Lettres à Philippe

LettreL’initiative en revient à l’Hebdomadaire « Knack » : demander aux partis flamands d’écrire au prince héritier. Presque tous ont envoyé leur missive à l’exception notoire du sp.a.

Côté wallon et bruxellois francophone, c’est un regard gêné et lénifiant… Oserai-je dire comme d’habitude ! (Paul D.)

Nous reprenons ici l’information telle qu’elle apparaît sur le site du Vif/L’Express.

De Wever : « Presque aucun parti ne veut voir Philippe sur le trône »

« Presque aucun parti ne veut voir Philippe sur le trône », a affirmé mercredi le président de la N-VA, Bart De Wever, sur les ondes de Radio 1 (VRT) après la publication dans « Knack » des lettres que l’hebdomadaire a demandé, à 5 présidents de parti, d’écrire au prince héritier.

« Je ne suis pas un grand spécialiste de l’expression corporelle, mais, lors d’apparitions publiques, votre attitude respire l’obligation », écrit le président des nationalistes flamands au prince Philippe. « Ce que vous traduirez par votre devoir. La meilleure des choses serait de vous libérer de ce devoir ».

Dans sa lettre adressée au prince Philippe, le président de la N-VA en profite également pour fustiger le rôle joué par le roi : « Il n’y a pas de contrôle démocratique de la fonction politique du roi. Parce que soyons honnêtes : le roi continue à jouer un rôle politique. Je l’ai vécu lors des négociations de 2010, quand votre père a joué le rôle de rallonge du PS et a ainsi activement participé à l’éjection de la N-VA des négociations du gouverne-ment ».

Si en tant que républicain pur et dur, De Wever se montre en faveur d’une disparition de la monarchie, il réalise que de nombreux Belges y sont opposés et prône donc une fonction cérémonielle pour le roi. Dans d’autres partis flamands, le ton est également critique, loin des propos plus lénifiants entendus habituellement dans les partis francophones.

Le président de Groen estime que Philippe ne doit pas se mêler de politique. « Reconnais-le, le pouvoir politique que tu reçois parce que tu es, par hasard, le fils de ton père, c’est quand même d’un autre temps », a lancé Wouter Van Besien. « Ne serait-il pas temps d’en finir avec cette relique ? »

L’écologiste ajoute cependant : « Et pour être tout à fait clair, parce que je sais et je comprends que vous y soyez sensible, cela n’a absolument rien à voir avec votre Personne. Cela n’a rien à voir avec vos capacités ou votre intelligence. Cela a trait à la démocratie, au pouvoir qui doit être accordé par le peuple et pas comme héritage ». Enfin, il incite le prince héritier à faire un grand geste lorsqu’il coiffera la couronne. Il devrait demander lui-même à la classe politique de le dispenser de ses tâches politiques.

Dans la même veine, le président du CD&V, Wouter Beke, qualifie la monarchie d’« anachronisme, le reste d’un temps depuis longtemps révolu lorsque le pouvoir se transmettait par héritage et non par des élections démocratiques ».

Il tempère toutefois sérieusement son propos quand il évoque le cas belge : « Beaucoup ont, tout de même, le sentiment que la monarchie correspond bien à un pays aussi délicat que la Belgique. Mais ce sentiment n’existe que par la grâce d’une saine dose de réserve ». Le chrétien-démocrate suggère au prince Philippe de s’inspirer du nouveau pape qui, lui, fait preuve de simplicité et de serviabilité.

La présidente de l’Open Vld, Gwendolyn Rutten, s’en tient à des avis prodigués au futur roi. « Ne vous enfermez pas. Ne suivez pas simplement la tradition, mais sortez de ce carcan. Suivez vos sentiments et apprenez à nous connaître le mieux possible ». Elle est la seule à ne pas se prononcer sur la fonction royale ou le maintien de la monarchie.

Républicain affirmé, le président de la LDD, Jean-Marie Dedecker, fustige le double discours de la classe politique belge, à l’instar de M. De Wever. Officieusement, il existe bel et bien une tendance à vouloir supprimer la monarchie, dit-il. « Mais je suis suffisamment réaliste pour me rendre compte que notre caste politique n’est pas encore mûre pour cela. Dans les coulisses, oui. Pas en public ». Le président du sp.a n’a pas voulu se prêter au jeu.

Philippe Van Parijs, cheval de Troie de la Flandre

Vu sur le site du Vif/L’Express, ce 11 avril 2013 :

Philippe Van Parijs (UCL, Oxford…) est un intellectuel engagé. Il avait déjà soutenu l’idée de circonscription fédérale avec le groupe Pavia. Le voici à l’initiative d’un ambitieux plan Marnix pour développer le multilinguisme à Bruxelles que Le Vif/ L’Express peut dévoiler.

Un plan qui a reçu le soutien de la Fondation Roi Baudouin et qui fédère toutes les forces vives bruxelloises : patronat, syndicats, réseaux scolaires, écoles européennes, Actiris… Présentation officielle en septembre. L’enjeu est double. « Démocratique : il faut créer les conditions linguistiques permettant le dialogue entre communautés à Bruxelles » explique Van Parijs. Le récent baromètre linguistique de la VUB montre que le modèle bilingue est mis sous pression par l’anglais, l’arabe… « Et économique, poursuit-il, Grégor Chapelle, directeur général d’Actiris, souligne que 90 % des demandeurs d’emploi à Bruxelles sont des unilingues francophones. Il faut prendre ce problème à bras-le-corps. » Taux de chômage bruxellois en mars 2013 : 20,6 %.

Au menu de Marnix : site web, cours dès le plus jeune âge, tables de conversation… « Bruxelles est un trésor fabuleux en terme de compétences linguistiques. Nous devons en profiter. » Le nom rend hommage à Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde. Ce Bruxellois fut le premier à prôner l’enseignement en immersion au 16e siècle. Il parlait sept langues. Comme Philippe Van Parijs.

Ce que j’en pense :

Qui pourrait nier que le multilinguisme est une richesse pour l’être humain ? La question n’est évidemment pas là. Il est évident qu’être multilingue est un plus pour chaque citoyen du monde. Pour Bruxelles, les questions ne sont-elles pas :

1. De quel pourcentage de bilingues français-néerlandais la région a-t-elle besoin pour répondre au marché du travail ? Toutes les études répondent 10 %.

2. Chaque individu est-il en capacité de devenir bilingue  ? La réponse est « non ».

3. Quelles sont les exigences demandées pour être considéré bon bilingue ? Nous savons que la Flandre est beaucoup plus exigeante en ce domaine que les francophones bruxellois ou les Wallons qui considèrent comme bilingue un Flamand qui baragouine le français.

4. Combien de personnes ont la faculté de pratiquer plus de cinq langues ? La réponse est : « une minorité ».

Philippe Van Parijs a toujours souffert de constater que la langue de Molière était celle de 90 % des citoyens bruxellois. Il est impossible pour lui d’admettre que les populations immigrées choisissent le français comme langue véhiculaire. Il voudrait que s’impose l’anglais basique, langue de domination anglo-saxonne sur tout le continent européen.  L’anglais n’est-il déjà pas la langue utilisée par tous les Flamands que l’on rencontre dans les allées des institutions européennes ?

 Sous couvert de multilinguisme, P. Van Parijs veut en réalité flamandiser Bruxelles. En témoigne ses déclarations : « A Bruxelles, les enfants devraient apprendre à lire et écrire en Néerlandais » ou encore « l’enseignement néerlandophone à Bruxelles devrait être une véritable machine à néerlandiser la population ».

P. Van Parijs a ses marottes : la circonscription fédérale qu’il prônait avec le groupe PAVIA et l’instauration du flamand à Bruxelles. Pour la première, nous savons l’accueil que la Communauté flamande lui a réservé. Pour la seconde, il y met le paquet : il a l’appui de la Fondation Roi Baudouin qui fédère toutes les forces vives bruxelloises (patronat, syndicats, réseaux scolaires, écoles européennes, Actiris…). Excusez du peu !

Nous pouvons dès maintenant prévoir que la population bruxelloise réservera au combat politique et linguistique du professeur de l’UCL le mépris et le rejet qu’il mérite.

Paul D.

Et si Bruxelles faisait le choix de la Flandre ?

irisPassage de témoin à la tête de la Région bruxelloise. A un an des élections, Charles Picqué a choisi la Fête de l’Iris pour se retirer. Les médias consacrent une attention particulière à la Région bruxelloise. Une région née aux forceps, dont la Flandre ne voulait pas, qui donne aux Bruxellois la possibilité de choisir librement leur avenir.

Le Français Jacques Lenain a lui aussi réfléchi à ce que pouvait devenir le futur institutionnel de Bruxelles et des Bruxellois. Nous poursuivons ici la publication de son analyse. Dans ce troisième chapitre, il envisage la possibilité que Bruxelles fasse le choix de la Flandre.

Bruxelles

III. Bruxelles, entité « intégrée » au futur État flamand, un projet strictement flamand, suicidaire pour Bruxelles et les Franco-Bruxellois.

3.1. Physiquement, c’est presque la première option qui se présente puisque Bruxelles est déjà encastrée territorialement dans le nouvel État flamand, et sous son contrôle de fait, contrôle qui deviendrait plus fort qu’auparavant du fait même de la disparition du cadre étatique belge et de la nouvelle stature étatique de la Flandre. C’est bien cette vérité première qui motive toujours la Flandre à vouloir annexer Bruxelles, un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre. Certes, au moment de l’implosion du Royaume franco-flamand, la Flandre ne pourra pas, d’autorité, prendre le large avec Bruxelles, puisque la Flandre ne « contient » pas, juridiquement, la Région de Bruxelles : aucun État ne reconnaîtrait ce coup de force, et encore moins le Parlement bruxellois. Aussi, les dirigeants flamands, afin de « conserver » Bruxelles, de donner une base juridique, stable et durable, à leur emprise, ne manqueront pas, le moment venu, de proposer aux Bruxellois « francophones » un statut particulier au sein du nouvel État flamand, un statut rassurant pour obtenir leur adhésion.

Il ne faut pas douter qu’une partie de la population et de l’élite bruxelloise se rallieront à cette option, et pas seulement celle d’appartenance néerlandaise/flamande. Une partie francophone la soutiendra aussi, par intérêt matériel, par crainte du désordre, par aveuglement. Il faut donc l’examiner. Et, déjà, une alternative se présente : sera-ce un statut territorial pour une Bruxelles-région bilingue, donc une Région administrative bruxelloise en Flandre ? Ou bien sera-ce seulement un statut « personnel » pour les « francophones » qui habitent les 19 communes constitutives de l’ex-Bruxelles-Région, l’entité régionale étant supprimée ? Et quid du sort des six communes périphériques dont la « majorité francophone » dispose actuellement d’un statut de « minorité linguistique » ? A lire les propos des nationalistes flamands, on comprend que la seconde hypothèse est pour eux la seule bonne. Toutefois, l’impossibilité de la faire accepter d’emblée aux Franco-Bruxellois conduit à examiner ci-après la première, plus vraisemblable en première instance.

3.2. Dans cette hypothèse préférentielle, un statut territorial particulier pour Bruxelles au sein de la Flandre, ce statut serait présenté par les dirigeants flamands comme offrant juridiquement aux Bruxellois « francophones » des garanties équivalentes à celles qui sont actuellement les leurs dans l’État belge, par notamment le respect de leurs droits linguistiques et culturels, et donc du caractère partiellement « francophone » de Bruxelles, et le maintien de son régime d’auto-administration, fondé sur une cogestion bi-communautaire.

Ce statut pourrait sans doute comprendre de plus un mécanisme de soutien financier substantiel et durable, qui ne serait que la contrepartie de la taxation par la Flandre, dont elle conserverait le bénéfice, des revenus du travail des « navetteurs » flamands, taxation alors étendue aux « frontaliers » wallons, taxation nouvelle qui permettrait aisément de financer ce soutien à Bruxelles… Et, pour arracher l’accord des Bruxellois « francophones », les décideurs flamands pourraient même y ajouter, sous la condition du caractère irréversible du maintien de Bruxelles dans le nouvel État flamand, un certain élargissement du territoire bruxellois à une fraction des communes à forte majorité « francophone » de la périphérie.

Ce serait là des sacrifices limités pour la Flandre dès lors que ce statut entérinerait l’annexion effective et définitive de Bruxelles. De plus, un tel statut conviendrait fort bien aux milieux européens et européistes de Bruxelles, aux instances européennes elles-mêmes et aux États voisins de l’ex-Belgique car, une fois accepté par une majorité de Bruxellois, il fournirait un cadre stable au territoire de Bruxelles comme siège des principales institutions européennes, tout comme le fait le cadre belge actuel.

3.3. Mais si une telle inclusion de Bruxelles au sein de la Flandre pourrait revêtir les apparences d’une relation de type fédéral, et serait présentée par ses promoteurs comme une relation partenariale équilibrée, dans la réalité il n’en serait absolument rien. Car, cette option signifie une intégration totale et « pour toujours » de Bruxelles dans la Flandre, entérinée tant par le droit international que par le droit interne flamand. Du coup, Bruxelles ne serait plus qu’une « partie » de la Flandre, qui seule aurait le statut d’un véritable État souverain. Une partie juridiquement « flamande » et non « bruxelloise », placée dans une position subordonnée, définitivement, laquelle position ne pourrait que s’éroder. Car les engagements flamands de respecter la personnalité bruxelloise ne pourraient être réellement garantis, et leur permanence serait par conséquent assez vite remise en cause. De plus, ces pseudo-engagements seraient nécessairement accompagnés de plusieurs conséquences, obligations et contraintes pour les Bruxellois, qui seraient continuellement aggravées. Le caractère irréversible de la subordination à une puissance flamande hostile implique le caractère éphémère des promesses faites.

Une première de ces conséquences gravement néfastes, ce serait l’abandon par Bruxelles de toute prétention à tout autre statut, à titre définitif, donc, que ce soit le statut futur d’État propre et souverain (membre de l’ONU et de l’UE), ou celui d’appartenance à un autre État (constitué avec la Wallonie ou par intégration à la France). Ensuite, et en conséquence, ce serait l’acceptation de la qualité de citoyen flamand pour tous les Bruxellois, et pas seulement pour les Bruxellois « néerlandophones ». Ce serait aussi la conservation, et donc le renforcement, de la séparation physique d’avec la Wallonie, avec ses conséquences humaines, économiques, fonctionnelles. Et ce serait encore la mise sur un strict pied d’égalité du néerlandais et du français à Bruxelles, puis des assauts incessants contre les positions du français. Notamment par la conservation des institutions bruxelloises bi-communautaires, dans des conditions encore plus favorables pour le néerlandais qu’auparavant. Avec notamment pour les nouveaux immigrés installés à Bruxelles l’imposition, comme en Flandre, de la langue néerlandaise comme langue obligatoire, notamment pour leurs enfants. Et la primauté accordée à l’anglais sur le français, partout où ce serait possible, pour promouvoir le déclin de celui-ci. La présence flamande irait en se renforçant dans le champ économique, les entreprises à direction flamande constituant un levier efficace et privilégié pour défranciser les Bruxellois. Ce serait aussi l’interdiction confirmée de tout usage du français sur l’ensemble du territoire flamand non « bruxellois », et donc le renforcement des mesures de lutte contre les « francophones » restés isolés en périphérie.

3.4. Ainsi, les responsables flamands, une fois obtenue l’inclusion juridique de Bruxelles dans la Flandre, pendant institutionnel de l’inclusion complète de son territoire dans le sien, et ainsi parvenus à créer une situation irréversible qui, une fois bien installée, avec l’assentiment des États voisins, serait impossible à défaire, disposeraient de la maîtrise complète et définitive de Bruxelles.

Une telle situation aurait vite de lourdes conséquences sur les institutions publiques bruxelloises, qui seraient majoritairement « colonisées » par les Flamands, à tous les échelons, décisionnels comme subalternes.

S’appuyant sur le caractère de citoyen flamand de sa population entière et la séparation ainsi institutionnalisée d’avec la Wallonie, ayant pris en main les institutions bruxelloises à tous les niveaux, les autorités flamandes pourraient gagner, avec le temps, le pari de la dilution de l’identité « francophone » de Bruxelles, en soutenant la stratégie, déjà amorcée, d’ »internationalisation » de sa population. Il est en effet patent que le processus d’internationalisation de Bruxelles, qui n’entame pas aujourd’hui son caractère « francophone », serait alors soutenu, accéléré, processus qui, conjugué à une réactivation aisée de la présence et de l’identité flamande de Bruxelles, aboutirait cette fois à la marginalisation croissante des « francophones », de leur identité et de leurs intérêts matériels.

En effet, on voit mal comment les milieux dirigeants flamands pourraient se montrer plus accommodants avec l’identité « francophone » et « envahissante » de Bruxelles, totalement illégitime à leurs yeux, après l’indépendance de leur État qu’avant, sauf à se décrédibiliser, tant auprès du peuple flamand qu’à leurs propres yeux. Au demeurant, un statu quo réellement protecteur pour Bruxelles ne pourrait leur convenir, car il serait contre-productif pour la Flandre de « garder » Bruxelles si elle ne pouvait la « défranciser ». Aussi, Bruxelles, entité « flamande », même « autonome », une fois intégrée constitutionnellement à l’État flamand, plus que jamais totalement dépendante physiquement de cet État et de son territoire, et qui lui serait en outre assujettie financièrement, serait constamment confrontée à une action multiforme de flamandisation/défrancisation, sans doute terriblement efficace, mais qui serait aussi très conflictuelle. Alors, le harcèlement incessant des « francophones » pousserait nombre d’entre eux à l’abandon, soit par la fuite du territoire, soit par la soumission aux exigences culturelles flamandes, comme il en a été, par le passé, pour toutes les minorités francophones des villes flamandes, à Gand, Bruges, Anvers, Louvain, etc. La modeste part flamande de la population des 19 communes pourrait alors se mettre à croître. Du coup, sous l’influence contestataire de cette « cinquième colonne », encouragée, soutenue, relayée par l’État flamand, l’existence même de la Région administrative serait remise en cause.

3.5. En effet, aucun compromis durable ne serait possible entre la nation flamande et sa « minorité francophone ». Car la permanence d’une importante minorité « francophone » en Flandre, essentiellement mais pas seulement bruxelloise, même assujettie, constituerait, par sa capacité de contestation, une grave menace pour la cohésion interne de l’État flamand et pour son insertion paisible dans l’ensemble européen. C’est pourquoi il faut aussi concevoir une toute autre hypothèse, celle, toute contraire, selon laquelle les décideurs flamands pourraient eux-mêmes considérer comme risqué le pari de la « dissolution des francophones », alors qu’ils représenteraient, Bruxellois et autres, près d’un million de personnes, soit pas loin de 15 % de la population de la Flandre, et qu’ils seraient collectivement dotés d’une volonté identitaire résiliente, et d’une reconnaissance identitaire susceptible d’être protégée par des engagements européens. Aussi, un tel risque étant structurellement menaçant pour l’identité « flamande » elle-même et pour l’équilibre politique de la Flandre, les décideurs flamands pourraient abandonner le but de s’annexer Bruxelles, pour éviter d’être obligé de faire des Bruxellois « francophones » des citoyens récalcitrants de l’État flamand, lui préférant la voie du contrôle indirect, un contrôle indirect très étroit que permet aisément l’encerclement territorial de Bruxelles par leur territoire, qui sera devenu de plus celui de leur État souverain, avec les moyens supplémentaires de pression que cet État fournira sur une entité bruxelloise au statut international incertain, qui serait celui d’une « Fédération » bancale et éphémère avec la Wallonie ou celui d’une « Cité-État » isolée et manœuvrable, hypothèses examinées ci-après.

Au demeurant, lors du moment de la dissolution du Royaume belge, il est peu probable que les Bruxellois « francophones », encore numériquement majoritaires, accepteront de tenter une telle expérience, alors qu’ils sauront qu’elle serait sans retour s’ils l’adoptaient. Ce que peuvent aisément deviner les Bruxellois « francophones » (qui connaissent le sort funeste des « francophones » de Flandre depuis cinquante ans) : sur le fond, autonomie territoriale improbable, régime linguistique incertain; sur le plan juridique, protection constitutionnelle flamande limitée, protection politique européenne douteuse; dans la vie courante, harcèlement incessant pour tous, marginalisation professionnelle des « résistants », grignotage culturel permanent, etc., autant d’éléments qui conduisent à penser que les Bruxellois « francophones », largement majoritaires, refuseront l’annexion de Bruxelles à la Flandre. Aussi, on peut raisonnablement croire que les milieux dirigeants « francophones » bruxellois, avec les milieux homologues wallons, préfèreront explorer les potentialités supposées d’un projet d’État fédéral et monarchique Wallonie-Bruxelles, parallèlement à celui d’un mini-État princier bruxellois.

(A suivre)

Jacques Lenain

Di Rupo : beaucoup de show, l’art de paraître et puis…

Comment nommer un marché où une multinationale obtient 85 hectares de merveilleux terrains à un prix dérisoire, ne paye pas d’impôt grâce aux intérêts notionels et au surplus ne tient pas ses promesses quant au nombre d’emplois créés ? Personnellement, j’appelle cela un marché de dupe.

Pour mieux comprendre, je vous invite à lire ce qui suit…

Paul D.

Source: Le Vif
samedi 27 avril 2013 à 13h21

Pour son data center belge, le géant des moteurs de recherche a décroché l’un des plus beaux terrains industriels de Wallonie. Résultat : à peine 40 emplois directs et pas un euro d’impôts.

Google-Di RupoElio Di Rupo entouré d’une nuée de photographes et de cameramen, tout sourire, auguste comme un seigneur arpentant son fief. Mais avec un gilet fluo et un casque de chantier frappés de l’écusson du vrai maître des lieux : Google. C’était le 10 avril, à Saint-Ghislain.

Pour accéder à cet article du Vif/L’Express, il suffit de cliquer ici.

Un espoir pour les abeilles

Plusieurs de nos membres engagés dans la lutte pour une agriculture responsable nous demandent de répercuter l’information donnée par le groupe « AVAAZ ».

Nous le faisons avec d’autant plus de plaisir que la France a joué un rôle de pionnière en maintenant son interdiction des pesticides néonicotinoïdes. La France envoyait ainsi un message fort aux autres pays européens.

Chers formidables membres d’Avaaz,
Nous avons gagné! L’Europe vient d’interdire les pesticides tueurs d’abeilles! Les grandes firmes telles que Bayer ont joué tous leurs atouts, mais le pouvoir citoyen, la science et l’éthique politique ont pris le dessus!

Die-in d’Avaaz, Allemagne
« Die in » au siège de Bayer, à Cologne

Vanessa Amaral-Rogers, de l’association pour la préservation des insectes Buglife, a déclaré:

“Le vote a été serré, mais grâce à l’immense mobilisation des membres d’Avaaz, des apiculteurs et d’autres défenseurs des abeilles, nous avons gagné. Je suis certaine que nos milliers d’appels, nos e-mails aux ministres, nos actions à Londres, à Bruxelles ou à Cologne et l’immense pétition ayant rassemblé plus de 2,6 millions de signatures ont été décisifs. Merci à Avaaz et merci à toutes celles et ceux qui ont travaillé dur pour sauver les abeilles!”

Les abeilles pollinisent deux tiers de nos aliments. Quand les scientifiques ont averti que ces petits insectes étaient sur le point de disparaître en silence, Avaaz s’est mobilisée et nous n’avons pas cessé de nous battre jusqu’à la victoire finale. Notre victoire cette semaine est le résultat de deux ans de travail: nous avons envoyé des milliers de messages aux ministres, organisé des actions médiatiques avec les apiculteurs, financé des sondages et bien plus encore. Voici comment nous avons remporté cette victoire:

    • Pression sur la France. En janvier 2011, 1 million de personnes signent notre appel à la France afin qu’elle maintienne son interdiction des pesticides néonicotinoïdes. Les membres d’Avaaz et les apiculteurs rencontrent le ministre de l’Agriculture et envahissent les ondes pour l’obliger à tenir tête au lobbying des grandes multinationales en maintenant l’interdiction des néonicotinoïdes — envoyant ainsi un message fort aux autres pays européens.
Bernie à Bruxelles
Bernie, notre immense abeille gonflable, remet les 2,6 millions de signatures de notre pétition à l’UE à Bruxelles.
    • Résister contre les multinationales toutes puissantes. Bayer a affronté Avaaz et ses alliés, qui ont manifesté lors de ses 3 dernières réunions annuelles. Les cadres dirigeants et les actionnaires du géant des pesticides ont été accueillis dans leurs locaux par des apiculteurs, un bourdonnement sonore et d’immenses banderoles avec notre appel, signé par plus d’1 million de personnes les invitant à suspendre l’utilisation des néonicotinoides tant que les scientifiques n’auront pas évalué leur effet sur les abeilles. Avaaz parvient même faire une présentation durant cette réunion, mais Bayer dit “non”.
    • La science avant tout. En janvier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estime que trois pesticides posent des risques inacceptables pour les abeilles. Nous saisissons cette occasion pour amener les responsables politiques européens à écouter les experts. Notre pétition rassemble rapidement 2 millions de signatures. Après de nombreux entretiens avec les décisionnaires européens, Avaaz remet cet appel au QG de l’UE à Bruxelles. Ce même jour, la Commission propose une interdiction d’une durée de 2 ans!
Manifestation des apiculteurs
Les apiculteurs remettent notre pétition au 10 Downing Street
    • Saisir les opportunités. En février et mars, la bataille pour les abeilles s’intensifie. Dans toute l’UE, les membres d’Avaaz sont sur les starting-blocks tandis que les 27 décident du sort de la proposition. Lorsque les poids-lourds que sont le Royaume-Uni et l’Allemagne annoncent qu’ils s’y opposeront, Avaaz publie des sondages d’opinion montrant que l’immense majorité des Britanniques et des Allemands sont en faveur de l’interdiction. Les membres d’Avaaz envoient alors près d’un demi-million d’e-mails aux ministres de l’Agriculture européens. Apparemment plus effrayé par la voix de ses propres citoyens que par les pressions des lobbyistes de l’industrie chimique, le ministre britannique Owen Paterson dénonce une “cyberattaque”; mais les journalistes ne sont pas dupes et soutiennent notre campagne! Entre alors en scène Bernie, notre abeille gonflable de 6 mètres de haut, qui remet notre pétition à Bruxelles lors d’une mise en scène médiatique avant la dernière phase de négociations. Cette mobilisation aurait suscité l’intérêt du ministre espagnol, qui regarde de plus près les rapports d’experts et revient sur sa position. Las, nous n’obtenons pas encore la majorité nécessaire pour obtenir une interdiction des pesticides.
Bernie dans le journal The Independent
Bernie l’abeille dans le journal The Independent
  • Enfin le feu vert! En avril, la proposition de loi est renvoyée en comité d’appel. Pour nous, il s’agit d’une vraie lueur d’espoir. Dans cette dernière ligne droite, Avaaz s’associe à différents groupes tels que la Environmental Justice Foundation, les Amis de la Terre ou le Pesticides Action Network, des apiculteurs et de célèbres stylistes amoureux des abeilles pour organiser une action devant le Parlement britannique. En Allemagne, des apiculteurs lancent leur propre pétition Avaaz adressée à leurs ministres. En à peine 2 jours, elle rassemble plus de 150 000 signatures. Elle est remise à Cologne quelques jours plus tard. Les appels téléphoniques continuent de submerger les ministères européens et Avaaz contrecarre un amendement délétère proposé par la Hongrie en renvoyant Bernie à Bruxelles. Les fabricants de pesticides achètent des espaces publicitaires dans l’aéroport par lequel arrivent les responsables politiques et envahissent les ondes pour proposer des solutions telles que le recours aux plantes sauvages. Mais leur plan de communication tombe à l’eau: d’abord la Bulgarie, puis le pays décisif, l’Allemagne changent de position. Cette semaine, nous remportons enfin notre grande victoire: plus de la moitié des pays européens votent pour l’interdiction!
Cette victoire est le fruit d’une longue bataille, qui n’aurait pas été remportée sans les scientifiques, les experts, les responsables politiques à notre écoute, les apiculteurs et nos partenaires de campagne. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli ensemble. L’un des grands défenseurs des abeilles, Paul de Zylva, responsable de la section pesticides et pollinisateurs des Amis de la Terre, a déclaré:

« Merci aux millions de membres d’Avaaz qui se sont mobilisés en ligne et dans la rue. La pétition d’Avaaz et ses campagnes créatives ont sans aucun doute fait pencher la balance avec notre concours et celui d’autres ONG. »

Il est temps de célébrer cette victoire en faveur de l’une des créatures les plus précieuses de la Terre. Mais l’interdiction de l’UE est pour l’instant limitée à 2 ans, en attendant d’autres évaluations. Et dans le monde entier, la survie des abeilles reste menacée par les pesticides qui les affaiblissent et les désorientent, ainsi que par la disparition de leur habitat naturel, détruit par l’industrialisation des espaces agricoles. En Europe et sur toute la planète, il nous reste encore beaucoup de travail pour que seule la science guide nos politiques agricoles et environnementales. Et c’est notre communauté qui parviendra à relever ce défi.

Bruxelles, ville internationale ?

Bruxelles, Jacques Lenain

I. Les « villes internationales » n’ont pas de « statut ». Ce n’est donc pas une option possible pour Bruxelles, demain, après la fin du Royaume belge.

1.1. Il suffit de faire le tour des villes considérées comme « villes internationales » pour constater qu’aucune n’a de « statut international » en rapport avec cette qualité. Précisons d’abord qu’il y a deux réalités qui correspondent à l’étiquette, au label, au rang de « ville internationale », de ville qui jouit donc d’une telle reconnaissance. D’abord, la ville qui accueille sur son territoire un nombre remarquable d’institutions de droit international, publiques, mais aussi privées, institutions donc reconnues par un nombre élevé d’États. Ensuite, celle qui dispose d’une puissance propre qui lui confère un rayonnement de portée internationale, mondiale, par son rôle surdimensionné, économique, culturel, politique, qui lui donne une influence qui dépasse de beaucoup le territoire de l’État auquel elle appartient. Toute capitale – politique, économique et culturelle – d’un grand État peut donc être dans cette situation. Bien sûr, les deux qualités – fonction internationale et rayonnement international – peuvent coexister au bénéfice d’une même ville, ce qui élève encore son rang de « ville internationale », ce qui en fait une « ville mondiale », une ville « globale ».

Justement, Bruxelles a bien ces deux caractères de « ville internationale ». Elle accueille un nombre considérable d’institutions européennes, et aussi d’institutions plus larges (essentiellement implantées sur sa seule « Commune-centre », et non dans les dix-huit autres communes de la « Région » bruxelloise…). Et, partant, Bruxelles déploie des capacités économiques et financières exceptionnelles, sur-développées par rapport à la taille du pays belge, et à celle de Bruxelles elle-même. Bruxelles est donc bien une « ville internationale ». Mais en quoi cette qualité aide telle à résoudre la question existentielle de Bruxelles, une fois que le Royaume belge franco-flamand sera disloqué ? Hélas, elle n’aide en rien.

1.2. Car, en droit international, aujourd’hui, Bruxelles est seulement une ville de statut belge, et la capitale de la Belgique. Et, en droit belge, comme capitale, il s’agit uniquement de la Commune-centre, strictement, pas de la Région. Rien de plus. Ainsi, Bruxelles, comme ville belge, n’a aucune existence propre dans le cadre du droit international. Et ne pourrait en avoir une demain, tant qu’elle restera une ville belge. Et Bruxelles n’est pas plus une ville de droit européen, encore moins une « capitale » européenne, contrairement à ce que laisse accroire le langage courant, qui consiste à qualifier Bruxelles de « Capitale de l’Europe ». Car l’Union européenne n’a pas de « capitale » pour la simple raison que les traités européens ignorent cette notion de « capitale » : le droit européen a fixé à Bruxelles, Commune-centre, le siège de nombre de ses institutions, et les plus importantes, certes, mais ne dit rien d’autre.

En Europe, il y a bien d’autres « villes internationales », comme Bruxelles. La cité suisse de Genève est un bel exemple de « ville internationale » européenne. Plus petite que Bruxelles (moitié moindre par sa population), elle accueille comme elle un nombre considérable d’institutions internationales, publiques et privées, et y ajoute des capacités économiques et financières d’une très grande ville. Pourtant, Genève n’est, en droit international, qu’une ville suisse, et, en droit suisse, que le chef lieu du Canton de Genève, l’un des vingt six cantons de l’État fédéral suisse. Nous citerons aussi, pour l’Europe, les villes de Luxembourg et de Strasbourg, « villes internationales » de part les fonctions qu’elles abritent, mais qui n’en sont pas moins, au regard de l’organisation du monde en États, des villes respectivement d’appartenance luxembourgeoise et française, et rien de plus. On peut dire presque la même chose d’Amsterdam ou d’Anvers, qui, sans être des métropoles mondiales, ont une dimension internationale du fait de leur importance portuaire et marchande, et qui n’en sont pas moins des communes respectivement belge et hollandaise.

Encore mieux, Paris, Londres, Moscou, encore, sont bien des « villes internationales » d’Europe, au regard de leur rayonnement mondial. Pour autant, elles sont respectivement française, anglaise et russe, en droit comme de culture. Ces villes, ces « métropoles mondiales », ont un statut interne français, britannique et russe, en aucun cas un statut de droit international, lequel, répétons-le, n’existe pas. En dehors de l’Europe, New-York, toujours première cité « américaine », et, toujours première cité mondiale, n’est, statutairement, que la capitale de l’État de New-York, l’un des cinquante États qui forment les États-Unis d’Amérique (EUA). Quant à Washington, désormais quatrième agglomération des EUA, qui ajoute donc sa puissance économique toute neuve à sa fonction fédérale primitive, elle n’a pas le statut d’un État et ses citoyens sont donc dépourvus d’une partie des attributs des citoyens états-uniens. Pékin, Shanghai, Delhi, Bombay et d’autres grands centres urbains d’Asie ou d’Amérique sont aussi autant de « villes internationales », mais qui n’ont comme statut juridique que celui que leur donne leur État d’appartenance.

1.3. Pour dire la chose autrement, il n’existe pas de populations et de territoires « internationaux », en droit. Pas plus que de ville « cosmopolite », concept différent mais voisin, utilisé fréquemment lui aussi pour tromper les Bruxellois. Il faut partir de réalités simples : sur notre Terre, tout territoire appartient à un État, toute population fait partie d’un État. Il n’y a plus de territoire « sans maître », bien qu’il puisse encore exister des populations sans citoyenneté (comme c’est le cas de la population palestinienne des « territoires occupés », lesquels ont un « maître » israélien). Cette appartenance est très généralement directe, mais elle peut être indirecte. Ce fut le cas des territoires coloniaux et de leur population, qui relevaient de l’autorité d’un État, sans en faire directement partie. Et il existe encore aujourd’hui des États « associés » à d’autres États, et qui, de ce fait, ne sont pas des États souverains, et qui ne sont donc pas membres de l’ONU. Ainsi en va-t-il de Porto-Rico, État non souverain, État « associé » aux EUA (États-Unis d’Amérique), dont les « citoyens » sont « citoyens » états-uniens, mais qui ne fait pas partie des cinquante États fédérés constitutifs des EUA, ni de l’ONU.

Ainsi, la « ville internationale » a certes une réalité, une dimension « internationale » qui résulte des « fonctions » qu’elle abrite, elle a un « rang », mais elle n’est pas un « sujet » du droit international. Celui-ci ne connaît que des « États », dont dépendent, exclusivement, les populations humaines et les territoires terrestres et maritimes, et d’autres sujets aussi, des « organisations », aux missions diverses, mais qui n’ont aucune souveraineté territoriale, et ne sont donc pas responsable de la moindre population. On notera, à titre incident, que le droit international ne connaît pas plus la « ville internationale », tromperie anti-bruxelloise, qu’il ne connaît « l’État confédéral », tromperie flamande « anti-francophone ».

1.4. Le constat est tout différent si l’on pense à certaines Cités-États, des « villes » qui cumulent le statut d’État souverain et le rang de « ville internationale ». Des entités internationalement reconnues malgré leur petit territoire. C’est évidemment le cas de Singapour ou de Dubaï. Et c’est aussi celui du Grand-Duché de Luxembourg, à distinguer de la ville de Luxembourg, duché qui n’a réellement de « grand » que le fait qu’il est un État souverain. De même que Singapour et Luxembourg, la Principauté de Monaco, carrefour international, qui compte 119 nationalités « résidentes », qui serait même l’État « le plus cosmopolite du monde » (selon les termes même d’une campagne officielle récente de la Principauté consacrée à sa propre gloire), répond aussi à cette définition de la Cité-État. Mais nous voilà bien loin du Bruxelles d’aujourd’hui, Région capitale belge, corsetée, disputée, dotée d’un budget de ville pauvre, bien que Cité riche… et qui, quand elle ne fera plus partie de l’État belge, une fois celui-ci dissous (le moment « séparatiste »), après avoir été disloqué (l’étape « confédéraliste »), devra se trouver un autre État.

C’est clair, Bruxelles devra donc choisir d’être autre chose qu’une « ville internationale », ce qu’elle est déjà, pour donner une citoyenneté internationalement reconnue aux Bruxellois, une fois que leur citoyenneté belge, partagée depuis 1830 avec les Flamands et les Wallons, sera perdue. Il est donc non seulement erroné mais aussi nuisible de faire miroiter aux yeux des citoyens de Bruxelles, à travers le terme et le concept de « Ville internationale », une apparence de solution qui ne peut en être une. Le concept de Bruxelles, « district européen », appelle la même dénonciation. Ce n’est qu’en examinant ensuite l’option de Bruxelles, État souverain, une Cité-État, ci-après, en V, que nous traiterons d’une option qui a du sens, bien que ce ne soit pas la bonne pour autant.

II. Bruxelles, demain, une « ville internationale et européenne», mais qui ne peut devenir, en aucun cas, un « district européen ».

2.1. L’État Belge une fois évanoui, Bruxelles, ayant perdu sa fonction de « capitale » de celui-ci, sera ainsi réduite à sa seule dimension européenne, et donc confortée dans ce second rôle. Sa population, ses élites et ses milieux dirigeants pourraient donc être justement portés à voir dans l’Union européenne le protecteur dont Bruxelles aurait besoin pour vivre sereinement son autonomie, en devenant juridiquement un territoire commun de l’Union, un « District » européen , et donc sa Capitale officielle. Un territoire et sa population qui seraient ainsi mis, croient les tenants de cette option, à l’abri de la volonté de domination de la Flandre. Une Cité à qui la fonction officielle de « District européen » donnerait un rang international encore plus fort que celui d’aujourd’hui, voire plus fort que celui d’une « petite » Cité-État, avec en prime, pourquoi pas, un financement conséquent de l’Union au titre de ses fonctions de « Capitale » européenne, de véritable « Capitale » cette fois.

Ce statut de « District européen » est une option portée par certains milieux bruxellois, y compris des milieux « francophones ». Ces milieux sont proches de ou se confondent avec ceux qui prônent une Bruxelles internationalisée, multiculturelle, cosmopolite, qui devrait de moins en moins à ses antécédents belges, flamands et wallons. Et cette option plairait à nombre de dirigeants flamands, qui verraient en sa réalisation un moindre mal, l’essentiel pour eux étant d’affaiblir le caractère « francophone » de Bruxelles, de maintenir la Cité sous une tutelle contrôlable, et ne devoir rien céder au plan territorial. Pour la justifier, ceux qui défendent cette option évoquent notamment la situation de Washington, ville unique du District fédéral (Columbia) des États-Unis d’Amérique (E.U.A). Ce District des E.U.A. relève de l’autorité exclusive du Congrès fédéral, qui l’a créé, et ne constitue donc pas un État de l’Union. D’autres États fédéraux comportent de tels « Districts », comme le Brésil (Brasília) ou l’Australie (Canberra), mais la plupart s’en abstiennent, préférant donner à la capitale et à son territoire un statut de membre à part entière de leur Fédération (Allemagne, Suisse), comme il en va généralement dans les États unitaires, où la Région capitale à le même statut que les autres régions (France, Italie, Espagne, etc.).

2.2. Que pourrait-il en être véritablement d’un tel statut de « District européen » pour Bruxelles ? Tout d’abord, il est essentiel d’avoir à l’esprit que l’Union européenne n’est pas un État, un État fédéral souverain. Et qu’elle ne le deviendra pas avant longtemps, du fait déjà des conséquences visibles de l’échec du projet de « Constitution » européenne et de la faiblesse intrinsèque de la zone monétaire Euro. Et surtout parce que les États-nations millénaires qui forment l’ossature de l’Europe ne s’effaceront pas de si tôt devant un super-État européen. Même si l’Union européenne présente des caractéristiques fédérales (par la primauté affirmée du droit communautaire dans nombre de matières, et la dérogation croissante à la règle de l’unanimité pour la prise des décisions), elle reste et restera fondamentalement une structure de nature confédérale avant tout, dont les compétences et les pouvoirs ne sont et ne deviendront pas illimités, car ses membres disposent seuls d’une existence étatique internationale pleine et entière, qu’ils conserveront, et de la légitimité interne qui réside et résidera toujours dans le pouvoir constituant de leur peuple et dans le monopole de l’exercice de la contrainte légitime par leur gouvernement. Comment, dès lors, une telle « structure » européenne, qui n’est donc pas un État souverain, pourrait-elle donc « posséder » un territoire, le territoire du « District » de Bruxelles ? On voit, d’emblée, que nous sommes devant une pure fiction, une fiction territoriale déjà, mais pas seulement.

Car, en poursuivant l’examen de ce que serait la teneur du statut de « District » européen, une redoutable question se pose pour les Bruxellois eux-mêmes, comme « citoyens ». Car de quel État les Bruxellois seraient-ils les citoyens, puisque qu’un tel « District » ne serait, justement, pas un État, mais le territoire d’une autre entité, l’Union européenne, qui n’est elle-même et ne sera pas un État souverain mais est et restera avant tout une Union confédérale d’États souverains ? Pour dissiper toute illusion, il faut rappeler que la « citoyenneté européenne » n’existe que comme fiction, elle aussi, elle n’est que l’accessoire formel d’une citoyenneté « nationale » ; il s’agit d’une « citoyenneté seconde », une citoyenneté « dérivée » d’une citoyenneté « première », la seule véritable, celle d’un État souverain membre de l’Union. Ainsi, un Belge ou un Français n’est citoyen « européen » que parce qu’il est d’abord et avant tout citoyen « belge » ou citoyen « français ». Un Bruxellois ne pourrait donc devenir un « citoyen européen » sans être d’abord celui d’un État membre, ce que ne serait pas un « District ». Mais ce n’est pas tout.

Car comment assurer la représentation du peuple d’un « District » bruxellois dans les instances européennes, à tout le moins au Parlement, puisque Bruxelles, comme « District », ne serait pas un État et donc pas un membre de l’Union, sauf à accepter que les « citoyens » bruxellois soient les seuls « citoyens » de l’Union sans représentation parlementaire « européenne »… Une problématique que les citoyens du « District de Washington », District d’un véritable État fédéral, connaissent bien, qui sont, eux, les seuls citoyens « états-uniens » à ne pas être représentés au Sénat, chambre des États du Congrès des États-Unis, les seuls dont les élus à la chambre des représentants n’ont toujours pas le droit de vote, et qui n’ont obtenu que tardivement celui de participer à l’élection du Président des EUA. Et si, au contraire, une telle représentation des Bruxellois au Parlement européen était considérée justement comme indispensable, cela n’obligerait-il pas à faire de Bruxelles un État-membre de l’Union, et alors ne faudrait-il pas en tirer toutes les conséquences, en acceptant justement Bruxelles comme un nouvel État membre, choix qui ramène à l’option V présentée ci-après, celle de l’État bruxellois « souverain et indépendant » ?

C’est patent, un « District » européen, c’est-à-dire un territoire commun bruxellois de l’Union européenne, constituerait une création très « originale », difficile à situer dans l’ordre juridique international, et tout aussi difficile à définir dans l’ordre interne de l’Union, puisque ce territoire ne relèverait d’aucun État véritable, ni fédéré, ni fédéral. Mettons cependant de côté momentanément la question de la vraisemblance logique et juridique d’un tel « District » sous magistère européen, et, entretenant la fiction qu’il pourrait exister, examinons ce que pourraient en être les conséquences concrètes pour Bruxelles et les Bruxellois.

2.3. Ainsi, comment l’Union européenne pourrait-elle exercer sa compétence à l’égard de « Bruxelles-District », de son territoire, de sa population, de ses institutions ? Quels seraient les organes de l’Union qui exerceraient le rôle de tuteur de Bruxelles, devenue « territoire européen » ? Le Parlement, la Commission, le Conseil européen, leurs présidents respectifs? Ces trois organes ensemble, et alors avec quelle(s) coordination(s) ? Et selon quelles règles l’autorité de tutelle serait-elle exercée, notamment pour aboutir aux décisions nécessaires au bon fonctionnement du District de Bruxelles ? Plus précisément, quelle serait l’impact des autorités européennes sur le fonctionnement même de Bruxelles, du fait de son statut de « District » ? Quelle serait la marge d’autonomie interne des instances bruxelloises ? Leur pouvoir législatif propre ? Leur pouvoir exécutif propre ? Leur pouvoir fiscal propre ? Leur pouvoir budgétaire propre ? Il suffit de regarder vers le District de Washington pour avoir la réponse : adieu l’autonomie acquise, et adieu le rêve de l’autonomie constitutive ! Un « District » bruxellois, moyen fonctionnel de l’Union européenne, serait réduit au rôle d’instrument de celle-ci.

Car, en admettant ces questions réglées, en bien ou en mal, quelles pourraient être les orientations des instances européennes pour « leur District », « leur » territoire bruxellois ? Dans presque tous les cas, ce serait alors les représentants des États membres de l’Union, orientés par leurs tropismes et intérêts nationaux, qui devraient se prononcer ensemble sur les questions bruxelloises qui leur seraient soumises, comme il en va pour toutes les compétences de l’Union. La protection de l’Union que Bruxelles en attendrait, vis-à-vis de la Flandre notamment, serait-elle dans ces conditions efficace, tant au moment de la scission que par la suite ? Ces instances décisionnaires européennes(Conseil, Commission, Parlement), désormais largement dominées par les représentants des États allemands, scandinaves et anglo-saxons, qui forment la vaste aire anglo-germanique à laquelle la Flandre appartient, seraient-elles sensibles aux intérêts de l’îlot latin « francophone » bruxellois, qui,de surcroît, manifesterait sa volonté obsédante de desserrer l’étau flamand? Il n’est guère de raison d’en douter, ces instances, contrôlées par ces États ni francophones ni francophiles ne seraient pas favorables au maintien de l’identité francophone de Bruxelles, et inclineraient plutôt et assez vite à la négliger voire à la combattre.

De même, puisque Bruxelles, comme « District », serait un territoire européen, il n’y aurait pas de frein à la volonté des instances européennes d’orienter le fonctionnement et le développement, urbain notamment, de Bruxelles en fonction de leurs propres attentes. Or il est douteux que l’eurocratie bruxelloise et la population bruxelloise aient les mêmes besoins et aspirations. Le partage des maigres réserves foncières, la politique urbaine, celle du logement, celle des transports, seraient autant de domaines où la volonté et les besoins des Bruxellois ordinaires pourraient être fréquemment négligés par la « tutelle » européenne.

Bien pire, et tout au contraire, ces pays et instances, une fois oubliés leurs engagements verbaux rassurants, seraient conduits à soutenir les intérêts flamands face à cette enclave francophone « étrangère », bizarrement incrustée dans leur sphère culturelle commune. Les uns et les autres ne seraient-ils pas fondés, à la longue, à soutenir la complète parité entre le flamand et le français à Bruxelles, au motif qu’il convient de favoriser le bilinguisme flamand/français ? Et aussi et surtout le trilinguisme au profit de l’anglais, langue de l’Europe et du monde, intention déjà attestée par l’amorce d’initiatives en ce sens de résidents bruxellois anglophones et atlantistes ? Et quelle résistance pourraient opposer les Bruxellois « francophones », bien que démographiquement majoritaires, à des décisions défavorables des instances européennes alors que ce « District » européen bruxellois serait devenu juridiquement, et peut-être irréversiblement, la »chose » de l’Union, et que Bruxelles, de surcroît, se serait mise dans la dépendance financière de la manne européenne ?

En outre, les instances européennes, soit pour arbitrer les conflits incessants entre la partie flamande et la partie francophone, au désavantage de celle-ci, soit pour faire valoir leurs propres intérêts à Bruxelles, ne manqueraient pas de s’immiscer dans l’organisation et le fonctionnement des instances bruxelloises, d’en définir les règles, et prendraient le contrôle du Parlement et du Gouvernement bruxellois. Les instances bruxelloises seraient finalement instrumentées, et rendues incapables de décider librement pour Bruxelles, mais également paralysées dans leur volonté de défendre le caractère francophone de Bruxelles et de protéger les intérêts les plus concrets de la communauté francophone.

Enfin, pourquoi ces pays européens et instances européennes se mobiliseraient-elles pour le désenclavement et l’élargissement, même modéré, du territoire de Bruxelles, indispensable à son autonomie, alors que par la seule existence du « District » européen bruxellois, elles pourraient affirmer que cet élargissement est tout simplement inutile ? Le choix du « District » serait le choix de l’enclavement définitif, de l’abandon de tout lien direct avec la Wallonie et avec les francophones de la périphérie, entièrement abandonnés au bon vouloir de la Flandre, sans intervention possible des instances bruxelloises.

2. 4. En vérité, l’Union européenne, telle qu’elle est, ne pourrait être qu’une protection illusoire pour les Bruxellois « francophones », et le statut de « District » européen peut-être même à terme un poison mortel, sachant que la France, seule nation qui resterait vraiment intéressée par le maintien du caractère « francophone » de Bruxelles, mais à l’influence désormais bien réduite au sein de l’Union du fait des élargissements successifs de celle-ci, de la domination anglo-saxonne déterminante en son sein et du poids propre du bloc germanique soudée autour de l’Allemagne réunifiée, et alors qu’il n’y a pas de camp latin en Europe, ne pourrait plus s’opposer au cours des choses, une fois ce statut accepté par les Bruxellois. Il n’est pas exagéré de prédire que les Bruxellois, s’ils adoptaient ce statut, ne pourraient plus pouvoir décider par la suite de l’abandonner pour un autre.

Cependant, et pour certaines des raisons évoquées ci-dessus, il est peu crédible que les pays membres de l’Union européenne seraient disposés un jour à se charger d’un dossier aussi épineux que celui de la création d’un « district européen », au statut juridique baroque, et dont l’existence ne présenterait que des avantages limités s’agissant des intérêts propres de l’Union. Le statut de « District » européen est donc une option très douteuse, juridiquement incertaine, de mise en œuvre complexe, et à risque politique élevé pour l’identité et l’autonomie de Bruxelles, un mirage qui ne devrait pas tromper les Bruxellois, une fois qu’ils auront eu à l’examiner sérieusement. Au demeurant, le camp flamand tentera avant tout de proposer pour Bruxelles son propre statut, un statut flamand, une proposition qui ne serait pas sans soutien en Europe et au delà.

(A suivre)

Jacques Lenain

Schizophrénie politique…

schizophrénieLes turbulences actuelles en Europe et dans les terres romanes de Belgique conduisent à de curieux renoncements, et donc aussi à de réelles schizophrénies.

Je ne pouvais pas ne pas partager avec vous ces considérations : après tout, elles vous concernent au premier chef. A fortiori si vous condamnez le jacobinisme !

D’abord, parce que la décision politique vous appartient, ensuite, parce que celle-ci explique aussi largement le désengagement du citoyen qu’il serait trop facile de condamner sans autre forme de procès.

Il n’est pas trop tard, à votre échelle, de responsable régional, de responsable local, de relais d’opinion, mais il est temps !

« Tout pour le peuple, rien par la peuple »

L’avènement des schizophrénocraties

Une nouvelle forme de pouvoir s’installe en Europe. Sous prétextes de  « crises des dettes souveraines », de « grands enjeux climatiques de demain », des « réponses à apporter aux défis démographiques », sous prétexte même de « modernité »…, on ne compte plus les « bonnes raisons » invoquées ! Partout, on assiste à la marginalisation des citoyens et de leurs représentants démocratiquement élus au profit des experts, des technocrates, de ceux qui savent, de tous les Joseph II qui sommeillent dans les salons du Pouvoir.

Partout le fossé se creuse aussi entre les élites et le citoyen, partout des populismes, même en R.F.A., à la plus grande surprise d’ailleurs d’une classe politique dont la capacité de se remettre en question n’est pas la principale qualité.

C’est vrai dans la zone euro, c’est vrai dans les terres romanes de Belgique.

En Europe, Joseph II s’est paré du séduisant visage de la troïka dont on sait les ingrédients – des représentants du Fonds Monétaire International, de la Commission européenne et de la Banque centrale -, mais dont on ignore l’exacte composition. Ses membres n’ont aucun mandat électif, ils se réunissent comme des comploteurs, dans l’urgence, quand la nuit est tombée, ils « négocient » avec ce qui reste d’autorités nationales, démocratiquement élues, à la dérive, acculées à mettre genou en terre, contraintes d’apporter à leur opinion publique d’improbables justifications de la misère qui se prépare pour elle.

Plus près de nous, à Namur, Joseph II, une autre troïka, celle de trois partis qui ont scellé leur destin dans un accord de gouvernement : à chacun sa bible ! Eux aussi ont choisi de confier à d’improbables et coûteux experts le soin de façonner pour eux les terres romanes de Belgique du XXIe siècle : le territoire (le S.D.E.R.), les ressources énergétiques (le plan éolien), l’implantation des activités commerciales, les outils de la décision politique (supra-communalité, par exemple)… Comme à l’époque de Joseph II, des cartographes ont été invités , qui ont analysé les flux (les vents, les déplacements de population), la dispersion de l’habitat…, élaboré des schémas, plus ou moins directeurs, plus ou moins dirigistes… Aujourd’hui, Joseph II est même dépassé : les comtes de FERRARIS appelés en renfort de leur Prince ne se contentent plus en effet de dresser le cadastre de ce qui existe, ils prétendent révolutionner le quotidien des populations ! Tant pis pour les mandataires locaux, tant pis pour l’autonomie communale : elle est appelée à disparaître comme ont déjà disparu les souverainetés nationales de Grèce et de Chypre…

Tout cela au prix d’une profonde schizophrénie de la classe politique : ceux-là même qui condamnent Joseph II à l’échelle européenne en vantent les immenses mérites à Namur et ceux-là qui le condamnent à Namur lui apportent tout leur soutien dans l’Union Européenne !!!

Rien ne les surprend… pas même l’incompréhension du citoyen qui se détourne d’eux !

Jean-Luc Lefèvre (Emptinne)

Comment Jacques Lenain voit l’avenir de Bruxelles

Jacques LenainVoici comment Jacques Lenain introduit sa réflexion concernant Bruxelles. Nous publierons sa longue analyse par morceaux, de semaine en semaine, à partir du week-end prochain.

BRUXELLES, « VILLE INTERNATIONALE » ?

ENTRE FAUSSE INDÉPENDANCE ET VRAIE AUTONOMIE 

Par Jacques Lenain, avril 2013

1. Dans un entretien publié par le journal belge « Le Soir », le 6 août 2011, François Perin, homme politique franco-belge de premier plan (constitutionnaliste, ministre, historien,…) de la seconde moitié du XXème siècle (né en 1921, il s’est retiré de la politique active dans les années 1980), donnait son opinion sur le devenir de la Belgique, et de ses trois composantes, la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Depuis longtemps persuadé de la fin inéluctable du Royaume belge (il quittera définitivement le Sénat belge, en 1980, déclarant magistralement « ne pouvoir rester représentant d’un État auquel il ne croit plus et d’une nation qui n’existe plus »), et constatant que la Flandre est une « nation », il exprimait le souhait qu’elle prenne rapidement son indépendance. Ne croyant pas à la faisabilité d’un État Wallonie-Bruxelles (la « Belgique résiduaire », une « folie » selon lui), ni à l’aptitude de la Wallonie à s’ériger en État-nation, il attendait de la Wallonie qu’elle décide de rejoindre la France (sans dire, cependant, à quelles conditions). Pour Bruxelles, après avoir constaté son impossible annexion par la Flandre (au motif évident que sa population très majoritairement de culture française s’y opposera farouchement), il constatait que « Bruxelles est une ville internationale. Point ». Il ajoutait cependant : « les Bruxellois… sont francophones mais francophobes », pour justifier l’impossibilité d’une « solution française » semblable à celle qu’il préconisait pour la Wallonie.

2. Ainsi, en quelques mots, F. Perin a « donné » une nouvelle citoyenneté/nationalité future aux Flamands, celle du prochain État flamand souverain. Et une nouvelle citoyenneté/nationalité aux Wallons, celle de l’État français. Mais quelle citoyenneté/nationalité donnait-il aux Bruxellois, en se bornant à faire de Bruxelles une « ville internationale » ? Car, au regard de la citoyenneté/nationalité, dont toute personne est généralement dotée, et sans laquelle elle connaîtrait le sort funeste de l’apatride (celui qui n’a pas de citoyenneté/nationalité, donc pas de patrie), que donne le concept de « ville internationale » ? Nous allons le dire : rien. Ainsi, « Bruxelles, ville internationale » est un « lieu commun », tout comme l’est « Bruxelles, District européen », un énoncé rassurant et trompeur, qu’il faut disqualifier. Aussi, pour traiter du devenir de Bruxelles une fois le Royaume belge franco-flamand disloqué, après avoir d’abord écartées les options absurdes ou dangereuses, dont ces deux-ci, nous détaillerons celles susceptibles d’apporter à Bruxelles le moyen de conserver sa personnalité et de protéger sa liberté, aux côtés de la Wallonie, face à une Flandre hostile et qui sera plus menaçante que jamais après être devenue un État souverain et ambitieux.

3. Plus précisément, après avoir clarifié le concept de « Bruxelles, ville internationale », totalement « creux » au plan juridique (I), nous examinerons celui de « Bruxelles, District européen », dont la séduction facile tient à la supposée « protection » européenne contre la Flandre que ce « District » apporterait, une protection totalement illusoire puisqu’un tel statut « européen » serait juridiquement impossible à mettre en œuvre (II). Nous ne manquerons pas de mentionner ensuite, pour l’écarter aussitôt, la proposition des ultra-nationalistes flamands, celle, très peu vraisemblable parce que non envisageable pour l’immense majorité des Franco-Bruxellois, de « Bruxelles, entité intégrée au futur État flamand » (III). Après, nous traiterons du cas hypothétique de « Bruxelles, entité fédérée avec la Wallonie » dans un État commun, un Royaume de Belgique continuée sans la Flandre, pour en montrer la fausse évidence et l’impossibilité (IV). Puis nous regarderons avec attention l’option, apparemment plus probante, au plan du droit du moins, de « Bruxelles, Cité-État », un État ayant les attributs de la souveraineté, un État membre de l’Union européenne, mais dont nous démontrerons (en nous aidant du cas de Monaco, Principauté soi-disant « souveraine ») que son adoption serait « mortelle » pour le devenir de Bruxelles, car il serait faussement protecteur face à une Flandre durablement hostile pour une Cité entièrement enclavée au sein de celle-ci (V). A partir de ce constat, nous expliquerons pourquoi Bruxelles doit opter résolument pour une protection française, la seule solution efficace et permanente face au nouvel État flamand menaçant, protection qui ne pourra cependant être effective que si Bruxelles consent que son territoire et sa population deviennent d’appartenance française, donc que si les Bruxellois acceptent le statut d’une « Bruxelles, entité intégrée à la France », choix qu’aurait fait préalablement la Wallonie (VI). Mais nous écarterons aussitôt, parce qu’inacceptable et inapplicable, l’idée très simpliste, erronée tant sur le plan politique que sur le plan juridique, d’une « Bruxelles, Ville et Région de France » qui, en choisissant de devenir française, pour se prémunir contre la menace permanente de l’étranglement flamand, serait contrainte de n’être qu’une Ville/Région française de droit commun, statut réducteur voire spoliateur qui priverait les Bruxellois et Bruxelles, et aussi les Wallons et la Wallonie, devenue elle aussi simple « Région de France », de leur héritage institutionnel belge et de leur récente autonomie interne (VII). Ce qui nous conduira à définir le concept d’un statut français ad hoc pour Bruxelles, un statut particulier d’autonomie, qui serait semblable à celui de la Wallonie, mais avec des caractéristiques propres, aboutissant à une autonomie renforcée, le statut d’une « Bruxelles, Ville-libre et Ville Française », une Ville-libre qui, tout en étant française de droit, serait dotée d’une autonomie politique, institutionnelle et financière développée (une autonomie proche, par exemple, de celle dont jouit l’entité de Porto-Rico, territoire non « fédéré » des États-Unis d’Amérique), une autonomie qui serait bien supérieure à celle qui est présentement la sienne dans l’État belge franco-flamand et qui est, au demeurant, remise en cause par sa partie flamande dominatrice (VIII).

4. Toutefois, avant de procéder à cet examen, cette revue hiérarchisée des options possibles, il convient de dire ici que le choix de celle à retenir pour l’avenir de Bruxelles, choix qui n’interviendra qu’une fois la certitude acquise que le Royaume de Belgique est condamné, appartiendra aux citoyens belges de la région de Bruxelles, et à eux seuls. En effet, à ce moment-là, la communauté des citoyens belges de Bruxelles disposera du pouvoir d’autodétermination, le même que celui qui sera mis en œuvre par les communautés flamande et wallonne dans les Régions de Flandre et de Wallonie. C’est là un acquis essentiel que cette existence constitutionnelle et réelle de la Région bruxelloise, entité belge de même « rang » que les entités régionales flamande et wallonne, et c’est donc aussi une erreur stratégique flamande majeure d’en avoir accepté la création, en 1989, ce qui explique la tentative flamande, sans doute désespérée, de la remettre en cause maintenant, avant l’échéance fatidique.

La population bruxelloise, ses élites, et, en particulier les milieux politiques dirigeants, anesthésiés par leur loyalisme mécanique au Royaume belge, sont encore aujourd’hui dans l’incapacité de passer de leur insouciance forcée d’hier à l’acceptation lucide de la réalité qui vient : la fin du Royaume belge franco-flamand. Dans un premier temps, seule une minorité éclairée et agissante pourra oser dire le vrai, et, soucieuse d’éviter le chaos, commencer dès maintenant à préparer un nouveau devenir pour Bruxelles, en traitant sérieusement des options qui s’offriront à Bruxelles une fois le Royaume franco-flamand entrée dans la phase terminale de sa dissolution, et en discernant et en défendant celle qui pourra alors considérée comme la meilleure.

(A suivre)

Plan Copernic et révolution copernicienne

Nicolas CopernicCopernic, c’est l’assurance d’une communication réussie. Ce nom résonne comme une invitation à penser autrement, à secouer les esprits paresseux, à embrasser la modernité, à se défaire des préjugés, des fausses évidences, du poids des habitudes.

Nicolas Copernic a été adopté par la Flandre, celle dont le nationalisme ne fait pas trop de bruit. La révolution, ce n’est pas forcément un spectacle romantique, façon XIXe siècle, avec une explosion de chants patriotiques et de drapeaux. Quand Kris Peeters (CD&V) a fait de la « révolution copernicienne » un slogan pour faire basculer la Belgique vers le confédéralisme, il restait fidèle à son image de gestionnaire. Mais bon, l’aspiration à l’autonomie de la Flandre est au cœur de ce discours.

Plus sournois semble avoir été le « Plan Copernic » porté par Luc Van den Bossche (SP.A) en 2001 et censé adapter la fonction publique aux exigences du XXIe siècle. Objectif déclaré : dépolitiser l’administration en la confiant à des « top managers » plus compétents (peut-être) et beaucoup mieux payés (à coup sûr). Par après, Luc Van den Bossche lui-même a jeté le trouble en demandant 689.000 euros par an pour sa fonction de président du conseil d’administration de Brussels Airport  (lien). Mais il y a autre chose. Dans sa dernière édition, le magazine « Le Vif/L’Express » relève que le Plan Copernic a facilité le processus de flamandisation de l’Etat belge.

Extraits :

« Regrets éternels : ‘L’erreur historique des francophones est d’avoir capitulé devant la réforme Copernic’, affirme Michel Legrand, du Gerfa. Et d’avoir ainsi ouvert une voie royale à la flamandisation de l’appareil public. Le Selor en serait le bras armé. ‘C’est là que se situe la clé du processus de flamandisation de l’Etat. Sa manière de sélectionner les top managers pose question’, assurent plusieurs voix francophones au sommet de l’administration. »

« La consigne francophone d’apaisement à tout prix a un effet démobilisateur, jusque dans les administrations. Résignation, découragement. Le moral et le punch de fonctionnaires francophones en prennent un coup. ‘Le déséquilibre linguistique au sein de la haute hiérarchie percole aux niveaux inférieurs. Le processus s’autoalimente’, confie un cadre supérieur de l’administration. ‘Nous sommes devenus les « nègres » des néerlandophones’, peste ce fonctionnaire de la Santé publique, témoin ‘de réunions qui ne se déroulent plus en français, où les documents distribués sont uniquement en néerlandais. Résultat : une tendance des francophones à se replier en terre wallonne’. »

Pour l’intégralité de l’article, cliquer sur les images :

Belgique flam. 1           Belgique flam. 2           Belgique flam. 3           Belgique flam. 4

Bernard Arnault renonce à demander la nationalité belge

A l’heure où le Président Hollande annonce un récital de mesures visant à moraliser la conduite des élus de la nation, il semble que la fraude fiscale et les mensonges de Cahuzac fassent réfléchir plus d’un citoyen français. En témoigne la déclaration de Bernard Arnault au quotidien « Le Monde ».

Et si « Médiapart » venait faire un petit tour en Belgique où tout semble si rose depuis 1995 selon les dires du président de la chambre, le très jovial André Flahaut, au 13.00 télévisé de la RTBF ?

Bernard ArnaultMarche arrière toute. Bernard Arnault annonce dans Le Monde, mercredi 10 avril, qu’il renonce à demander la nationalité belge. Le PDG du groupe LVMH explique au quotidien avoir « sous-estimé » les conséquences de sa démarche, et réaffirme son « attachement à la France et sa confiance dans son avenir ».

Bernard Arnault avait formulé en septembre dernier une demande de naturalisation belge, tout en niant vouloir s’exiler pour des raisons fiscales. Il a répété son « seul objectif » au Monde, mercredi : « Mieux protéger la fondation belge que j’ai créée, avec comme seul objectif d’assurer la pérennité et l’intégrité du groupe LVMH, si je venais à disparaître et si mes ayants droit devaient ne pas s’entendre ».

« Je pensais que la polémique allait se calmer »

Pourquoi être revenu sur sa démarche ? « Compte tenu de la situation du pays, l’effort de redressement doit être partagé », affirme-t-il. Et de poursuivre : « Je pensais que la polémique allait se calmer. Mais la rumeur ne s’arrête pas. (…) Et, comme le groupe LVMH et toutes ses marques représentent la France dans le monde entier, cette polémique pouvait avoir une incidence sur l’image qu’il représente. Il y avait une incompatibilité entre cette polémique et les valeurs de notre maison. »

Début janvier, le procureur de Bruxelles s’était prononcé contre la naturalisation belge de Bernard Arnault. L’homme d’affaires le plus riche d’Europe n’avait pas pu prouver qu’il avait sa résidence principale en Belgique depuis la période requise – au moins trois ans -. Selon Libération, le milliardaire français avait néanmoins déjà transféré depuis plus d’un an en Belgique « la quasi-totalité » de sa participation dans LVMH, via un montage juridique complexe.

Bernard Arnault reconnaît dans Le Monde avoir transféré ses actions LVMH dans une fondation créée en Belgique en 2008. Mais « cela n’a aucune incidence sur les impôts que paye le groupe aujourd’hui en France et n’en aura aucune sur les droits de succession que paieront mes héritiers en France le moment venu ».

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde