A propos des fêtes de Wallonie

Alors que débutent les Fêtes de Wallonie, nous avons interrogé Jules Gheude, essayiste politique, qui vient de sortir « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique » (Mon Petit Editeur, Paris).

 Que représentent pour vous les Fêtes de Wallonie ?

Jules gheude -Il y a quarante ans, j’attendais ces Fêtes avec une certaine fièvre. C’était pour moi un moment fort émouvant, l’occasion du souvenir, de la mise à l’honneur de nos traditions culinaires et folkloriques. A partir de 1974, avec la mise en route de la régionalisation, les Fêtes ont permis d’appuyer l’existence politique de la Wallonie. Souvenons-nous du décret adopté en août 1975, à l’initiative du député Fernand Massart, et qui permit de faire du coq wallon de Paulus l’emblème officiel. Puis, progressivement, le gigantisme et la récupération commerciale sont venus ternir le sens originel des Fêtes, avec tout ce qu’il y avait d’humain et de convivial. Un commerçant namurois me disait ce matin : « La grande bouffe et la beuverie commencent ! Moi, je ferme et je pars pour cinq jours ! ».

Ne peut-on pas parler aussi de récupération politique ? Comment réagissez-vous, par exemple, à la récente sortie du ministre-président wallon, Rudy Demotte, prônant un « nationalisme wallon » ?

Un sentiment d’appartenance s’entérine, il ne se décrète pas. Ce sentiment est bien présent en Flandre, dont on trouve déjà le substantif au Xe siècle et qui a fini par se constituer en une collectivité distincte. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le Parlement flamand, unanime, ait adopté, il y a deux ans, une Charte dont le préambule reprend expressément le terme « nation ». Rien de semblable chez nous, où il faut attendre la moitié du XIXe siècle pour voir apparaître le terme « Wallonie ».  Avant, on a longtemps parlé de « Roman Pays » pour qualifier nos contrées qui, bien que situées en dehors des frontières politiques de la France, ont spontanément adopté le français dès le XIIIe siècle et n’ont cessé depuis de se situer dans l’orbite culturelle de Paris. Au fond, je me considère comme un Français, que le hasard de l’Histoire a fait vivre en dehors de l’Hexagone.

Mais ne peut-on pas parler d’identité wallonne ?

J’entends, depuis une vingtaine d’années, ce discours politique qui insiste sur la nécessité de « forger l’identité wallonne » En 1992, la présidence du gouvernement wallon, confiée à Guy Spitaels, fit paraître dans les grands quotidiens une pleine page présentant dix-sept figures marquantes de Wallonie, parmi lesquelles Eugène Ysaye, Arthur Grumiaux, Paul Delvaux et René Magritte. Cette récupération d’artistes à des fins politiques fit bondir l’artiste liégeois Patrick Corillon, qui posa carrément la question : N’y aurait-il pas dérive nationaliste ? Or, vingt ans plus tard, voilà que le ministre wallon Rudy Demotte lance le concept de « nationalisme wallon »…  S’il faut forger l’identité wallonne, c’est qu’elle n’existe pas. Et pour cause. Elle est, sur le plan de la langue et de la culture, tout simplement française. Ceci sans méconnaître les particularités locales et les dialectes, qui sont éminemment respectables et que l’on trouve aussi dans chaque région de France. Les Fêtes de Wallonie sont, comme vous le savez, marquées par le souvenir de François Bovesse. Et que lit-on, à son nom, dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon, publiée par l’Institut Jules Destrée : militant wallon de la première heure, (…) il ne négligeait pas l’importance de la culture française et des liens unissant les Wallons à la France. Quant à André Renard, le fondateur du Mouvement Populaire Wallon, il soulignait que la France reste le grand flambeau, (…) la grande lumière de culture.

Il n’y a donc pas, selon vous de culture wallonne ?

La Wallonie peut certes s’enorgueillir d’un patrimoine culturel et artistique foisonnant. Mais n’est-ce pas la France qui a contribué et contribue encore aujourd’hui massivement à la promotion de nos artistes et créateurs ? C’est à Paris que Grétry et Franck connurent la gloire. Félicien Rops est allé s’épanouir à Paris au contact des poètes maudits. Georges Simenon a quitté Liège pour Paris à l’âge de 17 ans. Quant au Namurois Henri Michaux, il a carrément opté pour la nationalité française. Ce débat sur l’identité et la culture wallonne me paraît profondément vain.

 Allez-vous participer aux Fêtes ?

La situation économique et budgétaire précaire que connaît la Wallonie ne m’incite guère à faire la fête. Force m’est de constater que les dirigeants wallons n’ont pas su utiliser efficacement les outils d’auto-administration dont dispose la Wallonie depuis plus de trente ans. Ce n’est pas d’un cadre nationaliste dont nous avons besoin, mais d’une gestion saine et rigoureuse qui nous permette de retrouver la prospérité. Alors, nous pourrons vraiment chanter que nous sommes fiers d’être Wallons !

6 réflexions sur « A propos des fêtes de Wallonie »

  1. Comme partout ailleurs, il existe depuis toujours des appartenances locales marquées ( les gens du pays, de la province, comme il se disait encore au tout début du 20e siècle en France comme en Wallonie). Il semble qu’après le décès d’André Renard, la manœuvre des politiques wallons, tous partis confondus, résida en une déculturation forcée de la population dont ils avaient la charge afin de lui faire subir une acculturation dans un moule belge aussi artificiel qu’inexistant. On dirait que les politiques wallons reprirent à leur tour, pour des raisons plus que obscures, le  » Los van Frankrijk » de la Flandre des années 30 et la « neutralité bénéluxienne » du socialiste Paul-Henri Spaak. « Belgifier » le Wallon, voilà le mot d’ordre, repris avec un enthousiasme opportuniste par tous « les médias francophones belges » officiels ou privés. L’ennui pour ce plan machiavélique réside dans l’esprit inverse de la Flandre politique et civile. Prions donc pour que la Flandre ne change pas d’avis et que la vague nationalitaire et indépendantiste emporte les derniers nostalgiques belgicains qui hantent encore certains partis dits traditionnels. Ne faut-il pas craindre que la Flandre, par calcul, ne change d’avis et reste « belge » afin de dominer la Wallonie et la phagocyter lentement avec l’assistance de la « démocratie représentative » wallonne.

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      1. Albert du Bois d’Enghien (Écaussinnes-d’Enghien, le 4 septembre 1872 – Bruxelles, le 3 décembre 1940) est un homme de lettre de langue française et un diplomate ainsi surtout qu’un militant wallon.

        Peu connu hors de cercles d’érudits, Secrétaire de la délégation belge à Paris, il fût renvoyé de son poste le 17 février 1903 après avoir écrit « Belges ou Français ? » dans lequel il se fait l’avocat de « l’annexion » (comme on disait à l’époque) des provinces wallonnes de Belgique par la France.

        En 1903, avec le ton et le style de l’époque, il écrivait dans la préface de son roman : « Belges » ou Français ? : « Belges ! … Ceux qui habitent dans le cercle que le crayon distrait d’un Palmerston quelconque traçait à Londres, en 1831, sur une carte d’Europe, sont des « Belges » ! C’est ainsi que l’on crée un peuple ! C’est ainsi que l’on forme une nation ! C’est ainsi que l’on constitue un pays ! … Pour parquer les chiens dans les expositions canines, on fait au moins attention à leurs races et à leurs espèces ; mais pour parquer les peuples en troupeaux de « contribuables », on ne doit pas y regarder de si près. Il suffit de prendre trois millions d’individus d’une espèce et trois millions d’individus d’une autre espèce. On leur dit : « Tâchez de ne pas trop se dévorer entre vous. Vous êtes une même nation. On vous appellera des Belges » – et les pauvres bêtes répondent docilement au nom qu’on leur donne ! »

        Plus loin, à la décharge de nos ancêtres : « Jamais, peut-être, population ne fut victime d’une conspiration plus habile. Jamais peut-être on n’essaya d’abuser avec une telle perfidie de la bonne foi et de l’ignorance d’un peuple, pour lui faire méconnaître ses intérêts les plus sacrés. »

        10 ans avant Jules Destrée et sa célèbre « Lettre au roi », il prenait la mesure du Mouvement flamand : « Nous n’avons pas la lente et tenace obstination de nos associés flamands. Mais il ne faut pas se fier au calme apparent avec lequel nous subissons une foule d’attentats mesquins contre notre véritable nationalité. Il compte parmi ses innombrables défauts celui de manquer totalement de patience. Il fera quelque jour explosion. Ceux qui viennent jouer avec de la flamme autour de ce coin de terre, tout pétri de poussière noire, ceux qui viennent y jongler avec les brandons de discorde du « patriotisme belge », de la « nationalité belge », de « l’âme belge » (…) ceux-là se trompent étrangement ! » Ils s’apercevront – bientôt peut-être ! – qu’ils ont joué avec de la poudre et quand elle flambera – soudainement – en une explosion géante, ce sera pour jeter aux quatre coins de l’Europe, les débris de cet édifice de haine, de conquête et d’asservissement sur le fronton duquel on a sculpté ce nom mensonger : « ROYAUME DE BELGIQUE ! »

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  2. Jules Gheude écrit : « Ce n’est pas d’un cadre nationaliste dont nous avons besoin, mais d’une gestion saine et rigoureuse qui nous permette de retrouver la prospérité. »

    Oui mais, tant que les Wallons se diront belges, tant qu’ils se cramponneront à la Belgique, le noeud coulant se resserrera de plus en plus sur eux et moins ils disposeront des moyens pour se redresser économiquement. En effet, la Belgique ne profite certainement pas aux Wallons et la sixième réforme de l’Etat ne tardera pas à le prouver.

    Pourquoi cette phobie du nationalisme ? Les Flamands, eux, n’ont pas ces scrupules. Mais comme le fait remarquer le commentaire de Valmy : reste à voir jusqu’où les nationalistes Flamands sont prêts à aller.

    En effet, plutôt que de se lancer dans l’aventure séparatiste, les Flamands auraient tout intérêt à profiter de la situation en redessinant une Belgique à leur avantage exclusif… et cela avec la complicité des « élites » francophones, totalement indifférentes au sort des Wallons.

    Encore une fois, la lâcheté et la trahison des « élites » francophones sont facilitées par l’absence d’un mouvement nationaliste (ou identitaire si on préfère) Wallon. Et comme ni le nationalisme, ni l’identité ne se décrètent pas… le cercle vicieux tourne à plein régime.

    Notons aussi que le matraquage multiculturel (qui masque une politique de dumping social et de communautarisation de la société wallonne) renforce ce cercle vicieux.

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  3. Comme le disait Toynbee, , une civilisation ne disparaît pas, elle se suicide.
    Une grande partie des Wallons a choisi cette voie pour notre plus grand malheur, grâce à une « élite politico-médiatique  » complètement irresponsable.

    « je m’interroge sur l’identité française. Jusqu’à une date très récente, la France, je n’y pensais pas plus qu’à l’air que je respire… Je me définissais politiquement, et non nationalement, dans ma période progressiste, comme dans ma période antitotalitaire, l’universalisme était ma patrie ». écrivait Finkielkraut récemment.
    « Ai-je la nationalité Française ? En fait, j’ai la citoyenneté Française !  » Ajoutait-il.

    La nationalité, c’est lié à l’identité. La citoyenneté, c’est lié au sens des valeurs progressistes et démocratiques (Liberté-Egalité-Fraternité, Droits de l’Homme, Laïcité) auxquelles on adhère.
    Eh oui ! Combien y a -t-il de personnes lucides comme Alain Finkielkraut qui s’aperçoivent de la supercherie qui consiste a employer le mot « nationalité » au lieu de « citoyenneté » ?

    Ajoutons-y le beau qualificatif de « wallonne ».

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