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Royal mépris ou manipulation flamande ?

logo-coup-de-gueuleUn coup de gueule de Michel Pieret.

Le 27 septembre dernier (2013), le nouveau roi des Belges a fait ce qu’on appelle sa « joyeuse entrée » à Anvers.

Coïncidence de date s’est contentée de dire la presse de langue française…

Quels auraient été les commentaires et réactions si ce même roi avait fait sa joyeuse entrée dans une ville wallonne le jour de la fête de la Communauté flamande ?

Doit-on voir déjà dans ce mépris de la Communauté française de Belgique la marque de Monsieur Van Daele, le chef de cabinet flamand du nouveau roi, ou un choix royal personnel ?

Le ridicule ne tue pas

L’article a l’avantage d’être très court mais son contenu est lourd de sens : il faut à tout prix greffer dans les cerveaux le noir-jaune-rouge. Dans cet Etat, il n’y a plus de citoyens, mais seulement des sujets de multiples majestés. J’apprécie à sa juste valeur le « etc… ».

Combien de maisons communales flamandes, par exemple, vont suivre cet arrêté royal approuvé par le conseil des ministres ?

Bientôt, dans un article qui sera un peu plus long, nous pourrons tirer le bilan des « joyeuses entrées » de Philippe et Mathilde dans les différentes provinces du royaume.

Paul D.

Les couleurs nationales pour les anniversaires de Philippe et Mathilde

joyeuse entréeLes bâtiments publics devront arborer le drapeau belge à trois nouvelles occasions: l’anniversaire du roi Philippe, l’anniversaire de la reine Mathilde et l’anniversaire de mariage du couple royal en vertu d’un arrêté royal approuvé vendredi par le conseil des ministres.

Le conseil a ajouté les trois dates -20 janvier, 15 avril, 4 décembre- à l’arrêté royal du 5 juillet 1974 sur le pavoisement des édifices publics. La liste reprend désormais 18 dates: fête nationale, hommage aux militaires belges décédés lors de missions de paix, armistice, fête du roi, anniversaire d’Albert II, de Fabiola et de Paola, etc.

(Information donnée par l’agence Belga et publiée sur le site du Vif/L’Express.)

François Perin : un visionnaire avec une conscience, une intelligence et un courage exemplaires

François Perin - 2« Ses raisonnements sont comme des bonbons acidulés : ils piquent mais font follement plaisir. François Perin est unique, irremplaçable ».

Ainsi s’exprimait Isabelle Philippon, esprit libre et éclairé, ancienne rédactrice en chef du « Vif-L’express ».

En parcourant la presse, les blogs, en écoutant radio et journaux télévisés, j’ai relevé de nombreux lieux communs, approximations ou inexactitudes pour parler d’un géant du mouvement wallon qui aura marqué de sa personnalité la vie politique belge de la seconde moitié du XXème siècle.

François Perin est l’Homme qui m’ inocula le virus de la politique en 1965 lorsqu’il présenta le P.W.T. (Parti wallon des travailleurs), qu’il avait créé un an plus tôt, aux élections législatives. Je garde le souvenir des meetings qu’il tint dans les arrières salles de petits bistrots surchauffés. Je n’avais d’yeux que pour ce tribun qui enthousiasmait son public mais qui devait aussi faire face à de virulents contradicteurs qu’il envoyait dans les cordes avec une verve sublime. Lui, le jeune professeur de droit constitutionnel à l’université de Liège, n’hésite pas à descendre dans la rue seul ou avec quelques courageux pour coller les  affiches de notre parti qui avait hérité du n° 1. Un jour, un militant socialiste n’hésite pas à lui verser son seau de colle sur la tête. Eh oui, à l’époque, on ne fait pas dans la dentelle et les sorties électorales nocturnes deviennent parfois de véritables champs de bataille…

Le courage de François Perin est récompensé puisqu’il est élu à Liège tandis que Robert Moreau devient député à Charleroi sur une liste dénommée « Front wallon ». Ensemble, ils fondent le Parti Wallon.

1968 : François Perin est de nouveau à la manœuvre et fonde le R.W. .Le « Walen buiten » (« les Wallons dehors ») de Louvain réveille les consciences.  Le social chrétien Jean Duvieusart rejoint avec ses troupes les tendances socialistes et libérales pour créer le « Rassemblement wallon » qui regroupe des députés et sénateurs issus des partis de pouvoir. Comme président de la section d’ Angleur, je participe aux réunions de l’arrondissement de Liège où je suis, parmi d’autres, les discours de mon idole. Le succès de ce nouveau parti qui rassemble de fortes personnalités est fulgurant puiqu’aux élections législatives de 1971, le R.W. devient le 2ème parti de Wallonie. Si le fédéralisme est l’épine dorsale du programme du R.W., la tendance réunioniste, dont je fais partie, existe déjà à cette époque. François Perin voit cette émergence d’un œil bienveillant même s’ il nous assène que ce combat n’est pas encore d’actualité.

Le succès de 71 aiguise les appétits. Le parti gagne en nombre de membres ce qu’il perd en idéal.

Les élections fédérales de 74 voient une nouvelle victoire du R.W. en Wallonie et du F.D.F. à Bruxelles. Suite à un remaniement ministériel, le R.W.  entre dans le gouvernement Tindemans II et Paul-Henry Gendebien  devient président du parti. Comme ministre des réformes institutionnelles, François Perin va vivre  ses années politiques les plus pénibles. Pragmatique, il a horreur de ces nuits de négociations sans fin qui accouchent souvent d’une souris. Esprit brillant et indépendant, il exècre les compromissions à la belge. De plus, François Perin vit mal le fossé qui se creuse entre les ministres R.W. et la base des militants qui ne comprennent pas certains choix du gouvernement. Suite à un reniement de Léo Tindemans, François Perin et les ministres R.W. Gol, Knoops et Moreau démissionnent en 76. Comme militant, je vécus mal cette époque. Cette participation gouvernementale reste pour moi un souvenir pénible.

Les réunions d’arrondissement étaient devenues des foires d’empoigne où la sagesse et la voix douce du sénateur Marcel Thiry, autre réunioniste,  faisaient merveille pour ramener un peu de sérénité. Pour nous, militants, il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que les beaux jours du R.W. étaient passés. François Perin et Jean Gol négociaient avec le P.S.C. avec pour but de déconfessionnaliser ce parti. De son côté, Paul-Henry Gendebien radicalisait ses positions avec un virage très à gauche du R.W.  La rupture était inévitable. Elle survint en 76. Ma locale d’Angleur vota la motion de Gendebien et j’assistai avec douleur à la lente descente aux enfers du R.W. jusqu’en 82. De leur côté, Perin et Gol ainsi qu’une majorité d’élus R.W. fondèrent avec les libéraux le P.R.L.W. qui perdra assez rapidement son W. De 76 à 82, le R.W. ne cessera d’imploser, certains de ses élus rejoignant le parti socialiste.

En 1980, fatigué par le système belge, François Perin démissionne du parlement. Les relations avec Jean Gol se détériorent quant à l’attitude à adopter sur la question européenne. En 1985, François Perin démissionne du P.R.L.

Ramener la personnalité de François Perin à la seule sphère politique serait une erreur.

Il fut un professeur d’université particulièrement apprécié par ses étudiants. Il arrivait plus que tout autre à captiver l’attention de son auditoire.

Il fut aussi un brillant conférencier. Les thèmes de ses conférences étaient éclectiques. Il était souvent sollicité car les organisateurs savaient qu’annoncer François Perin était gage de succès. J’essayais dans la mesure du possible d’aller l’écouter le plus souvent possible. Sa voix claire et un brin rocailleuse faisait merveille. Après la conférence, il m’arriva plus d’une fois de le ramener chez lui, car François Perin refusa toujours de conduire une voiture. Ces déplacements furent chaque fois un moment de bonheur face à un esprit qui n’avait pas pris une ride. J’eus la chance d’assister à sa dernière conférence à la Maison de la Laïcité de Theux. Ce jour-là, il annonça qu’il venait de donner sa dernière conférence parce qu’il ne supportait pas que ses problèmes auditifs l’obligent à faire répéter les questions qui lui étaient posées lors du débat par l’assemblée.

Il fut également, même s’il s’en défendait, écrivain avec le célèbre « Histoire d’une nation introuvable » qui nous emmenait sur les chemins d’une Belgique qui n’a jamais été une nation. Dans son essai « Franc-parler », François Perin nous fit partager son témoignage sur la double crise des dogmes et du rationalisme. A travers cet essai, il lançait une bouteille à la mer à destination d’héritiers inconnus…

En 2006, je fus chargé de prendre contact avec l’illustre professeur afin qu’il accepte de pousser la liste du R.W.F. aux élections provinciales. Je le rencontrai à la Taverne Danoise, lieu qu’il affectionnait. Après deux heures de conversations instructives, il accepta et me lança « A mon âge, c’est une folie. Je n’oserai jamais en parler à ma famille. »

Avec l’âge, François Perin se fit plus rare, même si on le retrouva en de grandes occasions comme les Etats Généraux de Wallonie en mai 2009 initiés par Jules Gheude, biographe officiel de François Perin à qui celui-ci a confié tous les documents de sa vie politique.(*)

Lors du Colloque organisé par le Cercle Condorcet en avril 2011, il envoya un message de sympathie aux organisateurs. Il exhortait les participants à ne pas laisser tomber Bruxelles.

Par une préface, il réserva son dernier écrit au dernier ouvrage de Jules Gheude : « Lettre à un ami français ».

Je viens de voir défiler une partie de ma vie de militant wallon et réunioniste. Merci M. Perin. Votre œuvre vit encore.

A sa famille, je me permets d’adresser mes condoléances les plus sincères.

Paul D.

(*) Pour connaître tout ou presque tout de François Perin, lisez « François Perin, écrits et mémoires » sous la plume de Jules Gheude aux éditions « Quorum ».

François Perin

François Perin n’est plus. « C’est un des derniers pères historiques de la Wallonie qui nous quitte », a déclaré Rudy Demotte, attristé par la nouvelle. Avant de laisser à Jules Gheude ou à Paul Durieux le soin d’en parler plus longuement, nous publions ici, dans son intégralité, la dernière interview que François Perin a livrée au journal Le Soir. C’était il y a un peu plus de deux ans.

François Perin : « Finissons-en ! »

perinGrand témoin et ancien acteur majeur de la scène politique belge, François Perin souhaite que la Flandre proclame son indépendance, que Bruxelles s’organise en ville internationale et que la Wallonie rejoigne la France. Pour lui, il faut en finir. Par David Coppi

Jeudi après-midi, café de l’Europe, la digue, Saint-Idesbald : « Je n’ai pas choisi mais ça tombe bien : c’est une station balnéaire essentiellement pour enfants, donc les mères sont jeunes… » Grisaille, pluie fine : mer, plage et ciel ne font qu’un paysage. À la table, François Perin n’enlève ni blouson ni chapeau, il attaque…

Quand de Gaulle parle d’eux aux Wallons

François Perin nous livre, en historien, ces extraits tirés d’un ouvrage d’Alain Peyrefitte, soit une série d’entretiens avec le général de Gaulle, réalisés en 1965 et publiés en 2000, aux éditions Fallois-Fayard, sous le titre « C’était de Gaulle ».

Eclairant. Provoquant. Jugez plutôt.

« J’avais reçu (après la Seconde Guerre mondiale, NDLR) une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement à la France. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme ça que ça finira. »

« La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un Etat. Ils demandent à être intégrés au sein de la République française, dont ils ont déjà fait partie. C’est tout autre chose que, pour les Québécois, de s’émanciper de la domination anglo-saxonne. »

« Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines » (…) « Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. Pour les besoins de l’unité de la Belgique, on a raboté ce qu’ils avaient de différent. Ils en sont frustrés. »

Comme dirait le même général sous d’autres latitudes : « Je vous ai compris ! »

Les négociations doivent reprendre le 16 août. Cela vous inspire ? La Belgique continue ? Ou s’achève-t-elle ?

Sur les négociations, je n’ai pas grand-chose à dire. Demandez à Di Rupo. Interrogé à propos de la possibilité de former un gouvernement, le formateur a répondu : « Je n’en sais rien »… En ça, il était parfaitement sincère, et bien informé.

De Wever a réaffirmé, lors de la fête flamande, que la Flandre était une nation.

Et Kris Peeters, président du gouvernement flamand, demande, lui, à être reçu à l’étranger comme un chef d’Etat. Il prend de l’avance si vous voulez. Et il n’est pas N-VA, mais CVP, CD&V si vous voulez, héritier du grand et influent parti catholique flamand. Chef d’Etat…

Le problème, ce n’est donc pas tant les négociations du 16 août.

Le problème n’est pas celui, classique dans les régimes parlementaires, de la formation d’une coalition, mais de l’existence de la Belgique. On a évoqué la « nation » flamande. En face, les bons Belges, eux, qui sont surtout la masse de l’opinion publique francophone, et les hommes politiques élus par les francophones, sont accrochés à l’idée de Belgique. Le comble, c’est Francis Delpérée, qui envisage, si les Flamands devaient partir, une « Belgique résiduaire », avec tout : la Constitution, les institutions, la famille royale, le Roi… De la folie !

« Folie » ? Même la Belgique résiduaire, amputée de la Flandre, ne trouve pas grâce à vos yeux ?

Non. Il y a quelque chose que la presse et les médias ne rappellent jamais, c’est l’histoire, et c’est fondamental : en 1830, à cause de la défaite de Napoléon à Waterloo, les neuf départements du nord – par sanction – sont enlevés à l’Empire, et là, ce que l’on appellera le « congrès national belge », élu après la révolution de novembre, est le fruit du vote d’à peine 2 % de la population ! 2 % émanant de la grande bourgeoisie. C’est tout. Le suffrage universel viendra plus tard.

Vous voulez dire : il y a un vice originel.

Oui. Les gens – en particulier les bons Belges, je l’ai dit – ne se rendent pas compte. Ce n’est pas tout. La fameuse « révolution » de 1830, qu’en est-il ? Elle éclate sur une scène d’opéra, où l’on jouait La Muette de Portici. Avez-vous déjà vu la masse populaire se presser à l’opéra ? À cette époque en tout cas, seuls les bourgeois pouvaient aller à l’opéra. Ce sont eux qui se sont enflammés. La révolte, ensuite, sera celle d’une masse populaire de Bruxelles – d’une seule commune –, ce qui, d’ailleurs, fera peur à ladite bourgeoisie, qui créera alors un pouvoir qui perdurera, notamment une garde civique pour maintenir l’ordre. La voilà, notre Belgique.

 Et j’ajoute : qui intervient à l’époque pour consolider tout cela ? L’Angleterre, vainqueur, avec Wellington, de Bonaparte. En effet, que se passe-t-il ? Le congrès national désigne un roi : un collatéral des Bourbons, un prince français. Les Anglais disent « non ». Ils récusent notre candidat. En désarroi, notre ministre des Affaires étrangères se rend à Londres : « Que faire ? ». Les Anglais lui disent : « Ah !, mais c’est simple… Nous avons un prince disponible… Un certain Léopold de Saxe-Cobourg ». Un personnage que personne ne connaissait chez nous. Qui avait refusé, avant cela, d’être propulsé roi des Grecs. Le congrès national obtempère.

Pourquoi rappelez-vous tout cela ?

Parce que notre opinion publique ne sait pas que la Belgique est un artifice, à l’origine une sorte de protectorat anglais. La voilà, notre histoire ; les voilà, nos origines. On connaît la suite : avec le suffrage universel, à partir de 1919, on assistera à l’affirmation du mouvement flamand. Qui, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne.

« Gagné » quoi ?

Il a gagné de devenir une « nation », avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une « conscience nationale ». Bart De Wever est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un Etat flamand indépendant ». Et vous aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres. Chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient – sera le premier Etat à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée.

Car on en est là, selon vous ? C’est la prochaine étape pour le mouvement flamand ? Une déclaration unilatérale d’indépendance en Flandre ?

C’est, en tout cas, ce que souhaitent les principaux leaders flamands, à commencer par ceux de la N-VA, qui ont une grande influence sur les autres. Et moi, personnellement, je le souhaite aussi !

Vous souhaitez que la Flandre proclame son indépendance… Et nous, dans tout cela ? La « nation » wallonne n’existe pas, la bruxelloise moins encore…

La notion de Wallonie n’a été inventée qu’au milieu du XIXe siècle ; même si le mot « Wallon » remonte à la nuit des temps, de la racine « Wahl », germanique, qui veut dire « population romanisée » – on trouve la même racine en Suisse. Mais enfin : les Belges francophones, qui détestent le mouvement flamand ne le comprennent pas, ne connaissent pas ses origines, son fondement populaire, doivent sortir de leur aveuglement… Il n’y a pas de « drapeau belge », pas davantage, je l’ai dit, de nationalisme wallon. Il faut donc qu’ils cherchent une solution. Il n’y en a qu’une.

Laquelle ?

Il n’y a plus qu’une issue, à laquelle les politiques ne se résolvent pas : devenir une région de France, graduellement. Quel est l’intérêt de s’acharner à vouloir un gouvernement belge ? C’est que cela fournit un grand nombre d’emplois de ministres, et de cabinets ministériels. Alors, on tire sur la corde.

C’est un détail.

Pas un détail, une résistance.

Donc, Wallonie, région de France. Et Bruxelles ?

Problème. Les Flamands disent que c’est leur capitale. Ce qui est insensé démographiquement. Ils sont obsédés : à l’étranger, lors d’expositions internationales, ils présentent des cartes géographiques où Bruxelles figure en plein dans leur territoire. Mais Bruxelles est quand même en grande partie francophone et composée d’immigrés. Alors, quoi ? Les Flamands ne vont quand même pas faire donner la troupe ! Bruxelles est une ville internationale. Point. Les Bruxellois, d’ailleurs, sont francophones mais francophobes. Je souhaite donc le scénario suivant : la proclamation d’indépendance de la Flandre, une négociation pacifique de la séparation et du sort de Bruxelles, et la Wallonie en France. C’est mon opinion. On va hurler ! Mais enfin…

Pendant ce temps, Elio Di Rupo, en formateur, essaie de recomposer une coalition, de faire durer la Belgique…

C’est un Italien naturalisé, né en Belgique… Les Italiens ont un attachement spécial au pays qui les a accueillis, donné un emploi… Et puis, pour Di Rupo, comme socialiste, la Belgique, c’est la sécurité sociale, la raison d’être de la social-démocratie. On est sur un autre registre.

Admettons même qu’il réussisse à former un gouvernement. Le pays est-il sauvé pour autant ?

La N-VA ne va pas s’évanouir, le nationalisme flamand est bien ancré. Il est porté tantôt avec virulence, et haine, par certains, tantôt avec un louvoiement prudent par d’autres, mais il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

« La face obscure des nationalistes wallingants »

Le magazine Le Vif-L’Express vient de publier un mini-dossier sur la face obscure des « nationalistes » wallingants. Mini-réaction.

dark vador wallonTous égaux devant le tribunal de l’histoire. Tous coupables aux yeux de l’honnête homme attaché à la Belgique. Evidemment, ceux qui mettent en avant leur identité wallonne ne valent pas mieux que les adorateurs du lion flamand. Tandis que ceux-ci rejoignaient leurs cousins germains pendant la guerre, les résistants wallons se compromettaient avec la France. Ou alors, non, ce n’est pas aussi simple, car « le mouvement wallon a été surtout un nationalisme belgo-wallon, qui se donnait pour but de sauver la Belgique latine au mépris des droits des néerlandophones ». Et quand, au contraire, on reconnaissait la légitimité du combat flamand, c’était pour écrire qu’ « il n’y a pas de Belges mais des Wallons et des Flamands », le métissage bruxellois ne produisant que des espèces de dégénérés.

Voilà, c’est dit, le coq, passé à la moulinette, donne une soupe qui sent le racisme et l’intolérance. Tous coupables. On n’a pas fini de juger cette époque où l’exaltation du sentiment national a conduit aux délires du nazisme. Même ceux qui ont lutté contre le nazisme au péril de leur vie étaient des produits de leur temps. Pas de quoi bomber le torse et le couvrir de médailles. Oui, tous égaux devant le tribunal de l’histoire. Tous coupables aux yeux de l’honnête homme attaché à la Belgique en 2013, pour qui la mode est plus que jamais au noir-jaune-rouge. En voulant révéler « la face obscure des nationalistes wallingants » dans sa dernière édition, le magazine Le Vif/L’Express jette une ombre sur le drapeau wallon. Cela ressemble à un mauvais procès. Quand Dark Vador se cache au pays des Bisounours, il faut le démasquer, le passer au laser, lui couper les jambes et les bras.

Si le coq est tombé par terre, c’est la faute à… Demotte. Il a cru bon d’opposer un gentil nationalisme wallon, qu’il veut promouvoir, à un méchant nationalisme flamand incarné par Bart De Wever-le-démoniaque. La différence entre les deux, c’est que les gentils veulent consolider la Belgique et les méchants veulent la diviser. Au fond, le tort de Rudy Demotte, c’est de croire encore en la Belgique. Mais ses habits de super-Wallon le rendent un peu ridicule et son manichéisme attire sur lui la foudre aussi sûrement qu’un arbre isolé dans l’orage. A part les Wallons trop wallons, nul ne lui reprochera ses références à la Belgique. Encore une fois, c’est le combat wallon qui est chargé de tous les péchés.

Pourtant, le malheureux cocorico du ministre-président de la Wallonie est compréhensible. Il faut tenir compte du contexte. La Wallonie doit relever le défi de la 6e réforme de l’Etat, sans parler de ce qui pourrait advenir au lendemain des prochaines élections, dans huit mois.  La Wallonie est condamnée à exister mais les médias préfèrent entretenir le sentiment belge, au risque de l’exacerber chez certains, plutôt que de soutenir l’affirmation du fait wallon. Le visage de la Wallonie est peint en noir-jaune-rouge. Le coq en représente la « face obscure des nationalistes wallingants ». Personne ne se demande s’il ne serait pas temps de tourner la page de la Belgique.

Dark MaulEntre la réalité institutionnelle de la Wallonie et l’idée que les Wallons se font de leur identité, c’est de plus en plus le grand écart. La déchirure est prévisible. Rien de comparable en Flandre, où les réformes de l’Etat nourrissent une dynamique nationale. Il est urgent de secouer la Wallonie pour lui donner un avenir, mais rien ne se passe vraiment.  Advienne que pourra. Vive la Belgique. Le roi, la loi, la liberté. Un drapeau noir-jaune-rouge avec, pour symbole, un coq sans tête.

Pour ceux qui n’ont pas renoncé à leur tête, il reste les écrits de ces historiens, sans doute trop wallons pour être honnêtes, qui ont dénoncé la façon très partiale dont l’histoire de Belgique était enseignée avant… ou peut-être encore maintenant. Pour construire une identité nouvelle, il fallait passer par là, bien sûr. Mais nous sommes en 2013, la Belgique unitaire est devenue une fiction, la Wallonie doit prendre en main son destin et Le Vif/L’Express soupçonne l’Institut Jules Destrée d’avoir une démarche militante en travaillant sur l’histoire du Mouvement wallon. Philippe Destatte, son directeur, s’en défend (et nous savons à quel point la rigueur scientifique est pointilleuse à l’Institut Destrée), mais admettons que la mise en évidence d’un combat wallon, doublée d’une réflexion sur l’identité wallonne, constitue en soi une démarche militante… et une démarche indispensable pour s’arracher au roman national belge.

Espérons que Le Vif/L’Express a réservé de la place, dans ses prochaines éditions, pour davantage alimenter son dossier, car nous avons de la matière à lui fournir. Passons tout de suite du côté obscur de la force en citant Philippe Destatte quand, voici vingt ans, il introduit le livre La Wallonie, Terre romane, un classique écrit par l’historien Félix Rousseau.

Félix Rousseau et Léon-E. Halkin

Ecrire la Wallonie avec quelques mots simples, comme celui de liberté

(…) Dès les premiers recrutements, et donc dès 1940, Félix Rousseau fait partie duROUSSEAU Felix mouvement de résistance « La Wallonie libre ». Comme Jean Pirotte et beaucoup d’autres membres de la société historique, il a probablement été contacté au préalable par Maurice Bologne. Dans un second temps, Félix Rousseau s’efforcera, avec d’autres, de regrouper les chrétiens wallons au sein de « La Wallonie catholique » sous la double bannière de la lutte contre le nazisme et de l’autonomie de la Wallonie dans un cadre fédéral.

(…) Sous le titre La Wallonie et la France, qui occupe les colonnes du journal clandestin La Wallonie catholique du 15 décembre 1943, Félix Rousseau, membre du Comité central du mouvement, affirme sa foi en la France  – les Wallons n’existent qu’en fonction de la France, qu’ils participent à son rayonnement comme à son déclin – et sa conviction que la France reprendra parmi les nations cette place où, à l’heure présente, l’on sent tellement qu’elle manque. En effet, pour Rousseau, rejoignant ainsi la formule d’Avant-Guerre de Léon-E. Halkin : La France restera la patrie intellectuelle des Wallons, et donc les Wallons doivent s’appuyer sur la France, notre seule raison d’être au point de vue intellectuel.

C’est l’archiviste et historien qui démontre que les Wallons ont conscience d’appartenir au domaine linguistique français, et ce par la volonté de nos ancêtres car, dit Rousseau, la langue française a été adoptée librement chez nous, malgré le fait que, pendant plus d’un millénaire (depuis le Traité de Verdun) jusqu’à nos jours, à part Tournai, nos régions wallonnes n’ont été réunies à la France que pendant vingt ans (1794-1814) seulement. Ainsi, au-dessus des patois locaux, le français a fait le trait d’union entre tous les Wallons.

(…) La Wallonie est une région de langue française située en dehors des frontières politiques de la France, annonce F. Rousseau, comme le fera plus tard L. Genicot. Analysant les origines du mot « wallon » ainsi que la genèse de la frontière linguistique, F. Rousseau souligne d’emblée que la Wallonie n’a cessé d’être foncièrement latine et française de culture et d’esprit.

Bien que seul le Tournaisis ait été fief français et la totalité des autres Etats de nos régions terres d’Empire, Félix Rousseau remarque que c’est le français qui a été adopté comme langue littéraire dans nos régions pourtant exclues des frontières de la France. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et depuis sept siècles – avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie – n’ont cessé de participer à la culture française.

(…) L’histoire « officielle belge est pro-flamande, antiwallonne et partant, anti-française, constate Félix Rousseau dans un chapitre intitulé La Wallonie et l’histoire « officielle » belge. Il y critique les manuels scolaires qui consacrent leurs pages à la seule histoire des anciennes principautés flamandes. Pour F. Rousseau, les manuels adoptés … pèchent surtout par omission. Ils négligent l’importance de la Principauté de Liège et oublient que plus d’un tiers de la Wallonie n’a jamais fait partie des Pays-Bas. Sur l’attirance traditionnelle de Liège vers Paris et la fidélité de Tournai envers la France jusqu’à Charles Quint, silence complet dans nos manuels. Et Rousseau de choisir deux exemples de cette francophobie : le régime espagnol aux Pays-Bas et la domination française, ce qui lui permet de rappeler toutes les influences françaises passées sous silence jusqu’en 1831.

(…) En conclusion de sa brochure La Wallonie, Son histoire, Son avenir, Félix Rousseau estime que la situation de la Wallonie apparaît claire : en effet, depuis deux mille ans, notre terre wallonne est une terre latine et les Wallons participent… à la culture latine, principalement sous forme française. C’est le fait capital de notre histoire, qui explique nos façons de penser, de sentir, de croire (…).

La Wallonie se trouve à un tournant de son histoire. (…)

Dès à présent, nous pouvons affirmer que nous n’admettrons plus le cadre étroitement unitaire de l’Etat belge d’avant le 10 mai 1940, car c’est notre existence même qui s’en trouverait menacée.

Dans un vibrant appel à l’union des Wallons pour défendre les droits et les intérêts de tous les Wallons, où qu’ils se trouvent, et aussi la civilisation française, tant à Bruxelles qu’en Wallonie, Rousseau leur demande de se mettre d’accord sur un programme : réclamer, dès la fin de la guerre en Europe, une révision de la Constitution qui fasse de la Belgique un Etat fédéral, où Flamands et Wallons puissent vivre côte à côte, les uns comme les autres, maîtres chez  eux et maîtres de leur propre destinée.

Voilà, c’était un peu long, c’était  pendant la guerre et c’était « la face obscure des nationalistes wallingants ».

Georges R.

« Politique wallonne cherche gestion saine et démocratique »

Militant du rassemblement wallon historique, j’avais pensé qu’une fois le fédéralisme obtenu, nous aurions la joie de voir disparaître ce système détestable, héritage du système belge, de la primauté des partis politiques de pouvoir sur la démocratie. Loin de voir ce système s’évanouir ou du moins s’atténuer, nous avons assisté à une recrudescence de ce mode de gestion, un peu comme si ces politiciens assoiffés de places oh combien lucratives dans les intercommunales puisaient dans les caisses tant et plus avant que leurs consoeurs et confrères honnêtes, si, si, il en existe et j’en connais, sifflent la fin de la partie ou que les citoyens leur disent : « ASSEZ ! »

De « Formidable », Stromae pourrait chanter « Inacceptable » en donnant du contenu à une chanson qui ait du corps. Il ferait là œuvre utile, notamment auprès de notre jeunesse.

Dans l’attente d’une gestion saine de la Wallonie, nous devrons nous contenter, mercredi prochain, du discours du président du parlement wallon, Patrick Dupriez, écolo, qui aurait grand intérêt de se rappeler le discours qu’il a prononcé lors des fêtes de Wallonie et de balayer sur le trottoir de son propre parti qui, loin des fondateurs du parti écologiste, a très vite appris à jouer dans la cour des quatre partis de pouvoir.

Si tel n’était pas le cas, l’excellent article de Michel Delwiche, sur le site du « Vif » serait là pour lui rappeler .

Paul D.

Lisez plutôt ce qui suit :

Les intercommunales sur la table (de travail) des députés wallons

Patrick DupriezLes Fêtes de Wallonie jettent ce soir leurs derniers feux. Maintenant, le monde politique se remet au boulot. Mercredi, la séance de rentrée du parlement wallon sera consacrée à un débat sur les intercommunales.

Les députés wallons vont, ce mercredi, reprendre le chemin de leur Parlement avec, à l’ordre du jour, une proposition de décret visant à plus de transparence des rémunérations dans les intercommunales, déposée par les Ecolos, et ensuite un débat sur les missions et le contrôle de ces intercommunales (IC). En tâchant d’oublier, on l’espère, que la plupart d’entre eux détiennent précisément des mandats dans ces IC. Ou qu’ils y ont placé des amis qu’il fallait remercier ou consoler. Les quelque 94 IC que compte la Wallonie sont en effet administrées par des élus locaux choisis non pas en fonction de leur compétence, mais sur base de leur appartenance politique. Le cas de Tecteo, qui ne manquera pas d’être évoqué mercredi, a clairement démontré avec quelle facilité une décision pouvait leur être imposée. Charles Michel, président du MR, a d’ailleurs demandé ce week-end que Stéphane Moreau, le patron de Tecteo, vienne s’expliquer devant le Parlement wallon.

Au menu également mercredi le manque de transparence dans la gestion des IC et l’opacité qui règne sur les rémunérations que tout le monde pourtant, ministres comme parlementaires, admet qu’il faut clarifier. Mais le ministre des Pouvoirs locaux, Paul Furlan, ne parvient même pas à se faire communiquer, par les IC elles-mêmes, le montant des jetons de présence et autres avantages dont bénéficient les mandataires, alors que la confection de ce cadastre des rémunérations est pourtant imposée par décret.

Travailler plus et mieux

Le Parlement wallon ne peut pas rater ce débat. Il y va de sa crédibilité, et de celle de chacun de ses membres. Car les critiques sur le (non)fonctionnement de l’assemblée s’accumulent. La dernière en date vient de son propre président, le député Ecolo Patrick Dupriez qui, à l’occasion de la réception officielle des Fêtes de Wallonie samedi à Namur, n’y a pas été avec le dos de la cuillère. «Nous avons besoin d’un Parlement qui travaille plus, mieux et qui se dote des outils nécessaires à son action», a-t-il affirmé. Depuis le début de la législature, mi-2009, fait-il remarquer, les députés ont adressé 20.000 questions écrites aux membres du gouvernement, pour «faire du chiffre», avec parfois pour seul horizon l’élection suivante. Ce n’est pas tenable! «Travailler mieux, poursuit-il, c’est avant tout concrétiser notre engagement à débattre en allant au fond des choses avec l’exigence de contribuer à l’intérêt général.»

L’occasion sera donc donnée mercredi d’en faire la nécessaire démonstration.

C’était la fête à la Wallonie.be

fêtes de WalloniePas terrible, le bilan politique des fêtes de Wallonie. Peu crédible, Rudy Demotte qui parle, parle et ne sait pas quels mots utiliser pour mobiliser la société wallonne. Il ne sort pas des contradictions actuelles. Plaider pour un nationalisme wallon qui consoliderait la Belgique, c’est assez paradoxal. L’exaltation du sentiment belge rend impossible un vrai débat sur l’identité wallonne. Empêche une véritable prise de conscience. Il n’y a pas d’élan. Pas de souffle. Dans la population, la confiance en la Wallonie est toute relative et les éditorialistes étalent leur scepticisme à la une des journaux. Mais Rudy Demotte affiche « une forme olympique », selon ses dires, et pour tous ceux qui lui reprocheraient de manquer de vision, le voilà qui annonce le plein emploi en Wallonie en… 2025.

Thierry Bodson n’a pas l’air convaincu, lui qui, au nom de la FGTB wallonne, tire à nouveau la sonnette d’alarme, allant répéter que  la Wallonie n’est pas encore en mesure d’exercer les compétences qu’il lui faut assumer dès le 1er janvier 2015. Pas de panique. A huit mois d’une échéance électorale hyper-importante, Rudy Demotte préfère croire aux vertus d’un discours positif. « Les Wallons doivent savoir que leur avenir dépend d’eux-mêmes et de leur capacité à créer les conditions de leur prospérité et de leur bien-être ». Bien, bien, mais dans la réalité les Wallons sont très dépendants de ce que veut la Flandre. Alors pas de perspective claire en Wallonie. Il suffit à Bart De Wever d’ouvrir la bouche pour que toute l’attention médiatique se porte sur lui. La N-VA, dit-il, fera barrage au PS et imposera une politique tellement contraire aux intérêts des socialistes wallons que ceux-ci finiront par accepter le confédéralisme. Dans les mois qui viennent, ce sera Di Rupo-le-Belge contre De Wever-le-Flamand et le positionnement des autres formations politiques fera la différence. L’avenir de la Wallonie… il est trop tôt, semble-il, pour y penser vraiment dans les allées du pouvoir.

Reconnaissons quand même à Rudy Demotte le mérite d’avoir mis en ligne le travail de l’Institut Jules Destrée sur l’histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon. Paul Delforge, qui en est le maître d’œuvre, a notamment écrit un livre sur l’Assemblée wallonne qui, il y a juste un siècle, a doté la Wallonie de son drapeau et de sa fête annuelle. Un tel anniversaire méritait peut-être une attention plus grande. Quoi qu’il en soit, l’essentiel de l’histoire de la Wallonie et du Mouvement wallon est désormais très accessible sur un site que le citoyen wallon gagne à consulter pour y voir plus clair.

Georges R.

Pour contribuer à la promotion de cette initiative, nous reprenons ici l’article de Pascale Serret dans le journal Vers l’Avenir.

Le Wikipedia du Wallon : c’est nouveau et c’est en ligne

WallipediaFaire tenir 4 500 pages d’infos très détaillées sur la Wallonie en une carte de visite: c’est fait ! Le site «Connaître la Wallonie» est en ligne.

Dans son bureau à l’Élysette, Rudy Demotte est visiblement impatient de montrer son bébé. Devant son écran d’ordinateur, le ministre-président wallon résume. «Ce site internet est une sorte de Wallipedia. Le Wikipedia du Wallon, d’une certaine façon.»

1. En chiffres

Le site en question s’appelle «Connaître la Wallonie». Il est en ligne depuis ce lundi. Du costaud : 4 500 pages internet, 1 018 notices biographiques de Wallons qui ont marqué l’Histoire, une ligne du temps à 1 287 dates, un atlas historique de 249 cartes, 128 fiches explicatives de lieux de mémoire, etc.

2. Identité wallonne : pfff… Encore?

À quelques jours des Fêtes de Wallonie, l’idée est bien celle-là : un soutien à l’identité wallonne, qui passe par une meilleure connaissance de la culture, du patrimoine, du passé et du présent de notre région. « Une pierre à l’édifice… » Si ce n’est que cette pierre-ci est à l’opposé du fameux logo aux cinq points noirs (wallonia.be), qui avait fait couler beaucoup d’encre, fin juin. En effet, le site «Connaître la Wallonie» est non seulement dense, très construit, pédagogique, accessible, inédit dans la centralisation de l’information… mais, en plus, son budget reste light : 24 800 € TVAC.

3. L’Histoire à la ligne

Onglet «Histoire», clic. La ligne du temps proposée s’étire confortablement du paléolithique à aujourd’hui. Plus de 300 000 ans… De l’enfant de Sclayn, mort à 8 ans et 17 jours sans savoir qu’il serait un jour le plus vieux fossile humain découvert sur le territoire wallon, à la victoire de Philippe Gilbert à Valkenburg le 23 septembre 2012, en passant par ce fameux 15 octobre 1980 qui a vu la toute première réunion du Conseil régional wallon au Sofitel de Wépion… On a là du politique, du socio-économique, des sciences, de la culture, du religieux et bien entendu les dates clés qui ont compté pour la Wallonie.

4. À la carte

Rudy Demotte va naviguer dans l’atlas historique. Il télécharge une des 249 cartes disponibles où la Wallonie actuelle apparaît en filigrane. « Ici on voit que les limites actuelles de la Wallonie et la frontière linguistique étaient déjà à peu près tracées par les capucins, au XVIIe siècle. Frappant. Ça ne démontre évidemment pas que la Wallonie existe depuis toujours; nous sommes juste le produit de tout ça. L’approche historique doit être modeste», souligne-t-il. Pour les profs, des leçons clés en main sont disponibles sur 12 périodes de l’histoire. D’autres sont déjà programmées. «Tout est libre de droit», précise Demotte.

5. D comme ducasse

Vous voulez de la culture, des lieux de mémoire et du patrimoine? Il y en a aussi. Des Wallons qui ont marqué leur temps? Pour l’instant, le site héberge la biographie de plus de 1 000 personnalités. La liste va encore s’enrichir. Vous voulez du folklore? Les «tubes» du Doudou de Mons? Du grand feu de Bouge? Tout y est. Paroles et musique, entre autres documents. Servez-vous.

A propos des fêtes de Wallonie

Alors que débutent les Fêtes de Wallonie, nous avons interrogé Jules Gheude, essayiste politique, qui vient de sortir « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique » (Mon Petit Editeur, Paris).

 Que représentent pour vous les Fêtes de Wallonie ?

Jules gheude -Il y a quarante ans, j’attendais ces Fêtes avec une certaine fièvre. C’était pour moi un moment fort émouvant, l’occasion du souvenir, de la mise à l’honneur de nos traditions culinaires et folkloriques. A partir de 1974, avec la mise en route de la régionalisation, les Fêtes ont permis d’appuyer l’existence politique de la Wallonie. Souvenons-nous du décret adopté en août 1975, à l’initiative du député Fernand Massart, et qui permit de faire du coq wallon de Paulus l’emblème officiel. Puis, progressivement, le gigantisme et la récupération commerciale sont venus ternir le sens originel des Fêtes, avec tout ce qu’il y avait d’humain et de convivial. Un commerçant namurois me disait ce matin : « La grande bouffe et la beuverie commencent ! Moi, je ferme et je pars pour cinq jours ! ».

Ne peut-on pas parler aussi de récupération politique ? Comment réagissez-vous, par exemple, à la récente sortie du ministre-président wallon, Rudy Demotte, prônant un « nationalisme wallon » ?

Un sentiment d’appartenance s’entérine, il ne se décrète pas. Ce sentiment est bien présent en Flandre, dont on trouve déjà le substantif au Xe siècle et qui a fini par se constituer en une collectivité distincte. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le Parlement flamand, unanime, ait adopté, il y a deux ans, une Charte dont le préambule reprend expressément le terme « nation ». Rien de semblable chez nous, où il faut attendre la moitié du XIXe siècle pour voir apparaître le terme « Wallonie ».  Avant, on a longtemps parlé de « Roman Pays » pour qualifier nos contrées qui, bien que situées en dehors des frontières politiques de la France, ont spontanément adopté le français dès le XIIIe siècle et n’ont cessé depuis de se situer dans l’orbite culturelle de Paris. Au fond, je me considère comme un Français, que le hasard de l’Histoire a fait vivre en dehors de l’Hexagone.

Mais ne peut-on pas parler d’identité wallonne ?

J’entends, depuis une vingtaine d’années, ce discours politique qui insiste sur la nécessité de « forger l’identité wallonne » En 1992, la présidence du gouvernement wallon, confiée à Guy Spitaels, fit paraître dans les grands quotidiens une pleine page présentant dix-sept figures marquantes de Wallonie, parmi lesquelles Eugène Ysaye, Arthur Grumiaux, Paul Delvaux et René Magritte. Cette récupération d’artistes à des fins politiques fit bondir l’artiste liégeois Patrick Corillon, qui posa carrément la question : N’y aurait-il pas dérive nationaliste ? Or, vingt ans plus tard, voilà que le ministre wallon Rudy Demotte lance le concept de « nationalisme wallon »…  S’il faut forger l’identité wallonne, c’est qu’elle n’existe pas. Et pour cause. Elle est, sur le plan de la langue et de la culture, tout simplement française. Ceci sans méconnaître les particularités locales et les dialectes, qui sont éminemment respectables et que l’on trouve aussi dans chaque région de France. Les Fêtes de Wallonie sont, comme vous le savez, marquées par le souvenir de François Bovesse. Et que lit-on, à son nom, dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon, publiée par l’Institut Jules Destrée : militant wallon de la première heure, (…) il ne négligeait pas l’importance de la culture française et des liens unissant les Wallons à la France. Quant à André Renard, le fondateur du Mouvement Populaire Wallon, il soulignait que la France reste le grand flambeau, (…) la grande lumière de culture.

Il n’y a donc pas, selon vous de culture wallonne ?

La Wallonie peut certes s’enorgueillir d’un patrimoine culturel et artistique foisonnant. Mais n’est-ce pas la France qui a contribué et contribue encore aujourd’hui massivement à la promotion de nos artistes et créateurs ? C’est à Paris que Grétry et Franck connurent la gloire. Félicien Rops est allé s’épanouir à Paris au contact des poètes maudits. Georges Simenon a quitté Liège pour Paris à l’âge de 17 ans. Quant au Namurois Henri Michaux, il a carrément opté pour la nationalité française. Ce débat sur l’identité et la culture wallonne me paraît profondément vain.

 Allez-vous participer aux Fêtes ?

La situation économique et budgétaire précaire que connaît la Wallonie ne m’incite guère à faire la fête. Force m’est de constater que les dirigeants wallons n’ont pas su utiliser efficacement les outils d’auto-administration dont dispose la Wallonie depuis plus de trente ans. Ce n’est pas d’un cadre nationaliste dont nous avons besoin, mais d’une gestion saine et rigoureuse qui nous permette de retrouver la prospérité. Alors, nous pourrons vraiment chanter que nous sommes fiers d’être Wallons !