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Albert deux sous

« Si la monarchie disparaît, c’est toute la Belgique qui éclate », a dit récemment Stéphane Bern, le journaliste préféré des têtes couronnées. On ne lui en voudra pas d’avoir souligné l’extrême fragilité de l’Etat belge. La famille royale est le ciment dont la Belgique a besoin. Rien d’étonnant si l’image du roi brille au soleil comme une icône. Albert II, selon Stéphane Bern, « a fait son travail merveilleusement en 20 ans. Il a maintenu la Belgique unie, il a tenu la Belgique à bout de bras contre tous les populismes. » Ah oui, le populisme… Elio Di Rupo s’est lui aussi donné des airs de Stéphane Bern et Albert II lui a témoigné sa gratitude pour avoir bien servi la monarchie belge. Il ne restait plus au vieux roi qu’à se faire oublier, maintenant que Philippe (« un homme très intelligent, extrêmement compétent et extrêmement bien préparé »)  a enfilé le costume de son père. Kroll, Albert  fauché

Mais patatras, voilà qu’Albert sort de son rôle. Il se rend compte qu’il n’a plus autant de sous qu’avant (pour faire à peu près la même chose) et il a le mauvais goût de s’en plaindre. Il doit s’en foutre un peu de ses chers compatriotes, au fond. C’est du moins ce que les gens peuvent se dire. Les réactions n’ont pas manqué sur le net. Paul MELOT nous a directement envoyé une « Lettre ouverte à Elio Di Rupo ». La voici, avec un peu de retard. (Le dessin de Kroll, lui, a été publié dans Le Soir.)

Lettre ouverte à Elio Di Rupo

Monsieur le Premier Ministre,

Ce matin, je découvre, avec stupéfaction, que la presse nourrit des inquiétudes pour la santé mentale et physique de notre ancien Souverain bien-aimé.

Je peux en effet comprendre qu’avec les 900.000 euros annuels que (vous)  le parlement vient de lui octroyer en guise de viatique – après l’avoir fait travailler bien au-delà de ses soixante-cinq ans- , malgré la mise à disposition gratuite de douze dévoués serviteurs et quelques autres babioles,  Monsieur Albert Deux ne parvient pas à nouer les deux bouts…

Pensez donc, que feriez-vous à sa place, disposant de cette somme (du  moins si l’on peut parler de « somme »…) quand il faut assumer la charge de deux  appartements ostendais, de la maison et des travaux du prieuré de Villers-sur-Lesse, du domaine de Grasse, de l’appartement romain et du yacht  royal ? Quand, de surcroît, Sa Majesté ne dispose pas de ressources suffisantes  pour aider Delphine via une toute petite pension alimentaire ?

Ainsi, compte tenu de votre zèle bien connu, de votre abnégation, de votre attachement si touchant à la personne royale et à l’institution monarchique, je  me permets de vous suggérer l’ouverture d’une collecte nationale, car ma crainte est que, malgré votre ferme volonté, la faveur de la réouverture d’un débat sur sa dotation vous soit méchamment refusée par les députés…

Après tout, aider cet homme méritant qui vous a tant soutenu dans le chemin menant à votre ascension nationale, rêve d’enfant maintenant concrétisé, serait  un juste retour des choses.

Compte tenu de vos liens proches et bien connus, il me semble que l’on  pourrait mettre en vente des photos-souvenirs de Sa Majesté et de Vous-Même vous  tenant par la main, un peu à la manière d’Helmut Kohl et de François Mitterrand,  à l’époque. En guise de clin d’œil, vous pourriez porter cravate, Monsieur Albert Deux un nœud papillon. Un tel témoignage d’amour presque filial  égayant les demeures belges, vendu au prix modique de 25 euros, écoulé en onze  millions d’exemplaires, vu son incontestable valeur historique (des générations  d’écoliers la collant en page de garde du journal de classe) rapporterait  275.000.000 d’euros moins les frais et mettrait notre national pensionné à  l’abri de toute incertitude face à une fin de vie que tous nous lui  souhaitons heureuse, loin, au propre comme au figuré, des bas tracas vécus  par tant de minimexés et de chômeurs éjectés du système, comme voté par votre  gouvernement récemment.

Qu’en pensez-vous ?

A vous lire, ce dont je vous remercie à l’avance, recevez, Monsieur le  Premier Ministre, l’expression de toute ma gratitude et de celle du peuple belge.

Paul Mélot

Les Flamands surreprésentés au top des entreprises belges

Nous reproduisons ici une information donnée ce jeudi par le magazine Trends-Tendances , sous la signature de Gilles Quoistiaux.

trends-tendancesLes chiffres exclusifs révélés ce jeudi par Trends-Tendances sont implacables : dans les entreprises comptant plus de 100 employés, les Flamands dominent les francophones à tous les postes clés.

Trends-Tendances s’attaque ce jeudi à un sujet tabou : la domination flamande dans les entreprises à vocation nationale. Les chiffres exclusifs issus de la base de données du Trends Top le démontrent : les postes-clés sont largement trustés par des Flamands. Bien souvent, les francophones doivent se contenter des miettes. A la tête des grandes entreprises basées en Belgique (plus de 100 employés), on retrouve deux fois plus de CEO flamands que de CEO francophones. La proportion est identique au niveau des comités de direction. Tous les autres postes stratégiques sont eux aussi dominés par des Flamands. 70 % des directeurs financiers, 71 % des directeurs juridiques, 71 % des directeurs marketing, 73 % des responsables des ressources humaines, 74 % des directeurs commerciaux… sont Flamands. Découvrez tous les chiffres, les témoignages et les analyses de ce phénomène dans le Trends-Tendances du jeudi 7 novembre 2013 intitulé : « Comment la Flandre a kidnappé l’économie belge ».

Les raisons d’une indignation

Par Adrien Lhomme

brusselLa presse francophone a relaté avec enthousiasme la fête de la Communauté française et l’inauguration du nouveau théâtre de Liège. Il n’y avait pourtant pas matière à se réjouir. Mais avant d’entamer une autre lecture de ces deux événements, osons relier entre elles les informations fournies par la presse au cours des trois derniers mois.

Van Parijs organise des pique-niques en faveur du bilinguisme à Bruxelles. Rachid Madrane initialise un plan dont l’objectif est d’instaurer le bilinguisme généralisé à Bruxelles. Brigitte Grauwels menace de couper les vivres aux Bruxellois si le bilinguisme de SA capitale ne s’accélère pas. Au Parlement wallon, Willy Borsus fait la promotion du bilinguisme et invite ses collègues à suivre des cours de néerlandais en sa compagnie.

La Flandre poursuit une stratégie culturelle bien rôdée : renforcer l’épuration linguistique sur son territoire et réduire l’influence de la culture et de la langue française en Belgique.

La fête de la Communauté française de Belgique

La Communauté française de Belgique a compétence pour tout ce qui concerne la culture française. Cela signifie que fêter la Communauté française, c’est fêter la langue, la littérature, le théâtre, la poésie, la musique, la peinture, et l’histoire d’une culture millénaire puisant ses racines dans la Gaule belgique dont les dialectes picard, wallon et champenois se transformeront, au cours de maturations successives, pour donner naissance à notre langue française.

On aurait pu s’attendre à des conférences sur Octave Pirmez, Camille Lemonier, Georges Rodenbach, Emile Verhaeren, Jean Tousseul, Hubert Krains, Maurice Carême, Maurice Maeterlinck, notre prix Nobel de littérature… On aurait pu demander à Fabrice Luchini de ressortir des textes de Charles Plisnier…

On aurait pu s’attendre à ce que nos musées ressortent les peintures de Delvaux, Paulus, Heinz, Rops, Rassenfosse, Mambour… Mais cela fait longtemps qu’une publicité orchestrée nous fait croire qu’il n’y a, en Belgique, que des peintres flamands.

On aurait pu s’attendre à ce qu’on rejoue les chefs d’œuvre de Roland Delattre dans les églises. On aurait pu promouvoir les œuvres de Grétry, Isaïe, Vieuxtemps, César Franck…

On aurait pu aussi ressortir Jacques Brel, mais cela n’aurait pas plu aux Flamandes. Alors, on n’a pas osé.

Bref, on aurait pu s’offrir une belle orgie de culture française. Mais on a préféré nous offrir une fête purement bruxelloise, bien agréable certes, animée par un jeune bien sympathique mais n’hésitant pas à poser un acte politique en faveur du bilinguisme et cela en pleine fête francophone. Quand Stromae commence son show par : « Compatriotes, alles goed ? In Brussel spreken wij Vlaams en Frans », il s’adresse exclusivement aux Bruxellois et balaie d’une phrase 80 % des membres de la Communauté française. Il est vrai que cela fait plus d’un siècle qu’on ostracise notre langue et notre culture sans provoquer la moindre indignation. Alors, pourquoi se gêner ?

Inauguration du nouveau théâtre de Liège

Contrairement à ce que l’on raconte, les peuples heureux ont une histoire. Ce n’est pas seulement en perdant ses charbonnages et sa sidérurgie que la Wallonie a pris le chemin du déclin. C’est aussi en négligeant sa langue, sa culture, et ses racines françaises.

L’inauguration du nouveau théâtre de Liège en est l’illustration.

Le nouveau théâtre a posé ses gradins dans l’immeuble de la Société d’Emulation installée par Velbrück pour diffuser dans notre région l’esprit des Lumières. De 1820 à 1830, Joseph Lebeau, Charles Rogier, Paul Delvaux et tous ceux qui feront la Révolution belge se succèdent à la tribune de l’Emulation. Ils prêchent la révolte contre le Roi Guillaume qui veut imposer… la langue néerlandaise dans les provinces méridionales du Royaume des Pays-Bas.

Et c’est dans cet endroit symbolique qu’on inaugure un théâtre liégeois par la représentation bilingue de l’adaptation d’une pièce anglaise : on invite le bilinguisme mais on a oublié d’envoyer un carton à la littérature française.

Qu’on nous entende bien, ni le génie de Shakespeare, ni celui d’Yves Beaunesme ne sont mis en cause.

Qu’on nous entende bien, nous n’avons aucune animosité contre les auteurs d’une autre culture que la nôtre : Bertold Brecht, Pirandello, Samuel Beckett… sont les bienvenus.

Mais le jour de l’inauguration du  nouveau théâtre de Liège, c’est Hugo, Labiche, Camus, Rostand, Anouilh, Giraudoux, Pagnol… et Maeterlinck qu’on attendait !

Nouvelle illustration du détricotage progressif de notre culture française entamé il y a plus d’un siècle.

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En prenant connaissance des événements survenus ces derniers mois, le Wallon, conformément à ses habitudes, a encore une fois haussé les épaules. C’est sa façon à lui de s’indigner. Il a tort. Rien n’est anodin. Les batailles se gagnent ou se perdent sur des détails. Si Grouchy n’avait pas tant aimé les fraises, nous serions restés français.

L’offensive généralisée en faveur du bilinguisme est un fait politique majeur et l’on peut déjà dévoiler le scénario qui nous attend.

Le premier acte n’est pas encore terminé. L’identité belgicaine prend de plus en plus d’importance.   Elle dispose d’importants moyens médiatiques pour détruire sournoisement, subliminalement, notre identité française. Les politiques au pouvoir refusent d’être gouvernés par des préfets corses, mais refusent aussi d’admettre qu’ils sont déjà gouvernés, colonisés, humiliés par la Flandre.

Au deuxième acte, le bilinguisme généralisé et obligatoire se renforce à Bruxelles. Les francophones sont de plus en plus ostracisés par l’activisme flamingant et la Communauté française de Belgique n’a plus aucune raison d’être.

Au troisième acte, Bruxelles, capitale de l’Europe, évolue rapidement vers le multilinguisme et le multiculturalisme, ce qui marginalise définitivement l’influence de la langue française. Bruxelles s’oriente alors vers un melting-pot anglo-saxon sur lequel la Flandre n’a plus qu’à placer son couvercle.

Au quatrième acte, on pourrait imaginer le triomphe de la Flandre. On pourrait imaginer que les Wallons seraient destitués de leur identité française. On pourrait imaginer que, privée du ciment de sa langue, la Wallonie finirait par imploser. Mais on pourrait imaginer aussi un sursaut salutaire. On ne supprime pas comme cela une culture millénaire. Petit à petit, les francophones en général et les Wallons en particulier finiront par retrouver goût à leur culture française. Ce deuxième scénario est chaque jour plus crédible. Même ceux qui, hier encore, croyaient en la Belgique éternelle se risquent à dire publiquement que « trop is te veel « .

A ceux qui refusent la réalité. Aux sceptiques et aux incrédules suggérons-leur de relire « La dernière classe » d’Alphonse Daudet, ils y trouveront cette phrase :

« Quand un peuple tombe esclave, tant qu’il tient bien sa langue, c’est comme s’il tenait la clé de sa prison. »

Nos points aveugles

texte intro 2Nos points aveugles

Pierre Hazette, conférence organisée par l’AWF,  Namur, le 24 octobre 2013

DSC00076 - CopieJ’emprunte le titre de ma conférence à Amin Maalouf qui dans son roman « Les Désorientés » analyse un phénomène interpellant : Il y a des aspects de la réalité que nous sommes incapables de voir et il est inévitable que chacun d’entre nous dans quelques années se dise : « Comment ai-je pu ne pas voir cela? »

Cette réflexion m’est revenue à l’esprit devant le concert d’éloges, par ailleurs mérités, qui ont accompagné la mort de François Perin : tant d’hommes politiques, tant de journalistes, tant d’anciens étudiants ont salué l’intelligence pénétrante de l’homme et avec tant d’admiration qu’on est en droit de se demander pourquoi si peu se réfèrent à ses analyses.

L’hiatus entre le discours politique et la réflexion prospective est chez nous d’une largeur impressionnante.

Mais il est trop tôt pour tenir des propos qui font figure de péroraison.

Voici donc mon exorde.

L’an dernier, en visite à Alger pour compte de la candidature liégeoise à l’organisation de l’exposition internationale de 2017, je retrouvai Karim Younès, l’ancien Président de l’Assemblée nationale et, comme d’habitude avec lui, nous entreprîmes de refaire le monde.

« Sais-tu, me dit-il, que vous êtes ce que vous êtes, vous Wallons, en raison d’une proximité étroite avec notre histoire à nous, Algériens ? »

Je montrai un peu de perplexité, ce qui permit à Karim, qui avait préparé son coup, d’étaler devant moi les documents relatifs à la conquête française de l’Algérie en 1830. Retenez cette date !

Le gouvernement de Charles X avait pris des précautions diplomatiques avant d’entreprendre l’élimination des pirates et corsaires qui paralysaient le commerce méditerranéen et trouvaient refuge au port d’Alger.

Le 13 juin 1830, la flotte française arrivait à l’entrée de la baie d’Alger. Les fantassins allaient bientôt débarquer à Sidi Ferruj.

Trois mois plus tard, en cette même année 1830, la coalition de l’Eglise catholique et des francophones de tous bords des provinces du sud eut raison du règne de Guillaume d’Orange. C’était donc en septembre 1830.

En novembre, 1830 toujours, à la conférence de Londres, Talleyrand dut choisir : indisposer les Anglais en réclamant l’intégration de la Wallonie à la France et laisser les provinces flamandes au Roi Guillaume ou rallier la cause des promoteurs d’un Royaume de Belgique. S’il optait pour la deuxième proposition, il s’assurait l’assentiment international pour éliminer la piraterie en Méditerranée et, par voie de conséquence, pour occuper l’Algérie.

Talleyrand voulait de vastes territoires pour la France : l’Algérie lui convenait mieux que la Wallonie !

Ainsi, notre destin a été scellé, il y a moins de deux cents ans, et on ne pourra prétendre qu’il le fut par application anticipée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes !

Cela étant, la construction, qui allait prendre le nom de Belgique, n’était pas une aberration. Le nom du pays remontait à l’Antiquité. La population était entre les mains de l’Eglise catholique. La francisation systématique du pays, entreprise dès 1794, s’accordait, d’une part, aux racines romanes des provinces du sud et, d’autre part, avait séduit le haut clergé, l’aristocratie et la grande bourgeoisie des provinces flamandes, attirés par le rayonnement de la culture française avant même l’aventure républicaine.

Dès ce moment, le patriotisme belge commanda de chercher dans l’histoire des points aveugles, en d’autres termes les événements qui annonçaient – après coup- l’inéluctable émergence de la Belgique comme pays moderne, bien à sa place sur la carte de l’Europe, nantie de surcroît d’une immense colonie africaine.

Cette lecture « patriotique » se justifiait, d’ailleurs, par les succès économiques des entrepreneurs audacieux qui, en Wallonie surtout, portèrent haut les trois couleurs belges.

La Belgique aurait pu continuer ainsi : majoritairement catholique, soudée derrière le trône et  l’autel, forte de son appartenance au monde francophone, arrimée aux intérêts et aux valeurs de la bourgeoisie quasi exclusivement francophone, servie par des élites intellectuelles qui ne songeaient  à contester ni sa légitimité, ni son utilité, ni son importance.

Cette vision confortable d’une Belgique appelée à durer et à prospérer était, peut-être, inattentive à ce qui ne lui convenait pas.

Il faut lire « Het verdriet van België » de Hugo Claus  pour se rendre compte que, depuis l’origine du pays, il existe dans les villages et les villes de Flandre, une aversion profonde pour tout ce qui évoque la culture française, la République française, la monarchie belge, trop francophone, et les fransquillons.

A vrai dire, illustrant, une fois de plus, la théorie des points aveugles, les autorités du pays ont mis beaucoup de temps à entendre les revendications qui montaient du peuple, portées par le clergé des paroisses, argumentées par quelques personnalités de la littérature ou de la politique, attisées par la prospérité et le dynamisme de l’industrie wallonne en contraste avec le sous-développement des provinces flamandes.

On tarda  trop à concéder aux écoles secondaires de Flandre l’usage du néerlandais, on attendra plus de soixante ans avant d’en tolérer l’usage à la tribune de la Chambre, cent ans pour reconnaître à l’Université de Gand son authenticité flamande, près de 140 ans pour  traduire la Constitution dans la langue de la majorité linguistique du pays.

Je n’ai nulle envie, et surtout pas à cette tribune, d’accumuler les frustrations dont les Flamands vont un jour ou l’autre nous faire payer la rancœur, le ressentiment et parfois la haine qu’ils en ont conçus.

Un jour ou l’autre, ai-je dit.

 Mesdames, Messieurs, ce jour est arrivé. Ces jours, ce sont ceux que nous vivons.

Je n’ai plus guère de doutes quant à la volonté flamande de terminer sa révolution culturelle dans la révolution copernicienne que nous annonce depuis quelques années Chris Peeters. Je crains fort que les élections de l’an prochain ne dissipent mes derniers doutes.

Je voudrais donc devant vous mettre d’autres mots sur l’évolution qui s’annonce.

La révolution copernicienne, elle porte un autre nom dans notre Constitution et le 4 octobre, Wouter Beke l’a explicité sans détour.

L’article 35 de notre charte fondamentale  est comme une arme cachée là depuis vingt ans et non dix, comme le dit le Président du CD&V.

Sans entrer dans un débat de constitutionnalistes, où je n’aurais pas ma place, je vois bien que cet article a pour objet d’inverser la répartition des compétences : l’Etat fédéral serait compétent après application de l’article 35 et aux conditions qu’il fixe, dans des matières énumérées dans une loi spéciale et les compétences non attribuées, c’est-à-dire dans le langage du droit, les compétences résiduelles, seraient réservées aux régions et communautés.

En d’autres termes, les imprévus dont l’avenir, notre avenir, est porteur seront à la charge exclusive des Régions et des Communautés, puisque, par tautologie, ils sont imprévisibles et donc impossibles à intégrer dans les compétences de l’Etat fédéral.

Voilà donc l’image juridique de la révolution copernicienne. Les Flamands ne la réaliseront pas seuls mais ils pourront bloquer le fonctionnement du pays pour obtenir satisfaction. Ils l’obtiendront!

Ils me font penser à des convives affamés, qui savent que la table est dressée et qui s’impatientent devant  la longueur de l’apéritif.

Que laisseront-ils dans la structure fédérale ? Tout indique que la réponse la plus vraisemblable est : « Le moins possible ».

Ce ne sera pas l’indépendance. Pas tout de suite. Il faudra attendre une conjoncture, un momentum favorables en Europe, attendre, par exemple, que puissent avancer du même pas les Ecossais, les Catalans, les Corses, peut-être, et qui sait, les Italiens du nord qui pourraient encore nous étonner !

Et à ma grande confusion, vous vous dites sûrement combien il est étrange que pour  parler de la Wallonie, il faille faire un détour par la Flandre.

Je vous prie de m’en excuser. C’est que l’immense majorité des Wallons ne cherche pas à savoir et encore moins à s’inquiéter de ce que sera demain.

2014, je l’ai déjà dit, sera une année électorale, à mes yeux, décisive quant à l’évolution des relations entre les communautés. Sans avoir à recourir à la boule de cristal, cette date, si proche qu’elle est notre lendemain, est pour la Wallonie et la Communauté française, la fin des années faciles.

Là, j’énonce une certitude.

Le transfert des compétences, qui n’est jamais que la première étape de l’application préliminaire du dispositif de l’article 35, entraînera, toutes situations restant égales, un appauvrissement douloureux de notre population. On a vu lors  du récent débat budgétaire, les deux régions puiser dans leurs moyens déjà restreints pour aider la Communauté à faire face à ses obligations. Or, de toutes les universités viennent des appels inquiets à un financement mieux adapté aux besoins du jour. On enregistre dans le même temps les besoins en constructions  scolaires et il ne s’agit pas de quelques classes mais de centaines, tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Ajouterai-je que partout se révèle l’urgence de remplacer les bons vieux tableaux, noirs ou verts, par des tableaux digitalisés et numérisés, d’équiper les écoliers et les élèves de tablettes électroniques, de rémunérer les enseignants à la mesure des services qu’ils rendent à la population.

Je vous le demande : que se passera-t-il quand les ministres régionaux auront épuisé leurs moyens dans l’exercice de compétences dont les crédits n’auront pas tous quitté les caisses fédérales? Où la Communauté trouvera-t-elle les moyens de sa politique? Dans l’emprunt?

Jules Gazon vient de nous révéler les risques de cette politique.

Dans la fiscalité? La Communauté -excusez-moi de garder l’appellation constitutionnelle- n’a pas de pouvoir fiscal. Elle devra vraisemblablement modifier les conditions du subventionnement pour appeler au secours provinces et communes wallonnes.

Je me limiterai à cet exemple parce qu’il est de nature à frapper les esprits plus que tout autre : l’éducation reste, en effet, une préoccupation majeure de nos concitoyens.

Il y en aura d’autres dans les mois qui suivront les scrutins : la rentrée scolaire se fera sous la menace d’une année 2015 difficile : les conditions d’octroi des allocations familiales risquent d’être revues à la baisse, les tarifs des transports publics partiront à la hausse, les dépenses d’entretien des infrastructures routières, fluviales, ferroviaires, administratives, hospitalières, scolaires seront échelonnées dans le temps en dépit des exigences et des urgences manifestes. Les Wallons, surtout, vont de mois en mois découvrir les conséquences vécues du confédéralisme.

Et ce sera le désenchantement. Inévitable!

J’emploie le mot à dessein parce que la Belgique survit, en cette année préélectorale, dans une sorte d’enchantement : la monarchie est sortie auréolée de l’émotion que nos chaînes de télévision ont véhiculée à l’occasion et de l’abdication, et du couronnement, et des joyeuses entrées. Les bémols de Delphine Boël, de l’accueil anversois ou de la déception des bourgmestres liégeois ont été étouffés.

Fadila Laanan a signé un accord de coopération culturelle avec la Flandre. On l’attendait depuis quarante ans!

 Stromae a enchanté le pays en osant quelques phrases en flamand le 27 septembre sur la Grand Place de Bruxelles.

Les Diables Rouges maintiendront jusqu’à la fin de la coupe du monde, en juin prochain, l’enthousiasme national à son meilleur niveau depuis bien longtemps.

Les nostalgiques de la devise nationale ont encore assez de rêves pour passer l’hiver au chaud de leurs illusions.

Heureusement, pour les Wallons aussi, la table est dressée, même s’ils n’ont aujourd’hui  aucune envie de s’y asseoir.

Je veux dire par là que le 9 décembre 1999, le gouvernement, dont je faisais partie, signait avec la République Française un accord de coopération linguistique, culturelle, éducative et scientifique.

On aurait pu y voir l’ébauche d’une réponse à la Déclaration confédéraliste des partis siégeant au Vlaamse Parlement. En fait, on n’a rien vu. La discrétion, semble-t-il, s’imposait.

Jean-Claude Van Cauwenberghe, pour sa part, signait, avec Michel Barnier, ministre français des affaires étrangères de la République, un autre accord de coopération, portant sur l’ensemble des compétences de la Région. C’était le 10 mai 2004.

En pleine campagne électorale ! La discrétion s’imposait de plus belle !

Rassurez-vous : je ne vais pas vous assommer par la lecture des douze articles de l’accord wallon. Sachez seulement qu’entre la Wallonie et la France, la coopération doit consister en échanges d’informations, d’expériences et de personnes, en la conclusion d’ententes sectorielles dans la valorisation des ressources humaines, le développement durable, le partenariat entre administrations, institutions, associations et opérateurs économiques. Elle consistera aussi dans l’élaboration et la réalisation de projets conjoints, dans le transfert de technologies et de savoir-faire, … dans la promotion réciproque de produits et de services; dans la promotion de partenariats interentreprises et la création de sociétés mixtes.

J’ajoute que l’accord de coopération devra donner naissance à une commission mixte permanente qui se réunira, aux fins d’évaluation, tous les trois ans au moins.

Cinq ans plus tôt, je l’ai dit, la Communauté française avait pris les devants, avec la même préoccupation de l’avenir pour l’ensemble de ses compétences propres.

L’article 6 est particulièrement riche de promesses. Il dispose, en effet, que « dans le domaine de l’enseignement scolaire et supérieur, les parties procèderont à des échanges réguliers d’informations sur l’organisation de leurs systèmes respectifs de formation et à des échanges d’expériences. Elles peuvent, après concertation, décider d’actions communes en matière de programmes d’enseignement et de conditions d’accès aux études, y compris dans leurs établissements scolaires et culturels situés dans les pays tiers…

Dans le domaine de la culture, les parties peuvent, après concertation, décider d’actions communes en pays tiers…. »

J’arrête là les citations. J’espère vous avoir convaincus en vous en imposant la lecture que, tant pour les Wallons que pour les francophones, la table est dressée ! Le cadre décrétal existe et il nous permet d’activer les accords avec nos voisins français pour chercher, en parfaite concertation, les domaines où les économies d’échelle seraient réalisables. Je ne défends pas l’adoption d’une attitude de quémandeur, mais je crois qu’un jeu à double vainqueur, un Win-win, si vous préférez, est à notre portée.

Une collaboration plus étroite de la RTBF avec les chaînes publiques françaises devrait aisément dégager des rationalisations de dépenses.

Les textes que je viens de lire sont explicites : nous pourrions négocier avec Paris l’accueil d’étudiants dans notre enseignement supérieur contre un accès plus accessible aux écoles françaises à l’étranger au bénéfice des enfants de nos expatriés.

Nous pourrions envisager autrement la  représentation de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’étranger. Les textes nous en montrent la voie: nous pouvons mener des actions conjointes avec les services culturels des ambassades de France.

Imagine-t-on le bénéfice pour nos PME et donc pour l’emploi wallon si le  marché français venait à s’ouvrir à elles aux conditions de l’accord, c’est-à-dire avec le bénéfice de la promotion nationale qui inclurait les produits wallons ?

 Je ne rêve pas, je lis les termes de l’accord.

La politique que je préconise tient en une résolution : la volonté d’exécuter les accords existants et d’en tirer le maximum. L’objectif est clair : il faut rendre tangibles, sans lyrisme ni emportement, les avantages d’une coopération renforcée. Il faut de toute nécessité créer un courant de sympathie à double sens.

Le Gouvernement français n’ignore pas nos difficultés. L’opinion française a été sensibilisée à l’intolérance linguistique flamande. L’accueil pourrait être favorable à une démarche que d’aucuns appellent déjà « l’adossement ».

La formule présente l’avantage indéniable de chercher du mieux-vivre là où il est accessible, sans heurter les sensibilités d’un nationalisme belge renaissant et vulnérable aux prochains coups de boutoir de l’indépendantisme flamand.

L’attentisme, même limité dans le temps, n’est ni une vertu, ni un thème enthousiasmant. Il peut être pourtant une stratégie recommandable.

Nous sommes à quelques mois du scrutin.

Le gouvernement français traîne une dette qui va s’alourdissant, se permet  un déficit de sympathie inquiétant dans son opinion publique et suscite incompréhension ou sarcasmes à l’extérieur de la France.

Un discours prématuré risquerait de faire reculer des décisions que le proche avenir rendra inéluctables.

Paradoxalement, l’attentisme s’impose à ceux qui le supportent le moins.

Il faut, par-dessus tout, éviter de ramer à contre-courant. Pour ma part, j’applaudirai de bon cœur les Diables rouges vainqueurs et je ne m’offusquerai pas des drapeaux tricolores qui s’agiteront à Bruxelles et en Wallonie. J’étais en Catalogne il y a trois ans quand l’Espagne a emporté la coupe du monde de football. Le drapeau espagnol flottait partout. Il n’empêche : le mois dernier deux millions de Catalans se mobilisaient pour une autonomie accrue.

Il faut que les peuples mûrissent leurs révolutions sous peine de se les voir volées.

J’ai la conviction que les séquelles budgétaires néfastes de la sixième réforme de l’Etat contribueront à nous ouvrir les yeux sur les effets dévastateurs d’un régime qui arrive à bout de souffle. Mais nous effacerons les conséquences de la révolution copernicienne qu’annoncent les Flamands, si et seulement si nous avons l’intelligence de nous préparer en favorisant les échanges avec la France dans toutes les compétences qui relèveront de nos autorités régionales ou communautaires.

Ici, je me permets d’entrer dans des considérations partisanes. Le moment me paraît proche où nous devrons créer, susciter, promouvoir, argumenter une sensibilité nouvelle à l’intérieur des partis politiques présents sur l’échiquier francophone. Je dis bien à l’intérieur car enfermer dans une nouvelle formation les aspirations au changement de régime aboutirait inévitablement à créer des oppositions et à retarder les ralliements.

Une fois encore, je me réfère à l’exemple flamand. On est au nord du pays confédéraliste à la fois à la N-VA, au CD&V, largement à l’Open VLD. On est même bien au-delà au sein du Vlaams Belang. Que la N-VA soit menacée d’une crise de croissance m’importe peu : les mouvements de voix éventuels ne changeront pas le cap.

Le confédéralisme est devenu un thème transversal. Il a mûri pendant 14 ans depuis sa formulation au parlement flamand !

L’adossement peut suivre la même voie.

Il faudra, à mon point de vue,  susciter la réflexion dès avant le 24 mai 2014 sans réclamer pour autant des prises de position claires de la part des partis en compétition. Il faut sensibiliser sans effaroucher. Il faut persuader sans bousculer. Il faut argumenter sans lyrisme. Il faut dire que la table est dressée et inviter les Wallons à s’y asseoir sans les pousser dans le dos.

J’en suis convaincu : nous pourrons dire dès l’an prochain, comme Jean-François Revel nous l’a appris,

« Il n’est rien de plus fort qu’une idée dont le temps est venu. »

160 000 euros pour les salles de bain de l’ambassadeur

Quand donc nos dirigeants politiques instaureront-ils des lois qui empêchent que des gens  complètement déconnectés de la vie de leurs concitoyens ne sévissent ? Ne peut-on parler dans le cas qui nous occupe de détournement de fonds publics. C’est de l’utilisation de nos impôts qu’il s’agit. Si, comme citoyen, je suis satisfait  de payer des impôts pour vivre dans une société où les services publics seraient performants (enseignement-santé-transports-recherche- …), il m’est insupportable de voir une véritable caste de sujets de sa majesté vivre dans un autre  monde sans loi ni morale. A l’heure où la Belgique va subir une nouvelle cure d’amaigrissement avec la 7ème réforme de l’Etat qui se profile, il serait peut-être bon de réaliser en parallèle des économies d’échelle au niveau de la diplomatie belge.

Paul D.

Lu dans « Le Vif » du 30.10.13

160 000 euros pour les salles de bain de l’ambassadeur

ambassade belgeSi la «douche de Marie Arena» (moins de 7 000 euros) avait fait jaser en son temps, les trois nouvelles salles de bain de la résidence de l’ambassadeur de Belgique en France, Patrick Vercauteren  Drubbel, ont coûté au Trésor public la coquette somme de 160 000 euros.

C’est ce qui apparaît sur le site des Bains d’Alexandre, qui s’enorgueillit d’avoir réalisé pour une telle somme ces « SDB d’ambassade », à l’hôtel de la Marck, dans le 8e arrondissement de Paris.
La résidence de l’ambassadeur est installée dans l’ancien hôtel particulier de la Marck, merveilleusement situé au n°9 de la rue de Surène, près de la place de l’Etoile. Les travaux ont été adjugés et réalisés en 2013. (…)

Wilfried Martens : un militant flamand est décédé

Wilfried-Martens[1]Il est parfois bon de permettre au temps d’agir et d’éviter de se laisser aller à l’émotion. Prendre un certain recul par rapport à un événement me semble bon. Il en va ainsi du décès de Wilfried Martens. Comment d’autre part ne pas mettre en parallèle la façon dont les médias de Wallonie et de Bruxelles ont traité la disparition de François Perin et celle de celui qui décida de quitter la politique belge pour gagner les rives moins turbulentes de l’Europe et rester ainsi dans les allées du pouvoir.

Dans un article précédent daté du 30 septembre, j’avais eu l’occasion de rendre hommage au visionnaire, à l’intelligence et au courage d’un homme politique qui avait refusé le titre honorifique de Ministre d’état d’un Etat auquel il ne croyait plus. L’émotion était bien présente lorsque j’ai écrit cet article, mais aujourd’hui, je n’ai pas un mot à retirer de ce que j’écrivais alors. François Perin est parti sans bruit, dans l’intimité de funérailles familiales.

M.Martens a eu droit à des funérailles  d’Etat avec honneurs militaires, à la présence des plus hautes autorités européennes et belges etc…

Je dois un grand merci à cet homme d’Etat flamand. Le parcours de Wilfried Martens illustre bien l’évolution de la Flandre dans l’Etat belge dont il a su tirer parti au seul bénéfice de sa région. Grâce à son « Walen buiten » (Les Wallons dehors) suivi peu de temps après par son accession au rôle de premier ministre belge, j’ai rejeté cet Etat qui ne me respectait pas, moi, Wallon, moi, Liégeois : j’ai cessé d’être belge.

Je vous invite à suivre avec moi le parcours suivi par ce politicien du C.V.P. (christelijke volks partij), en français « parti chrétien du peuple » devenu aujourd’hui C.D&V (christen, democratisch en vlaams), en français « chrétien, démocratique et flamand ».

Il entre très jeune en politique et devient rapidement président du mouvement des étudiants flamands (VVS) et président de l’association des étudiants catholiques flamands (KVHV). A ces titres, il organise en octobre 60 et 61 deux marches violentes sur Bruxelles pour revendiquer plus de pouvoirs pour les Flamands dans la capitale d’un pays qui était encore un Etat unitaire. Il entre au CVP en 1963 et peu de temps après (1967), il devient président des « CVP-Jongeren » (jeunes sociaux-chrétiens flamands) et organise les manifestations qui exigent que l’enseignement en français soit banni de l’université catholique de Leuven (Louvain). A la tête de cortèges qui atteignent parfois plus de 40000 étudiants flamands, il vocifère « Walen buiten ».

En 1972, il devient président du CVP et deux ans plus tard, il est élu député tout en gardant la mainmise sur son parti dont il garde la présidence. De 1979 à 1981, puis de 1981 à 1992, il dirige la Belgique en étant 1er ministre de pas moins de 9 gouvernements. C’est l’époque de l’Etat-CVP dans toute sa splendeur, qui est marquée par une grande instabilité des gouvernements.  C’est l’époque des « compromis à la belge » où Martens dégraisse la Wallonie pour développer sa Belgique. C’est l’époque du « plus un franc pour l’acier wallon » décrété par la Flandre (il fallait bien développer Sidmar en bord de mer du Nord). C’est l’époque des tueries du Brabant wallon dont on a renoncé à trouver les coupables. C’est l’époque du drame du Heysel et du courageux Charles-Ferdinand Nothomb, ministre de l’intérieur, qui refusa de démissionner malgré son indéniable responsabilité. C’est l’époque du couple Baudouin-Martens, duo du renouveau charismatique, aile intégriste du catholicisme. C’est l’époque de cette autoroute de Wallonie, vitale pour la Wallonie, mais remise chaque fois sur le tapis en échange de concessions exigées par la Flandre. Les gouvernements Martens ont été des années noires pour la Wallonie. Martens, homme de compromis selon Wikipédia ? Que nenni !  L’émergence de trois régions (Flandre-Wallonie-Bruxelles) égales en droits en Belgique, base du fédéralisme à la belge (le fameux article 107quater de la Constitution) est le fruit de l’équipe Perin, le Wallon, et Vandekerkhove, le Flamand, tous deux ministres des réformes institutionnelles.

Les querelles politiciennes internes au CVP ont eu raison du premier ministre Martens, mais celui-ci avait eu la prudence de penser à sa carrière politique en devenant en 1990 président du P.P.E., groupe politique européen qui intègre, entre autres, les partis démocrates chrétiens.

Comme président de ce groupe, il prit une part active dans le génocide rwandais comme le démontre l’excellent film produit par la RTB : « Un génocide au nom de Dieu ».

Wilfried Martens s’est inscrit avec virulence dans le mouvement flamand. Il était pathétique lors de ses dernières interviews de le voir pleurer sur sa Belgique qui s’évaporait.

Pardonnez-moi, mais aujourd’hui, je ne pleure pas.

Paul D.

L’évolution des limites de Bruxelles-Capitale

scission BHVElio Di Rupo a beau se vanter d’avoir « stabilisé le pays », force est de constater qu’en Belgique il n’y a pas de stabilité durable. On n’a pas encore appliqué la sixième réforme de l’Etat qu’on en réclame une septième en Flandre, à moins que la N-VA n’accélère le processus de démembrement de l’Etat belge. Etant donné l’enjeu que représente Bruxelles, cœur de la Belgique et ville internationale où l’anglais pourrait très bien supplanter la langue française, il faut se défaire au plus vite de l’idée que tout y est cadenassé. Pour agir sur la réalité, il faut savoir la comprendre et l’imaginer différente. Après Jacques Lenain, avec lequel il est en contact, voici un autre citoyen français qui s’intéresse de près à l’avenir de Bruxelles, au point de consacrer une étude à L’évolution des limites de Bruxelles-Capitale. Franck Oster, c’est son nom, se présente ainsi sur le blog qu’il a créé pour y mettre son étude en ligne :

 « Habitant en région parisienne, cadre en entreprise, je suis originaire de Lorraine, à la frontière de l’Allemagne et du Luxembourg, en face de Schengen, où ont été signés les accords de libre circulation en Europe. Le brassage des langues dans ma région natale m’a donné très tôt le goût de la géographie linguistique et m’a amené à m’intéresser à la spécificité de Bruxelles, enclave à majorité francophone en territoire flamand. »  

carte BruxellesLe travail de Franck Oster sur l’évolution des limites de Bruxelles-Capitale ne tient pas en quelques pages et n’est pas davantage verrouillé, cadenassé, refermé sur lui-même que le sujet qu’il traite.  Des mises à jour sont possibles à tout moment. Nous ne pouvons dès lors faire mieux que d’encourager nos lecteurs à découvrir cette étude à l’adresse qui lui est réservée :

http://limites-de-bruxelles.blogspot.fr/2013/09/evolution-des-limites-de-bruxelles.html.

En voici toutefois un aperçu, avec le sommaire et la conclusion.

Sommaire

A. Quel futur pour la Belgique ?

   1. Aperçu de la Belgique

   2. La Flandre est devenue une nation

   3. Indépendance ou quasi-indépendance pour la Flandre ?

   4. Bruxelles, enclave francophone et internationale en territoire flamand

   5. Les scénarios pour le futur de la Belgique

B. La nécessité d’une évolution des limites de Bruxelles

   1. Un territoire exigu et enclavé

   2. Le sujet des limites de Bruxelles

C. Les principes clés pour une évolution des limites administratives

   1. Le rattachement des communes ou quartiers francophones de la Périphérie

   2. Le désenclavement et la maîtrise des voies de communication

   3. Des échanges ciblés de territoires inhabités

D. Les francophones en Périphérie bruxelloise

   1. 128 000 belges francophones en Périphérie

   2. Les francophones dans les six communes à facilités

   3. Les francophones dans les treize communes sans facilités du Rand

   4. Les seize quartiers présumés francophones dans les communes sans facilités

   5. Les modalités de rattachement des communes ou quartiers francophones

E. Le désenclavement et la maîtrise des voies de communication

   1. Les liaisons terrestres avec la Wallonie, à travers le Corridor

   2. Le Ring autour de Bruxelles

   3. L’aéroport de Bruxelles

F. Des échanges ciblés de territoires inhabités

G. Les scénarios pour l’évolution des limites de Bruxelles

   1. Scénario central : communes à facilités et voies de communication

   2. Scénario optimal : territoires francophones et voies de communication

   3. Scénario de repli : les seules voies de communication

H. Esquisse d’un projet pour les partis francophones

I. Conclusion

Carte 1 : Bruxelles-Capitale

Carte 2 : l’enclavement de Bruxelles (Corridor, Ring et aéroport)

Carte 3 : les quartiers francophones de la Périphérie

Carte 4 : les liaisons terrestres à travers le Corridor

Carte 5 : des échanges ciblés de territoires inhabités

Carte 6 : scénario central

Carte 7 : scénario optimal

Carte 8 : scénario de repli

Annexe 1 : historique des limites administratives de Bruxelles

Annexe 2 : dénombrement des francophones de la Périphérie

Annexe 3 : liste des quartiers présumés francophones dans les communes sans facilités

Conclusion

Dans l’hypothèse tout à fait envisageable d’une évolution institutionnelle de la Belgique vers un système de type confédéral, voire d’une partition du pays, il importera que la région de Bruxelles-Capitale, actuellement enserrée dans des limites administratives étriquées et totalement enclavée en Flandre, puisse faire évoluer ces limites. Et ce, qu’elle obtienne une quasi-indépendance (dans un cadre belge minimaliste), qu’elle devienne état-cité ou qu’elle soit fédérée à la Wallonie, en union ou non avec la France.

En premier lieu pour corriger une anomalie historique, en obtenant que les communes et quartiers majoritairement francophones de la Périphérie, laissés de l’autre côté de la frontière linguistique lors de sa fixation en 1963, puissent opter démocratiquement par référendum pour Bruxelles. De multiples arguments plaident en faveur d’une validation de ce principe par la communauté internationale.

Ensuite pour rectifier certaines incongruités héritées du tracé actuel des limites administratives, en procédant à des échanges de parcelles inhabitées entre Bruxelles et la Flandre, comme cela s’est pratiqué régulièrement entre la France et la Suisse au cours des dernières décennies.

Enfin pour limiter les effets de l’enclavement géographique et fonctionnel subi actuellement par Bruxelles.

Le désenclavement géographique sera rendu possible par la création d’un lien territorial avec la Wallonie, cette dernière acquérant le périmètre fonctionnel de la forêt de Soignes en échange d’autres territoires forestiers frontaliers à céder à la Flandre.

Quant au désenclavement fonctionnel, il pourra être obtenu d’une part grâce à un système de souveraineté extraterritoriale sur les voies de communication terrestres autour de Bruxelles et vers la Wallonie (à l’instar de la « Vennbahn »), d’autre part avec une formule de cogestion par Bruxelles et la Flandre de l’aéroport de Bruxelles-National, situé en Flandre (sur le modèle de l’aéroport de Bâle-Mulhouse).

Ces quelques mesures de désenclavement ne lèseront pas les intérêts de la Flandre (en tant que région quasi-indépendante ou en tant que pays), qui bénéficiera de compensations territoriales et conservera une souveraineté au moins partielle sur les axes de communication nécessaires à son trafic intérieur.

Et elles constitueront le minimum indispensable pour que Bruxelles puisse bénéficier d’une autonomie fonctionnelle acceptable.

Les partis politiques belges francophones auraient tout intérêt à se pencher collectivement sur le sujet, pour aboutir à une vision partagée et l’exprimer sous forme de projet commun.

Adressé au courrier des lecteurs du journal « Le Soir »

Charleroi-Marcinelle, le 26 octobre 2013

Au Courrier des lecteurs,

Messieurs,

En toute objectivité, quelle différence faites-vous entre le parcours nationaliste de Jan JAMBON et le parcours nationaliste de Wilfried MARTENS (Walen buiten !) pour qui vous avez consacré quatre pages de satisfecit ?

Pour le décès de François Perin, vous avez concédé 1/3 de page dont un dessin de Pierre Kroll.

Pourtant, la qualité intellectuelle de François Perin, sa vivacité d’esprit, son détachement vis-à-vis du pouvoir ne sont pas à comparer avec l’attitude opportuniste de Wilfried MARTENS qui n’a cessé de naviguer dans les allées du pouvoir.

Les obsèques de l’un et de l’autre sont à l’image de leur personnalité.

A vouloir défendre coûte que coûte la Belgique évanescente (monarchie-culture belgicaine-football), vous perdez votre crédibilité alors que votre impartialité dans l’information et vos commentaires ont toujours été reconnus par vos lecteurs. Dommage !

Andre DumontCordialement.

André Dumont

Parler de république en Wallonie et à Bruxelles est-il devenu inconvenant ?

Nadia GeertsNous connaissons Nadia Geerts pour son engagement républicain ainsi que son combat pour que la Belgique devienne un Etat véritablement laïc. Nous savons aussi que le statut de la femme  à travers le monde fait partie de ses préoccupations. En un mot, Nadia Geerts est une militante. Une démocratie ne devrait-elle pas s’enorgueillir de voir un esprit libre s’engager dans des combats où le politiquement correct n’a pas sa place ?

Pour certains partisans de la pensée unique, il semble que cela ne soit pas le cas. Quand il s’agit d’une préfète d’athénée, cela pose vraiment question. Jugez plutôt en lisant  la lettre ouverte de Nadia Geerts à la préfète des études de l’Athénée royal Paul Delvaux.