Discours trompeurs

Jules Gheude, essayiste politique  – « Le Vif » du vendredi 13 décembre 2012

Le ministre wallon André Antoine a manifesté sa désapprobation quant à l’enquête réalisée par l’ULg, qui révèle que le fossé entre le Flandre et la Wallonie ne cesse de se creuser. Et de dire non à la Wallonie de la désespérance.

De son côté, Philippe Suinen, le patron de l’Awex, se réjouit d’une progression de 35% du nombre de dossiers d’investissements en provenance de l’étranger, avec une création de 2.064 jobs.

On se souvient des propos tenus par le général de Gaulle  au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain : « C’est votre drame d’appartenir à un Etat qui assistera impassible à votre déclin. (…) Tâchez de vous trouver des chefs jeunes qui diront la vérité au peuple et mobiliseront ce qui en reste. »

Force est malheureusement de constater que cette catégorie d’hommes fait défaut en Wallonie. Il est temps d’en finir avec la méthode Coué et voir la réalité en face : un taux de chômage wallon proche des 15% et une dette publique de 14,5 milliards d’euros, financements alternatifs compris.

 La vérité est que la Flandre connaît le sens du verbe « gérer ». Elle termine 2011 avec un excédent budgétaire de 97 millions d’euros.

 On a vu récemment son ministre-président Kris Peeters se rendre en Libye avec une délégation d’entrepreneurs. Objectif : oeuvrer à la reconstruction du pays. Du concret ! Pendant ce temps, l’Awex effectue une mission « exploratoire »…. en Guinée équatoriale, dont il est permis de douter de son utilité réelle.

 Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2010, la Flandre a exporté pour 164 milliards d’euros, hors transit du gaz naturel. Les exportations wallonnes, elles, s’élèvent à 38 milliards d’euros. Un rapport de 1 à 4,3 ! Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser ! (…)

 Les autorités wallonnes ne manquent jamais une occasion de rappeler fièrement que la Région héberge de grands ensembles industriels, tels que Microsoft, Google, Johnson & Johnson… Mais attention au risque de délocalisation, comme l’a rappelé, en mai dernier, Vincent Reuter, l’administrateur délégué de l’UWE. Souvenons-nous de ce qui s’est passé, en 2006, lorsque la firme américaine Eli Lilly a décidé de fermer son centre de recherche de Mont-Saint-Guibert. Les aides d’Etat dont bénéficient des sociétés florissantes ne les empêchent  pas, pour des raisons  stratégiques et financières, de licencier à plus ou moins grande échelle.

 C’est sur la mise en place d’un tissu dense de PME que la Wallonie doit miser. Et de Gaulle avait raison : « Seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. »

Une bonne nouvelle

Une bonne nouvelle à plus d’un titre : la sécurité des usagers du rail va enfin être mieux assurée. L’industrie wallonne en retirera un avantage certain et enfin des liens renforcés entre Alstom Charleroi et sa société-mère française ne pourront qu’être bénéfiques.

Lu sur le site du « Vif » ce 12.01.12

Infrabel et Alstom ont signé un contrat-cadre d’un montant de 29,5 millions d’euros afin de «poursuivre le déploiement du système de sécurité ferroviaire européen sur le réseau belge», ont précisé mardi les deux entreprises dans un communiqué commun.

Concrètement, le gestionnaire ferroviaire Infrabel a attribué au français Alstom le marché portant sur la fourniture d’équipements TBL1+ et ETCS, «deux technologies assurant le freinage automatique en cas de dépassement de la vitesse autorisée à l’approche d’un signal imposant l’arrêt, ainsi que le freinage automatique en cas de franchissement de ce signal».

«A l’origine, ce sont les 10.747 signaux du réseau ferroviaire belge qui devaient être équipés de balises, précisent les deux entreprises. Grâce à ce contrat, les 4.000 derniers signaux seront dotés de ces technologies essentielles à la sécurité.»

La livraison des équipements, développés par le site Alstom de Charleroi, est prévue de 2013 à 2018.

La France va-t-elle si mal que cela ?

Lorsque l’on a pour projet, celui de notre mouvement, une Communauté de destin entre la Wallonie et la France, il n’est pas inintéressant de confronter deux opinions qui répondent à une question aussi cruciale que : « La France va-t-elle si mal que cela ? ». Dans les jours qui viennent, je me ferai un plaisir de répondre à une autre question : « L’Allemagne est-elle l’exemple à suivre par les autres pays européens ? »

Paul Durieux

Chaque semaine pendant la campagne, Yahoo! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur.fr sur un même thème. Cette semaine, Elisabeth Levy de Causeur.fr et Pascal Riché de Rue89 s’interrogent sur l’état de la France. La situation est-elle aussi mauvaise qu’on le laisse entendre parfois ?


Le fantasme du « peuple d’enfants gâtés »

 Par Pascal Riché

Les Français souffrent, la République est méprisée, le pacte social est attaqué, la France est dégradée… François Hollande, candidat souriant du «rêve français» et de la «jeunesse», a choisi d’ouvrir l’adresse aux Français qu’il a publiée dans Libération en brossant une image de notre pays aussi joyeux que le fond d’une tombe. Le candidat d’opposition est dans son rôle : noircir le tableau, c’est noircir le bilan du sortant. Quel candidat d’opposition s’en est jamais privé ?

Quelques jours plus tôt, dans ses vœux aux Français, Nicolas Sarkozy décrivait une crise «inouïe» qui menace d’entraîner la France dans la tourmente. Lui aussi parle des Français qui souffrent. Il n’accuse pas le Président sortant, ce que l’on comprend aisément, mais incrimine «trente années de désordres planétaires dans l’économie, le commerce, la finance, la monnaie». Planétaire signifiant ici «non français».

Musique culpabilisatrice

Ma consœur de Causeur, Elisabeth Lévy, qui se définit comme «pas de gauche», m’a proposé, dans le cadre de notre «battle» hebdomadaire, de mettre en question ce sombre diagnostic. Selon elle, on exagère un chouïa la situation de la France (allez donc voir les conditions de vie des autres Terriens), et en accusant sans cesse la haute finance internationale, les Français (ces enfants gâtés), ne prendraient pas leurs responsabilités. Si on est dans le pétrin, ce serait parce qu’on l’aurait choisi, accepté. Après tout, quand la Bourse flambait dans les années 1980, les Français acclamaient avec liesse la libéralisation de la finance.

Je connais bien cette petite musique : celle qui consiste, au nom du «sens de la responsabilité», à faire porter sur les Français le poids de ce qui leur arrive. Dans les années 90, à l’époque où le chômage grimpait en flèche à la suite d’une politique monétaire désastreuse, cette musique culpabilisatrice était déjà jouée par les défenseurs de la libéralisation financière engagée la décennie précédente.

Qu’on se souvienne de cette note de la Fondation Saint-Simon, le think tank de la gauche «raisonnable», intitulée «La préférence française pour le chômage». Les Français, expliquait son auteur, Denis Olivennes, avaient implicitement choisi d’accepter un niveau de chômage élevé, prix à payer pour préserver leur modèle social.

Puis a déferlé, le temps d’une mode intellectuelle, la horde des «déclinistes» précédés de leurs mines lugubres, annonçant que la France «tombe». En creux, derrière ce courant de pensée, gisait l’idée que la France n’est pas capable de «s’adapter» au monde nouveau, préférant se lover dans ce qui lui reste de modèle social. Là encore, le remède suggéré passait par sang, sueur et larme.

Il n’y a pas de «préférence française» pour la crise

Le débat sur la dette publique a remis au goût du jour la petite musique sacrificielle. Après tout, nous explique-t-on, c’est parce que les Français ont préféré se complaire dans un confort indécent (des retraites longues, les 35 heures, des services publics luxueux…) qu’ils lèguent à la génération suivante une dette insoutenable… La génération 68 (forcément des jouisseurs sans entrave !) est responsable. Il est temps de renouer avec l’effort et le travail, de sortir de notre aveuglement collectif, bla-bla-bla.

Tous ces discours ont en commun de rendre le peuple responsable de politiques erronées mais qui ont profité le plus souvent aux Français les moins modestes de ce pays. Je ne crois pas que les chômeurs aient jamais acclamé la libéralisation financière dans les années 80. Je ne pense pas que les précaires aient glorifié la politique monétaire restrictive des années 90. «Ceux qui sont pour le franc fort, ce sont ceux qui ont des francs», plaisantait avec lucidité l’économiste John Kenneth Galbraith, de passage en France.

Quant à la croissance de la dette, penser que les 50% des Français les plus modestes, qui se partagent seulement 6% du patrimoine, en sont responsables est assez risible… quand on sait que les 1% du haut de l’échelle détiennent désormais 24% des richesses.

Il n’y a pas plus de «préférence française» pour la dette qu’il n’y en a pour le chômage ou pour le retour des rentiers. Il y a des choix politiques erronés, mais — et c’est la bonne nouvelle — réversibles.

Hollande comme Sarkozy ont raison d’être sombres dans leur description de l’état du pays et de constater que la France «souffre». Le problème, c’est que ces remèdes qu’ils proposent, jusque-là, sont loin d’être à la hauteur de l’enjeu. Hollande n’a, de ce point de vue, pas encore réussi à se démarquer clairement de Sarkozy. Il veut faire « mieux », au lieu de faire autre chose.

Face à la gravité de la crise, c’est l’ensemble du lien social qu’il faut repenser, c’est un autre modèle de société qu’il faut inventer. Avec un peu de chance, 2012 sera ce que tous vos amis (et moi-même) vous souhaitent cette semaine : une bonne année.

Pascal Riché

Aller plus loin sur Rue89 :

Après la France, l’empire américain angoisse sur son déclin

 2012, année apocalyptique ?

 Par Elisabeth Levy

Pour vous je ne sais pas, mais pour moi, 2012 c’est déjà mal barré. Il y a une semaine, je me trouvais chanceuse de vivre dans un pays où les raisons de rigoler ne manquent pas — et je ne parle pas seulement des célèbres colères de la présidente Choly. Dans les dernières blagues de 2011, j’aime particulièrement celle où Bertrand Delanoë autorise une paroisse à exposer une Crèche à condition qu’elle soit dépourvue de toute connotation religieuse — dans l’une de ces immondes petites baraques blanches qui, chaque année à la même époque, défigurent plusieurs avenues parisiennes. Je me disais qu’on allait bien s’amuser avec la chouette baston présidentielle qui s’annonce. Autant vous dire que c’est réussi. En une semaine, avec leurs vœux, nos aimables politiques m’ont flanqué un cafard monstre. Droite, gauche, majorité, opposition, pas un pour rattraper l’autre. Pour une fois qu’ils sont tous d’accord, c’est pour nous répéter qu’on en bave et qu’on va en baver encore plus. Ça a commencé le soir du 31 avec les vœux du Président qui nous a dit que c’était la crise la plus grave qu’on ait connue depuis 1945 et que ça ne faisait que commencer. Et j’ai décidé d’arrêter après avoir lu la lettre de François Hollande — oui, François Hollande m’a écrit. Mais je mentirais en disant qu’il m’a remonté le moral. Il me raconte que la France est «abaissée, affaiblie, abîmée, dégradée». Il aurait au moins pu faire l’andouille, je ne sais pas, lever les bras comme un tire-bouchon en promettant qu’elle serait bientôt libérée. Bernique.

Benoît Hamon accuse le Président, le Président accuse la finance. Chacun joue sa partition, mais on dirait qu’il n’y a que des marches funèbres en rayon. De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, c’est la même chanson : nous vivons un enfer. Les Français endurent de graves difficultés et même de terribles souffrances. Je me demande si c’est moi qui vis sur une autre planète ou si nous avons collectivement perdu tout contact avec le réel. Les gens que je croise dans la rue, le RER ou la vie ne paraissent pas tous désespérés — d’accord, ça ne se voit pas forcément — ni affamés, ni misérables. Au cas où ça vous aurait échappé, le week-end qui a marqué la fin des vacances scolaires a été classé «rouge» par Bison futé, peut-être des gens partis chercher à la campagne de quoi échapper aux duretés du rationnement.

Vous trépignez ? Relisez Les raisins de la colère : en 1929, des petits fermiers américains mouraient de faim pour de vrai. En 1960, alors que la France s’adonnait au bonheur de la croissance, des familles voyaient leur fils partir à la guerre. Et aujourd’hui, dans l’Espagne voisine, des centaines de milliers de personnes ne perçoivent plus le moindre revenu.

Je sais que des millions d’entre nous sont déjà condamnés au chômage et que beaucoup vivent dans l’angoisse d’y passer. Je sais qu’on attend des heures aux urgences des hôpitaux, que le RER est souvent en grève ou en panne, que la machine à laver ou la voiture qui lâchent peuvent être une catastrophe pour un budget calculé à dix euros près. Je sais que des mères seules doivent compter sur le Secours populaire ou les Restaus du cœur pour nourrir leurs gosses. Je sais que 7,5 % des Français vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec 800 euros par mois. Je sais enfin, et c’est peut-être le plus grave, que certains de mes concitoyens travaillent sans pouvoir vivre décemment du fruit de leur travail.

Mais il n’est pas sûr que ce soient ceux qui souffrent le plus qui se plaignent le plus. Certes, la vie des Français appartenant aux classes moyennes comme vous-et-moi est plus difficile que dans les périodes plus fastes. Nos banquiers nous refusent des crédits et nous enquiquinent pour un misérable découvert. Pour aider le petit dernier à s’installer, il a fallu passer les vacances en Bretagne plutôt qu’aux Bahamas. Nous hésitons à aller voir un médecin dès que nous nous sentons vaguement patraques. Il faut expliquer aux mômes qu’ils doivent choisir entre la dernière console de jeux et les baskets dernier cri.

Je ne veux pas vous faire le coup des petits Chinois qui meurent de faim mais peut-être sommes nous un peu des enfants gâtés. A force de brailler sur le supposé détricotage de notre modèle social, on ne voit pas que le filet social, même avec des mailles plus larges qu’hier, offre une sécurité impensable il y a seulement 30 ou 40 ans et toujours inconnue dans les prétendus eldorados que sont les pays émergents. À titre indicatif, la France consacre plus de 30 % de son PIB à la protection sociale ce qui en fait la championne des pays européens. Nous nous étranglons de rage parce qu’il y a des gens très riches, ce qui personnellement ne m’empêche pas de dormir, et préférons ignorer que 60 des revenus distribués sont des revenus de transfert — ce qui aux yeux d’un Américain fait de la France un pays communiste. Nous pleurons sur notre sacro-saint pouvoir d’achat, alors que beaucoup d’entre nous ont une existence matérielle plus confortable que celle de leurs parents sous les mythologiques Trente glorieuses. Et pour finir nous accusons l’État qui n’en fait jamais assez pour nous.

Bref, nous sommes devenus un peuple de créanciers : toujours victimes, jamais responsables. Alors, que nos dirigeants aient fait de mauvais choix, c’est plus que probable. Mais outre que nous les avons élus, ces dirigeants, et que nous élirons encore, ces choix nous les avons acceptés et même souhaités. Nicolas Sarkozy a dit que la crise, c’était la faute à «la finance». Sauf qu’on trouvait tous ça chouette la finance quand, en boursicotant avec trois sous on pouvait en gagner 20 sans rien faire. Nous sommes justement révoltés par les délocalisations mais pensons qu’acheter un écran plat ou un i-Phone à bas prix est un droit de l’homme. D’où la palinodie sur la TVA sociale. Qu’il faille financer la protection sociale, cela relève de l’évidence — encore que certains semblent imaginer que l’État a un magot provenant d’autre chose que du fruit de notre travail à tous. Il s’agit de choisir si nous préférons être imposés quand nous travaillons ou quand nous consommons — et en l’occurrence quand nous consommons des produits importés de pays à bas coûts salariaux. Mais nous, nous voulons produire français et acheter chinois. Pourquoi se casser la tête ? Protestons contre les effets dont nous chérissons les causes.

Alors, plutôt que de pleurnicher sur notre sort, peut-être devrions nous nous intéresser pour de vrai, et pas seulement en écrasant une larme devant un JT, à ceux qui ne s’en sortent pas — et dont le problème n’est pas d’avoir pris une semaine de vacances et pas deux à Noël. D’accord, tout va mal, mais au risque de passer pour atrocement ringarde, je suis sûre que ça ira mieux quand, au lieu de recenser en boucle tout ce que notre pays ne fait pas pour nous, nous nous demanderons ce que nous pouvons faire pour notre pays – et pour commencer pour notre voisin qui est vraiment dans la mouise. Tant pis si cela nous oblige à repousser de six mois l’achat d’une nouvelle bagnole.

Elisabeth Lévy

L’emploi en Wallonie

Le point de vue de Jean-Sébastien Jamart (dans « Vers l’Avenir » du vendredi 6 janvier 2012)

En lisant l’interview de Monsieur Antoine parlant de l’embellie de l’emploi en Wallonie, je me suis dis que si notre ministre était présentateur météo, il dirait qu’il fait beau en Wallonie depuis un mois !

Le taux de chômage baisse en Wallonie, mais cela implique-t-il que l’emploi s’améliore en Wallonie ? Pas nécessairement. Si le taux de chômage baisse en Wallonie, cela est dû en grande partie à la « chasse aux chômeurs ». Si les chômeurs exclus du chômage relèvent ensuite du CPAS ou tombent dans la précarité, cela n’améliore pas le niveau économique dela Wallonie et son taux d’emploi ! Si les emplois occupés par les chômeurs wallons se trouvent à Bruxelles, en Flandre ou à Luxembourg-ville, alors la situation économique des Wallons ne s’améliore pas en raison  de la politique de Monsieur Antoine.

Le chiffre important à connaître pour juger de l’efficacité de la politique de Monsieur Antoine est le chiffre absolu des postes de travail créés sur le territoire wallon et des revenus qu’ils produisent.

Certains chiffres tournaient ces dernières années autour de seulement 780.000 postes de travail en Wallonie ! Si tel était le cas, le chemin à parcourir par Monsieur Antoine serait encore long, quand on sait que la dette de la Région wallonne avoisine 8 milliards d’euros (14 milliards d’euros si on se fie aux chiffres donnés par Monsieur Willy Borsus, L’Avenir 10 septembre 2011).

Imaginons qu’un jour l’IPP soit régionalisé et que la dette wallonne soit payée par les impôts des seuls revenus produits sur le territoire wallon, cela impliquera un supplément d’impôt de 10.000 euros par poste de travail en Wallonie, à répartir sans doute sur plusieurs années mais, tout de même, quel enfer fiscal en perspective !

Dévoiler le chiffre absolu de postes de travail en Wallonie en début de mandature et en fin de mandature, ainsi que celui de la dette réelle dela Région wallonne, serait donc bien éclairant pour voir si la politique économique du gouvernement wallon a été réellement efficace et si nous devons, nous les électeurs, reconduire nos ministres dans leurs fonctions.

Vœux pour 2012

Je voudrais tout d’abord remercier les visiteurs de notre site qui, né en mai 2011, a reçu à ce jour 14 803 visites.

A nos membres, je voudrais adresser un merci très chaleureux. Sans eux, nous n’existerions pas et le fait de voir notre nombre de membres grossir de jour en jour est pour nous le meilleur des encouragements.

A l’heure où nos dirigeants politiques nous prédisent une année de souffrance, je veux imaginer avec vous le rêve d’un monde qui comprenne que le bonheur commence avant tout par la Paix et ses deux corollaires, l’Equité et la Fraternité. C’est ce que je vous souhaite très ardemment pour 2012. A ces Valeurs, j’ajouterai la Liberté.

Il est incontestable que nos idées progressent malgré des médias qui ne nous ont pas fait de cadeau en 2011. Que d’articles refusés par la presse écrite ou de commentaires tendancieux quant à des travaux au caractère  scientifique indéniable produits par nos membres. 

Que d’absences de journalistes lors de colloques ou de conférences où l’un de nous était invité à développer un point de vue qui osait s’éloigner de la pensée unique des présidents de partis francophones du régime belge. Et pourtant…

Que de confidences de membres de ces mêmes partis nous disant qu’ils se posaient la question de savoir si nous n’avions pas raison. Leur Raison les amenait à se poser la question fondamentale quant à l’avenir de la Wallonie : celle de la viabilité d’un Etat fédéral belge taraudé par des partis flamands qui avancent masqués l’oeil rivé sur le parti majoritaire de Flandre, la N-VA.

Le gouvernement Di Rupo n’est qu’une étape avant celle des élections communales et provinciales d’octobre 2012. Le début de l’étape est balbutiant avec des décisions qui socialement font mal et, déjà, de nouvelles exigences de régionalisation pointent. Elles aussi auront une forte incidence sur la vie de tous les jours des Wallons.

La troisième étape, celle des élections fédérales de 2014, verra la surenchère flamande. L’exigence d’une progression du confédéralisme sera à l’ordre du jour et la crise internationale ne fera qu’exacerber les appétits flamands. Nous connaissons la rengaine : la Flandre fait mieux ce qu’elle fait elle-même sans traîner derrière elle le boulet wallon au travers de l’état fédéral.

N’est-ce pas Béatrice Delvaux qui a dit que le gouvernement Di Rupo serait peut-être le dernier gouvernement fédéral belge ? Est-il dès lors sage de continuer à croire en une Belgique fédérale sans étudier sérieusement dès maintenant toutes les solutions qui s’offrent à la Wallonie ? La Fédération Wallonie-Bruxelles ? Une Wallonie indépendante ? Une communauté de destin avec la France ? Dans ce dernier cas, quel type d’association, d’intégration, d’adossement, d’assimilation à négocier avec la France ?

Autant de questions qui appellent des réponses claires et sérieuses. J’y ajouterai l’urgence. Ce sera plus que jamais la ligne d’horizon de l’ A.W.F. et du G.E.W.I F de notre ami Jules Gheude. Je note avec plaisir que nous avons terminé 2011 avec une conférence le 08 décembre à Charleroi et que 2012 verra, à Liège, dès le 19 janvier, Jules Gazon répondre aux questions que se pose tout Wallon qui a le souci de l’avenir de nos enfants et petits-enfants.

Que 2012 soit pour vous l’année où vous aurez à coeur de peser sur l’avenir de notre région est aussi, après l’indispensable santé, le souhait que je formule avec force et sagesse.

Fraternellement,

Paul Durieux

La FWB sous la loupe de Jacques Lenain

Une analyse de Jacques Lenain publiée récemment sur le site du GEWIF. Ce texte est long mais important.

En cette année 2011, face à la pression de la Flandre nationaliste et en pleine négociation de la sixième réforme de l’État exigée par elle, les quatre partis politiques franco-belges de gouvernement (PS, MR, CDH, Ecolo) ont cru opportun d’annoncer conjointement la création d’une «Fédération Wallonie-Bruxelles», une «idée» en gestation depuis 2008. La déclaration de principe relative à cette «Fédération» a été suivie d’une délibération de la «Communauté française de Belgique», l’une des six entités de la Belgique fédéralisée, par laquelle elle adoptait, unilatéralement, cette dénomination «fédérale», à la place de son appellation «communautaire», pourtant établie par la Constitution belge. Une «Fédération Wallonie-Bruxelles» (FWB), de quoi peut-il s’agir : est-ce une simple «idée», sans consistance, ou un véritable «projet», en voie d’élaboration ? On remarquera que la presse d’information franco-belge comme les milieux juridiques compétents se sont gardés de procéder à l’analyse de cet «objet», de sa teneur effective et de sa portée véritable. Pour tenter d’amorcer ici cette analyse, une distinction fondamentale s’impose : que peut être la FWB dans le cadre belge, en prenant en compte la réforme annoncée de l’État, et que pourrait-elle être dans l’après-Belgique, une fois le Royaume désintégré ? 

I.- LA FEDERATION WALLONIE-BRUXELLES DANS LE CADRE BELGE ?

A. Par construction, la «prise de distance» progressive de la Flandre d’avec la Belgique contribue, mécaniquement, à « rapprocher » la Wallonie et Bruxelles, deux entités «francophones» acculées dans une étroite et courte impasse par la volonté flamande d’émancipation totale, toujours plus exigeante. Une impasse « existentielle » commune, puisque les dirigeants et populations de Wallonie et de Bruxelles se voient toujours comme pleinement « belges ». Une impasse également financière pour l’une et l’autre, et surtout pour la Wallonie, qui ne peut maintenir ses services publics et sa protection sociale sans les transferts financiers venant de Flandre, et aussi de Bruxelles, par le canal de l’État fédéral. Et une impasse territoriale pour Bruxelles, du fait d’un encerclement flamand absolu et agressif, que l’accord institutionnel d’octobre 2011 va contribuer à renforcer (scission «actée» de l’arrondissement électoral et judiciaire de «BHV»). Contrairement à la Flandre, pour qui Communauté et Région sont fusionnés, et qui tire une partie de sa force de cette unité, exprimée par un unique Parlement et un unique Gouvernement, l’attelage «francophone» est formé de deux Régions et de sa Communauté française, avec donc trois Parlements et trois Gouvernements (avec la contrainte majeure supplémentaire que le Gouvernement et le Parlement bruxellois sont sous le contrôle des élus flamands…). Les procédures institutionnalisées de représentation politique partagée et de travail en commun entre les organes de ces trois institutions restent de faible portée. Et la Communauté, commune aux deux espaces régionaux, en charge des affaires de langue, d’éducation, culture et de certaines questions sociales, fort critiquée pour ses dysfonctionnements, ne joue pas le rôle de trait d’union attendu. Aussi, à première vue, l’annonce, dès 2008, de la constitution d’une union wallo-bruxelloise au sein de l’État belge pour contrer l’activisme nationaliste flamand, consacrée trois ans plus tard par cette « idée » d’une « Fédération Wallonie-Bruxelles », qui souligne la proximité qui existe entre ses deux membres, qui permet d’affirmer une union des deux entités face à la Flandre, et qui fait consensus entre les quatre principaux partis «franco-belges» (cinq maintenant depuis la séparation entre MR et FDF), ne peut que recevoir l’approbation des « francophones » de Belgique. Cette exigence d’unité des deux entités a de plus pour avantage de donner à croire qu’elle peut constituer le moyen de préparer, entre « francophones » de Wallonie et de Bruxelles, et tout en restant à l’intérieur du cadre belge, un avenir toujours commun dans le cas où le lien avec la Flandre viendrait à se rompre. Ce faisant, elle a pour vertu de faire opposition aux tendances centrifuges de certains milieux wallingants et «bruxellisants», donc de faire barrage à l’idée alternative d’une Bruxelles «Cité-État» à vocation internationale (vision angélique qui ignore superbement son encerclement territorial par une Flandre durablement hostile et annexionniste), et d’une Wallonie «État indépendant» (comme si la population d’une non-nation pourrait supporter durablement une baisse brutale de son niveau de vie de l’ordre de 20 %…).

B. Mais cette « idée » de « Fédération Wallonie-Bruxelles », si on ne le précise pas, n’aide en rien à concevoir et à bâtir une entité (sans la Flandre) qui serait réellement commune à la Wallonie et à Bruxelles. En effet, l’idée ne suffit pas. Il faut savoir si derrière ce terme il y a un « concept », un «projet», dont la substance peut contribuer réellement à renforcer le lien entre les deux membres de la « Belgique française ». Il faut donc pouvoir et oser dire vers quel statut, « interne » (« national ») et « externe » (« international »), peut cheminer le couple Wallonie-Bruxelles, parallèlement à l’affirmation de l’État-nation flamand, pour donner corps à cette «Fédération». D’abord dans le cadre de la « Belgique flamande » actuelle, puis, si elle en sortait, dans un nouveau cadre, ce qui reviendrait alors à la création d’un nouvel État, un État franco-belge (car on le rêve aussi semblable que possible à l’éternelle Belgique…). Or, on a beau chercher, on ne trouve pas le moindre indice qui donnerait de la substance à cette « Fédération », à commencer dans le présent cadre belge. Et les quatre choses juridiquement certaines que nous pouvons identifier nous disent bien tout le contraire. Le premier élément certain est que les instances de la Communauté française de Belgique ont décidé de rebaptiser « FWB » la dite Communauté. N’est-ce pas déjà un excellent indicateur que la Fédération n’est rien de plus que la Communauté ? Le second élément, plus lourd encore, est qu’il n’existe pas (et ne pourra exister) de délibération du Parlement bruxellois approuvant cette « Fédération » et portant adhésion de Bruxelles à celle-ci, contrairement à ce qu’a fait le Parlement wallon. Or comment une «Fédération» qui prétend associer la Wallonie et Bruxelles pourrait-elle exister en se passant de l’approbation/adhésion de l’un de ses deux membres ? Le troisième élément, complément du second, est que si le Parlement wallon a pu proclamer son «adhésion» à cette «idée» fédérale, il n’y a pas de «contrat» fédéral qui lie la Wallonie et Bruxelles. Dit autrement, Bruxelles ne peut « contracter » avec la Wallonie, ni même avec la Communauté… tout simplement parce que les pouvoirs flamands, dont le pouvoir flamand au sein même des institutions régionales bruxelloises (droit de veto), ne pourraient que s’y opposer et l’empêcher… Le quatrième élément, parfaitement éclairant, tient à ce que, dans l’accord institutionnel de réforme de l’État acté en octobre dernier par les quatre partis politiques «francophones» et quatre partis flamands, cette «Fédération» n’est nullement mentionnée, même sous forme allusive. Il apparaît que les partis «francophones» ne l’ont pas demandé… et que les partis flamands n’ont cure de cette « idée » francophone puisque, après avoir protesté très mollement au moment de la «déclaration» de cette «FWB», ils ont complètement oublié le sujet… Ainsi, dans l’accord d’octobre dernier, c’est toujours la « Communauté française de Belgique » qui est mentionnée pour recevoir des attributions nouvelles et des financements complémentaires, et non une quelconque «Fédération». Ici, il faut remarquer que le parti FDF a bien déposé une proposition d’organisation de cette Fédération, en mars 2011 : un Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles avec douze ministres : huit Wallons, deux ministres bruxellois «francophones», un ministre «germanophone» et un ministre bruxellois «néerlandophone» (sans droite de veto) ; un Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, élu au suffrage universel sur la base de trois collèges électoraux (wallon, bruxellois et «commun», avec respectivement 30%, 30% et 40% des sièges). Cette proposition, très partielle, n’a pas été défendue ensuite par ce parti, ni même commentée par les autres partis, qui se sont bien gardés de proposer quoi que ce soit. Et pour cause : il est invraisemblance qu’un tel «projet» puisse voir le jour dans le cadre du Royaume belge, pour les motifs juridiques et politiques précités. C’est donc clair : cette « Fédération Wallonie-Bruxelles » n’a et ne peut avoir aucune existence dans le cadre juridique et étatique belge : c’est un « objet » non identifiable, qui restera sans traduction juridique, du fait de l’impossibilité absolue d’inscrire son existence dans la Constitution belge, et de lui donner des attributions autres que celles que ladite Constitution reconnaît à la «Communauté française de Belgique». Celle-ci, constitutionnellement reconnue, qui gère des matières relatives aux personnes « francophones » de Wallonie et de Bruxelles, n’a aucune autorité sur les deux Régions (pas plus que la Communauté/Région flamande ne peut avoir de compétence sur la Région bruxelloise), ni la moindre compétence pour les représenter. Même rebaptisée «Fédération», elle n’en a pas plus, et n’en aura pas davantage après la mise en œuvre attendue de la sixième réforme de l’État. Et il en sera ainsi jusqu’à la fin de l’État belge. Donc, cette « création », sans aucune base légale, et sans aucune conséquence légale et opérationnelle, d’une « Fédération » Wallonie-Bruxelles, est fausse. Elle est purement «déclarative». Elle constitue juste une posture verbale de la classe politique « francophone » pour camoufler (très mal), devant un électorat désorienté et des élites déboussolées, sa reculade continue devant la Flandre et son désarroi stratégique. Ainsi, dans le cadre de l’Etat belgo-flamand tel qu’il est et restera, la « Fédération Wallonie-Bruxelles » est un simple slogan «contre-flamand», une posture de «résistance sans risque» à destination de la population «francophone».

C. Cependant, devant la nécessité de préparer une après-Belgique, soit d’imaginer un État sans la Flandre, pour la Wallonie et pour Bruxelles, on peut prétendre que cette «idée» de «Fédération» pourrait être l’expression d’une démarche «anticipatrice» de la construction d’un projet d’Etat fédéral wallo-bruxellois. Et, certes, c’est bien l’une des missions essentielles des partis politiques franco-belges, désormais largement convaincus qu’ils vivent les dernières années d’un État commun avec la Flandre, de se préparer et de préparer la Wallonie et Bruxelles à cette échéance qui se rapproche. Mais, au titre d’un futur post-belge, rien ne peut être envisagé ni dit de sérieux, aujourd’hui, au sein de la communauté « francophone », par les forces politiques franco-belges, sur le sort à venir du couple wallo-bruxellois une fois que la Flandre sera devenue pleinement indépendante, car tenter, aujourd’hui, de «préciser» publiquement ce que pourrait être cette «Fédération» future serait une atteinte grave à la loyauté due au présent Royaume et à son présent Roi… Une loyauté qui est commune aux quatre (cinq depuis peu) partis politiques « francophones » et à toutes les « élites francophones », et qui donc les paralyse. Si, somme toute, le fondement du concept de « Fédération Wallonie-Bruxelles »… est de poursuivre la Belgique… encore avec la Communauté/région Flandre tout en lui résistant, il serait totalement prématuré, pour ces partis toujours si «belges», de mettre sur la table un «projet» élaboré de Fédération Wallonie-Bruxelles qui prévoirait de la poursuivre sans elle… Dès lors, on le voit, cette «idée» d’un «État fédéral Wallonie-Bruxelles», d’un futur État sans la Flandre, reste bien foncièrement « belgicaine », en ce sens qu’elle n’est rien de plus qu’une formule incantatoire, un songe informe, qui ne fait -et ne fera- l’objet d’aucune représentation/description dans quelque document public que ce soit. Quelles institutions communes, quel partage des compétences, quelle solidarité fiscale, quels financements des dettes et des charges courantes pour cet État futur, cette future Fédération ? On peut mettre au défi, sans prendre le moindre risque, quiconque se voudrait l’avocat de cette future «Fédération Wallonie-Bruxelles» de rédiger un tel document, qui en décrirait les attributs, l’organisation, la répartition des pouvoirs, etc., et de défendre un tel «projet». Un mystère total, donc, que la préparation de cette construction fédérale «francophone» imaginaire, et qui le restera. Tout le contraire de ce qu’il en est s’agissant de l’État flamand en devenir, déjà préexistant au sein même du Royaume, par le moyen d’un Parlement et d’un Gouvernement commun à la Région et à la Communauté, et pour la construction duquel les nationalistes flamands sont toujours à inventer et à construire de nouvelles attributions précises pour le parachever (comme c’est le cas avec cette sixième réforme de l’État) qui sera donc prêt quand il prendra son envol (après la septième). Au final, cette «annonce» d’une Fédération Wallonie-Bruxelles, loin de traduire un rapprochement opérationnel entre les deux entités «francophones», manifeste au contraire, parce qu’elle ne peut faire l’objet d’aucune concrétisation utile, non l’amorce d’un cours nouveau mais la distance persistante qui continue à séparer Wallons et Bruxellois. Les Franco-Belges sont incapables, encore aujourd’hui, y compris les plus lucides, d’aborder franchement cette question du devenir effectif de la Wallonie et de Bruxelles, une fois que la Flandre sera complètement « partie »… Et les décideurs et élites « francophones » sont inaptes à dépasser cette «idée» magique de « Fédération Wallonie-Bruxelles », simple propos de marketing politique pour camoufler la vacuité de leur stratégie. Le corps politique et électoral franco-belge, en Wallonie comme à Bruxelles, est toujours dans l’impossibilité de se libérer de cette loyauté asservissante au Royaume, du fait même de l’aveuglement permanent sur l’avenir de ses élites et de ses décideurs. Le faux concept de « Fédération Wallonie-Bruxelles », c’est le mensonge politique à la population des élites dirigeantes qui sert de camouflage à cet aveuglement persistant de la première comme des secondes.

II.- LA FEDERATION WALLONIE-BRUXELLES DANS UN AVENIR POST-BELGE ?

A. Si, toutefois, les élites franco-belges, dirigeantes ou non, sont incapables d’amorcer la construction d’un futur État fédéral Wallonie-Bruxelles dans le cadre du Royaume, et s’interdisent même de développer publiquement une pensée élaborée sur ladite construction, rien n’empêche de le faire à tout esprit libre. En commençant donc par s’interroger sur sa «faisabilité», tant politique que technique. Trois questions fondamentales se posent alors. La première question fondamentale est la capacité des «francophones» belges à se considérer comme un peuple unifié, ce qui est une condition essentielle pour se doter d’un État commun qui soit durablement viable. Car, malgré l’unité linguistique et culturelle qui les rapproche et un long passé commun, la Wallonie et Bruxelles forment deux entités distinctes, deux populations différentes. Qui sont bien trop distinctes et différentes pour former une telle communauté unifiée. Distinction physique d’abord, puisque ces entités appartiennent à des espaces géographiques nettement séparés bien que proches, de taille et de morphologie absolument dissemblables. Il est difficile d’apparenter durablement une Cité sans pays, de moins de 200 Km², et un pays entier de près de 17 000 km², trois fois plus peuplé, sachant que ces deux entités sont sans connexion territoriale, puisque séparées l’une de l’autre par une bande de territoire flamand, et alors que la première ne peut être reconnue par la seconde comme capitale commune et centrale, du fait même de cette dissociation territoriale et aussi par la méfiance généralisée des élites et populations wallonnes vis-à-vis de Bruxelles. Et ce n’est pas la création possible d’un corridor terrestre entre Bruxelles et la Wallonie, création certes indispensable pour Bruxelles, mais à la concrétisation bien incertaine (si incertaine que les négociateurs «francophones» en ont abandonné la revendication tout en acceptant la scission de BHV, malgré leurs engagements antérieurs de n’accepter celle-ci que contre la création de ce lien territorial), qui pourrait suffire à surmonter cet éloignement et la méfiance wallonne. Opposition culturelle ensuite, parce que Wallons et Bruxellois, tout en étant proches par une langue et une culture d’essence française, sont des populations sociologiquement et humainement distantes, et donc de sensibilité souvent opposée sur bien des sujets. Population d’une Cité internationalisée à dominante bourgeoise d’un côté, population de substance rurale et ouvrière de l’autre. Il n’est pas excessif de dire que, majoritairement, Bruxellois et Wallons ne s’apprécient guère. Côté «néerlandophone», si Brabançons et Limbourgeois ont su accepter de se désigner tous comme Flamands, manifestant ainsi leur volonté d’unité pour aboutir à la formation d’un seul peuple, le peuple «flamand», les «francophones» de Belgique furent et restent incapables du même mouvement unitaire. On l’a bien vu dans l’abandon des populations «francophones» de Flandre ces dernières décennies. Les Wallons rejettent très majoritairement tout renforcement du rôle de Bruxelles comme métropole, malgré leurs faiblesses économiques et financières. Et la majorité des Bruxellois refusent de se considérer comme des «Wallons», ce qui laisse sans nom les «francophones» de Belgique. Au demeurant, toutes ces différences entre Wallons et Bruxellois sont l’expression, la cause comme la conséquence, de réalités économiques très dissemblables et destinées à le demeurer. Celles qui trouvent leur source dans le passé, avec la perte par la Wallonie, au profit de Bruxelles (de Bruxelles d’abord, de la Flandre ensuite), de la maîtrise de son économie, fondement d’une méfiance wallonne vis-à-vis de Bruxelles. Et celles qui appartiennent au présent, avec l’internationalisation économique de Bruxelles, facteur qui explique la permanence d’un désintérêt bruxellois pour le développement wallon. Ce manque de solidarité et de cohérence, qui se constate toujours face aux revendications de la Flandre, et qui explique aussi les avancées de celle-ci, tient au fait que Bruxelles et la Wallonie, malgré une culture française identique, un passé commun, et une perspective partagée de disparition de l’État belge, constituent et resteront des entités aux intérêts fondamentalement dissemblables. L’une est et demeurera une Ville-libre, entièrement urbanisée, à la vocation internationale, européenne et financière affirmée, dont la toute première aspiration est son désenclavement géopolitique, question qui n’est pas un souci wallon. L’autre est un pays-territoire, physiquement autonome, mais économiquement faible et financièrement très dépendant, dont le renouveau économique attendu, s’il se concrétise, devra peu à Bruxelles. Dans ces conditions, il est douteux que des intérêts communs suffisants permettraient demain aux Wallons et aux Bruxellois d’agir durablement de concert, une fois dépourvus du lien imposé que constitue l’État belge actuel, alors que, au sein de cet État déjà, la Wallonie et Bruxelles sont présentement dans l’incapacité de constituer une structure commune, comme nous venons de le voir.

La seconde question fondamentale réside dans la faculté de construire les Institutions politiques et administratives communes d’un État fédéral constituée de deux entités aussi dissemblables. En effet, et contrairement à une opinion répandue, un tel État ne pourrait, sur le plan institutionnel, se borner à continuer l’ancienne Belgique, une fois la Flandre «partie». L’organisation des pouvoirs, le partage des compétences entre niveau fédéral et entités fédérées, régionales et communautaires, les dispositifs financiers, fiscaux et budgétaires, toutes règles fixées par la présente Constitution belge, sont conçues en fonction même de l’existence de la partie flamande (composition du Parlement, du gouvernement, répartition des attributions entre Communautés et Régions, lois de financement et transferts financiers, etc). Cette Constitution serait donc caduque, et une nouvelle Constitution serait à construire pour le nouvel État wallo-bruxellois. Or, définir, par cette nouvelle Constitution, l’organisation des pouvoirs entre la Wallonie et Bruxelles, serait une tache très ardue, compte tenu des intérêts divergents précités. Une fois traitée la seule chose facile, à savoir de donner/conserver au nouvel État sa forme monarchique, tout ce qui suit paraît insoluble. Comme la proposition précitée du parti FDF l’illustre, ce serait tout d’abord le cas de la composition «fédérale» du Parlement et du Gouvernement, qui devrait à la fois reconnaître la parité des deux membres, tout en reconnaissant le fait que la population wallonne «pèse» trois fois la population bruxelloise, et alors même qu’il faudrait éviter la domination d’une entité par l’autre. Et cet équilibre serait tout aussi ultra-difficile à établir dans le champ financier, fiscal et budgétaire, afin de maintenir une solidarité suffisante, sans que celle-ci «étouffe» Bruxelles, au seul bénéfice de la Wallonie, et aux dépens de l’avenir économique des deux membres. A cette première série d’obstacles relative à la relation institutionnelle, horizontale, entre la Wallonie et Bruxelles s’en ajouterait une seconde, verticale, portant sur l’organisation des compétences entre les deux entités fédérés et l’instance supérieure fédérale. Où seraient logées, par exemple, les compétences éducatives et culturelles, aujourd’hui détenues par la «Communauté française» ? Autre exemple, quelles seraient les compétences fiscales et budgétaires de l’État fédéral, et notamment son autorité en ces matières sur les entités wallonne et bruxelloise ? Il est utile de faire valoir ici que, dans le monde des États fédéraux, l’État fédéral bicéphale est une exception, donc une anomalie. Les États fédéraux qui durent sont tous constitués d’un nombre élevé de membres. Au contraire, si les entités fédérées sont peu nombreuses, et surtout s’il n’y en a que deux, de poids non équivalent, l’existence de l’État fédéral est incertaine et limitée dans le temps, car un équilibre stable entre les membres est impossible. Notons la disparition de l’ex-État fédéral bicéphale tchécoslovaque, celle de l’ex-Yougoslavie, du fait de la domination non admise de sa partie serbe. Et notons surtout que l’État belge lui-même, organisé autour de l’opposition de deux communautés antagonistes, et qui reste le seul État bicéphale au monde, ne pourra survivre à cet handicap. De même, un État bicéphale Wallonie-Bruxelles, n’a guère de chance de réussir à naître et encore moins à exister.

La troisième question fondamentale tient à l’aptitude d’une telle union à affronter les énormes difficultés qu’aurait à surmonter un État wallo-bruxellois naissant. Car, après la séparation d’avec la Flandre, les deux entités seraient confrontées à des intérêts dissemblables et de surcroît aggravés, à des problèmes bien différents et qui seraient aiguisés. A court terme, peut-on fonder des espérances sérieuses sur la solidité d’un couple wallo-bruxellois immédiatement confronté aux négociations de la partition de l’État belge et à ses problèmes redoutables, comme celui de la dette publique héritée et des déficits publics récurrents probables ? Peut-on croire que décideurs wallons et décideurs bruxellois seraient à même de s’accorder sans délai sur le partage des pouvoirs constitutifs du nouvel Etat wallo-bruxellois, du fait des difficultés susmentionnées ? Et comment traiteraient-ils, de concert, celui des frontières territoriales de Bruxelles et la question du lien territorial entre elle et la Wallonie, et surtout de son absence ? Et, sur la durée, peut-on croire qu’une Fédération Wallonie-Bruxelles serait en mesure d’exister en matière de diplomatie, de sécurité, sans décomposition insidieuse de ces fonctions ? Comment ces deux entités parviendraient-elles à surmonter de concert leurs difficultés financières persistantes, de causes et d’ampleur si différentes ? Quelle pourrait être la contribution substantielle de Bruxelles au réarmement économique de la Wallonie et à l’équilibre de ses comptes publics et sociaux ? Et de quel apport serait la Wallonie à Bruxelles pour l’aider à maintenir ses fonctions de capitale politique et financière et à desserrer l’étreinte flamande ? Le couple Wallonie-Bruxelles saurait-il maintenir une unité de vue et d’action dans les rapports, nécessairement difficiles, avec la Flandre ? Peut-on croire à l’unité d’action durable d’un tel attelage au plan économique ? Et au maintien d’une convergence dans le traitement des questions sociales ? En vérité, chacun des deux partenaires serait de faible secours pour la solution des problèmes de l’autre. L’entité bruxelloise, essentiellement soucieuse de conserver les faveurs des instances européennes et transatlantiques, aux prises avec ses problèmes propres de maintien de son attractivité économique, avec ses questions politiques spécifiques liées au traitement de sa minorité flamande et à l’encerclement territorial flamand, et avec la non-résolution de ses problèmes sociaux dus notamment à sa forte minorité immigrée mal assimilée, aurait bien peu d’énergie et de moyens à consacrer à l’union avec la Wallonie, et sans doute pas la totalité de ses ressources financières. De même, la Wallonie, confrontée avant tout à ses besoins de financement massifs et chroniques de ses services publics et avantages sociaux, et aussi aux tensions qui s’aiguiseraient entre les différents pôles de son territoire et aux inquiétudes de sa population menacée de paupérisation, qui refuserait à Bruxelles le rang de capitale, et qui n’aurait que peu à espérer d’elle, et en tout cas pas suffisamment, pour remédier à ces problèmes, serait d’un faible secours pour aider celle-ci à traiter les siens précités. Du fait de ces différences majeures, la Wallonie et Bruxelles, une fois laissées seules après le «départ» de la Flandre, formeraient un couple improbable. Un couple inapte à vivre durablement au sein d’un unique et véritable État. On voit donc mal comment, abandonnés à eux-mêmes, ces deux corps distincts d’une Belgique résiduelle parviendraient à se donner rapidement et à faire vivre durablement un État commun. Un État certainement de forme monarchique et d’organisation fédérale, mais dont toutes les institutions seraient à inventer, alors qu’il devrait être viable immédiatement puis le rester. Un État qui devrait être quelque chose de plus que la présente Communauté française, qui n’a pourtant pas la faveur des Wallons et des Bruxellois, qui souhaitent pour beaucoup reprendre une partie de ses compétences, et qui fonctionne fort mal aux dires des uns et des autres. Avec cette tentative d’union, nous aurions au mieux une sorte de confédération lâche, donnant l’illusion, et pour bien peu de temps, de l’existence d’un «État» unique à l’extérieur, offrant ainsi momentanément satisfaction aux membres de l’Union européenne. Mais un «État» de façade, sans substance pour ses citoyens et ses entreprises, incapable de solidarité, inapte à impulser des actions communes d’importance. Une confédération si fragile qui, si elle parvenait à naître, survivrait très difficilement, puis disparaîtrait après une brève existence.

B. Mais, et il faut le dire succinctement, pour la Wallonie et Bruxelles, une voie séparée et solitaire ne serait pas meilleure, ni pour l’entité wallonne ni pour l’entité bruxelloise. Chaque nouvel État, wallon et bruxellois, serait alors confronté à une isolement insupportable, préalable à une nouvelle dépendance douloureuse. Ce serait évidemment vrai pour la Wallonie, dépourvue d’un véritable sentiment national unitaire, confrontée très rapidement à une impasse économique et financière totale, peu sûre d’elle dans ces conditions pour négocier la partition, et sujette à tomber dans une dépendance étroite et confuse de l’Union européenne et de la France, dont elle solliciterait les financements. Ce le serait tout autant pour Bruxelles, bien que l’option d’une Cité-État européenne, couplée au statut faussement signifiant de «District» européen, puisse faire tentation, car option totalement illusoire et trompeuse pour ce qui concernerait la sauvegarde du caractère «francophone» de la Cité et la protection contre l’encerclement flamand, et ce dès le moment de la partition de l’État belge. Qui plus est, ce serait ajouter deux États de plus à l’Union européenne, aux côtés de la Flandre, une difficulté de plus. Au demeurant, et sans négliger certains courants de pensée, tant à Bruxelles qu’en Wallonie, qui postulent pour une telle voie solitaire, une fois le Royaume belge désintégré et la tentative d’un État wallo-bruxellois avortée, il faut souligner combien la volonté des partis politiques franco-belges est contraire à cette option. Il est patent (sauf pour certains «séparatistes» wallons et certains milieux «intellectuels» bruxellois…) que les cinq forces politiques organisées dans l’espace wallo-bruxellois refusent tous la séparation « politique » de la Wallonie et de Bruxelles. Toutes leurs positions, entièrement collectives, de ces derniers temps, nous disent même : « plutôt ensemble sous domination flamande que séparés »… Et, de ce point de vue, le maniement de l’idée d’une Fédération Wallonie-Bruxelles, aussi inconsistante soit-elle, traduit bien cette aspiration des élites franco-belges, politiques et autres, de maintenir dans l’unité le couple wallo-bruxellois.

C. En vérité, le paradoxe du tandem wallo-bruxellois, c’est que ses deux membres ont encore envie et absolument besoin de rester ensemble, mais qu’ils ne le peuvent s’ils sont réduits à eux-mêmes. C’est qu’il leur faut, pour «tenir» ensemble, le cadre d’un État tiers. Cadre qui est aujourd’hui encore l’État monarchique belge à direction flamande. Et il en faudra demain un autre, qui semble ne pouvoir être une Fédération Wallonie-Bruxelles. Dès lors, la «solution française» se présente, comme la seule possible, une fois les autres dissoutes ou déconsidérées. Aussi, aujourd’hui, il faut tenter de faire valoir qu’un couple étatique wallo-bruxellois ne serait pas viable, qu’il est donc déraisonnable de rêver à la création d’un État Wallonie-Bruxelles, et ce pour des motifs politico-institutionnels simples (une structure bicéphale ingouvernable), des causes géopolitiques évidentes (deux entités, une «Ville» et un «Pays», absolument dissemblables, sans continuité territoriale), des facteurs économico-sociologiques palpables (entité urbaine étroite, internationalisée, à direction «bourgeoise et libérale» d’un côté, entité territoriale étendue, multicentrique, à direction «populaire et socialisée» de l’autre), et compte tenu de problèmes majeurs insolubles et non «partageables» (subordination territoriale à la Flandre pour l’un, déficience financière structurelle pour l’autre). Cette étape préalable de dénonciation de ce «projet» de Belgique-croupion, totalement illusoire, est nécessaire avant de pouvoir aboutir à exposer que l’État français est le seul cadre étatique apte à maintenir la Wallonie et Bruxelles ensemble. Une démonstration qui n’est possible qu’à la condition de satisfaire la volonté massive des populations, des élites et des milieux dirigeants franco-belges de poursuivre leur existence commune, de Wallons et de Bruxellois, au sein d’une certaine forme de «Belgique française», qui reste dotée de l’essentiel de l’héritage institutionnel belge (dans l’esprit du «projet Ducarme» de 2008). Cet objectif implique une intégration « en France » de la Wallonie et de Bruxelles par le moyen de deux statuts quasi-jumeaux d’autonomie des deux Régions, et le maintien de l’essentiel du corpus juridique belge, qui leur resterait donc commun… A cet égard, cette vision non réaliste mais soutenue d’une «Fédération Wallonie-Bruxelles» est une manifestation de plus qu’on ne convaincra pas les Franco-Belges d’une «solution française» qui serait fondée sur le concept rattachiste étriqué, sentimental et inopérant de : «tout de la France, rien de la Belgique », porté jusqu’à aujourd’hui par les rattachistes «historiques» (voir le site http://www.belgique-francaise.fr pour des développements détaillés sur le projet d’intégration-autonomie de la Wallonie et de Bruxelles avec la France). En dernier lieu, il faut ajouter que «l’idée» de «FWB» peut éventuellement «fonctionner» comme une démarche «pédagogique» de préparation des esprits à l’avenir «français» commun des deux entités wallonne et bruxelloise. Ce serait alors l’un des moyens de faire comprendre et accepter un statut des deux entités « associées/adossées/intégrées » (mais pas « assimilées ») à la France. Est-ce une ambiguïté nécessaire pour les temps présents ? Car il faut être particulièrement «averti» pour discerner dans ce slogan/concept de «Fédération» cette préparation à une «solution française». Dès lors, s’il peut être non nuisible voire modestement utile de soutenir provisoirement cette idée de «Fédération», du fait même de son absence de ligne directrice et de substance, de simple «vocable» sans signification palpable, il ne faut pas que cela conduise à taire le projet réunioniste.

Fausses réalités et futur réel

Jean Alexis D’HEUR (Liège)

Après de nombreux taïaut et taïaut nos cervelles politiques harassées ont forcé la bête.

Puis, il y eut la curée !

Elle dura un jour et une nuit !

Il n’y eut pas un beau morceau pour chaque appétit. Mais tous eurent une part de la fouaille. Chacun n’eut pas un râble mais tous eurent au moins une patte.

L’important c’était d’être à la table. Qui paie les agapes des miraculeuses noces ?

Les Wallons, et eux seuls !

Ce n’est pas nouveau !

Depuis 50 ans, maîtresse de l’Etat et de ses arroseurs à fric, la Flandre se couvre d’usines, de labos, de routes, de voies ferrées et de ports agrandis (Anvers, Gand, Bruges, Zeebrugge, …)

Depuis 50 ans, la Wallonie reçoit des gouvernements « nationaux » les 10, 15% du total des investissements.

Une infime part qu’il était impossible de refuser à une région en détresse.

Que faisaient donc les politiciens wallons ?

Rien ! Sauf à travailler à leur carrière et surtout à ne pas fâcher les Flamands, ce qui aurait été la compromettre.

Enregistreurs passifs des évolutions qui se font sans eux, ils tentaient et ils tentent aujourd’hui encore d’en éviter les mauvaises conséquences pour le régime, pour le parti, et pour eux-mêmes, bien entendu !

Ce qu’ils faisaient bien et beaucoup c’était de se réjouir de la masse des investissements dont il est question ci-dessus et qu’ils faisaient aller chez les « grands frères flamands » qu’il fallait sortir de leur misère ancienne, et dont très sottement, parce que victimes crédules de la propagande nationaliste flamande, ils se croyaient coupables.

Les transferts de cette époque, du Sud vers le Nord, se firent au détriment de l’ancienne sidérurgie wallonne du sillon Sambre et Meuse qu’il fallait moderniser. Nos élus « oublièrent » celle-ci pour aider à créer Sidmar, à agrandir l’infrastructure portuaire flamande, etc…, etc…

De ces cocus contents, les socialistes wallons fournirent le gros bataillon parce que, à cette époque, ils espéraient (plus aujourd’hui) que les sous wallons détournés de la Wallonie pour industrialiser la Flandre créeraient la grande masse de travailleurs flamands qui, infailliblement, pensaient-ils, rejoindrait le parti socialiste flamand. (Les survivants socialistes de l’époque Léo Collard s’en souviendront.)

Unies, la Flandre devenue socialiste et la Wallonie socialiste gouverneraient l’Etat belge.

Où alla cette masse nouvelle de travailleurs flamands ?

Elle alla grossir les partis flamingants !

Leurs fils et leurs petits-fils sont à la N-VA !

Quel aveuglement ! Quelle bêtise ! Quel gâchis wallon !

Le rêve est devenu cauchemar !

Mais quel est le rêve d’aujourd’hui de nos élus ?

Sauver l’Etat belge !

Voilà venu un funeste nouveau pour la Wallonie !

Ils veulent sauver l’Etat à n’importe quel prix payé par les Wallons.

Après le (ou les) pas de porte et les premiers arrhes payés à la Flandre pour l’envol du papillon viendra tout le reste à lui régler comme le prescriront les futurs décrets d’application de tout ce que nos petits poucets ont abandonné à l’ogre flamand.

Ce sera ainsi tout au long du temps de vie que ce dernier voudra bien accorder à un gouvernement de sauvetage provisoire tout couturé des coups échangés dans le noir du tunnel des 540 jours.

Mais que ne ferait-on pas payer aux Wallons pour le privilège de rester belges et d’être contents de l’être ?

Beaucoup, toujours plus, et longtemps ! Et autant que la Flandre et ses complices du Sud le décideront.

A moins que …..

Sauf si …..

Les rattachistes le savent. Les Wallons lucides aussi.

Très bientôt, tous les Wallons le sauront, le voudront et le feront !

Les rattachistes y seront pour beaucoup.

Que nous réserve l’avenir ?

Paul MELOT (Tohogne)

A l »instar des échanges traditionnels de vœux – qui ne se réalisent bien souvent pas plus que ceux de l’année précédente -, la mise en perspective du passé vers l’avenir constitue un exercice aléatoire visant le plus souvent à exprimer des souhaits plutôt que des avancées réelles vers plus de démocratie, plus de solidarité, plus de bien-être, plus de renouveau économique… Quoique ! A l’évidence, le lien entre ce qui précède et ce qui suit ne nous conduit vraisemblablement vers rien de très bon. Voyons plutôt et citons :

– Luc COENE (très flamand et libéral Gouverneur dela Banque nationale de Belgique) avertit déjà que le contrôle budgétaire de février-mars fera apparaître la nécessité de nouvelles économies de l’ordre de 500 millions à un milliard d’euros (TRENDS). Qui sait pas plus si le PNB diminue à nouveau sous les effets de la crise… On le prévoyait, mais pas le gouvernement en formation ! C’est inimaginable!

– La durée de vie du nouveau gouvernement belge (2014) doit s’apprécier en regard de la durée de vie -présumée ?- de la nouvelle Loi de Financement, au reste non encore votée au Parlement; et qui appauvrira encore davantage la Wallonie à l’issue de ses dix ans de vie.

– Les partis francophones de la majorité doivent tout faire pour que les partis flamands de cette même majorité fédérale gagnent les prochaines élections, déclare Elio DI RUPO, dont les propos sont repris par LE SOIR.

– Le vote, à la hussarde, des nouvelles dispositions relatives aux pensions, tant du public que du privé, massivement réprouvé et combattu par les travailleurs de ces secteurs regroupés par leurs organisations syndicales, met surtout sur le personnel politique socialiste une pression qui n’augure rien de bon pour un dialogue social constructif. Et le fait que ces projets n’ont en rien cheminé de conserve avec l’une ou l’autre (très) maigre avancée sociale « arrachée » à la droite indique à quel point cette dernière menée par les forces conservatrices du Nord, tient les vraies clefs du pouvoir en ce pays délabré.

Soyons réalistes et envisageons les conséquences politiques de ces différents éléments :

1) Le Premier Ministre mène sa stratégie suicidaire (qui peut croire que faire le jeu du CD&V , du VLD et du SP.A. va calmer les ardeurs communautaires et économiques de la N-VA, dont les sondages… jamais démentis en ce jour par les votes du peuple flamand) et concédera encore des avancées significatives, dit-on, aux partis du Nord, accentuant le chaos wallon qu’une toute récente étude de l’ULg montre. L’étude tient compte des différents écarts creusés en matière de niveau et durée de vie, salaires et, plus surprenant encore, de maillage social discordant, alors que la Sécu reste, et pour combien de temps encore, fédérale. Etude décidément bien défavorable à la Wallonie. N’en déplaise à la propagande du pédant DEMOTTE !

2) Le réveil se fera plus durement sentir pour l’appareil politique socialiste caporalisé par ses barons locaux tout à la dévotion du chef, personne n’étant dupe de la liberté de manœuvre laissée au gentil et intelligent Président intérimaire lorsque les rafales de tempête montreront les dégâts collatéraux sur les peuples de gauche dont certains se tournent déjà vers ECOLO, mais pour combien de temps ?

3) La marche inarrêtable dela Nation flamande (oui, elle existe bel et bien, contrairement à ce qui n’est pas palpable au Sud) vers son autonomie, apaisée le temps d’un accord gouvernemental qui vivra ce que les roses vivront, sauf équilibre des terreurs à l’idée de ne pas chuter, sera d’autant plus rapide que les partis wallons en voie de balkanisation – voir à ce sujet l’éclatement dela Fédération MR, conséquence de la distanciation de sa droite avec le FDF au détriment des francophones de Bruxelles et de sa périphérie – continueront de subir les diktats de la Flandre triomphante.

4) La nouvelle Loi de Financement réduira progressivement les moyens de la Wallonie, ceci sur une durée de dix années, alors que la politique menée ici comme ailleurs en Europe contractera plus encore l’emploi au détriment de la croissance et du bien-être, ainsi que nous l’affirment les économistes les plus réputés. Triplement pénalisée par les marchés, l’Europe et son propre « pays », la Wallonie ne peut décemment pas s’attendre à des lendemains meilleurs. Bien au contraire!

5) Enfin, et le pire (si l’on peut dire) se profile : alors que l’application de la clef D’HONT (LE SOIR du 30/12/11: « La majorité des sièges sans la majorité des voix : une aubaine pour les indépendantistes flamands ? ») risque bien de ne plus donner une majorité de sièges à tous les partis flamands réunis face au triomphe électoral de la N-VA, tout porte à penser que l’actuel gouvernement cornaqué par un francophone est, détail piquant de l’histoire, le dernier de la Belgique résiduelle. La Constitution, en effet, impuissante la démocratie dans le cas précis où le nombre de voix n’est pas majoritaire, alors que le nombre de sièges le sera…vraisemblablement… en 2014. Et 2014, c’est demain : pour s’en convaincre, souvenons-nous que 2007 et 2009, c’était il y a quelques minutes à peine dans notre bestiaire politique !

François PERIN, visionnaire qu’il était et reste, a raison : au plus vite la fin dela Belgique,  au plus vite l’indépendance de la Flandre ! Et au plus vite la Nation française élargie à nos contrées.

Le mauvais bulletin de la Wallonie

En Wallonie, l’Etat-providence est à peine plus performant qu’en Bulgarie ou en Roumanie, selon une étude réalisée par trois économistes de l’Université de Liège. L’écart se creuse avec la Flandre. Kris Peeters y voit un argument supplémentaire pour donner plus de compétences aux entités fédérées. Les auteurs de l’étude concèdent qu’une telle disparité régionale n’est pas unique en Europe mais, ajoutent-ils, « à la différence des pays voisins, la Belgique fait face à l’éventualité d’un éclatement du pays ».

Pour l’article du Soir : ici.

Pour la séquence du JT de la RTBF : ici.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde