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Un espoir pour les abeilles

Plusieurs de nos membres engagés dans la lutte pour une agriculture responsable nous demandent de répercuter l’information donnée par le groupe « AVAAZ ».

Nous le faisons avec d’autant plus de plaisir que la France a joué un rôle de pionnière en maintenant son interdiction des pesticides néonicotinoïdes. La France envoyait ainsi un message fort aux autres pays européens.

Chers formidables membres d’Avaaz,
Nous avons gagné! L’Europe vient d’interdire les pesticides tueurs d’abeilles! Les grandes firmes telles que Bayer ont joué tous leurs atouts, mais le pouvoir citoyen, la science et l’éthique politique ont pris le dessus!

Die-in d’Avaaz, Allemagne
« Die in » au siège de Bayer, à Cologne

Vanessa Amaral-Rogers, de l’association pour la préservation des insectes Buglife, a déclaré:

“Le vote a été serré, mais grâce à l’immense mobilisation des membres d’Avaaz, des apiculteurs et d’autres défenseurs des abeilles, nous avons gagné. Je suis certaine que nos milliers d’appels, nos e-mails aux ministres, nos actions à Londres, à Bruxelles ou à Cologne et l’immense pétition ayant rassemblé plus de 2,6 millions de signatures ont été décisifs. Merci à Avaaz et merci à toutes celles et ceux qui ont travaillé dur pour sauver les abeilles!”

Les abeilles pollinisent deux tiers de nos aliments. Quand les scientifiques ont averti que ces petits insectes étaient sur le point de disparaître en silence, Avaaz s’est mobilisée et nous n’avons pas cessé de nous battre jusqu’à la victoire finale. Notre victoire cette semaine est le résultat de deux ans de travail: nous avons envoyé des milliers de messages aux ministres, organisé des actions médiatiques avec les apiculteurs, financé des sondages et bien plus encore. Voici comment nous avons remporté cette victoire:

    • Pression sur la France. En janvier 2011, 1 million de personnes signent notre appel à la France afin qu’elle maintienne son interdiction des pesticides néonicotinoïdes. Les membres d’Avaaz et les apiculteurs rencontrent le ministre de l’Agriculture et envahissent les ondes pour l’obliger à tenir tête au lobbying des grandes multinationales en maintenant l’interdiction des néonicotinoïdes — envoyant ainsi un message fort aux autres pays européens.
Bernie à Bruxelles
Bernie, notre immense abeille gonflable, remet les 2,6 millions de signatures de notre pétition à l’UE à Bruxelles.
    • Résister contre les multinationales toutes puissantes. Bayer a affronté Avaaz et ses alliés, qui ont manifesté lors de ses 3 dernières réunions annuelles. Les cadres dirigeants et les actionnaires du géant des pesticides ont été accueillis dans leurs locaux par des apiculteurs, un bourdonnement sonore et d’immenses banderoles avec notre appel, signé par plus d’1 million de personnes les invitant à suspendre l’utilisation des néonicotinoides tant que les scientifiques n’auront pas évalué leur effet sur les abeilles. Avaaz parvient même faire une présentation durant cette réunion, mais Bayer dit “non”.
    • La science avant tout. En janvier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estime que trois pesticides posent des risques inacceptables pour les abeilles. Nous saisissons cette occasion pour amener les responsables politiques européens à écouter les experts. Notre pétition rassemble rapidement 2 millions de signatures. Après de nombreux entretiens avec les décisionnaires européens, Avaaz remet cet appel au QG de l’UE à Bruxelles. Ce même jour, la Commission propose une interdiction d’une durée de 2 ans!
Manifestation des apiculteurs
Les apiculteurs remettent notre pétition au 10 Downing Street
    • Saisir les opportunités. En février et mars, la bataille pour les abeilles s’intensifie. Dans toute l’UE, les membres d’Avaaz sont sur les starting-blocks tandis que les 27 décident du sort de la proposition. Lorsque les poids-lourds que sont le Royaume-Uni et l’Allemagne annoncent qu’ils s’y opposeront, Avaaz publie des sondages d’opinion montrant que l’immense majorité des Britanniques et des Allemands sont en faveur de l’interdiction. Les membres d’Avaaz envoient alors près d’un demi-million d’e-mails aux ministres de l’Agriculture européens. Apparemment plus effrayé par la voix de ses propres citoyens que par les pressions des lobbyistes de l’industrie chimique, le ministre britannique Owen Paterson dénonce une “cyberattaque”; mais les journalistes ne sont pas dupes et soutiennent notre campagne! Entre alors en scène Bernie, notre abeille gonflable de 6 mètres de haut, qui remet notre pétition à Bruxelles lors d’une mise en scène médiatique avant la dernière phase de négociations. Cette mobilisation aurait suscité l’intérêt du ministre espagnol, qui regarde de plus près les rapports d’experts et revient sur sa position. Las, nous n’obtenons pas encore la majorité nécessaire pour obtenir une interdiction des pesticides.
Bernie dans le journal The Independent
Bernie l’abeille dans le journal The Independent
  • Enfin le feu vert! En avril, la proposition de loi est renvoyée en comité d’appel. Pour nous, il s’agit d’une vraie lueur d’espoir. Dans cette dernière ligne droite, Avaaz s’associe à différents groupes tels que la Environmental Justice Foundation, les Amis de la Terre ou le Pesticides Action Network, des apiculteurs et de célèbres stylistes amoureux des abeilles pour organiser une action devant le Parlement britannique. En Allemagne, des apiculteurs lancent leur propre pétition Avaaz adressée à leurs ministres. En à peine 2 jours, elle rassemble plus de 150 000 signatures. Elle est remise à Cologne quelques jours plus tard. Les appels téléphoniques continuent de submerger les ministères européens et Avaaz contrecarre un amendement délétère proposé par la Hongrie en renvoyant Bernie à Bruxelles. Les fabricants de pesticides achètent des espaces publicitaires dans l’aéroport par lequel arrivent les responsables politiques et envahissent les ondes pour proposer des solutions telles que le recours aux plantes sauvages. Mais leur plan de communication tombe à l’eau: d’abord la Bulgarie, puis le pays décisif, l’Allemagne changent de position. Cette semaine, nous remportons enfin notre grande victoire: plus de la moitié des pays européens votent pour l’interdiction!
Cette victoire est le fruit d’une longue bataille, qui n’aurait pas été remportée sans les scientifiques, les experts, les responsables politiques à notre écoute, les apiculteurs et nos partenaires de campagne. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli ensemble. L’un des grands défenseurs des abeilles, Paul de Zylva, responsable de la section pesticides et pollinisateurs des Amis de la Terre, a déclaré:

« Merci aux millions de membres d’Avaaz qui se sont mobilisés en ligne et dans la rue. La pétition d’Avaaz et ses campagnes créatives ont sans aucun doute fait pencher la balance avec notre concours et celui d’autres ONG. »

Il est temps de célébrer cette victoire en faveur de l’une des créatures les plus précieuses de la Terre. Mais l’interdiction de l’UE est pour l’instant limitée à 2 ans, en attendant d’autres évaluations. Et dans le monde entier, la survie des abeilles reste menacée par les pesticides qui les affaiblissent et les désorientent, ainsi que par la disparition de leur habitat naturel, détruit par l’industrialisation des espaces agricoles. En Europe et sur toute la planète, il nous reste encore beaucoup de travail pour que seule la science guide nos politiques agricoles et environnementales. Et c’est notre communauté qui parviendra à relever ce défi.

Bruxelles, ville internationale ?

Bruxelles, Jacques Lenain

I. Les « villes internationales » n’ont pas de « statut ». Ce n’est donc pas une option possible pour Bruxelles, demain, après la fin du Royaume belge.

1.1. Il suffit de faire le tour des villes considérées comme « villes internationales » pour constater qu’aucune n’a de « statut international » en rapport avec cette qualité. Précisons d’abord qu’il y a deux réalités qui correspondent à l’étiquette, au label, au rang de « ville internationale », de ville qui jouit donc d’une telle reconnaissance. D’abord, la ville qui accueille sur son territoire un nombre remarquable d’institutions de droit international, publiques, mais aussi privées, institutions donc reconnues par un nombre élevé d’États. Ensuite, celle qui dispose d’une puissance propre qui lui confère un rayonnement de portée internationale, mondiale, par son rôle surdimensionné, économique, culturel, politique, qui lui donne une influence qui dépasse de beaucoup le territoire de l’État auquel elle appartient. Toute capitale – politique, économique et culturelle – d’un grand État peut donc être dans cette situation. Bien sûr, les deux qualités – fonction internationale et rayonnement international – peuvent coexister au bénéfice d’une même ville, ce qui élève encore son rang de « ville internationale », ce qui en fait une « ville mondiale », une ville « globale ».

Justement, Bruxelles a bien ces deux caractères de « ville internationale ». Elle accueille un nombre considérable d’institutions européennes, et aussi d’institutions plus larges (essentiellement implantées sur sa seule « Commune-centre », et non dans les dix-huit autres communes de la « Région » bruxelloise…). Et, partant, Bruxelles déploie des capacités économiques et financières exceptionnelles, sur-développées par rapport à la taille du pays belge, et à celle de Bruxelles elle-même. Bruxelles est donc bien une « ville internationale ». Mais en quoi cette qualité aide telle à résoudre la question existentielle de Bruxelles, une fois que le Royaume belge franco-flamand sera disloqué ? Hélas, elle n’aide en rien.

1.2. Car, en droit international, aujourd’hui, Bruxelles est seulement une ville de statut belge, et la capitale de la Belgique. Et, en droit belge, comme capitale, il s’agit uniquement de la Commune-centre, strictement, pas de la Région. Rien de plus. Ainsi, Bruxelles, comme ville belge, n’a aucune existence propre dans le cadre du droit international. Et ne pourrait en avoir une demain, tant qu’elle restera une ville belge. Et Bruxelles n’est pas plus une ville de droit européen, encore moins une « capitale » européenne, contrairement à ce que laisse accroire le langage courant, qui consiste à qualifier Bruxelles de « Capitale de l’Europe ». Car l’Union européenne n’a pas de « capitale » pour la simple raison que les traités européens ignorent cette notion de « capitale » : le droit européen a fixé à Bruxelles, Commune-centre, le siège de nombre de ses institutions, et les plus importantes, certes, mais ne dit rien d’autre.

En Europe, il y a bien d’autres « villes internationales », comme Bruxelles. La cité suisse de Genève est un bel exemple de « ville internationale » européenne. Plus petite que Bruxelles (moitié moindre par sa population), elle accueille comme elle un nombre considérable d’institutions internationales, publiques et privées, et y ajoute des capacités économiques et financières d’une très grande ville. Pourtant, Genève n’est, en droit international, qu’une ville suisse, et, en droit suisse, que le chef lieu du Canton de Genève, l’un des vingt six cantons de l’État fédéral suisse. Nous citerons aussi, pour l’Europe, les villes de Luxembourg et de Strasbourg, « villes internationales » de part les fonctions qu’elles abritent, mais qui n’en sont pas moins, au regard de l’organisation du monde en États, des villes respectivement d’appartenance luxembourgeoise et française, et rien de plus. On peut dire presque la même chose d’Amsterdam ou d’Anvers, qui, sans être des métropoles mondiales, ont une dimension internationale du fait de leur importance portuaire et marchande, et qui n’en sont pas moins des communes respectivement belge et hollandaise.

Encore mieux, Paris, Londres, Moscou, encore, sont bien des « villes internationales » d’Europe, au regard de leur rayonnement mondial. Pour autant, elles sont respectivement française, anglaise et russe, en droit comme de culture. Ces villes, ces « métropoles mondiales », ont un statut interne français, britannique et russe, en aucun cas un statut de droit international, lequel, répétons-le, n’existe pas. En dehors de l’Europe, New-York, toujours première cité « américaine », et, toujours première cité mondiale, n’est, statutairement, que la capitale de l’État de New-York, l’un des cinquante États qui forment les États-Unis d’Amérique (EUA). Quant à Washington, désormais quatrième agglomération des EUA, qui ajoute donc sa puissance économique toute neuve à sa fonction fédérale primitive, elle n’a pas le statut d’un État et ses citoyens sont donc dépourvus d’une partie des attributs des citoyens états-uniens. Pékin, Shanghai, Delhi, Bombay et d’autres grands centres urbains d’Asie ou d’Amérique sont aussi autant de « villes internationales », mais qui n’ont comme statut juridique que celui que leur donne leur État d’appartenance.

1.3. Pour dire la chose autrement, il n’existe pas de populations et de territoires « internationaux », en droit. Pas plus que de ville « cosmopolite », concept différent mais voisin, utilisé fréquemment lui aussi pour tromper les Bruxellois. Il faut partir de réalités simples : sur notre Terre, tout territoire appartient à un État, toute population fait partie d’un État. Il n’y a plus de territoire « sans maître », bien qu’il puisse encore exister des populations sans citoyenneté (comme c’est le cas de la population palestinienne des « territoires occupés », lesquels ont un « maître » israélien). Cette appartenance est très généralement directe, mais elle peut être indirecte. Ce fut le cas des territoires coloniaux et de leur population, qui relevaient de l’autorité d’un État, sans en faire directement partie. Et il existe encore aujourd’hui des États « associés » à d’autres États, et qui, de ce fait, ne sont pas des États souverains, et qui ne sont donc pas membres de l’ONU. Ainsi en va-t-il de Porto-Rico, État non souverain, État « associé » aux EUA (États-Unis d’Amérique), dont les « citoyens » sont « citoyens » états-uniens, mais qui ne fait pas partie des cinquante États fédérés constitutifs des EUA, ni de l’ONU.

Ainsi, la « ville internationale » a certes une réalité, une dimension « internationale » qui résulte des « fonctions » qu’elle abrite, elle a un « rang », mais elle n’est pas un « sujet » du droit international. Celui-ci ne connaît que des « États », dont dépendent, exclusivement, les populations humaines et les territoires terrestres et maritimes, et d’autres sujets aussi, des « organisations », aux missions diverses, mais qui n’ont aucune souveraineté territoriale, et ne sont donc pas responsable de la moindre population. On notera, à titre incident, que le droit international ne connaît pas plus la « ville internationale », tromperie anti-bruxelloise, qu’il ne connaît « l’État confédéral », tromperie flamande « anti-francophone ».

1.4. Le constat est tout différent si l’on pense à certaines Cités-États, des « villes » qui cumulent le statut d’État souverain et le rang de « ville internationale ». Des entités internationalement reconnues malgré leur petit territoire. C’est évidemment le cas de Singapour ou de Dubaï. Et c’est aussi celui du Grand-Duché de Luxembourg, à distinguer de la ville de Luxembourg, duché qui n’a réellement de « grand » que le fait qu’il est un État souverain. De même que Singapour et Luxembourg, la Principauté de Monaco, carrefour international, qui compte 119 nationalités « résidentes », qui serait même l’État « le plus cosmopolite du monde » (selon les termes même d’une campagne officielle récente de la Principauté consacrée à sa propre gloire), répond aussi à cette définition de la Cité-État. Mais nous voilà bien loin du Bruxelles d’aujourd’hui, Région capitale belge, corsetée, disputée, dotée d’un budget de ville pauvre, bien que Cité riche… et qui, quand elle ne fera plus partie de l’État belge, une fois celui-ci dissous (le moment « séparatiste »), après avoir été disloqué (l’étape « confédéraliste »), devra se trouver un autre État.

C’est clair, Bruxelles devra donc choisir d’être autre chose qu’une « ville internationale », ce qu’elle est déjà, pour donner une citoyenneté internationalement reconnue aux Bruxellois, une fois que leur citoyenneté belge, partagée depuis 1830 avec les Flamands et les Wallons, sera perdue. Il est donc non seulement erroné mais aussi nuisible de faire miroiter aux yeux des citoyens de Bruxelles, à travers le terme et le concept de « Ville internationale », une apparence de solution qui ne peut en être une. Le concept de Bruxelles, « district européen », appelle la même dénonciation. Ce n’est qu’en examinant ensuite l’option de Bruxelles, État souverain, une Cité-État, ci-après, en V, que nous traiterons d’une option qui a du sens, bien que ce ne soit pas la bonne pour autant.

II. Bruxelles, demain, une « ville internationale et européenne», mais qui ne peut devenir, en aucun cas, un « district européen ».

2.1. L’État Belge une fois évanoui, Bruxelles, ayant perdu sa fonction de « capitale » de celui-ci, sera ainsi réduite à sa seule dimension européenne, et donc confortée dans ce second rôle. Sa population, ses élites et ses milieux dirigeants pourraient donc être justement portés à voir dans l’Union européenne le protecteur dont Bruxelles aurait besoin pour vivre sereinement son autonomie, en devenant juridiquement un territoire commun de l’Union, un « District » européen , et donc sa Capitale officielle. Un territoire et sa population qui seraient ainsi mis, croient les tenants de cette option, à l’abri de la volonté de domination de la Flandre. Une Cité à qui la fonction officielle de « District européen » donnerait un rang international encore plus fort que celui d’aujourd’hui, voire plus fort que celui d’une « petite » Cité-État, avec en prime, pourquoi pas, un financement conséquent de l’Union au titre de ses fonctions de « Capitale » européenne, de véritable « Capitale » cette fois.

Ce statut de « District européen » est une option portée par certains milieux bruxellois, y compris des milieux « francophones ». Ces milieux sont proches de ou se confondent avec ceux qui prônent une Bruxelles internationalisée, multiculturelle, cosmopolite, qui devrait de moins en moins à ses antécédents belges, flamands et wallons. Et cette option plairait à nombre de dirigeants flamands, qui verraient en sa réalisation un moindre mal, l’essentiel pour eux étant d’affaiblir le caractère « francophone » de Bruxelles, de maintenir la Cité sous une tutelle contrôlable, et ne devoir rien céder au plan territorial. Pour la justifier, ceux qui défendent cette option évoquent notamment la situation de Washington, ville unique du District fédéral (Columbia) des États-Unis d’Amérique (E.U.A). Ce District des E.U.A. relève de l’autorité exclusive du Congrès fédéral, qui l’a créé, et ne constitue donc pas un État de l’Union. D’autres États fédéraux comportent de tels « Districts », comme le Brésil (Brasília) ou l’Australie (Canberra), mais la plupart s’en abstiennent, préférant donner à la capitale et à son territoire un statut de membre à part entière de leur Fédération (Allemagne, Suisse), comme il en va généralement dans les États unitaires, où la Région capitale à le même statut que les autres régions (France, Italie, Espagne, etc.).

2.2. Que pourrait-il en être véritablement d’un tel statut de « District européen » pour Bruxelles ? Tout d’abord, il est essentiel d’avoir à l’esprit que l’Union européenne n’est pas un État, un État fédéral souverain. Et qu’elle ne le deviendra pas avant longtemps, du fait déjà des conséquences visibles de l’échec du projet de « Constitution » européenne et de la faiblesse intrinsèque de la zone monétaire Euro. Et surtout parce que les États-nations millénaires qui forment l’ossature de l’Europe ne s’effaceront pas de si tôt devant un super-État européen. Même si l’Union européenne présente des caractéristiques fédérales (par la primauté affirmée du droit communautaire dans nombre de matières, et la dérogation croissante à la règle de l’unanimité pour la prise des décisions), elle reste et restera fondamentalement une structure de nature confédérale avant tout, dont les compétences et les pouvoirs ne sont et ne deviendront pas illimités, car ses membres disposent seuls d’une existence étatique internationale pleine et entière, qu’ils conserveront, et de la légitimité interne qui réside et résidera toujours dans le pouvoir constituant de leur peuple et dans le monopole de l’exercice de la contrainte légitime par leur gouvernement. Comment, dès lors, une telle « structure » européenne, qui n’est donc pas un État souverain, pourrait-elle donc « posséder » un territoire, le territoire du « District » de Bruxelles ? On voit, d’emblée, que nous sommes devant une pure fiction, une fiction territoriale déjà, mais pas seulement.

Car, en poursuivant l’examen de ce que serait la teneur du statut de « District » européen, une redoutable question se pose pour les Bruxellois eux-mêmes, comme « citoyens ». Car de quel État les Bruxellois seraient-ils les citoyens, puisque qu’un tel « District » ne serait, justement, pas un État, mais le territoire d’une autre entité, l’Union européenne, qui n’est elle-même et ne sera pas un État souverain mais est et restera avant tout une Union confédérale d’États souverains ? Pour dissiper toute illusion, il faut rappeler que la « citoyenneté européenne » n’existe que comme fiction, elle aussi, elle n’est que l’accessoire formel d’une citoyenneté « nationale » ; il s’agit d’une « citoyenneté seconde », une citoyenneté « dérivée » d’une citoyenneté « première », la seule véritable, celle d’un État souverain membre de l’Union. Ainsi, un Belge ou un Français n’est citoyen « européen » que parce qu’il est d’abord et avant tout citoyen « belge » ou citoyen « français ». Un Bruxellois ne pourrait donc devenir un « citoyen européen » sans être d’abord celui d’un État membre, ce que ne serait pas un « District ». Mais ce n’est pas tout.

Car comment assurer la représentation du peuple d’un « District » bruxellois dans les instances européennes, à tout le moins au Parlement, puisque Bruxelles, comme « District », ne serait pas un État et donc pas un membre de l’Union, sauf à accepter que les « citoyens » bruxellois soient les seuls « citoyens » de l’Union sans représentation parlementaire « européenne »… Une problématique que les citoyens du « District de Washington », District d’un véritable État fédéral, connaissent bien, qui sont, eux, les seuls citoyens « états-uniens » à ne pas être représentés au Sénat, chambre des États du Congrès des États-Unis, les seuls dont les élus à la chambre des représentants n’ont toujours pas le droit de vote, et qui n’ont obtenu que tardivement celui de participer à l’élection du Président des EUA. Et si, au contraire, une telle représentation des Bruxellois au Parlement européen était considérée justement comme indispensable, cela n’obligerait-il pas à faire de Bruxelles un État-membre de l’Union, et alors ne faudrait-il pas en tirer toutes les conséquences, en acceptant justement Bruxelles comme un nouvel État membre, choix qui ramène à l’option V présentée ci-après, celle de l’État bruxellois « souverain et indépendant » ?

C’est patent, un « District » européen, c’est-à-dire un territoire commun bruxellois de l’Union européenne, constituerait une création très « originale », difficile à situer dans l’ordre juridique international, et tout aussi difficile à définir dans l’ordre interne de l’Union, puisque ce territoire ne relèverait d’aucun État véritable, ni fédéré, ni fédéral. Mettons cependant de côté momentanément la question de la vraisemblance logique et juridique d’un tel « District » sous magistère européen, et, entretenant la fiction qu’il pourrait exister, examinons ce que pourraient en être les conséquences concrètes pour Bruxelles et les Bruxellois.

2.3. Ainsi, comment l’Union européenne pourrait-elle exercer sa compétence à l’égard de « Bruxelles-District », de son territoire, de sa population, de ses institutions ? Quels seraient les organes de l’Union qui exerceraient le rôle de tuteur de Bruxelles, devenue « territoire européen » ? Le Parlement, la Commission, le Conseil européen, leurs présidents respectifs? Ces trois organes ensemble, et alors avec quelle(s) coordination(s) ? Et selon quelles règles l’autorité de tutelle serait-elle exercée, notamment pour aboutir aux décisions nécessaires au bon fonctionnement du District de Bruxelles ? Plus précisément, quelle serait l’impact des autorités européennes sur le fonctionnement même de Bruxelles, du fait de son statut de « District » ? Quelle serait la marge d’autonomie interne des instances bruxelloises ? Leur pouvoir législatif propre ? Leur pouvoir exécutif propre ? Leur pouvoir fiscal propre ? Leur pouvoir budgétaire propre ? Il suffit de regarder vers le District de Washington pour avoir la réponse : adieu l’autonomie acquise, et adieu le rêve de l’autonomie constitutive ! Un « District » bruxellois, moyen fonctionnel de l’Union européenne, serait réduit au rôle d’instrument de celle-ci.

Car, en admettant ces questions réglées, en bien ou en mal, quelles pourraient être les orientations des instances européennes pour « leur District », « leur » territoire bruxellois ? Dans presque tous les cas, ce serait alors les représentants des États membres de l’Union, orientés par leurs tropismes et intérêts nationaux, qui devraient se prononcer ensemble sur les questions bruxelloises qui leur seraient soumises, comme il en va pour toutes les compétences de l’Union. La protection de l’Union que Bruxelles en attendrait, vis-à-vis de la Flandre notamment, serait-elle dans ces conditions efficace, tant au moment de la scission que par la suite ? Ces instances décisionnaires européennes(Conseil, Commission, Parlement), désormais largement dominées par les représentants des États allemands, scandinaves et anglo-saxons, qui forment la vaste aire anglo-germanique à laquelle la Flandre appartient, seraient-elles sensibles aux intérêts de l’îlot latin « francophone » bruxellois, qui,de surcroît, manifesterait sa volonté obsédante de desserrer l’étau flamand? Il n’est guère de raison d’en douter, ces instances, contrôlées par ces États ni francophones ni francophiles ne seraient pas favorables au maintien de l’identité francophone de Bruxelles, et inclineraient plutôt et assez vite à la négliger voire à la combattre.

De même, puisque Bruxelles, comme « District », serait un territoire européen, il n’y aurait pas de frein à la volonté des instances européennes d’orienter le fonctionnement et le développement, urbain notamment, de Bruxelles en fonction de leurs propres attentes. Or il est douteux que l’eurocratie bruxelloise et la population bruxelloise aient les mêmes besoins et aspirations. Le partage des maigres réserves foncières, la politique urbaine, celle du logement, celle des transports, seraient autant de domaines où la volonté et les besoins des Bruxellois ordinaires pourraient être fréquemment négligés par la « tutelle » européenne.

Bien pire, et tout au contraire, ces pays et instances, une fois oubliés leurs engagements verbaux rassurants, seraient conduits à soutenir les intérêts flamands face à cette enclave francophone « étrangère », bizarrement incrustée dans leur sphère culturelle commune. Les uns et les autres ne seraient-ils pas fondés, à la longue, à soutenir la complète parité entre le flamand et le français à Bruxelles, au motif qu’il convient de favoriser le bilinguisme flamand/français ? Et aussi et surtout le trilinguisme au profit de l’anglais, langue de l’Europe et du monde, intention déjà attestée par l’amorce d’initiatives en ce sens de résidents bruxellois anglophones et atlantistes ? Et quelle résistance pourraient opposer les Bruxellois « francophones », bien que démographiquement majoritaires, à des décisions défavorables des instances européennes alors que ce « District » européen bruxellois serait devenu juridiquement, et peut-être irréversiblement, la »chose » de l’Union, et que Bruxelles, de surcroît, se serait mise dans la dépendance financière de la manne européenne ?

En outre, les instances européennes, soit pour arbitrer les conflits incessants entre la partie flamande et la partie francophone, au désavantage de celle-ci, soit pour faire valoir leurs propres intérêts à Bruxelles, ne manqueraient pas de s’immiscer dans l’organisation et le fonctionnement des instances bruxelloises, d’en définir les règles, et prendraient le contrôle du Parlement et du Gouvernement bruxellois. Les instances bruxelloises seraient finalement instrumentées, et rendues incapables de décider librement pour Bruxelles, mais également paralysées dans leur volonté de défendre le caractère francophone de Bruxelles et de protéger les intérêts les plus concrets de la communauté francophone.

Enfin, pourquoi ces pays européens et instances européennes se mobiliseraient-elles pour le désenclavement et l’élargissement, même modéré, du territoire de Bruxelles, indispensable à son autonomie, alors que par la seule existence du « District » européen bruxellois, elles pourraient affirmer que cet élargissement est tout simplement inutile ? Le choix du « District » serait le choix de l’enclavement définitif, de l’abandon de tout lien direct avec la Wallonie et avec les francophones de la périphérie, entièrement abandonnés au bon vouloir de la Flandre, sans intervention possible des instances bruxelloises.

2. 4. En vérité, l’Union européenne, telle qu’elle est, ne pourrait être qu’une protection illusoire pour les Bruxellois « francophones », et le statut de « District » européen peut-être même à terme un poison mortel, sachant que la France, seule nation qui resterait vraiment intéressée par le maintien du caractère « francophone » de Bruxelles, mais à l’influence désormais bien réduite au sein de l’Union du fait des élargissements successifs de celle-ci, de la domination anglo-saxonne déterminante en son sein et du poids propre du bloc germanique soudée autour de l’Allemagne réunifiée, et alors qu’il n’y a pas de camp latin en Europe, ne pourrait plus s’opposer au cours des choses, une fois ce statut accepté par les Bruxellois. Il n’est pas exagéré de prédire que les Bruxellois, s’ils adoptaient ce statut, ne pourraient plus pouvoir décider par la suite de l’abandonner pour un autre.

Cependant, et pour certaines des raisons évoquées ci-dessus, il est peu crédible que les pays membres de l’Union européenne seraient disposés un jour à se charger d’un dossier aussi épineux que celui de la création d’un « district européen », au statut juridique baroque, et dont l’existence ne présenterait que des avantages limités s’agissant des intérêts propres de l’Union. Le statut de « District » européen est donc une option très douteuse, juridiquement incertaine, de mise en œuvre complexe, et à risque politique élevé pour l’identité et l’autonomie de Bruxelles, un mirage qui ne devrait pas tromper les Bruxellois, une fois qu’ils auront eu à l’examiner sérieusement. Au demeurant, le camp flamand tentera avant tout de proposer pour Bruxelles son propre statut, un statut flamand, une proposition qui ne serait pas sans soutien en Europe et au delà.

(A suivre)

Jacques Lenain

Schizophrénie politique…

schizophrénieLes turbulences actuelles en Europe et dans les terres romanes de Belgique conduisent à de curieux renoncements, et donc aussi à de réelles schizophrénies.

Je ne pouvais pas ne pas partager avec vous ces considérations : après tout, elles vous concernent au premier chef. A fortiori si vous condamnez le jacobinisme !

D’abord, parce que la décision politique vous appartient, ensuite, parce que celle-ci explique aussi largement le désengagement du citoyen qu’il serait trop facile de condamner sans autre forme de procès.

Il n’est pas trop tard, à votre échelle, de responsable régional, de responsable local, de relais d’opinion, mais il est temps !

« Tout pour le peuple, rien par la peuple »

L’avènement des schizophrénocraties

Une nouvelle forme de pouvoir s’installe en Europe. Sous prétextes de  « crises des dettes souveraines », de « grands enjeux climatiques de demain », des « réponses à apporter aux défis démographiques », sous prétexte même de « modernité »…, on ne compte plus les « bonnes raisons » invoquées ! Partout, on assiste à la marginalisation des citoyens et de leurs représentants démocratiquement élus au profit des experts, des technocrates, de ceux qui savent, de tous les Joseph II qui sommeillent dans les salons du Pouvoir.

Partout le fossé se creuse aussi entre les élites et le citoyen, partout des populismes, même en R.F.A., à la plus grande surprise d’ailleurs d’une classe politique dont la capacité de se remettre en question n’est pas la principale qualité.

C’est vrai dans la zone euro, c’est vrai dans les terres romanes de Belgique.

En Europe, Joseph II s’est paré du séduisant visage de la troïka dont on sait les ingrédients – des représentants du Fonds Monétaire International, de la Commission européenne et de la Banque centrale -, mais dont on ignore l’exacte composition. Ses membres n’ont aucun mandat électif, ils se réunissent comme des comploteurs, dans l’urgence, quand la nuit est tombée, ils « négocient » avec ce qui reste d’autorités nationales, démocratiquement élues, à la dérive, acculées à mettre genou en terre, contraintes d’apporter à leur opinion publique d’improbables justifications de la misère qui se prépare pour elle.

Plus près de nous, à Namur, Joseph II, une autre troïka, celle de trois partis qui ont scellé leur destin dans un accord de gouvernement : à chacun sa bible ! Eux aussi ont choisi de confier à d’improbables et coûteux experts le soin de façonner pour eux les terres romanes de Belgique du XXIe siècle : le territoire (le S.D.E.R.), les ressources énergétiques (le plan éolien), l’implantation des activités commerciales, les outils de la décision politique (supra-communalité, par exemple)… Comme à l’époque de Joseph II, des cartographes ont été invités , qui ont analysé les flux (les vents, les déplacements de population), la dispersion de l’habitat…, élaboré des schémas, plus ou moins directeurs, plus ou moins dirigistes… Aujourd’hui, Joseph II est même dépassé : les comtes de FERRARIS appelés en renfort de leur Prince ne se contentent plus en effet de dresser le cadastre de ce qui existe, ils prétendent révolutionner le quotidien des populations ! Tant pis pour les mandataires locaux, tant pis pour l’autonomie communale : elle est appelée à disparaître comme ont déjà disparu les souverainetés nationales de Grèce et de Chypre…

Tout cela au prix d’une profonde schizophrénie de la classe politique : ceux-là même qui condamnent Joseph II à l’échelle européenne en vantent les immenses mérites à Namur et ceux-là qui le condamnent à Namur lui apportent tout leur soutien dans l’Union Européenne !!!

Rien ne les surprend… pas même l’incompréhension du citoyen qui se détourne d’eux !

Jean-Luc Lefèvre (Emptinne)

Comment Jacques Lenain voit l’avenir de Bruxelles

Jacques LenainVoici comment Jacques Lenain introduit sa réflexion concernant Bruxelles. Nous publierons sa longue analyse par morceaux, de semaine en semaine, à partir du week-end prochain.

BRUXELLES, « VILLE INTERNATIONALE » ?

ENTRE FAUSSE INDÉPENDANCE ET VRAIE AUTONOMIE 

Par Jacques Lenain, avril 2013

1. Dans un entretien publié par le journal belge « Le Soir », le 6 août 2011, François Perin, homme politique franco-belge de premier plan (constitutionnaliste, ministre, historien,…) de la seconde moitié du XXème siècle (né en 1921, il s’est retiré de la politique active dans les années 1980), donnait son opinion sur le devenir de la Belgique, et de ses trois composantes, la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Depuis longtemps persuadé de la fin inéluctable du Royaume belge (il quittera définitivement le Sénat belge, en 1980, déclarant magistralement « ne pouvoir rester représentant d’un État auquel il ne croit plus et d’une nation qui n’existe plus »), et constatant que la Flandre est une « nation », il exprimait le souhait qu’elle prenne rapidement son indépendance. Ne croyant pas à la faisabilité d’un État Wallonie-Bruxelles (la « Belgique résiduaire », une « folie » selon lui), ni à l’aptitude de la Wallonie à s’ériger en État-nation, il attendait de la Wallonie qu’elle décide de rejoindre la France (sans dire, cependant, à quelles conditions). Pour Bruxelles, après avoir constaté son impossible annexion par la Flandre (au motif évident que sa population très majoritairement de culture française s’y opposera farouchement), il constatait que « Bruxelles est une ville internationale. Point ». Il ajoutait cependant : « les Bruxellois… sont francophones mais francophobes », pour justifier l’impossibilité d’une « solution française » semblable à celle qu’il préconisait pour la Wallonie.

2. Ainsi, en quelques mots, F. Perin a « donné » une nouvelle citoyenneté/nationalité future aux Flamands, celle du prochain État flamand souverain. Et une nouvelle citoyenneté/nationalité aux Wallons, celle de l’État français. Mais quelle citoyenneté/nationalité donnait-il aux Bruxellois, en se bornant à faire de Bruxelles une « ville internationale » ? Car, au regard de la citoyenneté/nationalité, dont toute personne est généralement dotée, et sans laquelle elle connaîtrait le sort funeste de l’apatride (celui qui n’a pas de citoyenneté/nationalité, donc pas de patrie), que donne le concept de « ville internationale » ? Nous allons le dire : rien. Ainsi, « Bruxelles, ville internationale » est un « lieu commun », tout comme l’est « Bruxelles, District européen », un énoncé rassurant et trompeur, qu’il faut disqualifier. Aussi, pour traiter du devenir de Bruxelles une fois le Royaume belge franco-flamand disloqué, après avoir d’abord écartées les options absurdes ou dangereuses, dont ces deux-ci, nous détaillerons celles susceptibles d’apporter à Bruxelles le moyen de conserver sa personnalité et de protéger sa liberté, aux côtés de la Wallonie, face à une Flandre hostile et qui sera plus menaçante que jamais après être devenue un État souverain et ambitieux.

3. Plus précisément, après avoir clarifié le concept de « Bruxelles, ville internationale », totalement « creux » au plan juridique (I), nous examinerons celui de « Bruxelles, District européen », dont la séduction facile tient à la supposée « protection » européenne contre la Flandre que ce « District » apporterait, une protection totalement illusoire puisqu’un tel statut « européen » serait juridiquement impossible à mettre en œuvre (II). Nous ne manquerons pas de mentionner ensuite, pour l’écarter aussitôt, la proposition des ultra-nationalistes flamands, celle, très peu vraisemblable parce que non envisageable pour l’immense majorité des Franco-Bruxellois, de « Bruxelles, entité intégrée au futur État flamand » (III). Après, nous traiterons du cas hypothétique de « Bruxelles, entité fédérée avec la Wallonie » dans un État commun, un Royaume de Belgique continuée sans la Flandre, pour en montrer la fausse évidence et l’impossibilité (IV). Puis nous regarderons avec attention l’option, apparemment plus probante, au plan du droit du moins, de « Bruxelles, Cité-État », un État ayant les attributs de la souveraineté, un État membre de l’Union européenne, mais dont nous démontrerons (en nous aidant du cas de Monaco, Principauté soi-disant « souveraine ») que son adoption serait « mortelle » pour le devenir de Bruxelles, car il serait faussement protecteur face à une Flandre durablement hostile pour une Cité entièrement enclavée au sein de celle-ci (V). A partir de ce constat, nous expliquerons pourquoi Bruxelles doit opter résolument pour une protection française, la seule solution efficace et permanente face au nouvel État flamand menaçant, protection qui ne pourra cependant être effective que si Bruxelles consent que son territoire et sa population deviennent d’appartenance française, donc que si les Bruxellois acceptent le statut d’une « Bruxelles, entité intégrée à la France », choix qu’aurait fait préalablement la Wallonie (VI). Mais nous écarterons aussitôt, parce qu’inacceptable et inapplicable, l’idée très simpliste, erronée tant sur le plan politique que sur le plan juridique, d’une « Bruxelles, Ville et Région de France » qui, en choisissant de devenir française, pour se prémunir contre la menace permanente de l’étranglement flamand, serait contrainte de n’être qu’une Ville/Région française de droit commun, statut réducteur voire spoliateur qui priverait les Bruxellois et Bruxelles, et aussi les Wallons et la Wallonie, devenue elle aussi simple « Région de France », de leur héritage institutionnel belge et de leur récente autonomie interne (VII). Ce qui nous conduira à définir le concept d’un statut français ad hoc pour Bruxelles, un statut particulier d’autonomie, qui serait semblable à celui de la Wallonie, mais avec des caractéristiques propres, aboutissant à une autonomie renforcée, le statut d’une « Bruxelles, Ville-libre et Ville Française », une Ville-libre qui, tout en étant française de droit, serait dotée d’une autonomie politique, institutionnelle et financière développée (une autonomie proche, par exemple, de celle dont jouit l’entité de Porto-Rico, territoire non « fédéré » des États-Unis d’Amérique), une autonomie qui serait bien supérieure à celle qui est présentement la sienne dans l’État belge franco-flamand et qui est, au demeurant, remise en cause par sa partie flamande dominatrice (VIII).

4. Toutefois, avant de procéder à cet examen, cette revue hiérarchisée des options possibles, il convient de dire ici que le choix de celle à retenir pour l’avenir de Bruxelles, choix qui n’interviendra qu’une fois la certitude acquise que le Royaume de Belgique est condamné, appartiendra aux citoyens belges de la région de Bruxelles, et à eux seuls. En effet, à ce moment-là, la communauté des citoyens belges de Bruxelles disposera du pouvoir d’autodétermination, le même que celui qui sera mis en œuvre par les communautés flamande et wallonne dans les Régions de Flandre et de Wallonie. C’est là un acquis essentiel que cette existence constitutionnelle et réelle de la Région bruxelloise, entité belge de même « rang » que les entités régionales flamande et wallonne, et c’est donc aussi une erreur stratégique flamande majeure d’en avoir accepté la création, en 1989, ce qui explique la tentative flamande, sans doute désespérée, de la remettre en cause maintenant, avant l’échéance fatidique.

La population bruxelloise, ses élites, et, en particulier les milieux politiques dirigeants, anesthésiés par leur loyalisme mécanique au Royaume belge, sont encore aujourd’hui dans l’incapacité de passer de leur insouciance forcée d’hier à l’acceptation lucide de la réalité qui vient : la fin du Royaume belge franco-flamand. Dans un premier temps, seule une minorité éclairée et agissante pourra oser dire le vrai, et, soucieuse d’éviter le chaos, commencer dès maintenant à préparer un nouveau devenir pour Bruxelles, en traitant sérieusement des options qui s’offriront à Bruxelles une fois le Royaume franco-flamand entrée dans la phase terminale de sa dissolution, et en discernant et en défendant celle qui pourra alors considérée comme la meilleure.

(A suivre)

Plan Copernic et révolution copernicienne

Nicolas CopernicCopernic, c’est l’assurance d’une communication réussie. Ce nom résonne comme une invitation à penser autrement, à secouer les esprits paresseux, à embrasser la modernité, à se défaire des préjugés, des fausses évidences, du poids des habitudes.

Nicolas Copernic a été adopté par la Flandre, celle dont le nationalisme ne fait pas trop de bruit. La révolution, ce n’est pas forcément un spectacle romantique, façon XIXe siècle, avec une explosion de chants patriotiques et de drapeaux. Quand Kris Peeters (CD&V) a fait de la « révolution copernicienne » un slogan pour faire basculer la Belgique vers le confédéralisme, il restait fidèle à son image de gestionnaire. Mais bon, l’aspiration à l’autonomie de la Flandre est au cœur de ce discours.

Plus sournois semble avoir été le « Plan Copernic » porté par Luc Van den Bossche (SP.A) en 2001 et censé adapter la fonction publique aux exigences du XXIe siècle. Objectif déclaré : dépolitiser l’administration en la confiant à des « top managers » plus compétents (peut-être) et beaucoup mieux payés (à coup sûr). Par après, Luc Van den Bossche lui-même a jeté le trouble en demandant 689.000 euros par an pour sa fonction de président du conseil d’administration de Brussels Airport  (lien). Mais il y a autre chose. Dans sa dernière édition, le magazine « Le Vif/L’Express » relève que le Plan Copernic a facilité le processus de flamandisation de l’Etat belge.

Extraits :

« Regrets éternels : ‘L’erreur historique des francophones est d’avoir capitulé devant la réforme Copernic’, affirme Michel Legrand, du Gerfa. Et d’avoir ainsi ouvert une voie royale à la flamandisation de l’appareil public. Le Selor en serait le bras armé. ‘C’est là que se situe la clé du processus de flamandisation de l’Etat. Sa manière de sélectionner les top managers pose question’, assurent plusieurs voix francophones au sommet de l’administration. »

« La consigne francophone d’apaisement à tout prix a un effet démobilisateur, jusque dans les administrations. Résignation, découragement. Le moral et le punch de fonctionnaires francophones en prennent un coup. ‘Le déséquilibre linguistique au sein de la haute hiérarchie percole aux niveaux inférieurs. Le processus s’autoalimente’, confie un cadre supérieur de l’administration. ‘Nous sommes devenus les « nègres » des néerlandophones’, peste ce fonctionnaire de la Santé publique, témoin ‘de réunions qui ne se déroulent plus en français, où les documents distribués sont uniquement en néerlandais. Résultat : une tendance des francophones à se replier en terre wallonne’. »

Pour l’intégralité de l’article, cliquer sur les images :

Belgique flam. 1           Belgique flam. 2           Belgique flam. 3           Belgique flam. 4

Bernard Arnault renonce à demander la nationalité belge

A l’heure où le Président Hollande annonce un récital de mesures visant à moraliser la conduite des élus de la nation, il semble que la fraude fiscale et les mensonges de Cahuzac fassent réfléchir plus d’un citoyen français. En témoigne la déclaration de Bernard Arnault au quotidien « Le Monde ».

Et si « Médiapart » venait faire un petit tour en Belgique où tout semble si rose depuis 1995 selon les dires du président de la chambre, le très jovial André Flahaut, au 13.00 télévisé de la RTBF ?

Bernard ArnaultMarche arrière toute. Bernard Arnault annonce dans Le Monde, mercredi 10 avril, qu’il renonce à demander la nationalité belge. Le PDG du groupe LVMH explique au quotidien avoir « sous-estimé » les conséquences de sa démarche, et réaffirme son « attachement à la France et sa confiance dans son avenir ».

Bernard Arnault avait formulé en septembre dernier une demande de naturalisation belge, tout en niant vouloir s’exiler pour des raisons fiscales. Il a répété son « seul objectif » au Monde, mercredi : « Mieux protéger la fondation belge que j’ai créée, avec comme seul objectif d’assurer la pérennité et l’intégrité du groupe LVMH, si je venais à disparaître et si mes ayants droit devaient ne pas s’entendre ».

« Je pensais que la polémique allait se calmer »

Pourquoi être revenu sur sa démarche ? « Compte tenu de la situation du pays, l’effort de redressement doit être partagé », affirme-t-il. Et de poursuivre : « Je pensais que la polémique allait se calmer. Mais la rumeur ne s’arrête pas. (…) Et, comme le groupe LVMH et toutes ses marques représentent la France dans le monde entier, cette polémique pouvait avoir une incidence sur l’image qu’il représente. Il y avait une incompatibilité entre cette polémique et les valeurs de notre maison. »

Début janvier, le procureur de Bruxelles s’était prononcé contre la naturalisation belge de Bernard Arnault. L’homme d’affaires le plus riche d’Europe n’avait pas pu prouver qu’il avait sa résidence principale en Belgique depuis la période requise – au moins trois ans -. Selon Libération, le milliardaire français avait néanmoins déjà transféré depuis plus d’un an en Belgique « la quasi-totalité » de sa participation dans LVMH, via un montage juridique complexe.

Bernard Arnault reconnaît dans Le Monde avoir transféré ses actions LVMH dans une fondation créée en Belgique en 2008. Mais « cela n’a aucune incidence sur les impôts que paye le groupe aujourd’hui en France et n’en aura aucune sur les droits de succession que paieront mes héritiers en France le moment venu ».

Evasion fiscale…

offshoreleaksAlors que les paradis fiscaux sont tout à coup passés de l’ombre à la lumière des médias, l’affaire CAHUZAC continue à faire des vagues bien au-delà des frontières de la France et particulièrement en Wallonie et à Bruxelles. Cela ne nous étonne pas tant nous savons que les Wallons sont attentifs à ce qui se passe au pays frère. En témoigne encore le message électronique envoyé par un Belge lors de l’émission « Mots croisés » animée par l’excellent Yves Calvi ce lundi 08 avril. Ce message feignait de s’étonner que la France connaisse des conflits d’intérêt et autres évasions fiscales que la Belgique ne connaîtrait pas, l’arsenal législatif belge étant de taille à résoudre ce type de problème. Que penser de cette intervention quand nous savons que les pourcentages de l’évasion fiscale sont évalués par les institutions européennes à 2 % en France et à 10 % en Belgique. Vous avez dit intoxication…!?
 
Dans le même ordre d’idées, Jules Jasselette, échevin honoraire de l’Instruction à la Ville de Liège, nous envoie ses réflexions quant à l’intervention d’un citoyen au journal télévisé de RTL. Je vous laisse juge de ce qui suit :
 
Jules JasseletteCe  lundi 8 avril, au journal télévisé de RTL, à propos des sociétés « offshore » et  de l’évasion et de la fraude fiscales, un « spécialiste » est invité à donner son  avis :
« Je crois que les Belges  se sentent fort pressurisés par le fisc avec une taxation qui est parmi les plus  élevées du monde et alors même si les revenus mobiliers ne sont pas les plus  taxés, il y a un moment où ils se disent qu’ils en ont assez d’être matraqués à ce point et alors ils essaient d’utiliser d’autres  méthodes. »
 
Certes, en démocratie, la confrontation de tous les avis est indispensable pour éclairer le citoyen. Mais le  spécialiste (Thierry AFSCHRIJFT) qui a tenu les propos repris ci-dessus  est présenté comme « Professeur de Droit fiscal à  l’ULB » ce qui , me semble-t-il, pose – au moins – deux questions que  je soumets à votre réflexion :
 
1:  le commentaire de ce spécialiste donne l’illusion d’une « vérité scientifique » : absoudre la fraude fiscale au nom d’une supposée taxation trop élevée N ‘est PAS une vérité scientifique mais un avis politique.
 
2: même  s’il s’agit d’étudiants universitaires, ne doit-on pas s’inquiéter que l’on confie l’enseignement (et l’éducation) des jeunes à quelqu’un qui fait preuve d’aussi peu d’objectivité et qui fait passer son avis personnel sous l’apparence d’une vérité scientifique.
 
Votre avis ??????????
Sur le fond  (mais c’est bien  un avis) :
 
1:  un enseignant de ce niveau ne devrait-il pas opposer à la fraude fiscale
             1.1 l’utilité de l’impôt : financement des besoins  collectifs,  redistribution…
             1.2 que l’impôt éludé est payé par les autres citoyens
 
 2: le raisonnement du Professeur est-il cohérent ?  D’après lui, la  taxation trop élevée en Belgique  « justifie » l’évasion fiscale. Mais la liste divulguée est MONDIALE. Il y a une énorme contradiction dans le raisonnement de ce spécialiste.
 
Je  souhaitais vous faire part de mon agacement, de mon indignation face à une telle  manipulation de l’opinion publique dont se rend complice un « éminent  professeur ».
 
Jules  Jasselette
 

La France et pas le Wallo-Brux : controverse

coq JemappesIl fut un temps où la Wallonie était riche, fière et, disons-le, francophile. Cet attachement naturel à la « mère patrie » n’a jamais faibli suite aux revers de la France, pas même après la débâcle humiliante de 1870, ni après l’effondrement de 1940, quand les militants wallons ont entendu l’appel du général De Gaulle. Ce n’est pas non plus la construction européenne ou l’ouverture à un monde globalisé qui a paradoxalement réduit la proximité de la Wallonie avec la France. Conscience wallonne et sentiment francophile allant de pair, il a fallu que la Wallonie perde à la fois sa richesse et sa fierté pour se détourner de la France au moment où la Belgique devenait l’otage du nationalisme flamand.

Certes, la France ne respire pas la forme aujourd’hui. Certes, comme ailleurs, la société française est exposée à la crise économique et à la rapide évolution du monde. Il est vrai que, partout, mais peut-être en France plus qu’ailleurs, les élites se mondialisent. Selon un sondage récent, les Français dépriment parce qu’ils n’arrivent plus à croire en un destin pour la France (lien). Et ceux qui doivent incarner la France, à la tête de l’État, n’ont pas vraiment la cote. Évidemment, cela ne rend pas la France hautement désirable, mais ce que vit la France, nous le vivons aussi. Les difficultés actuelles et futures ne vont pas sauver la Wallonie. Rien ne nous fait penser que, pour la Wallonie, le confédéralisme ou l’indépendance seraient préférables au choix de la France.

Reste à voir quand et comment les Wallons prendront cette alternative en considération. Les partis politiques dominants refusent toujours de l’envisager. Le seul « plan B » dont les médias se sont faits l’écho, c’est la Fédération Wallonie-Bruxelles érigée en Belgique résiduelle. On sait que les Bruxellois n’ont pas très envie de rester seuls avec les Wallons, mais cela n’empêche pas le FDF de tout miser sur la création d’un État Wallonie-Bruxelles, et certains rattachistes se disent que ce volontarisme du FDF peut constituer une étape vers la réunion de la Wallonie et de Bruxelles à la France (selon eux, cet État wallo-bruxien serait « aussi éphémère que possible », ayant pour vocation de négocier les termes de la réunion à la France des deux régions).

ligne bleueLe « Wallo-Brux », une étape vers la réunion de la Wallonie (et de Bruxelles) à la France ? Jacques Lenain n’est pas du tout de cet avis. Son point de vue est expliqué dans les lignes qui suivent.

lenain, la meuseA. Fondamentalement, je ne suis pas d’accord avec cette position. Fondée sur trois illusions associées.

1.Premièrement, dans le cadre belge, pourquoi et comment la Flandre accepterait-elle une telle fédération WB qui entérinerait sa perte juridique de Bruxelles, tout en s’imposant encore le carcan belge ? La plus-value du cadre belge, pour la Flandre, c’est le contrôle politico-juridique de Bruxelles (en sus du contrôle physique permis par l’encerclement territorial). D’où la stratégie de la « coquille vide », càd « tout à la Flandre », dans le cadre d’un État central belge fictivement maintenu, dont le seul objet est de garantir la maîtrise politico-juridique de Bruxelles. C’est incompatible avec une structure para-étatique wallo-bruxelloise au sein de ce pseudo-État belge. Cette structure ne peut donc voir le jour en son sein.

Avec Olivier Maingain, nous sommes dans la posture tactique, il parle à un électorat belgicain, le sien, à son cheptel électoral, il ne peut guère faire autrement. Ça ne veut pas dire qu’il croit cette hypothèse sérieuse… Et on ne voit pas ce que gagne la cause réunioniste à soutenir un discours aussi belgicain et aussi politicien.

2. Deuxièmement, quelle serait la viabilité d’un tel État souverain wallo-bruxellois, sur les plans politique (impossible partage bicéphale des pouvoirs), financier (impossible partage des sacrifices) et territorial (absence de continuité) ? Pour les politiciens, contraints d’occuper le terrain, nul besoin d’y croire, il suffit que leur électorat le croie ou fasse semblant. Mais pour des réunionistes détachés du jeu électoral, soutenir cette hypothèse confine au sabordage de la cause : car si cet État WB, ce Royaume belge maintenu est possible, pourquoi alors parler de la France comme avenir ?

Sur ce point là comme sur le précédent, je renvoie à ma note publique sur la Fédération WB, ce non-être (de 2011)… On peut prétendre le contraire, mais il faut argumenter… et, du coup, abandonner tout espoir d’un avenir français à échéance raisonnable. Car…

ligne bleue3. Troisièmement, en supposant que cet État WB pourrait être effectivement créé, donc viable, comment croire qu’il pourrait ensuite être supprimé, et par ceux-là mêmes qui seraient parvenus à réaliser cet exploit ? La population, les élites et les dirigeants de la Wallonie et de Bruxelles sont massivement belgicains… Si donc, ils parvenaient ensemble à faire vivre une Belgique sans la Flandre, avec son Roi, et ses autres institutions toujours belges, sa fiscalité, sa protection sociale, son rang dans l’UE et à l’ONU, etc., pourquoi voudraient-ils ensuite le trucider, et ce pour se noyer dans l’ensemble français, « solution » qu’ils refusent encore présentement malgré les avanies venant de Flandre ? Pourquoi accepteraient-ils demain de passer d’une dépendance à la Flandre, dont ils seraient parvenu à se libérer, pour consentir presque aussitôt à une dépendance à la France, alors même que, de toute évidence, ils préfèrent la première à la seconde ?

B. Pour être efficace, il faut sortir du rêve réunioniste historique, fondé sur l’hypothèse farfelue d’un amour spontané de la France qui surgirait un jour des profondeurs de la Wallonie et de Bruxelles. Et sortir aussi d’un discours belgicain inconscient, qui consiste à donner du crédit à toute forme de Belgique résiduelle, même à titre « temporaire ».

La Wallonie et Bruxelles ne rejoindront la France que par disparition de toute « alternative » (cf. le double exemple savoyard et niçois). Tout réunioniste qui croit cependant qu’il y en a une – et c’est courant, hélas – reste certes un amoureux de la France, mais il n’est qu’un gentil rêveur, sans programme politique.

Le travail réunioniste utile, qui n’a que faire des tactiques politiciennes, verbales et à visées électoralistes de court terme, consiste donc à : a) « massacrer » toute « alternative », toute hypothèse de création/survie d’un « État souverain franco-belge » quelconque ; b) rendre « acceptable » une « solution » française, laquelle, pour cela, doit être conservatrice d’un certain vouloir-vivre « belge », et donc promettre un cadre d’intégration spécifique et négociée.

Après la disparition de l’État souverain belge franco-flamand, il n’y a qu’un seul État souverain qui puisse maintenir ensemble la Wallonie et Bruxelles, c’est l’État français. Et il n’y aura pas d’État franco-belge, transitoire ou éphémère, pas de phase intermédiaire, sauf celle de liquidation de l’État belge, ce qui n’a rien à voir.

Pour l’Alliance Bruxelles France, Jean-François Goosse exprime un autre point de vue :

Nous ne pouvons nous enfermer dans une attitude dogmatique qui rend impossible le développement de toute stratégie appropriée au terrain et aux circonstances.
1. Nous savons parfaitement que la perspective de l’État fédéral Wallonie-Bruxelles est inacceptable pour la Flandre et incompatible avec la survie de la Belgique. C’est bien pourquoi nous saluons la position séparatiste adoptée (consciemment ou non) par Olivier MAINGAIN : le préalable, c’est de dire que Bruxelles n’est pas « le lieu de rencontre des deux Communautés », mais une région francophone à 90 % où la Flandre n’a pas sa place (ce qui n’exclut évidemment pas d’accorder des droits individuels aux Flamands qui y habitent).
La position de MAINGAIN est différente de celle, de plus en plus confuse, des DEMOTTE et PICQUÉ, pour qui la Fédération Wallonie-Bruxelles n’a ni forme, ni territoire, et n’est pas exclusive, à la limite, d’une Fédération Flandre-Bruxelles ; « elle tranche le nœud gordien du fédéralisme belge ».
2. Nous sommes convaincus que l’État wallo-bruxellois n’est pas viable. C’est bien pourquoi il s’agit moins de le créer que de le proclamer comme instance de négociation avec la France, une sorte de fusée porteuse qui se désintègre en projetant la Wallonie et Bruxelles hors de l’orbite belge.
3. Ce que nous savons aussi, c’est que nous ne réussirons jamais à arrimer Bruxelles à la France, si la négociation se noue en dehors de ce cadre wallo-bruxellois, en ordre dispersé. Il faudra, le moment venu, placer très vite à la fois l’opinion bruxelloise, incertaine et tentée par des chimères, et les États tiers, afin de prévenir leurs contestations éventuelles, devant le fait accompli de l’État wallo-bruxellois pour le réunir à la France. Bruxelles n’est pas Nice : c’est un enjeu autrement important et délicat, et ses liens sont bien plus profonds avec la Wallonie que ceux, accidentels, entre Nice et la Savoie.

« We are the champions »

Bien sûr, il n’y a pas de mal à se laisser gagner par une émotion collective, à vibrer ensemble, à communier dans la victoire. Olé, olé, olé.

Alors, soyons clair : l’engouement pour les Diables rouges est naturel. Les Belges ont faim de victoires et de reconnaissance. La mauvaise foi étant la marque du chauvinisme, osons affirmer (sans rire) que, de tous les peuples de la Gaule et de la galaxie, les Belges sont les moins diables rougeschauvins. Parler de « fièvre patriotique », ainsi que le font d’enthousiastes journalistes, cela donne une idée de l’enjeu. Les Belges, à mi-parcours, dominent leur groupe éliminatoire avec les Croates. En Belgique, on n’a pas besoin d’être champion du monde pour s’emballer, il suffit de penser que, peut-être, avec une telle équipe, on a le droit de rêver… Au fond, c’est plutôt sympathique et tant mieux si le moral des Belges s’en ressent positivement.

Cela dit, il est permis de se poser deux questions :

  1. Dans quel état de « fièvre patriotique » les Diables rouges arriveront-ils à plonger les électeurs francophones et flamands au moment des élections du 8 juin 2014, à peine quatre jours avant le début de la phase finale de la Coupe du monde au Brésil ? (N.B. : dix-huit jours si les élections sont fixées au 25 mai.)
  2. Dans quelle mesure un tel contexte peut-il influencer les résultats des élections ?

Et puis il y a cette autre question, lancinante : jusqu’où les partis francophones, avec le soutien de leurs électeurs, sont-ils prêts à démanteler la Belgique pour éviter qu’elle ne disparaisse tout à fait ? Rester belge à tout prix ?

Une chose semble être évidente aujourd’hui : pour les Wallons, il n’y aura pas d’autre choix que l’intégration dans la République française ou la Belgique confédérale à la sauce flamande. Une Belgique résiduelle avec Bruxelles et sans la Flandre, il vaut mieux ne plus y penser. Le journal Le Soir en a fait sa une ce samedi : une majorité de plus en plus forte de Bruxellois rejette ce scénario (voir l’éditorial de Véronique Lamquin : L’état francophone n’existe pas ).

G.R.