Le beaujolais nouveau est arrivé

A défaut d’un budget, d’un gouvernement…, LE BEAUJOLAIS NOUVEAU EST ARRIVE…!

Cela fait 60 ans que se fête l’arrivée de ce vin très jeune le troisième jeudi du mois de novembre.

L’occasion est belle de le déguster entre amis en Wallonie, à Bruxelles, en France où en d’autres lieux.

Fêtez donc le Beaujolais Nouveau. Ce vin gouleyant n’est pas un grand cru, mais il ne mérite pas la triste réputation que certains ont voulu lui donner.

Renseignez-vous auprès de cavistes avertis et consommez-le avec modération, mais en toute convivialité.

A votre santé !

Paul Durieux

Ce que pense « Knack » de Di Rupo… Ambiance !

A lire sur le site du Vif/l’Express :

« Elio Di Rupo est incompétent ! »

Pourquoi la construction du budget prend-elle autant de temps ? «Parce que le formateur est incompétent !», assène Rik Van Cauwelaert. Etat des lieux des négociations avec le directeur du magazine Knack… qui taille au passage un costume au vitriol à Di Rupo.

Le budget d’Elio Di Rupo sera-t-il bouclé avant l’échéance dictée par l’Europe ?

Celui qui promet un budget capable de trouver 11,3 milliards d’euros pour réduire à 2,8 % le déficit n’est qu’un farceur. Une intervention d’une telle ampleur ne peut être réalisée que par une coalition composée de partis qui se font une confiance aveugle. Et l’on ne peut pas dire que la confiance règne autour de la table des négociations… Il y a fort à parier que, pour faire passer ces nouvelles taxes qui restent en travers de la gorge de ses partenaires de négociations, le formateur sortira de nouveau de son chapeau l’un de ces moments dramatiques dont il a le secret.

Pourquoi la construction du budget prend-elle autant de temps ?

Parce que le formateur est incompétent ! Personne n’ose le dire à haute voix. Pourtant, tous les négociateurs s’accordent sur ce constat. Même au sein du PS, le doute commence à poindre. Pour l’instant, ce manque de compétence est encore masqué par l’excellent travail du centre d’études du PS, qui fournit quotidiennement au formateur de nouvelles cartouches sur la marche à suivre.

Jusqu’à présent, Elio Di Rupo a pu conclure des accords en faisant payer la note aux autres partis. La scission de BHV a été réglée au comptant par le MR, qui a vu son parti amputé du FDF. La nouvelle règle de financement a été payée par les partis flamands. A présent qu’il doit lui-même sortir du bois pour lancer une grande réforme économique et sociale, Elio Di Rupo est toutefois tétanisé par l’angoisse et se cramponne aux positions du PS.

Quand aura-t-on un gouvernement ?

Voici peu, les rumeurs venant de la table de négociations me soufflaient qu’il y aurait un gouvernement pour Noël. A ceci près que, si c’est effectivement le cas, ce n’est plus vraiment la peine de mettre un nouveau gouvernement sur les rails. Ce dernier, en effet, prendra son envol dans une ambiance préélectorale : les élections communales auront lieu en octobre 2012. Des élections qui ne précèdent que de peu les élections fédérales de 2014. Et l’on aura besoin d’un Premier ministre un peu plus solide qu’un Di Rupo qui agit à la manière d’un David Copperfield.

Le lien vers le site du Vif/l’Express : ici.

Le lien vers le site de Knack : ici.

A rire ou à pleurer

Nous voulons parler du ton employé par le journaliste du Soir pour évoquer le match de football (amical) qui opposera demain la France à la Belgique. On ne lui en veut pas de souhaiter une victoire des Diables rouges, évidemment, mais la suite est pour le moins interpellante :

On voit déjà la Une de l’Equipe, mercredi matin : «La mauvaise blague belge». Ne nous voilons pas la face : pour les Français, même s’ils constatent progressivement que nos meilleurs talents parviennent à s’imposer dans de grands clubs (Kompany, Van Buyten, Vermaelen, Dembélé, Courtois, Vertonghen…) ou à carrément devenir le roi chez eux (Hazard, champion, vainqueur de la Coupe et sacré meilleur joueur de Ligue 1), nous ne sommes que de petits comiques sans gouvernement, sans équipe, avec un accent – souvent mal imité – qui prête à rire, une fois ! Une bonne petite leçon ne leur ferait donc pas de mal. Eden Hazard, pour qui le match sera plus particulier encore, l’a rappelé dimanche : « Du fait de ma présence en France depuis sept ans, je me sens Belge à 99 %, Français à 1 % mais l’idée d’une naturalisation ne m’a jamais effleuré l’esprit ». Pour… une fois, montrons-leur notre talent, notre fierté, bousculons la hiérarchie établie afin que nos voisins d’outre-Quiévrain ne nous regardent plus de haut. Ou en tout cas d’aussi haut !

Ce n’est pas de football qu’il est ici question, mais de fierté nationale. Le ressentiment est le ferment du nationalisme, a écrit Marc Angenot, grand intellectuel d’origine bruxelloise. A force de voir des nationalistes partout, les derniers Belges auraient-ils perdu le sens de la dérision qui, paraît-il, leur va si bien ?

Pour l’article du Soir : ici.

C’est marrant, sur le même sujet, le journal L’Equipe titre « Les meilleurs ennemis », mais c’est pour évoquer les rapports difficiles entre Leekens (le sélectionneur belge) et Eden Hazard. Pour l’article de l’Equipe : ici.

Petit bilan

Il est des moments dans la vie où il est bon de marquer un temps de pause, de se remettre
en question  ou encore d’ouvrir une parenthèse. Jetons un coup d’œil dans le rétroviseur de l’ A.W.F.

Notre mouvement a véritablement pris son envol  fin avril 2011.

Quels étaient nos objectifs et quel chemin avons-nous parcouru depuis ?

Notre premier objectif était de créer un maillon qui tende à tisser des liens avec ce qui est épars.  Vaste programme que ce seul point. Il est primordial de garder avant tout une saine humilité quant au chemin parcouru et une détermination sans faille pour celui  qu’ il reste à parcourir.

Si  nous regardons sur notre site le groupe de parrainage qui soutient notre mouvement, qui pourrait affirmer que nous n’avons pas progressé ?

Certes, nous n’y rencontrons pas encore de noms d’élus, ce qui ne veut pas dire qu’ils soient absents chez nous, mais nous imaginons bien que les tout-puissants présidents de partis auraient vite fait de crosser  celles et ceux qui oseraient affirmer publiquement leur option profonde.

Cependant, nous avons lu avec un immense plaisir le message de M. Pierre Hazette, ancien ministre. Je veux croire que le courage de Monsieur Hazette sera bientôt suivi par d’autres.

Notre deuxième objectif énonçait qu’il nous appartenait d’ouvrir le débat, de mettre sur pied des conférences seul ou avec d’autres. Nous affirmions qu’il était primordial de se
servir de l’outil informatique
aujourd’hui incontournable.

Notre site a démarré fin avril et n’a cessé d’améliorer son audience. Nous venons de fêter
la 10000ème visite en ce début du mois de novembre.

Nous avons  créé tout récemment une page « facebook » qui a connu quelques problèmes techniques. A ce jour, elle semble avoir véritablement démarré. Voir certains
noms affirmer qu’ils aiment notre page me remplit d’aise.

Nous sommes en train de mettre sur pied notre première conférence-débat. Nous vous en parlerons bientôt ici.

Notre troisième objectif était de nous adresser à nos amis français, élus ou simples citoyens et aux Wallonnes et Wallons qui ont décidé d’aller vivre en France. Ce chantier est à peine commencé même si plusieurs de nos membres ont eu l’occasion d’aller s’exprimer auprès d’auditoires français.

Quatrième objectif : se donner les moyens financiers nécessaires à satisfaire notre seule ambition, celle de continuer à bâtir avec la force de nos idées et les talents de chacun.  Jusqu’à présent, nous vivons exclusivement  grâce aux cotisations de nos membres dont le nombre gonfle de semaine en semaine. Je tiens ici à les remercier pour leur générosité. Le moment venu, selon nos besoins, nous nous adresserons à des mécènes.

Cinquième objectif : devenir un mouvement populaire qui rassemble le plus grand nombre de Wallons en puissance de peser sur l’avenir de la société wallonne.
Nous avons franchi une première étape, mais nous savons que beaucoup de nos contacts doivent encore  franchir le cap de l’adhésion ou tout simplement penser à verser le montant de leur cotisation.
Que chacune et chacun sache que tout nouveau membre est pour nous un
encouragement à décupler nos efforts.

Un ancien ministre nous écrit

Monsieur Hazette a été ministre de l’enseignement secondaire à la Communauté française de 1999 à 2004. Nous le remercions pour ses messages. Il est rassurant de constater que des personnalités politiques ne s’enferment pas dans la croyance en une Belgique éternelle. Sous la chape de plomb imposée par les présidences de parti, la réflexion n’est pas encore étouffée. Ni le souci de l’avenir.

Voici le point de vue de Pierre Hazette :

« J’apprécie que le ton de l’AWF traite la question de notre avenir avec modération. La crise institutionnelle débouche sur des accords que le parti majoritaire de Flandre va s’employer à dénigrer pendant les derniers mois de cette législature. La crise économique et sociale va susciter un mécontentement citoyen inévitable. La N-VA le récupérera au nord du pays. Les prochaines élections législatives risquent de confronter les Wallons à un problème existentiel. Mon avis est que le gouvernement de la fédération Wallonie-Bruxelles doit proposer, dès à présent, des accords de coopération sur la plupart de ses compétences au seul partenaire naturel qui nous permet d’envisager des économies d’échelle. Une alliance étroite avec la République française s’impose à nous, quel que soit notre attachement à une Belgique que d’aucuns continueront à saboter, jusqu’à la faire disparaître. »

Et dans un autre message :

« Ce n’est pas dans une Belgique sans la Flandre, ni dans une Fédération Wallonie-Bruxelles débarrassée de la tutelle fédérale qu’il faut chercher un avenir pour les francophones ou les Wallons. Nos regards convergent vers la France.
« Nous devons cependant nous garder de tout lyrisme incantatoire ou encore d’une agressivité verbale, inopportune en la circonstance.

« L’autonomie que réclame Jean-Claude Marcourt existe dans les compétences dévolues aux entités fédérées.
« Je propose qu’on en fasse un usage massif dans des accords de coopération avec la France.
« Des synergies de fait doivent être organisées institutionnellement, dans l’enseignement supérieur, par exemple.
« Mais c’est vrai aussi dans la coopération internationale.
« Philippe Suinen vient de révéler que nous pourrions nous appuyer, avec plus de profit, sur un autre partenaire que la Flandre, en ce qui concerne le commerce extérieur.
« Dans l’enseignement secondaire, nous pourrions relever le défi de proposer les épreuves du bac à nos grands adolescents.
« Dans l’audiovisuel, une collaboration avec France Télévision enrichirait nos programmes en soulageant notre trésorerie.
« Dans les matières proprement régionales: agriculture, aménagement du territoire, environnement, économie régionale…, j’aperçois maintes occasions de mieux faire et à moindres coûts ce que nous allons nous époumoner à faire seuls.
« La promotion des accords de coopération montrerait progressivement aux Wallons et aux francophones que la France est accueillante et respecte nos particularismes.

« On a trop souvent brûlé les étapes. Nous avons besoin d’une approche plus diplomatique, plus calculée, plus prudente qu’elle ne l’a été depuis que la séparation apparaît inévitable. Certains, à Liège en particulier, l’ont compris avant bien d’autres. Grâces leur soient rendues.
« Il s’agit seulement aujourd’hui de forger un large consensus. »

La Belgique à l’épreuve de la rigueur

Voici quelques propos personnels simplistes. Je dirais même simplissimes.

Ainsi donc, les comptes seraient faits. Enfin, momentanément…

La Belgique passe d’une économie à faire de 3 milliards d’€ à 11 milliards (le 11/11/11, c’est normal, finalement…).

Je comparerai à la France -cela ne vous étonnera pas – qui en est, elle, à 7 milliards.

Rapides calculs :

Belgique : 11 milliards divisés par 11 millions d’habitants = 1 000 € par tête de pipe (aussi bien les centenaires que les bébés).

France : 7 milliards divisés par 60 millions d’habitants = 116 € par tête de pipe.

Par rapport au Français, le Belge est donc 8,6 fois plus sucré !

Mais attention ! Bien qu’il ne s’agisse que d’une supputation tout à fait gratuite de ma part, je vous fiche mon billet que les Wallons devront assumer 60% de ces 11 milliards, soit plus ou moins les 7 milliards de la France.

Le problème, c’est que nous ne sommes que 4 millions de cochons payeurs, ce qui nous donne 1 750 € par habitant ! En d’autres termes, le Wallon devrait cracher 15 fois plus au bassinet que le Français moyen… !!! Une situation à la grecque, quoi !

Alors, que ceux qui croient encore en l’avenir de la Belgique lèvent le doigt… !!!

Francis Monzée

Quand les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

A voir l’éclat de l’automne sur le fond bleu du ciel, à sentir la douceur du soleil, à goûter le caractère intemporel de la nature, on oublierait les péripéties de l’histoire des hommes, l’instabilité du monde, le sentiment diffus de ne pas maîtriser les changements qui s’annoncent. Mais il suffit d’un rien, d’un nuage, d’un peu de vent qui emporte les feuilles mortes, pour saisir la fragilité des choses.

Beaucoup de Wallons se reposent sur une Belgique incertaine pour affronter les incertitudes de l’avenir. Ils sont comme la chair et le sang de ce pays qu’ils n’imaginent pas mourir sans disparaître eux-mêmes. Ils nous déconcertent autant que nous les agaçons. L’incompréhension est mutuelle. Il ne suffit pas d’argumenter pour convaincre. Ni même pour avoir raison. La pensée dominante se justifie par le seul fait qu’elle est dominante. Si la majorité des Wallons se sentent belges au fond de leurs tripes, il n’y a pas à discuter. Sauf que le débat est toujours salutaire, parce qu’il tient le corps social en éveil.

Donc, même si le temps des feuilles mortes n’est pas celui du renouveau, même s’il ne suffit pas de parler pour être entendu, même s’il ne suffit pas d’écrire pour être lu, la question est posée, au moins ici : quand les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

Régulièrement, la presse francophone évoque des petits faits qui en disent long sur l’état d’esprit d’une « certaine » Flandre. Ces articles à hauteur du quotidien, loin des grands discours, ne laissent pas l’opinion wallonne indifférente et, en réaction, il y a toujours des lecteurs pour reprocher aux journalistes de souffler sur les braises communautaires. A quoi bon savoir que Monsieur X qui vit en Flandre depuis 16 ans, a perdu son boulot et n’a pas obtenu un logement social car il a parlé parfaitement le néerlandais mais avec un accent (lien) ? Pourquoi s’intéresser à ce footballeur Y qui pour justifier un mauvais geste, à Tervuren, explique qu’il a été mis sous pression par des cris anti-wallons, lui-même étant pourtant bilingue (lien) ?

Plus intéressante est la façon dont les dirigeants du KRC Genk, puis de l’Union belge de football, ont réagi à la « banderole de la honte ». Pour rappel, quelques supporters montois, choqués d’avoir entendu chanter « les Wallons c’est du caca » lors d’un match européen opposant Genk à… Chelsea, se sont mis en tête de faire la leçon aux supporters de Genk le samedi suivant. A la fin du match Genk-Mons, ils ont déroulé une banderole sur laquelle avait été écrit «Je bent de schaam van België» («Tu es la honte de la Belgique» : lien). Ce message à la fois naïf et provocateur a piqué au vif le président du club de Genk (sans doute irrité par une amende de… 600 € venue sanctionner le « Wallons c’est du caca » lors du match Genk-Standard de Liège arrêté par un arbitre francophone) et la direction montoise a aussitôt condamné l’initiative mal inspirée de ses supporters et présenté ses excuses (on n’a entendu personne, à Genk, s’excuser pour le chant de ses supporters). Les excuses ne suffisent pas, de toute façon : l’affaire est entre les mains de l’Union belge de football (lien). Qu’en pense le camarade montois qui veut sauver la Belgique ?

Ce qu’en retiennent beaucoup de Wallons, c’est qu’un tas de Flamands sont des nationalistes et même des racistes. Dans leur esprit, cela tient de l’évidence, comme le fait d’être belge et pas français. Les médias suivent la même pente naturelle, facile : c’est parce que la Belgique est leur pays que les Wallons sont choqués par ces « mauvais Belges » que sont les nationalistes flamands. La morale est de leur côté, Jacques Brel aussi, leur conscience identitaire est sauve. Ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas les Flamingants qu’ils vont aimer les Français. D’ailleurs, ils ne sont pas non plus très fiers de la Wallonie. Ils sont belges. Ça ne se discute pas. J’ai même entendu, l’autre jour, un monsieur déclarer que la Belgique est naturellement francophone (pas française) et que des « amis flamands » partageaient son point de vue (les autres étant des extrémistes).

Bon, d’accord. Quand les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

A toute fin utile, rappelons que les Flamands ont toujours été majoritaires en Belgique et que, depuis le 25 avril 1974, il n’y a plus eu de premier ministre wallon dans ce pays. Si Elio Di Rupo réussit à former un gouvernement au bout de ses interminables négociations, celui-ci ne sera pas soutenu par une majorité d’électeurs flamands sur la base des résultats électoraux de 2010. Bart de Wever est là pour le faire savoir à tout qui veut bien l’entendre (peu de monde en Wallonie mais beaucoup en Flandre) : la Belgique n’est plus une démocratie, il a même été le raconter aux Ecossais (lien). Puisque De Wever est un extrémiste ou à tout le moins un populiste, on sait bien qu’il raconte n’importe quoi, mais on ferait bien de noter que des universitaires flamands ont lavé le leader incontesté de la N-VA du soupçon de populisme (lien). Cet homme est donc respectable en Flandre. On peut évidemment qualifier les universitaires flamands de populistes eux-mêmes. Après tout, c’est un mot facile à utiliser quand il exprime un jugement de valeur. Le populisme est à la démocratie ce que le mal est au bien. Et par définition, le bien est du côté des « bons Belges » : critiquer les Flamands nationalistes est une forme d’hygiène démocratique (attention quand même aux dérives sémantiques et à la confusion des valeurs : en matière de populisme, c’est parfois « celui qui le dit qui l’est »).

La Belgique réelle, et pas fantasmée, est avant tout flamande. Il faut l’admettre une fois pour toutes. Or, en Flandre, waar Vlamingen thuis zijn, il n’est pas certain que les Wallons se sentent encore chez eux. Dans le même temps, la frontière avec la France s’estompe, au vu de ce qu’on peut lire dans la presse  (ici, ici et ici , pour ne prendre que des articles de la semaine écoulée). Mais quand donc les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

A les entendre, on y vit bien, dans ce pays de cocagne, et il serait fou d’en changer. Quitte à  donner raison à la N-VA qui dénonce un « fédéralisme de consommation », beaucoup de Wallons seraient avant tout sensibles au confort matériel. La peur de l’inconnu les maintiendrait dans la dépendance économique et psychologique de la Flandre. Argument dont la sentimentalité serait absente, auquel nous répondons par une autre question : la Flandre est-elle un bon placement ? A court terme ? A moyen terme ? A long terme ? Il suffit d’interroger les Flamands sur le sujet, si on ne craint pas les insultes. Il apparaît, au vu de ce qui s’écrit, de ce qui se dit ou de ce qui se chante au nord du pays, que les Wallons seraient bien inspirés de ne plus compter sur l’argent flamand pour assurer leurs fins de mois. Le but de la réforme de l’Etat, c’est de s’attaquer aux mécanismes de la solidarité fédérale, encore et encore. C’est le principal os à ronger de la Flandre. Il est temps pour la société wallonne de se projeter dans l’avenir et de chercher ailleurs le soutien dont elle a besoin pour déployer son potentiel.

Les effets conjugués de la 6e réforme de l’Etat et de la crise financière, avec la liquidation du holding communal, vont peser sur les budgets wallons, c’est une certitude. En attendant, la comparaison avec les pays limitrophes ne justifie pas un quelconque acharnement à rester belge. C’est la leçon à tirer de deux articles publiés la semaine passée. Dans le premier, on révélait que le coût des soins de santé, en Belgique, était plus dissuasif qu’ailleurs (lien) ; le constat était atténué par la satisfaction générale des consommateurs de soins, mais il n’y a pas de raison objective de penser que la médecine est meilleure en Belgique (en 2000, l’OMS a établi un classement selon lequel « la France fournit les meilleurs soins de santé généraux, suivie notamment de l’Italie, de l’Espagne, d’Oman, de l’Autriche et du Japon » : lien). Dans le second article, il était question des prix affichés dans les supermarchés de Belgique : ils sont 10 % plus élevés que dans les pays voisins, indique le SPF Economie (lien). Il ne s’agit pas ici de calculer dans le détail ce qu’on pourrait gagner ou perdre en liquidant la Belgique, d’autant plus que la situation est complexe et (dangereusement) mouvante, mais il est permis de relever le caractère irrationnel des justifications données au maintien d’un pays soumis à des tensions communautaires permanentes.

Bien sûr, la vérité des uns n’est pas la vérité des autres, et puis le cœur a ses raisons que la raison ignore. Il est permis d’avoir un point de vue au-delà de toute logique, surtout quand il est question de sentiment, de repère identitaire. Il n’y a pas d’évidence sans une part de croyance et c’est valable pour nous, bien sûr. Mais on voudrait quand même insister, car la Wallonie avance à reculons, nous semble-t-il : quand les Wallons feront-ils le deuil de la Belgique ?

G. R.

Allocations de chômage plus confortables en Belgique ?

Qu’on se le dise, on va toucher aux allocations de chômage en Belgique. En attendant, Le Vif/L’Express publie cette semaine un intéressant dossier sur le sujet.

A vous de juger…

Une autre question à se poser serait : qu’existe-t-il après la période de chômage dans les autres Etats ?

En France, par exemple, les municipalités, les départements, les régions et l’Etat interviennent à des degrés divers auprès de celles et ceux qui sont victimes du sous-emploi. Ces aides varient en fonction des majorités qui dirigent les différents niveaux de pouvoir.

(La comparaison ne serait pas complète s’il n’était rappelé que les prix à la consommation sont en moyenne 8 % inférieurs en France : voir l’article ci-dessus.)

Histoire de petits sous

M. Didier Rabosée nous envoie cet intéressant article.

Pourquoi « cents » et non pas « centimes » ?

C’est en France, sous le Directoire (1795-1799), que le système décimal fut pour la première fois introduit dans le monnayage par des pièces d’un décime ainsi que de un et cinq centimes. Le terme « centime » y figurait clairement en toutes lettres et se maintint jusqu’à nos jours dans le langage parlé et écrit.

En Belgique, sous le régime hollandais (1815-1830), les divisionnaires du florin étaient marqués d’un « C. » et dénommés « cent » (prononcez « sènt ») comme c’est encore le cas aujourd’hui aux Pays-Bas. Après l’indépendance, selon Didier Snauwaert et Fr. Duquet, la dénomination néerlandaise « sènt » subsista en Belgique dans le quotidien de la population pour les pièces en cuivre d’un et de deux centimes, de même module que les cents hollandais. Cet usage aurait même perduré jusque dans les années 1930 (1). C’est peut-être pour cette raison que, dès 1832, les premières pièces belges en cuivre portaient l’inscription CENTdont il est difficile de dire si c’était une abréviation de « centimes » ou si l’intention était d’éviter une rupture trop brutale avec le cent hollandais accepté par la population et encore largement en circulation. Dès 1861, une petite pièce en argent portait clairement la légende « 50 centimes ». Le terme centimes s’imposa ensuite dans la langue courante jusqu’à la disparition du franc belge. Le français de France et de Belgique restaient alignés l’un sur l’autre. A noter que sur les monnaies à légende néerlandaise, apparues en 1866, figurait « CENT n »   ou « Centiemen », ce dernier terme étant utilisé dans le flamand courant de la fin du XXème siècle.

Puis vint l’euro. Officiellement, un euro est divisé en cent cents (2). Sur les monnaies, pour des raisons liées à une nécessaire uniformité entre les différents Etats de la zone euro, figure « Euro Cent ».

En France, au départ, en vertu d’un avis du Conseil supérieur de la langue française il devait se prononcer comme le nombre cent (comme « sang ») (3). Toutefois, le règlement CE sur l’introduction de l’euro (2) disposait en son deuxième considérant que « la définition du mot « cent » n’empêche pas l’utilisation de variantes dans la vie courante dans les Etats membres ». C’est pourquoi, pour favoriser l’usage commode de la monnaie, la Commission générale de terminologie et le Conseil national de la consommation, ont prescrit que le terme « centime » devait être utilisé (4). Pour sa part, le Code monétaire et financier dispose que « La monnaie de la France est l’euro. Un euro est divisé en cent centimes » (art L111-1). L’emploi du terme « centime »  fut spontané et se répandit dans la population, balayant le mot « cent » (comme sang) ou « eurocentime », un temps toléré durant la période transitoire. Dans les autres pays latins de la zone euro, le même usage prévalu : céntimo en espagnol, cèntim en catalan, cêntimo en portugais (5). En Italie, centimes se disent centesimi.

En Belgique francophone, la position de la Communauté Wallonie-Bruxelles s’aligna sur celle de la France. D’une part, un avis d’avril 1998 du Conseil supérieur de la langue française (de Belgique) sur la dénomination de la monnaie divisionnaire de l’euro disposa que le terme officiel « cent » apparaissant sur les monnaies devait se prononcer comme l’adjectif numéral cent, c’est-à-dire comme « sang ». Toutefois, poursuit le texte, « Dans la communication courante entre francophones, le Conseil supérieur de la langue française recommande d’utiliser le mot centime en lieu et place du terme cent. Ce mot est en effet connu du plus large public et pourra utilement se substituer à cent comme appellation usuelle de la centième partie de l’euro ». Il ajoute « L’avis ici rendu est conforme à la position adoptée, en France, par la Commission générale de terminologie et de néologie, et approuvée par l’Académie française » (6). En outre, une recommandation adoptée le 20 juin 2001 par ce même conseil préconisa de nouveau l’emploi du bon vieux mot centime (7). Le parallélisme franco-belge était assuré. Cependant, en Flandre, le terme cent, prononcé « sènt » s’imposa facilement : respect de l’appellation officielle et proximité linguistique évidente.

Aujourd’hui, paradoxalement, dans l’usage courant en Wallonie et à Bruxelles, l’appellation « cent » est le plus souvent préférée à « centime », et ceci contre l’usage en
France, contre notre propre usage au cours de la circulation du franc belge, contre l’avis des autorités monétaires et linguistiques tant françaises que belges francophones, contre l’usage des autres pays latins. Comment une telle trahison de notre langue est-elle possible ? Une seule explication semble s’imposer : ce nouveau belgicisme, comme tant d’autres, provient de l’influence de la langue flamande, renforcée par le caractère officiel de la légende figurant sur les pièces.

A chacun de choisir !

Didier Rabosée

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde