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« Marianne » et Pisa

Ci-dessous, un article de Marianne que nos « responsables » devraient lire avant de décider,  j’en retire notamment

1) « la recherche de corrélations n’est qu’un premier pas, très insuffisant, vers l’imputation causale » : enfin, quelqu’un qui se rappelle de ses cours de statistiques et qui n’est donc ni incompétent, ni malhonnête;

 2) mise en garde contre la tendance à  aller piocher l’une ou l’autre mesure dans un pays « plus efficace », en dehors de tout contexte global (« il est vain de vouloir emprunter des éléments isolés, qui perdent de leur sens hors de leur contexte ») : que celles et ceux qui veulent emprunter au système finlandais l’idée du non-redoublement imposé et généralisé lisent cet article;

3) mise en évidence de biais dans la méthode : dès les premiers résultats PISA, j’avais écrit un article mettant en évidence le « caractère anglo-saxon » des démarches qui sous-tendent le questionnement des élèves.

Jules Jasselette, Echevin de l’Instruction honoraire à la Ville de Liège

Tribune dans l’hebdomadaire « Marianne »

Ecole : sachons faire bon usage du classement PISA

Par Charles Hadji, Professeur émérite (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes

Quels qu’ils soient, bons ou mauvais, il n’est pas possible d’ignorer superbement les résultats d’une enquête telle que PISA…

Sur The Conversation, Marie Duru-Bellat a consacré une analyse très pertinente aux problèmes de « lecture » des résultats des enquêtes PISA. Un lecteur a cru y déceler une « hâte » suspecte à « désamorcer » les résultats annoncés ce mardi 6 décembre 2016.

Cette hâte manifesterait la crainte de la vérité, et le désir de cacher le fait « qu’en France on ne sait plus enseigner ». Marie Duru-Bellat dénonçait un risque de « dérapage » dans une interprétation précipitée. Monsieur Jeanneret dénonce un risque d’affadissement, voire de déni, des résultats eux-mêmes. Ces deux risques sont-ils réels ? Qu’y a-t-il le plus à craindre ?

Des données pleines d’enseignement

Il est clair que la politique de l’autruche est condamnable. Quels qu’ils soient, bons ou mauvais, il n’est pas possible d’ignorer superbement les résultats d’une enquête telle que PISA. Certes, celle-ci souffre de quelques imperfections, que Marie-Duru-Bellat rappelle à juste titre, et qui avaient déjà été pointées, entre autres, par Julien Grenet dans Le Monde en 2013.

On peut retenir l’existence de biais culturels (familiarité avec le type d’exercices et de questions) ; l’importance des marges d’erreur inhérentes à une enquête portant sur des échantillons ; et enfin le fait que tous les jeunes de 15 ans ne sont pas concernés, alors que les situations scolaires des jeunes touchés varient selon les pays.

Cela fragilise le palmarès, mais n’enlève rien à la richesse des données recueillies, ni à l’intérêt de la périodicité régulière du recueil d’informations, qui rend possible le constat d’évolutions.

À cet égard, il faut bien reconnaître que, de 2000 à 2012, la courbe (descendante) des résultats des jeunes Français ne s’est pas inversée, bien au contraire ! Tous les 3 ans, on peut faire le même, et très préoccupant, constat : la France décroche, et s’enfonce, tandis que les inégalités scolaires s’accroissent. Refuser de voir cette réalité constituerait bien un inadmissible déni, pouvant faire suspecter que l’on veut cacher quelque chose. Par exemple, sa part de responsabilité dans les mauvais résultats…

Comparaison n’est pas raison

Que peuvent faire d’utile ceux qui voudraient dépasser le stade des lamentations ?

Deux voies, complémentaires, se présentent :

1. essayer de comprendre comment on en est arrivé là (repérage et analyse des erreurs commises) ; identifier d’éventuels facteurs d’amélioration. La première voie conduit à approfondir l’analyse de la situation française, pour voir ce qui « cloche » ; la seconde, à rechercher ce qui marche ailleurs, dans les pays les mieux classés. Dans les deux cas, il faudrait pouvoir établir des relations de causalité.

2.  Dans le second cas, par exemple, comme Marie Duru-Bellat l’a souligné, il est vain de vouloir emprunter des éléments isolés, qui perdent de leur sens hors de leur contexte. Car il faudrait tenir compte de la globalité et de la complexité des situations.

De plus, les pays obtenant les meilleurs résultats (exemples, la Corée du Sud et la Finlande en 2009), peuvent avoir des « politiques éducatives » très différentes, voire opposées (pression et sélection d’un côté, patience et accompagnement de tous de l’autre). Que choisir : régime sévère et rythme d’enfer, ou bien vision positive et responsabilisation de l’élève ? Et quand Shanghaï prend la tête en 2012, faut-il vouloir transformer les écoliers français en bourreaux de travail, et les soumettre à une « ubuesque docilité » de type chinois ?

Comment fonctionne l’enquête PISA ? (OCDE, 2016).

La tentation du patchwork

Ce qui est à craindre est donc bien, ici, la précipitation naïve qui conduirait à faire son marché en piochant dans le magasin universel de ce qui semble avoir réussi, comme si toutes les pratiques étaient interchangeables. Une mise en garde contre le risque d’une recherche superficielle et précipitée de pratiques efficaces était salutaire.

Emprunter la première voie place devant le même problème. Il faudrait pouvoir repérer, sinon, dans l’idéal, des réseaux, du moins quelques lignes indiscutables, de causalité. Une première étape sera la mise en évidence de corrélations entre deux variables. Par exemple, les résultats des élèves, et : leur origine socio-économique ; l’implication des parents ; le type de logement occupé par la famille ; la durée de la journée d’école ; le niveau des dépenses consacrées à l’éducation ; la qualité des enseignants ; la durée et le niveau de leur formation.

Mais, pour que la corrélation prenne du sens, il faudrait la situer dans un contexte politique et social concret. En observant, par exemple, que le salaire des enseignants est en recul, en France, depuis 1995. Ou que leur formation a été supprimée sous le quinquennat Sarkozy !

Mais, pour intéressante qu’elle soit, la recherche de corrélations n’est qu’un premier pas, très insuffisant, vers l’imputation causale. Car d’une part elle ne relie le plus souvent que deux variables seulement. Et, d’autre part, elle n’est nullement gage de causalité.

Une troisième variable, ou (plus vraisemblablement) un réseau de variables, peuvent être à l’œuvre derrière la corrélation mise en évidence. Ce qui est à craindre à ce stade est donc la croyance selon laquelle une variable reliée par corrélation à une autre est ipso facto cause de cette autre. Et de conclure trop vite (autre précipitation coupable) que l’on a trouvé la cause de ce qui cloche.

Relier le transversal et le longitudinal

La recherche des causes exigerait une identification des dynamiques éducatives à l’œuvre dans la durée. Il faudrait pour cela, comme l’écrit Duru-Bellat, pouvoir relier le transversal – les résultats d’une enquête – et le longitudinal – des séquences temporelles entre les variables. Ce qui est d’autant plus grave que cette recherche s’effectue le plus souvent en tenant pour causes possibles des réalités aussi larges que floues, comme l’école, les « politiques éducatives », le « savoir enseigner » (« on ne sait plus enseigner… »), voire l’action (à coup sûr néfaste) des « pédagogistes ».

Ce que l’on peut redouter le plus est donc bien finalement que l’on tombe dans une lecture partisane des résultats de l’enquête. Ce risque devient majeur quand l’on veut interpréter les données produites en recherchant des causes dans l’axe d’un questionnement sur les responsabilités. C’est alors la porte ouverte à tous les raccourcis, et à toutes les interprétations sauvages, dans des grilles de lecture imprégnées d’idéologie.

Personne n’est à l’abri. Ni, certes, ceux qui voudraient gommer leur part de responsabilité. Ni, plus encore, ceux qui verraient là une occasion de terrasser leurs ennemis intimes. Comme, par exemple, ceux qui entonneront à pleins poumons le petit air que fredonnent déjà les pourfendeurs des « assassins » de l’école (qui, soyons-en sûrs, se sentiront revigorés par les résultats de l’enquête PISA) :

« Si ça ne va pas mieux

C’est la faute à Meirieu

Si l’on tend vers zéro

C’t’à cause des pédagos ! »

Charles Hadji, Professeur émérite (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes

Note de l’AWF : le raisonnement de Charles Hadji ne s’applique-t-il pas aussi à la Wallonie ? 

Quelle Europe demain ?

« J’espère que le choc de cette élection va avoir l’effet de renforcer l’Europe, qui doit donc s’affirmer davantage, plus fortement et d’une seule voix sur la scène internationale. » Réagissant à l’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, Didier Reynders a dénoncé la tentation du repli sur soi et rappelé la nécessité d’une Europe plus forte. On peut s’attendre à ce que la politique européenne soit moins calquée sur celle de Washington. Il y a là, peut-être, une opportunité de faire émerger une autre Europe, mais il faudrait, pour cela, que l’Union européenne inspire à nouveau confiance et se mette au niveau du citoyen, l’associe à sa politique, réponde aux aspirations des gens, des peuples, et cesse de se voir comme un simple espace économique, une simple étape sur la voie d’un monde où le grand business déciderait de l’essentiel, en fonction de ses seuls intérêts. A force de malmener la cohésion sociale, on s’expose à des convulsions dont on ne mesure pas les conséquences.

Le triomphe inattendu de Donald Trump, ce cow-boy qui se disait prêt à contester le résultat de l’élection si celle-ci ne lui était pas favorable, a logiquement éclipsé les autres informations qui ont circulé dans les médias français. Parmi celles-ci, nous avons relevé la déclaration d’intention de Matthias Fekl, chargé du commerce extérieur dans le gouvernement de Manuel Valls. Franco-Allemand, Matthias Fekl peut-il encore influer sur la politique européenne ? Qu’est-ce qui va changer avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche ?

Publié ce mardi 8 novembre sur le site du journal Le Monde :

Après le psychodrame du CETA, la France veut réformer la politique commerciale européenne

Le secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Matthias Fekl, présente des propositions pour tirer les leçons du Tafta et du CETA afin de mener des négociations commerciales plus démocratiques.

Comment tenir compte des inquiétudes croissantes des citoyens à l’égard des accords de libre-échange sans pour autant saborder la politique commerciale, au cœur de la construction européenne depuis sa genèse ? C’est la question épineuse à laquelle tente de répondre le secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Matthias Fekl, confronté depuis sa nomination en 2014 à deux négociations transatlantiques explosives : le Tafta (ou TTIP), avec les Etats-Unis – pour l’instant en sommeil, en attendant l’installation de la prochaine administration américaine –, et le CETA, avec le Canada, signé fin octobre à l’issue d’un psychodrame avec la Wallonie, qui a bien failli le couler.

« La crise démocratique européenne se répercute sur la politique commerciale, qui a été négociée pendant trop longtemps dans l’opacité et validée selon des procédures trop éloignées des citoyens et des parlements », estime M. Fekl, qui a présenté, mardi 8 novembre, une série de propositions pour réformer la conduite des négociations commerciales européennes. Une initiative qu’il présente comme l’aboutissement des réflexions nourries au Quai d’Orsay depuis deux ans, qui fait figure d’ultime offensive au crépuscule du quinquennat.

Accroître la transparence

La France souhaite aller au-delà des avancées des dernières années, qui ont notamment conduit à la publication des mandats de négociation, autrefois confidentiels. Pour briser le secret des négociations à huis clos, M. Fekl propose que leur contenu soit immédiatement et systématiquement rendu public après chaque cycle de discussion (« sauf exception dûment justifiée »), de même que l’identité et le pedigree des négociateurs.

Il souhaite également rendre publiques les prises de position exprimées par les ministres du commerce européens lors de leurs sommets – une manière de mettre chacun devant ses responsabilités, alors que la responsabilité est aujourd’hui diluée dans une prise de position officielle des Vingt-Huit, qui ne reflète pas les débats en leur sein.

Impliquer les parlements

La France aimerait pouvoir inviter à la table des négociations certains parlementaires (européens ou nationaux), comme c’est déjà possible avec les membres du Congrès américain, afin de renforcer leur implication dans le processus, plutôt que de les cantonner au rôle de chambre d’enregistrement. « Il ne faut pas que les parlements n’aient le choix qu’entre un “oui” et un “non” à la fin des négociations », estime-t-il.

Impliquer les Etats membres

Matthias Fekl regrette que les Etats européens donnent un blanc-seing à la Commission européenne au moment où ils lui confient un mandat de négociation. Il souhaite que ces mandats soient révisables, voire périssables si la négociation s’éternise, afin de les adapter plus facilement aux évolutions de la réalité.

Cibler davantage les négociations

Jugeant que « la juxtaposition de dizaines de négociations bilatérales est préjudiciable » à l’Europe, le secrétaire d’Etat invite Bruxelles à réduire ses ambitions, quitte à redéployer des effectifs sur la vérification de l’application déjà en vigueur. Il souhaite que chaque nouvelle négociation soit précédée d’un processus de consultation publique et la publication d’études d’impact économique émanant d’au moins trois écoles de pensée différentes… sans qu’on sache ce qu’il se passera si elles s’avèrent contradictoires.

Aider les « perdants »

Paris souhaite que l’Europe identifie plus clairement les futurs gagnants et perdants des accords commerciaux pour pouvoir les aider, secteur par secteur et zone par zone. Elle plaide aussi pour renforcer le budget de 150 millions d’euros annuels aujourd’hui mobilisable pour soutenir les « perdants » de la mondialisation.

Instaurer des contraintes sociales et environnementales

Matthias Fekl prône la création des mécanismes contraignants pour faire appliquer les exigences environnementales et sociales des accords de libre-échange, aujourd’hui complètement improductives. Avec l’objectif que « les négociations commerciales contribuent au succès de l’accord de Paris sur le climat ».

Autant de propositions que la France entend présenter courant novembre à la Commission européenne, et inscrire à l’agenda du Sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert, à Paris début décembre. Si M. Fekl fait valoir que certaines ont déjà « reçu un écho favorable » de la part de plusieurs gouvernements sociaux-démocrates européens, il est difficile de savoir à quelle échéance elles pourraient éventuellement se concrétiser. Le secrétaire d’Etat français se refuse en tout cas à exiger de la Commission européenne qu’elle reprenne la vingtaine de négociations en cours sur ces bases, arguant que « l’Europe ne peut avancer si la France réclame des choses toute seule ».

Les GLORIEUSES françaises

Pourquoi les Françaises sont appelées à cesser le travail aujourd’hui à 16h34
Un collectif féministe appelle à une grève à cette date et à cette heure pour dénoncer l’écart de salaire entre les femmes et les hommes.
Un collectif féministe appelle à une grève à 16h34, le 7 novembre 2016, pour dénoncer l\'écart de salaire entre les femmes et les hommes.
Un collectif féministe appelle à une grève à 16h34, le 7 novembre 2016, pour dénoncer l’écart de salaire entre les femmes et les hommes. (GARO / PHANIE / AFP)
franceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le 07/11/2016 | 08:07
publié le 03/11/2016 | 19:09

« Si les femmes étaient payées autant que les hommes, elles pourraient s’arrêter de travailler le 7 novembre à 16h34. » C’est le constat choc signé par la newsletter féministe Les Glorieuses, qui milite pour l’égalité salariale entre les sexes. Pour dénoncer cet état de fait, le collectif a donc lancé l’initiative suivante : appeler les Françaises à quitter le travail à cette heure précise ce lundi 7 novembre. Leur appel, relayé sur Facebook, a été signé par plus de 5 000 personnes. Relayant cet appel, l’association féministe Les Effrontées donne rendez-vous aux salariées françaises pour un rassemblement à Paris, place de la République. Pourquoi ce type d’initiative ? Existe-t-il un précédent ? Que risquez-vous si vous quittez votre poste lundi à 16h34 ? Franceinfo répond à ces trois interrogations si vous voulez suivre le mouvement.

Commentaire de l’ AWF : ce serait chouette que leurs collègues masculins montrent leur solidarité dans ce juste combat. Ce serait chouette aussi que les femmes wallonnes adoptent la même attitude que leurs amies de France.

La Wallonie altermondialiste

Lu ce vendredi sur le site du journal Le Monde :

André Antoine, président du Parlement wallon : « le débat sur le traité avec le Canada commence »

Le Parlement de la Wallonie a approuvé à une très large majorité, vendredi 14 octobre, une motion déposée par les deux partis de la majorité régionale (socialiste et centriste) prônant le rejet, par la Belgique, du projet d’accord commercial Union européenne-Canada (Ceta). Le texte adopté demande toutefois au gouvernement fédéral belge de renégocier cet accord – ou du moins sa « déclaration interprétative » – avant la signature définitive, prévue initialement pour le 27 octobre.

André Antoine, le président centriste de l’assemblée, détaille pour Le Monde, la position de la Wallonie, susceptible de mettre à mal tout le projet, dès l’instant où l’un des 28 États membres dirait ne pouvoir y souscrire.

Comment faut-il interpréter le vote ?

D’abord comme une victoire de la démocratie. Les traités sont généralement des enjeux pour les technocrates, les multinationales et les lobbies qui mènent des négociations dans la discrétion la plus totale. Puis, c’est aux parlementaires, privés de la capacité de négocier et de fixer des conditions, de voter le texte tel quel. Dans ce cas-ci, nous avons ouvert le capot du CETA, contrairement à d’autres – dont certains députés canadiens, j’ai pu m’en rendre compte.

Nous avons envoyé, dès le mois d’avril, un signal clair à nos amis Canadiens, Français et à la Commission européenne, en priant cette dernière de l’entendre. Nous avons ensuite étudié et réétudié les textes et, jeudi soir, nous avons découvert que la déclaration interprétative qui nous a été soumise par morceaux pouvait être contraignante, à condition toutefois d’être rédigée avec précision. Nous avons aussi découvert que nous pouvions encore ajouter des éléments de fond. Donc, à mes yeux, le débat sur le Ceta commence aujourd’hui.

Vous pensez réellement pouvoir infléchir ce traité ?

Oui. Nous sommes en quelque sorte des lanceurs d’alerte et j’espère vraiment que l’on nous entendra désormais. Des valeurs démocratiques sont en cause, et pas simplement des intérêts privés. Le Ceta est un traité d’une nouvelle génération, qui peut conditionner tous les traités futurs. Nous devons donc nous montrer inflexibles quant à certains principes. Nous ne pouvons, par exemple, accepter que des juges privés conditionnent le droit européen ou le droit national. Nous ne pouvons pas tolérer que, demain, nous puissions édicter des normes mais, pour cela, devoir procéder à des indemnisations. C’est heurtant pour la démocratie et pour les citoyens, qui élisent leurs représentants.

L’enjeu véritable est de savoir si la démocratie peut encore jouer son rôle face aux exigences de multinationales qui ont eu l’oreille de technocrates européens. On ne peut plus déterminer la destinée de nos sociétés sans entendre les représentants des citoyens, élus démocratiquement dans les parlements.

Vos amis du Parti populaire européen, comme les socialistes, admettent l’idée que ce traité est bon, peut-être même le meilleur jamais négocié…

Dès l’instant où il est d’un nouveau type, heureusement qu’il est meilleur que les précédents. Je le reconnais, nous avons parfois voté ceux-ci à l’aveugle, et je le regrette. Mais, désormais, il faut fixer des balises beaucoup plus nettes. Le principe de précaution, par exemple, qui est au cœur des traités européens, n’est pas suffisamment affirmé. Nous voulons, par ailleurs, que l’un continue à faire confiance aux juges nationaux pour trancher les litiges, sans donner l’impression à l’opinion qu’ils sont incompétents. L’exception agricole n’est, elle non plus, pas rencontrée et il est inacceptable que l’on obtienne la reconnaissance de quelques fromages en échange des importations de tonnes de viande produites dans des conditions sanitaires et de recherche de rentabilité incompatibles avec nos normes. Ce qui ne fera qu’aggraver les conditions, déjà difficiles, de nos agriculteurs.

Enfin, le rôle des services publics et des services sociaux doit beaucoup plus affirmé dans le texte.

Une élue de votre opposition libérale a évoqué le risque de voir la Wallonie devenir « la Cuba de l’Europe »…

Jolie formule mais même Cuba s’ouvre aujourd’hui, prouvant que la solitude n’est jamais définitive. Ce n’est pas parce que nous sommes seuls pour l’instant que nous ne pouvons pas partager nos convictions. D’ailleurs, nous avons entendu les réticences du chancelier autrichien ou de parlementaires néerlandais. Nous savons que, jusque dans les dernières heures, Roumains et Bulgares ont négocié ferme pour la question des visas qui leur étaient imposés. Nous avons aussi vu les Grecs batailler. La Wallonie ne doit pas avoir de complexes dès lors qu’elle a la force de justes convictions.

Le ministre-président de votre Région, Paul Magnette, devait discuter avec François Hollande après ce vote. Vous pensez que la France peut encore vous aider ?

Oui. Parce que s’ils manifestent, à juste titre, leur opposition au Traité avec les États-Unis, les Français doivent savoir que, par certains aspects, le CETA ressemble bel et bien au TTIP. Le président Hollande peut faire entendre une autre voix que celles des multinationales et de l’argent. Je me souviens d’ailleurs de sa promesse : « Je ne serai pas le président de l’argent ». Il a donc l’occasion unique d’être à nos côtés pour imposer ses valeurs.

Propos recueillis par Jean-Pierre Stroobants (Namur, envoyé spécial).

P.S. : Si le CETA est soutenu par les autorités françaises, il n’en provoque pas moins, en France, les mêmes réactions qu’en Wallonie. Ainsi, ce 15 octobre, les Economistes Atterrés (« un collectif de chercheurs, universitaires et experts en économie de gauche ») n’ont pas hésité à signer une tribune intitulée : Gloire aux Wallons!

Lire aussi : Rejet wallon du CETA, nouvel accroc pour le libre-échange sur le site du Monde diplomatique.

Wallonie schizophrène

Être ou ne pas être… Notre époque est de nature à susciter un tas de questions existentielles.

En Wallonie peut-être un peu plus qu’ailleurs.

Ce sont les fêtes de Wallonie. Les médias francophones ont rappelé combien les Wallons sont attachés à la Belgique. Aux yeux des Wallons, les tensions communautaires ne sont que des jeux politiques insignifiants, elles ne disent rien du « pays réel ». Pourtant, ces mêmes Wallons sont de plus en plus nombreux à sanctionner le parti d’Elio Di Rupo, qui aurait concédé trop de mesures antisociales à la Flandre (alors même que celle-ci était minoritaire au gouvernement, ce qui a radicalement changé). Une part significative de la Wallonie se cramponne à une politique de gauche autant qu’à un état belge de moins en moins solidaire essentiellement contrôlé par une Flandre au profil très à droite et très flamand. Plus la Belgique se détricote et plus on voudrait s’y sentir au chaud et plus on la fantasme. Wallonie schizophrène qui chérit la Belgique au-dessus de tout mais accuse le gouvernement fédéral de vouloir « mettre la Wallonie un genou en terre ».

Ce sont les fêtes de Wallonie et on a le droit d’être un peu fou.

Cela mange et cela boit mais la Wallonie existe ailleurs que dans un verre de pékèt, on vous l’assure et on va le prouver, quitte à fâcher la Flandre ou à réjouir sa frange indépendantiste, quitte à désobéir aux instances européennes, dont la politique n’est pas du tout sociale et protectrice et efficace. Ainsi monte et monte la parole de Paul Magnette, chef du gouvernement wallon mais aussi bourgmestre en titre de Charleroi. La Wallonie existe au moins dans les discours. Fini de tout accepter. La fermeture de Caterpillar-Gosselie pose encore une fois la question du pouvoir des Etats dans un monde globalisé dominé par les marchés financiers. A quoi peut servir la politique si le vrai pouvoir est ailleurs ? Que représente la Wallonie ? Et que représentent ceux qui la représentent ?

Force est de constater que de grands partis de gauche ont accompagné cette évolution qui les place aujourd’hui dans un inconfort croissant. Aveuglement, posture schizophrène : on ne peut pas vouloir tout et son contraire. Mais l’enjeu de la mondialisation dépasse évidemment la Wallonie et le Parti socialiste. Au cœur du problème, il y a la place laissée à la politique, à la démocratie, aux citoyens.

Voici ce qu’on pouvait lire hier sur le site Atlantico.fr, un site d’information généralement catalogué « à droite ». Les personnes interrogées, Xavier Timbeau et Sylvie Matelly, sont des experts en analyse économique. Ils ne se sont pas exprimés sur le cas particulier de la Wallonie mais on peut au moins retirer une chose de leurs propos : dans la nouvelle configuration du monde, la Wallonie ne s’en sortira pas toute seule. On le savait. (G.R.)

Morceaux choisis :

Atlantico : Quel est véritablement le pouvoir d’un Etat dans l’économie du XXIe siècle ?

Xavier Timbeau : La globalisation est l’histoire de la remise en cause des pouvoirs des Etats dans l’économie du XXIème siècle. Ce qui peut être fabriqué ailleurs dans de meilleures conditions de coût, de sécurité juridique, d’accès au marché le sera. Les Etats sont donc en concurrence pour attirer la production. Pourtant ils gardent de nombreux instruments, de la production de réglementations à la fourniture d’infrastructures ou d’une main-d’œuvre qualifiées.

La fiscalité est aussi centrale, d’autant que si la production des biens matériels peut être délocalisée, la vente et les services associés sont encore presque complètement liés au territoire de consommation. Seuls quelques services dématérialisés échappent à cette contrainte. Le pouvoir des Etats dépend en fait beaucoup de leur taille et plus précisément de la taille de leur marché (…). La construction européenne est une tentative, pas encore aboutie, pour que ce pouvoir contesté des petits Etats soit reconstruit au niveau d’un ensemble d’Etats. Lorsque la Commission Européenne demande à l’Irlande de taxer Apple rétrospectivement de 13 milliards d’euros d’impôts sur les bénéfices, elle traite à fois des grandes entreprises dans la globalisation et leur capacité à échapper au pouvoir coercitif des Etats et aussi de la concurrence (fiscale) entre les Etats. 

Sylvie Matelly : La question n’est pas tant celle d’un Etat dans l’économie du XXIe siècle car dans l’absolu il peut tout faire, ce sont des choix politiques. La limite est posée par les engagements de cet Etat d’une part et l’insertion de l’économie nationale dans l’économie globale d’autre part. (…) Une économie qui est fortement dépendante de financements extérieurs, qui attire les investissements étrangers, qui commerce beaucoup avec le reste du monde (exportations et importations) n’a pas intérêt à s’exonérer du respect des règles libérales qui régissent cette économie globale.

A. : Peut-on dire que les dirigeants ont laissé le pouvoir, en laissant de côté certains de leurs pouvoirs, ou s’agit-il de contraintes réelles, conséquences de la mondialisation ?

X. T. : La mondialisation a bousculé en profondeur les Etats sociaux-démocrates. D’abord, la mutation économique qu’elle a déclenchée a fait des gagnants (les consommateurs, les producteurs à haute valeur ajoutée, les plus qualifiés) mais aussi des perdants. Les compenser ou les accompagner est difficile sans leur donner le sentiment qu’ils ne deviennent dépendants. Ensuite, tout le monde est exposé aux chocs planétaires. (…) Face à ces chocs, les Etats doivent apporter une assurance mais il devient difficile de le faire pour les petits Etats très ouverts. (…) Les petits Etats sont à la peine dans cette mondialisation pour assurer ces fonctions. Enfin, la mondialisation pose frontalement la géographie de la production. Si la division du travail implique la spécialisation, la spécialisation d’un petit territoire peut poser beaucoup de problème comme la correspondance entre la qualification de la main-d’œuvre et le tissu productif ou l’exposition à des chocs lorsqu’on est trop spécialisé. L’Etat stratège au XXIème siècle c’est celui qui s’insère dans la mondialisation mais qui diversifie ses spécialisations tout en organisant la redistribution nécessaire (soit des productions, soit des revenus) entre les territoires.

S. M. : La question de la politique industrielle est une vraie question, souvent posée ces dernières années et pas seulement en France. Sauf qu’une politique industrielle, c’est une réelle stratégie, avec des objectifs et des enjeux, des moyens financiers et humains etc. pas des réactions au cas par cas en fonction des polémiques et scandales. Pourquoi vouloir maintenir des compétences industrielles nationales? Cette question est fondamentale et la réponse n’est jamais fournie par les décideurs politiques. Ce peut être pour des raisons stratégiques (conserver des savoir-faire importants pour préserver notre souveraineté nationale, préserver un système national d’innovation en maintenant les bureaux d’études d’entreprises de pointe par exemple), pour des raisons sociales (préserver l’emploi dans certains bassins d’emplois sinistrés – il n’est d’ailleurs pas dit que le meilleur moyen d’y parvenir soit en maintenant les entreprises qui y rencontrent des difficultés… une politique d’aménagement du territoire peut aussi être une forme de politique industrielle !), pour des raisons politiques, culturelles ou autres. Tout cela relève toutefois plus d’un choix politique qu’économique ! (…)

A. : Outre sa mission d’encadrant et son rôle de protecteur, de quels outils l’État dispose-t-il pour assurer aussi bien que faire se peut une mondialisation participant au bien commun ? Quels sont les dispositifs les plus efficaces pour faire face aux défis de demain ? 

X. T. : La question des outils est centrale. Les petits Etats n’ont souvent pas beaucoup de choix ouverts (…). La collusion d’Etats est le moyen de définir ses propres règles quant aux échanges, quant à la fiscalité, aux normes ou encore les choix stratégiques que l’on veut suivre. Prenons un exemple. Si un petit Etat veut participer à la production d’avions dans la compétition mondiale, il sera contraint d’être moins cher, et de prendre moins de risque d’innovation. Il ne pourra pas user de la commande publique pour soutenir son champion national sans risquer d’être capturé par les actionnaires de ce producteur. Un grand pays (ou une collusion d’Etats), pourra dicter ses conditions en matière de concurrence déloyale (en bloquant son immense marché s’il pense qu’il y a subvention indue), de normes, de sécurité. Il pourra organiser une commande publique (en favorisant les producteurs nationaux) en ménageant la concurrence sur son territoire plus grand. Il risquera moins d’être capturé et en même temps pourra diversifier les risques d’innovation. Au final, il aura les moyens d’une stratégie de long terme sans risquer de tomber dans l’inefficience.

S. M. : Le rôle de l’Etat dans un monde global est clairement à redéfinir. Les politiques économiques classiques fonctionnent mal, se révèlent coûteuses (politique budgétaire) ou risquées (politique monétaire). Même le rôle protecteur de l’Etat est discutable au vu de l’ampleur des inégalités et/ou des niveaux de chômage. Pour autant, une économie sans Etat c’est encore plus d’inégalités, des crises etc.

L’Etat doit déjà fixer des règles et un cadre et faire respecter ces règles. Cela paraît une évidence mais la tendance a été plutôt à la suppression d’un certain nombre de régulations jugées pénalisantes ces dernières années (…).

Le contexte est également important. L’Etat peut financer des infrastructures, routes, autoroutes, connexions et réseaux dans les régions isolées etc. Regardez l’impact positif qu’a pu avoir le TGV ou la fibre dans certaines régions françaises. Enfin, l’Etat doit continuer à assurer son rôle de protecteur (c’est un amortisseur social), mener une politique industrielle etc. mais il a dans un monde global un impératif de résultats. Il doit donc savoir pourquoi il le fait, comment il le fait et s’adapter au cas par cas en fonction du contexte. La limite de cela relève probablement du fait que le temps politique ne coïncide jamais avec le temps économique…

La parole est donnée aux citoyens

Nous savons combien de Wallons et de Bruxellois de langue française regardent les chaînes françaises et particulièrement les chaînes  publiques que sont France 2, 3, 4, 5 et O même si cette dernière nous est refusée par le distributeur Proximus dont la disparité entre le nombre de chaînes de langue française et néerlandaise ne lui pose aucun problème. J’ai eu l’occasion de m’élever contre cette disparité, mais ai été éconduit de façon plus ou moins polie.

Vu le nombre de citoyens wallons intéressés par la télévision publique française, je me permets de vous faire suivre l’appel à idées suivant.

Paul D. 

2017idées, France Télévisions donne la parole aux citoyens

Bonjour.

2017 sera une année importante pour l’avenir de la France et des Français.
Pour la vivre ensemble, France Télévisions, avec l’institut Harris Interactive, a décidé de donner la parole aux citoyens à travers un grand panel 2017idées.
De vous donner la parole.

Ce panel permet à toutes les personnes qui le souhaitent de donner leur avis sur l’actualité (y compris politique), mais pas seulement !

Sujets de société, événements d’actualité, réactions à des propos de personnalités politiques. En participant, vous aiderez France Télévisions à mieux vous comprendre. Et vos réponses, avec celles de tous les autres participants, alimenteront en exclusivité nos émissions.

Rejoignez vite le grand panel citoyen 2017idées pour donner votre avis et vivre avec nous les prochains mois.

 


www.2017idees.fr


A très bientôt !