En soi, l’enjeu du CETA dépasse largement celui de la politique locale ou régionale, mais il fallait que s’exprime une volonté politique.
Il y a d’abord eu le Parlement wallon qui, très tôt, s’est saisi du dossier. Puis ce fut l’heure de Paul Magnette : en sa qualité de Ministre-Président de la Wallonie, il a montré à l’Europe et au Canada que la position de son parlement méritait qu’on s’y attarde. A présent, les opposants au CETA comptent sur la Wallonie et ils le font savoir. Un peu partout en Europe, et même au Canada, le citoyen ordinaire commence à se poser des questions. C’est peut-être une vague qui monte et l’amorce d’un retournement. Et voilà que le Parti socialiste, avec Elio Di Rupo à sa tête, s’engage à fond dans ce combat qui lui donne une nouvelle raison d’exister.
En soi, l’enjeu du CETA dépasse largement celui de nos querelles communautaires, mais ce dossier est potentiellement explosif pour les relations entre la Flandre et la Wallonie, et nous devons ici nous réjouir que la Wallonie ait choisi d’affronter son destin. Ce qu’il faut prendre en considération, ce n’est pas seulement la fin annoncée de l’Etat belge mais aussi la façon d’en sortir, sachant que la N-VA dit clairement vouloir pourrir la vie des Wallons pour les pousser à demander le divorce aux conditions qu’on leur imposera. Sur ce coup-ci, la Wallonie fait mieux que se défendre. On n’est plus au temps de la Question royale, évidemment, mais l’esprit de résistance est à nouveau là.
Nous ne pouvons pas nous empêcher de relier ce dossier, qui met la Belgique et la Wallonie en pleine lumière, à la situation particulière d’un pays qui n’en est plus vraiment un. Aux yeux de Jacques LENAIN, qui est français, ce qui se passe actuellement révèle la vraie nature de la Belgique aujourd’hui. Voici son analyse :
Cette affaire du traité CETA UE/Canada est une manifestation de plus de l’inconsistance structurelle de l’Etat central belge, après cette autre preuve que fut la COP 21 (où la Belgique ne put apporter sa contribution « commune » chiffrée à la réduction des gaz à effet de serre). Une preuve de sa décomposition continue. Du caractère déjà « confédéral » de l’entité belge, une entité qui ne se commande plus elle-même, qui est commandée par ses membres (certains se souviendront que j’ai exposé les quatre phases historiques et chainées du « confédéralisme » belge en décembre 2014 (« confédéralisme » culturel, puis politique, puis institutionnel puis enfin financier ; voir sur mon site ma dernière note : Le Projet d’Intégration-Autonomie, un projet pour la Wallonie et Bruxelles avec la France. Du nécessaire au possible).
Ni la Californie, ni la Bavière, ni la Lombardie, ni la Catalogne ni l’Ecosse, ni le Québec, ni aucune entité fédérée de quelque État, État belge excepté, ne peut empêcher son État central de signer un traité international, dans quelque domaine que ce soit. Alors que chacune des six entités fédérées belges le peut, une situation unique au monde ! Un fait stupéfiant pour le monde entier car il dévoile le caractère résiduel de l’Etat belge, de son absence de substance, de la superficialité de sa souveraineté interne et internationale. Et surtout un fait annonciateur inéluctable de sa future disparition, dont seule l’échéance nous reste inconnue (ainsi que certaines de ses modalités).
Magnette dit que la Wallonie a le même pouvoir constitutionnel qu’un État membre de l’UE. C’est à la fois vrai et faux, constitutionnellement et politiquement. C’est vrai car c’est le pouvoir de dire « non » (au moins pendant un certain temps…). C’est faux car ce n’est pas celui de dire « oui », puisque la Wallonie, comme la Flandre (et chaque autre entité fédérée belge, dans son domaine de compétence, ne peut négocier ni signer, seule, le moindre traité international (malgré ce que semble autoriser la constitution belge…). Au grand regret des nationalistes flamands, qui veulent l’indépendance sans oser la faire (à cause de leur refus de perdre Bruxelles) et des ultra-régionalistes wallons, qui veulent l’autonomie maximale sans en avoir les capacités ni les moyens (notamment financiers). Deux forces antagonistes qui, à leur insu, se ressemblent de plus en plus en ce qu’elles participent désormais, l’une comme l’autre, chacune à sa manière, au minage des dernières structures belges ! Voilà une contradiction insurmontable pour les dirigeants wallons, une contradiction croissante, une mine de plus sous les pas du PS « francophone », obligé de se gauchiser pour conserver son électorat afin de rester au pouvoir, et, alors même qu’il fait tout pour conserver la structure protectrice belge aussi longtemps que possible, pour simplement gagner du temps, faute de disposer de la moindre stratégie alternative pour protéger la Wallonie de l’étranglement financier progressif engagé par la « sixième réforme », en vient, à son tour, à saboter lui-même cette structure pour servir cette « gauchisation »! Ce n’est pas seulement à la « communauté internationale » que Magnette parle ainsi : il parle aussi à la Flandre, et comment ! Et les dirigeants flamands n’aimeront pas jouer longtemps à « qui perd gagne »… (Jacques Lenain)
