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Rencontres CNRS jeunes
Lors d’une conférence-débat que l’ A.W.F. organisait le samedi 15 juin au Château Mondron à Jumet, j’eus le loisir de développer tout ce que nous avions dès maintenant de commun avec la France. A la fin de son exposé, M. Robert Collignon enchaîna dans la même direction en insistant sur la chance qu’avaient les Wallons d’avoir un joyau dont ils ne semblaient guère se soucier : la langue française, seule langue avec l’anglais à être présente sur tous les continents. Nous pouvons imaginer, avec le réalisme qui les caractérise, de ce que feraient nos voisins flamands d’un tel trésor ajoutait l’ancien Président du parlement wallon.
Faire partie de la francophonie n’est pas rien et nous voudrions que ce caractère soit développé aussi bien qu’il l’est par les 54 Etats anglophones unis dans le Commonwealth pour défendre leurs intérêts communs.
A l’heure où, en France-même, certains voudraient imposer l’anglais comme langue scientifique, j’ai été agréablement surpris de constater que l’école d’une de mes filles qui est en dernière année du secondaire (Lycée Léonie de Waha) allait participer aux « 23èmes Rencontres Sciences et Citoyens » organisées par le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) du 18 au 20 octobre 2013 sur le site du technopole du Futuroscope de Poitiers. Le programme proposé aux étudiants est riche tant par les thèmes abordés que par les noms des scientifiques qui animeront les ateliers-débats. Pas moins de 500 étudiants européens participeront à ces journées. Je n’ai qu’un regret : que cette activité soit réservée aux seuls étudiants européens. Il eut été beau de voir des écoles tous les Etats de la francophonie invités à ces 23èmes rencontres, mais j’ai conscience de la difficulté organisationnelle d’un tel rassemblement.
Je ne puis que vous inviter à rendre visite au site du CNRS qui vous dit tout sur ces « 23ème Rencontres Sciences et Citoyens ». Je pense que vous en apprendrez aussi beaucoup sur cette institution qu’est le CNRS.
Paul D.
Dernier sondage en Flandre
Ce sondage a été commandé par le quotidien « De Standaard » et la « VRT ». Il donne les intentions de votes suivantes :
N-VA CD&V Open-VLD Vlaams Belang
28 % 19 % 13,8 % 10,6 %
SPa Groen PTB
13,4 % 10 % 3,9 %
La presse francophone voudrait nous faire croire à un effet « Diables rouges – Roi Philippe – Prix Nobel de physique » parce que la N-VA descend à son score historique des dernières élections fédérales.
Or que pouvons-nous observer ?
1. Une porosité des intentions de vote entre les 4 partis de droite et d’extrême droite.
2. La N-VA qui descend pendant que le CD&V et l’Open-VLD remontent et que le VB est stable.
3. Un score de 71,4 % pour ces quatre partis qui ont en commun de vouloir un Etat confédéral et une 7ème réforme de l’Etat. Retirons les 10,6 % du V.B. avec qui les trois autres partis de droite ne veulent pas gouverner, il n’en reste pas moins 60,8 % des intentions de votes qui vont à des partis qui veulent imposer aux Wallons et aux Bruxellois leur imbuvable mixture d’un confédéralisme où la Flandre aurait la main sur toutes les manettes.
4. Les excellentes relations qui existent entre Kris Peeters, Bart De Wever et Alexander De Croo.
5. La même porosité existe à gauche entre le SPa et Groen. Ensemble, ils recueillent 23,4 % des intentions de vote. Lorsque l’un monte, l’autre descend.
6. Pour la petite histoire, le P.T.B. arrive à 3,9 % et n’atteint pas le seuil des 5 %. De toute façon, ce parti belgicain n’a pas pour vocation de gouverner.
Nous sommes loin des entreprises de communication d’Elio, le roi de la mise en scène, dont on entend parler chaque jour dans les médias « francophones ».
Ce sondage n’empêche pourtant pas le journaliste Thierry Fiorelli de trouver que la Belgique est un Etat FORMIDABLE. Humour, surréalisme, méthode Coué… Allez savoir…!
Paul D.
Mercatique belgicaine quand tu nous tiens
MERCATIQUE* BELGICAINE QUAND TU NOUS TIENS
Quand il s’agit de promouvoir un nouvel album du Chat, Philippe Geluck sait faire l’âne pour avoir du foin. Ainsi, à l’émission Mise au point de la RTBF de ce dimanche, vient-il de déclarer que les victoires des Diables Rouges** font « ressortir notre ADN commun » à nous Belges. Ah ! Marc Wilmots**, sauve-nous ! Di Rupo, toi le roi de la com’, mets-y le paquet : apprends donc la samba au roi Philippe ! Tu la danseras avec lui à Rio, quand nos valeureux guerriers recevront la Coupe du Monde. Tu remettras ça sur le tarmac de Zaventem. Et les Belges sortiront du tombeau.
Hier soir, j’ai assisté au nouveau Théâtre de Liège à la pièce qui l’inaugure : Roméo et Juliette de William Shakespeare. Version bilingue, grande innovation dans le goût patriotique : les Montaigu parlent français, les Capulet flamand. Et parfois même ils sont bilingues. Le prologue, affiché sur le tableau lumineux, donnait le ton, qui ne devait rien au génial anglais, n’évoquait pas Vérone, mais un « plat pays ». Alléluia ! une fois disparus les amants de Vérone, les deux familles ennemies se réconcilient. Capulet et Montaigu n’étaient que des prénoms, Belge était leur nom de famille. Enfin ! Flamands et Wallons réunis grâce à des bateleurs. Bons Belges, réjouissez-vous : bientôt, comme avant 1932, les théâtres de Gand et d’Anvers vont accueillir ce spectacle où l’on parle français et néerlandais, cet hymne à notre chère Belgique de grand-papa. Embrassons-nous, Folleville !
Le sauve-qui-peut belgicain nous promet encore des trouvailles mercatiques bien réjouissantes.
Louis Nisse
* C’est le mot français pour marketing.
** Les Diables Rouges c’est le surnom de l’équipe nationale belge de football, dont Marc Wilmots est l’entraîneur. Cette excellente équipe vient de se qualifier pour la prochaine Coupe du Monde qui aura lieu au Brésil.
Vers l’infini et au-delà
Le Premier ministre a dansé dans le vestiaire des Diables rouges. On le comprend. Les joies collectives, le bonheur de la victoire, cela donne un moral d’enfer. En tout cas, cela transcende le quotidien. Le nouveau sketch de François Pirette, on aime bien. Rêver d’un impossible rêve, pourquoi pas. Dominer le monde, en toute modestie, on s’en réjouit déjà. Mais la politique, c’est aussi l’art de prévoir. Bon, ce n’est pas le moment de le dire, mais il est possible que les Diables rouges ne gagnent pas la coupe du monde et que la Belgique plonge dans une nouvelle crise existentielle après les élections de mai prochain. Dans cette hypothèse, il est amusant de lire ce qui suit, publié dans le Vif/L’Express de cette semaine. (G.R.)
L’OPA du PS belge sur le PS français
Imaginez : Elio Di Rupo président de la République, Paul Magnette à la tête d’un gouvernement dont Martine Aubry, Manuel Valls, Jean-Pascal Labille et Rudy Demotte sont les principales figures. Cela relève, bien sûr, de la science-fiction. Quoique… Un important responsable socialiste, en guise de boutade, imagine ce moment où les p’tits Belges phagocyteront les camarades d’outre-Quiévrain. « Le PS français compte 200 000 membres, c’est un parti organisé en cinq ou six courants très structurés. Le PS belge totalise 90 000 affiliés. Si un jour la Wallonie était rattachée à la France, on formerait le principal courant à l’intérieur du Parti socialiste, et on prendrait le pouvoir. »
Les fleurs du Nouvel Obs
La rédaction du Nouvel Observateur a produit un livret de douze pages intitulé « Le génie des Belges » et encarté dans sa dernière édition belge. On n’est pas tout à fait sûr que ce « spécial Belgique » soit destiné aux lecteurs français du magazine. Aucune trace de ce dossier dans le sommaire, ni sur le site nouvelobs.com. Couverture différente, aussi, bien entendu. Quoi qu’il en soit, Georges-Henry Simonis s’est empressé de réagir.
Ainsi donc, avec son numéro « spécial Belgique » de ce 10 octobre 2013, et son article intitulé « Sans frontières » (sic), le Nouvel Observateur est lui aussi tombé dans le panneau de cette logorrhée de belgitude qui envahit tout ce que la Belgique compte dans le domaine de la presse écrite, parlée ou télévisée.
Il nous avait habitués, en son temps, à plus d’esprit critique et d’analyse objective.
En Belgique, aujourd’hui, tout y passe dans le domaine d’une glorification permanente de l’Etat belgicain : d’une monarchie à peine reliftée au pavoisement des édifices publics aux jours qui conviennent à la Royauté, à la béatification d’un chanteur qui a parlé flamand sur la place de Bruxelles le jour de la fête de la Communauté française, ou évidemment à la glorification d’équipes sportives vénérées comme si elles faisaient autre chose que de gagner du pognon dans les stades internationaux… Et un prix Nobel par-dessus le marché ! (comme si la science de haut niveau avait encore des frontières nationales…)
Sans oublier la quasi-sanctification d’un ancien premier ministre à qui on offre des funérailles nationales assurément méritées pour cet homme qui a tant fait pour la cause flamande nationaliste… L’éviction de Louvain, l’Etat C.V.P., les détournements de subventions wallonnes par la Flandre… : c’était lui ! L’ami du Roi Baudouin, le fondateur du Parti Populaire Européen « attrape tout »…
François PERIN, brillant professeur, politique engagé, homme libre entre tous, n’a pas eu ces honneurs factices. Tant mieux : il ne les eût pas appréciés. Mais il restera à jamais en nos cœurs et nos esprits.
Et puis, après tout, si le Nouvel Observateur a décidé sans originalité de glorifier quelques figures belges, pourquoi ne pas nous en réjouir ? Il pourra peut-être sensibiliser ainsi le Président François HOLLANDE, qui n’a pas l’air de comprendre grand chose à la situation de la Belgique, des Wallons, des Flamands, de Bruxelles. Un Président sous influence du gouvernement belge en place, assurément. Mais sans le moindre souffle ni la moindre originalité : son interview au Nouvel Observateur et au journal Le Soir est singulièrement creuse.
Où est passé le souffle Gaullien de l’époque du Québec Libre ? Après Jean-Pierre Chevènement, qui avait compris, ne nous restent que les déclarations de Jean-Luc Mélenchon et de prudentes marques d’attention de quelques hommes politiques français…
Défense et illustration de la Belgique ? Après tout, le catalogue du Nouvel Obs aidera peut-être à convaincre dans l’hexagone que les francophones de Belgique peuvent apporter beaucoup à la France : une culture audacieuse, un redressement économique considérable, une recherche fondamentale de très haut niveau, un patrimoine d’exception, des valeurs partagées, une langue aimée que nous voulons défendre.
En Wallonie, l’idée du rattachement à la France progresse avec constance, plus dans les esprits éclairés et lucides que chez des supporters de foot hyper-conditionnés, ou que dans les cénacles politico-financiers jaloux de leurs privilèges.
Ainsi, l’Alliance Wallonie-France, mouvement de citoyens et non parti politique, qui accueille à sa tribune des anciens ministres, des professeurs, des historiens, pour qui une alternative française est devenue une nécessité pour la Wallonie.
Dans une perspective plus politicienne et à courte vue, les responsables politiques francophones feignent de ne pas voir se lever la vague flamande nationaliste qui, dès 2014, sera majoritaire en Flandre comme en Belgique.
Toute solution confédérale sera nécessairement dominée par la Flandre et ses 60 % d’habitants du Royaume. Et ses sirènes droitières risquent de tenter les milieux francophones les plus conservateurs qui y trouveront un moyen d’accéder au pouvoir pour y conforter leurs privilèges.
Pour la Wallonie, l’heure de l’émancipation a sonné, et avec elle celle de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité.
Dans cette mesure, merci au Nouvel Observateur.
Georges-Henry SIMONIS
François Perin, une personnalité hors du commun
Par Jules Gheude, essayiste politique
Des multiples casquettes qu’il porta, c’est sans conteste celle de professeur que François Perin préféra. Son humour caustique et son talent oratoire faisaient recette.
Bien plus que la politique, c’était la question des origines et fins dernières qui captivait cet esprit voltairien. En 1996, il fit paraître « Franc-parler – Témoignages sur la double crise du christianisme et du rationalisme ». Il y plaidait pour une rénovation de la pensée humaniste.
Le verbo-moteur, comme il se qualifiait lui-même, était aussi une plume. L’une des meilleures du Royaume, selon Jean de la Guérivière, l’ex-correspondant du « Monde » à Bruxelles.
Sa hantise ? Ce qu’il appelait l’illusoire ego. Là se situait toute la différence avec feu Jean Gol, son ancien assistant.
En 1970, le franc-maçon fut séduit par la discipline de la méditation et l’univers bouddhiste. Devenu ministre de la Réforme des Institutions en 1974 – le jour le plus horrible de ma vie ! – il se trouva confronté aux sarcasmes du socialiste flamand Jos Van Eynde. Mais il demanda à un huissier de lui apporter un verre d’eau, qu’il se mit à fixer intensément. Le résultat fut surprenant : Monsieur le Premier ministre, avez-vous donné un sédatif à M.Perin ?, demanda Jos Van Eynde…
Curieux rapports que ceux de François Perin avec la politique.
Le fait est qu’il ne vibra jamais d’amour pour la Belgique. Dès la fin de l’adolescence, il sentit naître en lui ce malaise d’être Belge qui ne le lâcha pas.
Durant la guerre, l’étudiant François Perin s’engagea dans un mouvement de résistance à un niveau modeste (la presse clandestine). Il se souvenait fort bien d’avoir écrit à cette époque un article intitulé « La Belgique sera fédérale ou ne sera pas ». Ainsi, à l’âge de 22 ans, la question de la réforme de l’Etat le hantait déjà et le fédéralisme lui apparaissait comme la seule issue.
On a dit de lui qu’il était l’homme des convictions successives. En fait, son pragmatisme lui permettait de s’adapter aux circonstances. Il se situait au-dessus des partis, dont il avait une conception gaulienne : Les partis sont des instruments d’action (…) et non des tribus auxquelles ils faut être fidèle jusqu’à la mort et de génération en génération.
François Perin, c’est aussi l’aventure du Crisp, inspirée du personnalisme de Mounier.
L’homme s’est toujours méfié de l’emprise de l’argent. Lorsqu’il toucha son premier billet de mille francs, il en fit une cocotte, en se disant : Toi, mon ami, tu ne deviendras jamais esclave de l’argent. De fait, toute sa carrière fut marquée par le désintéressement total.
Ses premiers pas en politique, François Perin les fit aux côtés du syndicaliste socialiste liégeois André Renard, dans le combat pour le fédéralisme et les réformes de structures que celui-ci entreprit au lendemain de la grande grève de 60-61, via l’aventure du Mouvement Populaire Wallon.
Très vite, le MPW se heurta à l’immobilisme du Parti Socialiste. Lorsque le PSB décréta l’incompatibilité entre la fonction de membre du parti et celle de membre du MPW, François Perin n’hésita pas. Les cadres socialistes ne lui pardonnèrent jamais.
Il fonda alors le Parti Wallon des Travailleurs avec Robert Moreau et se retrouva député en 1965.
François Perin expliqua comment, il perdit peu à peu ses illusions d’homme de gauche : Les espoirs naïfs de libéralisation des régimes communistes se sont évanouis (…) dans le silence glacé de l’univers concentrationnaire.
Survint ensuite le « Walen buiten » de 1968, véritable gifle pour les francophones. François Perin saisit l’occasion pour fondre les forces fédéralistes de Wallonie dans le Rassemblement Wallon. Avec une ténacité peu commune, il contraignit le gouvernement Eyskens à réviser la Constitution, avec la reconnaissance des Communautés et des Régions. François Perin conduit le bal au « Groupe des 28 », titra « La Libre Belgique », en octobre 1969.
Devenu ministre de la Réforme des Institutions en 1974, François Perin fit adopter à la cravache le projet de loi mettant en route la régionalisation préparatoire. Le processus était engagé de façon irréversible.
A la suite de la crise survenue au sein du RW fin 1976, François Perin démissionna de la fonction ministérielle. S’il n’avait tenu qu’à lui, il aurait alors mis la clé sous le paillasson et rejoint l’université. Mais il avait le souci d’assurer l’avenir de ceux qui l’avaient fidèlement suivi, tel Jean Gol. Sentant que le cœur de ce dernier battait en direction des libéraux, François Perin accepta de fonder avec eux une nouvelle formation réformatrice, le PRLw. Après l’adhésion des libéraux bruxellois, le parti devint le PRL, l’ancêtre du MR actuel.
En 1978, le Premier ministre Tindemans saborda le Pacte d’Egmont, qui avait le mérite de mettre la Volksunie et le FDF d’accord. François Perin fustigea cet acte d’une déloyauté incroyable. Il essaya alors vainement d’aboutir à un accord institutionnel au sein de la famille libérale : Pendant trois ans, je n’ai cessé de tenter cela, élaborant des documents avec un excès d’imagination que m’ont parfois reproché certains de mes amis. J’ai des dates, des rendez-vous annulés unilatéralement, sans motif. Lors d’une séance de rencontre, Vanderpoorten est venu, toujours aussi gentil, muet comme une carpe, entrant à 9 heures et sortant à midi, sans piper un mot !
C’est cette intransigeance des libéraux flamands qui l’amena à démissionner du Sénat en 1980 :
Il est difficile de rester parlementaire d’un Etat auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde, et représentant d’une nation (…) qui n’existe plus. (…) La Belgique est malade de trois maux, incurables et irréversibles. Le premier mal, (…) est le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non. Le second, c’est que la Belgique est livrée à une particratie bornée (…). Le troisième mal (…), c’est que la Belgique est paralysée par des groupes syndicaux de toutes natures (…) Voici, Monsieur le Président, ma démission de sénateur. Je reprendrai, en conséquence, en solitaire, le chemin difficile des vérités insupportables.
Les qualificatifs que l’on trouve dans les commentaires de presse de l’époque traduisent bien la personnalité de l’intéressé : courage, clairvoyance, dignité morale, rectitude intellectuelle, indépendance d’esprit, sagesse, volonté de changement positif, imagination, éloquence… Au fond, François Perin possédait toutes les qualités d’un homme d’Etat. Le problème est qu’il évoluait dans un non-Etat.
Au sein du PRL, François Perin se sentit de moins en moins à l’aise.
Il s’en écarta en 1985, car l’Européen convaincu qu’il était n’y trouvait pas son compte.
Sa dernière interview, il la donnera au « Soir », le 6 août 2011.
Après avoir rappelé que depuis 1919, on a assisté à l’affirmation du mouvement flamand qui, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne, il conclut : Bart De Wever est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un Etat flamand indépendant ». (…) Et moi, personnellement, je le souhaite aussi !
Et de fustiger l’aveuglement des responsables francophones : Il n’y a plus qu’une issue, à laquelle les politiques ne se résolvent pas : devenir une région de France, graduellement. Quel est l’intérêt à vouloir un gouvernement belge ? C’est que cela fournit un grand nombre d’emplois de ministres, et de cabinets ministériels. Alors, on tire sur la corde.
Tout est dit. Ce 27 septembre, François Perin s’en est allé discrètement, sur la pointe des pieds. Avec son départ, c’est un peu de la grande tradition qui se meurt, avait écrit le journaliste André Méan, à l’occasion de sa démission du Sénat, en 1980.
Le ridicule ne tue pas
L’article a l’avantage d’être très court mais son contenu est lourd de sens : il faut à tout prix greffer dans les cerveaux le noir-jaune-rouge. Dans cet Etat, il n’y a plus de citoyens, mais seulement des sujets de multiples majestés. J’apprécie à sa juste valeur le « etc… ».
Combien de maisons communales flamandes, par exemple, vont suivre cet arrêté royal approuvé par le conseil des ministres ?
Bientôt, dans un article qui sera un peu plus long, nous pourrons tirer le bilan des « joyeuses entrées » de Philippe et Mathilde dans les différentes provinces du royaume.
Paul D.
Les couleurs nationales pour les anniversaires de Philippe et Mathilde
Les bâtiments publics devront arborer le drapeau belge à trois nouvelles occasions: l’anniversaire du roi Philippe, l’anniversaire de la reine Mathilde et l’anniversaire de mariage du couple royal en vertu d’un arrêté royal approuvé vendredi par le conseil des ministres.
Le conseil a ajouté les trois dates -20 janvier, 15 avril, 4 décembre- à l’arrêté royal du 5 juillet 1974 sur le pavoisement des édifices publics. La liste reprend désormais 18 dates: fête nationale, hommage aux militaires belges décédés lors de missions de paix, armistice, fête du roi, anniversaire d’Albert II, de Fabiola et de Paola, etc.
(Information donnée par l’agence Belga et publiée sur le site du Vif/L’Express.)
François Perin : un visionnaire avec une conscience, une intelligence et un courage exemplaires
« Ses raisonnements sont comme des bonbons acidulés : ils piquent mais font follement plaisir. François Perin est unique, irremplaçable ».
Ainsi s’exprimait Isabelle Philippon, esprit libre et éclairé, ancienne rédactrice en chef du « Vif-L’express ».
En parcourant la presse, les blogs, en écoutant radio et journaux télévisés, j’ai relevé de nombreux lieux communs, approximations ou inexactitudes pour parler d’un géant du mouvement wallon qui aura marqué de sa personnalité la vie politique belge de la seconde moitié du XXème siècle.
François Perin est l’Homme qui m’ inocula le virus de la politique en 1965 lorsqu’il présenta le P.W.T. (Parti wallon des travailleurs), qu’il avait créé un an plus tôt, aux élections législatives. Je garde le souvenir des meetings qu’il tint dans les arrières salles de petits bistrots surchauffés. Je n’avais d’yeux que pour ce tribun qui enthousiasmait son public mais qui devait aussi faire face à de virulents contradicteurs qu’il envoyait dans les cordes avec une verve sublime. Lui, le jeune professeur de droit constitutionnel à l’université de Liège, n’hésite pas à descendre dans la rue seul ou avec quelques courageux pour coller les affiches de notre parti qui avait hérité du n° 1. Un jour, un militant socialiste n’hésite pas à lui verser son seau de colle sur la tête. Eh oui, à l’époque, on ne fait pas dans la dentelle et les sorties électorales nocturnes deviennent parfois de véritables champs de bataille…
Le courage de François Perin est récompensé puisqu’il est élu à Liège tandis que Robert Moreau devient député à Charleroi sur une liste dénommée « Front wallon ». Ensemble, ils fondent le Parti Wallon.
1968 : François Perin est de nouveau à la manœuvre et fonde le R.W. .Le « Walen buiten » (« les Wallons dehors ») de Louvain réveille les consciences. Le social chrétien Jean Duvieusart rejoint avec ses troupes les tendances socialistes et libérales pour créer le « Rassemblement wallon » qui regroupe des députés et sénateurs issus des partis de pouvoir. Comme président de la section d’ Angleur, je participe aux réunions de l’arrondissement de Liège où je suis, parmi d’autres, les discours de mon idole. Le succès de ce nouveau parti qui rassemble de fortes personnalités est fulgurant puiqu’aux élections législatives de 1971, le R.W. devient le 2ème parti de Wallonie. Si le fédéralisme est l’épine dorsale du programme du R.W., la tendance réunioniste, dont je fais partie, existe déjà à cette époque. François Perin voit cette émergence d’un œil bienveillant même s’ il nous assène que ce combat n’est pas encore d’actualité.
Le succès de 71 aiguise les appétits. Le parti gagne en nombre de membres ce qu’il perd en idéal.
Les élections fédérales de 74 voient une nouvelle victoire du R.W. en Wallonie et du F.D.F. à Bruxelles. Suite à un remaniement ministériel, le R.W. entre dans le gouvernement Tindemans II et Paul-Henry Gendebien devient président du parti. Comme ministre des réformes institutionnelles, François Perin va vivre ses années politiques les plus pénibles. Pragmatique, il a horreur de ces nuits de négociations sans fin qui accouchent souvent d’une souris. Esprit brillant et indépendant, il exècre les compromissions à la belge. De plus, François Perin vit mal le fossé qui se creuse entre les ministres R.W. et la base des militants qui ne comprennent pas certains choix du gouvernement. Suite à un reniement de Léo Tindemans, François Perin et les ministres R.W. Gol, Knoops et Moreau démissionnent en 76. Comme militant, je vécus mal cette époque. Cette participation gouvernementale reste pour moi un souvenir pénible.
Les réunions d’arrondissement étaient devenues des foires d’empoigne où la sagesse et la voix douce du sénateur Marcel Thiry, autre réunioniste, faisaient merveille pour ramener un peu de sérénité. Pour nous, militants, il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que les beaux jours du R.W. étaient passés. François Perin et Jean Gol négociaient avec le P.S.C. avec pour but de déconfessionnaliser ce parti. De son côté, Paul-Henry Gendebien radicalisait ses positions avec un virage très à gauche du R.W. La rupture était inévitable. Elle survint en 76. Ma locale d’Angleur vota la motion de Gendebien et j’assistai avec douleur à la lente descente aux enfers du R.W. jusqu’en 82. De leur côté, Perin et Gol ainsi qu’une majorité d’élus R.W. fondèrent avec les libéraux le P.R.L.W. qui perdra assez rapidement son W. De 76 à 82, le R.W. ne cessera d’imploser, certains de ses élus rejoignant le parti socialiste.
En 1980, fatigué par le système belge, François Perin démissionne du parlement. Les relations avec Jean Gol se détériorent quant à l’attitude à adopter sur la question européenne. En 1985, François Perin démissionne du P.R.L.
Ramener la personnalité de François Perin à la seule sphère politique serait une erreur.
Il fut un professeur d’université particulièrement apprécié par ses étudiants. Il arrivait plus que tout autre à captiver l’attention de son auditoire.
Il fut aussi un brillant conférencier. Les thèmes de ses conférences étaient éclectiques. Il était souvent sollicité car les organisateurs savaient qu’annoncer François Perin était gage de succès. J’essayais dans la mesure du possible d’aller l’écouter le plus souvent possible. Sa voix claire et un brin rocailleuse faisait merveille. Après la conférence, il m’arriva plus d’une fois de le ramener chez lui, car François Perin refusa toujours de conduire une voiture. Ces déplacements furent chaque fois un moment de bonheur face à un esprit qui n’avait pas pris une ride. J’eus la chance d’assister à sa dernière conférence à la Maison de la Laïcité de Theux. Ce jour-là, il annonça qu’il venait de donner sa dernière conférence parce qu’il ne supportait pas que ses problèmes auditifs l’obligent à faire répéter les questions qui lui étaient posées lors du débat par l’assemblée.
Il fut également, même s’il s’en défendait, écrivain avec le célèbre « Histoire d’une nation introuvable » qui nous emmenait sur les chemins d’une Belgique qui n’a jamais été une nation. Dans son essai « Franc-parler », François Perin nous fit partager son témoignage sur la double crise des dogmes et du rationalisme. A travers cet essai, il lançait une bouteille à la mer à destination d’héritiers inconnus…
En 2006, je fus chargé de prendre contact avec l’illustre professeur afin qu’il accepte de pousser la liste du R.W.F. aux élections provinciales. Je le rencontrai à la Taverne Danoise, lieu qu’il affectionnait. Après deux heures de conversations instructives, il accepta et me lança « A mon âge, c’est une folie. Je n’oserai jamais en parler à ma famille. »
Avec l’âge, François Perin se fit plus rare, même si on le retrouva en de grandes occasions comme les Etats Généraux de Wallonie en mai 2009 initiés par Jules Gheude, biographe officiel de François Perin à qui celui-ci a confié tous les documents de sa vie politique.(*)
Lors du Colloque organisé par le Cercle Condorcet en avril 2011, il envoya un message de sympathie aux organisateurs. Il exhortait les participants à ne pas laisser tomber Bruxelles.
Par une préface, il réserva son dernier écrit au dernier ouvrage de Jules Gheude : « Lettre à un ami français ».
Je viens de voir défiler une partie de ma vie de militant wallon et réunioniste. Merci M. Perin. Votre œuvre vit encore.
A sa famille, je me permets d’adresser mes condoléances les plus sincères.
Paul D.
(*) Pour connaître tout ou presque tout de François Perin, lisez « François Perin, écrits et mémoires » sous la plume de Jules Gheude aux éditions « Quorum ».
« La face obscure des nationalistes wallingants »
Le magazine Le Vif-L’Express vient de publier un mini-dossier sur la face obscure des « nationalistes » wallingants. Mini-réaction.
Tous égaux devant le tribunal de l’histoire. Tous coupables aux yeux de l’honnête homme attaché à la Belgique. Evidemment, ceux qui mettent en avant leur identité wallonne ne valent pas mieux que les adorateurs du lion flamand. Tandis que ceux-ci rejoignaient leurs cousins germains pendant la guerre, les résistants wallons se compromettaient avec la France. Ou alors, non, ce n’est pas aussi simple, car « le mouvement wallon a été surtout un nationalisme belgo-wallon, qui se donnait pour but de sauver la Belgique latine au mépris des droits des néerlandophones ». Et quand, au contraire, on reconnaissait la légitimité du combat flamand, c’était pour écrire qu’ « il n’y a pas de Belges mais des Wallons et des Flamands », le métissage bruxellois ne produisant que des espèces de dégénérés.
Voilà, c’est dit, le coq, passé à la moulinette, donne une soupe qui sent le racisme et l’intolérance. Tous coupables. On n’a pas fini de juger cette époque où l’exaltation du sentiment national a conduit aux délires du nazisme. Même ceux qui ont lutté contre le nazisme au péril de leur vie étaient des produits de leur temps. Pas de quoi bomber le torse et le couvrir de médailles. Oui, tous égaux devant le tribunal de l’histoire. Tous coupables aux yeux de l’honnête homme attaché à la Belgique en 2013, pour qui la mode est plus que jamais au noir-jaune-rouge. En voulant révéler « la face obscure des nationalistes wallingants » dans sa dernière édition, le magazine Le Vif/L’Express jette une ombre sur le drapeau wallon. Cela ressemble à un mauvais procès. Quand Dark Vador se cache au pays des Bisounours, il faut le démasquer, le passer au laser, lui couper les jambes et les bras.
Si le coq est tombé par terre, c’est la faute à… Demotte. Il a cru bon d’opposer un gentil nationalisme wallon, qu’il veut promouvoir, à un méchant nationalisme flamand incarné par Bart De Wever-le-démoniaque. La différence entre les deux, c’est que les gentils veulent consolider la Belgique et les méchants veulent la diviser. Au fond, le tort de Rudy Demotte, c’est de croire encore en la Belgique. Mais ses habits de super-Wallon le rendent un peu ridicule et son manichéisme attire sur lui la foudre aussi sûrement qu’un arbre isolé dans l’orage. A part les Wallons trop wallons, nul ne lui reprochera ses références à la Belgique. Encore une fois, c’est le combat wallon qui est chargé de tous les péchés.
Pourtant, le malheureux cocorico du ministre-président de la Wallonie est compréhensible. Il faut tenir compte du contexte. La Wallonie doit relever le défi de la 6e réforme de l’Etat, sans parler de ce qui pourrait advenir au lendemain des prochaines élections, dans huit mois. La Wallonie est condamnée à exister mais les médias préfèrent entretenir le sentiment belge, au risque de l’exacerber chez certains, plutôt que de soutenir l’affirmation du fait wallon. Le visage de la Wallonie est peint en noir-jaune-rouge. Le coq en représente la « face obscure des nationalistes wallingants ». Personne ne se demande s’il ne serait pas temps de tourner la page de la Belgique.
Entre la réalité institutionnelle de la Wallonie et l’idée que les Wallons se font de leur identité, c’est de plus en plus le grand écart. La déchirure est prévisible. Rien de comparable en Flandre, où les réformes de l’Etat nourrissent une dynamique nationale. Il est urgent de secouer la Wallonie pour lui donner un avenir, mais rien ne se passe vraiment. Advienne que pourra. Vive la Belgique. Le roi, la loi, la liberté. Un drapeau noir-jaune-rouge avec, pour symbole, un coq sans tête.
Pour ceux qui n’ont pas renoncé à leur tête, il reste les écrits de ces historiens, sans doute trop wallons pour être honnêtes, qui ont dénoncé la façon très partiale dont l’histoire de Belgique était enseignée avant… ou peut-être encore maintenant. Pour construire une identité nouvelle, il fallait passer par là, bien sûr. Mais nous sommes en 2013, la Belgique unitaire est devenue une fiction, la Wallonie doit prendre en main son destin et Le Vif/L’Express soupçonne l’Institut Jules Destrée d’avoir une démarche militante en travaillant sur l’histoire du Mouvement wallon. Philippe Destatte, son directeur, s’en défend (et nous savons à quel point la rigueur scientifique est pointilleuse à l’Institut Destrée), mais admettons que la mise en évidence d’un combat wallon, doublée d’une réflexion sur l’identité wallonne, constitue en soi une démarche militante… et une démarche indispensable pour s’arracher au roman national belge.
Espérons que Le Vif/L’Express a réservé de la place, dans ses prochaines éditions, pour davantage alimenter son dossier, car nous avons de la matière à lui fournir. Passons tout de suite du côté obscur de la force en citant Philippe Destatte quand, voici vingt ans, il introduit le livre La Wallonie, Terre romane, un classique écrit par l’historien Félix Rousseau.
Félix Rousseau et Léon-E. Halkin
Ecrire la Wallonie avec quelques mots simples, comme celui de liberté
(…) Dès les premiers recrutements, et donc dès 1940, Félix Rousseau fait partie du
mouvement de résistance « La Wallonie libre ». Comme Jean Pirotte et beaucoup d’autres membres de la société historique, il a probablement été contacté au préalable par Maurice Bologne. Dans un second temps, Félix Rousseau s’efforcera, avec d’autres, de regrouper les chrétiens wallons au sein de « La Wallonie catholique » sous la double bannière de la lutte contre le nazisme et de l’autonomie de la Wallonie dans un cadre fédéral.
(…) Sous le titre La Wallonie et la France, qui occupe les colonnes du journal clandestin La Wallonie catholique du 15 décembre 1943, Félix Rousseau, membre du Comité central du mouvement, affirme sa foi en la France – les Wallons n’existent qu’en fonction de la France, qu’ils participent à son rayonnement comme à son déclin – et sa conviction que la France reprendra parmi les nations cette place où, à l’heure présente, l’on sent tellement qu’elle manque. En effet, pour Rousseau, rejoignant ainsi la formule d’Avant-Guerre de Léon-E. Halkin : La France restera la patrie intellectuelle des Wallons, et donc les Wallons doivent s’appuyer sur la France, notre seule raison d’être au point de vue intellectuel.
C’est l’archiviste et historien qui démontre que les Wallons ont conscience d’appartenir au domaine linguistique français, et ce par la volonté de nos ancêtres car, dit Rousseau, la langue française a été adoptée librement chez nous, malgré le fait que, pendant plus d’un millénaire (depuis le Traité de Verdun) jusqu’à nos jours, à part Tournai, nos régions wallonnes n’ont été réunies à la France que pendant vingt ans (1794-1814) seulement. Ainsi, au-dessus des patois locaux, le français a fait le trait d’union entre tous les Wallons.
(…) La Wallonie est une région de langue française située en dehors des frontières politiques de la France, annonce F. Rousseau, comme le fera plus tard L. Genicot. Analysant les origines du mot « wallon » ainsi que la genèse de la frontière linguistique, F. Rousseau souligne d’emblée que la Wallonie n’a cessé d’être foncièrement latine et française de culture et d’esprit.
Bien que seul le Tournaisis ait été fief français et la totalité des autres Etats de nos régions terres d’Empire, Félix Rousseau remarque que c’est le français qui a été adopté comme langue littéraire dans nos régions pourtant exclues des frontières de la France. Voilà le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et depuis sept siècles – avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie – n’ont cessé de participer à la culture française.
(…) L’histoire « officielle belge est pro-flamande, antiwallonne et partant, anti-française, constate Félix Rousseau dans un chapitre intitulé La Wallonie et l’histoire « officielle » belge. Il y critique les manuels scolaires qui consacrent leurs pages à la seule histoire des anciennes principautés flamandes. Pour F. Rousseau, les manuels adoptés … pèchent surtout par omission. Ils négligent l’importance de la Principauté de Liège et oublient que plus d’un tiers de la Wallonie n’a jamais fait partie des Pays-Bas. Sur l’attirance traditionnelle de Liège vers Paris et la fidélité de Tournai envers la France jusqu’à Charles Quint, silence complet dans nos manuels. Et Rousseau de choisir deux exemples de cette francophobie : le régime espagnol aux Pays-Bas et la domination française, ce qui lui permet de rappeler toutes les influences françaises passées sous silence jusqu’en 1831.
(…) En conclusion de sa brochure La Wallonie, Son histoire, Son avenir, Félix Rousseau estime que la situation de la Wallonie apparaît claire : en effet, depuis deux mille ans, notre terre wallonne est une terre latine et les Wallons participent… à la culture latine, principalement sous forme française. C’est le fait capital de notre histoire, qui explique nos façons de penser, de sentir, de croire (…).
La Wallonie se trouve à un tournant de son histoire. (…)
Dès à présent, nous pouvons affirmer que nous n’admettrons plus le cadre étroitement unitaire de l’Etat belge d’avant le 10 mai 1940, car c’est notre existence même qui s’en trouverait menacée.
Dans un vibrant appel à l’union des Wallons pour défendre les droits et les intérêts de tous les Wallons, où qu’ils se trouvent, et aussi la civilisation française, tant à Bruxelles qu’en Wallonie, Rousseau leur demande de se mettre d’accord sur un programme : réclamer, dès la fin de la guerre en Europe, une révision de la Constitution qui fasse de la Belgique un Etat fédéral, où Flamands et Wallons puissent vivre côte à côte, les uns comme les autres, maîtres chez eux et maîtres de leur propre destinée.
Voilà, c’était un peu long, c’était pendant la guerre et c’était « la face obscure des nationalistes wallingants ».
Georges R.

