Regards croisés sur la formation de nos enseignants

Par Jean-Luc Lefèvre, ancien directeur d’écoles normale et secondaire

En Belgique francophone, comme aussi en  France (où la pénurie d’enseignants existe aussi : 14% de postes non pourvus selon le syndicat S.N.E.S.-F.S.U. lors du concours 2016), nombreux sont ceux qui, interpellés par les résultats des élèves lors des enquêtes internationales Pisa, s’interrogent sur la qualité du système éducatif. Qui dit qualité de l’enseignement, dit aussi, d’abord, des gens compétents, des professionnels.

C’est dans ce contexte que la formation des maîtres devient un réel enjeu dans nos deux pays. Dès juillet 2013, la France ouvre le bal de la rénovation : les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres – la formation des enseignants incombait déjà avant cette date aux universités !  – sont alors remplacés par les Ecoles Supérieures de Professorat et de l’Education.

Toujours intégrées aux universités, ces écoles sont chargées d’accueillir les étudiants après bac+3, de les former aux métiers de l’enseignement en leur délivrant après deux ans de formation un master censé les préparer aux concours, tant dans l’enseignement fondamental (C.R.P.E.) qu’au collège et au lycée (C.A.P.E.S.). Quant à la tutelle des écoles privées sous contrat avec l’état, elle organise de son côté, à l’intention exclusive de ses enseignants, un Institut Supérieur de Formation de l’Enseignement Catholique dont le mandat doit respecter le socle des 14 compétences requises par l’Administration.

Chez nous, on envisage aussi de porter à quatre ans, et non cinq, la durée des études d’enseignant, dont la première cohorte nouvelle formule serait diplômée en 2023. Un master de spécialisation, non obligatoire, au terme d’une 5e année est aussi programmé, tout cela dans le cadre d’une certification partagée entre universités et hautes écoles.

Contrairement à la France, l’université francophone ne reçoit donc pas le monopole de la formation des maîtres dont l’accent, selon J. THONON de la CGSP – enseignement sur les antennes de la R.T.B.F. le 30 mai 2017, devrait être mis sur « la didactique des disciplines et la gestion du groupe ».

2013 – 2016… Les terres romanes de Belgique ont le recul nécessaire pour évaluer la réforme mise en place en France.

Comme à Grenoble où les étudiants stagiaires se sont mis en grève au printemps dernier, où Grégory Corps, responsable du Syndicat National des Lycées et des Collèges (S.N.A.L.C.), déplore un formatage inefficace en master 2 avec des enseignants–chercheurs qui n’enseignent pas dans le secondaire, comme aussi à Lille où le bilan se veut plus nuancé : des points forts (formation riche et solide, qualité des équipes, aller-retour théorie/pratique… et des points faibles (faiblesse de certains enseignements, éloignement des besoins du terrain…

Récemment, le 22 mai 2016, l’hebdomadaire Marianne déplorait la moyenne de recrutement des instituteurs qui se situe à 8/20 . Quant à Guillaume Mélère, stagiaire des Métiers de l’Enseignement, de l’Education et de la Formation, sur son blog de Mediapart, il dénonce  le peu de place laissée à la didactique de la conjugaison et à la grammaire (moins de 20 heures sur deux cent !).

L’I.S.F.E.C., n’est pas en reste : il déplore « le pédagogiquement correct de l’éducation nationale, le prêt-à-enseigner », ce que confirme G. Corps : « on ne parle pas de liberté pédagogique ».

Autant de clignotants qui devraient inciter, au-delà de toute considération philosophique ou religieuse, à regarder Outre-Quiévrain dont l’ardeur d’avance en la matière ne peut être contestée.

Ne serait-ce que pour éviter certains pièges !

3 réflexions sur « Regards croisés sur la formation de nos enseignants »

  1. Je n’ai aucune envie d’imiter M. Jourdain, qui pratiquait la prose sans le savoir, en m’instituant critique avisé de la formation des enseignants. Toutefois, comment se fait-il que l’enseignement primaire en France et en Belgique, du début jusqu’à la moitié du XXe siècle, a-t-il pu ouvrir au savoir une population au départ largement analphabète et illettrée? Comment se fait-il que les enseignants français et belges réussirent de même en Afrique et en Asie durant la l’ « horrifiante » époque coloniale ?
    Comment se fait-il que ce même enseignement conduit aujourd’hui vers le contraire ? La cause viendrait -elle du « multiculturalisme » qui impose dans nos pays « repentants » (sic) « le pédagogiquement correct de l’éducation nationale, le prêt-à-enseigner », alors que l’on tente d’éduquer les descendants de ceux qui profitèrent de ce trésor éducatif et en tirèrent une élévation intellectuelle et sociale ?
    Ce qui manque surtout: c’est de l’ordre dans les classes comme dans la cour de récréation, c’est la mise au pas des parents déliquescents et agressifs vis-à-vis des enseignants, c’est l’appui des directions (apeurés par le politique et les avocats des parents) aux enseignants. Quand l’enseignement et les enseignants pourront reprendre leur place sur le piédestal, d’où la politique et les idéologues destructeurs les ont délogés, alors le niveau du savoir et des compétences remonteront.

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    1. Une fois encore, Valmy a raison. Mettre de l’ordre à l’école, c’est rendre la liberté aux acteurs du terrain. Car l’apprenant est différent selon qu’il habite Molenbeek ou Orgeo et les normes applicables sont différentes de Farciennes à Gouvy.Sans pour autant mettre au pas les parents. Les convaincre au contraire qu’une école, c’est davantage que la somme de ses élèves inscrits, des valeurs et des normes de leurs familles si l’on ambitionne encore une quelconque cohabitation pour prétendre enseigner. Aux directions de convenir avec leurs équipes éducatives, et elles seules, du tolérable et de l’inadmissible, aux enseignants, avec leurs directions, de convenir du souhaitable, du possible et du réalisable.
      Pas aux prétendus pilotes d’un appareil éducatif gouverné d’en-haut!

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  2. Votre analyse, Valmy, une fois de plus, est imparable.  » …de l’ordre » dans les classes comme dans la cour de récréation…l’appui des directions… ». En quelques mots, vous avez tout dit! Car le multiculturalisme ne peut tout expliquer: la conviction d’une promotion dans et par l’école est plus forte aujourd’hui dans les populations venues d’ailleurs qu’au sein de nos familles autochtones! Car remettre « de l’ordre » suppose d’abord rendre la liberté aux acteurs du terrain, dans leur classe, dans leur école: la liberté d’adapter leur méthodologie aux apprenants, par nature différents à Molenbeek et à Orgeo, d’adapter leur règlement d’ordre intérieur, et donc aussi leurs exigences, à leur public, par nature différent à Herve bet à Farciennes…Nulle mise au pas ici des parents, mais capacité de les convaincre – ou de les prier d’inscrire ailleurs leur enfant, qu’une école est davantage que la somme des valeurs de chaque famille en termes de vivre – ensemble au sein d’un microcosme.

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