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Après le premier tour des présidentielles

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il est de tradition que les élections présidentielles françaises suscitent un intérêt certain chez les Wallons et les Bruxellois de langue française.

Cette fois, je pense que nous pouvons parler d’un véritable engouement. Jamais RTL-TVI ni surtout la RTBF n’avaient consacré autant de temps d’antenne à l’événement.

Si comme moi, un coin de France vous tient particulièrement à cœur, je vous invite à voir les sites de « libération.fr » ou de « Le figaro.fr » dont l’infographie est remarquable. Vous y découvrirez ainsi les résultats par départements mais aussi par villes ou villages, si petits soient-ils.

Je me garderai bien d’apporter un commentaire politique quant aux résultats de ce premier tour et encore moins de faire appel à une boule de cristal pour dire dès à présent qui sera le vainqueur du second tour. Je me plais pourtant à constater l’excellent taux de participation (+ de 81 %), gage de la bonne santé de la démocratie française. Je formule le vœu qu’il en soit encore ainsi dans quinze jours. Quel serait le taux de participation en Wallonie aux élections législatives si le vote n’était pas obligatoire ?

Finalement, peu de grosses surprises avec une France de l’est qui vote plus à droite, voire à l’extrême droite au sud-est et au nord-est et plus à gauche dans le centre et à l’ouest. Ma véritable surprise a été de constater que le seul département noir (sur l’infographie) était celui du Gard (mon cœur est à 50 % liégeois et à 50 gardois) mais avec des résultats particulièrement contrastés d’une ville ou d’un village à l’autre. Cette noirceur est due au vote des cités du sud alors que les villages ou gros bourgs du nord affichent une couleur rose-rouge bien affirmée.

Enfin, je ne puis que m’étonner d’entendre le bruit que font les médias autour du résultat de Mme Le Pen. Son score (17,9 %) est en pourcentage inférieur au vote d’extrême droite réalisé par son père en 2002 (à l’époque, il fallait y ajouter le résultat réalisé par le « dissident » Bruno Mégret). Certes, en termes de voix, son résultat est important, mais il est tout simplement proportionnel au fort taux de participation. 

Que le 6 mai nous donne un président qui fasse entendre la liberté (pouvoir à l’Etat et pas à la finance, planification écologique), l’égalité (priorité à l’emploi, pas aux profits),  la fraternité (agir pour la paix, pour des services publics performants accessibles à tous) et qui fasse entendre la voix de la France en Europe et dans le Monde fait partie de mes espoirs les plus chers. 

Paul Durieux

La Wallonie s’invite dans les présidentielles françaises

Comme d’ habitude, l’élection  présidentielle française passionne les Wallons et  les Bruxellois francophones. Il n’est que Bel-RTL et la Première de la RTBF pour, dans leur chronique journalière, trouver la campagne morose, ennuyeuse, de bas échelle. Il est quand même paradoxal de voir ces deux stations de radio consacrer une part d’antenne journalière à un événement qui vole aussi bas !

Il n’entre pas dans les intentions de l’A.W.F., mouvement pluraliste, de prendre parti pour l’un ou l’autre candidat.

Cela ne doit pas nous empêcher de vous faire part d’écrits ou de paroles de candidats qui osent s’aventurer sur le terrain de la Belgique française. Cela nous change du couplet diplomatique du Quai d’Orsay qui concerne notre avenir : « ni ingérence, ni indifférence ».

Par contre, vous ne trouverez pas ici d’écrits des extrêmes dont les programmes sont en contradiction évidente avec les statuts de l’A.W.F. : ainsi, vous n’y trouverez nulle trace de Mme Le Pen, ni de Mme Arthaud.

Deux candidats se sont exprimés sans ambiguïté pour la réunion de la Wallonie à la France : Nicolas Dupont-Aignan, candidat gaulliste, et Jean-Luc Mélenchon, candidat du front de gauche. Ne boudons pas notre plaisir.

Vous trouverez ci-après des extraits significatifs du livre de J-L Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous ! » qui concernent la Belgique puis l’interview du candidat du Front de gauche par la journaliste de la RTBF Charline Vanhoenacker. Dans la dernière ligne droite qui précède le premier tour des élections présidentielles, nous nous ferions un plaisir de voir d’autres candidats parler de l’avenir de la Wallonie. Nous ne manquerions pas de répercuter sur notre site le contenu de leur déclaration…

Paul Durieux

       1 . Extraits du livre de J-L Mélenchon

 (…)

 A mesure que les problèmes sociaux s’accroissent, les solidarités se brisent. Les uns ont tendance à vouloir se séparer des autres pour pouvoir vivre mieux. C’est ce qui arrive en Belgique, par exemple. Les Flamands veulent se séparer des Wallons pour constituer une entité indépendante. Que feront les Wallons si un tel projet aboutissait ? Personne n’en souffle mot.  Pourquoi ?

 Tout le monde sait que la Belgique est un État totalement artificiel, inventé à une autre époque par les Anglais pour tenir les Français à distance des ports les plus proches de leurs côtes. Ceux qui aiment l’Histoire savent combien les Wallons se sont impliqués dans les démêlés français. On peut imaginer sans peine, dans le cas où les Flamands se sépareraient, que les Wallons veuillent leur rattachement à la République française.

 Nombre de Français — comme moi — s’en enthousiasmeraient. Pas vous ? Mais ce serait quand même un sacré changement du tracé des frontières dans l’Union. Ah ! mais, direz-vous, il y a le précédent de l’unification allemande. N’empêche ! Ça ferait vraiment une très grande France. Et quelques inquiets, pas vrai ? Notons que la réunification allemande aussi souleva des problèmes, même si on les a bien étouffés. D’autres cas de ce genre, à l’est de l’Europe ou au sud seraient autrement plus tendus. On ne peut prévoir grand-chose sur ce point. Mais on ne peut ignorer le sujet. Et notre devoir est d’y penser, même si on n’en parle jamais.

Et nous, Français, première population de l’Union dans quinze ans, premier territoire par l’étendue, deuxième PIB du vieux continent, puissance nucléaire, nous ne pouvons nous contenter d’attendre ce que trouveront utile de faire des ectoplasmes du genre du chrétien-démocrate belge Van Rompuy et de la baronne travailliste anglaise Ashton, ces poules mouillées de l’Union européenne élevées sous le parapluie américain. Au contraire, nous devons assumer et proposer, sans complexe.

(…)

Postface à la 2e édition d’octobre 2011

Un an après

(…)

Je veux parler encore d’Europe. Certes, j’y consacre de longues notes sur mon blog. Je sais à quel point le sujet ennuie tout le monde. On a tort. La partie du monde se joue là. En tout cas pour nous. Et l’incurable nullité des autorités qui la dirigent ne peut servir de prétexte à se dissuader d’agir. Ni de parler avec la puissance que nous donne notre pays.

 La France n’est pas la cinquième roue du carrosse, mais la deuxième puissance économique de l’Union, pour l’instant, après la sénescente Allemagne. Le trouble qui secoue l’Union est notre affaire intérieure (…).

 J’ai bien remarqué qu’on n’aimait pas du tout mes anticipations sur l’implosion de la Belgique ! Après avoir vu passer plus d’un an sans gouvernement du fait des ethnicistes flamands, le silence est tombé ! Dommage. Que la région capitale de l’Union européenne dont est issu le président permanent du Conseil européen soit dans cet état ne soulève aucune passion et guère de commentaires. Les feux de la rampe sont ailleurs. La question reste (…).  N’avons-nous rien à dire aux Wallons délaissés et méprisés ? J’ai donné ma réponse personnelle. Il faudrait ouvrir les bras.

Et ne pas repousser ceux qui voudraient venir. Cette idée court depuis au moins quatre siècles. Que m’objecte-t-on ? Rien. Des haussements d’épaules futiles. L’Histoire broie ceux qui se moquent d’elle. J’aime ma patrie républicaine, je ne siège pas chez les étourdis (…).

       2.      L’interview

Au micro de Charline Vanhoenacker (RTBF), Jean-Luc Mélenchon s’est prononcé pour un rattachement Wallonie-France si la Flandre devait jouer cavalier seul.

Le candidat du Front de gauche à la présidentielle française l’a annoncé, s’il était élu président de la République, il se prononcerait en faveur d’un rattachement de la Wallonie à la France.

Cette déclaration, il l’a faite à la journaliste Charline Vanhoenacker, de l’émission « Arrêt sur images » qui l’a interpellé à sa sortie de France 2, après l’émission « Des paroles et des actes ».

« Je crois que le cœur des Wallons est majoritairement républicain, a-t-il dit. Nous sommes unis par des liens extraordinairement forts ». Il a également promis de s’intéresser à la question quelle que soit l’issue de l’élection.

Pour entendre l’ensemble de la réponse donnée par Jean-Luc Mélenchon, voici le lien.

Jeunes Wallons : l’appel du 1er mai

Le journaliste Pascal Seret donne la parole à Jules Gheude dans « Vers l’Avenir » (lien).

Jules Gheude compte mobiliser les jeunes Wallons via les réseaux sociaux.

Et si les jeunes Wallons se mobilisaient pour leur Région ? Et pourquoi pas ce 1er mai ? L’idée doit faire son chemin sur les réseaux sociaux.

«Notre personnel politique manque de charisme. Les plans successifs ne mobilisent pas en Wallonie. Il faut faire passer un souffle créateur sur notre région. Il n’y a que les jeunes pour nous en sortir. Si la jeunesse capitule, c’est foutu !»

C’est un jeune… retraité qui parle. Jules Gheude est officiellement à la pension depuis quelques mois. L’ancien enseignant proche de François Perin écrit toujours. Et il coordonne les travaux du Gewif (Groupe d’Études pour la Wallonie intégrée à la France).

Il observe depuis des années le nœud communautaire belge. Et, comme d’autres, il estime quela Wallonie ne remportera pas le fameux défi de 2022, quand les transferts flamands s’épuiseront. Jules Gheude pense même que les Wallons n’ont peut-être même plus 10 ans devant eux.

1. BHV : ça craint. «Je crois que les élections communales d’octobre ne seront pas sans incidence sur la coalition au fédéral. On s’imagine que le dossier BHV est réglé. Mais je ne suis pas sûr qu’on ait bien tout bétonné jusque dans les détails», glisse Jules Gheude. Il note que les interprétations commencent à diverger sur ce qui a été négocié. Et aussi que les éditorialistes flamands parlent d’un travail fait à moitié, qui sera à l’origine de nouveaux problèmes communautaires. «D’autant que la mouvance nationaliste poursuit son ascension. Et je crains vraiment un regain de tensions dans la périphérie à l’approche des élections. Voire des violences», dit-il gravement. «On n’imagine pas que le scrutin de 2014 va arranger les choses non plus.» C’est, entre autres, ce qui lui fait dire que la scission n’est plus très loin.

2. Si la Flandre largue les amarres… On en a fait déjà, des scénarios sur une scission du pays. Mais le jugement de Jules Gheude sur la trajectoire wallonne est sévère : «De 1980 à 2012, qu’a-t-on fait de nos compétences ? On ne voit aucun signe de redressement notoire», dit-il. Le chômage ? «Il baisse, oui. Mais il est toujours deux fois plus important qu’en Flandre». Les investissements étrangers ? «On cite toujours les mêmes : Microsoft, Johnson & Johnson, Google. C’est bien mais on doit miser sur un réseau dense de petites et moyennes entreprises, innovantes, performantes et… non délocalisables.» Selon lui, le ministre-président flamand Kris Peeters «n’a que faire de l’échelon fédéral et des autres entités fédérées. Il entend se profiler clairement comme le chef d’un État flamand souverain. Il faut se préparer activement à l’envol prochain de l’État-Nation “Flandre”».

3. La dette. Selon le coordinateur du Gewif, en cas de scission, «on se retrouverait seul face à une situation effrayante. Selon les critères du PIB, en 2010, le solde à financer pour la dette propre à la Wallonie ajoutée à la part de la dette belge revient à 9,074 milliards €. Soit 22 % des dépenses publiques wallonnes. Mais on se base sur un taux d’intérêt appliqué en 2010 à l’État belge, soit 3,6 %. En cas de scission, le taux serait différent. Mettons 12 % pour rester raisonnable. On se retrouverait sans doute avec plus de 15 milliards à financer, soit 37 % des dépenses publiques wallonnes. Une catastrophe !»

4. Les jeunes ! «Je voudrais profiter du 1er mai pour lancer un grand rassemblement des jeunes de Wallonie sur le plateau de la Citadelle à Namur, à 11 h. Toutes tendances, tous partis confondus, avec comme seul thème le sauvetage de leur région. Il faut leur dire : “Engagez-vous ! Mobilisez-vous ! Forcez vos responsables politiques à cesser leurs jeux partisans !”» Jules Gheude compte sur Facebook et Twitter pour battre le rappel. Mais comment mobiliser une partie de la population qui veut bien s’indigner, mais a priori pas pour une cause régionale ? «Ils ne se mobilisent pas parce qu’on leur tient un discours trompeur. Or, ils ont droit à la vérité. Il est temps !» Et après ? «J’espère que ça ne restera pas sans lendemain. On aura essayé…» Naïf ? «On peut parfois l’être», sourit-il.

Jeunes de Wallonie, engagez-vous !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Paul Magnette  parlant de « sommet d’hypocrisie  » à propos de Charles Michel et de Didier Reynders, Charles Michel s’en prenant à Joëlle Milquet au sujet de la sécurité : il n’y a pas à dire, la cohésion est belle au sein de la coalition « papillon »…  Et celle-ci n’en est qu’à son troisième mois d’existence !

Quant à la controverse Kris Peeters-Olivier Chastel à propos des « compétences usurpées », elle montre clairement que la pacification communautaire est loin d’être au rendez-vous. On se situe ici dans le domaine du leurre et de l’illusion.

En prônant le « fédéralisme de solidarité », le Premier ministre Elio Di Rupo est en retard d’une guerre. Il semble ignorer que la Flandre s’est résolument engagée, depuis 1999, dans la voie du confédéralisme.

La manière dont le Parlement vient d’adopter la révision « provisoire » de l’article 195 de la Constitution n’est pas digne de ce que l’on peut attendre d’un Etat de droit. En 1978, le Premier ministre Léo Tindemans n’a pas hésité à torpiller le Pacte d’Egmont en déclarant : « J’ai dit que la Constitution n’est pas pour moi un chiffon de papier. Je ne veux pas que des aventuriers de gauche ou de droite puissent invoquer demain un précédent de Tindemans pour justifier leurs actes. »

La récente visite du ministre-président flamand, Kris Peeters, au Myanmar, révèle que l’intéressé entend clairement se profiler à l’étranger comme le chef d’un véritable Etat souverain. Il n’a que faire de l’échelon fédéral et des autres entités fédérées.

Quant aux derniers sondages, ils indiquent que la mouvance nationaliste en Flandre poursuit son irrésistible ascension et que Bart De Wever est en passe de remporter l’ultime bataille belge : permettre, à très court terme, l’envol d’un Etat-nation « Flandre ».

Lors de la mise en place du gouvernement Di Rupo, les observateurs, tant flamands que francophones, ont unanimement reconnu qu’il reposait sur du sable. On en aura très vite la confirmation.

Il suffit de relire certains éditoriaux flamands pour comprendre que la façon dont BHV sera scindé n’agrée pas la Flandre et que les élections communales d’octobre engendreront de nouvelles tensions dans la périphérie. Je n’exclus pas, pour ma part, des actes de violence.

Il ne faut pas être Madame Soleil pour réaliser le caractère inéluctable de la scission du Royaume de Belgique, conçu naguère de manière tout à fait artificielle pour des raisons strictement diplomatiques. René Magritte aurait pu réaliser un tableau « Belgique » intitulé « Ceci n’est pas un pays ! »…

La Wallonie continue à stagner dangereusement et les écarts avec la Flandre ne cessent de s’accroître, notamment au niveau du chômage et du commerce extérieur. En 2010, la Flandre a exporté, hors transit du gaz naturel, pour 164,4 milliards €, contre 38,7 pour la Wallonie. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes.

En l’espace de dix ans, la Région wallonne a connu six plans de redressement sans enregistrer de résultats notoires. Les économistes Robert Deschamps (FUNDP Namur) et Pierre Pestieau (ULg) ne constatent que de timides frémissements.

Il ne faut pas tourner autour du pot. La Wallonie souffre fondamentalement d’une hypertrophie politico-administrative, à laquelle le PS est loin d’être étranger. Il est impératif d’entreprendre un vaste chantier de rationalisation, notamment au niveau des organismes publics et des structures de l’enseignement.

Les analyses menées depuis deux ans par le Gewif (voir le site www.gewif.net), avec le concours d’experts avisés, montrent clairement qu’en cas de démantèlement de la Belgique, un Etat wallon indépendant et un Etat Wallonie-Bruxelles ne constituent pas des options réalistes et financièrement viables. De même, une assimilation totale à la République française ne pourrait être envisagée dans un premier temps, en raison de différences notoires notamment au niveau de l’enseignement et des syndicats-mutuelles. En revanche, une union intégration, avec un statut particulier que permet une Constitution française fort souple, serait tout à fait possible, moyennant évidemment un référendum de part et d’autre.

Un tel référendum ne devrait pas poser problème.

Au sein de l’Hexagone, les PME wallonnes, fer de lance du redressement économique, se trouveraient valorisées. Aujourd’hui, toutes les régions françaises connaissent un PIB supérieur à celui de la Wallonie. Quant à la France, elle accroîtrait, de manière tout à fait pacifique, son territoire et sa population. Un élément non négligeable dans le contexte européen actuel.

Le nouveau président du Parlement wallon serait bien inspiré en invitant l’institution à faire ce que son pendant flamand a fait en 1999 : engager un vaste débat sur l’avenir de la Région. Un tel débat, à l’instar des études effectuées par le Gewif, ne pourrait déboucher que sur l’impérieuse nécessité d’approcher au plus vite les Autorités françaises.

Par ailleurs, il convient de noter que la Wallonie manque cruellement de leaders charismatiques, capables de mobiliser la population. Or, sans cette mobilisation, rien de durable ne pourra être entrepris.

Wallonnes, Wallons, indignez-vous ! Contraignez les responsables politiques à prendre d’urgence les mesures nécessaires et à cesser les petits jeux partisans.

Jeunes de Wallonie, engagez-vous pour faire passer par la Wallonie un souffle créateur ! Il y va de votre avenir !

Comme le disait le général de Gaulle : « Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et qui mobiliseront ce qui en reste. (…) Rien n’est jamais définitivement perdu dans la vie des peuples si ses dirigeants ne s’abandonnent pas au faux fatalisme de l’histoire. »

(1) Derniers ouvrages parus : « Le petit guide de l’après-Belgique » (Mols, 2010) et « On l’appelait Belgique » (Mon Petit Editeur, 2011).

Bernard Wesphael quitte ECOLO

Comme il l’avait annoncé, après 15 jours de réflexion, Bernard Wesphael a pris sa décision : il quitte Ecolo.

C’est un homme de convictions qui quitte un parti qui a rejoint depuis des années déjà  les pratiques des partis traditionnels francophones. A l’instar de ceux-ci, Ecolo est entré dans le système belge et en a épousé les tares : participation au pouvoir à n’importe quel prix, pouvoir absolu des présidents de parti tuant tout débat, collusions entre petits amis, cabinets pléthoriques, attachement effréné à une Belgique fédérale tournant le dos aux intérêts des régions wallonne et bruxelloise, mais qui a l’avantage de préserver les rentes de situation.

Où  sont les dirigeants d’Ecolo  qui ont vécu il y a une trentaine d’années la belle aventure de faire de la politique « autrement » ?  

Bernard Wesphael ne pouvait plus respirer dans un parti qui ne respectait plus le droit d’exprimer ses spécificités. Il a eu le courage politique d’en tirer les conséquences qui s’imposaient : merci, Monsieur Wesphael, et bonne route dans la voie que vous choisirez.

J’imagine bien que vous aurez à cœur de mettre l’Humain au sommet de vos préoccupations. J’imagine aussi que vos choix s’inspireront du siècle des Lumières et que les mots liberté, égalité, fraternité et laïcité de l’Etat seront votre ligne d’horizon.

 Paul Durieux  

Le communiqué de Bernard Wesphael

Voici le texte du communiqué que Bernard Wesphael a adressé à Belga :

« Combattant de la première heure de l’écologie politique et membre fondateur du parti, je quitte Ecolo aujourd’hui. Mais je le fais sans animosité, sans amertume et sans remords.

Au risque de décevoir les amateurs de politique spectacle, il ne faut pas compter sur moi pour invectiver ce parti qui fut le mien.

J’estime sincèrement que le combat écologiste garde sa pertinence et sa légitimité. Je pense cependant ne plus avoir ma place au sein d’Ecolo car ma conception de l’action politique ne correspond plus à celle de ses cadres.

Je pars sans animosité, en particulier à l’égard du peuple Ecolo, tous ces militants souvent formidables auxquels je dois mon parcours politique jusqu’à ce jour, en particulier à Liège. Je les respecte profondément, je leur conserve toute mon affection et je leur dis toute ma gratitude.

Certains se diront « bon débarras ». D’autres, en revanche, ne comprendront pas. En particulier, celles et ceux qui partagent les valeurs de progrès que nous avons si longtemps défendues ensemble, au sein du parti.

Pour eux, je suis sincèrement désolé. Néanmoins, je leur demande de comprendre que mon départ est non seulement une objection de conscience, mais aussi une façon d’honorer nos valeurs et de me respecter moi-même.

Je pars sans réelle amertume car la politique est d’abord un rapport de forces. Chez Ecolo, aussi. Je tire donc toutes les conséquences du match triangulaire du 4 mars dernier. Mais il est vrai que j’ai cru jusqu’au bout que, dépassant ce simple rapport de forces, les dirigeants d’Ecolo seraient capables d’assumer le pluralisme des tendances, au sein du parti, en attribuant les fonctions d’influence de façon à tenir compte de toutes les sensibilités présentes.

Soyons de bon compte, j’ai aussi pris des risques en raison de certaines positions qui ont déplu, notamment sur la laïcité de l’Etat, dans un contexte dangereux de replis identitaires.

La fondation d’Ecolo m’a, en tout cas, offert une aventure hors du commun, celle de faire partie des pionniers de l’écologie politique. Ce fut une expérience exceptionnelle pour quelqu’un qui n’avait, à cette époque, pas spécialement un bagage le prédisposant à pareil cheminement, hormis l’ambition d’améliorer le monde. Je n’ai pas perdu cet enthousiasme. J’ai été, je suis et je resterai un défricheur de possibles.

Enfin, je pars sans remords parce que j’ai l’intime conviction de m’être donné à fond durant plus de trente ans pour faire de la politique « autrement » et parce qu’il n’est pas, mes amis le savent bien, dans ma nature de m’apitoyer sur mon sort. Comme chacun d’entre nous, j’ai fait des choix, certains plus heureux que d’autres. Je les assume tous, sans exceptions.

Changez tout ! Tel est le titre de mon dernier livre. Aujourd’hui, j’entame la première page d’une nouvelle tranche de vie. Il est une chose qui ne changera pas. Je continuerai à consacrer mon énergie à oeuvrer pour un monde meilleur et donc à changer ce qui doit l’être.

Changeons donc tout ! Je quitte aujourd’hui Ecolo, non comme un homme affaibli mais comme une personne retrouvant sa liberté absolue de pensée et prenant son envol vers de nouveaux défis. J’en dirai davantage, d’ici quelques semaines, sur la forme concrète que revêtira ce renouveau.

Mon cap est déjà tracé. A cet égard, j’entends évidemment ne renoncer à aucun combat. J’œuvrerai, comme par le passé, à la réduction des inégalités sociales croissantes et absolument incompatibles avec la pérennité de nos démocraties. Je favoriserai également une citoyenneté vivante et revendicatrice.

Sur le plan économique, fidèle au « non » que j’ai opposé au Traité constitutionnel européen en 2005, je continuerai à émettre des propositions visant à mettre au pas la finance et la spéculation. Enfin, je poursuivrai mon travail de longue haleine pour la bonne gouvernance, un meilleur cadre de vie et le redressement de la Wallonie. »

Bien sûr, nous ne savons rien des projets de Bernard Wesphael, mais celui-ci intéresse manifestement Jean-Luc Mélenchon : voir, à ce sujet, l’article de La Libre.

Réponse de Bernard Wesphael : « Il y a une proximité très grande entre Jean-Luc Mélenchon et moi. Je trouve son combat admirable avec le front de gauche. Si j’étais Français, je voterais Mélenchon. » A l’égard du PTB, le ton de Bernard Wesphael n’est pas du tout le même. (Voir l’article du Soir.)

Jean-Pierre Hupkens, Echevin de la culture à Liège nous dit …

Au cours d’une récente rencontre avec une vingtaine d’électeurs liégeois, dont des membres de l’AWF, Jean-Pierre Hupkens, Echevin de la culture à Liège, a été interrogé sur ses préférences institutionnelles au cas où la Belgique viendrait à disparaître.

Bien informé, de par sa fonction, de la situation des institutions culturelles dans les villes et régions voisines de la Wallonie, notamment françaises, J.-P. Hupkens a déclaré constater l’ampleur des moyens mis à la disposition de la Culture dans des villes comme Roubaix, Metz ou Nantes, par exemple.

S’exprimant à titre personnel, J.-P. Hupkens estime que si la Belgique cessait d’exister et s’il était avéré que les finances publiques wallonnes ne permettent pas à la Wallonie de survivre seule, il était favorable à une réunion à la France.

Gageons que son point de vue est partagé par de nombreux élus.

L’appel répété de Robert Collignon

Une piqûre de rappel est parfois bien utile …

Nous reprenons ici un article de Christian Laporte publié dans Le Soir du 25 novembre 2002.

Un nouveau Mouvement populaire wallon ?

Collignon pour une Wallonie française

Robert Collignon a de la suite dans les idées : après avoir déjà lancé un appel au rattachement de la Wallonie à la France et déploré, lors des dernières fêtes de Wallonie, que cette dernière continuait à trop raisonner dans un cadre fédéral, le président socialiste du Parlement wallon – qui tint cependant à préciser qu’il parlait à titre personnel – a rallumé le feu samedi à Mons lors d’un colloque organisé à l’initiative de France-Wallonie-Bruxelles présidé par l’ancien ambassadeur français Bernard Dorin.

Il s’agissait surtout d’évoquer la bataille de Jemmappes de 1792, mais l’objectif était de rattacher cet événement à la situation politique présente. Face à 250 militants wallons se doublant de zélateurs républicains et francophiles, Collignon a d’emblée fait remarquer qu’il y avait un fossé entre l’espoir wallon de rester dans la République révolutionnaire en 1792 et l’actuel système fédéral qui s’affirme de plus en plus comme celui de la distance et de la divergence.

Pire : la Belgique, née de l’accouplement de populations dépourvues d’affinités, est un Etat improbable et une nation impossible. Une de ses conséquences est l’actuel fédéralisme de l’ambiguïté. Après avoir cité tout un catalogue montrant que les Wallons n’ont plus rien à gagner du système actuel, Robert Collignon s’est dit très sceptique face à l’annonce d’un front de résistance qui se définit par le refus.

Sa conclusion a pris la forme d’un appel solennel à un rassemblement de tous ceux qui (…) sont prêts à œuvrer à la création d’un ambitieux mouvement populaire, seul à même de façonner l’identité et le patriotisme wallon.

Une sorte de nouveau Mouvement populaire wallon comme celui d’André Renard, au début des années soixante… mais qui ne s’inscrirait, de toute évidence, plus dans le cadre de la Belgique actuelle. A cet égard, Collignon a été très clair en citant Alain Peyrefitte, reprenant lui-même le général de Gaulle qui lui aurait dit que seul un accident de l’histoire avait empêché la France d’intégrer aussi la Wallonie…

Des propos sulfureux tenus dans les locaux de l’université plutôt qu’à l’hôtel de ville refusé aux organisateurs. Il est vrai qu’Elio Di Rupo, président du PS et maïeur montois, n’est pas sur la longueur d’onde de son francophonissime président du parlement wallon…

                                                                                            Christian Laporte

A cet appel, on pourrait en ajouter un autre, lancé le 31 mars 2007 à Maisons-Laffitte :

« La Wallonie est un peuple de langue française. A ce titre, la Wallonie regarde vers la France. Nous sommes imprégnés de cette langue universelle qu’est le français. Nous avons appris à formuler avec les mots de Balzac et de Dumas. Nous nous sommes initiés aux idées à travers ceux de Bergson et de Sartre. Il y a quelques jours, Abou Diouf regrettait que la francophonie soit une réalité oubliée. Il est temps qu’elle devienne enfin un espace solidaire et fort. La Wallonie y tiendra sa place, les yeux fixés vers le pays de Voltaire et d’Hugo, débarrassée de ses craintes et de ses humiliations, assumant librement son destin. Quand la République, par un juste retour de l’histoire, tendra-t-elle à nouveau la main à ceux que le Traité de Vienne a sacrifiés sur l’autel des équilibres de l’Europe postnapoléonienne ? »

Pour l’ensemble du discours prononcé par Robert Collignon à Maisons-Laffitte : ici.

Pour la diversité des langues

Notre ami Louis Nisse nous envoie la lettre suivante que nous reproduisons avec grand plaisir.

Paris le 2 août 2011.

 A Monsieur Bernard Werlé.

Copie aux administrateurs de l’association « Avenir de la Langue Française » et à quelques amis.

Monsieur,

Le long message que vous avez envoyé à « Avenir de la Langue Française » énonce beaucoup de vérités avec lesquelles nous sommes tous d’accord. En particulier, la dégradation de l’enseignement nous inquiète tout autant que vous, et nous sommes en relations avec des groupes d’enseignants qui tentent d’agir pour y remédier.

 Notre association a pour but l’action politique. C’est ce qui la distingue d’une association soeur -soeur aînée- « Défense de la Langue Française », plus orientée vers le bon usage et l’action culturelle.

 En effet une lutte politique intense a lieu dans le monde, et l’éviction de certaines langues de communication au profit d’autres est l’un des moyens mis en oeuvre par les puissances dominantes pour se subordonner d’autres pays.

Pour appeler un chat un chat (plutôt qu’un félidé amateur de crème fraîche), les puissances anglo-saxonnes s’efforcent d’imposer l’anglais afin de verrouiller leur domination politique et d’imposer le système économique assurant le pouvoir des banques, le système même qui est en difficulté à présent. Plus qu’une langue courante permettant de diffuser les connaissances, l’anglais est devenu un moyen de propagande au service des puissants.

 La lutte politique pour le maintien de la diversité des langues participe donc à la lutte générale pour le maintien des libertés : liberté individuelle, liberté de l’esprit, et liberté collective des nations sans laquelle la liberté individuelle n’est pas possible.

C’est ce but qui motive notre action.

 Je ne puis résumer en quelques phrases tous les aspects de l’effort constant fait par les dominants afin d ‘imposer l’anglais comme seule langue de communication, en particulier en Europe. Aussi vais-je vous en donner un exemple, tiré de mon expérience personnelle de chercheur scientifique.

L’Agence Nationale de la Recherche (ANR), conçue comme une branche nationale d’une agence de l’Union européenne, et créée depuis quelques années pour subordonner tous les instituts de recherche le CNRS, l’INSERM etc., impose l’anglais dans la recherche en France. Par exemple, dans les appels à propositions (qui tendent à devenir le seul mode de financement de la recherche), les dirigeants de l’ANR écrivent :

 «Le résumé sera rédigé en français et en anglais. Le dossier scientifique (annexe technique) sera rédigé en anglais. »

 «Les projets devront être présentés en anglais, avec un résumé en français, selon le dossier scientifique et technique, en incluant l’annexe financière »

 «Envoi de deux fichiers distincts, l’un rédigé en français (abrégé mais suffisamment informatif) et le second en anglais (complet). Ce document comporte la présentation détaillée du projet. Il sera rédigé en anglais

 Je pourrais multiplier les exemples. Concrètement, cela signifie que l’ANR décourage l’expression scientifique en français et assure un service d’espionnage au profit des pays anglophones (comme le service diplomatique européen dirigé par madame Ashton). Il est à noter que le gouvernement français s’efforce lui-même d’empêcher l’usage du français en France, et d’imposer l’usage de l’anglais. Madame Pécresse s’est particulièrment illustrée dans cette action contre l’intérêt de notre pays. L’abus est si énorme que maints chercheurs s’en sont émus. Il serait dangereux pour la vie intellectuelle et pour la cohésion sociale que l’anglais devienne la langue exclusive de l’expression scientifique.

Ce serait d’autant plus dangereux que les chercheurs anglo-saxons sont sans scrupules et sans pitié pour ceux qui ne font pas partie de leur monde. Ils ne peuvent agir autrement, car leur système de recherche est organisé afin de promouvoir la rivalité : leur survie professionnelle dépend du nombre de leurs publications, fussent-elles rédigées en accaparant les idées d’autrui. C’est ce système que les pouvoirs publics français tentent d’imposer en France au moyen de l’ANR, en brisant les instances de concertation des instituts de recherche.

 On pourrait en dire autant dans les domaines de la propriété intellectuelle, de la recherche appliquée, de l’industrie, et hélas, de la politique. C’est tout notre avenir comme peuple libre qui est menacé.

Bien entendu nul n’envisage de refuser de publier en anglais, qui restera la langue dominante dans l’expression scientifique pendant quelques décennies. Mais l’évolution en cours va exactement en sens contraire : c’est le français qui est banni, même des échanges scientifiques en France. Cet abus est dommageable pour tous les pays qui ont le français comme langue de communication principale ; il affaiblit la réflexion scientifique, et tend à décourager les étudiants, déjà mal disposés envers les études scientifiques.

La situation est semblable, voire pire, dans d’autres pays d’Europe, je pense en particulier à l’Italie où l’italien a presque été évincé de l’expression scientifique par l’anglais, avec l’active complicité des pouvoirs publics italiens.

L’action des pouvoirs publics français contre les intérêts de la France s’explique, à mon avis, par le fait que les classes dominantes françaises -et tous ceux qui s’imaginent pouvoir entrer dans les couches les plus riches de la société-rêvent de s’amalgamer à la surclasse dominante mondiale (à laquelle, bien sûr, ils n’ont pas la moindre chance de jamais accéder). Cette surclasse est pour le moment anglophone, et a une idéologie avouée d’inégalité sociale. Or cette idéologie est directement opposée à la tradition culturelle française, puisque tous les auteurs francophones qui ont laissé une œuvre depuis quatre siècles, même Montaigne, Montesquieu ou Tocqueville, pourtant nobliaux, reconnaissaient l’égalité fondamentale des hommes et étaient favorables (ou résignés !) à l’accès du peuple au savoir. Mais la pensée politique anglo-saxonne promeut, depuis des siècles, une idéologie inégalitaire -au nom de la constatation empirique du fonctionnement de la société-, afin de justifier les grandes inégalités sociales des pays de langue anglaise. Pour les dominants français, adopter l’anglais est un moyen de creuser un fossé entre eux et le peuple, afin de justifier et maintenir leur prédominance sociale. Les privilégiés du XVIIIe siècle, qui parlaient le français de la Cour pour snober le peuple, n’agissaient pas autrement. Bien entendu, les promoteurs de l’anglais ne complotent pas ; les contacts entre gens du même monde, la lecture des mêmes journaux, le carriérisme, la paresse intellectuelle, l’ignorance historique, la connivence, l’accord des intérêts personnels, suffisent à orienter les esprits. Les inflexions idéologiques n’ont pas besoin d’être lucidement comprises pour être effectives.

 En réalité, la France et l’Union Européenne sont en ce moment aux mains des puissances financières anglo-saxonnes, secondées par les intérêts industriels allemands. Est-il besoin de préciser que cette constatation n’entraîne pas d’animosité contre les peuples ? Mais c’est de cette domination des sociétés et des esprits que nous devons nous libérer, tout en accueillant volontiers les personnes et les bonnes idées.

L’abandon du français dans l’expression scientifique et dans la politique internationale n’est nullement un mouvement historique naturel irrésistible (y en eût-il jamais ?) mais un mouvement sociologique banal, contre lequel les démocrates peuvent lutter s’ils veulent bien s’unir et ne pas se laisser intimider. Il est au demeurant possible que les progrès de la traduction automatique (supervisée par des traducteurs professionnels) ouvrent bientôt une nouvelle ère dans l’Histoire du monde, en faisant disparaître la notion même de langues dominantes.

Les membres de l’association « Avenir de la Langue Française », dont je suis l’un des administrateurs, s’efforcent de lutter contre les dérives nocives, impulsées surtout par l’Union Européenne, qui révèlent la mise en place de plus en plus rapide d’institutions tyranniques, dont l’emploi exclusif de l’anglais est un signe parmi d’autres. Heureusement, la prise de conscience des dangers sociaux, politiques et culturels, progresse parmi les Français.

J’espère avoir répondu à quelques-unes de vos interrogations, tout en ouvrant des perspectives. Vous avez tout à fait raison de dire que c’est en agissant, et non en nous repliant sur le passé, que nous maintiendrons et développerons la richesse culturelle. C’est bien à cela que tendent toutes nos actions, offensives ou défensives. La plupart des membres de nos associations parlent d’ailleurs plusieurs langues, l’intérêt pour la langue française développant naturellement l’ouverture d’esprit.

Ce serait avec plaisir que je poursuivrais la discussion avec vous, pour compléter les informations sommaires de ce bref message, et surtout pour écouter votre opinion sur les actions à mener. J’espère que le dialogue continuera, et que vous vous joindrez bientôt à nos efforts.

En vous remerciant de l’intérêt que vous portez à la diversité culturelle, et dans l’espoir d’une prochaine rencontre, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur, l’assurance de toute ma considération.

Christian Darlot, 
Chercheur au CNRS 
01 45 81 72 31

L’Awex à contre-courant de l’économie mondiale

Jules Gheude, essayiste politique  – « Le Soir » du mardi 28 février 2012

 Je ne peux qu’applaudir en entendant le ministre Paul Magnette déclarer qu’il faut simplifier la Wallonie.

 Convaincu du caractère inéluctable de la scission de la Belgique, le Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France), dont je coordonne les travaux depuis février 2010, vise en effet l’intégration, le moment venu, d’une Wallonie saine dans la République française.

 Force est de constater aujourd’hui le résultat catastrophique d’une politique basée sur le clientélisme et l’assistanat dans laquelle le PS porte une responsabilité majeure : un nombre consternant d’organismes publics, un taux de chômage de 14% et une dette de 14,5 milliards, si l’on prend également en considération les financements alternatifs.

 Il est, par ailleurs,  un autre tabou que j’ai maintes fois dénoncé : celui du Pacte scolaire, ce luxe ruineux que ne connaît aucun autre Etat et qui oblige les pouvoirs publics à financer quatre réseaux d’enseignement. Paul Magnette a raison : il faut avoir le courage de remettre tout cela à plat. Comme l’a souligné maintes fois le professeur Robert Deschamps des Facultés de Namur, il est impératif de fusionner les trois réseaux de l’enseignement public. Et je considère, pour ma part, que l’enseignement libre devrait s’auto-subsidier.

 Quant aux Provinces, il est évident qu’il s’agit d’un échelon de pouvoir devenu totalement obsolète.

 Le travail de rationalisation est, on le voit, gigantesque. Reste à voir si le PS est vraiment disposé à l’entreprendre.

 La récente étude de l’Université de Liège a clairement révélé que l’écart entre la Flandre et la Wallonie ne cessait de se creuser.

 Les chiffres relatifs au commerce extérieur sont particulièrement révélateurs. En 2010, la Flandre a exporté, hors transit du gaz naturel, pour 164,4 milliards d’euros. Les exportations wallonnes s’élevaient, elles, à 38,7 milliards.

 On connaît le rôle fondamental que les pays du B.R.I.C (Brésil, Russie, Inde, Chine) jouent aujourd’hui au niveau de l’économie mondiale. Force est ici de constater que la Flandre  mène une politique autrement plus dynamique et cohérente que la Wallonie.

 Les chiffres communiqués parla Banque nationale de Belgique parlent d’eux-mêmes :

 Brésil – Flandre : 6,39 milliards ; Wallonie, 0,350 milliard.

Russie – Flandre : 2,07 milliards ; Wallonie, 0,394 milliard.

Inde – Flandre : 6,4 milliards ; Wallonie 0,136 milliard.

Chine – Flandre : 4,9 milliards ; Wallonie, 0,42 milliard.

 Comment expliquer que l’Awex (Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers) aille ainsi à contre-courant de l’évolution de l’économie mondiale ?

 La Wallonie a une antenne commerciale à Cuba, mais aucune en Russie. L’agent en poste à Moscou relève de la Régionde Bruxelles-Capitale et celui qui se trouve à Saint-Pétersbourg provient du FIT (Région flamande). Tout cela sur base d’un accord bi- et tri-régional qui n’a jamais véritablement fonctionné.

 En Chine, les Attachés économiques et commerciaux (AEC) de l’Awex n’ont pas la connaissance de la culture chinoise, ni du mandarin, contrairement à leurs homologues flamands, qui sont licenciés en sinologie de l’Université de Gand. En Wallonie, seul l’Institut Confucius dispense des cours du soir en chinois, sans possibilité d’immersion totale.

Les chiffres de la BNB pour le 1er semestre 2011 indiquent clairement un tassement de l’augmentation des exportations de la Wallonie par rapport à la Flandre :

 Flandre : 94,7 milliards d’euros, soit une augmentation de 19,6% par rapport à 2010 ;

Wallonie : 21,8 milliards, soit une augmentation de 13,3% par rapport à 2010.

 On pourra toujours rétorquer que la Flandre dispose d’un atout particulier avec le diamant. Mais même en faisant abstraction de ce facteur, il n’y a pas photo !

 En cette période de crise économique particulièrement aiguë, on peut s’étonner que l’Awex ouvre une antenne en Guinée équatoriale, cette « démocrature » où l’opposition réelle s’est réfugiée en Espagne. Les entrepreneurs wallons ne se sont d’ailleurs pas bousculés au portillon pour participer à la récente mission exploratoire.

 Pendant ce temps, le ministre-président flamand, Kris Peeters, s’est rendu en Libye, accompagné de 17 entrepreneurs. Objectif : œuvrer à la reconstruction du pays. Du concret !

 Dans l’interview qu’il accordait à « Vers l’Avenir », le 4 février, Kris Peeters  a révélé que le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, lui avait demandé de l’accompagner au Myanmar. Voilà au moins une bonne nouvelle.

 La Birmanie, qui offre de réelles opportunités d’exportation, montre, en effet,  des signes encourageants de démocratisation, permettant à Aung San Kyi de présenter sa candidature pour les prochaines élections. Il faut vaincre, à cet égard, les réticences affichées par d’aucuns. Ce n’est pas en négligeant la Birmanie que l’on forcera les généraux à plus de démocratie. Une mission économique obligera les autorités du pays à faire montre de flexibilité et les échanges commerciaux aideront la population à s’ouvrir vers le monde extérieur.

Depuis 2000, la Wallonie en est à son sixième plan de redressement. Sans amélioration notoire. Les économistes Robert Deschamps (Facultés de Namur) et Pierre Pestieau (ULg) parlent de frémissements.

 Il nous reste à présent dix ans pour renverser la lame de fond. Pour cela, un changement radical de mentalité est indispensable. Espérons que la Wallonie finira par trouver ces chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et mobiliseront ce qui en reste, pour reprendre les propos tenus par le général de Gaulle au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain. Tout en sachant que la France sera, le moment venu, la seule planche de salut.