Archives pour la catégorie Editorial

Le beurre et l’argent du beurre

Geert BourgeoisLe gouvernement flamand commande une nouvelle étude sur les transferts financiers générés par la solidarité interrégionale en Belgique. Encore une fois, il s’agit de montrer aux électeurs flamands que la Wallonie est un puits sans fonds, qu’elle engouffre une part toujours excessive de la richesse produite en Flandre.

Il n’est pas du tout certain que la Flandre, en tant que nation ou, à tout le moins, de communauté d’intérêt, souhaite vraiment le redressement de la Wallonie, car elle tire un bénéfice évident de sa situation dominante en Belgique. Elle ne voudrait pas que la Wallonie rivalise avec elle, elle ne supporterait pas que les rôles s’inversent à nouveau, quelle horreur ! Mais ce déséquilibre entre une Flandre forte et une Wallonie faible a un prix dans la mesure où la région la plus riche doit automatiquement contribuer aux dépenses de la région la plus pauvre. Et ce prix doit être revu à la baisse. Encore. Encore.

« On rentre dans la Wallonie comme dans du beurre », disait un premier ministre. Autant que possible, il s’agit d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Soit la Wallonie accepte de renégocier le contrat qui la lie à la Flandre, en des termes toujours plus avantageux pour celle-ci, soit il n’y a plus de Belgique. L’objectif de la N-VA n’étant pas de conserver la Belgique, elle peut mettre une pression maximale sur la classe politique francophone. Ou ça passe ou ça casse et, dans les deux cas, c’est bingo pour la N-VA.

Les Wallons, eux, s’emploient à démontrer que la solidarité interrégionale est loin d’être excessive…

Voici ce qu’on pouvait lire il y a deux jours sur le site de La Libre Belgique :

RP10749 Vlaanderen

Les transferts financiers Flandre-Wallonie n’ont qu’une ampleur limitée

Les Wallons sont-ils des assistés ? Oui, en un sens, mais à un degré nettement moindre que bien d’autres populations européennes. C’est en substance la réponse que donne l’économiste Julien Vandernoot à une question qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Ce mercredi encore, le ministre-Président flamand Geert Bourgeois (N-VA) a annoncé que son gouvernement avait commandé une nouvelle étude sur les transferts financiers flamando-wallons.

Dans ce contexte, la thèse de doctorat que vient de défendre Julien Vandernoot, assistant à l’Université de Mons, a des implications très politiques. Son travail va en effet à l’encontre d’une idée répandue, selon laquelle les flux financiers nord-sud, en Belgique, atteindraient des montants extravagants. Chiffres à l’appui, le jeune homme s’oppose à l’un des arguments avancés par les nationalistes pour justifier une plus grande autonomie flamande. Selon lui, les transferts qui s’écoulent de la Flandre vers Bruxelles et la Wallonie n’ont rien d’anormal.

Une Allemagne très solidaire

Le chercheur montois a étudié cinq pays fédéraux qui présentent un niveau de richesse assez proche : le Canada, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse et la Belgique. Pour ces cinq Etats, il a passé au crible les systèmes de solidarité financière entre institutions (régions, communautés ou autres, selon les cas).

La conclusion est plutôt inattendue. « Contrairement à ce qu’on entend parfois, la solidarité entre régions en Belgique n’est pas plus élevée que dans les autres Etats étudiés, note Julien Vandernoot. Dans la plupart des indicateurs de solidarité que j’ai utilisés, c’est même en Belgique que la solidarité est la plus faible. »

En 2009, a calculé l’économiste, la solidarité représentait en Belgique 0,46 % du produit intérieur brut (PIB), contre 1,39 % en Allemagne. Selon un autre indicateur, comparant les transferts entre régions au regard de leur « capacité fiscale » (le rendement de l’impôt des personnes physiques), la solidarité atteindrait 1,63 % en Belgique, 2,47 % au Canada, 2,63 % en Suisse, 2,72 % en Espagne et 6,67 % en Allemagne.

L’ordre n’est qu’à peine modifié si l’on observe l’importance de la solidarité en proportion des dépenses des entités fédérées : 3,42 % en Belgique, 6,42 % au Canada, 6,64 % en Espagne, 9,42 % en Suisse et 16,14 % en Allemagne. De toute évidence, les transferts nord-sud en Belgique sont loin d’approcher les colossaux flux ouest-est qui ont cours en Allemagne depuis la réunification du pays, en 1990.

Bémol

Autre indicateur : le montant reçu par l’entité qui bénéficie le plus de la solidarité nationale. Pour la Communauté française, le chiffre s’élève à 151 euros par an et par habitant. C’est beaucoup moins que l’Estrémadure espagnole (775 euros), le canton helvétique d’Uri (1 291 euros), la province canadienne de l’Ile-du-Prince-Edouard (1 756 euros) et le Land allemand de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (2 017 euros).

Un bémol s’impose toutefois. L’étude ne concerne que la solidarité entre institutions. Elle ne vaut pas pour la solidarité interpersonnelle, qui fonde la sécurité sociale. Celle-ci est affaire d’individus : des chômeurs flamands en profitent, des patrons wallons y contribuent. Il n’empêche, au nord du pays, de nombreuses voix considèrent que les francophones sont anormalement trop nombreux à en bénéficier.

La Wallonie fait gagner de l’argent à la Flandre

Rapport de l’Iweps. « Le meilleur client de la Flandre, c’est la Wallonie », dit souvent le patronat flamand. Et à raison, à en croire le récent « Rapport sur l’économie wallonne » de l’Institut wallon de la statistique (Iweps), dont Belga a donné les grandes lignes jeudi. Bien sûr, les transferts financiers Nord-Sud sont une réalité. Selon l’étude, les ménages flamands paient implicitement aux ménages wallons 4,6 milliards d’euros par an et un milliard aux ménages bruxellois. Dit autrement, chaque Flamand verse en moyenne 874 euros par an à chaque Wallon et – hasard de la statistique – le même montant à chaque Bruxellois. Cela dit, l’Iweps souligne aussi que 100 euros dépensés en Wallonie généreront, en plus de leurs effets locaux, 36 euros supplémentaires en Flandre et 24 à Bruxelles… A l’inverse, cent euros dépensés en Flandre ne généreront « que » 9 euros en Wallonie et 19 à Bruxelles.

C’est quoi ce cinéma ?

Les Belges ne sont pas du genre à se prendre au sérieux. C’est du moins ce que certains d’entre eux se plaisent à répéter, pour se donner une identité qui les rendrait supérieurement sympathiques, et bien des Français s’y laissent prendre. Ainsi, Vincent Lindon, mis à l’honneur aux récents Magritte du cinéma, n’a pas hésité à lancer : « Je suis dingue de vous les Belges ». Mais de quels Belges parle-t-on ? La plupart de ceux qui se font Charlie Dupontconnaître en France sont des Wallons. Quand ils se disent belges, attachés à leur « beau royaume », fiers de leur « belgitude », et se moquent lourdement des Wallons qui, de toute façon, ne s’en offusquent pas car eux-mêmes se sentent belges, faut-il y voir un sens aigu de l’autodérision… ou une volonté plus ou moins consciente et désespérée de nier la Wallonie pour mieux s’accrocher à ce qui reste de la Belgique ?

Avec quelles perspectives ?  

Je n’ai pas regardé la cérémonie des Magritte à la télé, l’autre soir, mais il semblerait que cette fête du cinéma belge francophone en ait interpellé plus d’un. Voici en tout cas ce qu’on pouvait lire sur les sites de la Libre Belgique et du Soir, deux journaux bien bruxellois qui sont très loin de vouloir mettre de l’huile sur le feu communautaire. Cela en dit long sur l’esprit qui règne en « Communauté française de Belgique ».

D’abord, le « Monsieur cinéma » de la Libre, Fernand Denis, dont l’article critique (et même très critique) débute ainsi :

« Samedi soir au Square à Bruxelles, la sixième cérémonie des Magritte avait démarré sous le signe de l’aviation avec deux hôtesses de l’air en uniforme vintage et un Charlie Dupont tombant du ciel. Avec sa casquette de commandant de bord vissée sur la tête, celui-ci s’est lancé dans une série de vannes sur les Wallons, elles volaient tellement bas, qu’elles se sont toutes crashées. La soirée ne semblait pas vouloir décoller, elle allait stationner en bout de piste pendant près de trois heures. Un tunnel sans fin et dans le même état que ses collègues bruxellois. »

Pas heureux non plus Jacques De Decker, écrivain, dramaturge, Secrétaire perpétuel à l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Dans le Soir, voici ce qu’il a écrit :

« Je n’étais pas aux Magritte. J’ai seulement lu les comptes rendus de mes anciens confrères dans la presse. Et l’expression de leur malaise. Je reconnais qu’il y a de quoi. Défenseur acharné d’un dialogue fertile entre les deux principales cultures belges, je m’étonne néanmoins que les deux lauréats des trophées réservés aux comédiens soient allés à d’évidents talents flamands. Tout d’abord parce que la réciproque n’est pas pensable : je vois mal, aux Ensors, un comédien francophone l’emporter. On y rendra bien sûr, si on ne l’a pas déjà fait, hommage à Benoît Poelvoorde ou à Cécile de France, parce que ces deux Namurois sont devenus des stars. Mais en dessous de ce niveau, on ne risque pas de s’attarder. Il s’agit d’abord de peaufiner la carrière des talents locaux, et cela n’a rien de déplacé puisque c’est efficace. Un jour, Mathias Schoenaerts aura un Oscar bien mérité. Et on aura tout fait en Flandre pour cela, ce qui ne risque pas de se passer demain en Walbru. (…) »

Ce n’est pas comme ça, en lui tournant le dos, qu’on va redresser la Wallonie. (G.R.)

Bouillie pédagogique et citoyenneté

Une opinion de Roland Douhard, Professeur de philosophie morale

A défaut de connaître les bienfaits d’un apprentissage intégré et cohérent, grâce à la majorité PS-CDH (Parti Socialiste-Centre Démocrate Humaniste), de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les élèves vous bientôt pouvoir circuler d’une classe à une autre. Ils vont ainsi pouvoir comparer les offres de service des clochers chrétiens, de l’appel musulman, de la Loi juive, des certitudes de l’athéisme ou du vide sidéral du cours de rien.

Avec tout le respect que je dois à la représentation parlementaire francophone belge, je me permets de lui dire que le prisme des économies espérées, réalisées ainsi sur le dos de l’éducation, pour accoucher d’un apprentissage hasardeux et non structuré des systèmes religieux et philosophiques, ne semble pas le bon biais. Il s’agit là d’une fausse bonne idée.

L’objectif de l’instauration d’un cours unique et ouvert à toutes les appartenances identitaires a toujours été souhaitable. En réalité, il a toujours existé, mais jamais, on ne lui a permis de faire reconnaître sa légitimité en la matière. C’était le cours de morale laïque.

Pour le cours unique, qui ne le sera pas en fait, nous verrons pourquoi, encore faudrait-il que les enseignants concernés, particulièrement les professeurs de religions, fassent la preuve de leur capacité et compétence à faire vivre un vrai pluralisme de la pensée.

La cohabitation des cours de religions et de philosophie morale dans l’enseignement officiel n’est pas idéale. Beaucoup s’accordent à reconnaître les limites de ce système vertical.

N’encourage-t-il pas les jeunes à s’inscrire dans une culture de piliers communautaires, voire communautaristes, préjudiciable aux valeurs d’une conception globale, citoyenne, non réductionniste, de l’Homme ? Question légitime. C’est comme si, à l’intérieur même de l’enseignement officiel, on avait reproduit le clivage entre école publique et école dite libre.

Dans le Pacte scolaire belge, négocié en 1958 et ratifié en 1959, pour l’enseignement officiel, il aurait fallu avoir le courage et disposer du rapport de force suffisant pour créer un cours pluraliste, qui ambitionnât une éducation humaniste, un cours où l’on étudiât l’histoire et l’actualité des systèmes de représentations spirituelles et matérialistes.

Certes, on créa un cours de morale, mais on s’empressa, sous la pression du lobby romain et de ses alliés, de lui adjoindre ses petits frères catholique, protestant, orthodoxe, juif et, plus tard, musulman.

C’est ainsi que le cours de morale fut, dès l’origine, renvoyé au statut de chapelle, réduit à sa dimension athée, aux côtés des officines religieuses. Quelle erreur ! Non seulement le courant religieux, toutes sensibilités confondues, se voyait reconnaître et financer ses enseignements religieux, dits libres, en réseau autonome et subsidié par la puissance publique, mais encore, il pouvait désormais accéder au Graal : investir la citadelle de l’enseignement officiel et ainsi affaiblir, dans la société belge, ce qui aurait dû lui tenir de colonne vertébrale, la libre pensée.

Pire, en 2002, le mouvement laïqu lui-même se tira une rafale de kalachnikov dans le pied, en livrant à la concurrence la raison pour le discréditer et donc l’affaiblir. Le Centre d’Action Laïque (CAL) se rangea derrière l’imprudente revendication d’un financement public pour ses activités et conseillers laïques, à hauteur de celui reçu par les « Eglises », pour leurs bonnes œuvres, prêtres, évêques, pasteurs, rabbins et imams. Le résultat de cette tractation de boutiquiers fut de consolider l’appartenance du cours de morale à la sphère partisane, aux outils pédagogiques engagés derrière des valeurs non neutres. Quelle faute !

Et nous voilà, en 2016, avec une ministre de l’éducation, Madame Joëlle Milquet, ex-présidente du Parti Social Chrétien (PSC), devenu Centre Démocrate Humaniste (CDH), avec l’appui de socialistes de moins en moins laïques, de plus en plus communautaristes, à la veille d’un changement de paradigme biaisé.

En effet, dans la foulée de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 12 mars 2015, les cours de morale et de religions ne sont plus obligatoires et donc facultatifs. Ce qui a entraîné la création improvisée, par le pouvoir organisateur (PO), « d’un cours de rien », rebaptisé, dans la précipitation, « Encadrement Pédagogique Alternatif » (EPA). Celui-ci entend permettre aux parents et adolescents de pouvoir disposer d’une alternative aux cours dits philosophiques, morale et religions. L’organisation pratique de cet EPA a été laissée à l’appréciation des directions d’écoles. Sur le terrain, cela n’a rien donné, si ce n’est une cacophonie magistrale, les uns l’organisant, les autres pas, avec quelques moyens ou aucun.

Le 21 octobre 2015, la majorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles, PS-CDH, votait le projet de décret instaurant progressivement un nouveau cours commun à tous les élèves, uniquement de l’enseignement officiel, notons-le : un cours dit « de citoyenneté, d’histoire du fait religieux et de la philosophie », du primaire au secondaire supérieur.

L’idée vient de loin. En 1991, l’ancien ministre de l’éducation, Yvan Ylieff (PS), avait installé une commission présidée par le professeur de philosophie de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Jacques Sojcher, qui était chargée « d’étudier la possibilité d’introduire un cours de philosophie dans les classes supérieures ». En 2000, le ministre-président de la Communauté française de l’époque, Hervé Hasquin (MR), proposait d’introduire « un cours de philosophie et d’étude comparée des religions ». Le député libéral (MR), Richard Miller, alors président du parlement francophone, faisait inscrire cette proposition à l’agenda de la commission de l’éducation. En 2004, le même Richard Miller déposait, au parlement Wallonie-Bruxelles, une proposition de décret introduisant « un cours de philosophie et d’histoire culturelle des religions », pour le 3ème degré de l’enseignement secondaire.

Le nouveau cours de citoyenneté entrera en vigueur le 1er septembre 2016, dans l’enseignement primaire, et le 1er septembre 2017, dans l’enseignement secondaire, toutes classes incluses. Très bien. Le hic, car il y en a un, c’est que cette idée ambitieuse sur le papier n’aura pas les moyens de s’épanouir et d’être véritablement efficiente.

Pourquoi ? Elle ne s’est vue attribuée qu’une seule période/semaine, 50 minutes en comptant large, insuffisante pour ambitionner autre chose qu’une animation socio-culturelle.

De plus, subsisteront à ses côtés, une période/semaine de cours partisans, désormais de morale et, depuis toujours, de religions – objectif déclaré des milieux cléricaux, forts satisfaits, ma foi, de ce cadeau – ainsi que ce fameux cours de rien ou EPA. Et qui donnera les cours de citoyenneté et d’EPA ? Les professeurs des cours partisans… Admirez la cohérence du système. Ce nouveau dispositif est évidemment bancal, car il va inévitablement conduire à transformer le paysage pédagogique en bouillie didactique et philosophique intégrale.

De plus, cette (dés)organisation feint d’ignorer, dans son esprit comme dans son application, qu’il existait déjà un lieu approprié pour l’apprentissage, la connaissance et la libre critique des modes de pensée universels et singuliers : c’était le cours de morale.

Contrairement à une certaine tradition laïque belge, qui conçoit sa mission comme une bataille rangée entre ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, le cours de morale n’était pas, n’a jamais été le dernier rempart des soldats de l’athéisme. Le libre examen n’a jamais constitué une philosophie de l’exclusion ou une guerre de tranchée, contrairement à ce que les obédiences religieuses ont toujours affirmé, et, c’est vrai, fort malheureusement, contrairement à ce qu’un certain courant laïcard a voulu.

Ce clanisme positiviste ringard, indigne de l’école moderne, n’a plus cours depuis longtemps dans la plupart des classes de morale. Certains ne s’en sont jamais aperçus. Il est en effet regrettable de constater la pensée archaïque d’hommes et de femmes qui ont fait de leur engagement laïque une guérilla obsessionnelle et permanente aux croyances. A l’opposé de cette conception partiale, partielle et sommaire, le cours de philosophie morale était devenu, bon gré mal gré, un espace privilégié d’une approche ouverte, critique et pluraliste des croyances et des engagements, quels qu’ils fussent.

Dans l’école, il était l’unique lieu où pouvaient se rencontrer librement les différentes interprétations éthiques, sociales, économiques et politiques du monde ainsi que les différentes représentations spirituelles. Pourquoi l’avoir discrédité dans un premier temps, et, dans un second temps, achevé ? A qui profite le crime ?

La laïcité, parce qu’elle intègre dans ses principes la séparation des Eglises et de l’Etat, et donc la préservation dans la sphère privée de la croyance ou non, ainsi que le devoir de respect d’autrui et le droit de s’affirmer dans sa singularité et son identité, représente une chance pour les sociétés qui assument la richesse, mais aussi les défis du pluriculturalisme.

En Europe et dans le monde, le vivre ensemble ne va pas sans de redoutables problèmes. Le terrorisme islamiste, les attentats terroristes qui s’en suivent ainsi que la montée des nationalismes et des égoïsmes le démontrent. L’hypothèse d’une confrontation des civilisations, posée par Samuel Huntington, que certains redoutent et d’autres recherchent – n’y sommes-nous pas déjà ? – ne nous impose-t-elle pas, dans nos Etats démocratiques, l’obligation de nous mettre librement, sans pression, dans le regard de l’Autre ?

Le cours de philosophie morale était une école du regard. Quel dommage de l’avoir sabordé Maintenir en parallèle trois cours, sans avoir le courage ou la volonté d’aller jusqu’au bout de la logique ; à savoir, soit laisser tel quel le cours de morale et lui voir conférer un statut transversal pour tous, soit imposer un cours de citoyenneté universel, mais en supprimant les cours partisans, voilà qui aurait été souhaitable et intelligent de faire.

Au lieu de cela, comme toujours en Belgique, les choses sont faites à moitié. Cela entraînera inévitablement la consolidation de la culture du zapping et du surfing. Le risque est grand de voir l’élève, comme au supermarché, faire son shopping syncrétique, sans distance nécessaire, analyse et mise en perspective, donc sans compréhension intégrée des sujets abordés.

Je doute qu’en 50 minutes/semaine, le nouveau cours de citoyenneté puisse générer une véritable culture du questionnement philosophique et neutraliser, à l’échelle des adolescents, les menaces qui pèsent sur la coexistence pacifique de modes pensée et d’action de plus en plus étrangers l’un à l’autre. Il n’est peut-être pas trop tard. Je ne sais pas.

« Que se passerait-il si la Belgique se désagrégeait ? »

Il y a des nationalistes flamands de gauche. Il y en a toujours eu. Dans la nébuleuse que constitue le Mouvement flamand, voici un nouvel acteur : Vlinks, avec un V pour Vlaams et links comme Die Linke en Allemagne, une orientation bien à gauche, avec une priorité vlinksaccordée aux gens plutôt qu’à l’argent. Partisans d’une Flandre indépendante, les membres de Vlinks se distancient néanmoins des propos de la N-VA, notamment sur la problématique des réfugiés. « Le Mouvement flamand peut se vanter d’une longue tradition d’émancipation. Actuellement, celle-ci ne se retrouve plus au sein de la N-VA », a indiqué le porte-parole de Vlinks (voir leur site).

Le magazine Le Vif/L’Express a publié sur son site un texte d’opinion rédigé par une des chevilles ouvrières de Vlinks. Ce texte est d’autant plus intéressant qu’il n’a pas été écrit pour des lecteurs francophones. Il a d’abord été publié sur le site de Knack.

« Que se passerait-il si la Belgique, cet état qui rassemble Flamands et Wallons, venait à disparaître ? » se demande Kevin De Laet, membre de Vlinks. Quels seraient alors les rapports entre les Flamands et les Wallons ?

Flandre indépendanteC’est un scénario qui compte encore beaucoup d’opposants et auquel ni la politique flamande ni « la société civile » ne semblent vouloir réfléchir. Comme si la Belgique (ou n’importe quel état) était éternelle. Pourtant, envisager ce scénario n’est pas insensé. À quoi ressemblerait une « post-Belgique » ? Irait-on vers une situation, comme les défaitistes et les prophètes de malheur se plaisent à prédire, vers un drame analogue à ce qu’il s’est passé dans les Balkans? Un grand mur – au sens littéral ou non – le long de la frontière linguistique élevée au rang de frontière d’état qui arrête les trains et les trams, des familles qui ne se voient plus pendant cinquante ans, comme en Corée, un Bruxelles scindé comme Berlin pendant la Guerre froide?

Évidemment, les opposants adorent ce genre de scénarios catastrophes. (…)

Il y a maintenant neuf ans que la RTBF a diffusé son émission légendaire « Bye Bye Belgium » qui simulait la fin de la Belgique et qui, les premières heures, a su convaincre beaucoup de francophones que c’était sérieux même s’il s’est rapidement avéré qu’il s’agissait d’une blague absurde. Il suffisait pour cela de zapper sur la chaîne publique flamande VRT qui n’a pas joué le jeu. Un événement médiatique qui a dévoilé la scission mentale factuelle de la Belgique : l’espace public et les médias francophones sont déjà tellement isolés des médias flamands que beaucoup de francophones n’ont même pas fait l’effort de se brancher sur la télévision flamande pour vérifier. Et dont la Flandre n’a appris le canular que le lendemain.

Depuis nous avons connu une crise BHV, un record du monde de négociations gouvernementales et une sixième réforme de l’état ratée. Et malgré les campagnes belgicistes de ces neuf dernières années, rien n’a vraiment changé : on ne regarde pas les chaînes de l’autre communauté linguistique, on ne lit pratiquement pas les journaux de l’autre région. Ce n’est pas mille manifestations en faveur de la Belgique qui pourront changer cette donnée fondamentale : mentalement, la Belgique est déjà scindée. (…)

L’avenir de Bruxelles constitue indubitablement le point le plus sensible. Pour l’instant, la ville est la capitale officielle de la Flandre, mais l’existence de la Région Bruxelles-Capitale et la construction ‘Fédération Wallonie-Bruxelles’ font qu’institutionnellement elle est collée à la Wallonie. Tout cela ne s’est pas fait sur base de la préférence de la population wallonne ou bruxelloise, mais sur ordre de la politique de parti francophone. Cependant, c’est là que la Wallonie pourrait devenir le meilleur allié de la Flandre, car un état Wallobrux serait un monstre institutionnel, logistique et économique et la Wallonie le sait très bien. (…)

L’avenir de l’économie wallonne

Mais comment les négociateurs flamands pourraient-ils convaincre la Wallonie de l’utilité d’un avenir uniquement wallon? Sans la Flandre et sans Bruxelles? Pour cela, il faut évidemment proposer une vision d’avenir positive aux Wallons. Il faut convaincre les Wallons qu’un futur état wallon sera non seulement viable, mais que la Flandre sera un bon voisin. Une fois le problème bruxellois résolu, il faudra évidemment discuter de la question financière. L’avenir de l’économie wallonne.

Et contrairement à beaucoup de nationalistes flamands qui aiment traiter tous les Wallons de paresseux, on doit oser partir du principe qu’une Wallonie confiante voudra travailler à un « masterplan » économique pour assurer son avenir. Et c’est justement à ce niveau-là qu’on doit tendre la main à la Wallonie.

Aussi ne pourra-t-on pas cesser les transferts d’un jour à l’autre. La Flandre et la Wallonie devraient pouvoir conclure un accord financier du type plan Marshal, comme l’avait proposé il y a longtemps le flamingant social Antoon Roossens : une injection d’argent flamand égale aux transferts actuels, qui pourrait être utilisée pour effectuer les investissements et les réformes nécessaires en Wallonie. Sans contrepartie, puisqu’on pourrait même exempter la Wallonie de l’obligation de rembourser. Une seule condition : ces transferts seraient graduellement réduits, pour arriver à zéro dans une dizaine d’années. Cela donnerait du temps à la Wallonie, mais aussi la responsabilité de réfléchir à son avenir.

Accord financier

Cet accord financier devrait également comprendre le règlement de la dette publique qui s’élève aujourd’hui à 407 milliards d’euros. En principe, on pourrait la partager selon deux formules : soit sur base des rapports démographiques, soit sur base des moyens économiques, le PIB. Cette dernière option serait plus avantageuse pour la Wallonie. Pour l’instant, l’économie flamande est celle qui est le plus susceptible de supporter la dette publique. Dans le cadre du plan Marshall, elle pourrait même cautionner une plus grande partie, de sorte que la Wallonie puisse emprunter à moindre prix pour cette transition.

Collaboration intense entre la Flandre et la Wallonie

Pour ce qui est de l’époque post-Belgique, il y a certainement de la marge, et même une nécessité, pour une collaboration intense entre la Flandre et la Wallonie dans de nombreux domaines. Cela pourrait se faire par le biais d’un traité bilatéral, voire sous la forme d’un véritable confédéralisme. Cette coopération ne devrait d’ailleurs pas se limiter à l’ancienne Belgique, elle pourrait s’étendre au Benelux, car une fois la tutelle belge abolie, il n’y aura plus rien pour empêcher une bonne relation de voisinage entre la Flandre et la Wallonie. Ironiquement, les Flamands et les Wallons pourraient devenir les meilleurs amis si on les sort du cadre belge.

Bien entendu, rien de tout cela n’est possible si la Wallonie choisit le rattachement à la France. Il n’y aurait pas d’accord sur un pacte flamand-wallon, mais la Flandre devrait négocier les dettes publiques avec Paris. Et ce serait une autre paire de manches. Car nos leaders politiques flamands n’ont jamais brillé dans les négociations avec Paris.

Pour l’intégralité de ce texte : Le Vif/L’Express.

Isabelle Durant nous emboîte le pas

« Le dossier du RER est communautaire »

Lu sur le site du Vif/L’Express

Source: Belga

Isabelle DurantL’ancienne ministre fédérale de la Mobilité, et mère du RER, Isabelle Durant (Ecolo), a mis en cause jeudi la stratégie des partis francophones face à la SNCB. A ses yeux, le dossier RER est de nature communautaire.

« Le communautaire n’est pas seulement une affaire de changement de la Constitution. On fait du communautaire tous les jours à la SNCB, on le fait dans le dossier des vols d’avions, et dans 1001 autres dossiers. Celui-ci n’échappe pas à la règle », a déclaré la députée bruxelloise sur les ondes de « La Première ».

A ses yeux, les partis francophones -et particulièrement le PS et le cdH- ont adopté une stratégie perdante face à la société de chemin de fer lorsqu’à une époque, la Wallonie faisait embaucher des cheminots tandis que la Flandre posait des rails. En attendant, les investissements ferroviaires dans le sud du pays ont pris du retard alors que la Flandre bouclait les siens.

« Le problème des francophones, c’est qu’ils paient trois ou quatre fois le prix des investissements qui les regardent », a ajouté Mme Durant.

La bataille pour imposer le RER a été rude, a encore affirmé la ministre en charge de la SNCB de 1999 à 2003. Selon elle, l’opérateur ferroviaire belge ne se soucie plus beaucoup de ce projet maintenant qu’il est réalisé en Flandre. L’actuelle ministre, Jacqueline Galant (MR), s’est contentée de lui emboîter le pas. « La SNCB, voyant qu’elle avait affaire à une ministre qui avait quelques problèmes avec les chiffres et les voies de chemin de fer, s’est saisie du dossier pour proposer des alternatives que la ministre a, sagement, fidèlement, un peu bêtement, ânonnées en Commission (de la Chambre) et qui signaient la fin du RER ».

Spoliation organisée

Déjà que tous les parlementaires européens belges (de tous les partis) ont voté le fait qu’en cas de faillite c’est sur vos avoirs (à priori au delà de 100.000€, mais en dessous si pas suffisant) que l’on se servira.

On veut notre soumission absolue.

Il est maintenant établi que certains pays nordiques prévoient de supprimer l’argent-monnaie, le cash autrement dit, au profit du seul virtuel ! Tous les paiements DEVRONT se faire par carte ou par application sur votre téléphone portable.

Je vous engage à bien lire ce qui suit, à y réfléchir et si vous voyez clairement la menace que cela représente pour votre liberté, à le transmettre au maximum de monde pour qu’au moins les gens comprennent ce qu’une suppression du cash aura comme conséquences désastreuses. Ceci dit, arrivera-t-on à l’empêcher ? La question reste posée …

L’Etat s’est déjà retourné contre son peuple en lui prenant son argent en 2008 pour le donner aux banques qui auraient du être mises en faillite . Il s’apprête à recommencer … et toujours “pour le bien des gens” évidemment.

Réflexion soumise à votre sagacité

Insidieusement, de nombreuses mesures législatives ou réglementaires tendent à exclure les espèces (le cash / l’argent liquide) de nos vies, à le rendre hors-la-loi.

De telles dispositions ont récemment été prises : renforcement des restrictions sur les paiements en espèces, limitation des retraits et dépôts d’espèces, contraintes sur les systèmes de paiements acceptés par les commerçants, mesures tendant à rendre obligatoires les paiements par cartes de débit ou de crédit, etc.

L’instauration d’une société sans espèces consacrerait la disparition d’un droit fondamental : celui de la propriété de ce qui a été légitimement acquis et que la monnaie sous forme d’espèces matérialise.

Article 17 de la Déclaration universelle des droits de l’homme :
1. Toute personne, aussi bien seule qu’en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.

En effet :

  • l’instauration d’une société sans espèces nous soumet au monopole du lobby bancaire. Lorsque nous déposons de l’argent dans une banque, il ne nous appartient plus : nous devenons créanciers de notre banque qui nous doit notre argent. En cas de crise financière et bancaire, la seule défense que nous ayons en tant que citoyen ordinaire consiste à retirer notre argent. Dans une société sans espèces, cela deviendra impossible.
  • l’instauration d’une société sans espèces institue un droit de regard de l’État sur tous les achats et ventes que nous effectuons (heures et lieux compris), ce que les dispositions permettent.
  • l’instauration d’une société sans espèces rend possible la mise au ban de la société d’un individu de façon instantanée. Sans aucune procédure légale, avec seulement l’intervention d’un « fonctionnaire habilité » ou même par une erreur technique, nos comptes peuvent être bloqués et nous ne pouvons plus effectuer aucun achat d’aucune autre façon.
  • l’instauration d’une société sans espèces rend les déposants prisonniers de leur banque, sachant que les nouvelles dispositions européennes prévoient que nous autres déposants serons désormais sollicités en cas de faillite de notre banque(bail-in).
  • l’instauration d’une société sans espèces rend possible une taxation arbitraire de nos dépôts bancaires liquides en cas de nouvelle crise, comme l’a vivement recommandé madame Lagarde, présidente du Fonds monétaire international.
  • l’instauration d’une société sans espèces rend possible l’application de taux négatifs comme cela est déjà en vigueur dans certains pays. Ce n’est qu’un impôt de plus prélevé sur nos comptes bancaires ; un impôt levé arbitrairement — sans avoir été débattu ni voté — pour subventionner les banques toujours « trop grosses pour faire faillite ».

 

La société sans espèces rend possible l’arbitraire et la prédation.
Elle est contraire au droit de propriété.

Emmanuel MALMENDIER

Licence en droit U.Lg.

Master en fiscalité U.Lg. – Hec

Comptable – Fiscaliste agréé

« Un ministre du Nord du pays, il n’en a rien à foutre »

Lu sur le site de RTL/TVI :

Les membres du personnel de l’Institut médico-légal de Liège sont en préavis. Nos scientifiques sont victimes d’un sous-financement chronique, déjà dénoncé par le directeur de l’institut Philippe Boxho.

philippe_boxhoLe constat est amer pour le patron de l’institut de médecine légale de Liège. Il vient de signer le préavis de la dizaine de personnes qui travaillent à ses côtés, dans le laboratoire et à la morgue. « Effectivement les préavis sont partis vers tout le monde de manière à faire en sorte que si à la fin de l’année je vois que ça ne va pas du tout, que le ministre n’a pas changé d’avis, et bien qu’on puisse fermer », a expliqué Philippe Boxho, directeur de l’institut médico-légal de l’ULG.

Le directeur de l’institut dénonce depuis des mois les décisions du ministre de la Justice, Koen Geens. Depuis début décembre, ce dernier a divisé par deux le montant alloué à la Justice pour réaliser des analyses ADN, et ce malgré les nombreux appels des experts.

A titre d’exemple, en 2012 le chiffre d’affaires de l’institut était encore de 1,2 millions d’euros. Trois ans plus tard, il n’est plus qu’à 770.000 euros, et le ministre veut encore réduire la facture de moitié. « Que l’on ferme à Liège un institut de médecine légale, un ministre du Nord du pays, il n’en a rien à foutre. Clairement. Je n’ai aucun doute à ce sujet », a ajouté Philippe Boxho.

Une situation très compliquée donc pour l’expertise judiciaire et tous les étudiants qui souhaitent se lancer dans cette discipline.

Le commentaire de l’AWF : encore du communautaire ? Oui, mais quand se rendra-t-on compte en Wallonie que derrière le communautaire se cache des entreprises qui ferment, des emplois perdus et des jeunes dont l’horizon se ferme ?

Combien faudra-t-il de responsables courageux comme M. Philippe Boxho qui mettent le doigt sur une réalité qui fait mal : « un ministre fédéral du Nord du pays, il n’en a rien à foutre d’entreprises qui ferment en Wallonie » ?

Remarquons au passage que M. Koen Geens n’est pas un « affreux » ministre N-VA, mais un « respectable » ministre CD&V (à l’adresse des Français qui, de plus en plus nombreux nous lisent, CD&V = chrétien, démocrate et flamand / N-VA = nouvelle alliance flamande).

Combien faudra-t-il d’emplois perdus et d’horizons qui se ferment pour notre jeunesse pour que nos responsables politiques, sociétaux et autres entrent en rébellion ? 

Combien de temps faudra-t-il attendre avant que les centaines de membres de notre mouvement citoyen deviennent des milliers de citoyens qui feront de l’AWF un mouvement populaire qui aura la force de peser sur les choix de ses décideurs ? 

Fin du clavier azerty: avec la Wallonie

Lu dans le journal La Meuse du 2 février 2016 :

clavier-azertyPour éviter de créer une nouvelle différence entre la France et la Belgique, la Fédération Wallonie-Bruxelles a contacté le ministère français de la Culture et de la Communication chapeauté par Fleur Pellerin. Elle a demandé à être associée à la réflexion menée dans l’Hexagone sur une éventuelle adaptation des claviers azerty. L’idée avait été lancée par la ministre, car il n’est pas facile de respecter l’orthographe française avec les claviers «azerty» actuels. Ils ne permettent notamment pas d’accentuer les lettres en capitale ou d’ajouter une cédille au c majuscule. Elle voudrait aussi que des symboles devenus incontournables comme le @ ou l’€, soient optimisés pour augmenter la rapidité de frappe.

Quand Tariq Ramadan endort deux journalistes, un simple citoyen réagit

Lu sur le site du Vif/L’Express

Ce que nos journalistes auraient dû rappeler à Tariq Ramadan

Invité au grand oral de la RTBF et du Soir, Tariq Ramadan a pu exposer ses idées avec une certaine aisance. Il a poussé le culot jusqu’à inverser les rôles à un moment de l’interview. Un véritable coup de maître.

Ce que nos journalistes auraient dû rappeler à Tariq Ramadan

Loin de moi l’idée de critiquer les deux journalistes, mais je souhaiterais pointer quelques occasions manquées de répliquer aux propos de Tariq Ramadan.

Lorsque Tariq Ramadan prétend « il ne peut pas y avoir de différences entre les citoyens dans les sociétés majoritairement musulmanes », nos journalistes auraient dû lui rappeler qu’il accepte d’être employé par les autorités du Qatar, pays où la constitution n’offre aucun autre choix à ses citoyens que l’islam et où les étrangers doivent s’abstenir d’afficher tout signe extérieur lié à une autre religion que l’islam.

Lorsque Tariq Ramadan critique l’Iran, l’Arabie Saoudite et leurs pétrodollars, nos journalistes auraient dû lui souffler que les gaz dollars du Qatar ont un autre effet sur lui.

Lorsque Tariq Ramadan se réfère à Sartre, nos journalistes auraient dû lui rappeler sa position scandaleuse d’estimer qu’être français se limite à une situation géographique et d’embrayer que justement lorsqu’on est français ou européen, c’est aussi être l’héritier d’oeuvres philosophiques marquant l’humanité tout comme les oeuvres religieuses.

Lorsque Tariq Ramadan met en relief les enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, nos journalistes auraient dû l’interpeller sur le rôle particulièrement troublant et déstabilisant du Qatar qui, en alliance stratégique avec les Frères Musulmans, use de tous les instruments du soft power pour diffuser une idéologie visant à une politisation de la religion.

Lorsque Tariq Ramadan critique les bombardements français en Syrie, nos journalistes auraient dû l’interpeller sur la Libye et le rôle financier et politique du Qatar dans ces interventions militaires.

Lorsque Tariq Ramadan dit que les Européens doivent avoir la décence d’accueillir les réfugiés, nos journalistes auraient dû lui rafraîchir la mémoire en citant le nombre de réfugiés déjà accueillis et lui poser la question du nombre de réfugiés accueillis par les pays arabes qui disposent des richesses inépuisables, avec à leur tête le Qatar, pays dont il semble devenir un ambassadeur de premier plan.

Lorsque Tariq Ramadan s’émeut que « lorsqu’on s’énerve à Paris, on ressent la nervosité à Bruxelles, malheureusement. », nos journalistes auraient dû lui rappeler que la nervosité se ressent dans le monde civilisé, dans son entièreté, par solidarité avec ce pays qui a offert au monde entier les lumières et dont la révolution constitue la source des démocraties occidentales.

Lorsque Tariq Ramadan affirme qu’il est interdit d’imposer le port du foulard à une femme et qu’il défendra toute femme qui se dit musulmane, mais qui ne souhaite pas porter un voile, nos journalistes auraient dû lui demander pourquoi il ne se saisit pas de sa proximité privilégiée avec les autorités qataries afin de diffuser, via leur instrument de propagande Aljazeera, ce message à l’aide d’une campagne de communication efficace et durable, comme cette chaîne sait le faire sur d’autres sujets tels que la couverture affichée ou dissimulée de l’idéologie des Frères Musulmans.

Lorsque Tariq Ramadan ose parler des pratiques de l’industrie du textile, nos journalistes auraient dû l’interpeller sur le statut des centaines de milliers de Philippins, Pakistanais, Bangladais et Indiens ainsi que sur les traitements inhumains que leur réserve le Qatar pour, notamment, s’offrir une coupe du monde achetée à coup de millions de gaz dollars.

 Abdel Serghini, Citoyen de Bruxelles

Ne laissons pas les grandes multinationales dicter l’information

L’AWF s’inscrit parfaitement dans la signature de cette pétition lancée par la journaliste de FRANCE 2 Elise Lucet. Parce que nous connaissons l’intérêt que suscitent en Wallonie les médias français, parce que notre mouvement citoyen milite pour une information libre et complète, nous demandons à nos aimables lecteurs, qui sont de plus en plus nombreux, de signer cette pétition et de la partager avec leurs contacts.

Paul D. 

Adressée à Président de la commission JURI Pavel SVOBODA et 50 autres

  Stop à la Directive Secret des Affaires !

Bientôt, les journalistes et leurs sources pourraient être attaqués en justice par les entreprises s’ils révèlent ce que ces mêmes entreprises veulent garder secret. A moins que nous ne réagissions pour défendre le travail d’enquête des journalistes et, par ricochet, l’information éclairée du citoyen.

Sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, le législateur européen prépare une nouvelle arme de dissuasion massive contre le journalisme, le « secret des affaires », dont la définition autorise ni plus ni moins une censure inédite en Europe.

Avec la directive qui sera bientôt discutée au Parlement, toute entreprise pourra arbitrairement décider si une information ayant pour elle une valeur économique pourra ou non être divulguée. Autrement dit, avec la directive « Secret des Affaires », vous n’auriez jamais entendu parler du scandale financier de Luxleaks, des pesticides de Monsanto, du scandale du vaccin Gardasil… Et j’en passe.

Notre métier consistant à révéler des informations d’intérêt public, il nous sera désormais impossible de vous informer sur des pans entiers de la vie économique, sociale et politique de nos pays. Les reportages de « Cash Investigation », mais aussi d’autres émissions d’enquête, ne pourraient certainement plus être diffusés.

Avec ce texte, un juge saisi par l’entreprise sera appelé à devenir le rédacteur en chef de la Nation qui décide de l’intérêt ou non d’une information. Au prétexte de protéger les intérêts économiques des entreprises, c’est une véritable légitimation de l’opacité qui s’organise.

Si une source ou un journaliste « viole » ce « secret des affaires », des sommes colossales pourraient lui être réclamées, pouvant atteindre des millions voire des milliards d’euros, puisqu’il faudra que les « dommages-intérêts correspond(ent) au préjudice que celui-ci a réellement subi ». On pourrait même assister à des peines de prison dans certains pays.

Face à une telle menace financière et judiciaire, qui acceptera de prendre de tels risques ? Quel employé – comme Antoine Deltour à  l’origine des révélations sur le  le scandale Luxleaks – osera dénoncer les malversations d’une entreprise? Les sources seront les premières victimes d’un tel système, mais  pas un mot ne figure dans le texte pour assurer leur protection.

Les défenseurs du texte nous affirment vouloir défendre les intérêts économiques des entreprises européennes, principalement des « PME ». Étonnamment, parmi  celles qui ont été en contact très tôt avec la Commission, on ne relève pas beaucoup de petites PME, mais plutôt des multinationales rôdées au lobbying : Air Liquide, Alstom, DuPont, General Electric, Intel, Michelin, Nestlé et Safran, entre autres.

Ces entreprises vont utiliser ce nouveau moyen offert sur un plateau pour faire pression et nous empêcher de sortir des affaires …

Vu l’actualité Luxleaks, nous ne tolérons pas que nos élus se prononcent sur un texte aussi grave pour la liberté d’expression sans la moindre concertation avec les représentants de la presse, les lanceurs d’alertes et les ONG.  Seuls les lobbies industriels ont été consultés.

Nous, journalistes, refusons de nous contenter de recopier des communiqués de presse pour que vous, citoyens, restiez informés. Et comme disait George Orwell : « Le journalisme consiste à publier ce que d’autres ne voudraient pas voir publié : tout le reste n’est que relations publiques ».

C’est pourquoi je demande, avec l’ensemble des signataires ci-dessous, la suppression de cette directive liberticide.

Une commission de députés européens, la commission JURI, se réunit dans les prochaines semaines pour valider ou non ce texte. C’est le moment de nous mobiliser pour dire non à la censure en Europe.

Signez la pétition.

Elise LUCET a lancé cette pétition avec seulement une signature au départ et il y a maintenant 491 919 signataires.

La Wallonie avec la France en Europe et dans le monde