Alors on danse

panda géantHormis, peut-être, deux pandas géants que le zoo d’Anvers dispute au parc animalier Pairi Daiza, près de Mons, plus personne ne semble douter de la Belgique. Alors on danse. C’est le retour d’une Belgique joyeuse. « Les Belges n’ont plus peur de leurs talents », titrait hier le journal Le Soir, sur deux pleines pages. Ce qui gonfle la voile noir-jaune-rouge, c’est l’émotion du succès. Le miroir tendu par les Diables rouges affole les Belges francophones et les médias participent activement à cet emballement collectif. Parmi « Les cinq ingrédients du ‘Belge is beautiful’ », autre titre de la rédaction du Soir, figurent notamment l’humilité et l’autodérision. Le chauvinisme, c’est bon pour les autres. Attention quand même de ne pas trop se prendre au sérieux. Pour donner plus de consistance à son propos, le journal Le Soir braque le projecteur sur les nombreux Belges francophones qui réussissent à se faire une place dans le paysage audio-visuel français. Cocorico.

Alors on danse.

Dans ce climat de douce exaltation nationale, on a presque été surpris, vendredi, de lire cette question posée à Jean Faniel, le nouveau directeur du Crisp, par le Vif/L’Express : « Le séparatisme est toujours une angoisse des francophones. Le rattachisme à la France semble être une option pour bon nombre d’entre eux. Comment expliquez-vous cette fascination pour le voisin français ? » « C’est vrai qu’on l’entend beaucoup dans les discours ou les conversations. Mais cela ne se reflète pas dans le choix électoral… », a répondu Jean Faniel. C’est toujours une bonne chose d’en parler, de l’option française, alors qu’elle est refoulée tout à la marge du discours politico-médiatique. Il faut toutefois se méfier de la façon dont les questions sont posées.

Il y a peu de francophones, en Wallonie et à Bruxelles, qui éprouvent de la « fascination pour le voisin français ». Mais il reste une évidence. La proximité de la France n’est pas seulement géographique. Les Belges francophones y sont chez eux, dans leur espace culturel, même ceux qui ont sifflé la Marseillaise avant le match amical des Diables rouges contre l’équipe de France. Pour les Wallons, la France n’est tout simplement pas un pays comme un autre. Cette culture commune, nourrie, entre autres, par des générations et des générations de Wallons, c’est un élément essentiel de notre identité. Certes, nous avons nos particularités, mais le besoin conjugué d’affirmer sa différence et d’être reconnu dans les médias français, cela en dit long sur ce qui nous attache à la France. Il n’y a pas lieu de s’étonner, si de nombreux Wallons pensent à se rapprocher de la France à mesure que l’Etat belge se défait. Ce qui est plus étonnant, c’est que l’on s’en étonne.

C.V. et M.L.« Le Belge est vraiment soluble dans la société française. Des Français m’ont déjà demandé si on se réunissait dans un café pour regarder les Diables rouges. Ben non en fait… », c’est Charline Vanhoenacker qui le dit dans La Libre, elle qui s’est fait une place @Pèèèris en se moquant de la France et des Français. Ceux-ci doivent aimer ça car ils ont aussi attiré la très piquante Myriam Leroy, selon laquelle « il existe effectivement une mode des Belges, à la limite de la condescendance inversée… mais gentille. Beaucoup de Français osent dire -et peut-être le croient-ils réellement- que les Belges ont tout compris, que Bruxelles est tellement plus belle que Paris, qu’ils ont des tonnes de leçons à recevoir de notre part. Mon avis est qu’il y a autant d’ordures ici que là-bas. Mais, pour l’instant, je ne contredis pas les Français lorsqu’ils nous complimentent. Le vent a tourné en notre faveur et il m’a portée jusqu’à cette nouvelle collaboration. Je ne cracherai donc dans aucune soupe, même sous la torture. Ce qui me paraît vrai, cependant, c’est que les Belges ont une certaine forme de fraîcheur dans leur regard sur la France. Peut-être les Français vont-ils chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent plus chez eux… »

Cocorico pour les Belges francophones, alors, mais c’est encore un jeu de miroirs où la France regarde la France. Alex Vizorek, un autre transfuge de la RTBF, ne dit pas autre chose dans Le Soir : « Les Français commencent à accepter que l’on se moque d’eux. Mais ils préfèrent que ce soit un Belge qu’un Corse qui le fasse. Comme eux nous connaissent assez mal, ce qui leur plaît et les étonne, c’est que nous  leur ressemblions et les connaissions si bien ! » Le mot de la fin pour Stéphane De Groodt, un autre chroniqueur belge à Paris, toujours cité par Le Soir : « Les Français  ont intégré le Belge comme une espèce de pièce manquante de leur puzzle culturel ! »

stromaeAllez, finalement, tout le monde est d’accord. Et puis… et puis il y a Stromae qui cartonne en France, et tous les autres. Allez, Jef, t’es pas tout seul.

Alors on danse.

Georges R.

7 réflexions sur « Alors on danse »

  1. « « Les Français ont intégré le Belge comme une espèce de pièce manquante de leur puzzle culturel ! »

    On le voit dans tous ces commentaires, « le Belge » en question, c’est le « Franco-Belge », pas le Flamand, pourtant encore « belge »….Même le plus Belgicain n’échappe pas à cet aveu involontaire.

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    1. J’ai toujours un peu de mal, je l’avoue, à comprendre (et surtout à me retrouver) dans ce concept de « franco-belge » (Avec des majuscules en plus ! Mais peut-être devez-vous ménager vos supporteurs bruxellois francophones…

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  2. Les Français ont intégré le Belge… disons, qu’ils ont intégré le Bruxellois. Il est très rarement question de la Wallonie, ou de Wallons ce qui fausse la vision que les Français ont du problème Belge.

    Ensuite, ces belgicains qui ont du succès font surtout figure de « cousin éloigné », un peu bébêtes. Poelvoorde, Geluk ou les autres ne brillent pas spécialement par la profondeur de leurs analyses politiques. Ils font surtout rire d’eux-mêmes… d’un rire un peu gêné.

    Enfin, il est plutôt drôle que tous ces Belges qui donnent des leçons à la France (enfin, qui essaient d’en donner) n’oseraient pas la moindre critique sur la monarchie ou sur la vie politique de leur propre pays. Il faut dire que chez nous la culture est grassement subventionnée et aux ordres.

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  3. Je pense qu’il est bon, ne fusse que pour y réfléchir, de citer le COMMENTAIRE COMPLET de Jean Faniel…
    Si la question était bien : « Le séparatisme est toujours une angoisse des francophones. Le rattachisme à la France semble être une option pour bon nombre d’entre eux. Comment expliquez-vous cette fascination pour le voisin français ?  »

    Je me permets de souligner la passage manquant mais important qui a été omis dans votre billet :  » C’est vrai qu’on l’entend beaucoup dans les discours ou les conversations. C’est vrai qu’on l’entend beaucoup dans les discours ou les conversations. Mais cela ne se reflète pas dans le choix électoral. LE RWF (RASSEMBLEMENT WALLONIE FRANCE) EST UN PARTI QUI NE DECOLLE PAS. LE CONTEXTE LUI EST POURTANT FAVORABLE. D’AUTRES PETITS PARTIS, COMME LE PTB OU LE PARTI POPULAIRE, ONT, EUX, REUSSI UNE PERCEE ELECTORALE. IL FAUT DONC RELATIVISER LE RATTACHISME. »

    Ne serait-il pas bon de susciter une réflexion ou un débat sur cet échec ?
    (NB: j’ai mes propres réponses…)

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    1. Mais justement Mr Daly,la naissance de l’AWF est une réflexion,justement à la manière d’être du RWF;et puis vous savez ,ce que défendent les rattachistes,n’est pas encore(et ne le sera peutêtre jamais…)une idée à appliquer dans la politique belge;le retour(ou réunion ou rattachement à la France,appelez le comme vous le voulez),est un mouvement de prise de conscience et en aucun cas un parti politique défendant la droite la gauche,le milieu,ou occasionnellement le roi, ou la religion;c’est un souffle.
      Le RWF a le malheur si vous le lisez tous les jours(le faites vous?)de critiquer ,monter en épingle,les hommes politiques belges;hors même si je n’ai aucune sympathie pour ceux ci,je dois quand même reconnaître que ces critiques sont un peu fatiguantes ,et répétitives tout en étant pas forcément constructives;pour tout lecteur non convaincu,cela peut difficilement le faire changer aux urnes…
      Mais que voulez vous,ce RWF,est quand même là pour dire certaines vérités et critiques. baignant souvent dans une réalité.
      Et de plus nous ne sommes pas suffisemment nombreux pour ce taper dessus;cela s’appelle la solidarité.
      Mais pour résumer simplement et facilement votre post,il semble que vous ayez raison…

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      1. Pour avoir fréquenté d’assez près les principaux dirigeants de ce parti, pour faire l’effort d’aller de temps en temps voir leur site Internet, je vous avouerai – avec le recul – que j’en suis arrivé à une conviction. C’est que Gendebien a porté le RWF avec l’intention d’en faire le cheval de Troie du… FDF.
        N’est-ce pas lui qui a fait débaptiser la Maison de la Communauté culturelle française de Belgique à Paris en « Maison Wallonie-Bruxelles », bien avant que cette appellation hybride ne devienne à la mode ?
        N’est-ce pas lui qui s’est choisi comme agent de communication un agent de la dite communauté, bruxellois de surcroit, qui n’a jamais caché son admiration pour les auteurs flamands écrivant en français ?
        Sur le site Internet du parti, on ne trouve que des billets critiquant autant la Flandre que la Wallonie, billets très proches des propos du FDF et somme toute, très belgicains puisque opposés à toute avancèe « identitaire » flamande comme wallonne.

        Je suis de plus en plus certain que le RWF a eu (et a encore ?) comme objectif de capter les militants wallons les plus sincères pour, une fois mouillés dans cette aventure, les rejeter, dégoûtés. Ce qui les empêche de reprendre ensuite une activité de pression en faveur de leurs idéaux au sein de leurs formations (partis ou mouvements) d’origine. Par contre, ils sont accueillis à bras ouvert au… FDF qui a fait de l’anti-Flandre et de la négation de l’existence de la Wallonie son fond de commerce ?
        Comment expliquer sinon, que la direction de ce parti ne se renouvelle pas au même rythme que les « militants ». C’est un parti « porte-tournante ». Seule un dizaine de personnes en assurent la permanence.

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  4. M. Daly, je crains que votre bruxello-phobie, partagée par nombre de rattachistes wallons, nuise à votre lucidité…Vu de France, si rattachement il y a, il sera le produit des circonstances et non d’un élan populaire. Et cela vaut autant pour la Wallonie que pour Bruxelles. Aussi, toujours vu de France, il n’y a pas de différence notable à faire entre les « francophones » de Bruxelles et les « francophones » de Wallonie. Ce sont tous des Franco-Belges (donc « Français » de langue et de culture, et qui se disent « Belges », très majoritairement, puisqu’ils nient être d’essence française), tout en se proclamant aussi « francophones » (avec ou sans majuscule), ce qui les met dans la même catégorie que la Reine d’Angleterre ou Bart de Wever, tous deux excellents « francophones »…

    Si la Wallonie se rattache à la France, ce sera par nécessité, non par amour. Et la nécessité peut conduire Bruxelles au même choix, un choix donc « franco-belge ». Ce sont les élites dirigeantes qui le décideront…Et, jusqu’à preuve du contraire, ces élites et les cinq partis politiques qui en sont issues, sont wallo-bruxelloises et non wallonnes ou bruxelloises.

    Certes, le RWF stérilise le combat rattachiste. Mais pas pour la « raison » que vous donnez (ridicule). Pour celle-ci, la négation de l’héritage belge (lois et institutions), associée à son populisme anti-établissement, ce qui lui interdit de rallier à lui « les gens qui comptent » (pas un seul faiseur d’opinion n’a rallié le RWF depuis sa création).

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