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Ça se discute

François BayrouCe 25 avril, il m’a été donné d’assister à la conférence de François BAYROU, organisée par l’Alliance française de Liège. Le thème en était: « Les valeurs de la République ».

En France, François BAYROU, éminente personnalité centriste et chrétienne pratiquante, eut la responsabilité du Ministère de l’Education nationale à trois reprises. La répétition de sa désignation à ces hautes responsabilités signifie en soi la valeur de l’homme dont je respecte les convictions à la fois politiques et religieuses. Ancien enseignant à l’école publique, il a toujours affirmé sa laïcité version française.*

Sa vision, son expérience, sa formation d’agrégé en lettres classiques en font non seulement un orateur brillant, mais de plus une référence qui compte dans la pensée actuelle. Avec toutefois un bémol…

Bien entendu que chacun peut se ranger derrière sa conception de la laïcité, quand il évoque l’égalité entre les différentes religions et l’affirmation  d’un refus du religieux ! Bien entendu que chacun partage son refus de permettre à quelque religion que ce soit, de se mettre au-dessus de la Loi ou d’en faire carrément LA loi !

Mais commentant les valeurs liberté, égalité, fraternité dans un raccourci étonnant, il parodie Saint Paul (Epître aux Corinthiens) en assimilant foi à liberté, espérance à égalité et charité à fraternité…

N’y a-t-il pas dès lors un début de déni de ces valeurs républicaines à partir du moment où leur signification première se confond – c’est le cas de le dire- avec des valeurs religieuses qui ne recouvrent évidemment pas celles des soixante-sept millions de citoyens français constitués en République (et celles des autres, dont moi, qui la souhaiterait également, cette République laïque) ?

Débat ouvert !

Paul Mélot

* Père de six enfants dont l’un est assistant à l’Université de Liège, il est crédité de 13 % des intentions de votes à l’élection présidentielle prochaine, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon et… François Hollande.

Les réunionistes wallons sous la loupe de Catherine Lanneau

Souriez, vous êtes filmés. Vos actions, si timides soient-elles, sont inscrites dans le temps long de l’histoire. Il y a des historiens qui ne perdent rien de ce qui se passe entre la Wallonie et la France. On peut discuter de la pertinence de faire entrer la Wallonie dans la République mais il est évident que, même quand ils s’en défendent, les Wallons sont naturellement tournés vers la France. Il est donc… naturel que la Wallonie s’interroge sur sa relation avec la France, dans une perspective historique, évolutive, dynamique.

Catherine Lanneau, chargée de cours à l’Université de Liège, est une spécialiste des relations entre la Wallonie et la France. A ce titre, elle a bien voulu nous offrir une conférence sur les sujets qui sont les nôtres. Intitulée « La réunion à la France : histoire et actualité », cette conférence aura lieu le 3 mai à l’Université de Liège (voir l’affiche ci-contre).

Pour ceux qui ne se sont pas encore intéressés au travail du professeur Catherine Lanneau, voici une courte présentation de son parcours (qu’on peut découvrir sur un site de l’ULg) :

Catherine LanneauL’histoire de France, chez Catherine Lanneau, est une passion. « Je m’y intéresse depuis que j’ai 11, 12 ans. J’étais une fan d’Anne Sinclair et je regardais toutes les émissions politiques à la télévision française. J’ai d’abord voulu être journaliste politique. » Un premier contact avec le monde de l’information lui fait comprendre qu’elle préfère l’analyse à la présentation rapide des faits. Reste une dernière hésitation lors du choix des études supérieures: science po ou histoire? « Je me suis dit que l’histoire était peut-être plus généraliste, qu’elle allait m’apporter plus d’ouverture. » Ce sera donc l’histoire et plus précisément l’histoire contemporaine, cursus accompli à l’Université de Liège. Bien entendu, le sujet du mémoire de fin d’étude est vite cerné: ce sera la France! Plus précisément l’image de la France en Belgique francophone à l’époque du Front populaire. Sa thèse de doctorat, défendue en 2006, s’inscrit dans la même mouvance puisqu’elle est consacrée à l’image de la France et de sa puissance en Belgique francophone de 1944 à 1951.

Son doctorat en poche, Catherine Lanneau fut chargée de recherches du FRS-FNRS en Histoire de l’Europe à l’Université de Liège, de 2007 à 2009. En 2009, elle devient chargée de cours en Histoire de Belgique et de ses relations internationales (XIXe et XXe siècles) à l’Université de Liège. Ses recherches sont consacrées à l’histoire de Belgique, de Wallonie et des relations franco-belges au XXe siècle et, en particulier, à l’action dans les médias de groupes de pression ou de réflexion. Auteure de plusieurs ouvrages et articles, elle a co-dirigé en 2013 deux volumes : Jules Destrée, « La Lettre au roi » et au-delà (Musée de la Vie wallonne – Institut Destrée) et L’Afrique belge aux XIXe et XXe siècles. Nouvelles recherches et perspectives en histoire coloniale (PIE-Peter Lang).

Cher Monsieur Bayrou…

Voici le courriel adressé à François Bayrou par notre ami Louis Nisse.

Nous reprenons deux extraits de son ouvrage intitulé Ma blessure française. Ces textes ont été joints à son courriel.

Liège, le 21 avril 2016.

                       Cher Monsieur BAYROU,

Grâce à votre fils Calixte, vous connaissez la valeur de notre Faculté vétérinaire. Mais savez-vous que la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux (Université de Liège) forme des bioingénieurs à la pointe du développement durable et de l’éco-innovation. En effet, son laboratoire de phytopathologie vient de découvrir l’action bactéricide de la lactopéroxydase sur la bactérie Xylella Fastidiosa qui, partie des Pouilles en 2013, a ravagé les oliviers italiens et atteint la Provence en 2015. Ainsi, nos ingénieurs ont-ils éradiqué ce fléau aussi ravageur que le phylloxéra de la vigne au XIXe siècle.

Les médias belgicains ont célébré la championne du monde belge de tennis, en oubliant de mentionner qu’elle est liégeoise, ou le cinéma belge honoré deux fois à Cannes de la Palme d’Or, sans relever que les frères Dardenne sont des Liégeois profondément inspirés par le terroir wallon ; par contre, ces mêmes médias ne se privent pas de pointer le chômage wallon ou les grèves wallonnes. La Wallonie vit dans un véritable déficit symbolique. Les Wallons ont rarement qualifié de wallons les fleurons de leur patrimoine, préférant les attribuer à la Belgique, à la réussite de laquelle ils étaient flattés de s’identifier et à laquelle ils avaient le plus contribué.

Comme votre démarche vers nous témoigne de votre désir de mieux nous connaître, permettez-moi, cher Monsieur BAYROU, avec l’accord de mes amis de l’Alliance Wallonie France – mouvement pour la réunion à la France, où je milite –, de vous proposer la lecture de quelques pages de Ma Blessure française, un essai qui devrait être bientôt édité par une grande maison parisienne, du moins je l’espère : le verdict de Flammarion va bientôt tomber. J’y fais découvrir ma petite patrie à la France que j’imagine ignorer ce que nous sommes et j’y évoque, notamment, ma mère, qui était votre payse, une Paloise dont le père, grossiste en pommes de terre, a copiné avec votre grand-père.

Dans mon chapitre « Liège, née du chant », je rends hommage à quelques grands noms de réunionistes et à quelques militants wallons : de Charles ROGIER à Jean DEFRAIGNE en passant par Jules DESTRÉE, Jean GOL et François PERIN. J’évoque l’histoire de Liège, l’éphémère République liégeoise de 1789 (la révolution liégeoise fut la seule que celle de France put susciter à son image), le vote de réunion à la France de nos Trois États. (Voir un extrait dans la NOTE 1, ci-jointe.) J’évoque aussi le Congrès Wallon de 1945, son vote sentimental (pour la réunion à la France) suivi de son vote de raison (pour le fédéralisme).         

Dans mon chapitre « Aux armes, citoyens ! La Patrie est en danger », je rappelle les paroles de DE GAULLE sur la Wallonie, rapportées par Alain PEYREFITTE. Beaucoup de Français n’attendent-ils pas de leur président qu’il s’élève au-dessus du cloaque convenu et qu’il renoue, enfin ! avec une politique étrangère digne de la France ?

Enfin, peut-être goûterez-vous cette citation de la reine MARGOT, première épouse d’HENRI IV (« Nousse Henri » comme l’appelait ma maman), qui compare Liège à Lyon : « La ville [de Liège] est plus grande que Lyon, et est presque en mesme assiette, la riviere de Meuse passant au milieu ;  tres-bien bastie n’y ayant maison de chanoine qui ne paroisse un beau palais ; les rues grandes et larges ; les places belles, accompagnées de tres-belles fontaines ; les eglises ornées de tant de marbre (qui se tire prez de là), qu’elles en paroissent toutes [lourdes ?] ; les horologes faits avec l’industrie d’Allemagne, chantants et representants toutes sortes de musique et de personnages. » (Mémoires de Marguerite de Valois, Mercure de France, 1971.) La Reine MARGOT séjourna à Liège l’été 1577. Première épouse du Béarnais calviniste qui régnait sur la petite Genève de Pau, elle fut reine de Navarre et reine de France. Comme MARGOT, ma modeste mère a bien connu les deux villes, Pau et Liège.

J’espère, cher Monsieur BAYROU, vous avoir été agréable. Nous espérons, mes amis de l’Alliance Wallonie France et moi-même – nous les réunionistes de la première heure (bientôt, ils seront pléthore…) –, que vous nous accorderez un entretien à Liège. Nous vous remettrons des documents expliquant le projet « intégration-autonomie » soutenu par l’AWF et, notamment, par votre compatriote M. Jacques LENAIN. Et je me permettrai de vous offrir le manuscrit de Ma Blessure française.

Dans notre lettre à M. William ANCION, ci-jointe, nous demandons au président de l’Alliance française de Liège et fervent francophile de nous faciliter votre approche.

Vive le beth ceü de Paü, vive Liège, vive la Wallonie, vive la Wallonie française, vive la France!

Lors de votre visite dans notre Cité ardente, dans notre petite France sur Meuse, comme l’appelait MICHELET, soyez assuré, cher Monsieur BAYROU que nous serons de tout cœur avec vous.

Louis NISSE, administrateur à l’AWF.

NOTE 1

« 1794 – 1814. Ces vingt années d’histoire commune avec la France ont profondément marqué, sur le territoire de la future Wallonie, aussi bien la population que les institutions ou l’économie. Loin d’être une simple parenthèse entre deux mondes (les principautés aristocratiques ou ecclésiastiques d’Ancien Régime, et le Royaume des Pays-Bas annonciateur de la future Belgique puis du Benelux), la période française fut une époque riche en ruptures et mutations majeures, heureuses ou non, là n’est pas la question, dans une quantité de domaines et elle a laissé bien d’autres traces physiques sur notre territoire que la butte dite de Waterloo commémorant un épisode survenu, lui, plusieurs mois après la fin de notre appartenance provisoire à la France. […] J’invite le lecteur à se plonger dans les traces physiques de cette Wallonie française dont certains furent longtemps nostalgiques et avec laquelle d’autres, héritiers de François Perin comme du Congrès wallon de 1945, renoueraient volontiers aujourd’hui. » (Extrait de la préface de Freddy Joris, Administrateur général de l’Institut du Patrimoine wallon, à Sur les traces de la Wallonie française de Frédéric    Marchesani.)

Le 18 février 1793, cette proclamation de Dumouriez, général en chef de l’armée de la Belgique, vainqueur des Autrichiens à Jemappes le 6 novembre 1792, remplissait toute la première page de La Gazette nationale liégeoise :

« Le Général Dumouriez, au Peuple Liégeois.

Braves Liégeois, peuple digne de la liberté, peuple frère des françois, & bientôt françois vous-mêmes; l’ennemi s’amasse sur vos frontières. Vous n’avez aucune fortification pour défendre vos foyers, mais, vous avez des cœurs indomptables & des bras armés de fer. Que votre jeunesse nombreuse se forme en bataillons sous les drapeaux de la liberté. Joignez-vous à nous, faisons tomber les remparts de Mastricht, & marchons ensuite jusqu’au Rhin. Ce fleuve doit servir de barrière à votre liberté. Tous les peuples entre ce fleuve & la Meuse doivent vous être joints, soit à titre d’alliance, soit à titre de conquête. Je compte sur douze ou quinze mille liégeois. Vous me les avez promis. Je vous ai donné le glorieux surnom de Grenadier de la révolution Belgique; j’ai une entière confiance en vous, & les françois, avec votre secours chasseront les bandes prussiennes & autrichiennes loin de vos foyers. Vous combattez pour vos propriétés, pour vos parens, pour vos femmes, pour vos enfans; votre cause est la nôtre. Je compte sur votre courage ; comptez sur notre persévérance. Liégeois, la devise des  françois & la vôtre, c’est la liberté ou la mort. »

Peu après notre vote pour le rattachement de notre République liégeoise – la première de l’Europe contemporaine – à la République française, le révolutionnaire liégeois Nicolas Bassenge écrivait à Publicola Chaussard, chef des bureaux du Comité de Salut public, l’an 2 de la République : « NOUS SOMMES FRANÇAIS ! Le ci-devant pays de Liège […] n’est plus qu’un département français, envahi par les barbares, tel que ces malheureuses contrées en proie aux brigands rebelles. Le premier, le plus saint devoir de la république est d’arracher aux ennemis ces hommes pour les rendre à leurs frères, à la liberté, à la vie. »

Après nous avoir battus à Neerwinden, en mars 1793, les Autrichiens rétablirent notre prince-évêque honni dans ses fonctions. Mais, moins de deux ans plus tard, grâce à la victoire de Fleurus, nous les Liégeois, Français d’adoption, allions de nouveau accueillir en libératrice ton armée, celle de Sambre-et-Meuse. Nous dûmes bientôt déchanter, car, bien que nous ayons librement choisi d’être Français, la République se conduisait chez nous comme en terre étrangère : réquisitions brutales, contributions de guerre écrasantes, pillage de nos trésors artistiques. (Lors de ta Joyeuse Entrée, France, tu feras bien de nous en restituer quelques-uns ! Pourquoi pas La conversion de saint Paul de Bertholet Flémal, actuellement au musée des Augustins de Toulouse, la dalle funéraire de Jean de Coronmeuse, au musée du Louvre, quelques précieux manuscrits de l’abbaye de Saint-Laurent ?) Ainsi, étions-nous traités comme un pays conquis. Lazare Carnot ne faisait aucun cas de notre adhésion volontaire à la République, les directives du Comité de salut public quant à la politique d’annexion étaient sans équivoque : « Il faut traiter ces contrées en pays conquis […]. Alors,      épuisées de leur suc, elles se jetteront sincèrement dans nos bras. » Bientôt, notre économie déstabilisée par les assignats, l’approvisionnement ne fonctionna plus et le chômage devint général. L’hiver 1794-1795, les pauvres et les ouvriers – désormais privés de l’aumône – payèrent un aussi lourd tribut à la mort que durant la grande famine de 1740. Avec le retour d’une paix et d’une stabilité relatives, notre situation s’améliora.

Mais nous n’étions plus une capitale. « Dans tout l’Empire français, il y a un abîme entre la torpeur des villes de province et l’éclat de la vie culturelle concentrée à Paris. À Liège, de surcroît, l’écart se creuse entre, d’une part, la bonne société, c’est-à-dire la nouvelle classe dominante des fonctionnaires, des magistrats, des officiers qui s’expriment en français et, d’autre part, les gens du peuple qui continuent à parler wallon. » (Étienne Hélin, in Histoire de Liège.) Cette période française nous a marqué profondément. « Pour la première fois ont été amalgamées dans un même ensemble territorial des principautés de langue romane [celles de Liège et de Stavelot-Malmedy] qui, jusque-là, avaient connu des destins différents en raison des fragmentations de l’espace politique. […] Ces vingt années ont laissé un héritage politique, juridique, institutionnel et culturel sans lequel il n’est pas possible de comprendre l’histoire contemporaine du pays et de ses entités constitutives. » (Hervé Hasquin, La Belgique française 1792-1815, Crédit Communal, 1993.)

À partir du Consulat (1799), le bassin houiller et sidérurgique liégeois, pionnier de la révolution industrielle, devint une des régions les plus prospères du monde, l’industrie liégeoise profitant largement de la suppression des barrières douanières de l’Ancien Régime et, grâce au blocus continental, de l’absence de concurrence des produits manufacturés anglais.

Terrible ombre au tableau : l’odieux impôt du sang. Les levées massives, les campagnes meurtrières – surtout à partir de l’invasion de l’Espagne, en 1808 – provoquent des jacqueries en Campine et dans le département des Forêts. D’autant que, dans ces régions rurales, l’anticléricalisme de la République faisait horreur. Liège et la Hesbaye, Verviers et le plateau de Herve furent moins réfractaires. Le peuple y était anticlérical et la proportion d’exemptés était plus élevée chez nous que dans les départements moins industrialisés : peu d’armuriers et de forgerons étaient mobilisés dans les unités combattantes. Bien qu’on estime tout de même à 6% la population liégeoise qui périt sur les champs de bataille, chez nous, comme dans la majeure partie du pays wallon, la légende napoléonienne est demeurée vivace.                                                                                       

Extrait de Ma Blessure française de Louis Nisse, à paraître. 

NOTE 2

De Gaulle n’est jamais venu à Liège. Et pour cause. Dès 1958, le gouvernement belge avait tenu en suspens la visite officielle de ce héros dont un mot à la Libération aurait pu faire éclater la Belgique. « Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. La France n’avait pas à payer une dette comme au Canada. Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation. Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie. » Ensuite, après juillet 1967, échaudé par le scandale du « Vive le Québec libre ! » de l’hôtel de ville de Montréal, pas  question pour nos dirigeants de s’exposer à la gifle d’un  « Vive la Wallonie libre ! » Que le risque était quasi nul, le gouvernement belge ne pouvait le savoir avant la publication par Alain Peyrefitte de ses conversations avec le général. « La Belgique, ça n’a rien de commun [avec le Canada] ! Les Français du Québec sont trop isolés, trop menacés par la masse anglo-saxonne pour pouvoir continuer à vivre en Français s’ils n’obtiennent pas d’être souverains. Les Wallons sont à nos frontières, ils peuvent aisément maintenir leur langue et leur culture sans risque d’être étouffés. » (De Gaulle, cité par Alain Peyrefitte dans C’était de Gaulle, tome III.) Et nos dirigeants ne pouvaient pas non plus connaître les propos tenus par de Gaulle au doyen de l’Université de Louvain, grand résistant wallon, le professeur Robert Liénard, lors d’une audience : « La politique traditionnelle de la France a toujours tendu à rassembler dans son sein les Français de l’extérieur. La Wallonie a été exclue de ce rassemblement par un accident de l’histoire. Elle a pourtant vécu en symbiose avec nous, et ce depuis Alésia jusqu’au 18 juin 40 en se rangeant rapidement dans notre camp. […] C’est un drame pour le peuple wallon, dont le passé est si remarquable, de dépendre aujourd’hui d’un autre peuple qui ne fera rien d’autre que de l’étouffer en attendant de l’absorber un jour. […] Dans les vingt ans qui viennent, le déséquilibre entre les représentants flamands et wallons sera plus grave encore qu’aujourd’hui. La situation économique va décliner rapidement à la première secousse de la sidérurgie. Les charbonnages, c’est déjà fini. Seule une intervention énergique de l’État peut encore redresser la situation. Mais l’État belge n’en aura ni l’intention, ni la volonté. C’est votre drame d’appartenir à un État qui assistera impassible à votre déclin. C’est une manière de faire place à d’autres. C’est une tradition historique germanique d’occuper les terrains en friche. […] Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple. » Et de prononcer cette phrase que tous les réunionistes connaissent par cœur : « Bien entendu, si un jour une autorité politique représentative de la  Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. » Mais d’ajouter : « Avant, c’est impossible. […] Toute intervention de la France, si modeste soit-elle, serait soulignée, amplifiée surtout, par les notables francophones de votre pays qui ne manqueraient pas d’invoquer l’impérialisme français, notre volonté hégémonique et tout le reste ! Nous soulèverions des tempêtes à l’intérieur du Marché commun auprès duquel les autorités belges se donneraient une image d’agressés ou même de martyrs. Déjà maintenant ils ne s’en privent pas ! La France ne peut donc courir ce risque. Nos relations avec nos voisins sont bonnes. Nous ne pouvons les compromettre. » Ces propos tenus en 1965 à Robert Liénard lors d’une audience furent authentifiés par  Peyrefitte. Voir Claude Groulard, De Gaulle : “Vous avez dit Belgique?” et Le Choix de la France de Paul-Henry Gendebien, président du Rassemblement Wallonie-France, réunioniste de la première heure ; une excellente plume. Sur cette question, voir aussi De Gaulle et la Belgique (éditions Avant-Propos, 2011), collectif sous la direction de Catherine Lanneau  – chargée de cours à l’ULg, spécialiste des relations franco-belges au XXe siècle – et de Francis Depagie – président du Cercle d’Études Charles de Gaulle de Belgique.

Extrait de Ma Blessure française de Louis Nisse, à paraître.

Cher Monsieur Ancion…

La venue à Liège de François Bayrou ne pouvait pas le laisser indifférent : parce que la moitié de ses racines le rattache à la ville de Pau, notre ami Louis Nisse a pris sa plus belle plume pour solliciter la faveur d’échanger quelques mots avec celui qui en est le maire autant qu’une figure de la politique française en général. Deux courriels ont été envoyés, l’un à William Ancion, dont François Bayrou est l’invité, l’autre au président du MoDem qui donnera lundi une conférence sur les valeurs de la République.

L’AWF a bien voulu se joindre à son initiative.

Liège, le 21 avril, 2016. 

À Monsieur William ANCION, président de L’ALLIANCE FRANÇAISE de Liège    

                Cher Monsieur ANCION,

                Lundi prochain, l’Alliance française de Liège reçoit M. François BAYROU, qui désire se positionner comme futur président de la République française en rappelant les valeurs que devrait incarner la République.

                À l’Alliance Wallonie-France – mouvement réunioniste pluraliste que vous devez connaître – nous nous réjouissons de cette excellente initiative qui témoigne du dynamisme de l’association que vous présidez.                      

                Nous serions honorés que François BAYROU accepte, grâce à votre truchement, de recevoir une petite délégation de notre mouvement réunioniste. Cette brève rencontre pourrait se faire à la Violette ou lors de la conférence de presse. Nous nous contenterions de demander à M. François BAYROU s’il a connaissance du projet « intégration-autonomie » soutenu par l’AWF et, notamment, par son compatriote M. Jacques LENAIN. Et nous lui offririons quelques documents qui l’éclaireraient sur la question.

                Ci-joint, le courriel que nous adressons à M. François BAYROU.

                Nous espérons que vous répondrez à notre attente et nous vous prions d’agréer, cher Monsieur ANCION, l’assurance de notre considération distinguée et de nos meilleurs sentiments francophiles.

Pour L’ALLIANCE WALLONIE FRANCE

Paul DURIEUX, président.

Alain BALSAT, Louis CARTILIER, Paul MÉLOT, Louis NISSE, Michel PIERET, Georges-Henry SIMONIS, administrateurs.

François Bellot, un profil franco-wallon

François BellotPetite révolution au ministère de la Mobilité et des Transports. Le nouveau ministre est connu et reconnu pour sa compétence et, en particulier, pour sa fine connaissance des dossiers qu’il devra gérer. Au Parlement fédéral, il a déjà présidé la Commission de l’Infrastructure et la Commission spéciale Sécurité du rail après l’accident de Buizingen. 

Son curriculum vitae est pour le moins inhabituel. « C’est que cet homme, discret, est énarque. Oui, diplômé de la prestigieuse Ecole nationale d’administration (ENA) dont sont issues les plus fines lames de la politique française. On serait tenté de l’encourager à mieux utiliser les connaissances qu’il a acquises là-bas après avoir dégoté, en Belgique, un diplôme d’ingénieur civil, puis ingénieur en gestion industrielle, puis une licence en sciences politiques. » Francis Van de Woestyne, qui présente ainsi François Bellot aux lecteurs de La Libre Belgique, ne regrettera sans doute pas Jacqueline Galant.

Mais il y a deux choses que l’éditorialiste de La Libre aurait pu ajouter : la première, c’est que François Bellot, qui suit depuis longtemps le dossier du rail, a effectué un stage à la direction d’études et de recherches de la SNCF durant sa formation. La seconde, c’est qu’il a plus d’une fois dénoncé la gestion chaotique mais aussi très flamande de la SNCB (lien). Maintenant qu’il entre dans un gouvernement fédéral qui penche outrageusement du côté de la Flandre, saura-t-il rétablir un certain équilibre, de manière à ne pas léser plus encore les intérêts de la Wallonie et des travailleurs wallons ?

Le choix de la raison

Avant de laisser la parole à Thierry Bodson, Christophe Collignon et Jean-Luc Crucke, Jules Gazon, Professeur émérite, HEC Ecole de gestion de l’Université de Liège, a fait une nouvelle fois la démonstration que le choix de la France est le meilleur qui soit pour la Wallonie.

1. Depuis 2011, la Communauté française de Belgique est devenue  la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). En remplaçant l’appellation « communautaire » qui reste la référence constitutionnelle,  par la dénomination fédérale, il s’agissait non seulement de rapprocher la Wallonie et Bruxelles mais surtout d’une réponse au nationalisme flamand renforcé par le succès électoral de la N-VA en 2010.

UCL 1La réplique francophone alla même jusqu’à évoquer la menace d’un plan B, la création d’un Etat wallo-bruxellois, signifiant ainsi à la Flandre qu’en cas de scission du pays, elle ne pourrait emporter Bruxelles

Ce bref rappel historique montre bien que s’interroger sur la pertinence d’une FWB postule d’intégrer la question au devenir institutionnel de la Belgique.

2. Mais avant d’aborder l’évolution institutionnelle de la Wallonie et de Bruxelles, posons-nous la question de savoir s’il est efficace et cohérent d’adjoindre une FWB aux Régions wallonne et bruxelloise en lui transférant certaines compétences destinées à ces entités fédérées. Faut-il un gouvernement, un parlement et une administration additionnels pour gérer ces compétences dites personnalisables, comme l’enseignement, la culture, le sport, partiellement la formation et la recherche, etc ?

Je laisserai le soin à MM Bodson, Collignon et Crucke d’étayer cette réponse.  Pour ma part, j’estime que la FWB ne fait qu’ajouter à l’hypertrophie politico-administrative existante avec ses dérives budgétaires. Y substituer un organe de coordination du genre des coopérations transfrontalières de l’UE suffirait en veillant à favoriser les échanges d’expériences transrégionales.

Mais c’est au sein de chaque Région qu’il faut intensifier certaines synergies, par exemple entre enseignement, formation et recherche, des synergies qui n’ont que faire de trois gouvernements,  de trois  parlements et de trois administrations.

Des synergies dont le socle  est  l’espace régional lui-même et son histoire qui ont façonné la spécificité de chacune des deux Régions : principalement l’activité industrielle en pleine mutation en Wallonie et celle des services à Bruxelles.

Arrêtons donc les structures de gouvernance superfétatoires, stériles et très coûteuses. Un organe de concertation peut suffire au dialogue entre les Régions.

3. S’il s’agit d’être économe dans l’organisation institutionnelle, on pourrait justement me retourner l’argument et en revenir au plan B: un seul gouvernement et un seul parlement pour ce qui deviendrait un Etat wallo-bruxellois. Mais pour répondre à cette interrogation qui postule la scission de la Belgique, on ne peut soustraire à la réflexion les options indépendantistes wallonne et bruxelloise.

4. Où en sommes-nous ?

Alors que la 6e réforme de l’Etat est loin d’être achevée, la Flandre et pas seulement la N-VA, nous annonce une 7e réforme qui devrait implémenter le confédéralisme. L’idée sous-jacente des Flamands, mais tous ne le diront pas de cette façon,  est de rompre le lien solidaire entre la Flandre et la Wallonie en vidant l’Etat fédéral de toutes ses compétences pour les transférer aux Régions et ainsi mettre fin à ce que l’on appelle les transferts Nord-Sud. En effet, l’origine de ces transferts  de la Flandre vers la Wallonie et accessoirement vers Bruxelles se loge dans le déficit wallon. Pas seulement celui  des comptes de la Région wallonne mais surtout celui qui ressortit à la Wallonie au niveau des recettes et dépenses de l’entité fédérale. C’est à ce niveau,  notamment pour ce qui concerne la Sécurité sociale, que se localise le déficit gigantesque imputable à la Wallonie. Les chiffres qui suivent me permettent de conclure qu’une Wallonie autonome n’est aujourd’hui pas soutenable au plan des finances publiques.

Ainsi, sous l’hypothèse du confédéralisme tel qu’évoqué qui équivaut au plan budgétaire à la scission du pays, en supposant un partage de la dette publique belge entre les Régions au prorata du PIB, critère favorable à la Wallonie mais défavorable à Bruxelles, en 2012 les déficits  auraient été :

  • de plus de 11 Mias d’euros pour une Wallonie autonome, soit plus de 12% de son PIB avoisinant dès lors les 25% de ses dépenses publiques
  • de plus de 3 Mia pour la Région bruxelloise autonome, soit plus de 4,5% de son PIB et environ 10% des ses dépenses publiques

Le hasard des chiffres montre qu’une Wallonie autonome présenterait un déficit public par rapport au PIB supérieur à celui de la Grèce en 2009. Dès lors, on sait ce qu’il doit en advenir : un scénario infernal à la grecque.

On ne pourrait trop espérer un redressement par une augmentation des impôts qui sont déjà très élevés par rapport aux autres pays de la zone Euro. Tout en s’attaquant aux positions fiscales privilégiées, ce  redressement impliquerait une réduction drastique de l’ordre de 25% de la masse salariale de la fonction publique, du financement de la santé publique,  des allocations de chômage avec une révision substantielle à la baisse des pensions de retraite. L’effort imposé à tous les Wallons et peut-être aux Bruxellois serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel.

Ainsi, dès aujourd’hui parce que depuis hier, une obligation morale s’impose à tous et au monde politique en particulier. Il faut mettre fin au financement de nos dépenses courantes par l’emprunt car, ce faisant, on reporte l’effort du redressement sur nos enfants et nos petits-enfants.

Un changement, une révolution de la gouvernance qui paraît inaccessible mais un défi que l’on ne peut taire. Occulter la vérité des chiffres est une faute qui entrave l’anticipation d’une solution au problème. L’histoire de notre Région saura désigner les responsables, sachant que tous les Wallons le seront à des degrés divers.

Vous aurez compris que l’effort qui s’impose va bien au-delà de ce que le gouvernement fédéral et le gouvernement wallon nous demandent aujourd’hui.

Au final, le bien-être des Wallons et des Bruxellois nous astreint à une réduction drastique de l’hypertrophie politico-administrative et de ses dérives clientélistes. La suppression de la FWB s’inscrirait dans ce sens.

5. Quelles sont les options institutionnelles possibles ?

1ere option : la continuité de la Belgique

La continuité de la Belgique fédérale ne peut subsister que si, au sein de l’entité fédérale, la Flandre continue de garantir le lien solidaire interrégional. Mais ceci postule qu’elle se prive de son boni budgétaire (7,5 mias en 2012) pour renflouer au niveau de l’Etat fédéral le déficit gigantesque imputable à la Wallonie. Or le confédéralisme annoncé et voulu par la Flandre a précisément pour but de rompre la solidarité interrégionale en réduisant la Belgique à un Etat formel, une coquille quasi vide, un nabot sous tutelle flamande, condamné à s’évanouir peu à peu pour disparaître totalement. 

Une alternative peut-être si les idées de la gauche nationaliste flamande proposées par le groupe VLINKS, devaient se concrétiser. Il s’agirait  d’aboutir à un confédéralisme, à une Belgique formelle au sein de laquelle la Wallonie et la Flandre (emportant Bruxelles peut-être sous statut spécial) seraient indépendantes. La Flandre et la Wallonie concluraient un accord financier du type du plan Marshal d’après guerre. Il s’agirait d’une injection d’argent flamand égale aux transferts actuels pour stimuler les investissements  et résorber le déficit chronique de la Wallonie. La Flandre pourrait aussi apporter sa caution partielle pour le remboursement de la dette wallonne.

Si la proposition de VLINKS devait être retenue, la Belgique survivrait dans un cadre confédéral sous tutelle flamande dans un premier temps.  A ma connaissance, il n’y a pas eu de réaction officielle des partis politiques à cette proposition.

Deuxième option : Un Etat wallo-bruxellois

Un Etat wallo-bruxellois présente au plan des finances publiques une situation moins dramatique que celle d’une Wallonie autonome, tout en restant  périlleuse. Mais, eu égard à l’importance relative des populations de Bruxelles et de la Wallonie, l’effort qui serait demandé aux Bruxellois pour résorber le déficit wallon serait insupportable.

Une telle union serait intéressante du point de vue géoéconomique; toutefois, elle n’a guère de sens au motif principal qu’elle est rejetée, selon les sondages, par une majorité importante des Bruxellois sans être prisée par les Wallons. Inutile de s’unir pour se désunir aussitôt.

De plus, un Etat wallo-bruxellois se heurterait à l’opposition flamande qui considère que Bruxelles, capitale de la Flandre, en fait évidemment partie.

Pour le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui, l’impossibilité d’un Etat wallo-bruxellois met à néant l’argument qui consisterait à faire de la FWB sa préfiguration  institutionnelle.

Troisième option possible : l’indépendance de Bruxelles et l’indépendance de la Wallonie

Indépendance de Bruxelles

Aujourd’hui les besoins de financement primaire de la Région bruxelloise restent importants, mais Bruxelles recèle d’atouts économiques remarquables et bénéficie d’une situation géographique enviable et d’un potentiel dont témoigne son PIB/habitant, un des plus élevés des Régions de l’UE, ce qui devrait lui permettre d’affronter l’autonomie institutionnelle. Bruxelles pourrait devenir une Cité-Etat.

Mais la Flandre ne renoncera pas à Bruxelles, à moins que ce renoncement ne soit le prix de son indépendance !

Indépendance de la Wallonie

Une Wallonie indépendante serait aujourd’hui en cessation virtuelle de paiement. Cette option n’est pas soutenable, sauf à avoir redressé préalablement les finances publiques. Affronter un scénario à la grecque et un appauvrissement considérable des Wallons engendrerait l’insurrection voire l’éclatement de la Wallonie. Car je ne crois pas les Wallons capables de s’unir pour faire face à un tel destin parce qu’il n’y a pas de véritable nation wallonne, même si progressivement l’identité wallonne se construit.

La Wallonie souffre de deux faiblesses substantielles, l’une d’ordre interne qui tient à l’espace wallon lui-même et l’autre d’ordre externe qui tient à la France.

En raison de particularismes hérités de son passé historique, politique et économique, la Wallonie est multipolaire. Aucune ville wallonne ne peut prétendre au rôle de métropole à la fois politique, économique et culturelle reconnue par l’ensemble des Wallons.

Mais avant tout, malgré un millénaire de séparation d’avec la France, les marqueurs identitaires de la Wallonie sont français. Comme la France, la Wallonie a des racines gauloises, romaines et franques auxquelles il faut ajouter un même référentiel de valeurs, héritées tant  du siècle des lumières (liberté, égalité, laïcité) que de la religion catholique.

L’union de la Wallonie à la France

Dès lors qu’un Etat wallobruxellois s’avère irréalisable, que Bruxelles pourrait devenir une cité-état,  l’union de la Wallonie à la France s’avère la seule solution capable de doter la Wallonie du temps nécessaire à son redressement. Dans l’effort certes, mais tenable non seulement parce que pouvant se répartir sur une longue durée mais surtout parce qu’en France augmentée de la Wallonie, l’effet d’échelle rendrait le déficit et la dette wallonne supportables par rapport au PIB. En effet, le PIB de la France « augmentée » de la Wallonie serait égal à 24 fois le PIB wallon. L’amplitude des effets en termes de déficit public et de dette publique par rapport au PIB serait divisée par 24. Elle serait marginale.

L’union de la Wallonie à la France ne pourrait se limiter à une simple association. Elle  postule nécessairement une intégration fusionnant les systèmes sociaux tout en autorisant si telle est la volonté des parties une relative autonomie wallonne au sein de la France. Voir Jacques Lenain  (www.belgique-francaise.fr), proposition reprise par l’Alliance Wallonie France (AWF), son président Paul Durieux et son Conseil général et par d’autres comme Jules Gheude, Paul-Henry Gendebien ayant porté l’idée d’une fusion totale.

Pour conclure, la suppression de la FWB est souhaitable pour des raisons d’efficacité et budgétaires mais aussi parce qu’elle ne peut préfigurer l’évolution institutionnelle de la Belgique et de ses Régions.

Bruxelles trouverait son bonheur en devenant une cité-état et la Wallonie en intégrant la France qui ne sera pas indifférente à voir sa population et son territoire augmenter, de surcroit pacifiquement,  et ainsi accroitre son poids dans le concert des nations. De plus, en tant que guide naturel de la francophonie internationale, la France ne peut, au risque de perdre toute crédibilité, se désintéresser de la Région francophone qui lui est la plus proche par la géographie et par l’histoire.

Mais au demeurant, il faut savoir raison garder, la France ne sera pas le remède à tous nos maux ! La préférence de l’union à la France par rapport à l’indépendance wallonne doit être un choix de raison à défaut d’être celui du cœur même si pour les réunionistes, ce choix sera bien sûr aussi celui du cœur.

Le débat sur la suppression de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Le 21 mars dernier, Thierry Bodson, Christophe Collignon et Jean-Luc Crucke ont débattu avec nous de l’avenir de la Wallonie. Ils sont des partisans déclarés de la suppression de la fédération Wallonie-Bruxelles au profit des régions wallonne et bruxelloise. Ils ne poussent pas l’audace jusqu’à envisager ouvertement l’hypothèse d’une réunion de la Wallonie à la France. Sur ce point, c’est à l’AWF qu’il appartient d’apporter au débat, des éléments cruciaux dont le discours politique hésite encore à se saisir.

Nous publions ici le discours que Paul Durieux, président de l’AWF, a prononcé en ouverture de cette soirée consacrée à l’avenir de la Wallonie. L’intervention de Jules Gazon, économiste, professeur émérite de l’ULG, sera publiée demain.

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Mesdames, Messieurs, le rôle agréable de vous remercier de nous avoir rejoints ce soir  m’appartient comme président de l’AWF. Mais je voudrais aussi et surtout remercier les orateurs ainsi que le modérateur  qui nous ont fait l’honneur de répondre positivement à  notre invitation et enfin remercier les membres de l’Alliance qui ont travaillé à l’organisation de cette soirée.    

Pour beaucoup d’entre vous, je suppose que l’existence de l’AWF est une découverte. Permettez dès lors que je vous entretienne un instant de la genèse de notre mouvement, de ce que nous sommes et des objectifs que nous poursuivons.

Notre Alliance s’est créée dans la foulée du colloque organisé  de main de maître le 02 avril 2011 par le professeur Jules Gazon sous l’égide du Cercle Condorcet et de l’Université de Liège. Pendant deux ans et malgré de fortes pressions, nous nous sommes réunis de façon informelle pour réfléchir à la meilleure façon de donner une suite structurelle au thème  « l’après-Belgique ? » qu’avaient développé  d’éminents professeurs d’université (Eric Defoort, Eric David, Michel Mignolet, Philippe Van Parijs, Nicolas Thirion).

Paul DurieuxEn mai 2013 naissait l’AWF lors de sa première A.G. Nous sommes donc  un jeune mouvement qui ne cesse de se développer. Nous voulons insister sur le fait que nous ne sommes pas un parti politique. Il suffit de lire sur notre site les noms des personnes qui nous parrainent pour comprendre que nous regroupons des membres de tous les partis politiques démocratiques wallons, à l’exclusion de l’extrême droite (nos statuts nous protègent à cet égard) et de l’extrême gauche belgicaine qui raisonne toujours en terme de Belgique de grand-papa. Mais notre mouvement s’adresse aussi et surtout à des citoyens non encartés soucieux de l’avenir de la Wallonie.

Nous nous sentons les héritiers du Congrès wallon de 1945 qui, comme l’a très bien rappelé M. Philippe Destatte, Directeur général de l’Institut Jules Destrée  a été un véritable coup de semonce pour l’état belge. Les professeurs d’histoire feraient bien d’enseigner à leurs élèves ce que fut ce Congrès et de se référer pour cela à l’excellent livre du professeur de l’ULG Philippe Raxhon.

Toute prise de position qui force au débat nous intéresse. Il en va ainsi des déclarations de Ms Jeholet et Crucke, députés wallons MR, de Ms Collignon, Dermagne et Martin, députés wallons PS et de M. Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne. Voir des élus de droite et de gauche ainsi qu’un responsable syndical se rejoindre au-delà de leurs divergences sur la suppression de la fédération Wallonie-Bruxelles au profit d’une Belgique  à 3 voire 4 régions, nous a interpellés.

Nous sommes persuadés que régionalistes, autonomistes et réunionistes wallons ont un chemin à parcourir ensemble au plus grand profit de la Wallonie, mais aussi de nos amis de la Région de Bruxelles.

  1. Le régionalisme nous permettrait de réaliser des économies d’échelle  importantes et de réduire l’hypertrophie politico-administrative de nos deux régions.
  2. Le régionalisme  permettrait d’obtenir une politique de l’enseignement adaptée aux besoins de la société wallonne.
  3. Le régionalisme nous permettrait de promouvoir une politique culturelle étouffée aujourd’hui par le poids de Bruxelles dans la fédération qui nous unit.
  4. Le régionalisme serait également profitable pour nos amis bruxellois parce qu’il permettrait à la région wallonne d’être solidaire de la région de Bruxelles dans son affirmation de région à part entière jouissant des mêmes droits que les autres régions belges, ce que contestent de nombreux leaders flamands malgré le statut accordé à la Région de Bruxelles dans la Constitution belge.

Régionalistes wallons en France demain et citoyens français à 100 % attachés oh combien aux Valeurs de la République (Liberté, Egalité,  Fraternité), sans oublier la laïcité que les événements douloureux de 2015 ont remis en lumière, il est naturel que nous soyons aujourd’hui en Belgique aux côtés des régionalistes.

Le moment de voir le projet de notre mouvement citoyen entrer dans le débat sur l’avenir de la Wallonie est arrivé. Ce projet a pour nom l’intégration-autonomie. Vous en recevrez un condensé écrit après notre conférence-débat.

Elaboré par Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui jeune retraité, il vient d’être avalisé par M. Didier MAUS, constitutionnaliste français et européen unanimement reconnu. Il prévoit l’introduction dans la constitution française d’un article spécialement conçu  pour répondre aux besoins de la société wallonne. Le contenu de cet article sera négocié par les gouvernements français et wallon.  

L’heure du choix va s’offrir à nous : ou nous suivrons la Flandre qui nous imposera sa volonté et son modèle de société à l’anglo-saxonne ou nous entamerons dès à présent des accords de coopération dans toutes les compétences régionales wallonnes avec la République française, ce qui nous permettra d’envisager d’énormes économies d’échelle. Il y va du modèle de société auquel nous tenons.

Je terminerai en citant trois déclarations de  personnalités qui nous sont proches :

L’une est de Robert Collignon qui nous dit :

« La Wallonie est reconnue pour son excellence. Nous sommes un district européen créatif. Il n’y a plus qu’à y croire en oubliant l’adhésion à un pays moribond, en proclamant notre appartenance à la culture française, celle des Droits de l’Homme, en cherchant avec et au sein de la République une union respectant nos particularités, notre passé et en nous débarrassant de tout complexe. » 

L’autre est de Pierre Hazette : je cite

« Une alliance étroite avec la République française s’impose à nous, quel que soit notre attachement à une Belgique que d’aucuns continueront à saboter, jusqu’à la faire disparaître. Dès à présent, nous devons proposer des accords de coopération au seul partenaire naturel qui nous permettra des économies d’échelle. »

La troisième est de Philippe Destatte : je cite

« En tant que Wallonnes et Wallons, nous avons le devoir d’être aux côtés de la France, de l’aider à voir clair en elle-même et d’appuyer celles et ceux – de droite, du centre ou de gauche – nous permettant  de renouer avec une certaine idée de la France. »

Ces trois déclarations s’intègrent parfaitement dans notre projet d’intégration-autonomie de la Wallonie dans la République, projet que nous allons propager dans les semaines et mois qui viennent.

Je vous remercie pour l’attention que vous avez bien voulu m’accorder et cède bien volontiers  la parole à M. Robert Neys, modérateur de cette soirée.

Paul Durieux, Président de l’AWF

François Perin, florilège

Pierre Hazette attire notre attention sur un ouvrage  : le dictionnaire de l’imagination créatrice. Nous partageons ce qu’il nous en dit : « Ce travail remarquable mérite une diffusion aussi large que possible en Wallonie. Voilà du grain à moudre. »

Nous en proposons ici un aperçu et nous invitons nos lecteurs à poursuivre leur lecture en cliquant sur le lien suivant : François Perin ou le triomphe de la lucidité et de l’imagination créatrice.

FRANÇOIS PERIN 

    Dictionnaire de l’imagination créatrice

Textes rassemblés par Jules Gheude

Perin

« Je ne suis pas dans les nuages de l’abstraction, ma théorie s’inscrit dans le réel vivant. » (Face à la presse, émission télévisée RTBF, 30 mars 1980)

Avant-Propos

Sous ses diverses casquettes – professeur d’université, homme politique, chroniqueur, essayiste et dramaturge -, François Perin (1921-2013) ne cessa d’être un agitateur d’idées.

Ayant perçu, dès l’adolescence, la Belgique comme bâtarde et médiocre, il mit toute son énergie à la réformer de façon à ce qu’elle puisse mieux refléter la réalité des divers peuples qui la composent. Il joua ainsi un rôle majeur dans l’instauration du fédéralisme. Mais, très vite, il réalisa que celui-ci  ne pouvait satisfaire l’appétit d’un courant nationaliste flamand de plus en plus influent.

Le 26 mars 1980, il démissionna spectaculairement de sa fonction de sénateur, considérant ne plus pouvoir rester parlementaire d’un Etat qui  n’existait plus. La Flandre s’était bel et bien érigée en Nation, compromettant, de facto, la survie du Royaume de Belgique.

Il prit alors la plume pour préparer les esprits francophones à cette après-Belgique, qui, à ses yeux, s’avérait désormais inéluctable.

A travers divers essais et de nombreuses chroniques, il s’employa aussi à désenrayer la démocratie en nous livrant les recettes permettant d’accéder à une société à la fois plus solide et plus libre.

Sa chasse aux mythes, aux dogmes, aux conservatismes fut sans relâche. Avec une imagination créatrice et une clairvoyance hors du commun, il nous indiqua la voie à suivre pour atteindre un nouvel humanisme, dégagé des gangues du christianisme et du rationalisme.

L’athée qu’il fut ne l’empêcha pas d’être passionné par les grands mystiques, ainsi que par la philosophie bouddhiste. Le XXIe siècle, il l’envisageait comme une nouvelle Grèce pacifiée, libérée de toute agitation vaine et empreinte de sagesse méditative.

François Perin fut en avance sur son temps. L’actualité tourmentée nous en apporte la preuve évidente.

Jules Gheude

ABSTRACTION 

« Souveraineté nationale, volonté générale, démocratie, citoyenneté, liberté, droits de l’homme, tout notre langage juridico-politique est submergé d’abstractions. L’histoire des deux derniers siècles a montré qu’elles n’étaient pas inoffensives. L’abstraction est le vêtement qui sert d’alibi aux pouvoirs réels : au XIXe siècle, les élus de la bourgeoisie prétendaient sans vergogne légiférer au nom de la nation ; au XXe siècle, les gouvernements sont faits et défaits par des oligarchies de partis, au nom du peuple souverain. C’est sous le même masque de la légitimité populaire que s’imposent les régimes fascistes et communistes. » (Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, Ed. Rossel, Bruxelles, 1981)

ARGENT

« (…) les libéraux, qui se sont tant méfiés des Princes et des Etats, en brandissant contre eux la liberté, ont trop souvent oublié que sans les deux autres termes de leur trilogie, sans l’égalité et la fraternité, la liberté débouchait sur la jungle et sur l’écrasement des uns par les autres. A force de se méfier à juste titre de l’Etat, ils ne se sont pas méfiés de l’argent jusqu’à ce que celui-ci les conquière et étouffe leur passion première pour la libération de l’homme. » (Lettre ouverte aux membres du Rassemblement Wallon, Forces Wallonnes, 13 mars 1971)

BELGIQUE

« La Belgique est un pays d’entre-deux, née des accidents de l’histoire et composée de territoires divers qui n’ont pu être ni hollandais ni français. » (La Belgique au défi, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« L’histoire des divers territoires qui finirent par former la Belgique montre à quel point les peuples ont été étrangers à leur propre destin. Ces territoires et les populations qui y vivaient ont été, de siècle en siècle, ballotés du pouvoir d’un prince à celui d’un autre (…).

« En Belgique plus qu’ailleurs encore, l’histoire comme science objective dégagée de toute déformation opportuniste, permet d’opérer une totale démystification de l’Etat. Des historiens trop ‘officiels’ et les manuels scolaires ont tendance, consciemment ou non, à projeter artificiellement dans le passé le plus lointain, une réalité étatique essentiellement relative, contingente et éphémère. (…)

« Pour les manuels scolaires, l’histoire de Belgique commence avant Jules César ! D’autres projettent rétroactivement l’Etat belge et la voient naître, sinon avec la Lotharingie, du moins avec les ducs de Bourgogne. Tout cela est absurde et ne correspond qu’à des fictions, des rêves ou des besoins de justification.

« En vérité, et très modestement, l’histoire de Belgique commence, presque par accident, par un compromis entre la volonté des grandes puissances européennes et la volonté de ceux qui se jettèrent dans l’émeute : en septembre 1830. »

(La Belgique au défi – Flamands et Wallons à la recherche d’un Etat, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« La Flandre est devenue un Etat dans l’Etat. (…)

« Si aucune révision constitutionnelle n’intervient à temps, l’éclatement du pays pourrait  se solder par des institutions centrales très simples : des délégations des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs. (…) Les trois parties gardent la plénitude leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une forme de confédération centrifuge. »

(Le Défi belge – Flamands et Wallons à la recherche d’un Etat, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« Après avoir entendu toutes les déclarations qui ont été faites ces derniers temps et particulièrement au cours du présent débat, après avoir vu, échec après échec, tous les événements de ces dernières années, je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre État. Il est difficile de rester parlementaire d’un État auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation – selon les termes de la Constitution – qui n’existe plus. Je remets ce jour ma démission de sénateur au président de cette assemblée.

« Mon motif est simple et triple. La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. Le premier mal, je l’ai dit antérieurement, est le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non. Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée, souvent sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature, mais très douée pour la boulimie, avec laquelle elle investit l’État en jouant des coudes, affaiblissant son autorité, provoquant parfois le mépris public. Le troisième mal, irréversible et incurable, c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toutes natures – des médecins aux syndicats traditionnels – intraitables et égoïstes, irresponsables, négativistes et destructeurs finalement de toute capacité de l’État de réformer quoi que ce soit en profondeur.

« Et il n’y a rien, ni homme, ni mouvement d’opinion, pour remettre tout cela à sa place et dégager l’autorité de l’État au nom d’un esprit collectif que l’on appelle ordinairement la nation, parce que, dans ce pays, il n’existe plus de nation. Voici, Monsieur le Président, ma démission de sénateur. Je reprendrai, en conséquence, en solitaire, le chemin difficile des vérités insupportables. Adieu. »

(Sénat, 26 mars 1980)

« Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver : les Wallons et les Bruxellois vont se retrouver assez bêtement belges tout seuls. Après d’éventuelles élections qui n’auront qu’exacerbé le malaise dû à une crise financière et économique insoluble, le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par ‘implosion’.

« Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. (…)

« Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d’entre eux qui se battrait pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c’est la résoudre. Les Wallons pourraient se retrouver indépendants à leur corps défendant ; contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée, devenant eux-mêmes les débiteurs de leurs fameux droits acquis. (…)

« La seule nationalité à laquelle les Wallons pourraient facilement s’assimiler après que la nationalité belge leur eut claqué entre les mains, est la nationalité française (…). Encore faudrait-il nettoyer seuls nos écuries auparavant, car la France n’est pas demanderesse et n’a aucune envie de prendre des fouis en charge. Les Wallons sont en face d’un drame avec lequel ils ne pourront louvoyer : ils devront apprendre durement la leçon des réalités. Ils pourront toujours faire la grève contre eux-mêmes, comme le serpent se mord la queue.

« Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ? Au contraire, la Belgique est un partenaire si peu fiable que nos alliés ne seraient peut-être pas fâchés de la voir, disparaître. (…)

« En 1830, le sort de la Belgique a été, après les journées révolutionnaires de septembre, joué sur le plan international. Il pourrait en être de même de sa probable ‘implosion’. »

(La Meuse, 28 avril 1981)

« Le compromis diplomatique franco-anglais de 1831 donna naissance à la Belgique, c’est-à-dire à un petit Etat francophone bâti sur le modèle du Royaume de France de Louis-Philippe. La bourgeoisie, qui avait tout pouvoir, l’accepta. Elle était linguistiquement homogène. Gravement compromises un siècle et demi plus tard par l’irréversible poussée du sentiment national flamand, les chances de survie de ce petit royaume sont douteuses. Les Flamands se sont forgé un sentiment collectif puissant de génération en génération, par la voie d’une émancipation culturelle, linguistique, politique et sociale, au milieu de péripéties pénibles et de sentiments ambigus ou contradictoires. » (Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, Ed. Rossel, Bruxelles, 1981)

« Il n’y a pas de place dans ce petit royaume pour deux nations : la belge et la flamande.

« La contestation obstinée et souvent virulente de cette dernière finira-t-elle par avoir raison de la première ?

« A leur corps défendant, les Belges d’expression française seront-ils acculés tôt ou tard à rechercher une nationalité de rechange ? »

(Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, Ed. Rossel, Bruxelles, 1981)

« A défaut d’une Nation, était-elle-même un Etat ? Elle m’apparaissait comme un ensemble d’administrations gérée en indivision par leurs vrais propriétaires : les partis et les organisations sociales diverses, qui s’y taillaient des zones d’influence. Les réalistes de tous les partis s’installaient au sein de ce système, pour y défendre les intérêts de leurs mandants. Chaque parti n’avait d’autre patrie que lui-même et d’autre souveraineté de référence que son propre corps électoral.

« La Nation belge n’avait été qu’une fiction du XIXe siècle, résultant de l’équilibre européen post-napoléonien. Son homogénéité ancienne se fondait sur la bourgeoisie, c’est-à-dire sur 2% de la population.

« La démocratie fondée sur la liberté et sur le suffrage universel allaient défaire fatalement cette Nation artificielle, soutenue par la seule bourgeoisie du siècle passé. »

(Histoire d’une nation introuvable, Ed. Paul Legrain, Bruxelles, 1988)

« Un Etat ne peut tenir comme cela, et la Belgique se démantèle tout doucement faisant apparaître la réalité des peuples qui la composent. C’est un processus lent. Rendez-vous au XXIe siècle ! On se chamaillera encore d’ici là : les conseils des ministres servent à cela, on s’y querelle et puis on négocie. C’est un souk ! Mais c’est la définition même de la Belgique cela, pas sa perversion ! » (Le Soir, 10 mars 1986)

« Cher Ami (Ndlr : flamand), je vous le demande, puisque la démocratie fondée sur le suffrage universel a défait ce que les siècles avaient fait par la force contre nous, allons-nous nous obstiner à maintenir cet Etat qui n’est plus qu’une caricature de nation dans un climat de confusion et de chamaille perpétuelle ?  (…)

« Ne devrions-nous pas nous tourner vers les nations voisines de même langue dont nous avons été écartés par la force à des époques où les princes s’arrachaient les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats ? (Marguerite Yourcenar, L’Œuvre au noir). On nous dira : nos voisins ne veulent pas de nous et nous méprisent ! C’est hélas vrai : Vae victis. Les diplomates pratiquent l’immobilisme absolu pour éviter toute turbulence pendant la fragile construction de l’Europe unie.

« Patientons donc un peu en calmant provisoirement le jeu, en laissant faire notre Premier ministre, qui tient obstinément au ‘pôle des 3%’ (Ndlr : pour ce qui concerne le déficit budgétaire). Après, on verra où on en sera.

« Si la Belgique éclate, l’Europe préférera peut-être l’absorption des morceaux par les Etats voisins plutôt que de devoir introduire dans l’Union trois ‘Etats-confettis’ de plus. »

(Lettre ouverte à un ami flamand, dans Le Vif / L’Express, 19 juillet 1996)

« Il suffit qu’il ne soit pas possible de définir un accord gouvernemental après 2007 : les informateurs succèdent aux informateurs, les formateurs aux formateurs, mais aucun ne parvient à  une solution, le pays ne sait plus former de gouvernement fédéral. Les Flamands diront : on s’en fiche. Ils l’ont d’ailleurs dit à plusieurs reprises : c’est simple, si vous ne voulez pas accepter nos nouvelles revendications de scissions diverses, il n’y aura pas de gouvernement. Ça peut durer un mois, deux mois, six mois… Mais à un moment donné, excédés, les Flamands, parlementaires fédéraux compris, rejoindront le Vlaams Parlement et proclameront, sans tirer un coup de fusil, l’indépendance de la Flandre. Je ne dis pas que c’est cela qu’ils veulent immédiatement. Ils veulent y arriver étape par étape.

« La Région wallonne peut-elle, seule, assurer le financement de sa sécurité sociale, de sa politique de hauts salaires, etc. ? Donc, les Wallons sont acculés. Ne disposant pas de solution de rechange et n’ayant aucune envie de former une république wallonne indépendante, ils tireront sur la corde aussi longtemps qu’ils pourront. Difficle de leur donner tort, non ?

(Le Soir, 10 mai 2005)

BRUXELLES

« Lorsque Bruxelles était la capitale des Pays-Bas autrichiens au XVIIIe siècle, elle comptait environ 75.000 habitants. Ces habitants parlaient un dialecte brabançon flamand mais depuis la fin du Moyen âge, l’usage occasionnel du français y était fréquent. La Cour des ducs de Bourgogne y accrédita la langue française d’une manière permanente ; ce sera la langue des princes régnants ou de leurs représentants sous les régimes espagnol et autrichien. (…)

« Depuis des siècles, la seule langue culturelle de la ville est le français : mais cette langue n’était pratiquée que par une minorité, numériquement infime sous l’ancien régime, 30 à 35% au début du régime belge, pour la bonne raison que pendant des siècles, la culture, ou simplement l’instruction élémentaire, était l’apanage exclusif de quelques-uns. La masse de la population de Bruxelles était, comme partout ailleurs dans le monde, ignare et en grande partie analphabète. Un patois populaire n’est pas une culture.

« Quand les Flamands affirment que Bruxelles est une ville « historiquement » flamande, c’est à cet humus populaire ancien qu’ils sont bien obligés de se référer. Culturellement parlant, cela ne signifie pas grand-chose.

« De 1830 à 1930, la ‘francisation’ de Bruxelles va donc coïncider, en ce qui concerne sa population autochtone, avec l’élimination de l’analphabétisme et la généralisation de l’enseignement. (…)

« Les flamingants affirment que cette francisation s’est faite sous l’effet de la contrainte et d’une intolérable pression sociale. Cette manière de s’exprimer est le résultat de la projection de leurs sentiments actuels dans un passé qui n’aurait même pas concevoir leur état d’esprit d’aujourd’hui. (…) Ce n’est pas la culture néerlandaise qui a été persécutée – elle n’existait pas – mais c’est l’analphabétisme et le sous-développement intellectuel qui ont été pourchassés.

« Le patois flamand de Bruxelles a régressé exactement de la même manière que les patois wallons au profit de la langue de l’école : le français. Les milieux populaires se sont mis à l’étude du français de leur propre gré et dans leur propre intérêt, entraînés dans cette fièvre du savoir qui a envahi les foules à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

« La population bruxelloise n’a pas eu, comme la population flamande, le sentiment qu’elle faisait partie d’une grande communauté méconnue et qui devait lutter, pour accéder à la culture, en faveur du développement d’une langue étrangère à celle de sa propre bourgeoisie. Voilà l’hiatus profond qui sépare les Bruxellois et les Flamands et auquel les nationalistes flamands ne se résignent pas. (…)

« Si Bruxelles n’avait pas été la capitale de la Belgique, elle aurait suivi le sort de n’importe quelle ville flamande. Sa population autochtone aurait été absorbée dans la grande communauté populaire flamande du XXe siècle (…).

« Ce qui a fait l’extraordinaire expansion de Bruxelles, c’est sa  qualité de capitale du pays. »

(La Belgique au défi – Flamands et Wallons à la recherche d’un Etat, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« Bruxelles, qu’on ne peut supprimer d’une trait de plume à coups de lois linguistiques, deviendra ce qu’elle est déjà : une ville autonome à destin international, centre des institutions européennes, lieu de rencontre des hommes d’affaires, tribune publique des hommes politiques de tous les Etats d’Europe, matériellement prospère, multilingue, cosmopolite et plus apatride que jamais. (…)

« L’image de Bruxelles autonome commence à se profiler dans la conscience de ses habitants : pris entre l’impérialisme de la revanche flamingante et l’émancipation wallonne, il n’y a pour les Bruxellois d’autre porte de salut que la liberté, par l’autonomie d’une grande ville, assez prospère pour survivre à l’inévitable crise de l’Etat belge.

« Loin de la Belgique de Charles Rogier dont l’agonie est évidente et la réabsorption flamande qui est impossible, Bruxelles, ville libre dans l’Europe du Marché commun, peut subir aisément sa mutation. »

(La Belgique au défi – Flamands et Wallons à la recherche d’un Etat, Imprimerie coopérative, Huy, 1962)

« À Vienne, 1.700.000 habitants, il y a un conseil municipal et un collège. Il n’y en a pas 19 ! Mais il y a 23 arrondissements. Il faudrait donc diviser Bruxelles en autant de districts que cela est nécessaire par la voie de la déconcentration administrative. Il est clair, en effet, qu’on ne peut pas envoyer tout le monde à l’état-civil, Grand-Place !

« Mais Vienne se trouve dans un Etat fédéral. Fédéralisme très modéré et provincial : 10 provinces. Vienne est en même temps un Land et possède, à ce titre, un gouvernement régional et une assemblée législative régionale.

« Quand je suis allé à Vienne, j’ai demandé à visiter les bâtiments publics. On m’a montré la présidence de la République, le siège du conseil municipal et celui du collège des bourgmestre et échevins. Et puis j’ai demandé à voir les sièges de l’assemblée législative et de l’exécutif du Land de Vienne.

« Mais, m’a-t-on répondu, ce sont les mêmes. Les conseillers municipaux sont à la fois les conseillers du Land. Ils changent tout simplement de casquette suivant la convocation qu’ils reçoivent. Le bourgmestre, c’est le gouverneur. Quant au gouvernement du Land, c’est le collège échevinal. Voilà l’économie des moyens ! J’ai trouvé cela très ingénieux dans la ville de Mozart et de Strauss. Je voudrais bien que les Bruxellois valsent de la même façon !

« Certes, Vienne ne connaît qu’une langue. Mais je crois que l’unité de la ville qui serait en même temps la région, l’agglomération et la province permettrait de dédoubler à parité toutes les matières où les personnes sont concernées : écoles, affaires culturelles et personnalisables. Pourquoi cela troublerait-il les francophones de Bruxelles et en quoi cela lèserait-il les intérêts vitaux de la Wallonie ?

(Débat organisé par le GRECGroupe de Réflexion et d’Etudes Centriste〉, à Namur, le 15 mars 1979)

« Les Flamands disent que c’est leur capitale. Ce qui est insensé démographiquement. Ils sont obsédés : à l’étranger, lors d’expositions internationales, ils présentent des cartes géographiques où Bruxelles figure en plein dans leur territoire. Mais Bruxelles est quand même en grande partie francophone et composée d’immigrés. Alors quoi ? Les Flamands ne vont quand même pas faire donner la troupe ! Bruxelles est une ville internationale. Point. Les Bruxellois, d’ailleurs, sont francophones mais francophobes. Je souhaite donc le scénario suivant : la proclamation d’indépendance de la Flandre, une négociation pacifique de la séparation et du sort de Bruxelles, et la Wallonie en France. C’est mon opinion. On va hurler ! Mais enfin… » (Le Soir, 6 août 2011)

CONFEDERALISME

« Si la nation belge m’apparaît inexistante, j’ai assisté, par contre, à la lente éclosion de la nation flamande. Une nation qui, aujourd’hui, existe bel et bien, comme le confirme d’ailleurs le préambule de la Charte flamande, adoptée, il y a deux ans, par un Parlement flamand unanime.

« Cette évolution, les élites francophones se refusent à l’admettre. Tout se passe pour eux comme si la Belgique devait connaître une vie éternelle.

« Or, l’option confédéraliste, qu’une très large majorité flamande prône depuis 1999, n’est, comme l’a été le fédéralisme, qu’une nouvelle étape pour accéder finalement à l’autonomie complète de la Flandre. »

(Préface au livre de Jules Gheude Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique, Mon Petit Editeur, Paris, 2013)

« L’honorable » comte Lippens

KnokkeC’est la station balnéaire la plus mondaine et la plus commerçante du littoral flamand. A Knokke, on est sur les terres de la famille Lippens, anoblie après avoir transformé ce coin de nature en grand casino. Le comte Léopold Lippens dirige la commune depuis bientôt quarante ans et il veille à y maintenir « une qualité de vie exceptionnelle… la meilleure que l’on puisse trouver de Biarritz à la Suède sur le côté nord de l’Europe ».

Il tient tellement à ce qu’on y respire la classe qu’il en perd souvent la sienne, le papy Lippens. Ainsi, quand des migrants chassés de Calais ont fait mouvement vers le port de Zeebrugge,  à côté de Knokke, Monsieur le Comte n’a pas caché sa peu vertueuse indignation : « Qu’on fasse un camp comme à Guantanamo… Sans les torturer. Et qu’on les renvoie dans leur pays ». Cette déclaration tout à trac n’est pas passée inaperçue.

Ce qui a moins retenu l’attention, ce sont les propos du comte à l’encontre de la France : « Les Français sont dégoûtants comme d’habitude, ils renvoient tous leurs réfugiés, ils ferment Calais parce que le Front national a gagné. Ils ont peur des répercussions politiques et ils envoient les gens par bus en Belgique. Mais ça suffit comme plaisanterie ! Les réfugiés font des dégâts monstres aux camions. Il faut que ça cesse. S’ils viennent ici et sont illégaux, on les arrêtera. »

« Les Français sont dégoûtants comme d’habitude »… Apparemment, nul n’a réagi. Cela dépasse pourtant le manque de courtoisie. Mais les Français, qu’importe. Cela nous rappelle un peu le « Walen buiten » (Les Wallons dehors) de Leuven (Louvain) dans les années soixante, et les « Wallons c’est du caca » de certains groupes de supporters flamands jusqu’il n’y a pas si longtemps. Wallons, Français outragés, quelle importance ? Le Wallon n’est-il pas un Français qui s’ignore ?

Faisons par ailleurs remarquer à Monsieur Lippens, dont le discours politique vaut bien celui du café du commerce, que le Front national n’a gagné ni aux élections départementales (zéro présidence de départements), ni aux élections régionales (zéro présidence de régions). Une fois encore, et c’est bien entendu préoccupant, c’est le camp des abstentionnistes qui a remporté les élections dans les deux cas, montrant ainsi un fort désappointement des citoyens français vis-à-vis de la politique.

A ce sujet, quelque chose est peut-être en train de se passer. Depuis quelques jours, un mouvement citoyen « Nuit Debout » rassemble des milliers de participants non seulement à Paris, mais aussi dans nombre d’autres grandes villes françaises. Ce sont les « indignés à la française » qui inspirent des rassemblements semblables à Bruxelles et sans doute bientôt en Wallonie, mais aussi dans d’autres grandes capitales européennes comme Berlin.

Rêvons un peu… Et si une autre Europe naissait à partir de ces assemblées démocratiques ?

Après le deuil, le temps des enquêtes est arrivé. La Belgique en est-elle capable ?

Après le funeste mardi 22 mars, dans un communiqué de presse, l’AWF a adressé aux membres des familles touchées par les attentats de Zaventem et ceux de la station de métro Maelbeek l’expression de son empathie la plus sincère.

Depuis, l’AWF a respecté le deuil qui s’imposait. L’Etat belge avait décrété 3 jours de deuil national. Il n’aura fallu que deux jours pour qu’un pitoyable jeu politicien vienne briser ce qui devait être sacré : la mémoire des personnes qui avaient perdu la vie.

Le CD&V Koen Geens et le N-VA Jan Jambon donnaient leur démission aussitôt refusée par le premier ministre Charles Michel. Une nouvelle preuve était donnée, si tel était besoin, que la Belgique n’est pas une nation, mais un Etat en continuelle décomposition.

La comparaison de ce qui s’était passé après les attentats du Bataclan à Paris  était flagrante. De la gauche de la gauche à la droite de la droite, la trêve avait été respectée en France. Le recueillement avait effacé le débat et les querelles politiques. Dans les villes de France, quatre millions de citoyens avaient défilé en famille et dans le silence en signe d’hommage aux victimes. C’est toute la nation française qui se retrouvait pour ce temps de la dignité. Nous, Wallons et Bruxellois de langue française participions à cet élan d’un peuple meurtri. Nous étions Paris. Nous vivions à l’unisson de nos frères français.

Après le drame bruxellois, nous avons retrouvé les mêmes élans de citoyens dignes, les mêmes dépôts de fleurs, mais des autorités incapables de fédérer l’ensemble des Belges. Toute proportion d’échelle gardée, nous n’avons pas eu droit à cette communion d’une communauté nationale. La Flandre a organisé ses défilés. Bruxelles et la Wallonie ont eu droit à leurs rassemblements.

Contrairement à ce qu’affirmait FRANCE 2 sur ses antennes, nous n’avons pas assisté en Belgique à cette union des Flamands et des Wallons qu’aurait dû engendrer un tel drame.

Très vite, la liaison entre les attentats parisiens du 07 janvier 2015 et du 13 novembre 2015 ainsi que ceux du 22 mars 2016 à Zaventem et Maelbeek s’affirmait évidente.

Les médias et autorités belges acceptaient mal les reproches d’une partie des autorités françaises et parlaient de « Belgium bashing ».

La suite allait pourtant montrer que Molenbeek et les communes faisant partie du croissant bruxellois avaient bien servi de base arrière à l’organisation tant des attentats de Paris qu’à ceux de Belgique.  Dysfonctionnements des services de renseignements, manque d’échange des données, laxisme des autorités communales sous le règne de P. Moureaux, ancien bourgmestre de Molenbeek, étaient mis en évidence. Si tout n’avait pas été parfait en France, la responsabilité des services et autorités belges était écrasante.

Il appartient aujourd’hui aux enquêtes de faire toute la lumière pour remédier aux graves lacunes constatées afin d’éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Lors de son passage à l’émission télévisée « le grand échiquier » de France 2, Béatrice Delvaux, Rédactrice en chef du quotidien « Le Soir » exprimait courageusement son pessimisme  dans la capacité de la Belgique de s’atteler au problème du djihadisme alors que le pays n’est même pas capable d’apporter une solution au problème communautaire belgo-belge qui ne cesse de le ronger.

Il est difficile d’être plus clair !

Paul D.