Quand la Wallonie existe, la Belgique disparaît

Sur le même sujet, lire notre article Charles de Gaulle et Karel De Gucht.

Nous revenons sur un fait politique dont les médias belges francophones n’ont pas suffisamment parlé, nous semble-t-il : le « non » du Parlement wallon au traité de libre-échange avec le Canada (et, à fortiori, avec les Etats-Unis). Ce fait de résistance au pouvoir économique est de nature à contrarier l’Union européenne, du moins celle dont le projet se résume à lever tous les obstacles à la mondialisation des échanges. Puisque ces traités controversés n’entreront en application qu’après un vote favorable des différents parlements européens, la Wallonie pourrait exercer un droit de veto qui fait déjà bondir la Flandre et donne encore une fois l’occasion de s’interroger sur cette union de la Wallonie et de la Flandre à laquelle on a donné le nom de Belgique.

Voici comment ont réagi Veerle Wouters et Hendrik Vuye, députés N-VA. Leur texte a été publié dans le « Knack » du 2 mai 2016. La traduction est de Jules Gheude.

« Le PS et le CDH en résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre »

veerle-wouters-en-hendrik-vuye-maat-van-de-monarchieLe commerce extérieur est une compétence flamande, mais la Flandre est loin de disposer de tous les leviers pour pouvoir exercer pleinement cette compétence. La résistance wallonne contre le CETA et le TTIP paralyse et appauvrit la Flandre, estiment les députés Veerle Wouters et Hendrik Vuye (N-VA), coprésidents de Objectief V, Studiecentrum confederalisme.

La Flandre se projette économiquement sur la carte avec des missions à Cuba et en Inde. Ce n’est pas un hasard. Dans une double interview accordée au « Standaard », le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA) et Claire Tillekaerts de Flanders Investement & Trade (FIT) soulignent l’intérêt de l’export pour la Flandre. Et la politique porte ses fruits.

Tillekaerts explique que l’enquête de satisfaction réalisée auprès des entrepreneurs révèle que 80% des contacts menés par le FIT sont positifs pour les entreprises. Un record en Europe.

L’export belge n’existe pas

Et les résultats flamands sont bons. Selon les chiffres de FIT, la Flandre a exporté en 2015 pour 288,8 milliards d’euros. La part de la Flandre dans l’export belge s’élève à 83,1%. Les exportations wallonnes représentent 14,6% et celles de Bruxelles, 2,3%. La Flandre est ainsi le sixième plus gros exportateur au sein de l’UE, après l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, le Royaume- Uni et l’Italie.

En fait, l’export belge n’existe pas. C’est de l’export flamand, une réalité que les rêveurs de la refédéralisation ne veulent pas voir.

La Wallonie, nouvelle Madame Non

Les accords de libre-échange sont d’un intérêt capital pour la Flandre. Une économie ouverte ne peut s’en passer. La discussion politique porte depuis quelque temps sur deux traités, le traité commercial entre l’Europe et le Canada (CETA) et le traité commercial entre l’Europe et les Etats-Unis (TTIP).

En 2015, la Flandre a vu ses exportations croître de 11% en Amérique du Nord. La quasi-suppression des droits de douane et l’élimination des tarifs pour l’agriculture et l’industrie chimique et pharmaceutique peuvent avoir ici un effet bénéfique.

C’est précisément dans ces dossiers que le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) et le Parlement wallon se manifestent négativement. Il y a quelques jours, le PS, le CDH, Ecolo et le PTB ont voté une résolution contre le CETA.

En Région bruxelloise aussi, il y a une opposition aux traités commerciaux. Dans son édition du week-end, « Le Soir » titrait même : « La Wallonie, nouvelle Madame non ». Le président du CDH, Benoit Lutgen, appuie encore un peu plus sur l’accélérateur lorsqu’il précise que le CDH entre en résistance pour sauver le pays.

A la Chambre et au Parlement flamand, il y a pourtant une majorité en faveur du TTIP et du CETA. Comment les choses vont-elles se passer ? La Flandre va-t-elle plier sous un non wallon ?

Commerce extérieur et traités mixtes

A court terme, l’opposition francophone n’a guère de conséquence, si ce n’est de rendre la Belgique une fois de plus ridicule, en étant le seul Etat-membre de l’UE à s’abstenir par manque de consensus interne.

Mais qu’est-ce qui nous attend ? Depuis 2001, le commerce extérieur est une compétence flamande. Seuls le Ducroire – assureur-crédit public- et Finexpo – soutien financier aux exportations – sont encore fédéraux. Ces compétences sont tellement liées au commerce extérieur qu’il vaudrait mieux les transférer aux régions.

Le commerce extérieur est aussi étroitement lié aux relations extérieures. La règle veut que celui qui est compétent en interne l’est également sur le plan international C’est ici que commence la vraie misère. Sur le plan intérieur, les compétences sont morcelées avec pour conséquence que les relations extérieures le sont aussi. De nombreux traités sont mixtes : ils concernent aussi bien les compétences fédérales que celles des entités fédérées.

« Le PS et le CDH en résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre. »

Les traités mixtes doivent être approuvés par le Parlement fédéral et les parlements régionaux concernés. Selon l’accord de coopération relatif aux traités mixtes, le traité ne peut avoir force de loi que s’il a été approuvé par tous les parlements concernés.

On ne sait toujours pas si le TTIP et le CETA sont des traités mixtes, mais il y a de fortes chances qu’ils le soient. La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström est en tout cas de cet avis. Un non wallon paralysera la Flandre. Incroyable, lorsqu’on sait que la Wallonie ne réalise que 14,6% de l’export belge. Où est donc la fameuse « loyauté fédérale » ? L’opposition wallonne appauvrira également la Flandre, qui produit 83,1% des exportations belges. Où est donc la fameuse « solidarité » ?

A la place de la « solidarité » et de la « loyauté fédérale », le CDH diffuse même le tweet suivant : « Nous sommes entrés en résistance pour sauver notre pays ».

Paul Magnette utilise les mêmes propos dans « Le Soir ». Il décrit la Région wallonne comme une « terre de résistance de tout temps ». En résistance contre la Flandre pour sauver la Belgique : leur Belgique est donc une Belgique sans la Flandre.

C’est le droit des Wallons de rejeter le TTIP et le CETA. Nous ne le contestons pas. Ce que nous ne pouvons en revanche accepter, c’est que l’opposition wallonne paralyse et appauvrisse la Flandre. Chaque entité fédérée doit faire ses propres choix. Il ne reste dès lors plus qu’une solution : transférer aux régions tous les leviers économiques et fiscaux pour permettre à la Flandre de remplir pleinement son rôle de pays exportateur.

La Flandre restera ainsi un pays exportateur prospère et la Wallonie pourra jouer pleinement son rôle de « terre de résistance ».

Pourquoi paralyser les autres, quand on peut faire autrement ? Les bonnes âmes qui rêvent de refédéralisation se heurtent une fois de plus ici à la dure réalité qu’ils ne veulent pas voir : le fédéralisme de coopération n’existe pas, c’est un fédéralisme d’opposition stérile.

Sur le même sujet, voir aussi l’interview de Paul Magnette dans l’émission « Grand Angle » de TV5 Monde :

13 réflexions sur « Quand la Wallonie existe, la Belgique disparaît »

  1. Mais c’est bien ça, bravo! Si en plus, les politiques wallons « énervent » encore un peu plus leurs homologues flamands et les poussent un peu plus vers la séparation (sans forcément le vouloir), c’est très bien! Continuez comme ça, Messieurs, Dames.
    J’aime bien les phrases révélatrices du style: « transférer aux régions tous les leviers économiques et fiscaux pour permettre à la Flandre de remplir pleinement son rôle de PAYS exportateur » et « La Flandre restera ainsi un PAYS exportateur prospère et la Wallonie pourra jouer pleinement son rôle de « terre de résistance ».
    La Flandre se considère (et ce, depuis bien longtemps) comme un pays, une patrie, avec son drapeau (jaune-noir et le lion des Flandres), son hymne national (« De Vlaamse Leeuw »). En Wallonie, rien ne compte, à part la Belgique. Aucune(s) autre(s) perspective(s) pour eux! Jusqu’au jour où…

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    1. Quand la culture de la grève en Wallonie sera remplacée par l’effort, l’apprentissage des langues et le non-repli sur soi-même et que la Wallonie pourra vivre sans les subsides de la Flandre, elle pourra envisager un avenir plus radieux….Finissons-en avec le lèyîme plorer…

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      1. Etes-vous de ces rattachistes qui le sont par mépris des Wallons?
        J’ai parfois l’impression que les arguments (à l’égard de la Wallonie) pour souhaiter un rattachement à la France sont les même que ceux des belgicains : sans la Belgique ou sans la France la Wallonie ne serait rien.
        Pour votre information cher Gabriel, la Belgique est le pays où la Solidarité entre régions est la moins importante.

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      2. Tant qu’on est encore dans le cadre « Etat Belgique », pourquoi donc voudriez-vous que la Wallonie « vive sans les subsides de la Flandre » puisqu’on est, d’après les Belgicains, censé être un seul et même pays (l’Union est censé faire la force » n’est-ce pas LOL)??? Posez la question, c’est y répondre je crois!!! Alors oui, la Wallonie doit se prendre en mains et s’assumer elle-même, sauf que la Wallonie n’est pas un pays et ne représente pas une « patrie » (contrairement à la Flandre). Elle est une région (actuellement de Belgique, enfin, ce qu’il en reste…).Et économiquement elle n’y arrivera pas seule. Donc unique solution valable, culturellement et d’un point de vue linguistique (puisque vous parlez de l’apprentissage des langues) c’est devenir région de France. J’crois pas qu’un Breton soit obligé de parler autre chose que le français (ou alors peut-être l’anglais qui est la langue à savoir partout dans le monde), s’il veut même travailler et habiter en Alsace (à la limite, région ou l’allemand peut être un +) ou en Provence!!! On habite en Wallonie, terre francophone, on ne devrait donc pas être obligé de parler néerlandais pour être « accompagnateur de train » en roulant de Charleroi à Liège en passant par Namur ou Arlon (maintenant, si on oblige l’accompagnateur à circuler en Flandre, évidemment!!!) Mais alors, je suis clairement pour la scission de la SNCB (on n’est plus à une scission prêt!!!).
        De même, en terme de subsides, Breton, Alsaciens, Provençaux, Ch’tis, tous bénéficient de tout ce que l’Etat français peut leurs apporter, les régions sont à égalité. Ici, à chaque transferts, les flamands râlent!!! Ils oublient aussi un peu vite, qu’à une époque (pendant les années de sidérurgie florissante) c’est la Wallonie alors « riche » qui envoyait l’argent vers la Flandre!!!
        Alors puisqu’il n’y a plus rien en commun et plus de reconnaissance, plus d’avenir, arrêtons là et finissons-en une bonne fois pour toute! Et au plus vite, sera le mieux!

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  2. La Flandre refuse bien elle de ratifier depuis des lustres le traité du Conseil de l’Europe sur la protection des minorités (comme la France par ailleurs). Mais là évidemment, ils n’y voient pas l’ombre d’un problème

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  3. C’est vrai Mr Dinsart;évitons les amalgames et la défense du peuple wallon est plus qu’importante,doit être le principe de base d’un rapprochement et d’un association avec le France;s’il n’y pas de wallons,il n’y a pas de combats;mais avouons quand même que la passivité de réaction face à des situations qui deviennent de plus en plus évidentes associée à un refus d’entrevoir ou même d’aborder les points essentiels d’un changement de situation,amènenent à énoncer 3 possibilités l’une comme aussi dramatiques,même si les médias flitrent tant soit peu ,consciemment ou pas la réalité
    -Où les wallons ne voient pas….
    -Où les wallons ne veulent pas voir
    -Où les wallons n’ont jamais vu.
    Que l’on souhaite défendre la belgique par sentimentalisme,par respect des grands parents,de l’histoire que celle a pu engendrer dans les mémoires et les pensées,est un chose;
    Que la Wallonie perde petit à petit son identité de bas en lui ravissant la simple présence d’un coq Wallon,sur nos clochers,sur les monuments aux morts,assez souvent il faut le dire aussi,au niveau des mairies et des communes .
    Que la Wallonie laisse ses enfants à la voracité d’un belgique qui plus que le souhait de faire passer d

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    1. mauvaise manoeuvre…
      Donc je disais,de faire passer dans l’oubli ,et ce de manière consciente toute possibilité d’entrevoir le sens d’une région pour l’exacerbation d’un pays qui ferait de se mettre en berne sur l’idée de la nation,
      je le comprends difficilement.
      Dans ces condtions même si l’on se doit de respecter la population wallonne,fondement même d’un combat,l’on peut comprendre jusqu’à un certain point les égarements des wallons défendeurs d’une option d’intégration à la France(que vous appelez « rattachistes »)

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      1. L’attachement des Wallons à la Belgique est surestimé par les madia officiels (RTBF, RTL, le Soir, ….) Quant à la frange « Wallingante » elle est censurée sauf quand il s’agit de dénoncer le mal wallon, le replis wallon, … (cfr: les poncifs de Gabriel en sont la parfaite illustration).
        Et je le redis: j’ai souvent l’impression que les partisans d’un rattachement à la France utilisent les même arguments que les belgicains du journal Le soir ou de la lIbre: convaincre les Wallons de leur médiocrités pour les jeter dans les bras de la France ou pour qu’ils reste dans le giron belge. Depuis que je suis en âge de comprendre un tant soit peu la politique, j’entends toujours la même rengaine à savoir que si la Wallonie est dans les difficultés depuis des décennies c’est qu’elle l’a bien cherché, c’est même le discours officiel et cela je ne peux pas le tolérer. Cibler les dysfonctionnements: oui, mais jeter l’opprobre sur une nation est ses habitants: non, mille fois non.

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      2. Monsieur Dinsart, loin de nous l’idée de dénigrer la Wallonie et ses citoyens. L’ AWF est heureuse quand elle peut mettre en exergue les réussites et les mesures adéquates prises par les dirigeants de notre région, ce qui ne doit pas nous empêcher, comme vous l’énoncez très justement, de cibler les dysfonctionnements wallons. Monsieur Claude Thayse, qui fait partie du groupe de parrainage de l’AWF, ne pourrait supporter que nous jetions le discrédit sur la population wallonne. Comme l’affirme très bien Monsieur Robert Collignon lors de ses conférences, les médias belges portent une grande responsabilité quant à l’aveuglement des Wallons. Je terminerai par vous remercier pour l’intérêt que vous portez à notre mouvement citoyen.

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      3. Merci de m’avoir répondu.
        Pourriez-vous à l’avenir faire preuve de la même diligence à l’égard de commentaires du genre de ceux de « l’archange gabriel » (courageux anonyme) ou légitimez-vous par votre absence de réaction des propos, sinon poujadiste, en tout cas dénigrants, excessifs et non constructifs???

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  4. Il y avait cet article sur les produits wallons: http://www.rtbf.be/info/societe/onpdp/detail_c-est-bon-c-est-wallon-le-marche-des-produits-du-terroir-wallon-se-tiendra-les-21-et-22-mai-prochains-au-wex-a-marche-en-famenne?id=9299830

    La Wallonie et les wallons, possèdent des capacités et du savoir-faire, c’est certain! Maintenant, entre la capacité et la façon politique de la gérer, là réside peut-être le problème en Wallonie.
    Mais à l’intérieur d’un Etat fédéral qui n’est plus que chamaillerie, scission (BHV), réformes de l’Etat, une partie complètement à droite (la Flandre + MR au Fédéral) et une autre centre-gauche (PS+CDH en Wallonie), comment voulez-vous que ça fonctionne convenablement??? C’est impossible! Cependant, la Wallonie a sûrement des ressources mais il faudrait qu’elles soient gérées d’une meilleure façon et au sein d’un Etat uni et qui s’occupe de ses régions sur un pied d’égalité et je n’en vois qu’un: la France!!!

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  5. Excellent ce reportage sur le Marché du terroir wallon. Si notre gouvernement wallon avait de l’ambition il contacterait les régions de France voisines pour réinventer les Foires de Champagne. Je suis certain que de nombreux producteurs français accepteraient l’idée. Alors, ces foires auraient la capacité financière de se payer de la publicité dans les pays avoisinants comme le font les Flamands et les Hollandais d’ailleurs ! Ces foires court-circuiteraient les chaines commerciales flamando-belges qui tuent nos agriculteurs.
    En démocratie représentative, si le peuple a le droit de donner un avis hors élections, l’initiative doit venir des élus gouvernementaux. Ce sont eux qui doivent donner le cap même si les temps sont difficiles. La vie est une guerre économique permanente; il nous faut des Churchill ou des de Gaulle mais pas des beaux parleurs de salons pusillanimes ni des incapables et encore moins des tenants d’un Etat destructeur de notre Wallonie. Que l’on débute par la régionalisation de RTBF !

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