Où en sommes-nous ?

Par Valmy

«Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme avec courage et volonté !». Antoine Laurent de Lavoisier (1743-1794) modifié par votre serviteur.

Le site du RWF publie, le 16-02-2019, une carte blanche de Paul Henry Gendebien, ancien député européen, «Vlaanderen boven ! Pour une concertation des Wallons et des Bruxellois» (Le Vif Express, 16 février 2019) dans laquelle il brise une lance pour une concertation des Wallons et des Bruxellois face à la montée en puissance de l’hégémonie de la Flandre au sein du Royaume de Belgique et en prévision des élections de mai 2019 aux accents «confédéraux», avoués chez les NVA/Vlaams Belang et insidieux chez les VLD/CD&V/SPA/Groen.

Certes, Monsieur Gendebien pose correctement le problème, «Le récif électoral de mai 2019 est en vue et le bateau belge, à cette occasion, pourrait subir de nouvelles avaries. On ne peut plus se complaire dans un certain déni de la réalité. Reconnaissons-le : la ‘question nationale’ posée par la Flandre est toujours présente et ne cessera pas de miner l’État». Il pointe également avec justesse que l’hégémonie de la Flandre put se développer encore plus rapidement et largement sous «les gouvernements Di Rupo et Michel. Il est reconnu par des observateurs objectifs. Il s’est même aggravé».

Il observe qu’«En Flandre, dans les partis, dans la presse, dans les milieux patronaux et en particulier les PME, dans les universités, on compte beaucoup de monde pour penser que c’est désormais la Belgique elle-même qui coûte cher, trop cher, à la Flandre, et pas uniquement la Wallonie.»

Et (ndlr : très heureux de pas être le seul à le répéter), «tout ce monde en Flandre estime que Bruxelles est décidément gérée comme un artefact féodal, brouillon, remarquable par ses dysfonctionnements.» De plus, d’insister, «Même aux yeux des cercles flamands modérés, la Belgique fédérale et sa capitale sont ressenties comme des charges et des freins au développement harmonieux du pays flamand.»

Il appréhende avec clairvoyance qu’«Une instabilité gouvernementale prolongée se soldant par une coalition hétéroclite et impuissante serait insupportable aux responsables économiques flamands. On pourrait alors assister à une jonction supplémentaire entre le pilier politique autonomiste et le monde des affaires, connivence fondée sur le constat commun de l’inefficacité de l’État belge ?»

En conclusion il en appelle à renouer avec l’indispensable concertation francophone, au-delà des rivalités électorales quelque peu dérisoires alors même que sont en jeu les intérêts réels des Wallons et des Bruxellois, concertation qui devrait aboutir à une véritable « Realpolitik ».

Malgré tout mon respect pour Monsieur Gendebien et mon admiration de lecteur, il semble qu’il ne parvienne pas à se distancier de son historique prédécesseur Alexandre. Dommage car désirer lier les destins bruxellois et wallon relève d’une nostalgie belge semblable à un certain chagrin français pour son héritage carolingien perdu sous Charles Quint, qui rompit les derniers liens vassaliques unissant le Comté de Flandre au Royaume de France par le traité de Madrid (1526). La Flandre devint alors l’une des Dix-sept Provinces (l’actuel Benelux).

En toute honnêteté, l’analyse politique de Monsieur Gheude touchant la Région de Bruxelles relève, elle, d’un réalisme basé sur des considérations de rapports de force et de possibilités concrètes. D’ailleurs, il vient de publier, à ce sujet, sur le site de Doorbraak, le 16/02/2019, un article percutant : WalloBrux : een hersenschim (WalloBrux: une chimère).

«Une enquête réalisée par RTL-Ipsos-Le Soir en mars 2013 montre que 68% des Bruxellois plaident pour un statut indépendant au cas où la Belgique se décomposerait. En revanche, 61% des Wallons veulent une Belgique recomposée de la Wallonie et de Bruxelles.»

Cette option peut, bien sûr, tenter les nostalgiques de la monarchie mais cette rêvasserie ne tient pas compte des réalités flagrantes de l’Histoire européenne. Tout d’abord, en Europe, les empires, les monarchies, les Etats bicéphales ont TOUS disparus tels l’Autriche-Hongrie, la Tchécoslovaquie.

Aujourd’hui, les Wallons et les Flamands doivent tout de même constater que Bruxelles a acquis la stature et le sens d’une région à part entière. A la N-VA, des responsables de haut rang l’admettent : les Bruxellois sont préparés à leur propre identité parce qu’ils constituent, au bout deux bonnes générations, une communauté de destin dissemblable de celles de la Nation flamande et de la Wallonie, cette branche encore séparée de la Nation française. Ainsi, Hermann Bode, de la N-VA, proche de De Wever et de Jambon, dans le Vif du 22/12/2018, s’exclame : «Quant à Bruxelles, elle ne fait, à mes yeux, plus partie de la Flandre. C’est devenu une tout autre ville depuis bien longtemps, avec une autre dynamique, d’autres défis, une répartition différente de la population. Bruxelles a une autre finalité. Elle doit enfin remplir son rôle de capitale de l’Europe.»

Et, navré pour nos impénitents belgicains du PS, MR, CDH et ECOLO, les additions de capitaux, d’implications budgétaire et économique de style « wallobrux » ne peuvent camoufler l’HEUREUSE VERITE : avec des populations très différentes sur le plan sociologique et humain, avec des sensibilités différentes. Bruxelles et la Wallonie ne pourraient pas former un État cohérent. D’autant que la construction ne montrerait pas d’homogénéité géographique puisque Bruxelles est une enclave en Flandre et que Madame Homans, comme tous ses prédécesseurs, y veille jalousement.

Comme l’indique Monsieur Gheude, il paraît «impraticable d’organiser les pouvoirs et mesurer le poids respectif de Bruxelles et de la Wallonie» ; «il est déjà difficile pour les Wallons et les Bruxellois de former une seule et même entité» ; «les ultra-régionaux wallons détestent la communauté française» et «en outre, il faut quand même compter avec le droit international : si un État disparaît, afin de ne pas déstabiliser les pays voisins, le droit international applique le principe de l’uti possidetis juris : vous posséderez ce que vous possédiez. Cela rend les limites externes inattaquables.»

«La seule manière d’échapper à ces divisions politiques sera un modèle confédéral. Et cela arrivera plus vite qu’on ne le pense. Pas parce que la N-VA va soudainement engranger 50% des voix mais parce que c’est la seule solution possible pour sortir du chaos» (cfr Hermann Bode).

Conclusion : Si « Bruxelles a une autre finalité, elle doit enfin se transformer comme la Flandre et la Wallonie en Région autonome et s’établir en Ville-Etat (cfr les exemples en Allemagne) et remplir un rôle de capitale de l’Europe à discuter avec la France.»

En réclamant une régionalisation à quatre entités autonomes dans un plan d’une Belgique confédérée, vidée et nettoyable de tous pouvoirs, les ultra-régionalistes wallons sauveront la Wallonie… et entreront dans l’Histoire comme leurs devanciers liégeois principautaires de 1793.

Une réflexion sur « Où en sommes-nous ? »

  1. BRUXELLES, CINQUIEME REGION D’EUROPE LA PLUS DEVELOPPEE ECONOMIQUEMENT. (7/7 Finance, source Belga,26/02/2019).
    Dans le classement comportant 286 régions de l’Union Européenne, en termes de PIB par habitant, Bruxelles arrive cinquième (196%). Devant se placent Londres (626%), Luxembourg (253%), Southem / Irlande (220%) et Hambourg (202%).
    La Flandre se situe à 120% grâce à Antwerpen (140%) mais freinée par le Limbourg (96%).
    La Wallonie se place à 84 % ( Brabant wallon 131%; Liège 84%; Namur 80%; Hainaut 75% et Luxembourg 73%).

    NB: le PIB par habitant mesure le développement économique d’un territoire mais ne rend pas compte des inégalités de revenus et de richesse au sein de la population.

    NDLR: Comparaison ne signifie pas nécessairement raison mais si la Ville-Etat d’Hambourg peut atteindre 202% de PIB au sein d’une Allemagne fédérale dont tous les « Landers » ne transpirent pas la richesse, rien ne semble empêcher économiquement l’édification d’une Bruxelles Ville-Etat (196%) au sein d’une Flandre (120%) confédérée qui, assurément, telle une bague de prix prendra bien soin de son chaton bruxellois.

    Si la frontière linguistique devient enfin une frontière d’Etat entre France et Grande-Néerlande, la situation en Wallonie ne dépérira pas pour autant puisque, tant qu’elle existe, l’Union Européenne signifie liberté de transit des biens et des personnes. Cela signifie que les habitants du Roman Païs (Brabant wallon pour les Belges esseulés) ne devront pas s’inquiéter pour leur PIB à 131%.

    Vivement que les Bruxellois prient les Wallons de…dégager !

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