Les jeux sont faits

Que de fois ne l’a-t-on pas rencontré à Liège ? La « bête » politique qu’il était ne laissait pas indifférent : on l’adorait ou on le détestait. Parfois, ces deux sentiments extrêmes se mélangeaient. « Papa » ne laissait pas indifférent.

Lorsque qu’un être humain disparaît, il est fou de lire ou d’entendre le torrent d’éloges dans la bouche, notamment, de celles et ceux qui n’avaient pas de mots assez durs pour le vilipender durant son vivant. Pour ma part, je préfère l’analyse à l’émotion, surtout quand il est question de politique.

Une fois de plus, je trouve l’éditorial de Christine Laurent, rédactrice en chef du « Vif-L’Express » très juste.

Paul Durieux

10 août 2012

CLAP DE FIN. LE JOVIAL SHOOTÉ À LA CHALEUR HUMAINE, l’affreux jojo (trop) souvent aviné qu’Elio Di Rupo évitait précautionneusement lors des cocktails, « l’extraverti conciliant » (que nous décrivions dans notre édition de la semaine dernière), le « roi sauleye » est mort. Stupeur, mais bien peu de tremblements. Comme il se doit, le souffle à peine éteint, il reçoit son concert de louanges. Oubliés les scandales à répétition, les frasques du « socialiste à la Porsche » ! Evanouies les critiques acerbes, les mines dédaigneuses à l’égard d’un politique « populiste ». Ceux sur lesquels s’est penchée l’ombre de la Faucheuse ne sont-ils pas transfigurés ? Les cimetières ne sont-ils pas peuplés de héros ? « Papa » est sanctifié.

« Papa » ? Le diable en personne pour les nouveaux promus champions de la bonne gouvernance qui règnent sur la vie politique d’aujourd’hui, tant il traînait derrière lui un sillage empreint de soufre, de mystère et de points d’interrogation. Un homme complexe, à éclats et éclipses, un mélange hybride de sensibilité et de cynisme, opaque et transparent, secret et exhibitionniste, roué et pragmatique, faux tendre au sourire bon enfant mais aux colères redoutables. Une bête politique qui faisait des voix. Une véritable cash machine qui a permis au PS de conquérir les précieux sièges qui ont fait la différence avec le MR, le grand rival. Où donc s’éparpilleront tous ces électeurs en juin 2014, quand il faudra voter à la fois pour les législatives, les régionales et les européennes ? Bien malin celui qui peut répondre aujourd’hui. Les voies de la séduction sont multiples et celles de l’ex-réviseur d’entreprises, particulièrement méandreuses. Mais socialiste et liégeois, tel était son credo. Et c’est bien dans la Cité ardente qu’il avait tissé sa toile, se faufilant dans tous les interstices, traversant toutes les époques, frôlant parfois même l’abîme sans jamais tomber. Ce surdoué de la finance avait su, au fil du temps, faire main basse sur le maillage économique régional qu’il maîtrisait à la perfection. Un comble, quand on sait qu’il n’aimait pas l’argent.

Oui, mais… Tout passe, tout lasse. La nouvelle génération voulait, elle aussi, croquer du pouvoir. Depuis 2005, le chef de clan a dû lâcher du lest devant la fronde qui, sourdement mais sûrement, le poussait hors de la piste. Sans effusion de sang, même si le César ansois, quand il a été chassé de sa chère commune par Stéphane Moreau, a dénoncé alors dans Le Vif/L’Express la main « assassine » de Brutus. Des histoires de familles à rebondissements comme seule la Principauté peut en produire avec ses baronnies et ses sous-baronnies implantées en Haute-Meuse, Basse-Meuse et sur les plateaux. Dans le Stratego de l’après-Daerden, Willy Demeyer, Stéphane Moreau et Alain Mathot, magnanimes, épargneront, dit-on, Frédéric, le fils solidaire de son père.

Qui en doute encore ? La vie politique à Liège est un roman. De gare parfois, d’aventures sûrement. Pour initiés toutefois. Prochain chapitre, les communales d’octobre. Mais, avis aux citoyens, dans les coulisses, les jeux sont faits !

CHRISTINE LAURENT

Ô Belgique, ô mère chérie

Le 21 juillet, jour de la fête nationale en Belgique, il convient de penser très fort à ce pays, à son histoire, à sa réalité d’aujourd’hui. Plus nous y pensons, toutefois, et moins nous acceptons de nous y enfermer. N’en déplaise à ceux qui se laissent encore émouvoir par les symboles de l’État belge, nous pensons qu’il est urgent de tourner la page.

Puisque ce sont les vacances, nous avons de la lecture à proposer. Le 25 mai passé, le Vif/L’Express  a consacré sa couverture au « couple raté » qui a pour nom la Belgique : voici les articles de ce dossier.

Un peu dur de parler de couple raté ? On est loin du roman national, façon « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Qui ne se souvient du discours de Lionel Vandenberghe, alors président du Comité du pèlerinage de l’Yser, plus tard membre du parti Spirit (en cartel avec le sp.a) ? En 1993, devant 35 000 personnes (et non des moindres), alors que la Belgique se mue en un Etat fédéral, il s’adresse aux Wallons, par-delà la frontière linguistique :« Amis wallons, nous avons vécu 160 ans ensemble et n’avons jamais été vraiment heureux. Divorçons ! Séparons-nous d’un mutuel consentement ! Allons chez le notaire et comme les Tchèques et les Slovaques, comme des gens adultes, réglons le problème de Bruxelles et du partage de la dette. »

Paroles d’un excité linguistique ? Au même moment, le ministre-président de la Communauté flamande annonçait que l’horizon de la Flandre était désormais le confédéralisme.

Bien sûr, il ne manque pas de Belges, surtout francophones, pour invoquer les grands mythes de la Belgique de toujours. La Belgique a son catéchisme national dont les effets n’ont pas disparu. Le problème est que, globalement, la Flandre a une autre vision de l’histoire. On partage sans doute le goût des moules et des frites, mais la mémoire collective est orientée autrement du côté flamand.  Déjà en 1896, le jeune August Vermeylen, futur sénateur socialiste et futur recteur de l’université de Gand (flamandisée), gémissait en pensant à la révolution belge : « …la Flandre n’avait plus d’âme, plus de conscience. Elle se laissa entraîner dans la révolution de l’année 30 : jamais révolution plus stupide ne fut déclenchée à la suite d’influences étrangères ! Nous fûmes livrés pieds et poings liés, le français devint la seule langue officielle… »

Pour le mouvement flamand, cette Belgique-là n’était tout simplement pas supportable. Mais en 1970, la Flandre était en position de force.

« Selon Lode Claes, les Flamands, en tant que peuple majoritaire, ont commis une erreur impardonnable en réclamant le fédéralisme. Le fédéralisme signifie que les règles démocratiques sont mises de côté au profit d’une minorité. D’un point de vue historique, ce fut d’ailleurs la minorité wallonne qui, par crainte de la majorité flamande, exigea la première le fédéralisme ou la scission administrative. Avant la Première Guerre Mondiale, l’homme politique socialiste wallon Jules Destrée avait déjà brandi la menace d’une scission administrative dans sa lettre ouverte au Roi, où il affirmait qu’il n’y avait pas de Belges, mais des Flamands et des Wallons.

« Les politiciens wallons comme Destrée étaient inquiets de l’évolution démographique: alors qu’en 1880, la croissance naturelle de la population wallonne était plus ou moins semblable à celle de la population flamande, elle s’était réduite à un tiers de la croissance flamande en 1914. Paradoxalement, l’instauration du suffrage universel, pour lequel les socialistes avaient milité avec tant d’ardeur, menaçait de rayer la Wallonie de la carte politique.

« En juillet 1914, Destrée pensait avoir trouvé la solution: une loi ne pourrait être adoptée qu’à la majorité de chaque groupe linguistique. Les projets fédéralistes de Delaite, de 1898 et 1912, prévoyaient, quant à eux, que le gouvernement belge serait composé paritairement d’un nombre égal de ministres flamands et wallons…

« Comme le comprit très bien Lode Claes, il est en effet exceptionnel qu’un peuple majoritaire soit demandeur en matière de fédéralisme. Dans la Nieuwe Encyclopedie van de Vlaamse Beweging, Harry Van Velthoven fait observer que la Flandre occupait une bonne position en 1970: « Juste avant la révision de la Constitution de 1970, la Flandre était en bonne position. Sur le plan démographique, son importance relative n’avait cessé de croître et, dès 1965, elle disposait pour la première fois d’une majorité parlementaire absolue à la Chambre (107 sièges sur 212). Au milieu des années 60, la Flandre était devenue la région la plus forte sur le plan économique et les deux vitesses s’étaient inversées. Sur le plan sociologique, elle était en passe d’atteindre l’équilibre en ce qui concerne l’occupation de postes d’élite, en tendant vers une proportion de 60/40 conforme à la réalité démographique. Sur le plan culturel, on avait atteint l’homogénéité linguistique. « »

Qui a tenu ce discours ? Un Flamand attaché à la Belgique ? Non, ce texte est extrait d’une « proposition de résolution relative au démembrement de l’Etat belge » déposée en 2006 par le Vlaams Belang. De vrais extrémistes, ceux-là, connus pour leur retentissant « België barst ». Pourtant, à la stupeur des francophones, tous les partis flamands acceptèrent de prendre en considération cette résolution du Vlaams Belang « étayée par une présentation totalement déformée et partisane de l’Histoire de la Belgique qui ne peut que pousser à la haine contre les francophones », selon les mots de Christian Laporte dans La Libre Belgique (3 juin 2006).

A coup sûr, il y a de la subjectivité, et même de la mauvaise foi dans le texte en question, mais il présente un point de vue qui, somme toute, vaut bien celui de la Belgique unitaire. De toute façon, il est vain de raisonner la mémoire quand elle s’accroche à des impressions fortes. L’historien Bart De Wever ne voit pas les choses autrement que les auteurs de cette résolution du Vlaams Belang. Pour une majorité de Flamands, l’histoire de Belgique est celle-là. 

 Il faut (re)lire ce texte, non pour adopter le point de vue flamand, mais pour se défaire d’une certaine idée de la Belgique :  à lire ici.                                                                  

G.R.

Liège fête le 14 juillet depuis 75 ans : et après ?

Par Georges Régibeau

Le 14 juillet, grand feu d’artifice et bal populaire à Liège. Depuis 75 ans.

On y va par goût de la fête, il n’y a pas lieu d’y voir une intention politique. Avec le temps, la ferveur francophile a tellement disparu qu’on ne sait pas pourquoi Liège fête le 14 juillet. Même si la Belgique est au bord de l’éclatement, pas question de se jeter dans les bras de la France, entend-t-on.

Il est loin, le climat passionnel de l’entre-deux-guerres. On a peine à croire qu’il y a trois quarts de siècle, vingt mille Wallons se rassemblaient à Waterloo pour affirmer leur indéfectible attachement à la République française.

Faut-il remuer l’histoire pour sentir de quoi on est fait ?

Beaucoup sont allergiques à la poussière du passé : Waterloo, le Congrès de Vienne, la révolution pour se détacher des Pays-Bas, l’impossible retour à la France, la création d’un État belge francophone… Il n’est pas inutile de prendre un peu de recul. En 1830, les Liégeois ne se sentaient pas encore belges.

Pour Liège, ancienne capitale largement ouverte à l’influence française, la collaboration avec Bruxelles et l’expansion industrielle lui ont toutefois permis de s’attacher, sans réserve, au nouveau pays sorti de la révolution belge. Mais, dans cette Europe des nationalités, tandis que le lion flamand se relevait d’un long sommeil, modifiant peu à peu la nature et le caractère de la Belgique, la fragilité du jeune État fut bientôt confirmée. Allait poindre, à Liège plus qu’ailleurs, le besoin d’affirmer son identité wallonne, voire française.

Ce temps est révolu, dira-t-on, le monde a changé. C’est oublier que la décision politique repose avant tout sur un rapport de force, aussi feutré soit-il, et que le clivage identitaire, en Belgique, est loin d’avoir disparu (en fait, il n’a jamais été aussi déterminant). Ce pays ne tient plus qu’à un fil et pourtant les Wallons semblent incapables de tourner la page et de s’imaginer comme une région de France.

Pour se persuader qu’il n’en fut pas toujours ainsi, il suffit de remonter aux origines du 14 juillet liégeois, il y a 75 ans.

Remontons même un an plus tôt, en 1936. On n’avait pas eu le temps d’oublier la Grande guerre, la victoire finale et la remise de la Légion d’honneur à la Ville de Liège dans une ambiance de liesse populaire à peine imaginable aujourd’hui, quand on entendit revenir le bruit des bottes à la frontière allemande.

La montée en puissance de l’Allemagne nazie, revancharde, inquiétante, réveillait, à Liège, un sentiment de communion sincère et patriotique avec la France. Mais la Belgique avait cessé d’être au diapason de la Cité ardente. « Los van Frankrijk », martelait-on du côté flamand. Plus d’alliance militaire avec la France. Retour à une illusoire neutralité. Quand le gouvernement belge s’est engagé dans cette voie, beaucoup de Wallons, de Liégeois, se sont sentis piégés, trahis. Pour eux, face à l’Allemagne nazie, le camp de la France était plus que jamais celui de la liberté.

Le sentiment d’une identité commune avec la France se mêlait au rappel que Liège avait une histoire et une identité qui ne devaient rien à la Belgique. Ainsi, le tricentenaire de l’assassinat de Sébastien Laruelle, en 1937, fut l’occasion de convoquer les fantômes du passé dans la brûlante actualité du moment : bourgmestre et tribun populaire francophile, opposé à la maison de Bavière et assassiné pour le compte des Habsbourg, Sébastien Laruelle prenait figure de symbole et cristallisait tout ce que pouvait recouvrir, alors, le sentiment principautaire. Cette mise à jour de la mémoire collective impliquait les forces vives du « pays de Liège » : historiens, représentants politiques, journalistes.

« Le trait le plus saillant du caractère national des Liégeois, c’est, si l’on peut ainsi parler, une véritable dévotion pour la France », écrivait déjà, en 1910, le grand médiéviste Godefroid Kurth (qui, lui, de culture germanique, préférait l’Allemagne à la France).

En 1937, l’enseignement de l’histoire, à l’ULg, était dominé par Paul Harsin (alors doyen de la faculté de philosophie et lettres) et Léon-Ernest Halkin, tous les deux catholiques et militants wallons, spécialisés dans l’histoire de la principauté de Liège, d’une rigueur exemplaire.

Les responsabilités politiques étaient confiées à des hommes également remarquables, et remarquablement francophiles. Xavier Neujean, le bourgmestre de Liège (ancien ministre), et Auguste Buisseret, son échevin des finances, futur ministre (et bourgmestre), étaient des libéraux dont le cœur battait pour Liège et la France. L’échevin des travaux publics était alors le très socialiste Georges Truffaut, pétri d’idéal, bâtisseur, amoureux de la France : élu député, Georges Truffaut dénonça vigoureusement le neutralisme du gouvernement belge et déposa à la Chambre, en 1938, un premier projet visant à faire de la Belgique un État fédéral.

Proche de ces hommes, on trouvait notamment le poète Marcel Thiry, engagé dans le même combat, inspiré par le même amour de la France. Au-delà de ces personnalités dont l’influence était grande, il faut imaginer l’esprit des militants liégeois de tous bords, des étudiants, de l’homme de la rue. Car la presse n’était pas moins engagée. Olympe Gilbart, pour ne citer que lui, rédacteur en chef du journal La Meuse de 1918 à 1940, également homme politique libéral, professeur à l’ULg, avait été un des fondateurs des Amitiés françaises (en 1909).

1937 à Liège, c’était donc un peu la France. Un esprit de résistance teinté d’irrédentisme français. En célébrant le 14 juillet, la Ville de Liège envoyait un message éminemment politique.

Ce sont à peu près les mêmes hommes qui, avec d’autres, en 1945, se sont réunis en un Congrès national wallon qui révéla  la force du sentiment francophile en Wallonie. A l’issue de ce Congrès de Liège, on se limita, par réalisme, à réclamer le fédéralisme en Belgique mais l’écrivain montois Charles Plisnier lança cet avertissement : «Lorsque nous aurons fait cette expérience ultime et si, comme je le crains, cette expérience avorte, alors –j’entends le dire aujourd’hui – nous serions justifiés à nous tourner vers la France et aucun reproche ne pourrait nous être adressé, car cette expérience nous la ferons en toute loyauté et sans arrière-pensée d’aucune sorte.  Alors nous lui dirions : “Maintenant, France, au secours !” et, croyez-le bien, elle viendra ! »

Que reste-t-il de cet « avertissement » ?

La Belgique a failli disparaître au moment de la Question royale, en 1950, et puis, de querelles communautaires en réformes institutionnelles, on a procédé à des adaptations successives à ce que certains appellent le « modèle belge ». Un modèle dynamique, si on peut dire. Où en sommes-nous aujourd’hui, à la veille d’un nouveau 14 juillet ?

Où en sommes-nous ? Qu’en penserait Charles Plisnier, l’orateur le plus applaudi du Congrès de Liège en 1945 ? L’évolution de la Belgique a-t-elle refoulé ces vieux discours dans les zones grises de l’histoire ? La France a-t-elle encore une place dans la réflexion politique, à Liège et dans le reste de la Wallonie ?

Poser la question, c’est y répondre. En dépit d’une autonomie grandissante, la Wallonie, la Wallonie elle-même a-t-elle encore un sens pour la majorité de ceux qui y vivent ? La fierté d’être wallon ne peut-elle être un atout pour le futur commun de tous ces gens ? L’identité wallonne ne trouverait-elle pas en France un terrain plus favorable à son épanouissement ?

On préfère évacuer ces questions, au prétexte que les enjeux ne sont plus du tout ceux-là. C’est avec une obstination farouche qu’on proclame son attachement à la Belgique. On se complaît dans la crispation identitaire, et tant pis si le désordre institutionnel de la Belgique est devenu une curiosité internationale. Et tant pis si l’avenir est imprévisible. Et tant pis si on se condamne à marcher dans les pas de la Flandre, à ses conditions, de moins en moins supportables.

Évidemment, ce qui peut sembler insupportable aujourd’hui, sera peut-être accepté demain. La Wallonie a-t-elle abdiqué, vraiment ?

Voici le message de Georges Truffaut aux nouveaux venus en politique :

« Vous ne tarderez pas à constater que le Parlement est l’endroit du pays où l’on prend le plus conscience qu’il n’y a plus de Belgique… Vous verrez s’étaler la superbe flamingante pareille à un parvenu dans un fauteuil… Si pour réagir, vous prenez une attitude wallonne, on vous considérera avec pitié, alternativement nuancée de colère et de mépris… »

Depuis, 75 ans ont passé…

(Ah tiens, je ne l’ai pas dit : en 2012, le feu d’artifice est tiré par une société flamande et l’ambiance musicale est assurée par un quatuor anglais spécialisé dans les reprises du groupe Abba. On aura compris que le plus grand mérite de ce 14 juillet liégeois, c’est d’avoir réussi à s’imposer dans le calendrier des festivités locales. Après tout, ce n’est déjà pas si mal.)

Le point de vue d’un socialiste indigné

Willy Burgeon, Président Honoraire du Parlement Wallon, Président de la section PS de Leval-Trahegnies (Binche)

Quand donc aura-t-on la lucidité et le courage de reconnaître que ce pays n’a plus d’avenir ?

On colle facilement sur ce théâtre l’adjectif « surréaliste » mais ce n’est pas là honorer la mémoire de Magritte et de ses illustres collègues. A moins qu’il s’agisse d’un cauchemar politique qui se raccorderait à leur univers !

Non, l’histoire reprend ses droits et confirme que « la Belgique est un accident de l’histoire ». La formule exprimée par Gaston Eyskens en 1970, « la Belgique de papa est finie », s’attache encore à la Belgique fédérale d’aujourd’hui, même si je concède que le fédéralisme, que j’ai défendu en son temps, était un passage obligé car, sinon, la Wallonie serait devenue une colonie de la Flandre.

Nous perdons du temps et continuerons à en perdre, peut-être jusqu’aux élections communales, pour prolonger des intérêts monarchiques, politiques, affairistes, ceux de l’establishment belgicain rétrograde et conservateur soutenu par les médias à sa solde.

Nous n’avons pas les moyens de relever les grands défis de la société,  par exemple de l’économie et de l’emploi. Et le patronat se trompe de cible quand il s’attaque au statut social des travailleurs (quid d’un déficit de la consommation ?) pour compenser son manque de créativité et d’innovation, reproches permanents des autorités européennes à l’égard des entreprises d’ici. Et faire oublier que le système capitaliste est responsable d’une crise planétaire, quelle arrogance !

Alors s’indigner, oui, s’engager, oui, et se révolter, quand ?

Il y a matières …

A se révolter contre ces banquiers, contre ces marchés qui sèment la misère et la mort, contre un État moribond qui enferme le peuple francophone dans des frontières du passé et l’empêche de s’épanouir.

Se révolter pourquoi ? Pour une mondialisation et une Europe faites de solidarité et de liberté alors que les intérêts des puissants prévalent, pour une créativité politique inexistante parce que prisonnière des schémas du passé, ceux du capitalisme ravageur.

La Fédération Wallonie-Bruxelles est désargentée alors qu’elle doit promouvoir des compétences essentielles comme l’enseignement, la culture et l’audio-visuel pour rester dans le train de la modernité (les enquêtes PISA sont catastrophiques et le débat Robin des Bois est un indice de pauvreté).  En plus, est patente l’incapacité financière de protéger durablement l’environnement, d’assumer toutes les infrastructures, de rendre nos municipalités agréables à vivre. Ne parlons pas de l’esthétique généralement absente des projets d’où un ressentiment accru de sinistrose.

Pendant ce temps, les ténors de la politique s’usent dans d’interminables caucus, séances, rapports, palinodies, justifications, concertations, explications, etc… etc… etc… (en veut-on encore ?) toujours répétés, débouchant sur le néant.

Un jour viendra où la vérité surgira du puits. Aujourd’hui, chaque état-major de parti n’ose prendre la responsabilité de la rupture. Un jour, elle se produira inévitablement. Je me souviens de ce bureau du PS de 1979 où André Cools mit fin au « PSB uni et fort » après des mois d’impossibilité de décider. Nous avons reçu sa décision dans l’estomac, avons réalisé que c’était la sagesse même et puis avons été l’expliquer à notre base socialiste. Il manque des André Cools !

Le courage politique est de se mettre autour d’une table, de faire sortir les plans B des armoires et d’étudier les conditions du divorce et de l’après-divorce.

Combien de temps encore les Wallons et les Bruxellois vont-ils  subir les complexes identitaires des Flamands ? Il faut arrêter de tergiverser pour éviter la colonisation.

La propagande francophone ment et trahit ses lecteurs quand elle tente d’expliquer que la majorité des Flamands ne sont pas séparatistes et, pour tenter de le démontrer,  part à la pêche de minoritaires intellectuels, artistes et autres pour affirmer le contraire. Tout cela n’est qu’un tissu de mensonges. Oui, on n’arrête pas de vous mentir, partout et tout le temps grâce à une machine de propagande bien huilée qui englobe presque tous les médias.

Pour mes enfants et petits-enfants qui se posent des questions vitales, je rêve d’être citoyen d’un grand pays, qui en impose sur la scène internationale, où on se bat pour une Europe équitable, pour la défense d’une démocratie sociale, où on pourra relever les grands défis de la mondialisation et se débarrasser des mesquineries qui encombrent notre quotidien.

Et ce pays, nul doute, je le proclame, après mûre réflexion de jour en jour renforcée, offre la solution à tous nos maux et c’est la FRANCE !

                                    Willy Burgeon

PS : je renais en politique quand je participe aux travaux du GEWIF (Groupement d’Etude pour la Wallonie intégrée à la France), dirigé par Jules Gheude, où on étudie les raisons et les modalités pratiques du rattachement à la France, vision très minoritaire mais qui s’imposera d’elle-même comme le fédéralisme dans les années 1960. En fait, on y  prépare l’avenir, on se fiche des combats d’arrière-garde et c’est terriblement stimulant !

La vérité selon B plus

Il avait l’assurance d’un oracle. Il annonçait « pourquoi la Belgique n’éclatera pas ». Il affirmait que la Belgique s’accommoderait d’un tas de nouvelles réformes concédées à une Flandre encore insatisfaite mais pas franchement indépendantiste. En dévoilant l’avenir, dans La Libre du 30 juin,Vincent Laborderie, chercheur en sciences politiques à l’UCL, ne faisait pas seulement parler sa science. Il exprimait son point de vue et, vérification faite, ce point de vue est celui d’un responsable de B plus. Pour la clarté du débat, autant le savoir.

Après la réaction de Jules Gheude, Vincent Laborderie a éprouvé le besoin de nuancer ses propos dans un nouvel article de La Libre à lire ici. Toujours pas de référence à B plus, mais une précision quand même : Vincent Laborderie est de nationalité française.

B plus, mouvement citoyen soutenu par des gens très haut placés, a-t-il besoin de se cacher pour influencer l’opinion dans le sens qui lui convient ?

Quoi qu’il en soit, son message, en faveur d’une « refondation » de la Belgique, a de plus en plus de mal à convaincre.

La Belgique existera-t-elle encore dans cinq ans ?

« Qui vivra, verra », s’est contenté d’écrire Francis Van de Woestyne, l’éditorialiste de La Libre, après avoir opposé les hypothèses « optimiste » et « réaliste ». Par les temps qui courent, la tendance est à la prudence et au scepticisme. Béatrice Delvaux, dans Le Soir, semble avoir cessé d’y croire, elle aussi : lire ici son dernier édito.

Les optimistes et les réalistes

Les médias sont dans leur rôle quand ils s’interrogent sur l’avenir de la Belgique. Ces jours-ci, La Libre a balancé entre le souci de rassurer ses lecteurs et celui de ne pas leur donner des illusions. Au final, Francis Van de Woestyne, l’éditorialiste du journal, a écrit hier que deux points de vue s’opposent : celui des optimistes et celui des… réalistes.
Voici un extrait de son article :

« L’avenir ? Il y a deux types d’attitudes possibles. Les optimistes et les autres, plus réalistes sans doute. A vous de choisir votre camp. Les optimistes donc, sont persuadés que le gouvernement, malgré les travers dénoncés, malgré les succès attendus de la N-VA aux communales, va réussir une législature courte mais particulièrement productive. Tant en termes socio-économiques qu’institutionnels. Si tout se passe comme prévu, le déficit de la Belgique sera proche de zéro à la fin de la législature et, tirée par l’économie allemande, la Belgique, toutes régions confondues, connaîtra une croissance qui fera tomber le chômage. En termes institutionnels, BHV sera scindé et la réforme institutionnelle la plus importante aura été votée en temps et en heures. En juin 2014, la N-VA ne pourra encore une fois que vendre des promesses et des chimères. Aller plus loin, ce sera démanteler le pays. Et ce n’est pas ce que Wallons, Bruxellois et Flamands attendent. Donc, tout baigne… Le gouvernement, aujourd’hui impopulaire, serait donc reconduit, comme le fut le Martens/Gol après quatre rudes années (1981-1985).

« Puis, il y a les autres, les réalistes ou les pessimistes. Que disent-ils ? La N-VA va atteindre des niveaux historiques aux communales d’octobre. De Wever va diriger la métropole anversoise… qu’il quittera en 2014 pour devenir le prochain ministre-Président du gouvernement flamand. De là, il bloquera la constitution du prochain gouvernement fédéral, refusera que les surplus budgétaires flamands servent à réduire le déficit belge. Et c’est ainsi qu’il pourrira la situation. Dès lors, la séparation de la Belgique finira par apparaître comme une issue salutaire non seulement aux Flamands mais aussi, surtout, aux francophones, qui ne pourront plus accepter les diktats de la N-VA. Voilà. Qui vivra, verra. »

V.d.W.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde