

Depuis vendredi 25 septembre, une vague de violences sanglantes touche Bangui, la capitale de la Centrafrique. Selon l’ONU, au moins 36 personnes ont été tuées et au moins 27.400 autres ont été déplacées depuis samedi.

«Nous craignons que la violence que nous voyons à Bangui soit un retour aux jours sombres de la fin 2013 et de 2014, lorsque des milliers de personnes ont été tuées et des dizaines de milliers ont dû fuir leurs foyers», a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, Leo Dobbs, lors d’un point de presse à Genève.

Dans un tweet posté sur son compte officiel, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés s’est également alarmé de ces affrontements. «Bangui était relativement en paix mais le retour des violences qui ont commencé samedi a causé la panique dans la ville où un couvre-feu a été instauré.»

Blood diamonds

Cette rupture de la paix – précaire – qui régnait dans la capitale depuis la fin des combats, qui avaient opposé les milices à majorité musulmanes de la Séléka aux combattants chrétiens anti-Balaka, survient au moment même où l’ONG Amnesty International publie un rapport sur le commerce des diamants de sang qui touche le pays et profite à des groupes armés. Cela malgré la mise en place d’un embargo international sur les pierres précieuses centrafricaines en vigueur depuis mai 2013 et signé par les pays membres du processus de Kimberley.

Le processus de Kimberley est un régime international de certification des diamants bruts, qui réunit gouvernements et industriels du diamant, dans l’objectif d’éviter de négocier sur le marché mondial, l’achat des diamants présentés par des mouvements rebelles dans le but de financer leurs activités militaires.

Mais depuis la mise au ban des diamants centrafricains en mai 2013, la production de diamants n’a pas ralenti dans certaines régions de Centrafrique où des groupes armés sont présents, comme l’affirme Amnesty International dans son rapport.

«Pendant qu’une partie des diamants a été stockée dans les centres d’achat centrafricains, de nombreux autres diamants ont été vendus pendant le conflit et ont été exportés en contrebande dans des pays voisins dont la République démocratique du Congo et le Cameroun. La contrebande de diamants en Centrafrique était déjà importante avant le conflit actuel, mais de nombreux experts s’accordent à dire que les quantités de diamants vendues illégalement ont augmenté depuis.»

Les enquêteurs d’Amnesty ont notamment rencontré des acheteurs de diamants qui leur ont certifié avoir acheté des pierres précieuses à des milices anti-Balaka autour de la ville de Carnot dans l’ouest du pays en mai 2015.

De son côté, l’ONU estime dans un autre rapport que l’équivalent de 140.000 carats supplémentaires ont transité par les réseaux de contrebande depuis le milieu de l’année 2013. «Mais très peu de diamants saisis sur le plan international ont été identifiés comme venant de Centrafrique», souligne Amnesty International. Ce qui signifie qu’une large part des diamants de sang centrafricains exportés illégalement ont été introduits sur le marché mondial et achetés par des consommateurs

Dubaï, plaque tournante

Selon Amnesty International, une large partie de ces diamants de sang centrafricains passent par Dubaï, le plus grand centre international de négoce de pierres précieuses avec Anvers en Belgique.

«Dans la chaîne de circulation de diamants, on assiste à un mélange des pierres», nous explique Sabine Gagnier, coordinatrice du rapport chez Amnesty International. «Il suffit qu’un négociant introduise un diamant originaire de Centrafrique parmi des diamants issus de d’autres pays pour que le mélange soit intitulé « origines diverses »». De la sorte, les diamants de sang sont vendus incognito.

Il existe également «des documents officiels frauduleux qui permettent de masquer l’origine des diamants», nous confie un analyste membre d’une grande organisation internationale et spécialiste de la Centrafrique qui préfère rester anonyme.

Dans les conclusions de son enquête, Amnesty International affirme que ses enquêteurs ont trouvé «plusieurs faiblesses» qui pourraient laisser penser que les diamants de contrebande pénètrent dans les chaînes d’approvisionnement en de nombreux points. «Notre sentiment, c’est qu’ils (les autorités de Dubaï) sont souples car une platerforme diamantaire permet de faire tourner beaucoup d’argent. Mais ça ne veut pas dire que les négociants de Dubaï savent qu’ils achètent des diamants de Centrafrique», rapporte Sabine Gagnier.

Un commerce qui bénéficie d’abord à la Séléka

Parmi les groupes armés de Centrafrique, ce sont les milices de la Séléka qui tirent le plus de recettes des diamants de sang. Depuis mai 2013, le nombre de diamants extraits dans les mines de l’ouest du pays, tenues majoritairement par les anti-Balaka, a baissé. Mais dans l’est, fief des hommes de la Séléka, certains sites sont toujours aussi productifs.

«La Séléka est implantée depuis plus longtemps et connaît mieux les circuits de contrebande des diamants à l’intérieur du pays et à l’international», souligne notre analyste.

Lors de leur avancée vers Bangui en mars 2013, les milices de la Séléka s’étaient emparées des régions diamantifères de Bria et Sam-Ouandja dans l’est du pays. Jusqu’en mai 2013 et l’embargo international, ces mines fournissaient toujours les chaînes d’approvisionnement mondiales en toute légalité. Et s’ils ont été chassées de Bangui, les troupes de la Séléka contrôlent toujours des territoires dans l’est.

«Même après que la Séléka fut chassée de Bangui et de l’ouest du pays, ses combattants sont restés bien implantés dans les régions du centre et du nord-est. Selon le panel d’experts de l’ONU, certaines factions de la Séléka continuent à bénéficier du commerce de diamants dans l’est», dénonce Amnesty International dans son rapport.

Mais le contrôle de mines par des groupes armés en Centrafrique n’est pas nouveau. Dans un rapport publié en 2010, l’International crisis group soulignait que plusieurs milices vendaient des diamants dans l’est du pays malgré des accords de paix signés avec le régime du président Bozizé, renversé par la Séléka en 2013.

«Le refus du gouvernement de redistribuer les richesses nationales de manière équitable a mené des groupes à prendre les armes pour se tailler une plus grosse part dans le gâteau», écrivait l’International crisis group.

En 2008, l’armée centrafricaine avait mené une série de rafles dans des mines locales. Les vendeurs de diamants et les propriétaires de mines avaient été dépouillés d’une partie de leurs stocks et avaient promis de se venger. Ils ont reçu le soutien de la Séléka. Une alliance qui a ensuite profité aux milices.

Cependant, il est difficile d’établir dans quelles proportions le commerce des diamants de sang a pu profiter aux groupes armés qui ont plongé la Centrafrique dans le chaos. «On ne sait pas dans quelle mesure les groupes armés se financent grâce à la contrebande de diamants car ils ont aussi d’autres revenus. Mais ce qui est sûr, c’est qu’une partie de ce business leur a profité», conclut Sabine Gagnier d’Amnesty International.

La Centrafrique, dont les diamants vendus à l’étranger représentaient 50% de la valeur totale de ses exportations en 2012, a, elle, perdu gros depuis la mise en place de l’embargo.

Camille Belsoeur
Journaliste à Slate Afrique.

Un vrai débat sur l’avenir de la Belgique

Après Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke (MR), Hendrik Vuye et Veerle Wouters (N-VA) lancent un vrai débat. Nous sommes loin des Wallons qui n’étaient demandeurs de rien (n’est-ce pas Madame « Neen »). Il n’y manque plus que des voix bruxelloises. La voix des germanophones est déjà connue : « région à part entière qui ne fait plus partie de la Wallonie ».

Lors de son assemblée générale ouverte du dimanche 11 octobre (voir l’article-invitation sur ce site), le mouvement citoyen AWF ne manquera pas de s’inviter dans le débat avec notamment les prises de parole de :

–  M. Philippe Destatte, Directeur général de l’Institut Jules Destrée, historien et prospectiviste (« Le Congrès national wallon de 1945 hier, aujourd’hui et demain ») ;

– M. Jules Gazon, Professeur émérite HEC, Ecole de gestion de l’U.L.G. (« Quels seraient à ce jour les besoins de financement d’une Wallonie autonome ») ;

– M. Georges Régibeau, Professeur d’histoire (« Le projet d’intégration – autonomie ») ;

– M. Paul Durieux, Président de l’AWF (« Mémorandum de l’AWF et conclusions »).

Publié le 22/09/2015 sur le site du Vif/L’Express : 

Une opinion des députés Hendrik Vuye et Veerle Wouters (N-VA) 

Les ténors du MR Pierre-Yves Jeholet et Jean-Luc Crucke plaident en faveur d’une Belgique à quatre régions. Les députés N-VA Veerle Wouters et Hendrik Vuye s’interrogent sur les avantages et les inconvénients de ce modèle.

"Bruxelles ne peut pas être une région à part entière"

Coup de tonnerre dans un ciel bleu. Deux ténors du MR plaident en faveur d’une Belgique à quatre régions dans le quotidien Le Soir. Fini les communautés. Et ces ténors ne sont pas n’importe qui. Pierre-Yves Jeholet est président de faction au parlement wallon et bourgmestre de Herve. Quant à Jean-Luc Crucke, il est non seulement le bourgmestre dynamique de Frasnes-lez-Anvaing, mais aussi député wallon et surtout premier vice-président du MR.

En 1993, Jean Gol, l’ancien président presque mythique des libéraux francophones, plaide en faveur d' »une nation francophone ». Dans ce contexte, les libéraux francophones s’engageront aux côtés du « délire francophone » FDF. La proposition de Gol reste assez vague. Il évoque une relation privilégiée entre la Wallonie et la communauté française et la France.

Cependant, il est difficile de savoir ce que Jean Gol veut dire exactement. 20 ans après son décès, sa veuve déclare à La Libre Belgique : « En cas d’indépendance de la Flandre, il pensait qu’il faudrait se rattacher, soit à une nation francophone, soit à la France ». Le mystère reste entier.

Louis Michel, devenu le nouveau président des libéraux francophones après le décès de Gol le 18 septembre 1995, affaiblit le discours à un « espace francophone ». Que veut-il dire par là ? Le mystère s’épaissit encore.

Le vol d’Icare de Jean-Marie Séverin

En 2001, le président libéral du parlement de la Communauté française a insufflé un second souffle à la pensée d’une « nation francophone ». Lors de l’ouverture de l’année parlementaire, Jean-Marie Séverin a plaidé en faveur d’une fusion de la Communauté française et de la Région wallonne au sein des structures de la Communauté française. Son attitude se révèle un suicide politique. Le président du parti libéral Daniel Ducarme oblige Séverin à donner sa démission. Exit Séverin. Exit « la nation francophone ».

La Belgique est un état fédéral, composé de communautés et de régions. C’est du moins ce que stipule l’article 1 de la Constitution. Cependant, ce n’est pas aussi simple. Depuis 1980, la Communauté flamande exerce toutes les compétences de la Région. La Flandre possède un gouvernement et un parlement, ce qui n’est pas le cas de la Belgique francophone. La Communauté française et la Région wallonne comptent chacune un parlement et un gouvernement. En application de l’article 138 de la Constitution, la Communauté française est déshabillée en 1993. Les compétences importantes sont transférées à la Région wallonne – et pour le territoire bruxellois – à la Commission communautaire française.

La Communauté française est un produit light, pratiquement sans compétences personnalisables. Elle est exclusivement compétente pour les tâches clé comme la culture et l’enseignement.

Cela explique aussi le changement de nom appliqué unilatéralement de Communauté française en Fédération Wallonie-Bruxelles. La Communauté française n’est plus « une communauté de francophones » et certainement pas une « nation francophone ». À leurs yeux, ce n’est plus qu’une fédération de deux régions francophones, où on oublie qu’à Bruxelles, il y a aussi des Flamands.

Primauté du fait régional

Nous avons déclaré que le droit constitutionnel poursuit deux buts : la création de prospérité et la pacification (la cohabitation pacifique). Crucke et Jeholet partagent ce principe. Ils soulignent que la réforme de l’Etat et le développement économique vont de pair. Les institutions doivent faciliter l’épanouissement économique. Malheureusement, l’écheveau belge est si compliqué que cet objectif n’est pas du tout atteint.

Pour Crucke et Jeholet, une Belgique efficace se compose de quatre régions : la Région wallonne, la Région flamande, la Région de Bruxelles-Capitale et la Région germanophone. Dans ce modèle, les régions bénéficient de toutes les compétences des entités fédérées, donc aussi de la culture et de l’enseignement.

Qu’en est-il de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Celle-ci peut continuer à exister, mais uniquement pour les compétences que les régions décident d’exercer ensemble. Le critère, c’est de regarder ce qu’on veut faire ensemble. Vu de cette façon, il s’agit plutôt d’une Confédération Wallonie-Bruxelles. Dans une interview accordée à l’occasion de leur publication, ils se montrent encore plus véhéments. À terme, la Fédération sera une coquille vide, sans utilité. Ils voient plus d’intérêt à une coopération entre les quatre régions, par exemple par le biais d’accords de coopération. À juste titre, car la coopération volontaire fonctionne mieux que la coopération forcée.

Crucke et Jeholet veulent en finir avec les quatre parlements francophones et les quatre gouvernements francophones. Les voici : la Communauté française, la Région wallonne, la Commission communautaire française et – sinon le compte n’y est pas – la Région de Bruxelles-Capitale. In cauda est venenum. Pour les deux parlementaires wallons, Bruxelles est une région à part entière. Plus encore, c’est une région francophone. En outre, ils s’opposent fermement à toute forme de cogestion.

Bruxelles, région à part entière?

La Région bruxelloise n’est pas un succès. Lors de la création de la région en 1989, Bruxelles était la région la plus riche du pays. Depuis, la région recule sans discontinuer. À dater de l’exercice d’imposition 1995 – quand la région existe depuis six ans – le revenu moyen du Bruxellois se situe sous la moyenne nationale. Les chiffres de pauvreté sont hallucinants. Un enfant sur trois grandit sous le seuil de pauvreté. Selon l’Institut wallon de la Statistique, Bruxelles connaît un taux de pauvreté de 34%.

Voici le fond du problème : Bruxelles ne peut être qu’une « région à part entière » si la Flandre finance Bruxelles. Mais pourquoi la Flandre ferait-elle cela ? Une Région bruxelloise à part entière doit porter une responsabilité financière à part entière. Mais Bruxelles en est incapable.

On comprend que deux députés wallons se distancient aussi facilement de Bruxelles. Les rapports entre Bruxelles et la Wallonie sont totalement différents que ceux qui existent entre la Flandre et Bruxelles. Les liens historiques sont différents. Ainsi, Bruxelles n’a jamais été une ville wallonne.

Ne faites pas de Bruxelles un tonneau sans fond

Bruxelles ne peut être une région à part entière. La dégradation de la région la plus riche à la plus pauvre depuis la création de la région le prouve pleinement. Bruxelles a besoin de la Flandre et de la Wallonie.

Le modèle bruxellois de la N-VA offre l’avantage de responsabiliser Bruxelles. Dans ce modèle, Bruxelles exerce les compétences territoriales, telles que la politique économique, l’environnement, la police, la mobilité, etc. Pour les compétences personnalisables, les Bruxellois peuvent choisir la Flandre ou la Wallonie. Il s’agit d’une Région bruxelloise avec la Flandre, pas aux dépens de la Flandre.

Pour ceux qui souhaitent un autre avis: dans ses mémoires, le coryphée du PS Merry Hermanus, un ancien ténor du PS bruxellois, écrivait : « sans réforme en profondeur des institutions bruxelloises, Bruxelles ne sera jamais davantage qu’un tonneau des Danaïdes… un tonneau sans fond, qu’on ne pourra jamais remplir ».

Une interview bien intéressante…

« Toute la dette publique est due aux déficits wallons »

Publié sur le site du Vif/L’Express le 16 septembre 2015 :

Une bonne raison parmi bien d’autres, aux yeux de Remi Vermeiren, pour enterrer la Belgique. L’ex-banquier flamingant et séparatiste retape sur le clou indépendantiste : « Belges, finissons-en ! » Le plus vite sera le mieux. Pour les Flamands comme pour les Wallons…

Remi VermeirenIl y a dix ans, il allumait le feu avec un manifeste indépendantiste dont il était l’inspirateur pour le compte d’un think tank nommé « in de Warande ». Aujourd’hui, son nouveau plaidoyer en faveur de l’indépendance de la Flandre ne fait plus que lever ou froncer quelques sourcils. Signe que l’idée fait son chemin… A 75 ans, Remi Vermeiren, quarante-trois années passées au service de la KBC dont il a été le président, ressort son plan B. L’ex-banquier séparatiste rend son diagnostic : la Belgique est un échec économique et démocratique cuisant et le restera. Puisque tout sépare Flamands et Wallons, finissons-en.

Le Vif/L’Express : Bye Bye Belgium, « there is no alternative » ?

Remi Vermeiren : Je ne crois pas qu’il y ait d’alternative. Pour la Flandre mais aussi, en fin de compte, pour la Wallonie et pour Bruxelles. Compte tenu des conditions qui seront liées à une telle séparation.

La situation aurait-elle empiré depuis votre premier appel à l’indépendance ?

La situation économique s’est détériorée, et les différences entre les deux grandes entités du pays n’ont pas ou ont à peine diminué. J’admets que la configuration de l’actuel gouvernement fédéral a changé la donne politique. Mais cette configuration n’est pas saine pour les francophones : ils ne sont représentés que par un seul parti, le MR. Ce n’est pas tenable pour la Wallonie.

Dit brutalement : « België barst ! », « que la Belgique crève ! » ?

Non, il n’est pas question pour moi d’envisager une explosion de la Belgique. Je plaide pour une séparation ordonnée, en vertu d’un accord à trouver entre des partenaires qui ont vécu ensemble depuis cent quatre-vingts ans, dans une logique humanitaire et humaine. Mon propos n’est pas antifrancophone. Je pense être un des rares nationalistes flamands à dire que c’est peut-être la population wallonne qui est la première victime de cette constellation belge.

La faute à la persistance d’un Etat-PS du côté wallon ?

Non, pas seulement. La cause principale réside dans la combinaison d’une pression fiscale très élevée et d’une dette publique trop lourde. Ces vingt ou trente dernières années, la Wallonie n’a guère performé sur le plan économique, à l’inverse de la Flandre. Les déficits publics wallons ont toujours été en grande partie compensés par des surplus budgétaires flamands. Cela signifie que la totalité de la dette publique belge résulte des déficits wallons. La comparaison est délicate, mais le cas grec illustre bien la situation des Wallons : si on n’oblige pas la Grèce à réorganiser son économie, elle restera un maillon faible de la zone euro. Grâce aux surplus flamands, les dirigeants wallons ont pu se permettre de ne pas prendre les mesures difficiles de redressement et cela, finalement, au détriment de la population wallonne.

Cette « libération » pour la Flandre aurait tout de même un coût. Vous le chiffrez à 237 milliards d’euros…

Ce n’est pas tout à fait correct : il ne s’agit pas d’un coût additionnel, il représente ce que la Flandre prend déjà en charge dans le cadre de la structure belge ! La dette publique, de quelque 400 milliards d’euros, est aujourd’hui supportée par tous les Belges, mais surtout par les Flamands puisqu’ils sont plus nombreux et plus riches. Quant aux transferts financiers nord-sud, ils sont évalués entre 6,8 et 8 milliards par an, respectivement par Vives (KUL) et le Cerpe (Université de Namur). Je propose que la Flandre prenne à sa charge 55 % de cette dette publique belge, la Wallonie 35 % et Bruxelles 10 %. Je propose aussi que les transferts financiers relatifs à la sécurité sociale, évalués par Vives à 3,6 milliards d’euros par an, soient maintenus durant cinq ans, avant d’être progressivement réduits de 10 % chaque année durant dix ans. La Flandre verserait ainsi au total 34 milliards d’euros à la Wallonie.

Vous ne vous attardez guère sur la charge des pensions…

Le coût du vieillissement est un grand défi, mais est à peine plus important en Flandre qu’en Wallonie ou dans d’autres pays. Si la Flandre veut maintenir son niveau de vie, elle aura précisément besoin des moyens qu’elle consacre aujourd’hui à aider la Wallonie. Pour faire face au vieillissement, et affronter le défi crucial de la mobilité.

Et si les francophones persistent à refuser le scénario de la séparation ?

La Belgique connaîtra peut-être une septième, une huitième, une neuvième réforme de l’Etat. Mais à terme, elle finira par s’évaporer. Puisque cela doit se produire, mieux vaut s’y préparer. « Puisque c’est inévitable, agissons dès maintenant », recommandait Margaret Thatcher.

Et Bruxelles dans tout ça ?

Bruxelles doit devenir une sorte de Washington DC, au-dessus de la mêlée des Etats.

Tout en restant, logiquement selon vous, la capitale de la Flandre…

Psychologiquement, les Flamands auraient du mal à abandonner Bruxelles. Libre aussi à la Wallonie de faire de Bruxelles sa capitale. Bruxelles deviendrait ainsi une ville-Etat, elle s’enrichirait à devenir une ville trilingue.

Quand la Flandre deviendra-t-elle un Etat indépendant ?

Quand il existera une large majorité en sa faveur. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, j’en suis bien conscient. Les partis traditionnels flamands, CD&V, SP.A, Open VLD, ont montré, et ils le montrent encore, qu’ils préfèrent maintenir la constellation belge et qu’ils sont prêts à tous les compromis pour cela. De ce fait, ils contribuent à l’inefficience de la Belgique et à ses mauvais résultats.

Même la N-VA ne parle plus d’indépendance, mais seulement de confédéralisme. La nuance vous dérange ?

Le vrai confédéralisme est le début de l’indépendance. A condition que toutes les compétences essentielles soient confiées aux Régions, comme la sécurité sociale. Ce qui n’exclut pas un régime exceptionnel et transitoire de solidarité.

Le parti de Bart De Wever travaille au niveau fédéral à faire fonctionner correctement le modèle belge. Vous lui tirez votre chapeau ?

La N-VA était confrontée à un dilemme : participer autant que possible à la bonne gestion du modèle belge, non pas forcément pour prouver que ce modèle est gérable, mais pour prouver à ses électeurs que la N-VA est un parti capable de gérer correctement. Je comprends ce choix. Les partis nationalistes flamands – la VU l’a prouvé – , semblent condamnés à soutenir une Belgique régulièrement confrontée à des déboires économiques, et de ce fait à se liquider eux-mêmes en se faisant absorber par l’establishment belge.

La vision francophone d’un nationalisme flamand égoïste vous irrite ?

Oui, même si je comprends que les francophones utilisent cette image négative comme arme politique pour mettre sur la touche leurs adversaires. C’est à mes yeux fondamentalement malhonnête. N’oubliez pas que la Wallonie a toujours bénéficié de la solidarité de la Flandre, parfois contre le gré de certains Flamands.

België, de onmogelijke opdracht. Vlaamse onafhankelijkheid. Recht, behoefte en noodzaak, par Remi Vermeiren, éd. Pelckmans, 2014.

Citoyenneté européenne en débat

On sait que la démocratie ne se réduit pas à la souveraineté nationale ou populaire. Elle est fondée sur le respect des droits de l’homme, de la personne humaine, dont la Révolution française a été l’initiatrice. Ainsi la citoyenneté européenne est-elle associée à la reconnaissance de droits fondamentaux qui permettent à chacun de s’engager dans un projet de vie aussi libre France-Europeet personnel que possible. Il y a là des principes essentiels à protéger, chacun devant savoir que sa vie lui appartient, mais pas celle des autres.

Il n’en reste pas moins que la politique se conjugue au pluriel et que l’exercice de la démocratie repose avant tout sur l’implication des citoyens dans un processus de décision collective : il est vital de laisser aux citoyens le pouvoir d’intervenir dans les grands choix de société. La référence aux droits de l’homme est essentielle mais elle ne suffit pas à clore le débat politique, à moins d’être instrumentalisée (on dira prudemment que la morale sert parfois de couverture aux forces économiques).

Abusivement confondue avec le règne de l’opinion, de l’audimat, de l’émotion, la démocratie reste un pari sur l’intelligence et le sens des responsabilités du plus grand nombre. Elle se nourrit de la confrontation des points de vue. Il n’y a pas de démocratie universelle ou désincarnée, elle ne vit qu’à l’intérieur d’un corps politique identifié. Dans le cas de l’Union européenne, il y a ce qu’on appelle un « déficit démocratique » : on attend de pouvoir en discuter les grandes orientations. Et de changer ce qui ne convient pas, dans un sens ou dans l’autre.

En ces temps incertains, voici deux points de vue assez différents sur l’Union européenne, exprimés en même temps dans le magazine français Marianne par des citoyens dont les références et les valeurs sont clairement ancrées à gauche : d’un côté, l’éditorialiste Jacques Julliard, un ancien du Nouvel Obs, plus jeune que Jean Daniel mais né quand même en 1933, l’année où Hitler devenait le maître de l’Allemagne ; d’un autre côté, de jeunes militants issus de la gauche radicale qui, tirant les leçons de la crise grecque, lancent un appel pour une autre Europe.

P.S. (comme post-scriptum) : Jacques Julliard commence par évoquer la « crise des réfugiés ». Question ultrasensible à laquelle nous ne pouvons pas nous dérober. Dans l’avenir, il ne faut pas s’attendre à voir faiblir la pression migratoire. A chacun son point de vue. A chacun sa France. A chacun ses doutes et sa conscience. Inévitablement, et pour beaucoup d’autres raisons, le vent du changement soufflera sur le monde. Qu’il nous suffise d’écrire ceci :

Si on veut que la France soit plus grande qu’elle-même; si on veut que la France rayonne en Europe et dans le monde; si on veut distinguer la France en en faisant le pays des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme, on doit forcément plaider pour une France ouverte et généreuse. Au-delà des convictions, c’est une question de cohérence.  Ce qui est vrai, c’est que cette France-là, pour exister durablement, doit retrouver confiance en elle-même et en son modèle d’intégration républicain. (G.R.)

julliard(…) L’affaire, qui ne fait que commencer, des migrants, nouvel épisode des relations entre l’Occident et le monde arabe, devrait nous convaincre que seule une Europe unie peut se donner les moyens d’être à la hauteur de sa nouvelle mission, et de son ambition d’être à la fois généreuse et solidaire. On peut bien déplorer les manquements de l’Europe, critiquer sa ligne économique. Ce journal ne s’en est jamais privé, mais a toujours affirmé que l’issue était vers plus d’Europe et non vers moins d’Europe. Avec pour base le lien franco-allemand : le plus grand acte révolutionnaire du siècle n’est pas la révolution russe, c’est la réconciliation franco-allemande.

J’en appelle aux souverainistes de gauche, parmi lesquels je compte de nombreux amis. Comment peuvent-ils combiner la solidarité nécessaire avec les peuples opprimés et l’égoïsme national, dont ils font leur religion ? Comment ne voient-ils pas que leurs assauts redoublés contre l’euro font d’eux, fût-ce à leur corps défendant, les fourriers du nationalisme de droite, c’est-à-dire du Front national ? Jacques Sapir, en proclamant la nécessité de l’alliance des deux nationalismes, vient d’avouer le fin mot de cette histoire. Nous sommes aujourd’hui devant un grand défi et un grand devoir : nous ne laisserons pas jeter à bas et détruire une généreuse vision du monde, une vocation universelle, la seule qui tienne aujourd’hui, héritée du christianisme et de la philosophie des Lumières.

Jacques Julliard

Lire l’intégralité de l’article sur le site du magazine Marianne.

Un autre point de vue sur l’Europe, inspiré par d’autres considérations :

Grexit(…) Pour les pays d’Europe, il y aura un avant et un après l’expérience Syriza au pouvoir.

(…) L’UE a révélé sa véritable nature, elle est un ensemble d’institutions qui permet au capital financier d’exercer sa domination.

L’euro est l’outil de cette neutralisation de la démocratie. (…) Comment pouvons-nous accepter que la gauche se résigne à appliquer une politique qui va encore aggraver la situation des classes populaires ?

Désormais, les mouvements qui veulent abattre l’austérité doivent prendre en compte cette donnée : la possibilité de modifier les traités est très faible. De ce fait, dans l’UE et dans l’euro, point de salut.

En conséquence, la souveraineté nationale doit être au cœur de tout projet de liberté et d’égalité. Aujourd’hui, l’État-Nation reste le seul cadre d’exercice de la souveraineté populaire, sans laquelle il n’y a pas de démocratie. C’est aussi le lieu principal où se concentre la lutte du peuple contre les puissances de l’argent.

Nous, partisans des forces contre l’austérité devons formuler un projet social et écologique qui réconcilie intérêt de la patrie républicaine et internationalisme authentique. L’internationalisme ce n’est pas le supranationalisme, c’est encore moins mettre en compétition les travailleurs de tout un continent les uns avec les autres. C’est au contraire la solidarité, et le soutien à toutes les luttes sociales qui s’expriment en Grèce, en Espagne et ailleurs.

Nous ne croyons pas à la rhétorique du repli sur soi, l’histoire prouve que la coopération est possible entre les nations en dehors du cadre supranational, comme le montrent les succès d’Ariane et d’Airbus.

Depuis des années, le projet européen, par son acharnement à détruire les nations, s’est rendu responsable de la montée des nationalismes qui ravagent notre continent. La France doit être libre pour accomplir son idéal d’égalité.

Le rêve de l’UE n’est plus : l’aspiration à la solidarité et à la protection a laissé place à une structure à l’ossature technocratique dont le bras armé est le néolibéralisme. (…).

Lenny Benbara, Arthur Contamin, Côme Delanery, Raphaël Audouard, Baptiste Peyrat, Simon Fulleda, Mélanie Tissier et Paul Zurkinden

Lire l’intégralité de l’article sur le site du magazine Marianne.

La liberté de la presse, socle d’une véritable démocratie

Journalistes et lanceurs d’alerte sont-ils menacés par la directive sur le secret des affaires ?

Publié sur le site du journal Le Monde le 17 juin 2015 :

Elise LucetLes journalistes hésitent généralement à signer des pétitions, de crainte d’abdiquer la neutralité qui constitue pour beaucoup d’entre eux l’un des principes fondamentaux de leur profession. Dérogeant à cette règle, plusieurs grands noms du journalisme d’investigation se sont engagés début juin derrière une pétition d’Elise Lucet dénonçant un projet de directive européenne menaçant selon eux « le travail d’enquête des journalistes et, par ricochet, l’information éclairée du citoyen ».

>> La pétition sur le site Change.org

Le collectif « Informer n’est pas un délit », emmené par la journaliste de France 2, rédactrice en chef du magazine Cash Investigation, avait réuni plus de 310 000 signatures mardi 16 juin, alors que la commission juridique du Parlement européen donnait son feu vert à la directive sur le secret des affaires.

De quoi s’agit-il ?

La pétition dénonce le projet de directive « sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués (secrets d’affaires) contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites », proposé en novembre 2013 par la Commission européenne. Il vise à créer une définition européenne du « secret des affaires » en harmonisant les différentes lois nationales, afin de mieux protéger les entreprises contre la divulgation de leurs « secrets économiques », dans l’optique d’améliorer leur compétitivité.

Le secret des affaires est une notion juridique à la définition complexe, qui peut servir de fondement pour qu’une entreprise puisse attaquer un journaliste qui ferait des révélations, au motif que celles-ci constituent un préjudice pour l’activité de l’entreprise en question.

« L’information protégée par le secret des affaires peut être stratégique pendant des décennies (par exemple une recette ou un composant chimique) ou de façon éphémère (résultats d’une étude marketing, nom prix et date de lancement d’un nouveau produit […]) », explique la Commission, qui affirme qu’un quart des entreprises européennes ont fait état d’un vol d’informations en 2013.

Une fois votée par le Parlement européen et approuvée par le Conseil de l’Union européenne, la directive contraindrait les 28 Etats européens à prendre des dispositions pour mieux définir le secret des affaires selon les orientations fixées par l’Union européenne, et à instaurer des amendes pour ceux qui l’enfreignent.

Quel est le problème ?

Les signataires de la pétition d’Elise Lucet craignent que, sous couvert de protéger les entreprises, ce texte n’empêche les journalistes de faire leur travail, et notamment de révéler des informations compromettantes sur celles-ci.

« Si une source ou un journaliste viole ce secret des affaires, des sommes colossales pourraient lui être réclamées, pouvant atteindre des millions voire des milliards d’euros, puisqu’il faudra que les dommages-intérêts correspond (ent) au préjudice que celui-ci a réellement subi. On pourrait même assister à des peines de prison dans certains pays. »

Et le collectif de citer l’affaire LuxLeaks (optimisation fiscale de multinationales au Luxembourg), les « pesticides de Monsanto » ou « le scandale du vaccin Gardasil », qui n’auraient selon lui jamais pu être rendus publics sous le régime de la nouvelle directive.

Pourquoi cela pourrait être vrai

Quand on s’intéresse au texte de la directive, on s’aperçoit qu’elle fixe en effet un cadre très large au secret des affaires, qui protège de nombreuses informations auxquelles l’opinion publique pourrait s’estimer en droit d’accéder : par exemple, l’article 2 rend illégale l’obtention d’informations qui « ont une valeur commerciale parce qu’elles sont secrètes », tandis que l’article suivant cible les informations issues d’un « vol », d’un « abus de confiance » ou d’un « accès non autorisé à tout document » qui contient lesdits secrets.

De quoi condamner à coup sûr l’ancien informaticien de HSBC Hervé Falciani, dont la liste volée de clients de la banque suisse a permis l’éclosion de l’affaire Swissleaks. Ou le Français Antoine Deltour, soupçonné par la justice d’avoir volé des documents au cabinet PricewaterhouseCoopers (PWC) pour faire éclater le scandale LuxLeaks. Ce dernier, poursuivi pour ces faits par la justice luxembourgeoise, risque d’ores et déjà la prison et une grosse amende en vertu de la loi du Grand-Duché, de même qu’un autre lanceur d’alerte et que le journaliste Edouard Perrin.

Le risque, c’est de transposer la sévérité du système luxembourgeois à l’ensemble des pays européens, alors que la plupart sont beaucoup plus protecteurs de la liberté d’informer, comme l’Espagne, qui protège aujourd’hui Hervé Falciani.

Des mesures pour protéger les journalistes ?

Pour se défendre, la Commission européenne fait valoir que la directive prévoit des « mesures de sauvegarde », c’est-à-dire des exceptions pour protéger le cas particulier des journalistes et des lanceurs d’alertes.

C’est plutôt vrai

L’article 4-2 de la directive exclut de son champ d’application :

  • l’« usage légitime du droit à la liberté d’expression et d’information »
  • la « révélation d’une faute, d’une malversation ou d’une activité illégale du requérant, à condition que l’obtention, l’utilisation ou la divulgation présumée du secret d’affaires ait été nécessaire à cette révélation et que le défendeur ait agi dans l’intérêt public »

Mais pour les opposants au texte, ces garde-fous insuffisants placent la liberté d’informer sous l’épée de Damoclès de décisions judiciaires fondées sur des notions trop floues (ou « molles », selon l’expression du juriste Jean Carbonnier), comme « l’usage légitime » ou « l’intérêt public ». « Cela fait beaucoup de conditions, estime ainsi sur Atlantico Nicolas Gros-Verheyde, vice-président de l’Association des journalistes européens. La combinaison de tous ces éléments fait que la liberté de la presse n’est pas automatique mais subordonnée à la réalisation de la liberté des entreprises de préserver leurs secrets. »

« Cela va créer un renversement de la charge de la preuve pour les journalistes, qui devront prouver que la diffusion de l’information était légitime, poursuit Véronique Marquet, membre et avocate du collectif « Informer n’est pas un délit ». Cela revient à leur demander s’ils sont prêts à assumer le risque d’être condamnés, ce qui constitue une vraie arme de dissuasion à disposition des entreprises. »

En outre, le projet de directive ne fait à aucun moment référence à la protection des sources, principe central dans le libre exercice de la profession de journaliste, qui aurait pu constituer une garantie supplémentaire contre les poursuites. Toutefois, cette notion est largement admise et protégée dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qui est reconnue pour sa défense des droits de la presse, comme le rappelait en 2008 un rapport du député Etienne Blanc. Cela signifie qu’en cas de violation manifeste de la liberté de la presse, les journalistes visaient devraient trouver protection en dernier ressort devant cette juridiction.

Des améliorations sont-elles possibles ?

OUI

La suppression pure et simple de la directive sur le secret des affaires, dont la portée est bien plus large que le débat sur la liberté de la presse, n’est sûrement pas la seule solution pour empêcher l’avènement de la « censure en Europe ».

Pour dissiper les craintes, l’eurodéputée française Constance Le Grip (Les Républicains), rapporteure du texte à la commission juridique du Parlement européen, a proposé plusieurs amendements dans son rapport, adopté à une large majorité en commission des affaires juridiques du Parlement européen le 16 juin.

Elle suggère notamment de préciser que le secret des affaires ne saurait être opposé aux journalistes et aux lanceurs d’alerte, tout en conservant les concepts très flous de « légitime » et « intérêt du public ». Elle souhaite aussi intégrer une référence à la protection des sources, mais en excluant les usages qui « relève [nt] d’un comportement illégal » ou « ne profite [nt] pas à l’intérêt général ». Enfin, les eurodéputés veulent clarifier le fait que la directive « ne propose pas de mesures pénales », comme des peines de prison, pour les contrevenants… sans empêcher les Etats européens d’en instaurer, comme au Luxembourg.

Dans une résolution votée le 9 juin en commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale, la députée socialiste Audrey Linkenheld a proposé une mesure plus radicale : exclure explicitement « les activités des journalistes » du champ d’application de la directive et protéger spécifiquement les lanceurs d’alerte agissant à titre individuel.

C’est encore insuffisant juge Véronique Marquet d’« Informer n’est pas un délit » : « Le sort des journalistes et de leurs sources est intimement lié, et ces dernières ne seraient pas suffisamment protégées. » Pour le collectif, la seule solution satisfaisante serait de recentrer la directive sur le seul espionnage industriel entre entreprises, pour protéger de fait tous les individus qui révèlent des secrets d’affaires au nom de l’intérêt général.

Un rappel bien en phase avec l’actualité

L’Alliance atlantique à la recherche de nouvelles missions

OTAN

Un article du Monde diplomatique en avril 2008 :

Ce que voulait de Gaulle en 1966

En quittant le commandement militaire intégré de l’OTAN, le général de Gaulle cherchait moins à réformer l’Alliance qu’à redéployer la politique étrangère de la France en toute indépendance.

« La France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’Alliance. » C’est ainsi que, le 7 mars 1966, Charles de Gaulle – réélu trois mois plus tôt président de la République, mais au suffrage universel direct, par 55 % des voix contre 45 % à François Mitterrand – annonce au président américain Lyndon Baines Johnson le retrait de Paris du commandement militaire intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN, créée en 1949).

Concrètement, la France, précise le général, « se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN ». Certes, elle « est disposée à s’entendre avec [ses alliés] quant aux facilités militaires à s’accorder mutuellement dans le cas d’un conflit où elle s’engagerait à leurs côtés ». Bref, elle « croit devoir, pour son compte, modifier la forme de [l’]alliance sans en altérer le fond ».

Un an plus tard, c’est chose faite : le 14 mars 1967, le général américain Lyman Lemnitzer, commandant suprême des forces alliées en Europe (Saceur) et des forces américaines en Europe, préside, à Saint-Germain-en-Laye, la cérémonie de départ. La bannière étoilée, descendue et soigneusement pliée, sera hissée au nouveau siège de Casteau, près de Mons (Belgique). Au total, les Etats-Unis ont dû évacuer vingt-sept mille soldats, trente-sept mille employés et trente bases aériennes, terrestres et navales. Enfin, le 22 août, les généraux Lemnitzer et Charles Ailleret, chef d’état-major de l’armée française, signent un protocole prévoyant le maintien des forces françaises en Allemagne sous le contrôle opérationnel de l’OTAN pour une mission et un temps donnés, en cas d’agression extérieure…

Pour les observateurs, cette décision n’aurait pas dû constituer une surprise : dès le 17 septembre 1958, moins de trois mois après son retour au pouvoir, de Gaulle avait envoyé – en vain – à l’Américain Dwight David Einsenhower et au Britannique Harold Macmillan un mémorandum exigeant une « direction tripartite » de l’Alliance. Et, depuis, il avait multiplié les prises de distance. Sa lettre à Johnson semble pourtant cueillir à froid la presse parisienne.

De droite, mais antigaulliste, L’Aurore réagit le premier, dès le 8 mars :« On ne se paiera pas de mots, écrit André Guérin. La présence américaine pendant des années a été pour nous comme pour nos voisins la garantie, la seule, de nos libertés nationales. Le général semble estimer aujourd’hui qu’il n’y a plus de danger d’absorption communiste ? Non, poursuit l’éditorialiste, il entend aujourd’hui que les Américains s’en aillent. Supposons quand même qu’on n’oubliera pas de les remercier. » Le 11, le journal accuse de Gaulle, « au moment précis où les Etats-Unis sont engagés tout entiers dans la guerre du Vietnam, bastion avancé du monde libre en Asie », de leur donner un« coup de poignard dans le dos ».

Philogaulliste, Le Figaro attend le 11 mars pour réagir. André François-Poncet redoute non seulement la résurgence du « péril russe »(« Demain, un Staline peut renaître », écrit-il), mais « d’autres dangers » : « Mao Tsé Toung est un autre Hitler. A sa place peut surgir un Gengis Khan, un Tamerlan, un Mahomet qui, muni d’armes atomiques, entraînera les populations affamées d’Asie et d’Afrique à l’assaut des peuples nantis et prospères, à l’assaut des Blancs et de leur civilisation. »

De cette philosophie du « choc des civilisations » avant la lettre, Combatprend l’exact contre-pied, le 12 mars. « Que l’Alliance atlantique se perpétue dans l’hypothèse, de moins en moins vraisemblable, d’une agression soviétique, soit. Mais qu’elle entraîne la France dans toutes les aventures où pourront s’engager les USA, c’est ce que refuse le général de Gaulle. Car, grisés par leur puissance militaire et suivant un chemin habituel, les Etats-Unis entendent faire régner partout leurs conceptions. » Evoquant le risque d’une guerre avec la Chine, l’auteur de l’article, Jean Fabiani, s’interroge : « Au nom de quelle obligation la France serait-elle tenue de se lancer dans cette aventure ? »

Dès le 8 mars, L’Humanité avait souligné la singularité des communistes (qui représentaient encore un électeur sur cinq) : « Bien entendu, écrivait Yves Moreau, notre opposition au pacte atlantique a un caractère fondamentalement différent de celle du pouvoir gaulliste. Dès sa création, nous avons pour notre part dénoncé le bloc atlantique comme une nouvelle Sainte Alliance réactionnaire. » L’éditorialiste ajoutait néanmoins : « Quelles que soient les raisons qui ont inspiré la démarche du général de Gaulle auprès du président Johnson, nous l’approuvons puisqu’elle va dans le sens du désengagement et de la coexistence pacifique. »

Quatre décennies plus tard, comment ne pas être frappé par l’étonnante actualité de ces débats, mais aussi par la cohérence, sur la longue durée, de la pensée stratégique du général de Gaulle ? Il n’est évidemment pas antiaméricain : à preuve, sa solidarité sans faille avec le grand allié, dans les crises de Berlin (1961) comme de Cuba (1962). Ce qui le motive, c’est la défense de la souveraineté de la France, et donc de son autonomie de décision, contre quiconque la remet en cause, fût-il américain.

Chef de la France libre, il a mis en échec les tentatives anglo-saxonnes visant à réduire la France, après-guerre, à un statut de protectorat (1). Chef du gouvernement provisoire de la République française, il a signé à Moscou, le 10 décembre 1944, un « traité d’alliance et d’assistance mutuelle », qu’il qualifie de « belle et bonne alliance ». Il faut mener, expliquera-t-il « une politique française d’équilibre entre deux très grandes puissances, politique que je crois absolument nécessaire pour l’intérêt du pays et même celui de la paix (2) ». Son départ du gouvernement, début 1946, puis l’entrée dans la guerre froide ramènent la France dans le giron atlantique, notamment via l’OTAN à partir de 1949.

Revenu au pouvoir en 1958, de Gaulle reprend sa quête de souveraineté, fort d’un contexte en pleine mutation. Les rapports de forces Est-Ouest évoluent en raison – notamment – du renforcement de l’URSS, y compris sur le plan militaire : Moscou, qui a fait exploser une bombe A en 1949 et une bombe H en 1953, peut désormais – à preuve, le vol de son satellite Spoutnik en 1957 – atteindre le territoire des Etats-Unis. Ceux-ci substituent alors à leur stratégie de « représailles massives » une « riposte graduée » (flexible response), fondée sur l’utilisation d’armes nucléaires sur le champ de bataille.

Ce tournant aggrave une crainte : exposés aux missiles soviétiques, les Américains feront-ils la guerre à l’URSS… jusqu’au dernier Européen ? La prise de conscience des limites de la garantie nucléaire américaine devrait, estime de Gaulle, inciter les voisins de la France à souhaiter un rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’Alliance. D’autant que, selon Washington, « la solidarité occidentale, pierre angulaire de l’Alliance, ne doit pas être “limitée aux problèmes de la zone nord-atlantique” mais “couvrir l’ensemble des problèmes Est-Ouest où que ce soit” (3»– y compris en Asie. La reconstruction des économies du Vieux Continent et la création de la Communauté économique européenne – à six pays à l’époque (4) – au printemps 1957 créent théoriquement de meilleures conditions pour l’affirmation de l’autonomie par rapport aux Etats-Unis.

De Gaulle espère-t-il remporter cette bataille ? Tout, dans ses interventions, témoigne qu’il ne sous-estime ni la détermination de Washington à sauvegarder son hégémonie ni la difficulté qu’ont les capitales européennes à s’en affranchir. La France a sur ses voisins un avantage décisif : elle a fait exploser en 1963, dans le désert du Sahara, sa première bombe atomique, et possède ainsi de quoi se défendre – le Royaume-Uni aussi, mais il est viscéralement lié à Washington. Pour le reste, le général se sait isolé : à défaut de réformer l’Alliance atlantique, il se contentera d’échapper à une intégration qui corsetait sa politique extérieure.

Rien d’étonnant si, dans l’histoire de cette dernière, le retrait de l’OTAN apparaît comme le pivot d’une série de gestes spectaculaires :

– le 27 janvier 1964, Paris avait été la première capitale occidentale à établir des relations diplomatiques avec la Chine populaire ;

– le 30 juin 1966, de Gaulle est à Moscou, où, dans un discours radiotélévisé, il appelle Soviétiques et Français à se « donner la main »pour « faire en sorte que notre ancien continent, uni et non plus divisé, reprenne le rôle capital qui lui revient, pour l’équilibre, le progrès et la paix de l’univers » ;

– le 1er septembre 1966, à Phnom Penh, il prend acte que la guerre au Vietnam « n’aura pas de solution militaire » et appelle les Etats-Unis à« renoncer, à leur tour, à une expédition lointaine dès lors qu’elle apparaît sans bénéfice et sans justification et [à] lui préférer un arrangement international organisant la paix et le développement d’une importante région du monde » ;

– le 24 juillet 1967, de Gaulle conclut une allocution improvisée à Montréal, à proximité des Etats-Unis, par cette formule-choc : « Vive le Québec libre ! » ;

– le 27 novembre 1967, il déclarera qu’Israël, après la guerre de juin, qu’il a condamnée, « organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions ; et il s’y manifeste contre lui une résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme »

L’échappée belle n’aura qu’un temps. Après la démission, puis la disparition du général, ses successeurs – de Georges Pompidou à François Mitterrand – referont progressivement le chemin à l’envers. Et, comme pour préparer le trentième anniversaire de la lettre à Johnson, la France réintègrera, le 5 décembre 1995, le conseil des ministres et le comité militaire de l’OTAN (5). Héritier déclaré du général de Gaulle, le président Jacques Chirac ouvrira ainsi la porte à une réintégration de la France dans l’OTAN, que Nicolas Sarkozy parachèvera.

Dominique Vidal (Monde diplomatique)

Journaliste et historien, coauteur avec Alain Gresh de l’ouvrage Les 100 Clés du Proche-Orient, Fayard, Paris, 2011.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde